SÉANT ALX JACOBINS DE PARIS
Présidence de Thùion.
SikSCB DO 3 TESTOSB.
« Carrier, représentant du peuple, arrivant de la Vendée, demande à subir l'épreuve du scrutin avant que de donner à la Société des détails sur le département qu'il vient de quitter et sur les événements qui y ont ea lieu. — 11 est admis et prend la parole.
Il Carrier : il est enfin temps de connaître ce qu*il y a de vrai dans cette guerre infernale qui si longtemps désola ce pays ; je ne yeux point femonter aux principes , et je ne vais TOUS parier qne des conséquences. Il n'y eut jamais d'erreur plus profonde que celle qui accréditait la Douvelle de l*ap* paritioD tantôt de vingt mille hommes, tantôt de plus, tantôt de moins. Le mal était (jénéral dans ce pays; seise districts entiers étaient révoltés contre la république. Une étendue de près de quarante lieues voyait tous ses habitants armés contre leur» rren'>. Cependant les patriotes peuvent espérer que ces dépaitements, en rentrant sous le joug salutaire des
lois» ne seront point onéreux à la république, car ils sont cultiTés, ensemencés avec le plus fprand soin; la récolte :i*annonce sous l'aspect le plus foyorable. ( Tant mieux!
s'écrie toute l'assemblée.) Oui, tant mieux! car les hriyands n'en tâteront pas. (On applaudit.) Voici comment s'est formée cette çuerre fatale, connue >ous le nom de Petite Vcndce. Les chouans qui la composaient étaient des voleurs de (grands chemins, d'ahord dt'l rouvrant les passants, et se retirant toutes les nuits dans le creux des montagnes, où un immense rocher leur servait de rempart. Augmentés bientôt par le recrutement des gabelous et autres gens de cette espèce, ils se rendirent vraimetit re<loutnhles ; ils sont maintenant exterminés. Il n'existe plus de brigands ; et s'il en reste quelquesuns, ils seront pris d'ici à peu de jours.
» Mais je ne puis retenir mon indignation quand je pense que des hommes sont venus demander à la Convention une amnistie pour quelques conununes de la Vendée. Outre les preuves de scélératesse que toutes ont données, ce qui est bien loin de leur mériter l'indulgence^ qu'on ne doit tout au plus qu'à des patriotes égarés, il n'est malheureusement que trop constant que le peu de patriotes qui s'y trouvaient ont été tous massacrés. Certainement tous ceux qui ont sni vécu ne sont pas patriotes, et je pourrais citer mille preuves de la profonde perversité des habitants de ce pays.
>» Carrier retrace ^n^ ce sujet k> mêmes détails qu'il a déjà développés à la Convention , et continue ainsi :
» Je ne saurais exprimer toute ma surprise de la scandalense discussion qui a eu lieu au sujet de cette guorre; je certifie qu'on a calomnié de la manière la plus atroce des patriotes excdlents, de braves généraux. Ronsin, Rossignol, Santerre, ont été calomniés. Les brigands n'eurent jamais d'ennemis plus terribles, et je réponds de leur bravoure et de lear patriotisme comme du mien propre.
• Je dois dire aussi que Phélippeaux ne mérite aucune croyance, attendu qu'il ne se connaît nullement aux opérations militaires. Je ne le crois pas contre-révolntionaaire,
quoiqu'il te poniraii qo*n fàt l'agent d'une fiaetion sourde qu'il ne croirait pas servir ; mais je le maintiens fou autant qu'un peut l'être. Il a attaqué mon collègue Levasseur, le phis courageux des homines, qui combattait lui-même les brigands, et ne faisait pas comme Phélippeaux, qui se cachait toujours pendant le combat.
•« Quant à Westermann, je déclare <jue je ne l'ai vu ijuc deux fois seulement; ainsi je ne parlerai ni de sa vie privée, ni de son patriotisme : il peut être un intri(jnni, mais il ei>t très-braye. Dans toutes les occasions il s'est montré avec un grand courage. Peu d'hommes se sont plus fait craindre de l'ennemi. Il n'en était nommé, comme on put s'en convaincre après qu'on eut surpris leur correspondance , que le féroce Wetiermann, preuve qu'il n'en était pas aimé.
• Thirion : Weitermann est un très-bratre général, et dans beaucoup d'occasions il a foit de l'ennemi un carnage épooTantable. Je le crois donc eioeUent à la tète d'une division d'esca'droos ; à l'aide de son courage il fera toujours des flMnreilles; mais par la raison même qu'il est extiteement bouillant, il serait peutétro dangeroux à la tète d'une année
» Levasseur cite une occasion oà Westermann désobéit aux ordres de Rossignol, et ne partit qu'à une heure après
midi au lieu de partir à sept heures du matin; il ne trouva que quelques (raineurs, au lieu de surprendre les brigands en masse, et manqua ainsi Texpédition projetée.
» Collotd'Herhois : Carrier nous a fait des récits sincères; il nous a présenté la Vendée comme elle est aujourd'hui ; il n'a rien boursouflé, il n'a rien dissimulé; il a combattu lui-même avec courage, il a couru de grands risques; il a pris les précautions les plus salutaires pour l'extinction des brigands : les mesures sont prises aujouffdPhai; le plan du comité de salut public est feit; les brigands seront bientèt anéantis.
» Les mesures vigourenses qu'il recommande eussent depuis longtemps exterminé ce malheureux fléau si on en eût
filit plus tôt usage ; elles ne seront pins reculées, et j'annonce avec sûreté à la Société que les précautions de la force la plus terrible sont prises déjà par le comité de salut public, et vont incessamment frapper avec efficacité à mort le dernier rejeton de lu Vendée.
» J'ai demandé la parole uniquement pour rappeler aux principes, dont on s'est (grandement écarté; on a parlé de ^\'^•sternlann , de sa moralité, de sa bravoure, etc. On a oublié les principes, et l'on ne s'est occupé que de divagations frivoles; on a loué Westermann, et Ton n'a pas loué ce qui méritait de Tétre; et moi aussi je vais louer Westermann; on a cité ses services dans la Vendée, et on n*a pas dit qu'il était au 10 août devant le château des Tuileries» qu'il combattit avec nous dans cette journée mémorable, et qu'il aida à jeter dans la poussière le trône du tyran'. Il a été plusieurs fois, dix mille fois persécuté par les ennemis de la liberté, et toujours nous avons pris sa défense, parce qu'il est toujours ici des défenseurs pour les opprimés; nous* le défendrions encore s'il se trouvait encore dans une position aussi méritoire enyers les amis de la république.
» Eb bien ! pourquoi ne le voyons-nous plus? C'est qu'il est entré de petites passions dans son cœur,... II eût été heureux pour lui (ju'il tût mort dans ses jours glorieux; il eût été immortel, et aujourd'hui on ne sait comment il finira'. Heureux ceux qui meurent pour la ii!)ei tL>, et dont la mémoire est placée dans le cœur des patriotes!...
» Westermann est brave, mais on loue peut-être trop celle qualité ; il est d'autres sacrifices plus grands que celui d'exposer sa vie : ce sont les privations. Les républicains en sont peut-être venus jusqu'à savoir se passer de cette bravoure pour vaincre. Nous ne devons pas fixer notre opinion sur un général par cela seul qu'il est brave et qu'il a combattu de telle ou telle manière, mais bien sur son dévouement pour la cbose qui lui est confiée.
1 Westermann fut condamné i mort le 5 aviil 1704 , en même temps que Piiilippeaux.
Digitiztxi by
» Le (jénéral ne Tarac pas seul: c'est le soldat qui triomphe. Si vous en attribues tout Phonneur au seul chef, bientôt il se croira au<^es8us de ses frères , et , é^'aré par son ambition, il en abusera pour attenter à Tégalité.
» Un pi'néral a l>eaii être brave, s'il peut causer quelque ilivision entre les armées et les reprcsintaiits du peuple, il faut l'écarter. Vous serez justes quaud vous serez sévères. II ne faut pas que la bravoure H'un général fasse passer sur son caractère; il ne faut pas qu'un général préfère des volumes d'élofjes dont on remplit les journaux à l'estime de la patrie, ^ue VV^estermanu étudie Rossignol, alors il pourra reconquérir notre estime.
• Rossi^ol, attaqué, accusé, s'est soutenu par la seule force des principes, en combattant pour la liberté et ré(;alité, ne montrant d^autre désir que de les foire triompher'. »
4 vbntAsb (S3 FÉvaiBE).
Rapport de Le Hariuel,
« On se plaint vivement des boiTcurs commises par
la commission militaire de Bordeaux, <|ui. dans six semaines, a fait fusiller plus de 400 personnes. Elle les jugeait si légèrement, que 8 ou 15 jours après l'exécution de certains citoyens, elle les réhabilitait; tous ceux qu'elle a ainsi jugés et fait exécuter n'ont jamais pu obtenir de défenseurs officieux, et quand ils voulaient eux-mêmes plaider leur cause, on leur imposait silence; il en était de même lorsqu*ils demandaient k venir à Paris pour y être jugés légalement, comme les autres prévenus.
• On assure que cette commission, que l'on qualifie de commission sanguinaire, est en état d'arrestation. •
< Inutile de dire que Rossignol, conme Viaeent et Rooiîn, démagoguec violence et vmtardt, étaient dignes d*étre vabtit par CSollot.
Rapport de Perrière,
M 11 arrivera pour la viande les mêmes malheurs que pour le pain, si Ton ne prend les mêmes mesures de sûreté, tant pour maintenir le respect des personnes que pour pré-venir les accaparements particuliers.
'* Une des premières mesures ft prendre et des plus simples pour empêcher le sanj; et le meurtre , c'est de défendre aux Femmes d'aller à la hourlierie avet- dfs plats ou des ariettes, de simples serviettes suliisaut pour cela. »
LES ASSEMBLÉES POPULAOtES.
« L'assemblée populaire de la section de l'homme armé étoit extrêmement nombreuse, et il y avoit beaucoup de femmes. On a lut diffâvns arrêtés du oomité de salut pid>lio, relatif aux charpentiers. Demain à l'assemblée générale, le Comité civil sera tenu de donner les noms de ceux qui peuvent remplir de suite les vûes du comité de la convention. On a aussi annoncé, je veux dire le président a annoncé qu'il venoit do recevoir un imprimé de l'officier niiinici|)al , Tall>o, relatit à >a ju>tilit alion. la société a pas^é à l'ordre du jour. Demain une députalion de 4 membres, se présentera aux Jacobins , pour lui annoncer que les deux cavaliers tournis par la Société populaire, n'ont pas voulu (]uitter Paris, sans prendre congé de la société-mére. Un de ces cavaliers est boucher de son état, Tautre est cuisinier. Un citoyen a dit qu'il falloit annoncer aux Jacobins, que le premier alloit à Tannée pour tuer les tyrans, et l'autre pour \e> mettre en Jricassé. (Applaudissemenit unanùnet qui ont duré au moins deux minuties,) On s*est occupé aussi des certificat*» de civbme. Un homme ancien militaire, âgé de 85 ans, a demandé que la société lui servit de parrain, pour en avoir
an. Gomme il n'ëtoit pas conmi, on proposoit de passer à Fordre du jour ; d'autres s'y opposoient, sur ce que la Convention ayoit décrété qu'il iallott avoir des égards pour la vieillesse. Un membre alors s'èst écrié : La vieillesse qui n'a rien fait pour la patrie, vous touche, on cherche à avoir votre pitié. Que peu nous importe que de tels hommes vivent? dés qu'ils n'ont rien Fait pour la répuhhque, ils peuvent avoir le même sort des suint.->. Si vous perdez, un seul instant, le mouvement révolutionnaire, adieu les patriotes; leur fin est prochaine. Je demande donc qu'on passe à l'ordre du jour. ( Vifs applaudissements ; l'ordre du jour est adopté.) D'après ce que je viens de dire, on peut juger de Tesprit public qui règne chez les citoyens de la société populaire du marais.
• La société populaire de la section des droits de l'homme tiloit très4iombreuse. On a lut le discours de Robespierre, je veux dire son rapport feit au nom du comité de salut public. Le lecteur a occupé la tribune pendant une heure et demie, pour lire ce rapport, yù qu'à chaque alinéà il étoit applaudi. On s'est occupé des moyens à prendre pour accorder de In ▼iande aux gens malades, sans qu'aucun citoyen ne pAt crier. On a lutdiffiérens mémoires sur la culture des terres {V esprit public révolutionnaire); j'oubliais de dire qu'il y a eft beaucoup de bruit, parce qu'un membre avoit dénoncé la section de l'indivisibilité comme chancelante dans les principe> rcvolutionnaires,
" I/asseniblée populaire de iii section de l'arsenal étoil peu nombreuse. On s'est occupé longtenips des certificats de civisme, et des moveiis qu'il falloit prendre pour planter des pommes de terre et des lé(^umes, dans les endroits non cultivés qui sont aux environs de l'arsenal. Rolland, inspecteur des travaux à Tarsenal, a présenté des idées qui m'ont paru vastes et patriotiques; et il a traité cette matière au mieux. Demain, l'assemblée générale s'en occupera. {L'esprit public m'a paru bon).
s Rue firanciade près la porte Denis, une fruitière chez
laquelle on a Irouyë quelques livres de beurre et des œufs, a occasionné un rassemblement de femmes qui ont été sur le point de Tétrangler, sous prétexte qu*elle étoit une aocapareuse. On a brisé è cette femme différents objets, et sans quelques bons citoyens, elle eut fini par être la victime de quelques scélérates.
» A la balle vers les 9 heures et demi du matin, trois citoyens préposés pour maintenir le bon ordre, ont été insultés par des poissardes, sous prétexte qu'une telle avoit deux livre» (le lieune, pendant qu'elle n'auroit <lû en avoir (]u'un carteron. Les femmes se sont haltues ; les honnets de quelques-unes oui c'tt- jrltt's dans la rue, et cependant deux ont été conduites au corps de (;ar(h'.
» Un membre du comité révolutionnaire de la section des droits de l'homme a proclamé avec un tandjour, que dorénavant on auroit plus de bœufis, qu'av(>c des cartes, pour les gens malades etc. les femmes et des hommes en tablier ont dit tout haut, la proclamation faite : à présent il faudra donc faire du bouillon avec de la viande de chien. Ces messieurs ressemblent aux prêtres qui vous deflîendoient de
manger de la viande, mais qui s'en f. par la gueule
secrètement.
> La section de rindivlsibilité a envoyé des députations ce soir aux sociétés populaires pour leur annoncer qn*il y avoit à rhotel de la Force des souterrains par lesquels on
faisoit passer des bœufs, des veaux, des moutons vivans. On fera part de ces grands abus k la convention. On a annoncé dans dilïérenls endroits ou se rend le petit peuple pourboire, que plusieurs bouchers avoient vendu du cheval pour de la viande.
» Signé : Bacon. ■*
« Le tableau de Paris commence à devenir eflfirayant, on ne rencontre dans les marches, dans les mes, qu*une foule immense de citoyens, courant, se précipitant les uns sur les
autres, poussant des cris, répandant des larmes, et offrant partout rimage du désespoir; on dirait À voir tous ces mouvements , que Paris est déjà en proye aux horreurs de la
famine : mais ce qui est bien consolant pour le jiatriote, ce (jui est bien bonorable an peuple républicain, c'est de voir cette mas'ie de citovcns au milieu des vives inquiétudes (|ui ra(jilent >ouiu].>.e aux loix et respectant les proprii té-. de ceux nuMnes qu'il soupi onne le plu> de cherclier à TatTanier. L'iu^loire n'offre aucun exemple d un peuple (pu, dans des circonstances aussi pénibles, se soit conduit av(>c autant de modéniCioD. Sous Tancien régime il en eût fallu beaucoup moins pour faire pendre un prévôt des marchands, un lieutenant de police, etc.; aujourd'hui au moindre mouvement , un simple citoyen parle au nom de la loi, et tout est tranquille. — Ceci est le résultat d^une conversation tenue dans un grouppe, au jardin national.
» Signé : Latovr-Lamontagnk. »
llapport de Jie'rard,
u 11 c>t <lu <levoir de rol)servaleur de dire quel est re>pi it, ropini(in du peuj)lc sur les arrestations; tant fpi'ellr>> ont eu j)our but (le renfermer riiomme suspect, le ricbe é/|oïste , il a applaudi, mais actuellement, (jue les commerc^auts qui l:ai:»ait vivre beaucoup d'ouvriers, que le père (Je famille sont victimes de la mauvaise humeur, de la haine et du patriotisme factice, ce peuple qui sent qu'on cherche à le priver i de ceux là mêmes qui lefiiisaient exister, commence à se réveiller, et murmure hautement contre les infractions aux sentiments, et aux lois républicaines. Qu'est donc advenu cette commission qui devait si bien faire sortir des prisons ' les détenus innocemment? a dit ua citoyen. Ne voisrtu pas, a répondu un antre, que rien n*est plus faux, que c'est pour nous appaiser, nous tromper, qu'on a fait semblant d'en nommer une; si elle existait on verrait quels sont ceux qui
soDt swt» des pviaoïM , mais au contraire depyis ce jour-l»» ou arrête par ycmr cent, 130 et aaéme deux cents individii«; Pauwe peaple, a fe|>U(|iië uu 3**, pour t'abiiMr, te veaervO» a toujours l'air d'employer la doiteenr, maïs c ei>t pour aueux te déchirer; on reiit la guerre civile» nous l'auron», car pin» de viande, plua de lëfjune», plus de Marchands-, phi» de gens riches pour foire travailler ou nourrira le pauvre. »
Observations du citoyen RoUn,
« Les marchanda épiciers a* ont plus de cajisonade, pas même pour les malades.
" iJeauc'ouj) de |euue lille-. de dix ù douze ;ui>, nu uic aude^xius — ne pro>tiluent avee des jjai i tiu-^ du uicuie a};e. — hier le palais l'.jjalilt! eu eloil rempli. — on assure uit^me tjue dc> iu<;res ont riiit'umie de livrer leur» tilles à des libertin» pour de l'argent,
M On murmure Leauéoup sur le mode de délivrance de oeriiii( ats de civisme dansJcs sections. — Les unes exigent huit témoins, — -les autres deu\,el ton tes se plaisent souvent à récuser la pluspart des témoins, de manière que des vrais patriotes ne peuvent obtenir leur certificat de civisme, parce qu'on ne veut point agréer le témoignage de ceux qu'iU présentent pour témoins. »
5 VEM'ÔSF. (23 févribr).
Un Journal incorrigible. — Rapport de Charmant.
« On se plaint (|ue les journaux dclignrent les iiaits
tel qiTiK sont rendus aux as>eiid)lécs, et induise très-souvent, le public en erreur. Aiijourd Imi le Moniteur en date du. 5 veiit6se a mis én tette de rariicU; ïribunal révolutionnaire, en leur place il a mis Opér»*€U)oiique naiiunale, ce <|ui a fait beaucoaip mmvuirer. Si c'est une plaisantecie, elle est Soïït mal placé, car les lecteuns n'en étoit pas da tout contens. i>
Rapport de Bacon sttr les clubs,
a l/asseiiiltli'e {jénérale de la se( tn)ti (le r»uiliaunie Tell t.toil n()iuI)reu.so. Ou a lut les loix rela<i\'e.-> au .>al|)t>trt> et aux charpentiers. On a inviltî citoyens à taire leur don |)alrio(i<|ue poiu- les défeuscin-.s de la patrie; il a »'té arrêté (jue si d'icy au 10 ( uuraut les riches de la section ue sa montroient pas en trères pour 1» coUecie, lenr nom aeroit afi&ché. {ApplaudisêemeM.) On a ensuite parlé Ioii§ tema d«» oertificatâ de civisme. {L esprit pulUic bon.)
» L'assemblée générale de la section ëu. Contrat social ëtoil très-nonbrecue. Le aecrétaire resté au moine, à la. tribune, deux bonnes bennes,, pour lire toutes le» kix. On a aussi Ift le» nens de tons cens (|ui depuie 1786 ih*avoient pas payé leurs impositions. On a pris- des amétés rigoureux pour cette partie. (L* esprit puhUe réyohêtiormatre.)
» L'assemblée générale de la section des Lombaods étoit extrêmement nombvense. Un. membre a lut un long mémoise dane leninel il a développé tontes les fripponaeries de» be«fr- ^lers; et d*appès des examens sévieux et des renseignemens certains, il ré.sidte que les hoiuhers, par leur cupidité, ga- {jnoitM.t au u»oiiis trois cents poui' cent sur la viande qu'ils viMidoieut, que k'ui> alclicr>,jc veux dire leurs étaux , étoienl If vi tii tundjeau des saus-culottcs. {Mtirniiires (i iiiditjiiution.) Ce même nienihre a aussi dit que si, de tous les états, il v .ivoit réellement tjois hons patriote^ chaque, le peuple ne manqueroit pas de dem'ées. {Vifs appluudiaaeinens ; et des femmes ont crié : Tous les bouchers sont des scélérats !) — Une dépuâation de la section de Miiscius Seaevola s'est présent*: pour dire qu'elle avoit regardé comme libertifisds Tarrêié du 15 pluviôse de la section du Tenipie;,elle a. aussi dit ^'eUe awoii anété de se rendre & la Commune peur que lee trei» détenus- au^Tempke fîisscnl envoyée à la Conciergerie; qpe cetAe garde fMsoit pcidre du- tema par jour à deux
> L s (1( t< iui> «Iti Temple étaient alora Madame ÉlisabetL, Madame Royale cl le Dau|ilna.
