PLUVIOSE
M JA^V1KH Al 18 FÉVaiKIt.
À fextérieiir, — les succès des armées françaises continuent. Uoche entre dans Landau. La place de Landau se trouvait dans raiTondÎMeiiiMit de Tarmée dn Rbln , qne oommandait Piche> (>ru. Celui-ci se monira blessé d*iine lettre de Hoche , datée de : Mon quartier génénU de Landau, etc. u A cette époque, il y avait des membres de la Convention députés par elle près des armées, qui, sans être militaires, ordonnaient la maidie des armées sans consulter les généraux, ét sacrifiaient souvent le soldat finançais à leur ineptie on à leur ambition démesurée. Le général qui osait s'opposer à leurs vues était dédaré trattre à la pairie, envoyé an tribunal révolutionnaire, qui lut fiiisait payer de sa téte Taudace d'avoir contredit un rqirésentantdu peuple, n ( Mémorial ouJoumai lùttatnque de la Révolution frantaiief 1. 1*', p. 272.)» Dans celte ctrconstance, chaque représentant soutint son général : Lacoste et Baudot lurent pour Hoche; Saint-Just et Lebas pour Pichegru; et u quoique ceux près de l'armée dn Rhin concourussent à l'élévation de Hoche, ils n'en devinrent pas moins ses ennemis près du comité de salut public, sur qui ils avaient beaucoup d'ascendant. ■ — Le 13 plnviéset les puissances coalisées contre la France proposent une trêve de deux ans : elles promettent de reconnaître provisoirement la Répnblique française, et de faire la paix dès qu'elle aura un ^uvemement établi et stable; mais à cette époque on voulait détrôner tous les rois. On chantait , au sein des armées , une chanson dont vniri tin couplet :
« PnuK^ais, le sigosl est donné,
n Sortons «lii sommeil létliar(jii|U(> ^ <Jui lient notm cii'iir enrh.iîiit'; • Vengeons, Aauvoiia la Ué|)uLti«|iie ;
■ Le temp* nous prépare dei fen ,
■ Kt nous conduit a Tanarcbie; ^ • Qui viMit affranchir rnnivcr-i
■ Doit commencer par «a patrie.
« ChsMons les rois, poursiUTons les tyrans,
■ filarchons,
• Marclion<, • Sur le» débris de leurs trônes sanglants. •
LA UU£, LË CLUB, LA l-AMliSE. 39
Les mois de pliividte et <le ventôM tont oontaerés ra repos des fimipes , eu milieu des neiges et des frimes, «vaient bivom- ^oés po«r le dèblocns de Latidavi , et pour chasser Tenneait de Vmt le territetie fiRUiçais. {Mémorial , p. 273.) Opendant le ^lœne continue do côté des Pyrénées, et le 5 février, le» l'spagnols étaient mis en déroute an combat de Saint-Jean de Liiz, inal^ la supériorité du nombre, par les soldats de la Itépnblique.
À fmténeut, — c*est toujours le perpétuel contrasu» de (;raodes réparations et d'iniquités éclatantes, de mesurt^K néreuses et de crimes odieux. — 4 février. Le décret suivant est
rendu au milieu des plus vifs applaudissements : «La Convention déclare aboli Tesclavage des nègres dans tontes les colonies; *ïn conséquence, elle dtVrèto que tous les hommes, sans distim^ tioB de couleur, domiciliés dans les colonies, sont eitovens français , et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution. »
On avait fait on effort pour empôcher la délation d'étro nu ÎBStrument de ven(;eaiice personnelle : « La peine de mort sera portée contre les faux témoins entendus sur des accusations capitales, quand même les accusés auraient été acquittés, i» — Ccst à celte épo<|ue que le drapeau tricolore est arlxiré dans sa forme artiielle : « Le pavillon «h'Ciété par rAsscinhliH' ronstilnante e<il ^upprimé. Le pavillon national sera foiiiié des (rois couleurs nationales, disposées (mi trois bandes <'(^ales, pos<cs verticalement, de manière que le bleu soit atlacbéà In fjauiedu pavillon, le blanc au uiilien et le rou{;e flottant dans les airs. " 15 février.
L<'s prisons regorgent de sus|Kîcts. A en croire le ♦•ouseil général de la commune, les détenus étaient les jfens les mieux nourris et les plus (fais de Paris. On se plai{;nait beaucoup que « iiuilçri' la disette de la viande, les prisonniers faisaient des rej)as »pleudi(ir>. (jii i eu occasionnaient une (grande consommât ion, ainsi que du p.iiu, dont ils se plaisaient à m perdre la moitié, pendant qUi' les sans-culottes jeûnaient pour ainsi dire eu eomljallant pour le service' de la liberté. " La eoiiclusion re.>sortant implicitement de cette dénonciation , c'était qu'il fallait se hfiter de guillotiner CCS mangeurs, qui trouvaient moyen, même en prison, d*aflamer le peuple. — Au reste, nous connaîtrons par la partie 4e ce livre consacrée aux prisons, quels étaient leur régime intérieur
et les repas splendidc's dénoncés aux jeûneurs du jacobinisme. — Pour le mois de pluviôse, revenons aux proclamations d^Hanriot.
