MF. R U N
Ne me le demande pas, mon enfant , tu le sais!
VELLÉDA
11 faut que je meure !
MERLIN, l'embraisant.
O ma fille! et vraiment ma fille!
VELLÉDA
Oui ! Mais mourir condamnée, coupable, flétrie! c’est là mon épouvante !
MERLIN
Non! meurs libre, dévouée, purifiée ; — et que ce soit ta consolation ! Toi-même, Velléda, tu n’as plus le droit de faire de ta mort le châtiment d’un crime, quand elle peut être le salut d’un peuple! Les Romains sont triomphants? ton sacrifice les terrifie ! Les Gaulois sont écrasés? ton sacrifice les relève! C’est la patrie qui a besoin de ta vie, et c’est à la patrie que tu la donnes; car la cause qui prospère, ma fille, est celle pour laquelle on souffre; la cause qui vit est celle pour laquelle on meurt.
VELLÉDA
Oh ! alors, je vais mourir avec joie, mon père !
MERLIN
Pas même mourir ! tu vas revivre ! Dans nos sublimes croyances, la mort n’est rien, la mort n’est pas. D’existence en existence et de monde en monde, l’âme éternelle passe le temps infini à parcourir l’espace immense. Tu prêtes à la cité ta vie périssable; la cité te donnera sa vie immortelle. Tu seras l’âme de la ville, je serai le souffle de l’esprit. Nous pourrons, dans nos terrestres rencontres , ne pas nous reconnaître toujours. Tes fils pourront s’égarer et se diviser dans les ombres et dans les luttes de la vie. N’importe! meurs tranquille, Velléda! lépands-toi joyeusement, parfum! âme, ouvre victorieusement tes ailes ! la lumière, la paix et Dieu sont l’immanquable rendez-vous !