8» PAUIS en 1794.
cens >.;ni>.-culotles. Eu con>c(jiiciice cette (lj'|)iilalion a mvité l'aï<.seml>lée des Loml»ai(ls à adhérer à >(>n arrêté. i/s apf)/ai{(lisst'nicns .) l ue «lisi ii^sion a>>e/. ioii-juc >'e>t eii|;a|jce. Un citoyen a alors pris la parole et a dit : Citover>s , je sens comme vous quMl est répugnant de garder le reste impur de In famille Capct; mais passons à l'ordre du jour sur l'arrêté delà sectioD des Musciti8,je veux dire sur la dernière partie. Rapportons-nous-en à la sagesse du comité de sûreté générale de la Convention, qui a sans doute des raisons politiques pour le petit louvetô. Adressons-nous à lui pour lui communiquer en frères et lui feire part du service pénible qu*exige le Temple. DisonsJui que nous ne verrons que par ses yeux, et que les vrais républicains doivent être esclaves des loix. ( Vtjs et vifs applaudissemens . ) — ^ Arrêté à Tunanimité. L*esprit public à la hauteur des circonstances.
» L'assemblée {générale de la section de TArscnal étoit non)l)rense. On a lù les loix relatives au salpêtre. On a nonnné deux citovens, (|ui m)iiI roKustes et patriote», pour cette partie, d'après la loi. On a parlé des charpentier» et des terrains incultes près l'Arsenal. {^L'esprit public m'a paru bon.)
» Rassemblée générale de la section de la Maison commune éloit extrêmement nombreuse; et beaucoup du petit peuple. On a parlé lun(7 tcms d'un arrêté du département de Paris qui dit que les églises étant un bien national, il faut, que ces biens soient vendus. Grande discussion iÂ-dessus. Un fort du port ou bled a pris la parole et a parlé en vrai sans-culotte. Gomment, a-t-il dit, on veut que cette église, qui est devenu par nos soins et nos peines un temple à la Raison, soit vendue? Où tîendrons<4ious nos séances? Frères et amis! voici le tems où le peuple se repdra è ce temple pour se resserrer autour de nous, et dites-moi quel local vaste nous pourrions trouver? K.>t-ce donc que les tvrans sont dt triul>? Ne tievons-nous pas être plus que jamais instruits, et ne faut-il pas pour cela que uou> nous conuuuni- <|uious mutuellement nos idées? Allez, allez, ne crai(jne/.
LA RUE, LE CLUU, LA FAMIiNE. 85
rien ; jamais la Convention ne trouTera mauvais ce que nous fusons, car elle sait que les scélérats de rois existent. Je demande donc que le local soit gardé. {Àpplaudissemens,) Qnenet, de la Commune, a parlé contre cette proposition. {Non applaudi,) Enfin on tiendra les séances dans le temple de la Raison. On a lut aussi les loix relatives aux impositions. {L'esprit pubiic bon,)
• Il est arrivé considérablement d*Œufs; mais le bœurre est toujours rare. — Malgré les cris de certaines femmes, le peuple fera avec plaisir le carême civique. Dans un cabaret (le la rue Charcnton , on parloit de ce carême. On disoit : Il n'y a pas à reculer, car nous sommes arrivés tiop loins pour mettre les pouces. S'il faut ne n)an{jer que du pain, il huit s"v accoutumer. — Ce lan^jagc étoit tenu par des remuics du petit peuple.
» Le peuple se plaint de ce rpic les voleurs sont en si {p^nd nombre, et de ce que la police ne les surveille pas de prés.
» D'après des renseignements pris, je dénonce un (jrand abus. Âux cy-devant Blancs-Manteaux, on doimc des chemises à faire pour les défenseurs de la patrie. £b bien, le croiroit-on? il y a des femmes qui gardent ches elles des 3 et 4 mois de la toile, des culottes, des guêtres, et par le moyen des commissaires chargés de cette partie; c*est ainsi qu'aux frontières nos soldats manquent de ces objets.
• Paris tranquille. •
Rapport ée Laiour'Lamontagne,
• Il y a, n*en doutons point, disoit-on au café militaire, rue Saint-Honoré, il y a une conspiratiou contre la République dirigée par ceux mêmes qui affectent le plus d'être r^ublicains. Ceux qui ourdissent cette trame infernale sont ceux que Danton et Robespierre ont si énerjjiquement qualifiés du titre à^uitra révolutionnaire, et qui s'en sont vengés
peut-être «n cfaerdiant ù ahaUre une de «es coionnes lie i« lil>erté; car qai peut douter aujoiii^'Jiui K)ir<un poiiion violait n'ait &iJlli à pnv«r4e peuple 'de son plus inoorroptiUie daffoBMMT <je<«»Bt BHX qoi diitent que Aobe^ierre est uu' piteiote iMë, et 4fn oherckont à •établir une 4lifiliiictiou odieuse et iB|iiftte entre les ipeCrialcfi de 89 et oeux de 93. Ce sont ces lâches cadets en révoliitiooiqui, les anscàchés poadmtAe •combat, ties eatres oombatlaDt eazHnèmes pour la itjiiinniie^ •oseiit , après ila «violaire , se présenter en foale mir le cha»p deintatfle, et intenteut prooès à ieurs aloés, pour \e6 «déponiUer de Théritaf^c ^orieitx n(a*ih «nt conquis aver tant de peines et de f.itifj^ues. De toutes \ch parlies de la repulilii jue , on n «Mitend que <le> |>l;iintes sur le> ai restiitioiis de» nieilleur^ piitnof es , les x iuire^ «le hi Couventioii ii ilionnle releiitis>ent de i et lainalii)n> et de iniumiuivii eonlre le système perséeuteur et Ivrnmiique qui se d<-vel(»ppe chaque j0ur:8ous nos yeux. Tout eituyen qui eziipluvoit sa fortune au soulagement du ])euple ou ses talents à son in&lFuction ■e|>eut«cinipper longte«|>t mm eecftieroliefi inquiaitoriales de oesiDonveanx despolee, qui ive permelÉBiift pat qu'on soi>lage le peuple ni qo'mi Téolaiiia. fiiia Goomwstioti ne se héle deifiaer ies yeux Mr oesaaanKuiirHD «miiielles, il ne -reste plus quluneeei^e rcosouaec, one seule ocnsolaliDn à rhomsie de biam., à «oefau qui «est 'yrtpifnMeafwnt spénélné de l'aiaoïir de la patrie, «'est 4'«]lor 'Cjjwroher «nis 4e far AOlndiien nue mort glorieuse, préférable aux chaînes qu'on noofi prépinre^r — Sois tranquille, mon vieux camarade, a répliqué un citoyen, la Convention commence à ouvrir les yeux sur les sourdes menées de quelques prélendos patriotes, <«4 les chose?; ne tarderont pas à charj{;er de face. — Il u'v a pas de temps à perdre, n rej)i i«^ Taiitre, le mal est plus (fraud (pf ou Jie peuse, et : je ne crains pas de le dirc^^ la lilierlé court j)lus de risques dans Paris qu'aux freulicrcs el dans la Vendée. — On
' Non» aovaiMi <|ue Kubti«pienre éuit jatÊmàt : 'le bruit cuiiratl dan« pciyalc qu'il avakvté ampoitonné^ at auoao u'âtait plus de aanu» h Ibriifiar la popularité de l'Incorruptible.
LA HUE, LE CLUn, LA FAMINE. 87
a paru frappé de ces n>Moxion$, mais on a témoigné en même temps la plus grande cenfianoe -^ins 'let$ snfjoi; mesures que Ja Convention nationale se propose de prendre a cet égard. »
Fragment du rapport (te Sàru.
« Le mal est extrême : €e matin le faubourg Saint-Anioûie s'est dispersé sur la rotiie de Vincenncs et apiUé tout ce que J'on i^portoit à Paris. Les uns payaient, les autres einportoient sans jmyer. Les paysans désolés juraient de ne j)lus rien apporter à Paris. Il est très-ui:geot de mettre ordre À ce brigand^e, qai finira trés-incessamaient par afCamer la capilale. ■
.Parmi les (Tontu-aux <|iii «'Uiierit aoni.st's de trahison ponr n'avoir ytan eu tons les sucres niililaii(;s sur lesquels la Couveutiotl erovait avoir pu ctuuijler <le leur part, Sf trou\ait Kellennauii , lit) fit' ces soUlais de j'aiicieii ré{;iiiie dont li-s év é iiemciits île la iU'\uliiti<)ii avait iit liiit un oiticier /;énéjal, C'est lui (|ui soutint la « anoiiiiade de Valiiiw « L'armée l'raiiçaist;, dit un éci i\ aiti <lu leiujis, 1 (>iiij)<)>ée dejjaysaiis, de reeriies rasseudilées à la liâle, • tait dans la plus |;rande i:(>nsieiiiali<)n à ra|)proeli<' des Prussiens; mais dès (prelle eut bravé jx'udant deux heure- le ("eu de leur artillerie (arme ipTon ne de\ rail jamais emplover eonti e de nouvelles troupes, d<' peur de leur donner le lemps de se rassurer), le caractère national se réveilla, l'exaltation «ucré<la à Tilbartteiiicnt, et dhaque soldat se croyaiM un héros, aurait attaqué le soir «vec audaœ d'ennemi qui ie faisait tuembkr le mafia. »
Mtàhmamm^ «nfèrané A TAlibtye an comueneemeut de septaaribre 1390^ liit acquitté par le tribunal vôvialutîonnaire on JWy-et rqprit'en 1790 Je con mandement .de Tarmée des Alpes.
Cette belle iaMnoitiqiie nomt avons trouvée dans le damier d'IIérnolt 'de SédtfUes.auz Awbives de PËnipire (F 7, 4434), est inédite. Cest la raison gui nous décide à Ja publier ici. On sait que TEmpire fit perdre son nom an vieux soldat républicain, et que celui-ci se retrouve dans la suite sénateur, maréchal et duc de Talmy.
6 VEMÙSE (2i FEVniEil).
A l'Abbayr, k U vciilùàe, l'ait 11 «li- la hc|>iiLli(|ue,
ane et indivisible.
Le général KeUermatm aux citoyens représentants du Comité
de salut public.
« RépublicaÎD françois et soldat, inculpé et privé de la liberté loin des lieux où ses frères d*armes exposent leur vie pour la République , cette situation est plus affreuse c|ue la mort que j'ai souvent bravr pour elle; j'y succomberai, si mou bonneur, celui même de la République, ne me faisoit pas un devoir de prouver que Kellermann n*a jamais été et ne peut être un traître; dai^jiic/. , citoyens représentans , consulter vos collèijues Simond, J>uhnis-Crance, Gdutliicr, Ihnnas, Oréf/airr, I/craii/l vi autres qui ont >uivi nies action», iiio j)arolcs, in«'^ peiiM'cs les plu», set ictlos, qui ont véritic nie> papiers; et tous rendront honimajje à la vérité.
» Depuis lon{;tcmps je >uis perM'cuté : deux Fois accuse, deux t'ois justitié, deux t'ois la Convention nationale a proclamé mon innocence; j'aurois dû croire que trauquilement je pourrois enfui n'être occupé qu'à bien servir la République ainsi que je Tai fait; et je suis dans les fers!
w La Convention nationale m'a assuré que l'organe de son président, c'étoit le citoyen Hérault, au mois de novembre 1792, que la patrie toute entière rappelleroit à mes ennemis mes services et la célèbre journée de Valmy du 20 septembre, que les François et vous, concitoyens représentans, n'oublieront pas. Depuis, elle a décrété que j'avois toujours bien mérité de la patrie, et me confia le commandement des armées des Alpes et d'Italie. DeTaveu des représentans Dubois'Crancé, Gauthier, Simond et Dumas, et du procureur (jénéral syndic du département du Monthlanc et autres, j'ai sauvé ou plutôt j'ai reeouipus, avec des forces très-intérieures, le MontOlunc. Le département l'a attesté dans
LA RU£, LE CLyB, LA FAMi:«£. ~ Ktf
le tems, dans sou adresse à la GoDvention nationale, et pendant que je battois les ennemis de la République, les miens redoubloient de rage contre moi. Je le savois par les pHpiers publics et je n*allois pas moins mon train en brave et loyal soldat, persuadé que mes services étoufieroient la cruelle calomnie qui me persécutoif .
» Déjà, le 24 août, je vous ai donné ma démission avec la rcslriction (jueje preudrois la ville pn fide de Lyon, à moins (|ne \im> ne nonnniez un général pour n)e remplacer. Les paj)ier> pnlilics m'ont aussi appris que vous m'aviez dc-'titué le I () sept<'nd)re. J'ai continué de servir avec zélé et vi{jiieur, je l»aUoi> les ennemis delà liépubliipic. Knfin, le 17 octobre, taisant ma tournée dans le Faus>i(jny avec le représentant Dumas pour tbrtitier les vallées de Sallange, arrivé à Carrouge j*ai reçu oilîciclienient nia deslitution vers une heure après midi, ce que le représentant Dumas a attesté au bas de ma lettre quej'écri vois au ministre par un courier extraordinaire, afin qu*il ne dout&t pas de la célérité de mon obéissance.
» Je devois dtner ce jour à Genève cbez le président de 1» République, avec le représentant Dumas. J'ai sur-le-champ refusé, en déclarant au représentant qu'un général qui n'avoit plus de commandement de voit s*éloigner immédiatement des frontières. Je partis le même jour pour aller coucher à Virff à trois lieues de Carrouge, sur le chemin de Ghambéry ; fen suis parti le lendemain en poste pour cette ville. A mon arrivée à Aix, à deux lieues, je fus arrêté et conduit dans les fers.
« .le « (Miviens, citoven-» représentans, <jue hi première vertu républicaine est la déHance; je sui>« éloifjné de Maini r la votre à mon éjjard ; mais examinez ceux (jui m'aei n^ent ; ou iK ont « lé trompés, ou il> vou> trompent. Lnlin )Uj;ez si un vieux iioldat, qui le [)remier a demandé le décret pour que les soldats assistassent aux sociétés populaires, qui le premier a soutenu ses camarades couti'c les olfîciers de rancicn régime, qui le premier a reconnu la nécessité ab«»olue et
9l> PAniS.EX «71>4.
demantlé «n -novembre 1792 qu'il y eut des représentai» du pmiple près nos années, -peut, dM-je, être refjardé comme un homme siispert et n plus forte ranion un traître; si Kel- Icrtitaim sous le conimanHoinetit fluquel le*, années de la TU'pnl)liqiie n'ot»! jamais cssuvé d'i'cliee, si le |»r(Mïiier des -'iMal> \ icloi à la joiii iu-c du "10 scptend)! e, et «pii h rte |»{Ms( (Mii('> j)Hr les traîtres Ciistinrs vl l hniKnin'ir, si celui qui vient de sauver le Midi, si enfiu KaUerniunn , traue et loyal républicain, peut et doit être considéré comme on ennemi de sa patrie, lui qui n'a jamais ahandomié son poste.
• Citoyens représentaos, c'est un soldat sans taclie depnts qaarante-trois ans qui ^oos demande sa liberté, son san«r est tonjonrs prêt à couler pour le saint de la RépoliKque. Parles, je marche, et •roas trouverez toujours Rellermann au cSiamp de rbonneur et de la victoire on la mort.
» KkLLEBMANiN.
n P. S. Je joins à ma lettre, eitovens représenlans, le précis raisonné d«' ma dernière canq)a{jne; vous verre/, que fontes le> inesiu eN de -i*n «'ti- ont été prévues pour le succès des armes de la iiépublique.
» Rellermann. »
ExIrak fitt rapport de Pourvoyeur,
" ... Au spectade de la Cité, l'on donnoit VÊpoux répu'
lln-oin. Cette pièce respire le jihis pur patriotisme Il y
a des couplets qui fontt félo^e de la Montagne, on lestait recommencer plusieurs fois, flsforent applaudi à tout rompre ; les orateurs du peuple ne désemparent pas les places poUiques et ne dëcnsedt pas d* entretenir le peuple par des 'lectures remplies d*une scène morale. IjC peuple aime ixs instractions puisqu'il y asciste en très grand nombre et arec le plus grand silence. >*
Happort de Bacon,
<i I/as!;emi)lé« popolnirc de la set (uin (ics <rrn\ iUi<'!^ rloit si uoml>rcu>e (\[i'îi poiin* potivoit-on ciifirr... I n oitoyeii, de retour <lii (h'parleinenl du (Inlv ados , a annoncé que le ï\ (\ri ali>nif t-luit nïort, et (jne le'» Pai i>ien-' étoient reçu6 eu iréres par les patriotes. (Vil> ap{daiidisheiiieuts.)
« Rue D()niini(|ue , dans un cabaret, det» femmes du
petit peuple parloient de la viande. Gommes elles étoient ivres,
▼oici ce qu'elles disoient : F nous sommes républicaines
nous autres. Les aristocrates 8*attendoient -à quelque soulèvement, mais tant que la Seine coulera et que nous aurons du pain, nous serons Républicaines, et sommes f......pour Pétre.
En parlant ainsi elles frappoient sur la table, et crioient : Vive la Hiéfublique! »
ihtpport de Moncey.
« Dans le tsuffé Hottau, sur la terrasse des Fcuillans, plusieurs citoyens parlait des comités révolutionnaires de Paris, disant que les intrigants qu'on a nommés et qui sont dans les comités font un mal incroyable en vexant et empri- "Onant les patriotes. Le comité révolutionnaire de la section <!«' la Monta(pie est un d(? e(Mi\ ipii dex iail ctrc épuré-, dit nu citoyen, car je connais trois individus qui sont hien coupaliI<'> de ses vexations et qui otif Fait incarcérer de lions <M(ovcns |du(At par ■\on(;ean(!e que j)our >ervir la chose j»eul»lK|ue; j ai été* plusieurs Fois au comit»' de sin'cté [jênt-rallc pour les dénoncer, mais janwns il ne m'a été possible di entrer. Gonment se nomruent-iU les trois inemiires de ce comité que TOUS connoBseEt dit un citoyen. Il ce nomment, dit- il, DegmMt, oo^fienr, F-erté ot Joubent, et j'espère que si Ton examine, leur cendoife <le près il y aura ikieo des cbauses à <Bre sur leur vomfHic, Oenmie ces trois 'êtres eat beuuowiy de Iraifail , et qœ les acrtres menrihns ihi cufwlë sont d'aoés bonnes gens, ils sont surs'd'aroir la majerilé.— Voilà, dirent
plusieurs citoyens indignés, des individus (\ui devrait être dénonces à la barre de la Convention, car la liberté et Fbon-
mnir des bons citoyens est trop prcMCuse pour la confier à de tels hommes., »
7 VENTÔSE (25 février) observations du citoyen RoUn.
M Certains facteurs du journal de la Montagne, soit par bétise, soit par d'autres motifs ignorés, se permettent de détailler tout ce qui se passe aux Jacobins, et comme la plus
part se croient di^jnes cPctre auteurs, ils brodent, composent l't (lécoiii|;()>ciit lo> fait^ (le iiiiiiiicre (|u ils rojouissent lc> :iri»fo- ( i;»lr>, t'I atili^jfiil lt'> vrai», pulr iolo; je rois qu'il seroit bon (b' b^s olili{;t'r au silence sur « ('> niafieics.
i> Un d'enti-'euv >e llatleut (|ue son ♦''j)ouse e>t oblijjee d'assister trois fois par semaine au li ilunial revolnlioimaire, et sin- (|uelques questions r|u\jn lui lit il dit qu il falioit qu'il y eut toujours au tribunal de bons patriotes pour en imposer aux juges. »
Rapport de Latour-Lamontagne.
a Les n)(]uietudes sur les subsislan» es ï^oiil toujours le> méme>, mais on ebercbe en vam à tirer parti de celle circonstance pénible, les malveillants se voyent déchus de leurs criminelles espérances, leurs provocations séditieuses échouent contre l'altitude terme et tranquille du peuple. » On couduisoit ce soir dix-sept criminels au supplice, I parmi lesquels ou distinguoit particulièrement un vieillard I presque nooagéoaire, et si foible, qu'il a fallu, dit-on, le l porter sur Pécbafeud. Le peuple a para très-toucbé de ce I spectacle. Quel crime, disoient plusieurs personnes, a donc pu ' commettre un bomme dans cet état de décrépitude? Pour-
quoi la caducité, qui approche si près de Penfance, n'en parta(;e-t-elle pas tous les privilèges? Cette opinion a paru générale.
n On a été indi{}né (\c Tospécr de Férociti' :ivcr liKjuclle rexécuteiir des juf;emeiils remplit se-, lonclioiis ; il a saisi, dit-on, plusieurs de ces criminels avec une violence qui a révolté beaucoup de spectateurs. »
Jiaf)]}Ort tU' J'erricrc,
Prix des denrées. — « Le Hz vaut 24 s. la livre , ne se trouTe pas aisément : une mère de famille en achetait six livres à lUie marchande qui prétendait qu'il ne lui en restait pas encore la même quantité.
» La farine de (pruau, non commun du maïs ou blé de Turquie, vaut aussi 24 s. le litron et on Tavoit pour 7 ou 8 s. lU ont lait une ferine de pois secs qu'ils Tendent également 24 s., ce qui fait monter furieusement haut le prix de ce lé(jume si commun.
» Le rai.>itiet. '1% s. — Les prunot> loij{;> à euire, jadis \\ actuellement "25 .s. — Le miel ordinaire, s. — Le fVomajjC de f;ruvere, même prix. — Les quatre mendiants, iO s. — Je nouuue tous ces objets, car enfin c'est par eux que le citoyen, plus ou moins aisé, doit suppléer à l'usaj^e de la viande, et soutenir le carême républicain.
