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la culasse. Les deux seuls édifices importants que le génie de la guerre eût suscités étaient une école et un hospice : Técole militaire, précédée d'un vaste champ de Mars, et Thôtel royal des Invalides. Ce superbe monument, frappé à Tempreinte de la grandeur de Louis XIV, attirait tous les étrangers, qui ne manquaient pas de visiter ses innombrables bâtiments, ses quatre réfectoires ornés de fresques représentant des vues de villes fortes et de tableaux de Parrocel, ses cuisines aux marmites colossales, son église avec son autel décoré de colonnes torses, ses chapelles garnies de peintures et de sculptures et son dôme majestueux qui passait pour le chef-d'œuvre de Mansard. Les combles immenses de l'hôtel renfermaient la collection des plans des villes fortes, placée auparavant dans la grande galerie du Louvre et qu'on en avait enlevée depuis qu'il était question de faire de cette galerie un muséum. Comme un grand nombre d'invalides avaient été envoyés en province dans des compagnies détachées, ou avec une pension dans leurs foyers, il ne restait guère à l'hôtel que quinze cents pensionnaires. Leur gouverneur était le marquis de Sombreuil, dont la fille, lors des massacres de septembre, s'est immortalisée par sa piété filiale.
Il n'y avait à Paris d'autre force armée, en dehors des compagnies du guet et des gardes de la ville, que trois compagnies des gardes suisses et le beau régiment des gardes françaises, dont les trois mille hommes étaient logés dans vingt casernes, louées ou construites, au milieu du siècle, par les soins du maréchal de Biron. C'était un corps privilégié, qui ne s'était pas toujours distingué à la guerre par sa valeur, ni à la ville par sa discipline. Il n'en était pas moins populaire. Son uniforme séduisant, bleu de roi, agrémenté de blanc et à revers rouges, charmait le peuple, parmi lequel il se recrutait. Ses jolis soldats, à l'allure con-
LES AGENTS DE L'ÉTAT
quérante, au chapeau galonné crânement posé sur leurs cheveux poudrés, étaient les héros des bals de la Courtille et des cabarets des faubourgs. Longtemps ils avaient troublé Tordre par leurs incartades, plutôt qu'ils ne Pavaient maintenu par leur présence; mais leur dernier colonel, le maréchal de Biron, tout en se faisant adorer de ses soldats, avait réussi à les soumettre à une discipline exacte. Le duc du Châtelet, qui lui avait succédé en octobre 1 788 , passait pour dur et tracassier; il s'aliéna des hommes que leur séjour
permanent au milieu de la population rendait accessibles à toutes les séductions, et qui furent bientôt entraînés dans le mouvement par ceux qui le dirigeaient. Il est remarquable que Paris ait été si longtemps maintenu dans l'ordre par une force armée aussi restreinte, et que la défection de cette troupe ait suffi à déterminer la révolution qui se préparait.
Fig. ng.
Sapeur des Gardes-Suisses ;
d'après Wille.
LE PALAIS DE JUSTICE
La Justice est une des plus belles attributions du pouvoir souverain. Saint Louis l'exerçait encore en personne, et lorsqu'elle avait été déléguée aux juristes, elle avait gardé son siège dans le palais même des rois. Elle y était restée, tandis que ces derniers adoptaient d'autres résidences plus conformes à Taccroissement de leur puissance. Avec ses tourelles sombres dominant le cours du fleuve, ses galeries tortueuses, longues et mal éclairées, ses vastes salles, ses constructions modernes, nobles et correctes, ce palais, que de Thou appelait le Capitole de la France, était pour ainsi dire l'emblème d'une législation et d'une jurisprudence touffues et disparates qui s'inspiraient des traditions romaines, des coutumes du moyen âge et des ordonnances modernes. A plusieurs reprises, des incendies étaient venus détruire plusieurs de ses antiques bâtiments : la grande et superbe salle du moyen âge, où les rois recevaient les princes et les ambassadeurs, avait été dévorée par les flammes en 1618; le feu avait détruit en ly'iy le charmant et pittoresque logis de la cour des comptes, construit sous Louis XII. L'incendie de 1776, qui avait fait de grands ravages, avait suscité d'importantes transformations. Des maisons gothiques garnies d^auvents et de tourelles s'élevaient sur la rue de la Barillerie; elles furent remplacées par une aile qui séparait le vaisseau élancé
LE PALAIS DE JUSTICE
de la Sainte-Chapelle de la cour du Mai, et par une grille un peu lourde, mais qui était un spécimen remarquable de la ferronnerie de répoque. La cour du Mai était ainsi nommée parce que les
Fig. 120. — Palais de justice; la cour du Mai.
clercs de la basoche avaient coutume tous les ans d^ planter un arbre d'environ cinquante pieds de haut, décoré de fleurs et de panonceaux, qu'on appelait le Mai.
