SCÈNE V
M m ' ROLAND, CHARLOTTE CORDAY, SCÉVOLA.
CRIS AU DEHORS
A mort ! à mort l
GARDES NATIONAUX, contenant la foule.
Arrière, citoyens l
SCÉVOLA, à Cita; lotte.
Entrez vite ici. — Allons ! citoyens 1
(11 calme la foule, qui se retire peu à pou.) ‘ 1
r M“* ROLAND, rapidement a Charlotte.
Est-ce que vous êtes celle qui vient de tuer Marat?
CHARLOTTE, h regardant.
Oui. (rom à coup.) Ah ! vous êtes madame Roland !
M"* ROLAND
Où m’avez-vous déjà vue ?
* CHARLOTTE
Nulle part. Mais je vous savais à l’Abbaye, et vos amis, vos actions m’avaient parlé de vous. (a»oc admiration.) Vous êtes belle!
M"' ROLAND
Elle est charmante ! — Pourquoi ai-je dans l’esprit que vous n’êtes pas non plus pour moi une étrangère?...
CHARLOTTE
Je ne suis pourtant pas de Paris. Je suis de Caen. — Orpheline. — Je m’appelle Charlotte Corday. Ma vie n’a eu et n'anra (ju’un jour : celui où nous sommes, où j’ai voulu donner la paix à la France.
M"' ROLAND
Vous savez que vous allez mourir?
CHARLOTTE
Je l’espère bien ! Moi aussi, j’aurai la paix. Dans trois ou quatre jours.
M me ROLAND.
Et moi, dans trois ou quatre mois.
CHARLOTTE
Oh! mais vous êtes heureuse, vous! vous serez grande et vous resterez pure. Votre part dans notre terrible histoire ne vous aura coûté de sang — que le vôtre.
SCÉVOLA, la foule dissipée, se rapprochant.
Allons, dépêchons 1 (A Charlotte.) Vous, là. (A*»' Roland.) Et vous, à Sainte-Pélagie.
M m * ROLAND, à Charlotte.
Ahl embrassez-moi, mon enfant.
CHARLOTTE, l’cmbramnt.
Ah ! merci ! Ah! que le bon Dieu est bon, qui vous a fait rencontrer, vous victime, à moi meurtrier, — qui m’a fait consoler, moi qui viens de tuer , par vous qui devez mourir ! — Au revoir, madame !
M®' ROLAND
Au revoir, ma sœur.