» Soit que cette cherté vienne de la rareté de la chose ou de la mauvaise foi du marchand, ii iaut pourtant convenir que le peuple en est lui-même un des principaux auteurs, par la crainte des dangers de la fomine qu'il s'exagère, ou qu*on se pbit à lui exagérer : car il est bien certain que si , au moment où une denrée commence k renchérir ou à devenir rare, chaque citoyen, par la crainte d'en manquer, cherche à en foire des provisions, non-seulement la distribution n*en sera pas é(;ale parmi les particuliers, mais encore
1)4 PAUIS E2i 1794.
Tempressenent et k foule des acheteurs^ et la (juantité ét& demandes en fera arbitraireoMiKt haneser le pris par le marchand qui verra sa denrée ainsi reclierchée. C'est une Térilé qui Tient d'être bien ëvidenuMnt dëmoatrtîe par la variaftian et Taugmentation subite du prix de la pomnt de terie. Diins Fespace de trois ou quatre jouri», elle a valu kb blanche Ai) s. |iui> 50 s., et enfin aujom'd'hui 3" le l)oi>.seau; la rou|;(' a miivi la même vaiialioii mais tou|<)iu>> dans nnc proportion douldf; le pa\>an, sa ni«'>in<;' à la main, Hnr coijuntr nn roc et lier connne nti t o(j, ^cnihlaltle à nn n)onart|no an niili< u (1 une Ibnle snpj)liante, a Tair d'accorder la vie aux indjeeilles qui ont l'air de la lui demander : il ne Faudroit pourtant pas laisser le peuple se perdre ainsi hn-méine par ses allarmes mal fondées, ni le marchand abusei^de cette facilité k s*efFrayer. » *
Discuc <lr ptliu. — « Des campa{piards disoient à une tnhle dit caié de l' otx, que le bled avait aaanquë deux. nar* chés de suite à Rtioanne, en Forez; que les femmes et les en&ints pleuraient; el que la coupe des bois ne pouvait s'exécuter dans ce département, vA que les ouvriers qui vicnnefli des lieux voisins pour cette opération, stipulaient dans leurs marchés qu'on leur fournirait du pain; ce qui est impdssibli, puisque les entrepreneurs et les gens de l'endroit en manquent euxr-mémes. »
8 VK.NTÙSL (ib KfcVUlfJi.).
Le {;rand ^'V^nemcnl du S veniose tut le iap|)<)i t <lc >aui!-Jusi à la Convention. Les bébertisles y sont attaqués de honi avec la pointe , les dantonistes de côté avec le revers. Ci'pondaiit ceux-ci ne s'inquiétèrent pas; Danton dit de Robespierre ce que Gnise avait dit de Henri ITI : lîn'oseraù.
Rien de pins intéressant pour Phistoire întârîenre de la Ct>nventioB en IIM que cette longue déclamation, pleine de men-
LA' RUE, LE CLUBy LA FAMIHE.
«ODge et «le paaiioD,. du. jeune et Implacable tliéoricien qui, si Robespierre eût triomphé au 9 thermidor, eîkt été le Sieyès du uouveau régime. Saint-Jiut est une individualité à nulle autre pareille; il y a en lui du grand et de Thorrible, du sage et de l'absurde; c*e$t un tigre vertueux, c'est un ibu auitcre,^'est un cœùr pétrifié dans je ne sais quelle rêverie du passé. On est saisi d'elProi à l'nspiict de ce jeune boni me blond, beau rftvcur <te rêves hnpossîèAes, oi\'ptxmI1oiiv, autrefois dissolu, et qui s'est revétt» d'une eniraaae- de cbastclé au serviie die la République. Le san{f est a» cerveau; rien a» cotur; pas m» battement! Au> reste, il monrea comme il a toé^aaMsamieiller ni s'éuMuvoir.
GÛâVBKTIOK NATIONALE.
Séance tin 8 ventàse, ■ÉweaT M SAiir»-JosT coimMi us nwmoas.
« SAiST^rsT» au nonh du Comité de salut public et de sûreté générale : Vous avez décrété le 4 ventôse que vo» deux comités ceuniA de salut public et de sûreté générale vous fieraient un rapport sur les détentions, sur les moyens lej> plus courts de ceconiuittre et de délivrer l'innocence et le patrioUsme op|)rimés , comme de punir les coupables.
» Ja ne vem& point traiter cette question, devant vous comme si j'étais accus^eue et défenseur, ou comme si vous étiex car les (Jétentiuns n'ont poiul pris- leur source
(lait,> des relations judiciaire^ , niais dans la sûreté du j)eu|)Ie et du gouvernement; je ne veux point parler des orajjes d'une ri'volulion comme d'une dispute de rln-teur^, et vous u eleis j)(>nit jiij|es, et vous n'avez point à vous déterminer pai l intérêt civil, mais par le salut du peuple, place au-dessus de aoui>. Toutefois il fauL être justes; mats au lieu de l'être conséquemment à riuléréL j^ar.ticulier, il &ut l'être cooséquenuuanl à Tintérêt puiilic.
» Vous ave/ donc moins à <lécider de ce qui importe à tel ou tel individu. qju.'à décider de ce qui importe à la Uépu-
blique, moins à céder aux vues privées qu*ft faire triompher des vues universelles.
» Les détentions embrassent plusieurs question*; politicpirN ; elles tiennent à la eomplt^xioii rt à la solidité du souvciait» ; elles Jiciiiu iil mm\ iikimiis ri-piiMicaincs , aux ^('^tus ou ;uix vices, au houlicur ou au malheur des {jt'iuM alions future»-.; elle> tiennent à votre économie |)ar l'idt'e qu'il convient de vous faire de la riclies>e, de la po>se>sion ; principes ouliliés jusqu'aujourd'hui, rapprochements méconnus, et sans lesquels notre république serait un songe dont le réveil sei*ait son décliirement. Les détentions tiennent nu progrés de la raison et de la justice. Parcourez les périodes qui les ont amenées; on a passé, par rapporté la minorité rebelle, du mépris k la défiance, de la défiance aux exemples, des exempies à la terreur.
» Aux détentions tient la perte ou le triomphe de nos ennemis. Je ne sais pas exprimer à demi ma pensée; je suis sans indulgence pour les ennemis de mon pays ; je ne connais que la justice.
« 11 n'est peut-être pas possible de traiter avec quelque solidité et quelque fruit des détentions, et même de me rendre intelligible, sans parcourir en même temps notre situation.
» l'n empire se soutieul-il par son propre poids, ou faut-il qu\ui sy>lcnje profondément c()ud)iiic (rinstitutions y mette l'harmonie? l'ne socii'lé dont les rapports politiqiu's ne sont point dans la nature, où P intérêt et l'avarice sont les ressorts secrets de beaucoup d'hommes que Topinioa contrarie, et qui s'efforcent de tout corrompre pour échapper à la justice, une telle société ne doit-elle point foire les plus grands efforts pour s*épurer si elle veut se maintenir? et ceux qui veulent Tempécher de s'épurer ne veulent-ils pas la corrompre? et ceux qui veulent la corrompre ne veulent'ils pas la détruire?
• Dans une monardiie il n*y a qu'un gouvernement; dans une république il y a de plus des institutions, soit pour comprimer les mœurs, soit pour arrêter la corruption des lois
Diqitizod bv Cit ) '
ou des hommes, l'n l'.tat où ces instiliihons niaTHjucnl n'est qu'une république illusoire; el connue chacun v entend, par sa liberté, l'indéjjendance de ses passions et son avarice, l'esprit de conquête et ré{;oïsme .s'établissent entre les citoyens, et l'idée particulière que chacun se fait de la liberté selon son intérêt produit l'esclavage de tpus.
n Nous avons un gouvernement , nous avons ce lien commun de l'Europe qui consiste dans des pouvoirs et une administration publique. Les institutions nous manquent *,
» Nous n'avons point de lois civiles qui consacrent notre bonheur, nos relations naturelles, et détruisent les éléments de la tyrannie. Une partie de la jeunesse est encore élevée par l'aristocratie; celle^ est puissante et opulente. L*étran- (;er, qui s'est efforcé de corrompre les talents, semble vouloir encore dessécher nos cœurs.
• Nous sommes inondés d'écrits dénaturés; la loi déiSe l'athéisme intolérant et fanatique. On croirait que le prêtre s'est fait athée et que l'athée s'est fait prêtre; il n'en faut plus parler. Il nous faudrait de l'énergie, on nous sujjjère le délire et la Faihlesue.
» T/étraii{;er n a qu'un nioveii de nous perdre : c'est de nous dénaturer et de nous corrompre, |>iiiM|u'une république ne peut reposer que sur la nature et sur les mœurs.
» C'est Philippe qui remue Athènes, c'est l'étranger qui veut rétablir le trône, et qui répond à nos paroles qui s'envolent par des crimes profonds qui nous minent.
• Lorsqu'une république voisine des tynms en est agitée, il lui faut des lois fortes; il ne lui S^ut point de ménagements contre les partisans de ses ennemis, contre les indifférents même.
» Cest l'étranger qui défend officieusement les criminels.
n Les agents naturels de cette perversité sont les hommes qui , par leurs vengeances et leurs intéiéts, font cause commune avec les ennemis de la république.
• 2io\i» examinerons fia» loin quelles étaient ces institutions cjue Saintiott tmnit vonla donner à la Franee.
88 PARIS EN i79k.
» Vous avez voulu une république; si vous ne vouliez point en même temps ce qui la constitue, elle ensevelirait le peuple sous ses débris. Ce qui constitue une république, c'est
la destruction totale de ce qui lui est oppose. On se plaint des mesures révolutionnaires; niais nous .sonnnes de» niudérés en conijtaraison de t()u«> les autres {gouvernements.
V Kn 17SH, Loui» X \ 1 lit innnulei' huit njilie persornies de tout àjîe, (le tout sexe, dans Pari>, dans la rue Mcii e »'l < sur le pont Neut. La cour renouvela ces sei nes au Chantp
« « de Mars; la cour pendait dans les prisons; les noyés que Ton
ramassait dans la Seine étaient ses victimes; il ^ avait quatre cent mille prisonniers; l'on pendait par an quinte mille con" trebandiers , on rouait trois mille hommes; il y avait dans Paris plus de prisonniers qu'aujourd'hui.
» Dans les temps de disette, les régiments marchaient contre le peuple.
» Parcourez l'Europe; il y a dans TEurope quatre millions de prisonniers dont vous n'entendez pas les cris, tandis que votre modération parricide laisse triompher tous les ennemis de votre (^uuvemement. Insensés que nous sommes! nous mettons un luxe métaphysique dans l'étalage de no:» principes, et les rois, mille iois plus cruels que nous, dorment dans le crime!
» Citoyens, par <pielle illusion persuaderait-on <pie vous êtes irdiinnain»? Votre Irihuujd révolutionnaire a fait périr trois cents >eélérat.> depuis un an; quel est le tribunal de rAo{»letcrre qui n'en ait t'ait plus?
» La cour de Londres, qui craint la guerre, semble Ten- Demie de la paix; elle an'ecte une contenance qui en impose au peuple anglais; mais si vous vous montrez ri|;ides, si vous vous constituez l'État, et si le poids de votre politique écrase tous ses partisans et comprime ses combinaisons , le lendemain du jour où elle aura paru le plus éloignée de la paix, le plus confiante dans sa force, le plus superbe dans ses prétentions, elle proposera la pais.
9 N'avez-vous point le droit de traiter les partisans de la
lyrannie comme on traite ailleurg les partisans de la liberté?. . .
> Ciloyens, on arrête en vain rinsurrection de IV-»()iiL humain; elle dévorera la tyrannie. Mais tout dépend de notre exemple et de la fermeté de no'. mesures. Appareniiticiil il se trame quelque attentat sur Tissue durpiel nos ennenub comptent, puisipi'ils >e montrent insolent» après lenrr, délaites. Peut-oti supposer mén»e qu'd» ont renoncé à leurs projets et à celui de nous perdre? On ne peut le croire sans doute, à moins qu'on ue soit insensé. Supputez maintenant queU sont ceuxqui trahissent, en pesant tout au poids du bon sens : sont-ce ceux qui tous donnent des consdis sévères ou ceux qui vous en donnent d'indulg^eots?
» La monarchie, jalouse de son autorité, nageait dans le sang de trente générations, et tous balanoeriei à vous montrer sévères contre une poignée de coupables! Ceux qui demandent la liberté des aristocrates ne veulent point la république et craignent pour eux. C'est un signe éclatant de trahison que la pitié que l*<m fait paraitre pour le crime, dans une république qui ne peut être auite que sur l'inflexibilité,
9 Je défie tous ceux (pii parlent en feveur de Taristocratie détenue de s'exposer à raccosation publique. Dans un tribunal la voix des criminels et de.> hommes tarés et corrom- |»Us peut-elle être comptée dan^ le jugement de leurs pareils?
» Soit que les partisan^ <le I jndul{;(MU'e se ména^^'ent <pielijue reconnaissance de la part de la t\ rannie si la Répuhli- «pie était .sulj'ju(juée , soit qu'ils crai{;nent qiTun de{;ré de plu» de chaleur et de sévériti' dans Topinion et dims le> principes ne les consume, il est certain qu'il y a (pielcju un qui, dans son coeur, conduit le dessein de nous faire rétrograder ou de nous opprimer ; et nous nous gouvernons comme si jamais nous n'avions été trahis, comme si nous ne pouvions plus Tétre! La confiance de nos ennemis nous avetli* de nous préparer à tout et d*ètre inflexibles.
• La première loi de toutes les lois est la conservation de
la République, et ce n^est point sous ce rapport que les
.questions les plus délicates sont souvent ici examinées. Des
considérations particulières entraînent les délibérations ; la justice est toujours considérée sous le rapport de la faiblesse et d'une clémence cruelle, sans qu'on prenne la peine de juger si le parti que Ton propose entraîne la niine de TElat.
» Il est une sect<' j)oliti()ue dans la France, (pii jone tous les partis; elle marche à jus lents. Parlez-voii> de terreur, elle vous parle de clémence; devenez-vous ch'tnents, elle vous vante la terreur; elle veut être heureuse et jouir; elle Oppose la perfection au bien , la prudence à la sa(;esse ' .
» Ainsi, dans un gouvernement où la morale n'est point rendue pratique par des institution!» fortes qui rendent le vice difforme, la destinée publique change au gré du bel esprit et des passions dissimulées.
» Éprouvons^nous des revers , les indulgents prophétisent des malheurs; sommes-nous vainqueurs, on en parle à peine. Dernièrement on s'est moins occupé des victoires delà République que de quelques pamphlets*, et tandis qu'on détourne le peuple des mâles objets, les auteurs des complots criminels respirent et s'enhardissent.
n On distrait l'opinion des plus purs conseils et le peuple français de sa {;loire pour l'appliquer à des querelles polémiques. Ainsi Rome sur son dt c hn, Home dé(}énérce, oubliant ses vertus, allait voir au (lirqne ( omhattre des liétes, et tandis que le souvenir de tout ce qu'il v a de f;raiid et de {jént'renx parmi nous semhie oh^curci , les prnicqies de la liberté publique peu à })eu s'effacent, ceux du gouvernement se relâchent , et c'est ce que l'on veut pour accélérer notre perte. L^indulgence est pour les .conspirateurs, et la rigueur est pour le peuple. On semhie ne compter pour rien le sang de deux cent mille patriotes répandu et oublié. On a fait on * mémoire, on est vertueux par écrit, il suffit; on s'exempte de probité, on s'engraisse des dépouilles du peuple, on en regorge, et on l'insulte, et Ton marche en triomphe, traîné par le crime' pour lequel on prétend exciter votre compas?
' Ceci s'appliquait à Camille Dcsmoulins et à Danton.
S £e Vieux CwMet, mm doaift. ,
«on; car enfin on ne peut garder te silence sur t impunité des plus grands coupables qm veulent briser téchafaud parce qu'ils craignent d'y monter
» G*est le relâchement de ces maximes, dont ràprelë nécessaire est chaque jour combattue, qui cause les malheurs publics ; c'est lui qui fiait disparaître Tabondance et nous troul)le de j»lu> en j)lus sous le prétexte de tranquillité. Cha- * cun immole le bonheur public au sien; le j>auvre pousse la charrue et détend la Hévolulion : beaucouj) d'emplois sont pour des Fripons enrichis par ia liberté et pour des compta-bles qui font la guerre à la justice.
» G'e»t ce relâchement qui vous demande Fouverture des prisons, et tous demande en même temps la misère, Thumiliation du peuple et d'autres Vendéen.
> Au sortir des prisons ils prendront les armes. Si l'on eût arrêté , il y a un an, tous les 'royalistes , tous n'auriez point en de guerre civile.
• La même conjuration semble s'ourdir pour les sauver, qui s'ourdit autrefois pour sauver le Roi. Je parle ici dans la sincérité de mon ccenr; rien ne m'a jamais paru si sensible que ce rapprochement. La monarchie n'est point un roi, elle est le crime; la République n'est point un sénat; elle est la vertu; quiconque ménage le crime veut rétablir la monarchie et immoler la liberté.
" Et apre» <|ue par la noirceur d'une inertie hypocrite on a altéré la prospérité et la force du f;ouvernement , on vient déclamer i.ontre lui : il me semble voir une immense cbaine autour du peuple français, dont les tvrans tiennent un bout et ia faction des indulgents tient Tautre pour nous serrer.
» Ou tourne en sophisme toutes les questions les plus simples pour vous entraver; c'est ainsi que Yergniaud, vous voyant déterminés à donner une constitution à la République, mit tout le droit public en problèmes, et vous proposa
' On coiupreiid très-hien qu'il s'agit ici de Lacroix, le collègue de Danton en Belgic|ue. (L. G.) — Cette obsenration e«t de Léonard Gallob, qw a annote la riimiNreMimi dn M/mittur éditée |iar Henri Pion.
iOS PARIS EN n9'4.
une série de questions k résoudre que Tod eût mis un siéde à discuter.
» On imite parfaitement cette conduite lorsqu'on tous propose d'examiner les détentions selon les principes de mollesse. Par 1& Ton vous embarrasse dans un luie de sentiments; on égare la lé^pslation et le sentiment du bien public. Eh! les fripons, les tyrans, les ennemis de la patrie, sont-îls donc , à vos yeux» dans la nature, ô tous qui réclamez en son nom pour eux ?
» Votre but est de créer un ordre de choses tel qu'une pente nniver^clle vers le bien s'établisse, tel «juc le> factions se trouvent tout ù coup lancées sur récliutiunl, tel qu'une mâle énergie incline Tesprit de la nation vers la justice, tel que nous ol)!cnions dans l'intérieur !e calme nécessaire pour Fonder la félicité du peuple; car il n'y a, comme au temps de Urissot, que i'a'ri»tocratie et rintri(pie qui se remuent; les Sociétés populaires ne sont peint agitées, les armées sont paisibles, le peuple travaille; ce sont donc tous nos ennemis qui s'agitent seuls, et qui s'agitent pour renverser la Révolution. Notre but est d'établir un gouvernement sincère , tel que le peuple soit beoreux, tel enfin que, la sagesse et. la Providence étemelle présidant seules à rétablissement de la République, elle ne soit plus chaque jour ébranlée par un forfait nouveau.
» Les révolutions marchent de faiblesse en audace et de crime en vertu ; il ne faut point qu'on se flatte d^établtr un solide empire sans «litlicultés ; il faut faire une lonf^ue {juerre à toutes les prétentions; et comme l'intérêt liumain est invincible, ce n'est (juére que par le glaive que la liberté d'un peuple est fondée.
» Il s'éleva dans le commencement de la Révolution des voix indulgentes en faveur de ceux qui la combattaient ; cette indulgence, qui ména^jea pour lors quelques coupables, a depuis coûté la vie à deux cent mille hommes dans la Vendée ; cette indulgence nous a mis dans la nécessité de raser des villes ; elle a exposé la patrie à une ruine totale : et si
LA RUK, LE CLUB, LA FAMINE. lOS
aujourtl^hui vous vous laissiez, aller ù lu nicuie faiblesse , elle TOUS conternit un jour trente ans de guerre civile.
» il est difficile d'établir une république autrement que par la censure inHexible de lous les crimes; jamais Précv, jamais- La Rouerie et Paoli n'auraient créé de parti sous un goaTeroement jaloux et rigoureux. La jalousie vous est nécessaire : TOUS ti*avez le droit ni d'être cléments ni d'être sensibles pour les trahisons, tous ne travaillez pas pour votre compte, mais pour le peuple. Lycurgue avait cette idée dans le cœur lorsqu'après avoir fait le bien de son pays avec une rigidité impitoyable il s'exila lui-même
• Citoyens , on vcAit nous lier et nous abrutir pour rendre nos défaites plus faciles. A voir avec quelle complaisance on vous entretient du sort des oppresseurs, on serait tenté de croire que l'on s'embarrasse peu que nous >«()yons opprimés.
» Telle csi la marcbe (ie> i.iction-) nouvelles : elles ne .^ont point audacieuses, parce qu'il existe un tribunal qui lance une ujort prompte; mais elles assiéjjjent tous les j)rinripc> et desséchent le corps politit]ue. On nous attaqua lon{;tenq)N de vive force; on veut nous mioer aujourd'hui jpar des maladies de langueur; car voilà ce que présente la République dégénérée de la rigidité où la porta le supplice de Brissot et de ses complices : c'est a1r)rs que partout vous ffttes vainqueurs, c'est alors que les denrées baissèrent et que le changée reprit quelque valeur.