Le Palais était un des centres de Paris. Tout un monde de gens de loi, de plaideurs et de badauds passait, s'arrêtait, s'agitait, pérorait, vendait, achetait sous ses longues galeries et ses larges vestibules. Comme au temps de Louis XIV, des boutiques, des
échoppes étaient installées partout; depuis l'ouverture des galeries du Palais- Royal, elles avaient perdu une partie de leur vogue; mais la galerie des prisonniers, la galerie mercière, les passages anciens, comme les voûtes des constructions nouvelles, abritaient encore un nombre considérable de marchands de colifichets, « faits plutôt, dit un voyageur du temps, pour prospérer dans une foire que pour occuper les avenues du temple de Thémis ». Même dans la grande salle des Pas perdus, appelée aussi salle des Procureurs, entièrement voûtée en pierres de taille, des libraires, des bouquinistes et d'autres marchands occupaient les côtés et les arcades du milieu. A l'extrémité, la messe était dite tous les jours dans une chapelle, où se célébrait chaque année, le lendemain de la Saint-?vlartin, un service solennel connu sous le nom de « messe rouge », à laquelle assistait tout le Parlement.
Est-il besoin de rappeler le rôle qu'avait rempli dans notre histoire cette cour souveraine, composée de magistrats dont l'indépendance était assurée par la propriété de leurs charges, qui résista à la monarchie au nom du droit qu'elle avait mission de sauvegarder, et lui porta les premiers coups sans songer qu'elle s'ensevelirait elle-même sous ses ruines? Le premier président, Bochard de Saron, qui avait succédé en janvier 1789 à Letèvre d'Ormesson, présidait la grand'chambre, dont les audiences avaient lieu dans une vaste salle où le roi tenait ses lits de justice, où les ducs et pairs venaient prêter serment et siégeaient eux-mêmes. Elle avait été restaurée par Boffrand en 1722. Rien de plus imposant que la réunion de ces magistrats en robes rouges fourrées d'hermine, assis sur des sièges fleurdelisés dans une pièce sombre, dont le plafond de chêne sculpté s'abaissait en culs-de-lampe dorés, et dans le fond de laquelle ressortait un Christ qu'on attribuait à Albert Durer.
LE PALAIS DE JUSTICE
Au parlement étaient attachés une quantité innombrable dliom-
Fig. 121. — Grosse tour du Châtelet, du côté de la rue de la Joaillerie, d'après un dessin de
Dunouy.
mes de loi : avocats, procureurs, greffiers, huissiers, sergents, et la troupe bruyante, tapageuse, agile et furetante des clercs de la
basoche. Six cents avocats étaient inscrits sur le tableau; tous ne plaidaient pas, beaucoup végétaient; quelques-uns ne portaient le titre que pour tenir un rang dans le monde. Les plus fameux avocats consultants étaient Tronchet, Elie de Beaumont, Henrion de Pansey; le plus éloquent de tous était Gerbier, dont la parole électrisait les auditeurs et dominait les juges; auprès de lui, Target faisait apprécier son argumentation pompeuse, érudite, impétueuse et robuste. L'Italien Pilati ne pouvait trop louer la décence, la gravité, la noblesse, la force de raisonnement des avocats de Paris. S'il est douteux qu"'ils aient été en arrière de leur siècle, comme on les en accusait, il est certain qu'ils jouèrent pendant la Révolution un rôle moins actif que les magistrats. Comme Tronchet, Desèze et Chauveau-Lagarde, ils restèrent pour la plupart fidèles à leur noble mission, en défendant les proscrits devant le tribunal révolutionnaire.
Le Palais ne contenait pas seulement dans sa vaste enceinte les différentes chambres du parlement; il renfermait aussi les juridictions financières de la cour des monnaies, de la cour des aides, de la chambre des comptes, du bureau des finances et de l'élection de Paris. Tous ces tribunaux d'importance diverse étaient logés dans les innombrables pièces, de construction ancienne et récente, qui composaient le labyrinthe intérieur du Palais et qu'un réseau de galeries faisait communiquer entre elles. Près de la chambre des requêtes, au-dessus de la chapelle de la chancellerie du Palais, se trouvait le trésor des chartes, confié à la garde du procureur général, et contenant depuis 1 364 les titres de la couronne et les actes officiels les plus dignes d'être conservés.
De l'autre côté de la Seine, près du pont au Change, se dressaient les sombres tours du Châtelet, dominant des bâtiments construits sous Louis XV pour abriter les salles d'audience de la
28o PARIS EN 1789.
prévôté de Paris. Les soixante conseillers au Châtelet jugeaient en première instance les causes civiles et criminelles. Le prévôt de Paris, le marquis de Boulainvilliers, était le chef delà noblesse: il siégeait en costume de duc et pair; mais ses fonctions étaient plus nominales qu'effectives. Le véritable président du Châtelet était le lieutenant civil, Angran d'Alleray, que Ton qualifiait en 1788 de « père de la patrie et de véritable défenseur de Torphelin et de l'infortuné ». Il donnait tous les soirs audience chez lui à tous ceux qui croyaient avoir à se plaindre, et ne reculait devant aucune démarche pour soulager les malheurs immérités. Le lieutenant de police et ses commissaires, dont nous parlerons plus loin, faisaient partie du Châtelet, ainsi que le lieutenant criminel. A cette juridiction se rattachaient les i iS notaires de Paris, ainsi que 2 36 procureurs, 120 huissiers-priseurs, et une compagnie d'archers de robe courte, sous les ordres d'un officier qui portait l'épée et une robe plus courte que les autres magistrats.
