LA VIE ADMINISTRATIVE
LES AGENTS DE L ETAT
Si les peuples font les grandes villes, une sage administration les maintient et contribue à leur développement. Paris était la capitale de la France, mais n'était pas le siège de son gouvernement. A Versailles, auprès du roi, dans les communs de son palais qui était un monde, les ministères avaient leurs bureaux et les ministres leurs appartements; mais quelques-uns demeuraient réellement à Paris. Necker, directeur général des finances, habitait le bel hôtel du contrôle général, construit dans la rue Neuvedes-Petits-Champs par Levau, pour Hugues de Lyonne, et décoré par Galonné avec un grand luxe. Les autres ministres, les comtes de Montmorin et de la Luzerne, Laurent de Villedeuil, avaient conservé leurs hôtels dans le Marais.
L'administration de la ville de Paris dépendait du ministre de la maison du roi, Laurent de Villedeuil; les pouvoirs judiciaires et financiers y participaient : le Parlement, par ses arrêts et ses règlements; les agents des finances, par la perception des impôts; les trésoriers de France s'occupaient des questions de voirie; mais
radministration proprement dite était exercée pour l'édilité par le corps de ville, et pour tout ce qui concernait la sûreté et la salubrité par le lieutenant général de police. Elle n'était pas dans les attributions de l'intendant de Paris, Berthier, qui s'occupait cependant de certaines questions d'approvisionnement.
Presque tous les services financiers avaient leur siège à Paris. L'hôtel des Monnaies, où l'on voyait frapper b^ louis d'or par minute, occupait un superbe palais, construit sur l'emplacement de rhôtel de Conti. Les bureaux du trésor royal étaient rue Saint- Honoré. On sait que le recouvrement des impôts indirects était affermé, pour un certain nombre d'années, à une compagnie de financiers qui portaient le nom de fermiers généraux. Leur puissante compagnie avait son siège rue de Grenelle Saint-Honoré, dans Tancien hôtel Séguier, dont la chapelle était décorée de nombreuses peintures de Vouet. L'administration générale des postes du ro3^aume occupait le vaste hôtel d'Armenonville, rue Plâtrière. Le port des lettres était élevé : il variait de 6 à 14 sous, et les départs des courriers n'avaient pas lieu tous les jours pour toute la France; il n'y avait que trois courriers par semaine pour Toulouse et Bordeaux; il n'y en avait qu'un seul pour Cahors. Il fallait donc se résigner à recevoir tardivement des nouvelles comme à voyager lentement. Si les turgotines ou les diligences, marchant la nuit et le jour, conduisaient en i5 ou 20 heures aux villes situées à trente ou quarante lieues de Paris, elles mettaient encore quatre jours pour gagner Lyon, huit pour aller à Marseille. Comme tout est relatif, ces transmissions, toutes lentes qu'elles étaient, constituaient un grand progrès sur celles du commencement du siècle.
La petite poste de Paris, dont le bureau général était rue des Déchargeurs, était une entreprise particulière, créée en 17G0 par
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un philanthrope estimable, Piarron de Chamousset.
Des bureaux correspondants étaient établis dans chaque quartier; deux cents boîtes étaient disséminées sur différents points de la ville, et cent dix-sept facteurs distribuaient neuf fois par jour dans la ville, trois fois par jour dans la banlieue, les lettres qu'on relevait toutes les heures, et pour lesquelles on faisait payer deux et trois sous de port. Les facteurs avaient un uniforme, et s'annonçaient de loin en faisant cHqueter un petit morceau de fer sur une planchette.
Tous les revenus de l'Etat, comme ceux des postes, n'étaient pas justifiés par le seul souci de l'intérêt public.
Tels étaient les bénéfices qu'il tirait de la loterie royale de France, dont l'administration était installée au coin de la rue Vivienne et de la rue Neuve-des- Petits-
Champs. C'était là que deux fois par mois, sous la surveillance du lieutenant de police, un enfant, les yeux bandés, tirait de la roue de fortune cinq billets, dont les numéros étaient immédiatement allichés sur un tableau exposé aux yeux du public. Chacun pouvait faire une mise quelconque, avant le tirage, sur les cinq numéros qu'il lui plaisait de choisir, parmi (jo , dans un des nombreux bureaux auxiliaires établis dans la ville. Si un seul billet sortait, cela s'appelait un extrait, et Ton gagnait 1 5 fois sa mise;, si trois numéros étaient tirés, c'était un terne, qui rapportait 270 fois la mise; quatre ou un quaterne, la multipliaient par 70,000-, cinq, ou un quine, par un million. Un quine à la loterie, c'était une expression proverbiale pour désigner une chose merveilleuse qui n'arrivait presque jamais. Au tirage du i*"" mai 1789, les cinq numéros sortis étaient 14, 42, 60, 21 et 3o. Aussitôt que le nom du gagnant était connu, des tambours et des fifres allaient jouer une aubade à sa porte. Ces gains inespérés étaient accueillis différemment par ceux que le sort favorisait. En 1785, un cordonnier qui avait un quaterne valant 55,000 francs, perdit connaissance; et Ton ne put lui arracher le billet qu'il tenait dans sa main, avant qu'il eut repris ses sens. Vers la même époque, un porteur d'eau, ayant gagné un gros lot, se fit suivre toute la journée par quatre cent fiacres, fit bombance et s'enivra jusqu'à ce qu'il eût tout mangé. Beaucoup perdaient inutilement leur épargne à la loterie, et le petit nombre qui réussissait ne faisait pas toujours bon usage de son gain.
Comme Paris, depuis la démolition de ses remparts, n'était plus une ville de guerre, les établissements militaires y étaient rares. L'Arsenal avait perdu sa destination primitive; il n'existait plus qu'un magasin d'armes, situé près de la Bastille, où Ton renfermait 3o,ooo fusils et une couleuvrine ra3^ée qui se chargeait par
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