• L'essor du gouvernement révolutionnaire qui avait établi la dictature de la justice est tombé ; on croirait que les coeurs des coupables et des juges , effrayés de la rapidité des exemples, ont transigé tout bas pour glacer la justice et lui échapper.
« On croirait que chacun , épouvanté de sa conscience et
de rinHexibilité des lois, s'est dit à lui-même : Nous ne sommes pas assez vertueux pour être >i tei i i!)les; législateurs philf)soplies , compatisse/, à ma Fail)le>>e ; je n'ose point vous dire : .le sms vicieux; j'aime mieux vous dire: Vous ctes cruels. » Ce II eut point avec ces maximes rjue nous acquerrons de
m PARIS EN 1794.
la staltilitt*. Je vous ai dit qu'à la délentioD de 1 amtucratie le SN >U'm(' ilo la Hé|>ublii]iie était lié.
» Kn etïet, la force de.> cliose-» nous conduit peut-être à des résultats auxquels nous n'avons point pensé. L'opulence est dans les mains d'un assez grand nombre d'ennemis, Godcevez-vous qu'un empire paisse exister si les rapports civils aboutissent à ceux qui sont contraires à la forme du [jouver-
Inemeot? Ceux qui font des réi*ohttions à moitié n'ont fait que se creuser un tombeau. La Révolution nous conduit à recomwitre ce princif»e, que celui qui s^esl tnontré Vennemi de son pays n'y peut être propriétaire. Serait-ce donc pour ménager des jouissances à ses tyrans que le peuple verse son sang sur les frontières, et que toutes les familles portent le deuil de leurs enfants? Vous reconnaîtrez ce principe , que celui-là seul a des droits dans notre patrie , qui a coopéré à l'affranchir. Abolissez la mendicité , qui déshonore un Etat libre ; les prnprièti's des patriotes sunt sac7-ccs , mais les hiens des conspiratfKrs sont lu pour tmis les uiaUieureux . \.v> uialheuioiix >t)nl les puissances de la tei ic; ils ont le droit de parler en maitres aux (jouveriieinents (jui les né(]li(jent . Ces principes sont éversifs des {jouvernenienls corrompus ; ils détruiraient le vôtre si vous le laissiez corrompre ; immolez donc Finjustice et le crime si vous ne voulez point qu'ils vous immolent.
I » Il faut appeler votre attention sur les moyens de rendre I inébranlables la démocratie et la représentation; tous les , pouvoirs et tout ce quMl y a d'intermédiaire entre le peuple I et vous est plus fort que vous et le peuple.
» Rendez une loi générale qui appelle aux armes toute la nation; votre loi est exécutée, tonte la nation prend les armes. Rendez un décret contre un général , contre un abus particulier du gouvernement ; vous ne serez point toujours obéis. Gela dérive de la faiblesse de la législation, de ses vicissitudes et des propositions déhonlées en faveui' <ie l aristocratie, qui dépravent l'opinion. Cela dérive de l'impunité des fonctionnaires , et de ce que , dans les Sociétés populai«
res , le peuple est spectateur des fonctionnaires au lieu de les jufjer; de ce que mille intrifjues sont en concurrence avec la justice <pii n'ose frapper. Plus les fonctionnaires se uietleul à la place du peu[)le, moins il va de démocratie. Lorsque je suis dans une Sncietr j)i)j)ula{re , que mes y eux sont sur le peuple qui applaudit et qui se place au second rang , que de réflexions tn affligent ! La Société de Strasbourg, quand l'Alstace hit livrée, était coipposée de fonctionnaires quibravaient leurs devoirs. C'était un comité central d'agents responsables qui disaient la guerre à la Révolution sous les couleurs patriotiques. Mettez tout ft sa place; Tégalité n'est pas dans les pouvoirs utiles au peuple , mais dans les hommes ; réalité ne consiste pas en ce que tout le monde ait de l'orgueil , mais en ce que tout le monde ait de la modestie.
• J'ose dire que la République serait bientôt florissante si le peuple et la rsprésentatîtm avaient dans la République la principale influence, et si la souveraineté du peuple était épurée des aristocrates et des comptables ijui sendilenl l'usurper pour acquérir rinq)unité. « Y a-t-il quelque espérance de |Ustice lorstjue les malfaiteurs ont le pouvoir de condaunuM leui s jujjes?» dit William.
1 Oue rien de mal ne soit pardonné ni inq)uni dans le gouvernement; la justice est plus redoutable pour les ennemis de la République que la terreur seule. Que de traîtres ont échappé à la terreur qui parle, et n'échapperaient pas à la justice qui pèse les crimes dans sa main ! La justice condamne les ennemis du peuple et les partisans de la tyrannie parmi nous à un esclavage étemel : la terreur leur en laisse espérer la fin ; car toutes les tempêtes finissent, et vous l'avez vu. La justice condamne les fonctionnaires à la probité ; la justice rend le peuple heureux et consolide le nouvel ordre de choses : la terreur est une arme à deux tranchants dont les uns se sont servis à venger le peuple et d'autres à servir la tyrannie. La terreur a rempli les maisons d'arrêt, mais on ne punit point les coupables ' : la terreur a passé comme un
1 Ld Terreur avait surtout ^)our partÏMiiis led uliru-révuiutiunnaires, le* iMbertitle*.
m PARIS EN 1794.
ora^je. N*aUeodez de sévérité durable dans le caractère public que de la force des institutions. Un calme affreux suit
toujours nos tempêtes, et nous sommes aussi toujours plus indulgents après qu'avant la terrrur.
» Le»i auteurs <\o cette Hépravation sont les indul{;ents qui ne se >ou<'ient pas tie demander de eonij)te à personne parce qu'ils eraijjuent qu'on ne leur en «leinaiide à euxmêmes. Ainsi, par luie transaction tacite entre tous les vices, la patrie se trouve immolée à l'intérêt de chacun, au lieu <|ue tous les intérêts privés soient immolés è la patrie.
» Marat avait quelques idées heureuses sur le gouvernement représentatif , cpie je regrette qu'il ait emportées ; il n'y avait que lui qui pût les dire ; il n*y aura que la nécessité qui permettra qu*on les entende de la bouche de tout autre.
n II s*est foit une révolution dans le gouvernement • elle n'a point pénétré l'état civil; le gouvernement repose sur la liberté, l'état civil sur Taristocratie, qui forme un rang intermédiaire d*ennemis de la liberté entre le peuple et vous. Pouves'vous rester loin du peuple, votre unique ami? Forces les intermédiaires au respect rifjoureux de la représentation nationale et du peuple. Si ces princijies pouvaient être adoptés, iiofic patrie serait heureuse, et l'Europe serait bientôt à nos [)ieds.
'» Jusqu'à quand serons- nous dupes et de nos ennemis in- It'rieurs par l'induljjence déplacée, et des eniHMiiis du dehors, dont nous favorisons les projets par noire faiblesse?
" Kparçnez l'aristocratie, et vous préparez cinquante ans de troubles. Osfiz! ce mot renferme toute la poUtique de notre révolution, f/ étranger veut régner ches nous parla diticorde; étoufFons4a en séquestrant nos ennemis et leurs partisans; rendons guerre pour guerre ; nos ennemis ne peu^ vent plus nous résister longtemps. Ils nons font la guerre pour s'entrenlétruire. Pitt veut détruire la maison d'Autriche , et celle-ci la Prusse, tous ensemble l'Espagne.
« Pour vous, détruisez le parti rebeiie, bronzez la liberté,
' LCii indiilgenlâ , les danCutiistcl.
vengfiz les patriotes victimes dr l'inti if/ue ; mettez le hou sens et la modestie à l'ordre du jour, ur souffrez point (ju'il y ait un malheureux ni un pauvre dans l'État, qui vous saurait gré du malheur des bons et du bonheur des méchants,
■ Vos comités vous proposent le décret suivant :
* Art. I". Le comité de sûreté générale est investi du pouvoir de mettre en liberté les patriotes détenus. Toute personne qui rcclamerti sa liberté rendra compte de sa conduite depuis le i" mai 1789.
» !!• Les propriétés des patriotes seront inviolables et sacrées. Les biens des personnes qui seront reconnues enne^ mies de la Révolution seront séquestrés au profit de la République; elles seront détenues jusqu'à la paix, et bannies ensuite à perpétuité. •
— « La Convention se lève par acclamation , et adopte le projet de décret présenté par Saint-Just au milieu des applaudissements unanimes.
1» Elle Hécrrfc eu outre rimpre>sion du rap|)ort et Teuvoi au\ munic ipalités , aux Sociétés populaires et aux armées. » [Moniteur du U ventôse.)
Rapport de Dugas, — Le club des Jacobins.
• La séance des Jacobins a été intéressante par Parrivée en masse des députés de tous les dëpartemens pour apprendre la fabrication du salpêtre. Fabre , à la téte de cette députation, a fait un discours qui a réuni tous les suffrages.
« Une autre scène fort louchante s^est présentée. Une jeune citoyenne de quatorze ans qui venoit de l'année du nord a raconté les actions de valeur qu'elle y avoit (aites. La manière dont elle s*est distinguée a été fort applaudie, et l'on a fait sur-le-champ une collecte qui lui a valu plus de deux cents livres. Une députation de Cordeliers est venue renouveler dans le sein de la société le .serment du club de frater-
niser toujours avrc elle. Cette (icinart^hc désirée par tour» le» bons Jacobins a rt'>serré de plus en plus l'union qui doit réfjner entre eux et les Cordeliers.
» On a annoncé que Robespierre et Coutbon alloient de mieux en mieux.
» Collot d'Herbois a pris la parole sur le décret rendu aujourdMiui, d'après le rapport de Saint-Just, et toute la société a exprimé sa joye d'un pareil décret. Kn général il a causé ane sensatîoD agréable dans Paris ; les patriotes , dtsoient-OQ, sont à présent assurés de coucher dans leur lit*
» Le Congrès des rois, opéra en trois actes, attendu depuis longtems , et joué sur le Théâtre-Lyrique de la me Favart, a été sifllé d'un bout à Tautre, et sans la bonne intention de Pauteur, la représentation n*auroit pas été jus^ qu*au 2* acte. »
fl
Voici le compte rendu de la séance des Jacobins dont parle robservateur Dugas, tel qu'il a été publié dans le Moniteur du 12 ventùse. U complète celui de la séance de la Convention.
« Les citoyens appelés à Paris par le comité de salut public, pour s Mi^truire de la Fonte des canons, des boulets, et de la Fabrication du >alpctrc, se présentent en foule et sont introduits dans la salle, aux acclamations unanimes des membres el des citoyens des tribunes. Un d'eux prend la parole pour les présenter à la Société ; il fait part de leur dévouement sans borne à la chose publi(pie, de leurs travaux assidus entrepris pour leur instruction, et du succès de leurs opérations. Tous ces citoyens sont animés d*un zèle si pur que plusieurs d'entre eux ont pris la poste pour devancer le vœu du comité de salut public. Arrivés depuis une décade» ils ont tellement profité des leçons qui leur ont été données , qu'ils ont appris dans ce terme si court tout ce qui est nécessaire pour composer la foudre qui doit écraser les tyrans coalisés contre la liberté française; ils s'occupent chaque jour d'inventer des machines qui Faciliteront l'extinction des
LA KUË, LE CLUfi, LA FAMIMË. 109
esclaves des despotes en épargnant le sang républicain , etc. — Uorateur est accaeilli avec transport, et son discours couvert d^applaudissements.
• Léonard Bourdon : Vous recueilles aujourd'hui le fruit de vos travaux; jamais spectacle ne fut plus consolant (|uc celui qui se présente; jamais cette enceinte ne fut ocusupée par une assemblée pins au{;ii.ste et plus majestueuse. Ce ne !»ont plus aujourd'hui les députés des départements qui rinleiit en 1790 jurer de détendre une constitution qu'ils cTOvaient consacrer la li!)erlt'', mais (|u'iJs ont alijun-e dés qu'ils ont reconnu (ju ils avaient été trompés; ce ne sont plu?» ces députés qui vinrent i<;i rendre en I 7î^.i un hotnmujje éclatant à une constitution sa{;e et l)ientaisante dont iLs n'avaient pas encore éprouvé les avantages; ce ^ont des citoyens qui, après avoir senti tous les bienfaits d'un gouvernement populaire^viennent jurer la mort de l'Aogleten'e et de tous les tyrans. Ce n*est plus une divinité que nous ne connaissons pas que nous jurons d'adorer, mais c^e^t une divinité salutaire qui a étendu ses bienfaits sur toute la France.
• Je demande que la scène sublime qui vient de se passer sous vos yeux soit célébrée par une fi&te solennelle ; que nous allions, décadi prochain, au Champ de Mars, jurer avec nos frères, sur la tombe future des tyrans, que nous défendrons la liberté ; je demande aussi que la Société se présente demain à la Convention pour Tinviter à assistei* en masse à cette fête.
• Moniant : J'observe è la Société que les citoyens des départements du Midi ne sont pas encore arrivés, à cause de leur éloignement; je demande donc que la féte soit différée jusqu'à la Un du mois, a6n que tous uos frères y soient présents.
» Plusieurs membres appuient lu proposition de Montant , t»t Gollot d'IIorbois est d'avis de n'inviter la Convention à cette féte que la veille du jour où elle aura lieu.
» Montant : Je prie Gollot d'Uerbois, qui est à la tribune,
de foire part à la Société du décret que la Cooveution a reodu ce matin.
» Collot d'IIerbois : Je demanderai à la Société qu'elle me permette de l*iDstruire du décret salutaire rendu aujourd'hui, avec les sentiments que P intérêt du peuple exige, et non à la manière des gazettes.
» On était déjà trop habitué à entendre dire et publier que la Convention allait bientôt se laisser entraîner à une indulgence dont iiueNjues amis de la liberté, fiicilement égarés, avaient ouvert les premières voies. La Convention a répondu aujourd'hui de la manierf la plus solennelle à tous ces iudul- {jeiits, à ce^ partisans d une laii->(' liuinanik- , à c"( ^ Iioiiiiik'> cit'iiients à la manicie dt'> ari>tocrates, qui voulaa'iil iiou> pci >iia<l('r <pi on jiouvait cire en même tenipi» et rcvolutiounaire, et acconnnodant , vl multiforme.
V On a l»eaucoup parlé de» détenus, cela est trop juste, car s'iU sont patriotes, il ue faut pas balancer à les mettre en liberté. La Convention a char(;é son comité de sûreté générale de prononcer; mais elle a dit qu'il fallait que les détenus prouvassent qu'ils avaient été patriotes depms le 1** mai 1789. Lorsque les patriotes et les ennemis de la révolution seront parfaitement connus, alors les propriétés des premiers seront inviolables et sacrées, mais cdles des derniers seront confisquées au profit de la i\ puidique : leurs personnes seront détenues jusqu'à la paix, et à cette épo(]ue ils seront bannis à perpétuité. (On applaudit de tontes les parties de la salle.) Tne loi telle que le peuple français l'aurail du !('•<' iiii-inciuc s'il eut rlc présciiJ... (Oui! s'érrieiil à la to^ lon^ it > inend>rt»>, tous le> cito>cu> dc^ trilitme>, en élevant leurs cliapcanx en Pair et le fai'.ant retentir du en mille toi> répété de Viff la Jirpublùfue ! i>iin' la Montagne !), voilà quelle est la réponse que la Convention fait à eeux qui voulaient faire croire qu'elle allait tomber dans le modérantisme et que la Montagne était sur le point de baisser. Non, la Monta(;ne ne baissera pas d'une ligne... Si l'on voit quelques individus l'abandonner, elle restera toujours ce qu'elle
ninitized by Gopgle
e8t, parce qu'elle n'est dirigée que par la tcKu et par Tinfleiibilité des principes. Vous sentez combien la publication de cette loi dont je vous ai donné connaissance va déjouer de complots, quelle fbroe elle va donner aux amis de la liberté. Ils vont se retrouver dans leur véritable élément, ils te replongeront dans la Révolutimi pour en sortir avec une vigueur nouvelle.
» Et nous aussi nous profiterons de cette loi bienfaisante; nous sentirons que c'est un appel tait aux patriotes pour les inviter ù niarclici cou.stanunent sur la nunie Ii(jiie, san^ jamais taire aucun écart. Soutîlons sur les nua{^e> impurs (jui se sont élevés sur Tliorizon sacré du |)atrioti»mc (pj iU obscurcissent. Insensés, nous nous désespérons quand nos ennemis sont là pour profiter de nos faiblesses. À travers ces nuages funestes n*apercevons-nous pas deux cents mains invisibles, prêtes à saisir un patriote et à mettre sa téte sous le fer qui ne doit frapper que les conspirateurs?
• Vous faut-il de pareilles images pour vous rappeler à vos . devoirs et au sentiment d'union et d'attacbement dont vous devez être pénétrés? Ne vous étes-vous pas convaincus que vos divisions funestes rendaient de grands services à vos ennemis? Déjà ils mettaient les patriotes en arrestation, ils voulaient même les conduire au supplice ; et peut-être n'eussions-nous pas été préservés de ce malbeur, si la conscience des jurés n'était pas continuellemeot iuondée par des flots de luunere. .
M On a proposé de> pardons; mais les j>atriotes >oiit pas aise/ faiMi's pour y .-.onjjer. Quelle société oserait jamais signer celle honteuse amtnstie et dire à ceux <pn ont trahi le peuple : Nous vous pardonnons!... Soyons ndlexibles ; que notre sein soit pur comme celui de la liberté. Chassons ceux qui ne sont pas dignes de siéger parmi nous; mais après, soyons unis, n'écoutons pas ceux «pu* calomnient la Convention et le gouvernement. 11 tant des hommes qui fassent aller les choses. Soutenons cens qui se conduisent
112 PAKIS £i\ 1794.
bien, et faisons justice de ceui qui ne font pas leur devoir. (Applaudissements universels et longtemps réitérés.)
9 II serait inulile, je pense, de vous parler longtemps sur cette question et de vous avertir que vous avez des sacrifices à faire à la patrie; il suffît de vous dire que la Convention a prononcé une guerre à mort contre les ennemis de la liberté et une union impérissable entre les patriotes. Je me reporterais difficilement vers les motions qui ont précédé les o!)serv:»ti(His que jo viens dt* vous soiuiiettre; quelque degré d iulrrèt (ju'elles puissent avoir, elles r)e sont rien eu comparaison du di ruier objet. Neaniuoiiis, je puis <lire (jn elles ont un rapport assez intime avec lui. Il s'ajjissail d une Féle civi(juc que des frères devaient célèl)rer : puiscpTil s'ajjit maintenant de se réunir, rien de n)ieux que des fêtes civiques. On a demandé à se transporter demain à la Convention pour l'inviter à vouloir bien assistera cette iëtc; mais, d*un autre c6té , on a demandé à tixer le jour de la Cète à la fin de ce mois, lorsque nos frères seraient tous arrivés.
• Pourquoi se presser d'aller à la Convention?' pourquoi ne pas attendre que le terme approche? Il ne fout pas donner lieu à une impatience désagréable et laisser les cœurs dans une souffrance cruelle.
» Je conclus en demandant que la Société arrête qu'il y «ara une fote solennelle célébrée entre les patriotes de Paris et leurs frères Tenus des départements pour apprendre à fabriquer la poudre: que la Convention sera invitée d*y assister, mais (]ue Pou ajouniera l'invitation jusqu'à ce que le jour de la féte soit dési{jné. »
— « Le président annonce qu'une députation de la Société des Cordeliers vient jurer innon à celle des Jacobins. (Vifs applaudissements de toute la salle et des tribunes.)
» Collot d'Herbois : Je félicite les patriotes de ce nouveau sujet de joie qui vient flatter leur àme, et de Toccasion fovorable qui se présente de consacrer de nouveau l'amitié qui doit régner entre les amis de la liberté.
» Voyez combien nous avons de forces lorsque nous som-
Dioiti?.
inea unis! Nous venons de frapper nos ennemi-, au c(L*ur ; ils sont perdus des Tinstant que nous nous rallions. N'ou- Mions pas l enjjafjcnient que nous prenons envers la liberté; souveoous-nous que jamais un patriote ne doit en abandonner un autre, que toute notre colère ae doit prendre de force que contre les véritables ennemis du peuple. Quiconque voudra désormais nous jeter dans les petites passions» doit craindre de voir retomber sur lui la colère qu'il aura cru exciter entre nous : bien plus, il devra craindre d'être englouti par une fournaise ardente qui dévorera d*un seul coup tous nos ennemis.
V La Convention a décrété que le rapport de Saint-Just , de ce jeune et courageux athlète de la liberté, serait imprimé et distribué à toutes les Sociétés populaires. Jugez quel aliment çe rapport va donner au patriotisme ; je puis dire que nous en avions faim et soif, et que nous Tavons reçu avec une (grande avidité. Lorsqu'on entend développer le» {jrands principes, on sent alors toutes ses ressources et toute sa force : le discours de Saint -.lust est dans ce cas, nous av()ii> passé la nuit dernière à le discuter, et nous n'avons |)u nous lasser de l'entendre; il contient des maxinjcs trop belles et troj» ^;>!;es pour que je ne me tasse pas UQ devoir de les propa(;er autant qu'il est eu moi.