Paris renfermait aussi quelques justices particulières, qui s'apphquaient à certaines personnes et à des locahtés déterminées. Elles avaient chacune un bailli, un lieutenant, un procureur fiscal, un greffier et plusieurs huissiers. Les enclos où s'exerçait leur autorité avaient des privilèges tout particuhers. Autour de la grande tour du Temple, flanquée de tourelles, qui était l'apanage du jeune duc d'Angoulême, grand prieur de France, et qui devait être la prison de Louis XVI, se groupaient de nombreuses maisons où venaient se réfugier les débiteurs qui voulaient échapper aux poursuites de leurs créanciers. Aussi les chambres les plus étroites s'y louaient-elles cher. Des petits-maîtres venaient y user le reste de leur argent et de leur crédit, donnant des soupers, essayant de traiter avec leurs créanciers qu'ils bravaient, et préférant une réclusion volontaire dans l'enceinte du Temple à la prison qui les
LE PALAIS DE JUSTICE
attendait. Dans cet enclos, qui contenait 4,000 habitants, comme
dans les enclos de la commanderie de Saint-Jean de Latran, du
prieuré de Saint-Denis de la Chartre, de Thospice des Quinze- Vingts, les ouvriers qui n'avaient pas de maîtrise pouvaient travailler en toute sûreté et franchise, sans crainte d'être inquiétés par les gardes des corporations. Les privilèges des uns devenaient une sauvegarde contre les privilèges des autres.
Conformément à la tradition du moyen âge, le Palais avait sa prison : c'était la Conciergerie, située au rez-de-chaussée, sur le quai. De grandes améliorations avaient été faites sous Louis XVI dans l'aménagement intérieur de cette prison. Autant que possible, on s'était efforcé d'y faire pénétrer l'air et régner la salubrité. Un quartier séparé de celui des hommes avait été affecté aux femmes. Des infirmeries propres et aérées avaient été garnies de lits où les malades couchaient seuls. Les cachots n'étaient plus dans les souterrains; ils étaient sains et l'on y voyait clair. Une vaste cour, avec des auvents pour la pluie, un chauffoir pour l'hiver, avait été disposée. Ceux qui avaient opéré ces réformes dans un but d'humanité auraient-ils pu supposer que la Conciergerie, où l'on enfermait les accusés de crimes de droit commun, devait être quelques années plus tard la dernière résidence de la reine de France?
Ainsi que le Parlement, le Châtelet avait ses prisons. Il en était d'autres, comme le château de la Tournelle, près la porte Saint-Bernard, où l'on enfermait les condamnés aux galères avant le départ de la chaîne, qui avait lieu deux fois par an; comme la prison de l'Abbaye, affectée aux gardes françaises et aux soldats-, comme celle de l'hôtel de ville pour les délits commis sur les ports. Depuis quelques années, les prisonniers pour dettes n'étaient plus confondus avec les criminels du Châtelet et de la Conciergerie. Les vastes bâtiments et les cours de l'ancien hôtel Saint-Pol, devenu l'hôtel du duc de la Force, avaient été aménagés de la
LE PALAIS DE JUSTICE
manière la plus salubre pour les recevoir. Comme ailleurs,
on
avait essayé de remédier aux abus, notamment aux exactions des
geôliers, qui faisaient payer très cher des chambres horribles, et aux bienvenues en argent ou en vin que les anciens exigeaient des nouveaux. Des quartiers spéciaux étaient disposés pour les prisonniers de police, les femmes et les mendiants. Tout concourait à faire de l'hôtel de la Force une prison modèle. Les prisonniers pauvres recevaient chaque jour une livre et demie de pain et une portion de viande ou de légumes; on leur remettait des vêtements quand ils en manquaient, et du linge blanc une fois par semaine.
