‹ Paris drame en cinq actes, prologue et epilogueChapitre 53 sur 175 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les Mêmes; AB AI LARD, HÉLOÏSE, snrlaul .te la maisoc al

t'arrèiaal «oui lu porche.

ABAILARD

Oui, c'est bien le jour. Maudit soit le jour! — 11 faut te quitter, ma femme, mon ange, ma vie, mon âme, mon ciel, — mon Héloïse!

HÉLOÏSE

Oh ! pour mol, tu es là toujours, Abailard ! Bonheur ou souvenir, ton amour éclaire sans cesse mon existence comme le soleil le monde, — présent par ses rayons, absent par son reflet.

ABAILARD

Doux silence, tu l'entends! Tu la vois, doux crépuscule! — Cependant, Héloïse, je ne m’habitue pas à m’échapper de ta chambre dans les ténèbres comme un voleur, — quand nous gommes amants devant Dieu, époux devant les hommes.

HÉLOÏSE

Notre mariage a été secret et doit rester secret. Tu me l’as promis, mon Abailard! (ils defcen-lenl de quelques pas sur la place.)

ABAILARD

Ainsi, à cause d’une loi absurde, — parce que les règlements des écoles de Paris ne veulent pas qu’un clerc marié puisse enseigner, — je dois éternellement cacher comme une honte et comme un crime ton amour, qui est ma parure et mon orgueil.

HÉLOÏSE

Mon Abailard, tu me l’as juré! — Ah! vous n'ètes pas seulement l’amant adoré; vous êtes aussi le maître illustre. La flamme où je me réchauffe illumine toute la science. Songe, Abailard, à tes ennemis, et au plus acharné de tous, hélas !

ABAILARD

A ton oncle, le recteur des écoles ! — Oui, il est envieux comme un sot, et sot comme un méchant. Crois-tu donc qu’Abailard ait peur de ces nains?

HÉLOÏSE

Oh! non, certes! Mais, justement, fourniras -tu k leur nullité un si facile triomphe? Quoi, tu aurais confondu leurs erreurs, affranchi de leurs liens la pensée humaine, et cette grande victoire, — la victoire de la vérité même, — échouerait sur un simple mot : « Le grand homme est marié ! » et ce serait fini!

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