» il est dit dans ce rapport : « Qui sont ceux qui veulent briser les échafauds? ce sont ceux qui craignent d'y monter... Ne vous arrêtez pas dans la Révolution : celui qui n'aurait fait que la moitié du chemin n'aurait fait que creuser son tombeau... La monarchie n*est pas un seul homme, mais ce sont tous les vices ensemble; la République n'est pas une seule assemblée, un seul sénat, mais le peuple et toutes les vertus ensemble. »
■ Eh bien ! ce sont ces vertus qu'il fout pratiquer; il n*y a
aucun de nos frères des départements qui ne soit résolu à le
foire. Voyez avec quelle ardeur ils sont accourus pour fouiller
la terre et pour révolutionner ses entrailles ; en lui ouvrant
le sein ils la consolent, pour ainsi dire, du malheur qu'elle
114 PAIliS £N 179V.
a de porter les tyrans; et gMmd iis auront tiré de ses flaacs cet élcmeot destructeur, iU y pracipiteront tous les tyrans à la fois. ■
(Ce iiisooars est vn'emeot applaudi à plusieurs reprises; tous Aes oitojens se lèvent en criant : Vive la BépuhU^e!)
» L*orateur de la députatioo «des Cordeliers monte à la tribune et instruit les Jacobins que la Société <piî Ta envoyé, indi(;iiée de rolr les aumœuTres des ennemis de la Révoïotion pour désunir les Cordeliers et les Jacobins, qu'ils se sont servis de la voie de quel<}ues papiers publics pour Cure t roire an peuple (\\\e ces deux Sociétés patriotiques ne sont plus d'acc'oiH, a arrot»! qu'il serait envoyé une H<'-piifation pour retise l ier de pltis en plus les liens tle la li alciinti' i «''puhlicaine qui cl(»ivcnt unir Ic^ pahiotes. I.n depulalion en caiiM'qtK'DLc |iiirr que les Cordeliers seront toii|uin*s Jacobins. Il termine en annon<;anl que la Soeiele > ('>t déterminée à conliiiuer le journal de Marat, aHn de procurer aux amis de la Uberié Tatiment nécessaire à leur patriotisme.
» L'oraieur idesoend de la tribune an milieu des applonr dis8enienL<i.
« Le présidant donne raooolade firalemeUe à toon les
membres 4e la dépntation
» — Une amaaone de Tannée du Nord , âgée de scsae ans,
ayant 4iéjà trois années de service, instruit la Société qu'elle ne sait conmraot eUe doit s^y prendre pour retirer ses papiers qui sont au bureau de la guerre, afin d* obtenir des secours ; elle inviAe à prendre m défense dans le moment actuel,
parce qu'elle se trouve sans ressource.
La Société applaudit nu courafje de celte citoyenne ; elle arrt'ite qu'il lui sera donné l'accolade rralcrnelle par son président, et (prune eollec(e -^era Faite en sa faveur. La collecte a produit deux t eut quarante et une li\ rc^ seize sous.
» Ou Fait observer (jue la Convention a déjà décrété une pension de trois cents liyre> en fayeur d'une citoyenue qui se trouve dans le même cas <|ue la pétitionnaire.
• Léonard Bourdon : Plusieurs citoyennes bonnétes se
trouvent dans rindifjonce depuis le dcpait de leurs maris natuirek pour les arnu^es. Je demande que l'on s'intéresse à leur sort comme à celui de la citoyenne réclamante.
• La proposition de Léonard Bourdon n*a pas de suite.
• Dufoumy : J*obsenre que cette dernière citoyenne ne se trouve pas dans le cas de celles qui ont des maris imtIkreis, mais qu'elle est partie à treize ans, excitée par son patriotisme qui lui a fait cacher son sexe tout ce temps, afin de n*ëtrc pas frustrée du bonheur de combattre pour la Vhetté,
» CoUot (tHerbois : La citoyenne qui est présente ne doit pas être classée parmi les citoyennes dont on a parlé ; je ne la ranf^e même pas parmi les femmes; mais je déclare «pie cette lille est un inalc, piiisrpj'elle a, comme les plus intrépides jjiu'rrifMs, ;iUV(tiili> la mort dans tontes les occasions |)«'ri!l(Mi>es. .)<; vous amioncc, cit(i\rns, «pie cette brave fille a «Ml deux < liev;m\ tués sous elle à la bataille «T Hondsclio(»le , où elle eut 1<' plaisir de voir fuir les Anglais devant l'arrju'C l:rane;iise. .le ficniaude «pie la Soeii'-tt* lui li'Uioijpie le désir qu'elle* a de la v<^ir souvent dans son sein. (Vifs applaudisiiemeots.) » {Moniteur du 12 ventôse.)
11 nous a semblé que ces extraits du Moniteur complétaient resqnisse que nous avons voulu donner de la physionomie du temps. — Nous reprenons les rapports des observateurs de l'esprit public.
Jia/tfwrt de Perrière,
Langage énergique (tun citoyen. — • La cuisinière d'une
citoyenne lui étant venu, aimoncer, après son dîner, que
l'on attendoit dix- se;) t })ersoones à la guillotine, entra en
fureur contre sa servante, lui disant qu*elle n'avoil pas besoin
de pareilles nouvelles; si c'étoit pour lui aider à faire la
digestion ou pour l'amuser d'une ,send)laMe idée le reste
de la •iuirée? qu'elle ne prélenduit point idanier la justice
nationale, mais qu elle ne Touloit ni apprendre ni voir exécuter les arréti.
» Un patriote vig;oureux qui se trouvoit en sa présence tire subitement son sabre , s'empare du plus jeune de ses enfens, qu*il tient suspendu par le talon, et lève sur cet innocent Tacier homicide. La mère, épouvantée, pousse des cris... Eh bien! dit le jeune homme., c*est le sort que préparoient à ton enfant les scélérats dont tu semblés plaindre la destinée, s*ils aroient pu avoir le dessus. Cette femme fut si tVa|)|)ée de ce mouvement inatendu , et le dan{^er de la patrio lui rappella si bien le dan{;er d<* ce qu'elle a de plus ("lu'i im iiioiule, <jiu', loin do s'alfei tei" du supplice de> coiidàué>, olle en parut ( (nnine son!a;;« (' «'t i a>>iirt'e dans le-, ci aint«\"> qu'où venoit de lui faire concevoir sur la vie de aou eulant.
Rapport de Bacon,
Assemblées populaires, — « L'assemblée populaire de la section de Flndivisibiliié étoit trés-nombreuse. On a lut le discours de GoUot-d'Herbois dont il a été parié aux Jacobins, relativement au buste de Guillaume Tell. Ce discours a été très-applaudi. Ou s'est occupé des certificats de civisme pendant lon{;tenips. On a parlé des subsistances. Des membres se sont plaints de ce qu'on ne donnoit pas la nourriture nécessaire aux chevaux employés pour le service de la Répul>lique. Tne députation se rendra à cet eftet chez le ministre do la ;;(icn('. i^L'cspiit puMio hon.)
» L a^stMnhlôe populaire de lasection do> Droitxlc riioiniiie étoit tios-nond)reuse, et beaucouj) do femmes auv tiil>inio>. 11 s'csl (■iovi- une assez bruvante discussion rclativoment aux citoyens qui se font reu)plac(>r aux liarrieres. Des membres ont accusé des chefs de mettre rar(;ent provenant des remplacements dans leur poclie. (Grand brouhaha.) Enfin, sans rien conclure, le tout a été renvoyé au comité militaire. Oîi a présenté à la Société de jeunes tambours. Les mères de
Diyilizea by v^OOglc
ces jeunes citoyens ont répondu du civisme de leurs enfans. (Vifs applaudissements.) Ou a lut des mémoires sur la culture des pommes de terre, et on a parlé des subsistances. Deux membres ont annoncé qu bier, très-tard, il étoit entré on bœuf tout entier et tué, des moutons et des veaux k la nwison d'arrêt, cy-devant les Cannes, rue Yaugirard; qu'ils étoient tellement sûrs de ce qu'ils dénonçoient, qu'ils alloient signer sur le bureau; qu'avec de tels abus il ëtoit impossible qu'il n'y eût pas quelques autorités constituées qui s'entendissent avec les prisonniers riches pour faire entrer une telle quantité de viande dans les prisons (mouvement d'indignalion) , et près de moi les femmes disoient : Voilà comme on nous berne ; on donne de la viande aux prisonniers riches , et à nous autres pauvres diablesses, on nous f... rien du tout. Ou'a-t-on besoin do tous ces aristocrates? Kst-cc <\iie tous ces scélérats (|ui aHan)ent Paris ne dcvroient déjà pas être à la jjuilloliue? La Société a arrêté que celte dénonciation M'ioit envovt'*e ;ï la police. (L'esprit puMic m a parut hou.)
• I /assenihlée populaire de la section des Lombards étoit ou ne j)eut pas plus nombreuse, et il v avoit considérablement de femmes à la cy-devaut église. La Société a recommandé au comité révolutionnaire Imbert, ancien officier municipal, d'après ce qui a été écrit par le comité révolutionnaire de la section de la Réunion. Cet Imbert, depuis peu de jours de la section des Lombards , est accusé d'être un des plus grands ennemis du peuple. On a parlé d'un capitaine-canonier, destitué par le ministre de la guerre. Gomme cette afBiire a été sur le point de mettre du trouble dans l'assemblée, sur l'observation d'un membre , on a passé à l'ordre du jour. — On a passé à la censure les remplaçants *, Plusieurs ont été rejettés; mais il y en a deux entr'aotres, pères de nombreuses familles et âgés, qui étoient tres-proiégés par les femmes, et qui étoient furieuses de ce qu'ils étoient renvoyés. Le premier l'a été, jadis musicien aux {pjinjjuettes , pour avoir
' Ou Mlit fjiic CCS reiiii)!;!^.-!!!!;» éiaivitt des homme* que lea sections achetaient, équipaient et envoyaient en Vendcu.
tlit, d'apre> les (]iio>tioiis du présideiil, «ju'il ne ( oiuioissoil les Jacobins que depui:» dix-huit mois, un an, et qu il nea pouvoit rien dire. Connnenl! a dit alors un memltre, tu ne connois pas les vertueux Robespierre, Gouthon et d'Autoa? Point d'élo(;e, s'est écrié un membre. Je 8aia bien que les Jacobins font le bien , a répondu le postulant. Un tailleur frîppier, rue des Lombards, petit homme bmn, figure pèle et allongée (car je n*ai pû savoir son nom), a parlé avec lamertume contre ce pauvre remplaçant; il en a fait de même contre l'autre candidat, chapelier de sou état, accusé d*étre peureux. Ce tailleur-frippier a feit sentir que dans de pareils cas les pères de fomille n'étoient rien. (J'observe que cet être a parlé avec trop de feu pour être de bonne fois.) Aus^i , devant , h coté et derrière moy » les femmes en masse , après le ipjct (l<v> deux candidats, di^oiciil : Mon Dieu! où en sonunes-non-^ ? Oiiv \ oui devenir ces <lenx pères dclaniille dont les états ne valent pins rien (> le elneu de tailleur ! Ce seelèrat ne monte jamais ^a {jarde en personne. I!e{|ardez bien sa coquine de figure, vous y verrez le plus ^rand de tous les hypocrites. Les femmes répéloient toujours :^QueUe horreur! Qu'est-ce donc ce tripotage! Tous ces gueux-là qui otent le pain à des malheureux , le bon Dieu les punira. (Je parle de cette conversation, d'après laquelle on jugera de l'esprit public.) La séance a finit À 1 1 heures du soir.
» Une marchande k la halle qui avoit fiût une finésnre et un foie l$* a été sur le point d'être mise en morceanx par d'autres femmes. Une citoyenne a alors prêché l'exemple des loix. Elle a réussit à apaiser le peuple. Sur ces entrefaites la garde est arrivée , qui a conduit la marchande chez le commissaire.
» Dans un eabaret, à la Nouvelle-France, on parloitde la viande, des carroles, navets et autres denrées. Une femme mal mi.>e (et j'ai remar<jué «ju'elle avoit une elnMiii-^e tine disoit que le pauvre peuple étoit bien malheureux , <]ue les gens riches ne niauquoienl pas de la viande, et (ju'ils scroient toujours surs d'eu avoir. £lle disoit toujours ; Ou veut qu'on
fasse un carême civique, niais il n'y a ni luit, ni jjraisse , ni beurre. Une autre femme fjui m'a parut être une revendeuse de tripes, et qui étoit à boire avec 5 autres fenmies, a répondut à la plaignante : Parbleu ! vous avez bien peur de mourir, ma chère amie. On nous disoit déjà dans le tems qu'on auroit pas de pain ; eh- bien f en avons-nous? Moi, je ne me plaîn.>i pas , parce que je suis sure que la Convention est après la recherche de tous les affomeurs. Qu^'en penses-tu , Jaccpieline? disoit cette citoyenne en se tournant vers ses amis. Tu as raison! Allons, buvons un coup, tout ira bien, et il ne fiiut pas jetter le manche après Ta cognée. (L'autre feoune, jie veux dire la première, n'a plus rien «fit.)
a La halle à Ta farine est bien approvisionnée. Le peuple dfooit en voyant passer des voitures qui en étoient chargées : Nous aurons du paiu, si nou:> n'avons pas de la viande. Vive la Ilt'piibUque !
» Paris tranquille, etjai couru.
Le même jour, le gouvernement publiait la note suivante :
MÉPDBLIOVB PBARÇAItB.
La commission des sutmsttxnees et approvisionnements de la BépubUqme à ses eoneiloyetu,.
« La malveillance s'agite pour rendre funeste la loi bienftisanCe chi iRAjrtfnifiti général , dont Ves bases viennent* dl*étre décrétées par la Convention nationale ; un fanx colporte, se crie et se vend dans Paris. Aucun des prix qu'il annonce n'est vrai. Gitovcns, prenez garde à ce J'iége; le tableau général du maximttm est à Fimpression ; re^ Ira- ^ ail est immense par ses détails et ne peut paroftre que sous quelfjues jours. La commission ne perdra pas un moment pour que le décret de la Convention qui ordonne que le tableau général du maximum soit publié dans toute la République au 1"" germinaf soit exécuté.
» Le président de ta commission, BaoRET.
n Pour copie conforme : Gobdbbaiit, secrétaire général»*
9 VKNTOSE (27 FLVUIkU).
Ordre général,
« .ï'iin lté nies frèrc> d ;irmo> les canoniers à ^e roiii|)()i ter avec dt'ceiKc, à être solnes, sajjes, et à conserver cette fierté rt'pul>licaine qni les rend cliers à la société, non comme corps militaire, mais comme uue famille de bons citoyens.
M Mes frères d'armes de service aux prisons et maisons d'arrêt veilleront attentivement à ceux qui entrent et sortent, et ne communiqueront en aucune manière avec les geôliers et concierges, à moins que ce ne soit pour fiûre exécuter les ordres de la police, ainsi que ceux des autres autorités constituées.
» Tous les vertueux citoyens jaloux du bon ordre et de la tranquillité sociale doivent redoubler de surveillance envers les ennemis intérieurs de la République.
« Le service général à Pordinaire. Signé & Toriginal : Hanriot , commandant (général. »
Extraits des rapports de Dugns et de Perrière,
— « Le savon et la cbandelle ne sont plus délivrés par les épiciers que par demie livre.
» 11 s'est porté beaucoup d'amateurs au Théâtre de la
République pour y voir le dél>ut de Vanhove dans le rolle (le Hrntu». Ce comédien n'a pas rempli Tempérance de ceux que sa réputation y avait attirés.
») r.es mes sont de la j>lii> {grande malpr()j)reté. Celle qtie Ton appelait Sainte-Anne e.->l encombrée de finnier. Dans la partie qui avoisine la rue de Louvois, il y en a des tas le long des murs qui y séjournent depuis quinze jours.
» Malgré Tarrété du département concernant la mendicité, les pauvres fourmillent dans toutes les rues, dans les promenades et sur les boulevards.
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. ISl
Esprit douteux du (jrouppe de la guillotine. — « Le lendemain du jour où dix-.sept {•()upal>les turent {fuillolinés, quelques personnes du grouppe qui se forme ordinainmcnt à Tendroit où se plante la guillotine écartaient du bout de leurs bâtons Peau des petites marres que laisse le lavage qui suit l'exécution, disant qu'il fallait que ce lieu fût bien lavé pour ne pas conserver la trace de tanjL de sang. — Balh ! dit quelqu'un, il n'en coûte pas plus, quand la machioe est en train, d'en guillotiner dix-sept qu^un seul. — Seulement, dit un autre , il fiaut plus de chevaux.
» L'air denii-sërienx et demi-railleur de ceux qui tenaient ce langage ne permettait pas de s*assurer si c'était de leur part blâme, approbation ou seulement indifiSérence. »
Caffés, — «Jeu, boisson, conversations indifiEérentes ou secrettes , lecture du journal sans réflexions subséquentes , Toilà depuis quelques jours, comme je Fai déjà dit, tout ce à quoi se réduisent les débats politiques des cafiés.
• Plusieurs mêmes qiù avoient coutume d'être' très-fré- »pientés se trouvent presqu' entièrement vides ; mais cela vient, je crois, de ce (jiTilh n'claient guères composés que de gens suspects, aujourd bui renfermés, qui s y rendaient soit pour nuire k l'esprit public, soit parce qu'ils n'avaient rien de mieux à faire. — Ce (jui autorise cette conjeclure, c'est que ces caffés se trouvent dans les quartiers principalement habités par ces sortes de personnes. ».
Nous exiravons «pu'li|iu ^ passages d'un <locuinenl iiiipoilaiil «lans l'Iiistoirt' tir rindiiciuf qu'ont eue les subsistances swv los destinées (h* la Ké\ohitiori; nous voulons parlei dii rapport tait à l.i Convention le 1) ventôse par Oudot, au nom du comité de k'gislaiion, du eonnnerrc et d'agrieulture, au sujet de la révision de la loi du 2G juillet 17^ contre les accapareurs. L'exécution de la peine de mort avait été suspendue depuis le 2 nivôse.
■ Bloquée par les puissances coalisées, la République
entière est comme une Yille en état de siège; les bons
m PARIS EN 1704.
citoyens mettent en commun tout ce qu'ils ont pour sauTer
la liberté ; certes ceux qui ne voudront j>as faire comme eux seront trés-juslenienl consi»h'rés con>me suspects, et si ceux qui ont des moyens superHii.> ne les emploient [>as en entier au service de la ]{épnl)lique , il faut au inoin> que nous soyons bien assurés qu'ils ne les feront pas servir couire elle.
» Le caractère principal de l'accaparement est de cacl>er , de coDsenrer dans des lieux ifpiorés des marchandises afin de les soustraire à la circulation; le seul moyen qui a semblé pouvoir punir ce délit, sans gêner la liberté d* acheter et de vendre, est de forcer d*abord les marchands de déclarer toutes les marchaudises et denrées qu'ils possèdent, etd^afficher & la porte de leurs maçasiiis l'espèce de celles qui y sont déposées. Par cette mesure on comioltra si les marchandises d'une nature qoelconr]ue sont abondantes dans une contrée. Noos avons pensé qve vous dévies assujettir à la déclaration tontes les denrées et marchandises de quelque espèce que ce soit. Si vous étal>lissiez une ligne de démarcation entre les ohjets de ( oinmerce, vous verriez la malveillance et la cupidité s'cnq>ar«*r eu quelque sorte de ceux à rt''{;ard desquels vous auriez dispensé' de la déclaration, et faire d(> si (grands amas qu'elles trouveraient ainsi le moyen de porter coup au crédit de vos assignats.
» Nous avons cru devoir assimiler tous ceux qui achètent au delà de ce qui est nécessaire pour leur consommation habituelle aux marchands en gros; ainsi toutes marchandises en dépôt étant connues, dés que l'on pourra forcer partout à vendre et à mettre en circulation, dés que foutes les marchandises et denrées seront sous h main du gouvernement et seront soumises an droit de préhension , il n'y aura plus d'accaparement, ou plutôt on aura prévenu celui que pourraient tenter les gros capitalistes, et par conséquent le plus dangereux.
» Oirant à Paccaparcment partiel que peuvent faire les mauvais citoyens ou les égoïstes , qui craignent toujours de
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. m
manquer et qui font des approvisionnements trop considérables , il nous a paru ne pouvoir pas être facilement atteint des mesures (];énérales. Telle denrée qui d>ODde dan» quelques parties de ia UépQbliqoe manque dans dTaulres; OD ne peut donc rien décréter qui eooTieDBe en même temps et à Tabondance et à la disette; on est donc forcé de n'employer que des moyens propres aux localités.
» C*esi à votre commission des snbsistanoes, c'est à Totre comité de sakiâ public à s*occttper des précautions particu^ Hère» qu'existent les circonstances. Dans les lieux où la disette sera causée par les approvisionnements partiels de certaines denrées ou marchandises, il pcMina requérir des déclarations de tous les eiloyen» qui posséderont de cette espèce de marchandise au delà de telle quantité, et forcer ceux qui ont à vendre à c eux qui n)an(jueiit ; mais ce sont de véritables précautions de police, et d'ailleurs c'est à votre comité à clioisir se*. nioyen.>. Notre but a dû être de vous présenter des mesures générales, des mesures simples et d'une exëcatioQ facile.
» Quant à la partie pénale de la loi, nou» noas sommes restreints à modiiier les peines portées par la loi du â(> juillel; nous avow conservé la peine de mort coalre ceux qui recèleal des marchandises propres aux subsistances , qui le» soustraient à la circulation dans de» vue» eoatre-iévolaliou- ■aires et avec l'intcntioD de favoriser na» ennemis.