La prison la plus effrayante, la plus terrible, la plus sombre, à en juger par son extérieur, et surtout par son renom, c'était la Bastille. Ses hautes murailles, flanquées de huit tours rondes, apparaissaient à Timagination comme l'emblème du despotisme et de l'arbitraire, comme une menace permanente contre la liberté des hommes, que des lettres de cachet émanant d'un pouvoir irresponsable pouvaient y faire enfermer. Ces impressions se modifiaient quelque peu en pénétrant dans ses cours profondes gardées par quatre-vingt-deux invalides, en entrant même dans les pièces destinées aux prisonniers, qui n'y étaient ni mal traités ni mal nourris. La nourriture, aux frais du roi, était bonne, de l'aveu même de Latude, et pouvait satisfaire les délicats. Le marquis de Sade s'offrait en 1787 des suppléments de liqueurs de tous genres. Un officier supérieur recevait vingt livres par jour pour sa table; un homme de lettres en avait dix. Des gens sortaient de la Bastille avec un pécule de quelques mille francs qu'ils y avaient amassé. Mercier disait avec raison que le peuple craignait plus le Ghâtelet que la Bastille, parce qu'elle n'était pas faite pour lui. On y enfermait d'ailleurs si peu de monde sous Louis XVI; les quatre guichetiers avaient peu de besogne-, les huit cachots que contenait la terrible forteresse n'avaient pas été occupés depuis quinze ans, et quand le peuple triomphant ouvrit les portes de ses
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prisons le 14 juillet, il y trouva, dit M. Funck-Brentano, sept personnes : quatre faussaires, dont la place était au Châtelet, deux fous, dont la place était à Charenton, et un vTai prisonnier de Bastille, le comte de Solages, jeune dissipé, pour Tentretien duquel sa famille payait une pension de 2,800 livres.
L HOTEL DE VILLE
Il était un édifice public qui n'attirait pas en première ligne l'attention des étrangers et que les prétendus connaisseurs du dix-huitième siècle dédaignaient : c'était Thôtel de ville. Son élégante architecture de la Renaisance n'était pas comprise des gens d'esprit, qui, comme Saint-Foix, la trouvaient du « plus mauvais goût « ; elle n'en faisait pas moins un charmant et pittoresque effet, avec son beffroi, ses clochetons, ses lucarnes, sa statue de Henri IV sculptées sur la porte principale, sa façade mouvementée et hardie, qui garnissait un côté de la vaste place de Grève, ouverte du côté de la Seine, comme pour mieux laisser voir la silhouette imposante de Notre-Dame. Mais pour les Parisiens cet édifice ne présentait pas seulement un intérêt artistique; il était leur ancien parloir aux bourgeois, le siège visible de leur existence communale, le foyer latent, mais toujours prêta se rallumer, des libertés municipales, le siège de leur municipalité, qui, sous le nom de corps de ville, était le véritable représentant de la population.
Sans doute, le corps de ville n'avait plus l'autorité qu'il possédait à la fin du moyen âge. L'autorité royale, en s'accroissant, avait restreint ses prérogatives et diminué ses attributions; mais elle
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lui laissait encore une certaine part d'autorité; elle le faisait con-
courir aux embellissements de la ville , elle lui abandonnait une
juridiction spéciale sur la rivière. Si le gouverneur de Paris, le duc de Brissac, marchant à sa tête dans les grandes circonstances, semblait le protéger, comme la noblesse protégeait le tiers -état, il n^exerçait auprès de lui qu'un rôle décoratif, rehaussé par son rang, son costume de duc et pair, son siège au Parlement, ses gardes et les pages dont il avait le droit de se faire suivre. Le corps de \ille, dont les membres s'agenouillaient encore devant le roi, prétendait ne relever que de lui, contestait même l'ingérence du Parlement dans son administration, et, malgré l'humilité de son attitude, sentait bien qu'il était la personnification de la capitale; quand il recevait le roi dans son hôtel, c'était Paris qui recevait la F^rance représentée par son souverain.
Donner des fêtes, célébrer par des réjouissances les événements et les anniversaires heureux, concourir largement aux embellissements et à l'approvisionnement de la ville, n'était-ce pas une tâche attrayante et de nature à rendre populaire celui qui s'en acquittait? C'étaient le prévôt des marchands et les échevins qui faisaient au roi et aux princes les honneurs de l'hôtel de ville, lorsque ceux-ci acceptaient d'y figurer à un festin, comme celui qui fut donné en 1782 à Toccasion de la naissance du dauphin, avec un tel luxe, que, s'il faut en croire Mercier, la location seule des casseroles serait montée à 18,000 livres; c'étaient eux qui allumaient chaque année sur la place de Grève le feu de la Saint- Jean, et lorsqu'on tirait des feux d'artifice à l'extrémité de la place de Grève, ils apparaissaient aux fenêtres de l'hôtel de ville ; au même instant, sur le signal du gouverneur, trente canons partaient aux cris de : Vive le roi ! la cloche du beffroi sonnait à toute volée, les tambours et les trompettes retentissaient, et les premières fusées s'élançaient dans les airs. N'étaient-ils pas imposants d'ailleurs, dans les grandes cérémonies, avec leurs larges
L'HOTEL DE VILLE
PARIS EN 178g.
robes traînantes de velours « mi-parties » rouge et tanné, que le prévôt des marchands et les quatre échevins portaient sur une soutane de satin rouge, garnie de boutons, de cordons et d'une ceinture d'or? Les vingt-quatre conseillers, qui venaient à leur suite, étaient en manteaux à longues manches de satin, les seize quartiniers en manteaux à manches de velours ciselé, le procureur du roi en robe de velours rouge, le trésorier en velours tanné. Tels ils se montraient au public dans les grandes circonstances, soit à cheval, comme lors de Tinauguration de la statue de Louis XV, soit à pied, plus souvent en carrosse, précédés de leurs huissiers, escortés de quelques-uns de leurs gardes et du colonel de ces gardes.