Toutes ces proclnniations (rilaiiriot font pénétrer dans le détail de la vie parisienne. Ou eu voit les augoisses et la détresse.
Encore une plainte sortie de Tabiuie! Il faut tout entendre pour tout comprendre et tout sentir.
A la citoyenne Durand, hôtel de t Union, rue Saini^Thomas du Louvre, 26, â Paris, (Inédite.)
« Ma bien-aimée,
» Ne t'afRiçe pas trop; je t'assure que je meurs satisfait; la sé\érité des hommes m'assure In miséiioorde de Dieu; ell<' expie les fautes rpie j'ai laitts et prévient eelle> <pu' j'aurais pu faire; tu connais ma faiMe-se , mon extrême sensibilité; elle m'aura peut-être e;jaré; il est (li(;ne de la honte de Dieu de le prévenir. Va, ne nous séparons point! Je serai toujours avec toi, avec nos enfants; je veillerai sur TOUS. En songeant à moi, sache que je snis là et que je t*aime toujours.
» Je pardonne à mes ennemis; fais comme moi. Ils ont cru bien faire, et puis c^est moi seul qui me suis perdu. Ne leur Imputons rien. Que peut-on imputer aux bommes lorsque Dieu seul fait tout? G*est lui qui nous sépare un moment ])Our nous réimtr plus sûrement et pour nous réunir toujours. Tu vois bien que c'était nécessaire. Avec les idées que tu m'as vues quelquefois, tu vois' bien que c'était nécessaire! Adieu, ma bien-aimée; console-toi de la vie par Timage de l'éternité. C'était celle-ci qu'il s'a{][i$sait de passer ensemble, il n'y avait de doute que pour moi. Grâce à Dieu, il n'y en a plus. Adieu, hien-aimée; moi, je ne te dis ])as adieu. Je te dis honsoir, parce (juc je vais dormir un moment, un .«.eul moment! Au réveil, je reverrai ma bicn-aimée, et rien ne • pourra plus nous séparer.
« J'embrasse nos enfants, nos parents, nos amis. Pour le»
LA RUE, LE CLUn, LA FAMiNE. kl
coiiwier de ma mort , je leur laisse ma vie. Je la leur laisse aussi pour exemple. Qu'ils apprennent parmafimte&Tainere leur caractère, à modérer leurs passions, à ne pas suivre toujours leur cceur, qui peut le.-> éj^arer; (ju'ils aiment leur patrie cuninieje Vai aimée, et qu'ils la servent plus heureu- .renient .
" Mes enfants, ninie/. votre nu re et ol>éisse/-lni eoninie vous teriez h tous deux. .Te lui transmets tous mes droits sur vous; elle a les siens et les miens.
H Mes chers parents, je suis fâché de la peine que je vous donner votre douleur est la seule que je sente eu ce moment.
« Adieu. .le \ ais où le mattre m'appelle. Il m'6te du travail au milieu du jour. Je me reposerai jusqu'au soir; alors tout sera égal entre nous.
» Adieu, ma bien-aimée, adieu.
» Ton mari , tuu auu éternel , » DUBAVD. •
Otte lettre ne porte pas de date. Nous trouvons dans la liste des personnes condamnées à mort par le tribunal ré\'olutioniiairc , publiée par M. Gampardon , et beaucoup plus complète que celles données avant lui, un Pierre Durand, employé dans radiiiinistration d'un district, guillotiné le 7 pluviése an II, qui nous parait être le signataire de cette lettre touchante.
Les grands dramatiu'{;es de l'école shakspearienne mêlent le rire aux larmes, le comique au tra^jique. Ils voient en cette opposition le dernier terme de l'art, parce qu'ils en ont ol^ servé le contraste |)crpétuel dans la nature. A ce compte, ils auraient inventé volontiers, pour fiiire suite à la lettre de Durand, la proclamation d'Hanriot qu'on va lire. Nous la reproduisons, comme toutes les autres, avec son orthographe; que celle<i soit d'Hanriot ou de Clément, son secrétaire, elle est digne de gens qui déclaraient que la République tCavait pas besoin de savants.