9 Nous Favoos conservée contre ceux qui font périr volon» tanremeoit nos denrées; mais nous n*avoBs pas cru que votre iotention fût de punir la seule avarice comme le crime de compiration, à moins qu'il n'y eût coo^tlot coMtaté. Vos comités réunis ont donc pensé que nous devions vous proposer, pour le simple défaut de déclaration des marchandises, la jieine «le confiscation « l celle de driix ans de fers : cette punition attcutt le coupable dans ^>a toittme, elle détruit toutes ses spéculations de commerce; elle est éclatante en ce qu elle donne lieu à l'exposition en public, et par cette raison elle a paru 9u£tisaote à vos couiités. K<ms
ne noii"> >()mrueN pas occupi's de la récidive, parce que nous avons IVspoir fondé on plutôt la certitude que daii^ deiiv ans la liépiililique sera assez tranquille pour n'avoir ji.js besoin d'une j)areille loi. Il eût donc t'té inutile et inconvenant de supposer la récidive d'un délit qui ne pourra pas avoir lieu k une époque ausfd reculée. Nous n'avons pas cru nécessaire de nous occuper des dépôts momentanés, tels que - les messageries, les entrepreneurs de voitures par eau et par terre; nous avons considéré que les mesures à prendre à cet égard concernaient encore votre comité de salut public.
• Enfin nous avons pensé qu'il fallait donner une récompense au dénonciateur, et nous Pavons par cette raison associé aux communes pour parta{;er les confiscations de marchandises. «
10 VENTÔSE (28 Février).
Rapport de Béraud.
« La marche en masse des (lordclliers aux Jacobins n'a ])oint »'tt'' inspirée, disaif-ou au cafFé de la H<'pulili(pie , par cet amour qui doit réjjner parinis (lc> iVeres, mai» par l'espoir qu'eu teignant une intime réunion les Jacobins se laisseraient séduire pour abandonner Camille Desmoulius et autres à qui Vincent, membre et a{;itateur du club des Cordeliers, donne partout des ridicules et des crimes dont ils sont incapables. Quoi qu'il en soit , qu'on ne s'imagine pas que ce club soit tout entier à Vincent; la majeure partie n'agit et n*obéit que par la crainte d'être expulsé, et ce sont des machines à ressorts que des meneurs adroits font mouvoir. Il en est ainsi de toutes les sociétés populaires, a répliqué un autre, et le club de Lévéché ayant formé le projet de présenter une pétition à la Convention pour les dissoudres, a commis un acte de justice et d'humanité : de justice en ce qu'il détruira une espèce d'autorité qui aurait un jour fait la Convention les armes à la main , et d'humanité parce qu'il n'y a que l'intri^jue qui les dirige, et
fjiit' < \'>t là <]u'<ni ui(;iilse les traits qui jounifllemciil assassinent les patiiotes. Notes, en outre, que ees soeiéte^ sont en général composées de gens qui, méprisés et reconnus dans les sections qu'ils habitaient précédemment pour des aristocrates fietfés , les ont abandonnés et se sont jettes dans d'autres, où en entrant ils ont vomi la flamme du civisme pour accaparer les places et pour ainsi se soustraire à la peine qu'ils méritaient.
» Si le décret, disait^on dans le même endroit, que vient de rendre la Convention sur Fëlaiigiissement des vrais patriotes est exécuté ponctuellement et promptement, qu'on ne lui donne pas de fausse interprétation, et qu'il ne cache pas quelques prétendus actes révolutionnaires aussi durs ou plus durs même que ceux qu'on a exercés jusqu'à présent, vous allés voir les yeux abattus par la douleur se ranimer, vous allés voir 200 mille femilles qui ne demandaient que la vengeance former de leur corps un rampart devant la Convention, vous allés voir l'indigence, qu'elles refusaient peut-être de secourir, rec(.'voir des bienhiits, et toutes ce> faniille> divisées n'eu formeront plus (|u'une avec celles (jui n'ont [)<)int été atteintes par les comités révolutionnaire.'". — Je désespérais de revoir nion époux, disait une citoyeinie; depui'. \ mois (pi'il est enfermé, je n'ai |mi me faire entendre ni dans l'assemblée générale, ni de la Société populaire. On me rebutait comme si j'eusses été criminel ; le mépris, des menaces étaient ce qu*on opposait à mes larmes; se> lettres étaient ou déchirées, ou tournées en ridicules. £b! qu'a-t-il fait! 11 a été un des premiers à la Bastille, il a toujours bien fait son service, a toujours refusé des places pour les laisser aux bons sans-culottes, et s'il s'est fait des ennemis, c'est qu'il n'a pas voulu qu'elles fussent occupées par des ignorants ou par des nouveaux venus, qui, par leurs criailleries et la soif du sang dont ils paraissaient animés, se sont formés autour d'eux une barrière de partisans. Suivant ce qu'a dit ensuite tme citoyenne, il parait qu'elle est de la -section de Bonne-Nouvelle.
« I.ps spectacles du botilcvnrd, riiHlfjn'' le mauvais (cinps , regorg;eaient de monde, et de tous côtes on entendait dire : Moi, je n'ai point nian,';é de viande depuis liait jours; «ici, j\ivai< un bon qui m'a été inutile, parce qn'nne fois que les malades sont servis, les membres des comités font servir leurs femmes et les bonnes amies de celles-ci ; ainsi , tant qoe la disette durera, nous en f^iercbcrons où nous pourrons* >*
Rapport de Btuun. — Les clubs.
« Âu temple de la Raison, section de Boane-NouTelle,
il y avait considârablemettt de monde , et surtout de femmes. On a. chanté des hymnes patriotiques; des cnfiuis des deux seces .ont récité par oeeur les coramanderaens r^mblicains.
Mais un jeune homme éf^é de 13 ans, nommé Chapon, a parle pendant trois {^ros ipiai ts d'heures sur le Ixiidicur d'un çouverncnicnt républicain; il a fait verser de^ l;jrnicr> à cvxix • pii l'cnlcndoient, et de toutes part^ on c! i(uf ; Vive la Hcpu- |jii(jue ! l'n citoven a montrée plusieurs pams de salpêtre, et en les montrant il disoit : Voilà la niort des rois. On a encore crié : Vive la llépuldique ! vive la Convention!
A la cy-devant é(;lise Saint-Laurent il y avoit beaucoup de monde, et surtout d'ouvriers. On a lut des décrets de la Convention nationale; on a chanté l'hymne des Marseillois et plusieurs chansons snr l'abolition du teatisme. Je dois dire ici que Tesprit puUie étoit à la hanteor des circoostances.
9 Au temple de la Raison, section des Gravilliem, on a lut des décrets de la Convention, chanté des hymnes patriotiques. Toute la cy-devant égflise Saint-Nieolas-des-Cliamps . éloit presque plaia«, et beauooup de jeunesse. 4 enfans, dont le plus à{;é pouvoît avoir 4 ans, ont récité par eceur la dédantîon des droits ; ils ont été couverts des plus vifs applaudissements, c'est à q»u pouvoit les embrasser. Un ciloycti a télu ilé les mères de ces jeunes républicains sur 1 amour (ju elles uvoicut pour la patiie en tnslruisant de
LA RUE, LE CLUi;, LA FAMINE. 127
bonne heure lemrs enfiuM des principe! du répuUicanisme (nfii applaodtiseniens) , et on crioit de tontes ports : Vire U République ! vivent la Liberté et TÉgoUté ! On a annoncé qu'à la pfemiére décade on Uroit des discours sur le gou?er* neiMnt républicaîn. (L'esprit poblic révolutionnaire.)
» L*assemblée ^|énërale de la sectioB dn Contrat social étoit très-nombreuse. On a lut les lois; on a parlé des oertificats de eivttnie et dn salpêtre. Ces différents objets ont duré au OMÎns deux beores. (L'esprit public bon.)
» L'assemliiëe {générale de la section de Boa-Conseil étoit exUf luemeiit nornlueusc, et beancouj) de femmes aux fribmies. La séance a ('lé trés-l)rii\aiilo, tn's-orapeuse. L lini- !ier, a{;ent luitioiial , (jui a été dt-noiu é par Marcbaiid , inai'( iiaiid de vii)> de cette section , et lequel a si^jne sa dénonciation , a rt-pondut d iuuî manière \ i( foriense à son dénonciateur, qui prétendoit que L'huilier avoit dit auprès du bureau qu'il falloit reuouveller la Convention , et que le peuple ^'occupai de cbercber des représentants vertueux, digues (ie la nation française.
» L'a^nt national a été trés-applaudi à cette phrase-cy : 4iîtoyens, on me traite de n'être plus révolutionnaire; on m'accuse d*a\*oir favorisé les aaarchés des Invalides; on ne Icaite d'aristocrate. Moi, aristocrate I Dites -moi un peu, I|k1 parly ai-je à prendre dans cette révolution t Celui de rester fidde aux patriotes. Si les aristocrates avoient le dessus, me pardenneroient-iis d'avoir demandé le premier la tète du tyran? (Non, a-^on crié de toutes parts; on applaudissoit rivement.) Enfin, après des discussions cbeades, vives et bruyantes qui ont fait perdre une séance entière, Tas^euddee {;énérale a arrêtée fju'elle reconnolt I/hnilier pour un excellejit patriote, et qui a tonjonrs été l'ami du peuple ; que Marchand , qui a dénoncé i afjenl national avanthier aux Cordeliers, seroil traduit au tribunal révolutionnaire; (jue l(î v(eu que vient d'émettre l'assemMi'e >uv la probité et le palrioti>nuMl(; L'huilier seroit envové altic hé partout où besoin «>era. (Lor;>que Marchand est sorti pour aller
tfê PARfS EN 1T9*.
au comité révolutionnaire, on a tres-aj)plaudi , et les fenuncs, en applaudissant, crioient : Voilà encore un agent de PiU.)
» Faubourg Saint-Laurent , j'ay vu passer au moins 8 voitures chaiigées d'œufs, et autant où il y avoit des veaux ;
' aussi . en les voyant, le peuple disoit : Il n'y a jamais d'œuls à la halle , on ne sait pas ce qu'ils deviennent , et tous les
' jours il en arrive beaucoup.
• Dans un cabaret, faubourg Martin, à l'ancienne barrière, des femmes parloient de la détresse ou nous étions pour les denrées. Une d'enli'elles disoit : Prenons patience; la nature n'est pas in^jrate; voici le beau temps, et prenons bien garde à nous , car nous sommes dans an moment où il faut que le peuple veille et souffre un peu, s'il veut tordre le eol aux tyrans. Ou lui u répondu : Tu a» raison! Vive la nation !
' w A la porte d un epu ler, |>re^ rAr>enal, il v a en du bruit parée «pi on ne donnoit «pi' nn onee de henrre salé à la fois. , De> fennncs crioient, niunnuroient ; et comme le nombre des criardes augmentoit, la force armée est arrivée qui a mis le bolà. Heureusement que Tofticier a prononcé des paroles de paix, car s'il eut a(]it en étourdit , il v nuroit eù des bras, cuisses, jambes cassés. (Aucun accident n'est arrivé.)
» A 10 heures 1/2 du soir, rue Ticquetone, j'ai vû passer deux hommes qui portoieot au moins un demi-bœuf sur leurs épaules. Un autre homme les suivoit. Des femmes ont cHé en les voyant : O les scélérats qui vendent la nuit la viande. Le boucher s'est a{)proché d'elles, et leur a dit : Ne cries pas, ma sœur : viens avec moy, je vais t''en donner. Ces femmes l'ont suivi. J'ai courft la nuit, je veux dire très- ' tard, les cabarets. Le peuple n'étoit occupé qu'à boire et à i clianler l'bymne des Marseillois. Tout m'a parut très-tranquille, malgré les Imrlemens de» marchands. »
pQur compléter cette esquisse de la rue et du club, il faillirait ciitreri la Convention. L*aspecten est prodi^jieusement mobile: rbéroisme et le ridicule y sont en perpétué contraste. Nous en donnerons encore un exemple en empruntant au Moniteur an fragment <\r son compte rendu de la séance de la Convention de ce jour. On la voit traversée par des incidents, soit grandioses et louchants, soit bizarres et burlesques, comme celle de la veille, comme celle du lendemain.
o L'administrateur provisoire des domaines nationaux écrit, en date du 4 ventôse, (|ue les ventes des biens d'énii- (jrés dont les notes lui sont parvenues dans le cours de la troisième décade de pluviu>e s élèvent, pour cent cinquantetrois districts, à •2."},HH(>,997 iivr. G s. 8 d., sur une estimation de 11,084,143 iiv. 14 s. 11 d., et présentent un excédant de 12,802,853 liv. 11 s. 9 d. sur celte estimation. La totalité des adjudications prononcées jusqu'à ce jour par trois CMit quarante-quatre districts situés dans Tétendue de quatre-vingt-trois départements s'élève h 127,883,143 liv. 2 s. 8 d., et elle excède de 64,225,244 liv. 16 s. 9 d. le montant des estimations. Du nombre. des départements en actintë sont ceux de la Mayenne, de la Loire -Inférieure, de la Vendée. Le résultat des détails que contiennent les lettres des districts présente le même intérêt que celui de leurs opérations. Partout Tardeur des acquéreurs est égale i Tactivité des corps admmistratifs; partout l'enthousiasme républicain anime les enchères, et toutes se font aux cris de Vive la Bépuh/ifjur ! vive la Montagne! »
Traàs de bravoure les plus marquants , extraits des différents rapports sur la journée du 17 pluviôse. Division de Chauvin- Dragon, armée des Pyrénées-Occideniales.
• Le citoyen Dufour, caporal au I" bataillon de la 5' bri- {jade d'inlanterie lé{;ère, avait t té tait pri-^onnier; quatre Rspajjnols le condui>»aient : il saute >ur la i>aionnette de l'un d'eux, eu tue trois, prend le quatrième au collet et l'amène
prisoniiier. (Il v a pIiK <lc cent lionnnes témoins de ce tait.)
» I>p citoyen Bourde! aîné , jjrenadier au 4* hataillon des Basses-Pvrcnces . est grièvement blessé : ses amis le conjurent de se retirer ; il leur répond en criant : Vive la Républigue ! 11 brûle toutes ses cartouches et ne cesse de poursuivre l'ennemi que quand les forces lui manquent.
^ Le citoyen Dougadot , serf^ent-major au 2* bataillon du Tarn, tombe d'un coup de balle qui lui traverse le corps; ses camarades veulent l'emporter. « Ailes à votre poste, leur ditrîl , vous vous devez à la patrie avant de penser à moi. »
» Le citoyen Bigot, adjudant-major du 4* bataillon des Landes, marchant au pas de charge à la téte d*un détachement envoyé pour reprendre le po.>te de la Masure , reçoit une balle qui lui perce la cuisse; il marche du même pas jusqu'à ce que le détachement se soit emparé du poste; alors il se [)laint de sa blessure. Le chef de hataillon veut lui donner deux de ses camarades pour le .soutenir; il les refuse en disant : « Garde-les pour conibatlre les ennemis; je me retirerai comme je pourrai. »
■ Le citoyen Ahadie, caporal des canonniers du 3* hataillon du Gers, répond à une proposition de battre eu retraite : «Non, f...... non, je ne quitterai pas mon canon ni mes
camarades le leur, tant que nous aurons des munitions et que nous ne verrons pas tout le détachement achevé. » Sur la fin de Taction, voyant les Espagnols fuir, il dit à ses camarades : « Allons, mes amis, vite au canon 1 • Au même instant, fonte d*avant-tniin, il met les deux crosses d*une pièce de 4 sur ses épaules , ses camarades poussent aux roues ; ils traînent la pièce à trois ou quatre cents toises, et font plusieurs décharges & mitraille.
» Les Espa(;nols s'étaient emparés de la maison où sont cantonnés les canonniers du 3* bataillon du Gers ; le citoyen Vives, sergent-major dans la compagnie, crai(|naht qu'ils n'emportent le guidon, court à la maison avec un chasseur du I" hataillon de la 5* denii-Lrij;ade d'infanterie légère, dont on regrette de ne pas savoir le nom; ils y trouvent
. iju.^i.d by C()(vt|c
LA RLE, LE CLUB, LA FAMINE. I3i
trois Espagnols. Le chasseur en tae un d'un coup de baïonnette, Vives tne le second d*iin coup de sabre, le troisième saute par la fenéire; le chasseur le Messe d*un coup de fusil à la caisse et Famène prisonnier.
• Le citoyen Dngojen, fusilier au 4* bataillon des Landes, est atteint d'une balle au commencement da combat; il ne quitte pas son poste. Dans le cours de l'action il reçoit une seconde balle au bras; son capitaine veut le feire retirer; Dngoyen secoue son bras : • Il n*est pas coupé ; je veux me venger, et renvoyer à ces j... f...« 1a balle que j'ai reçue; » et il continue à se battre.
1» Le citov<Mi Palacio, sergent au 1" bataillon fies chasseurs des ^t«)tlla;;tH^s , marchait en colonne avec sa «ompaçnie, il sC détache à la course avec Belard et Marcadct; Palacio reçoit un coup de feu et dit : « Je meurs... mais ils fuient. >i
» Le citoyen Magaillon, sergent de la première conipagoîe du 1" bataillon des chasseurs des Montagnes, étant de patrouille à la Croix de Hendaye, voit arriver deux colonnes ennemies; il est forcé de battre en retraite avec son détachement. Une colonne de grenadiers avance pour les coa-per; Magailloo se bat avec opiniâtreté. Resté seol, il est pris par trois grenadiers espagnols : l*un d*eux prend des cordes pour le lier; il proBte de cet instant, prend sa carabine par le bout du canon , en renverse deux dans nn fossé , tire sur le troisième qu'il toe, va rejoindre ses camarades, et revient à la charge , & la tète de sa compagnie.
» La Convention ordoime Tinsertion au Bulletin de ces divers traits de bravoure , et en décrète la mention honorable au milieu des applaudissements. •
— « î^es citoyens venus des départements pour apprendre la fabrication du >alpétre entrent dans la salle au bruit du tambour. (On ap[dan(ht à plusieurs reprises.)
» Un tiiembre de l<t muuicipalile de Paris , placé à la barre :
Représentants d'un peuple libre, au nom de la patrie vou.s
l:» PARIS EN 1794.
avez ;ïj)j»elc' ihins les nnivs de I*;nis un (jrand nonilirc âc répuMicains pour >>uivrc les ( ours rûvolutiunuaires des salpêtres, poudres et armes. Votre décret n'a pas été prononcé en vain; partie de cette jeunesse , toute remplie de zèle, en a devancé le terme, et l'autre n'a pas tanK' à suivie ce grand exemple. L'art de fabriquer du salpêtre, de la poudre et des canons a paru sous le re(;ne des tyrans un art très-difficile. Le besoin de la République, le génie de la liberté, ont vaincu toutes les difficultés. Voilà dix jours que no-t frères des dis* tricts sont au milieu de nous; voilà dix jours qu*ils étudient l*art difficile de fÎBibriquer du salpêtre , de la poudre et des canons , et grand nombre d'entre eux sont en état de remplir la tâche importante que Ton doit leur confier.
» Que les esclaves et les tyrans comparent ces progrès subits du f^énie du républicain français avec la niarcltc lente des hommes qui sont conilamment eoui hés sous le joiij;, et qu'ils )ii{jenl (s'il leur est j)()>>il»lci la puissance d'une rej)u- !>lique lorscpie tou^ les membres qui la cuuqiusent sont animés du ménuî esprit.
■ Tremblez, Ivrans! fuyez, esclaves! les foudres s'apprêtent, la République les fabrique, et bientôt il ne restera plus de vous qu'un souvenir éloigné, et assez fort cependant pour maudire le temps où vous avez existé. (Vifs applaudissements.) »
— « Des citoyens présentent à la Convention la veuve d'un ouvrier qui a péri en travaillant au salpêtre, et demandent pour elle des secours.
» La Convention accueille cette citoyenne avec attendrissement et lui accorde un secours provisoire. »
— « Un membre obtient la parole pour une motion
d ordre. Il parle sur la m*eessili; de détruire les bètes faiives» comme les loups, les renards, le?, blaireaux, elc, <jui ravaj;ent les moissons et les troupeaux. Il propose de (lécréter que la chasse sera faite à ces animaux à une époque bxe et à une beure déterminée.
» Lacroix (de la Marne) : I^es bêtes auxquelles il faut f:iire la chasse sotit les léopards de l'AufjIeterre , les ai(jles de l'Autriche et les marmottes de la Savoie. (On applaudit.) Cependant , comme le projet du prëopinant peut renfermer de» vues utiles , j*en demande le renvoi au comité d'agriculture.
» Fayau : Je ne puis croire que le membre qui est maiatenaiit à la tribune ait parlé autrement que par figure. Sous le nom des loups et des renards il a sans doute voulu désigner les différentes espèces d'aristocrates. Il y en a en effet de toutes les couleurs : Iqs loups sont ceux qui, la téte levée, dévorent le peuple et sa substance (on applaudit); les renards sont les fins matois qui enlèvent les meilleures volailles pour empêcher les sans^culottes de mettre la poule au put, et à qui aucune ruse renardine n*est étrangère pour diviser les patriotes (on applaudit) ; les blaireaux sont les nri!«tocrate$ qui, moins hardis que les premiers et moins ;!droits que les autres, se cachent le jour et courent la nnil pour a-^a^Mner le peuple. {On apj)lauclit.) Le même membre a dit <|u'il tallait rlonner la chasse à ce-> animaux carnassiers depuis huit hetnes du matin jusqu'à neuf heures du soir; moi, je dis qu'il h'ur faut courir sus depuis une aurore jusqu'à l'autre. (Vif> applaudissements.) Oui, point de relâche à nos ennemis , poursuivons-les Tépée dans les reins jusqu'à ce qu'ils soient tous exterminés. (On applaudit.)
» La Convention renvoie le projet présenté à* son comité d'agriculture » {Moniteur du 12 ventôse.)