En même temps que son ancien prestige, le corps de ville avait conservé les formes de son organisation séculaire. Le principe de Télection, qui présidait de temps immémorial à la nomination des magistrats municipaux, était toujours reconnu pour la désignation des échevins, s'il était annulé dans la pratique. Le \6 août de chaque année, trente-deux notables, mandés par les quartiniers, étaient amenés dans les carrosses de la ville à la salle du conseil. Chacun recevait de son quartinier un billet sur lequel étaient écrits les noms du prévôt des marchands, si celui-ci était arrivé à l'expiration de son mandat, et de deux échevins désignés par le roi, et le déposait religieusement dans un sac de velours cramoisi que tenait un des scrutateurs. Cette singulière cérémonie, qui était Tapplication la plus naïve de la candidature officielle, se faisait avec une solennité traditionnelle et des précautions aussi minutieuses qu'inutiles. Le prévôt des marchands et les deux échevins sortants prononçaient des discours; le procureur du roi prenait la parole et concluait à la lecture des ordonnances; le greffier procédait à cette lecture. Aussitôt tous les électeurs se levaient et prêtaient
L'HOTEL DE VILLE
serment pour élire les quatre scrutateurs-, à leur tour, ceux-ci prêtaient serment à genoux devant le prévôt des marchands, et, sur l'appel nominal du greffier, les électeurs, après avoir de nouveau
Fig. 127. — Gardes de la ville.
prêté serment, allaient déposer leur vote. Dès que le résultat du scrutin avait été proclamé au son des fanfares, le maître d'hôtel venait annoncer que « messieurs étaient servis w. La ville offrait à ses bénévoles électeurs un repas, en dédommagement de leur dérangement et pour fêter les nouveaux élus.
Une grande table longue, contenant quarante-huit couverts de chaque côté, était garnie de plateaux chargés chacun de quatre corbeilles en taffetas pleines de confitures sèches, valant au moins
dix livres chacune, et que les assistants emportaient à la fin du repas. Au bout de la table prenait place le prévôt des marchands, a3^ant à ses côtés le premier scrutateur. Du côte droit s'asse3^aient tous les électeurs ou « mandés », et de l'autre tous les membres du corps de ville. Derrière le prévôt des marchands, se dressait en pyramide un superbe buffet en vermeil, donné par Marie de Médicis, étincelant de vieille vaisselle d'argent doré. Près de ce buffet, des trompettes et des hautbois jouaient par intervalles. Chaque service était annoncé par des sonneries de trompettes et des battements de tambours qui étaient dans la cour. Le menu était convenable, sans être plantureux ; des vins de Champagne, de Mulleseau et de Chypre étaient servis, sans parcimonie, mais sans excès. Au dessert, le prévôt des marchands portait la santé du gouverneur de Paris, des princes, de la reine et finissait par celle du roi, à laquelle tout le monde buvait debout. A chaque toast, les trompettes et les hautbois sonnaient. Tout cet apparat charmait les bourgeois. « Le coup d'ceil de ce service, écrit un électeur, est magnifique et auguste par ce nombre de quatre-vingt-dix personnes à table, qui tous ont chacun un laquais derrière leur chaise ».
Quand les échevins étaient nommés, ils allaient à Versailles prêter serment entre les mains du roi. Leur cortège se composait de sept carrosses à quatre et à six chevaux, escortés par douze gardes de la ville à cheval et deux officiers. Les gardes de la ville, qui portaient un uniforme, bleu, rouge et argent, étaient pour la plupart des gens respectables par leur âge. Leurs quatre compagnies de y6 hommes chacune, qui avaient surtout un service d'apparat, continuèrent leurs calmes fonctions lorsque la commune eut remplacé l'échevinage.
Une des plus importantes attributions du prévôt des marchands était de veiller à Tarrivage en quantité suflisante des denrées né-
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cessaires à ralimentation et au chauffage d'une ville de 600,000 âmes. Il avait, dans un ravon de cinquante lieues, plusieurs subdélégués qui s'occupaient particulièrement de la navigation des rivières et des trains de bois qui flottaient sur les eaux. La batellerie avait beaucoup plus d'importance que de nos jours, et le premier magistrat municipal de Paris, d'abord simple prévôt des marchands de l'eau, comme le rappelait le vaisseau figurant dans les armes de la ville, portait toujours une attention spéciale aux transports par eau, sur lesquels il exerçait sa juridiction. La ville avait même son bateau, dont l'entretien était inscrit à son budget.