Du 5 pluviûM: (i4 janvier), l'an 11 dc la Republique fcançiiiw. Ordre tféniral,
« Le çëoéial iovite ses firéres les caaoniers â avoir uoe teoue uniforme; je voudrais aussi lorsqu'ils font une manœuvre , qu'ils ayent le soin de pointer sur un objet déterminé : un canon est à un canooier ce qu'uu fusil est à un
bon chasseur.
» l)au> notre dernière pelile féte, qui était sans ;i|>|)ict, j uv Ml avec plaisir des niomens de rratemité et d'é{;aliti" <|ue autres s(>i-di>aiit j)PUples libres n'ont janiais éprouvés; j'ay vù le pain et le vin se parta(;er d une manière si bonne et si douce.... J'ay vù enfin les passions, les haines, les jalousiies et Tintrigue proscriltes de notre féte, et les bons magistrats ont souris de plaisir et de contentement. La société est paisible, la tranquilité commence à s'établir;, bientôt notre service sera si doux qu^on ne s*en appercevra pas, les républicains sentiront le prix de leurs travaux lorsque la besogne sera acbevée.
■ Le service général à l'ordinaire. Signé à l'original : Hanmot, oommandant général. •
Do 7 phiviAte (M janvier), Tan tf de b République française. Ordre généroL
a Citoyens, je vais sur le champs donner des ordres, pour procurer une capotte à la sentindle extérieure du poste du comité de surveillance du département de Paris. . » Je me propose d*aller incessamment embrasser aaee frères d'annes du 31 may.
» Salut, amitié et fraternité.
« Le (général en chet de Paris , » Signé : HaWMOT. »
On ne (-oiiiiaitrait jauiaus, 5nii.s los proclainaticuis d llatiriot. 1rs {junligei qu'enFaute le jîîcoh'mîsnie. ÎSoii-seulenienl il fail jiirfV'rer la possession d'une cabane à relie de hit'ns immenses , mais il arrête en. une heure des inniulies qui, sous rancicii régime, auraient duré plusieurs jours, llanriot voulait ilire que l'ancien régime allumait à plaisir les incendies, et ne penncttaif pas qu^on les étei(pît.
Du 8 plnviAse (S7 janvier), Tan II de b RépublMpie française. Ordre général.
» Hier au soir le feu a pris aux {grands Aufjustins.
quay de la Vallt'e, les citoyens, les ina{;i^trats , la force armée, s'y sont rendus tous à la fois, tous ont travaillés, rincendie a été éteinte en très-peu de teins : sous Fancien régime» le feu auroit duré plusieurs jours; sous le régime des hommes libres le feu n'a pas duré plus d'une 'heure : quelle différence! L'homme libre vole de lui-même au secours des iiialheureux, et n'a pas besoin d*étre commandé.
» Le service général à Pordinaire. Signé à Toriginal : Hanriot, commandant général. »
L'an 11 de la R^ublique firaoçaiie.
Ordre général.
« J*invite les commandants capitaines de sections et commandants de postes à veiller les étrangers qui depuis peu entrent dans les compagnies et font le service comme s'ils étaient de bons citoyens; cette nouvelle eqpéce d*hommes n*est pas difficile à connottre : il suffit de prêter Toreille à leurs discours.
• Serrons-nous, mes amis; si Ton osoit encore fermer contre Paris un nouvel orage, par notre union sachons réviter : on parle de complots» on cite des conjurations, on
conspire contre les vertueux parisiens, pourquoi? C'est qu^ils sçavent foire le bien, tout donner, et ne rien garder pour eux. Ils sont fidels aux principes de justice et d'égalité.
» Le service général à Tordiuaire. Signé h Toriginal : Hanaiot, commandant général. »
Du 11 pluviôse (30 jauvier), l'an 11 de la Ut'publique françai»<*. Ordre général.
« li part anjourd'huy un convoy pour les années de la république.
» Les commandants et adjudants de sections auront soin d*armer de piques tous les citoyens de garde.
» Mes frères d*annes se plaignent qu'ils n*ont pas de fusils, ce n'est pas ma faute, je désirerois les tous' voir armés de même; la pique est excellente pour se battre contre un homme non armée. Le comité de salut public de la Convention fera tous ses efforts pour armer Paris d'une manière respectable; le pouvoir exécutif fait tout ce qui dépend de lui pour accélérer mes demandes.
» Veillons tous comme nous avon> \ eilK' juMju à ce nu)nient-cv, veillons jusfju'à ce «jue tous trone> M)ient renverses, et que h? dernier des Ivriins, en ce>sant d étre, reconnoisse que le^ solduli» de régalitc sont ceux de la raison et de la justice.
» Le service (jénéral à Tordiuaire. Signé à Toriginal : Ha;>riot, commandant général. »