Le représentant Gusset mérite de figurer à côté de Fayau. Voici un billet adressé à Pache qui est coulé dans le métal jacobin. Il lait partie' des manuscrits de la Bibliothèque inipé-
' Cet iiK'itIrnt jiiycux prouve que let plus cruels Montagn.-irds savaient lroav(*r «•iitm «lt.Mi\ oxrcatton« le petit mol p<»iir rire. Ce fa< ('ti«Mix F.ivaii arrofaii de sanu aca bons muts. — L'épisode que nom rapporiuiin ajtparlienc kl léance da 11 ventôse.
riale. On trouve là piusicui-s lottros tlii inOme représentant qui demande toujoui-s des passe-ports. Cusset n'a pas fini comme Fayau, mort riche et heureux. 11 a été guillotiné en 1796, après Taf^iire du camp de Grenelle.
K L*ami Pache que je n'ai jamais oublié se rappellera de
moi et donnera à son pareil un passe|)ort il est busard par con>cipient brave, il lui faut une tranquilcté elle est en tes mains c'est assez.
» Cl ssET , représentant du peuple.
• Le iO veotAie Tan des hommes libres. »
11 VENTAsE (1** MABS).
Rapport du cUioyen Le Breton t convmssaire observateur à Paris,
u Hier, sur la pl;ice i\v. la Hévolution , j'ai vû un grouppe assez cou>i(k'rable composé d'honuiio et de femmes, s'appitoyer sur le sort de deux individus qu on alloit {juillof iner ; et je leur ai entendu dire : Eh ! mon Dieu ! quand serons-nous las déverser du sang! Un autre répondoit : Quand nous n'aurons plus de coupables. Un autre : La mort d'un homme coûte bien peu ! Si l'on guillotinoit pour penser, disoit un autre, combien de yens a /aire périr! Ënfin, ud autre a dit : Ne parlons pas si haut, on pourroit nous écouter et nous pincer. Ce •wmt selon ce que j*ai pu eotendre (par le reste de la conversatioD) de Arcourt imprimeur. •
12 VBMTÔSB (2 MAKS).
Ordre général.
«Le Conseil général, par son arrête d*hier, in vite les citoyens de service à mettre en arrestation dans les plus prodiains corps de garde ceux et celles qui refuseront de se soumettre
à son arrêté et de les y retenir jusqu'après la distribution de
la viande. J'espère que les citoyens qui aiment le bon ordre dispenseront la force armée de cet acte de rigueur. Vous fûtes sages à la porte des boulaogers, fiiites encore ce que TOUS a%'ez fait dans ce tems^là; servez-vous «Ton cordon, tenez-le de mains en mains, et <pie la force année soit simplement spectatrice de votre amour pour la tranquilité sociale. Apprenez ans autres peuples que dans notre patrie la raison établit son règne sans le secours des piques et des bayonnettes; je compte sur vous et sur votre attachement à
la République
s Le service général à Pordinaire. Signé à l'original : Hamuot, commandant général. »
Rapport de Bacon.
— • L'assemblée populaire de la section de Bondy ëtoit très-nombreuse, et toutes les tribunes éloicnt remplies de femmes. On a nommé à haute voix un président appelé Fronsin, bon pad iole, (Taprès ce que «liNoiont les citoyennes. On a ensuite lut des décrets de la Convention et différens arrêtés du comité de salut public. Des conmiissaires nommés pour accompagner chez le ministre de la guerre le cavalier fourni par la société ont annoncé qu'on l'avoit trouvé trop petit, vu qu'il n'a que 5 pieds trois pouces justes (brouhaha et bruits). Comme ce cavalier est au fait du cheval, qu'il est un ardent républicain, et que la société répond de son patriotisme, il s'est élevé de grandes discussions. £nfin, après des cris, des propos, et des motions ftiitesde part et d'autre, on a arrêté qu'on présenteroit ce même cavalier, armé, équipé et è cheval, au ministre, posuadé, a-t-<mdit, qu'un homme & cheval gagne beaucoup; qu*ensuite, et attendû que dans les circonstances actuelles on ne devoit pas regarder de si près, le cavalier, en cas d'un nouvel examen, pourrait mettre un jeu de cartes sons ses bas pour parottre plus grand. Tel est l'arrêté qui a été pris concernant le cavalier.
UG PARIS EN i7»4.
aux cris de Vive la République I (L*esprit publiç m*a parut bon.)
» L^assemblée populaire de la section du foubour^ Poissonnière ëtoit assez nombreuse. On a parlé long[teDips du cavalier (|uc la société doit (bumir. Comme il n*y avoit que 800 de recelte pour son équipement , la société se trouroit dans rembarras. Alors un citoyen appelé Minei a donné de suite 400* pour finir rarmement dii cavalier. Celle offre a été acct'|)lt'e, et il a été arrèti" que Ir 15 coiiranl le cavalier seroit monté et équij)é, et le ineiue joui- présenté aiiv léfyislateiirs. Ce même join* aussi, on présent«Ta an sénat phisn'urs pains de salpêtre, en aimoncant <pie cette opération va an mieux dans la section du Faul)Our(; Poissonnière. On a aus>i communiqué à la société radre»se qui i>eru lue à la Convention, laquelle m*a parut très-révolutionnaire. Elle commence ainsi ; Guerre aux tyrans! paix aux chaumières! et finit par un atlacb émeut inviolable pour nos respectables représenlans. (Toute la séance a été consacrée pour Farmement du cavalier.)
» La société populaire dé la section du Nord a prêté son local pour le recensement des femmes qui ont droit au bénéfice de la loy. J*ay entendu des citoyennes qui bénissoient la Convention.
» Dans les caffés on a beaucoup parié de cens qu^on a
guillotinés. Chacun Fesoit sa version.
» Toute la matinée j'av parcouru les environs de Menil- MoDlant, et tout m'a paru iranquille. »
Rapport de Pourvoyeur,
— «Celte après midy , sur la place de la Révolution, tandis que Ton guillotinait plusieurs particuliers, une citoyenne dit : Quel horreur! Plusieurs citoyens qui Tentendirent cherchèrent querelle à cette citoyenne sur le mot qu*elle venait de dire. Que prétendés-vous dire par là? Est-ce
que vous êtes fâchez que l'on punissent les conspirateur;» ? Non, dit-elle; mais je voulais dire qu'il était étonnant que depuis que Ton guilloUne comment cela ne corrigeât pas les autres.
» Le peuple disait, en voyant monté à Féchafoud des paysans : Comment ces scélérats se sont-ils laisser corromprêt Si c'était des nobles ou des riches, l'on ne s'étonneraient pas qui fussent des contre-réTolntionnaires; mais dans cette classe, l'on doit s'attendre à trouver des patriotes. La loi est juste, disaient-on; elle frappe indistinctement le riche comme le pauvre. Vqn applaudit toujours à tous les ju^emens du tribunal révolutionnaire.
• Plusieurs citoyens observaient dans un grouppe que souvent II dépendait de la manière de poser les questions pour éclairer la conscience des jtirés et rendre plus ou moins coupable un individu, et l'on oloerve que le tribunal du dé[)artement pose les questions d'une manière à embarrasser les jurez et souvent les empécber de prononcèrent.
u L'on observait encore que l'on ne devraient pas laisser les (gardiens aux individus mis en état d'arrestation si longtenis, ils pouvaient gagner leur confiance soit par de l'argent ou quelques autres moyens. »
ExtraUs des r'apports de Perrière et de Bvrau.
« Beurre, — Hier, toutes les marchandes de la halle en étaient abondamment pourvues ; cependant la garde était à leur porte , et il se vendait par tour.
• On a arrêté la mère, le fils et la fille, qui étaient venus se mettre en ranjj pour obtenir davan(a(je de cette denrée que Ton dislril)uait par (lenii-li\ res,
» On a aus^i conduit en pri>on plusieurs femmes à qui on j en a trouvé dans leurs poclies bouffantes jusqu'à dix demi- ' livres, cinq de chaque côté.
m PAttlS EN 1794.
» Poisson, — 11 est eitrémement cher, et un méchant petit merlan se vend jusqu'à 15 et 20 sous. Ce qui occa> sionne cette cherté, c'est que tout le monde s'y jette, et qu'outre le carême répuhlîcaîn il y a encore des sots qui suivent le carême romain. Le vrai patriote sçait se prêter à la situation des choses; il se nourrit de poisson quand la viande est rare , et de viande quand le poisson est moins abondant. Or la viande, au moins dans quelque-. <|uartiers , n'a point du tout manque ce> jour^-ti; car outre le iMmc lu-r attitré aux malades dans chaque section, il s'eu est distribué chez quelques autres marchands.
« Volaille. — Elle se maintient toujours à un très -haut prix. Un dindon moyen, jadis de 4"^, en coûte actuellement 25*^. On n'a voulu lâcher un très-petit chapon qu'au prix de 9* 10 s., etc. Ainsi du reste proportionnellement. Il parait qu'en suivant cette marche de juifs, la Vallée se tient plutôt pour les habitants ^e^l'intérieur que pour ceux des bords de la Seine, comme c'est malheureusement arrivé déjà plusieurs fois.
s Pommes de terre. — Elles ne manquent pas, mais elles sont chères : les rouges valent au moins 5 et souvent (î*^.
« Lait, — Cet aliment subit le sort de tous ceux qui n'ont pas encore manqué; c'e>t de suppléer à ceux qui manquent, et (Pètrc recherché par de» persotmes «jui auparavant ne son(jeaicnt {juère à s'en nourir. Les (pieucs >ont nombreuses et dans les basses-cours, quoiqu il se vende jusqu'à s. la pinte. Une mère de Famille qui en prenait uue pinte n'a pu en obtenir hier qu'une seule chopine.
» Charbon. ^ La foule recommence autour de cette marchandise; on se plaignait de ce que chaque objet de première nécessité devenait une cause de perte de tems considérable; tout est fort cher, disait*on; on ne çagne presque rieu, et encore faut-il perdre un grand nombre de ses journées : queue pour le beurre, queue pour le bois, queue pour le charbon et queue pour tout. Les personnes qui parlaient ainsi avaient un air de trèa-boone foi, quoiqu'il
LA RUE, LE CLUB, LA FAMi:«E. 139
arrÎTe souyent que ces RaminagroVis soient précisément les pins feux de tous les agens de raristocratie, et leur ton mieilleux sympathique et vrai en impôse bien plus au peuple qu'un ton d'aristocratie déterminée qui les ferait sur-lechamp honnir et chasser.
» Il est pourtant vrai de dire qu'avec d'aulres mesures on pourrait économiser davanta(;c le temps précieux du journa- Uer : 1" Les numcros donnes [)0ur aii|()uid'hui devraient .servir le lendemain en prouvant «pie ia personne ne s est point ahsentce , mais que seulement le tems n'a pas permis de ia eonqirendrc dans la première distribution; au lieu de cela, on voit des mères de famille qui , après avoir fait des statioDs de plusieurs heures h la porte d'une barraque et souvent la pluye sur le dos, sont obligées de s* en retourner sans la perspective qui serait au moins pour elles une consolation d'être servies le lendemain plutôt que le premier venu.
• 2* Les jours sont actuellement assez longs pour que les marchands ne ferment qu'à six heures, et cependant ils ferment au coup de 5 heures, au grand mécontentement des citoyens qui ne sont pas encore servis et qui pourraient tous l'être pendant ce reste de tems précieux qu'accorde le soleil ; c*est ainsi que la stupidité ou la méchanceté des hommes rend inutiles tous les moyens que la nature leur donne de mieux s'entendre et d'être plus heureux.
« Prix approxiinatij dit hcntf rendu à Paris. — En supposant qu'il arrive de ciinpiante lieues et <|u'il a coûté neut sols dans l'endroit (ce qui est un prix très-raisonnable même pour les circonstances ou nous sommes), il en coûtera treize après son voya^je, terme d'où l'on doit partir pour fixer un profit raisonnable au boucher de Paris.
» C'est un membre d'un grouppe qui parlait ainsi ; était-il de bonne foi, ou n'était-ce qu'un intéressé qui cherchait ^avance à rendre l'opinion publique fevorable à un prix supérieur à celui qu'indiquerait le nouveau maximum que l'on attend? Je l'ignore, car ces agents du diable sont diablement difficiles à pénétrer, et d'ailleurs il fesait nuit.
* Esprit du peuple, — Il murmure dans quelques quartiers..., et dans d'autres il montre du G<Hiraçe et de la résolution; c'est ainsi qu'il disait qu'il voyait bien que cette disette factice était un nouveau moyen employé pour le fatiguer, mais qu'il ne satisferait pas mes ennemis, et qu'il prendrait patience. »
— « Il xy\ a qu'un nioven , disait-on an caFFé <\c> (;ran(l> hommes sur le l)oulevard, pour ne pas être arrêté : c'est de cabaier pour entrer dans les comités civiU» et révolutionnaires lorsqu'il vaque quelque place.
» Avant que ces derniers ne Fussent salariés, personne ne voulait y entrer; une fois qu'ils l'ont été, on s'est disputé à qui serait non'kmé, et ce sont ceux qui ont quêté des voix de porte en porte qui ont eu les suffrages. CroyéS-vous que plusieurs de leurs motions, a répondu un autre, n'auraient pas été rejettés lors de leur épuration i la Commune, s'ils n'eussent pas été appuyés par quelques officiers municipaux? N'en doutés-pas, car le conseil général en a admis plus d'un. •
Rapport tic Charmoni,
— n Les comités civils des sections se plaignent de ce qu'on les surcharge de besognes et qu'on ne parle pas de les indemniser, et que la plupart sont des sans-culottes fort peu fortunés, et qu'ils ne peuvent sacrifHer leur tems tout entier, attendu qu'il faut qu'il vive et qu'ils ont déjà foit leurs représentations et que l'on ne les écoute point. La plupart ont déjà donné leurs démissions, motivé sur ce qu'il feut qu'il travaille pour vivre. On s'apperçoit déjà qu'il faut absolument renommer des citoyens riches à leur place, et ce n'est pas ce que veullent les sections. Le veu se prononcent partout pour (ju'ils soient payé, on est même éloiiué que Ton larde tant à rendre ce décret. Le citoyen Monthorjjne e>t heancoiip re(;retté dans la ^eclion Clialier; on assure qu il n est puinl coupable daus i'attaire du faux maxi-
muni , que c*est Miiiin, journaliste , qui la induil en erreur On a fieiit aujourd'hui à la halle une grande distribution de beurre et d'œufs ; on porte les œufs au nombre de cinq à six milliers : cela a beaucoufi calme le peuple. Il faut espérer, disoit-il , voilla deux jours qu'il arrive (l»?s provisions à la halle, il faut espérer que cela continuera. On prétend «pic le faux maximum est déjà colporté dans les départeniens ; tout ce que l'on craint, c'est qu'il n'arrive quelque soulèvement à la nouvelle arrivée du vray , et on assure que ce plan avoit été concerté pour faire décrier contre la Convention et faire acroire qu^elle trompe le peuple. On regarde cela comme un nouveau complot de découvert; que si il ne FaToit pas été, auroit été dans le cas de nous faire déclaré une seconde Vendée peut-être plus dangereuse que la première , en ce que celle-ci a pour but les subsistances, et que l'antre il n*ëtoit question que d*un roy ou tyran.
■ Le trop grand zelie peut nous perdre, c'est ce qui arrive dans la société populaire de la section Chalier; 1* envie d'avoir des places Beiit qu'il se dénonce les uns après les autres f de manière qu'à chaque assemblée il y a des disputes interminables, et les assemblées n'ont produit aucun bon résultat; et dans les autres sections c'est aussi jde même. On assure que si l'on eut point salarié les comités révolutionnaires, ainsi que d'autre places, les citoyens ne seroieot pas aussi acharnés à >e dénoncer, et f|u'au.ssi l'action révolutionnaire u'auroit pas eu le dejré de loi ce qu'elle a. »
13 ventAsr (d mars).
Rapport de Bmcon, — Les clubs,
— « ^/as>^etnMée jjopulaire de la section de FJon-Conscil étoit tre^ nombreuse, et beaucoup de utonde aux tribunes ^
1 Seraîc-ee par Iwnrd élenth^pliile? Alors il Ta ccliajipé brlle.
ikt PARIS EN 1794.
on a continué répuration <les mpiiihrcs «le la xicirtc J'av remarqué que sur 2(), 7 avoient été admis. T'n citoveii, mar- I chand de tabac, à(;é de 68 ans, qui a toujours fait son I service, a été rejetté pour avoir appelé le président de la société monsieur, et pour avoir parlé à la tribune la téte nue. DeK membres ont prétendu, diaprés cela, qu'il ne pou voit être qu'un modéré, et ont demandé le rejet. (Adopté.) Les femmes ont crié et fait tapage. Un autre membre, évantaliste de son état, reconnu pour un des metHeurs patriotes, iaisoit des bànboches (expression des citoyennes) lorsque le président Finterpelloit. Comme il a été ajourné à la première assemblée , des membres ont prétendu qu'un homme reconnu pour vrai républicain ne pouToit être ajourné. (Bruit... bruit... et confusion.) Alors l'évantaliste a dit : Adieu, mes amis; gardez voire censure, je me censureray bien moîniéme. (Biuit d'un côté, rire d'un autre. ) Ou a [)as>é à l'ordre du jour. Pendant ce bruit, les citoyennes disoient : Cela ne peut durer comme cela; tout se fait ici par compère et par coniere (ou jujjera de re>prit public «l'apres cv que je viens de dire). Toute la séance a été consacrée à passer au creuzet une partie des membres de la société.
• L'assemblée populaire de la section des Lombards étoit très-nombreuse, et surtoat beaucoup de femmes (je dis ici par observation qu'il y a toujours beaucoup de femmes du 1 petit peuple aux assemblées populaires de cette section). On a passé k la censure diffêrens membres de la société. Un citoyen , commis-expéditionnaire & l'administration des habillemens, ayant obtenu son certificat de civisme signé de
10 membres du comité révolutionnaire, ensuite visé à la Commune, a été rejetté, quoique 8 citoyens eussent attesté que c'étoit un honnête homme et un vrai républicain. Des membres connus ont attesté, sur leur honneur, qu*au 31 may
11 avoit ert de vives querelles avec des fédéralistes pour avoir pris le parti <le Marat; d'autres ou dit qu'ils le connoissoient des sou enfance, et que s'il ir.-toit pa^ venu au\ assemblées avant le 10 août, c est qu d u'étoit pas citoyen actif. Ce
LA RUE, Li: CLUH, LA lAMI.NE. IW
pauvre malheureux (et les femmes disoienl : C'et>t uo des meilleurs patriotes) a été obIi{jë de rendre su carte pour avoir Jancé une diatribe à un citoyen qui Tinsultoit. Ce dtoyeD» que j'ai déjà regardé comme uo hypocrite et dont j'ai parlé dans un de mes numéros, s'apèle Legûet (car aujourd'huy j'ai seu son nom), tailleur fripier, rue des LomiMurds; il a lait feu et flàme contre les commis. (Aussi les femmes disoient-elles à haute voix : Il chasse tous les bons patriotes de l'assemblée. Comment voules-TOUS que nos affieiires aillent bien?) Les citoyennes ont été rappelées ft Tordre.. (Bruit, confusion, désordre et sottises chez les femmes, qui disoient aussi que le tailleur disoit partout (pi'il feroit renvoyer de la Nociéfé populaire tous ceux qui ne lui plaisoient jnis.) EnHn , a[>re.^ deux bonnes heures de désordre, le commis s'est retiré le cœur navré de douleur et versant des larmes, (il y a bien des intrigants dans cette assemblée et qui sont reçus membres, car j'ay remarqué que ce sont toujours les mêmes hommes qui induisent en erreur les autres.)
» L'assemblée populaire de la section des Droits de l'homme étoit trés>nombreuse. On a oommencé par épurer la société. La séance a été orageuse. Uo membre du comité révolutionnaire ayant donné sa démission, les autres membres ont présenté à la société, pour le remplacer, un citoyen apelé Alexandre, qui n'a pas eu les suffrages de tout le monde. (Bruit... désordre, et l'heure de 11 heures du soir, ont feit ajourner le tout.). On a lut des arrêtés du comité de salut public. On a parlé de la viande. Je crois inutile de dire ici ce qu'on u dit. »
— « La difficulté qu'on a de se procurer le-» choses les plus communes et de première nécessité donne lieu déjà à de violents murmures. Le .sjiectacle de phisieurs fenmies blessées dans les rassemblements qui se foruieut aujourd'hui
à la porte de toute les marchands a soulevé le peuple dans plusieurs quarhers. Dans la distribution des moindres denrées c'est la force qui décide, cl plusieurs femmes, ce matin, ont failli à perdre la vie pour obtenir un (piarleron de beiure. Des hommes salariés sans doute par les riches accapareur:> i>e glissent dans les rassemblements......
» Signé : Latour-Lamontagnb. •
H VBMTÔSB (4 mars).
Ordre général,
« La surveillance des comités révolutionnaires réunie avec celles des patrouilles de la force armée, fait des découvertes d'accapareurs et aceapareuses; les ma(jistrats ne laisseront pas impunis de tels criminels.
» Le service {général à ToKlinaire. Signé à l'original : Uamriot, commandant général. »•
Happort de Duyas.
— « Les boucbers , ou du moins quelques uns d'entre eux • fournissent de la viande à raison de 25 sous la livre, avec beaucoup de réjouissance, ce qui la porte à trente sous au moins. C'est dans la rue des Bons-Entans que (|uelques personnes s*en sont procurées à ce prix.
• Le poisson , le gibier et la volaille ne manquent pas , mais ils augmentent tous les jours de prix.