Fie. 128. — Assassinat de M. de Flesselles.
Ce budget s'élevait à près de cinq millions. Ses octrois formaient la plus grande partie des recettes; les intérêts des emprunts, con tractés surtout pour les embellissements de la ville, absorbaient plus de la moitié des dépenses. Les droits d'octroi étaient consi-
dérables : aussi les plaintes étaient-elles générales; aussi les fraudes étaient-elles nombreuses. Des mannequins, des enfants de ferblanc remplis d'eau-de-vie, des poutres creuses, des corbillards pleins de contrebande, traversaient les barrières à la barbe des commis; des maisons de l'extérieur communiquaient avec des habitations de Tintérieur par des couloirs souterrains assez larges pour faire passer des bœufs, par des tuyaux de fer-blanc ou de taffetas gommé destinés à transmettre des liquides. D'autres fraudeurs lançaient par-dessus les murs des sacs de café et des ballons de cinq pintes de vin. Les employés de garde qui cherchaient à réprimer leur audace risquaient d'être assaillis à coups de pierres par les voisins. ]Mais ces fraudes, quelques fréquentes qu'elles fussent, n'empêchaient pas l'octroi de fournir à la ville comme à l'Etat d'importants revenus.
Si l'Etat contribuait pour une large part aux dépenses d'embellissement et d'entretien de la capitale du royaume, qui pouvait être considérée comme un patrimoine national, le corps de ville lui apportait de son côté un concours actif et sérieux. Il participait à la répartition et à la recette de certains impôts, telle que la capitulation; il dirigeait les grands travaux d'édilité. Il présidait souvent à la pose des premières pierres des monuments d'utilité publique. L'argent nécessaire pour des constructions de ce genre, pour l'assainissement ou l'embellissement de certains quartiers, lui était fourni par des créations de rentes sur l'hôtel de ville et des emprunts remboursables au pair ou avec primes. L'État prenait à sa charge une partie de ces emprunts, en laissant à la ville le soin d'en payer les termes et d'en opérer l'amortissement.
Le prévôt des marchands, les échevins, les conseillers de ville, les quartiniers jouissaient de certains privilèges, comme l'exemption du droit sur le sel, appelée le franc-salé; ils recevaient des je-
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tons d'argent, des gages et des taxations, qui s'étaient abaissés de 1772 a 1 789 de 1 80,000 à I 20,000 livres. Les échevins et les conseillers étaient pour la plupart des magistrats des cours des aides ou des comptes, des avocats au Parlement. Au début de la Révolution, ils ne jouèrent qu'un rôle passif. Le prévôt des marchands, Jacques de Flesselles, qui avait remplacé en avril i 78Q Le Pelletier de Morfontaine, était un ancien intendant, d'un esprit conciliant et modéré. On sait qu'il fut assassiné le 14 juillet, d'un coup de pistolet, au moment où il sortait de l'hôtel de ville.
LA POLICE
Les attributions du prévôt des marchands étaient en grande partie analogues à celles qu'exerce aujourd'hui le préfet de la Seine-, le lieutenant général de pohce, dont la charge avait été créée sous Louis XIV, remplissait à peu près les mêmes fonctions que le préfet de police actuel. La police de Paris était, depuis cent ans, le modèle de toutes celles de F Europe. Les plus grands souverains demandaient des mémoires sur son organisation, et des conseils afin de mieux Timiter. Dans cette ville immense, où vivaient tant de gens sans aveu, elle était parvenue sous Louis XVI à y faire régner une telle sécurité que l'on pouvait y sortir sans danger à toute heure du jour et de la nuit.
Le lieutenant général de police gouvernait Paris d'une manière absolue. Comme un général d'armée, il y faisait régner une discipline exacte. On pouvait dire de lui qu'il était de ses habitants le despote et le père. Il avait pour mission de prévenir le crime et le scandale plutôt que de le réprimer. Un tel pouvoir entre les mains d'un homme violent ou cupide eût été dangereux; il était bienfaisant entre les mains d'administrateurs animés du désir du bien public, comme les Sartine,
LA POLICE
les d'Argenson et les Lenoir. Leurs procédés arbitraires s'exerçaient sur les fils de famille susceptibles de glisser dans le crime, sur les voleurs et les escrocs; ils avaient comme aujourd'hui un pouvoir discrétionnaire sur toute une catégorie de femmes et de gens sans aveu, parmi lesquels ils recrutaient leurs auxiliaires. Toutes les plaintes, toutes les délations, tous les renseignements venaient aboutir à leur cabinet. Ils avaient partout des yeux, des oreilles, des langues, pour tout voir, tout entendre et tout rapporter. Un jour, Lenoir apprend qu'un gentilhomme avait déclamé hautement contre les défauts de la police. Il le fait venir, lui répète le texte même de ses attaques, lui apprend qu'il a été victime d'un vol, et lui révèle que son valet de chambre a dans sa commode un diamant qu'il avait cherché longtemps et qu'il avait cru perdu. Une autre fois, un particulier nie à toute force un dépôt :
Lenoir lui ordonne, dans son cabinet, d'écrire à sa femme de lui en apporter le montant, afin qu'il ne soit pas mis en arrestation -, la femme accourt, et la somme est remboursée au propriétaire. De toutes parts on s'adressait aux bureaux du lieutenant de police pour avoir des renseignements. Du fond de la Bretagne,
Fig. 129. — Commissaire et sergent du guet.
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on leur écrivait pour savoir où demeurait celui qui ne couchait nulle part. On était sûr d'avoir une réponse d'autant plus honnête qu'elle n'était pas satisfaisante. Toutes les lettres, toutes les minutes, tous les rapports étaient gardés avec scrupule dans une longue suite de cartons, bien étiquetés, bien numérotés et bien alignés. Le bureau de la sûreté recevait et concentrait toutes les déclarations d'objets volés, qu'on lui faisait de vive voix ou par l'intermédiaire des commissaires.
Quarante-huit commissaires et vingt inspecteurs de police, répartis dans les différents quartiers de la ville, secondaient l'action du lieutenant général. Ces commissaires avaient aussi des fonctions judiciaires; ils posaient et levaient les scellés; ils interrogeaient nuit et jour les délinquants que leur amenait le guet; ils étaient chargés des informations en matière criminelle. Une lanterne fixée à leur porte indiquait qu'on pouvait les trouver en tout temps; qu'à toute heure, à tout moment, ils devaient écouter ceux qui s'adressaient à eux. Malgré leur titre de conseillers du roi, commissaires enquêteurs et examinateurs, ces magistrats, surchargés de besogne et trop peu payés, n'avaient pas toujours la considération qu'ils méritaient, et dans les farces des boulevards ils servaient souvent de plastron aux lazzi des bouffons.
Les inspecteurs, dont la mission consistait à renseigner leurs supérieurs, avaient pour agents ou pour auxiliaires des hommes qui n'étaient connus que d'eux et se glissaient partout pour être à même d'écouter et d'apprendre. Les plus utiles recevaient de 3o à i5o livres par mois; ils étaient désignés officiellement sous le nom d'observateurs, poliment sous le nom de sentinelles du peuple, brutalement sous la désignation de mouchards; on exigeait qu'ils fussent « présentables », c'est-à-dire
LA POLICE
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bien mis et sachant jouer leur rôle de manière à ne point éveiller les soupçons. A côté de ces espions de première catégorie, ceux que Ton appelait les basses mouches furetaient dans les rues, suivaient ceux qu'on leur indiquait, prêtaient main-forte en cas d'arrestation, vrais limiers flairant les pistes, chassant et sautant à la gorge au signal donné. On trouvait aussi des dénonciateurs et des révélateurs parmi les mauvais sujets, les fripons et les coquins, qui vendaient leurs complices pour de l'argent ou pour une promesse d'impunité. Tout Paris
Fig. i3o. — Pompe Nûtre-Dame. vue prise de la voûte du quai de Gèvres.
se trouvait enveloppé sans le savoir sous une sorte de réseau aux mailles invisibles, qui le maintenait et le retenait dans Tordre.
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Plus avouable était la force armée dont la police disposait. En dehors de la compagnie du guet, de l'iq hommes, spécialement destinée au service de la juridiction ordinaire, elle se composait d^une compagnie d'infanterie, à la solde du roi, comprenant 890 hommes, et d'une compagnie de cavalerie de 102 maîtres, qu'on désignait sous le nom de gardes de Paris et dont le colonel portait le titre de chevalier du guet. Habillés de bleu et de blanc, traités de soldats de la Vierge Marie, parce qu'ils n'allaient jamais à la guerre, recrutés parmi les bons artisans, les gardes de Paris, qui en imposaient moins que les gardes françaises, concouraient avec eux au maintien de l'ordre, et montaient la garde tous les trois jours dans les nom.breux postes disséminés dans tous les quartiers.
La police ne s'occupait pas seulement de la sûreté; sa sollicitude s'étendait à la santé des habitants, à la salubrité, à la propreté des rues, à la discipline des mœurs, aux approvisionnements, aux secours à donner en cas d'incendie. Nous avons parlé plus haut des mesures prises pour assurer l'éclairage et le balayage de la voie publique. Comme les trois quarts des Parisiens mettaient leurs enfants en nourrice, douze bureaux de nourrices avaient été établis dans la ville, sous la surveillance d'un inspecteur général, qui avait également dans ses attributions les meneurs et les meneuses.
Le service des pompiers avait fait des progrès réels depuis 17 19, époque à laquelle ils avaient été établis. Auprès de leurs pompes, montées sur des voitures à bras, ils veillent dans vingtcinq corps de garde, tout prêts à partir à la première alarme. Au premier son du tocsin, aux cris sinistres qui annoncent le feu, les pompiers sortent, vêtus d'un uniforme et coiffés d'un casque; ils sont munis des outils nécessaires à leur tâche et se
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rallient à coups de sifflet. Au moyen de tuN'aux tîexibles, ils mettent leurs pompes en communication avec les regards des conduites d'eau. Des détachements de gardes françaises et suisses viennent
Fig. i3i. — Pompe à feu de Chaillot; d'après un dessin de Testard, de la série des frères Campion.
leur prêter main-forte; des religieux mendiants accourent, pleins de zèle et de courage, et tous travaillent à combattre les ravages du feu avec une célérité et parfois un succès admirables. Les incendies des théâtres étaient les plus effrayants-, aussi, depuis celui de l'Opéra, avait-on disposé dans chaque salle de spectacle, sous la garde de pompiers, des réservoirs d'eau qui déversaient immédiatement leur contenu au signal donné par une sonnette. Mercier raconte qu'un mauvais plaisant s'étant avisé de la tirer un beau soir, la salle fut soudain inondée.
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L'alimentation des pompes était facilitée par les soixante fontaines qui distribuaient dans les différents quartiers de Teau puisée dans la Seine par des pompes, comme celles de la Samaritaine et du Pont-Notre-Dame, ou amenée par les aqueducs d'Arcueil, de Rongis, des hauteurs de Belleville et des Prés-Saint-Gervais. Quelques-unes de ces fontaines concouraient à Tembellissement de la ville, comme la fontaine des Innocents, où Jean Goujon avait sculpté des nymphes d'une élégance infinie^ comme la fontaine de la rue de Grenelle, noble décor architectural orné d'agréables statues de Bouchardon. Le mouvement qui portait les esprits, sous Louis XVI, à rechercher non seulement le progrès politique et social, mais aussi les progrès matériels, se manifestait par les efforts que Ton faisait pour procurer aux habitants de Paris une eau plus abondante et plus claire. Deux machines hydrauliques avaient été établies dans ce but à la pointe de Tîle de Saint- Louis et sur le quai des Miramionnes; des pompes à feu, où les frères Périer avaient appliqué les forces nouvellement découvertes de la vapeur, puisaient l'eau de la Seine au bas de Chaillot et au Gros-Caillou; la pompe à feu de Chaillot faisait monter les eaux dans les réservoirs situés sur la hauteur; des tuyaux la distribuaient dans les maisons, moyennant un abonnement de 5o livres par an pour un muid d'eau par jour, et sur la voie publique, où des robinets acquis par la ville servaient pour le lavage des rues et des ruisseaux.
L'eau distribuée dans tous les quartiers devait être d'autant mieux accueillie que l'usage des bains, presque tombé en désuétude depuis le seizième siècle, revenait en faveur. Des efforts sérieux étaient faits pour les mettre à la portée de tous. Chez les baigneurs, successeurs des anciens baigneurs étuvistes dont la réputation morale laissait à désirer, un bain de santé cou-
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tait de 4 à () livres- un bain de propreté, où les parfums, il
est vrai, n'étaient pas épargnés, montait de 8 à i5 livres. Les
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grands seigneurs et les financiers avaient chez eux des salles de bains, dont nous avons parlé plus haut; quant aux bourgeois et aux artisans, ils pouvaient louer chez les chaudronniers des baignoires en cuivre étamé, ou chez les tonneliers des baignoires en bois, moyennant 20 ou 10 sous par jour; mais comme il n'était ni facile ni commode de les faire monter et de les installer dans des appartements où la place était mesurée, ce fut un véritable avantage pour les personnes de classes moyennes que l'établissement de maisons de bains à des prix modérés. Plusieurs de ces maisons furent construites en bois sur des bateaux qui flottaient sur la Seine.
Outre les bateaux de bains et les écoles de natation, un assez grand nombre de bateaux stables flottaient sur la Seine, comme ceux des blanchisseuses et les puisoirs des porteurs d'eau, et c'était un mouvement continu d'embarcations, de trains de bois, de coches d'eau, qui partaient chaque jour au nombre de sept ou huit, du quai Saint-Bernard, pour descendre et surtout pour remonter la Seine. Les accidents n'étaient pas rares, et plus d'une personne périssait dans les flots. Les sentiments humanitaires qui prévalaient firent établir à partir de 1772, sur les bords du fleuve, différents dépôts de remèdes destinés à rappeler les noyés à l'existence. Des médailles stimulaient en même temps le zèle des sauveteurs et récompensaient leur dévouement. La police témoignait aussi de ses intentions bienfaisantes en faisant déposer chez tous les commissaires de quartiers des remèdes et des appareils pour le pansement des blessés, ainsi que des civières et des brancards pour leur transport. L'administration justifiait l'importance toujours croissante de sa mission par un souci plus vif de tenir compte des aspirations philanthropiques de l'opinion et de les mettre en pratique dans l'intérêt du bien public.