» Des vieillards , des femmes , des engins assiègent partout les passans pour leur deniandcr raiiiiioiic.
» Jamais les traiteurs, rc>laiuafeurs el ceux qui donnent à tnatKjrr n'ont eu autant de pratique^. La pluspart (le ceux qui tiennent nu-na^jc vont manger che^ eux; on est sur dy faire (;ras ou niai(jre, à son choix,
» Ce n'est pas de ceux qui peuvent fréqueuter ces auber-
0es que l'on doit s'inquiéter, il leur en coûte quelque chcse de plus, et il n'y a pas grand malheur; c'est, dit-on, de la sulMÎstanoe du pauvre, qui n*a, qui ne peut avoir ni viande, ni potssîon, ni karricots, ni lentilles, ni beurre, et qui seul a Ml et soutient la Révolution.
Haièri' donnait satisfaction au voeu populaire dans la séance de la Convention du même jour. Nous empruntons au MonUcur du 17 ventuse quelques passages de son compte rendu :
■ Barère , au nom du comité de salut public : La loi du 2 nivôse, qui obligeait tous les cordonniers de la Républirpie à traviiiller exclusivement pour nos frères d'armes, a produit une (juantité de soidiers considérable, très-bien coiidi'iv,i.iies; ils ont été mis en dé|)ôt |»cudant Tbiver, afin de les trouver à l'ouverture de la campa^jne, et les ordres sont donnés maintenant pour les faire parvenir sans délai aux armées. Mais la consommation énorme de ces efVets d'équipement et de première nécessité est si grande qu'il £aut absolument s'oGCuper trés-promptement de remplir les magasins de nouveau. C'est potir cela que le comité de salut public propose le projet de décret qui, en obligeant les cordonniers à fournir périodiquement une certaine quantité de pairès de souliers, leur laisse le temps de travailler pour satisfaire aux besoins des autres citoyens.
• Le comité de salut public saisit cette occasion pour vous faire part d*un nouvel acte de dévouement donné par nos braves frères d*arroes.
» Affecté de la pénurie générale de cuirs et de souliers, le comité fit, au commencement de Tbiver, une invitation aux diverses armées pour engu(;er les volontaires à porter des sabots dans les moments ou ils ne seraient pas de service. Cette exhortation a été adoptée avec tant de zèle et de dévouement qu'on a épargné par là plu:» de cinq cent mille
paires de souliers, et que si Ton eût pu se procurer des sabots en suffisante quantité , on en aurait épargné le double.
» Voici le projet de décret :
. « La Gonvention nationale, sur le rapport de son comité » de salut public , décrète :
• Art. I*'. A compter du 20 de ce mois et pendant la » durée de la guerre, cbaqoe ouvrier cordonnier sera tenu
• de fournir et déposer à l'administration de son district res- » pectif deux paires de souliers par décade, faits et condi- » lionnes coninie il e^t prcM-rit parla loi du 2 nivôse, sous » peine de 100 liv. d'amende.
» II. Les adniinislratenrs prononceront cette peine snr
• le rapport de l'ajjent national du district, lequel c^t chargé » spécialement et sous sa responsahilité personnelle de rexé- » cution de la présente loi, dont il rendra compte chaque » décade à la commission des subsistances et approvisionne- » ments.
• III. Ces souliers seront payés suivant le même mode
• que ceux qui ont été iaits en vertu de la loi du 2 nivdse;
• en conséquence, la commission des subsistances et appio- » Tisionnements fera connaître à la trésorerie nationale les
• sommes qu'il faudra faire parvenir aux receveurs des dis- » tricts pour le payement de ces souliers. En attendant, les » administrateurs sont autorisés à feire les avances nécesn saires, et même, en cas d'urgence, à prendre les fonds « indispensables dans les caisses de la régie nationale de » renreçistrement. »
» Ce projet de décret est adopté.
>» Charlier : Les cuirs ne manquent pas, mais ils sont accaparés par les gros tanneurs, qui empêchent par là les petits tanneurs de travailler pour la République.
» Barère : La commission des subsistances s'occupe de cet objet, et demain nous vous présenterons les moyens de tirer momentanément de la réquisition les tanneurs, pour les occuper à travailler les matières que l'on découvre tons les jours. Des commissaires sont nommés pour foire le recen-
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LA RUE, LE CLUB, LA FAMINk 147
sèment des cuirs, du sucre et du <avoii ; car ces objets ne nous manquent que parce qu'ils sont cachés. A . Marseille, on a trouvé du savon pour des millions;^ à Bordeaux, on a trouvé une quantité extraordinaire de sucre, et Tailien , qui m* entend, attestera combien nous sommes riches à cet é(;ard. Si on avait eu des charreltes et des chevaux, déjà plus de deux cents voitures de sucre seraient arrivées à Paris. (On applaudit.)
. • Le comité de salut public me charge de présenter à Tapprobation de la Convention nationale Finstruction sur le Tableau général du maximum que vous avez*demandée par votre dernier décret sur le maximum. Ce sont des détails dont vous allez vous occuper; mais rien n*est minutieux quand il s*agit de Tintérét des citoyens les moins fortunés et de ce qui touche aux premiers besoins du peuple. Je vais vous présenter des objets qu'il est urgent de publier et qui doivent être insérés en tète des tableaux du maximum. Tout s'a(jrandit sous les rejjards du peuple et sous le rappoi t de ses besoins premiers. I^e coniitt- n'a fait qu'un anuMideiuenl à ce qui concerne les 5 pour 100 du marchand en ;;i"Oh. Us ne doivent être pris que sur lc> prix maximes senicinent.
» L'instruction est lue et approuvée par la ConventioQ j elle sera imprimée à la téte des tableaux du maximum.
» *** : La loi sur le nuLrimum des denrées accorde 5 pour 100 de bénéfice aux négociants en gros. Ce gain est beaucoup trop grand; il tirera cinquante fois par an 5 pourri 00 de son argent. (On murmure.) Je demande que leur bénéfice soit porté à 2 pour 100.
» Barére : Ce que nous voulons foire, c*est de guérir le commerce qui est usuratre, monarchique et contre-révolutionnaire ; mais pour cela il feut le saigner , et non le tuer. (On applaudit.) » {MomtÊur du 17 ventôse.)
iiapport de Perrière,
Divorce, — « Dans une pièce intitolée Us Dragons en cantonnement, laquelle fait saile à celle connue sous le nom de les Dragons et les Bénédictines, il y a une scène où s*ëlève une dispute entre deux femmes sur le compte d'un homme qui étoit le mari de l'une et Famant de l'autre.
« Kt le divorce! répond Pâmante aux objections de
l'i'-poiise Le (livorcf ! i t rellc-ci les loix en prr-
iiictlcnt l'ijsajjc, ii)ai> lr-> nid iiiN le |)ro>eiiveiit. d II est étonnant, (le quels aj)j)!aii(lis>('tiMMi(^ loits et universels celle réplique a été suivie et en (piel(|ue >oi te couronnée
« (Ju'il est beau de voir un peuple dont la léj;eret<'', dit-on, et la galanterie t'ont le caractère, rejctter pour ainsi dire les moyens que la loi elle-même lui présente de suivre cette galanterie et cette légèreté! Âvoil<on méconnu ce peuple, ou si c'est à la Révolution glorieuse qu'il doit déjà ces heureux changements dans sa manière de voir et de sentir ' ? Ce qu'il y a de certain , c'est qu'une telle opinion et de telles affections sont dignes d'entrer et môme doivent nécessairement entrer dans le caractère du républicain. En effet, l'union constante entre deux époux suppose dans l'un et Pautre des qualités de cœur et d'esprit dont plusieurs sont nécessaires à la conservation de même qu'à la conquête de la liberté.
» Tel est le bien que su[)p05e cl que produit la constance <lii ujariajje. (Juelle liste nondireuse ne pom roil-on pa> offrir des vices de cœur et de caractère que Ton peut inférer de ru^a(;e du divorce et des mortels uicouvcuients qui raccompagnent!... »
1 Nous n*aTons pas besoin d'insi^Cer sur cette remarque de roksenra-
leur. La névulmion franraise a fiirtifié la (gravité, a releTC l i <lif;aité liu ni.iri.i(]|r- par lit divorcr. rclàchoment mœurs dans le mariage était exlrt-ine. On a llt'(;a^c l'in^lilutiuii en permettant que l(* lion ce)»ât d>ire iiidismiubie; la grandeur du scandair a été diminuée; le divorce Tant mieux que l'adultère : c'est tout l'éloge que nous voulons en fàlrt.
Rareté du blé à Mantes et dans ses environs. — « Les habitants de ces lieux sonL rtiduits à une demi-livre de pain par jour, suivant le rapport que m'en ont fait des campagnards qui en venaient; ils sont maintenant obli^iis de rc^erver pour eux-mêmes les grains, lé(jutnes on autres substances qu'ils donnaient auparavant à leurs bestiaux. »
Disposition des ouvriers. — « Les garçons maçons et charpentiers ne veulent plus travailler que movennant 6^ par jour; de décade en décade, ils augmentent de 10 s. Il en est de même des manœuvres dans ces deux états ; ils sont parvenus à se foire payer leur journée 3' 10 s. Si Ton hit difficaUé d'acquiescer à leurs demandes immodérées, ils menacent de ne plus travailler... C'est ainsi qu*en m*en revenant hier au soir sur les 9 heures, j'entendis des ouvriers rassemblés, au nombre de sept à huit, au coin d'une rue , jurer entre eux de ne point retourner à Touvrage; cette résolution de leur part était dûe probablement à un relus d'augmentation de la part de leurs maîtres.
• On crie de tous côtés contre cette tyrannie des ouvriers ; on espère, on attend que le prix de leurs journées sera taxé dans le nouveau nia.vùmirïi , dont toutes les dispositions, dit-on, seroient illusoires si la main-d'œuvre, qui est une marchandise comnie une iiiihc et cpu lait la base nécessaire «lu prix de tous les autres objets, n'éloit comprise daus ces dispositions et réduite à un taux proportionnel. »
Assistance des ouvriers aux assemblées de sections, et indemnité qui leur est accordée pour cela. — « Des gens apparemment intéressés à écarter des assemblées cette classe intéressante et naturellement amie d*one révolution toute populaire, s'efforcent de faire supprimer pour ces citoyens peu aisés la somme modique par laquelle la Convention, toujours juste et humaine, a prétendu les dédommager d'une portion de leur tems si précieux.
• Ce qui peut aussi avoir donné lieu à ce dessein de la part de ceux qui chercheni à l'exécuter, c'est probablement la conduite de ces ouvriers eux-mêmes, qui, venant exacte-
ment se Fairo inscrire au commencement des assemblées pour obtenir kujr (|u;irante sols, sortent pour aller boire |)en(innt presrjue tout le tcnis des débats et des discussion> qui pomraient les éclairer, et où le lé{jislateur a prétendu qu'ils tussent eux-mêmes les sentinelles de leur» pro()res intérêts,... sortent, dis-je, et ne rentrenl qu à iiostaot de reprendre leur carte et de recevoir leur paye.
» C'e^l ici le cas de faire voir à ces hommes peu favorisés de la fortune, et à tout ceux qui pourraient en douter, (pie le sans-culotisme , qui n'est autre chose que celte affection par laquelle on s'uoit au sort de ses semblables, ne doit point se mesurer sur le degré d'aisance, et n*est donné ni au pauvre ni au riche, mais est une disposition précieuse du caractère et le fruit d'une éducation nationale.
• On ne peut 8*empécher de rappeler à ce sujet par «luels sentiments plus nobles se sont conduits et se conduisent tous les jours les citoyens de la section des Sans-culottes , qui refusèrent constamment rindenmité olFerte par la loi, ne voulant point ,j disaient-ils, être appellés les patriote-, de quarante sols ; ime telle d«'iicat<'>se Mippo^c le -.ciitimenl et l'amour de >cs droits, aus.>i cc> l)ravc> {j;eiis sont-ils b'> plus exact> à se rendre à leur as>( inblée , el >e montrent-ils des Ixirnères redoutables à toute entreprise aristocratique. On conçoit fort bien comment des hommes payés manquent à leur devoir, et comment ceux qui refusent de l'être n'y manquent jamais. »
Rute viUageoise découverte. — « Pommes de ratnéte! pommes de ralnéte! criait avec son accent rustique un paysan pour la probité duquel on se serait donné au diable... Malheureusement le mystère se découvre par un accident : quatre des œufe que recouvraient quelques rangs de pommes tombent du panier et font une omelette inatendue sur le pavé de la place cidevant Bouii>on ; on saisit mon fraudeur et on le conduit au corps de garde voisin. »
Rappùrt de Latour-Lamontagne.
« Dans tous les fjroupes, dans touU lus catïés, on ne parle que du décret qui ordonne la répartition des biens des ari>tocralc* aux sans-culotles ; cette loi populaire a excité une joye univci'>elie , les citoyens se lélicitoient , s'enjhra»oient les uns les autres. Voilà un décret, disoit l'un, qui vaut mieux que dix batailles gagnées sur l'ennemi. Quelle nouvelle énergie il va donner aux soldaU de la liberté! C'est à présent qa^ils pourront dire : Nous avons une patrie et nous combattons pour elle. C'est à présent, disoit un autre, que la République repose sur des bases inébranlables; aucun ennemi de la Révolution ne sera propriétaire, aucun patriote ne sera sans propriétés. Les soldats François, ajoutoit-il, ressemblent aux soldats romains, à qui le sénat distribuoit après la victoire les terres des ennemis vaincus; il ne reste plus qu*i prévenir les fiinestes abus qui se glissèrent parmi eux , et qui entraînèrent la ruine de la République. Les riches trouvèrent le moyen d'envahir peu à peu les terres distribuées au peuple, et la misère amena bientôt le despotisme. Il £eiut que ces fonds sacrés, sous quelque prétexte que ce soit, ne puisse jamais être aliénés par leurs possesseurs, de manière que les citoyens ayent dans tous les tems une propriété qui les attachent à leur patrie. Ces réflexions ont été fort approuvées. »
Bxtrak du rapport de Boiin.
« Beaucoup de citoiens monnuroient hier de la condamnation à la peine de mort du C. Froullé , imprimeur
libraire ', quai des Augustins. Ils prétendoient qu'il étoit innocent; entr'autres un citoïen m"* de porcs, a qui le C. Froullé (dit-on) adressa la parole sur la place de la Révo-
1 FronlU avait été coadamné à asort poar avoir inpriaié an onvrage întitalé : Lute comparative des appels nominaux , et dans lequel se trouve ta relatinn des vingt-quatre heures d'aiiijoisses ^ui ont précédé la mort dt Louis XVJf écrite dans le sens royaliste.
m PARIS EN im.
lution , en lui disant qu'il mourroit innocent, assura qu^il le crovoit innocent; il se nomme Marc Dargeot , et vend des porcs sur le quai des Aufjnstins.
" On ajoute aujourd'hui que le C. Froullé avoit Iteautouj) d'ennemis sur sa section, pour sa dévotion, et on soupçonne que se sont iies ennemis qui l'ont dénoncé; mais le fait est qu'il a effectivement imprimé et vendu l'appel nomioal ou l'Appel au peuple, avec les Vio^t-quatre heures d'an^^oises du dernier tiran » et que d^autres assurent qu'il éloit l'ami de la Fayette » et qu*il a imprimé divers ouvrages anti-républicains. On assure que le cousin Jacques a composé et fait imprimé des ouvrages peu dignes d'un républicain; or, son imprimeur étoit Froullé.
• La loi du n'accorde que jusqu'au quinze
pluviôse pour le dessèchement des marais et des étangs. Le citoïen Caillou désireroit un délai de sii semaines afin de pouvoir faire venir directement à Paris cinq ou six mille de poisson provenant de la pêche de six étangs dans le district de Sens, proche Villeneuve sur-Yonne , cl ce parce qu'il ne peut avoir une boutique pour déposer son poi^s()u que dans six ou huit jours, autrcniciil il sera forcé de (h'-hiter ce poisson à Sens, et Paris sera privtî de cet approvisionnement. »
Pour rintelligence des rapports de police, et afin que le lecteur se rende ooinpte des préoccupations du dob et de la me, nous empruntons encore au McntÊeur (du 17 ventôse) un passage du compte rendu de la séance du 14 à la Convention, et le compte rendu de la séance des Gordeliers du même jour.
Club des CordeUers.
•iiacB DU ik tsutôse.
« Le président feit lecture du prospectus du journal de tÀmt'du peuple, fisisant suite à celui de Marat. Il sera rédigé dans les principes de ce martyr de la liberté , contien-
Diqitized bv Goocjfp
dra les rensei(jnements et les dénonciations utiles contre les tuncliunnaires jtuhlics, et particulièrement contre les mandataires infidèle» du peuple. Il ne sera pas à la responsabilité de tel ou tel réda< leur, mais sous la {garantie des Cordeiiers, et tait par la Socit'té elle-même, qui en répondra à ceux qui voudraient l'attaquer.
» Le taldeau des Droits de l'Homme est de ce moment couvert d'un crêpe noir, et restera voilé jusqu'à ce que le peuple ait recouvré ses droits sacrés par l'anéantissement de la faction.
» Un citoyen patriote, et incarcéré par Tetfet d'une manœuvre aristocratique, vient remercier les Gordeliers qui Tont rendu à la liberté et à ses amis.
s Vincent : Je tous dénonce une nouvelle Action qui s'élève au milieu de la République pour la déchirer. J'inculpe Lhnillier, Dufeumj et plusieurs autres , qui paraissent s*étre donné le mot pour établir un système destructeur de moderantisme.
• Dufoumy veut 6nir la révolution comme il l*a commencée. Il s'est opposé de tous ses poumons à la réunion du comtat d'Avignon à la France; on l'a vu depuis , tapissant tous les murs de Paris , se déchaîner contre l'activité des comités révolutionnaires qui n'avaient encore incarcéré que les aristocrates.
w Vincent, rapprochant ensuite les difTcrnites cpo(pjes et les (littérenles expressions de diftcrcnis oi atcur.s , tels que Chabot, Bazire, Bourdon (de l'Oise), Fhélippeaux et autres, y voit une conspiration profondément ourdie, plus à craindre que celle de BrisAOt, et qui renversera infailliblement la liberté si on ne s*oppo8e aux projets des ftictieuz, si on ne déploie toute la terreur que la guillotine inspire aux ennemis* du peuple.
• Carrier : Citoyens, depuis longtemps je suis absent du théâtre de la révolution ; je soupçonne, il est vrai, tout ce que vous avez dit dans votre Société depuis quelque temps; mais je n'ai rien de certain sur les individus qui voudraient
m PARIS EN £794.
ëtaMir un système de modération. J'ai été effravé, à mon aiTivtie à ia Convention, des nouveaux visa{jes (jue j'ai aperçus à la Monta{»ne, des propos qui se tiennent à l'oreille. On voudrait, je le vois , je le sens. Faire rétrograder la révolulion. On s'ajuloie sur le >ort de ceux <jue la justit «• nationale frappe du ({laivc de la loi. Si un honune e»t condanuié pour des délits étrangers à la révolution, leur cœur nage dan» la joie, iU le suivent au supplice; mais si c'est un contre-rëvc»lutionnaire , leur cœur se serre el la douleur les suffoque. Mais est-il uo délit plus 0rave que celui de conspirer contre son pays , d*exposer des milliers d'hommes à une mort certaine? Les monstres I ils voudraient briser les' échalauds ; mais, citoyens, ne l'oublions jamais, ceux-là ne veulent point de guillotine qui sentent qu'ils sont dignes de la guillotine. Gordeliers I tous voules faire un journal maratiste; j'applaudis à votre idée et à votre entreprise; mais cette digue contre les efforts de ceux qui veulent tuer la République est de bien faible résistance; Tinsurrection , une sainte insorreotion, voilà ce que vous devez opposer aux scélérats.
» C.ordeliers ! Sociétés populaires! vous dans le canu desquels a toujours hrùlé le feu sacre du patriotisme, sovez toujours les amis de la révolution; veillez, démasque/ les monstres qui voudraient vous anéantir, et la Hépubli(|ue impérissable sortira victorieuse et ravonnante de gloire du milieu des combats que ses ennemis lui livrent de toutes parts. (Ce discours est vivement applaudi.)
» Hébert : Quoiqu'il ne soit guère possible d'ajouter à l'énergie du préopinant, je monte à cette tribune pour y développer les principes. Je vais raconter des foits qui porteront la conviction dans vos âmes, je vais épancher mon cceur en vous disant la vérité tout entière, je vais arracher tous les masques. Vous frémirez quand vous connattres le projet infernal de la faction : il tient à plus de branches, à plus d'individus que vous ne le croyes vous-mêmes.
» Cette faction est celle qui veut sauver les complices de Brissot, les soixante et un royalistes qui tous ont commis les
Digjtized
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. ij»
mêmes crimes, qui par conséquent doivent de même monter a Téchafeud. Pourquoi veut-on les soustraire au supplice ¥
C'est que des intri(;ants se sentent dans le cas de la même punition ; c'est que d'autres intrigants veulent rallier autour d eux ces royalistes, aHn de régner sur eux-uiéuies et d'avoir autant de créatures.
» Voici l'un des prétextes rpie I ou a employés pour parvenir à cette Hu criminelle. Le capucin Chabot, homme im- ' moral , payé par Pitt et Gobourg, avait reçu de fortes som- . mes pour vendre son pays aux banquiers. La peur le prend au moment où il venait d'être chassé detf Jacobins ; il va an comité de sûreté générale comme pour foire une révélation; il est reconnu pour un fripon, arrêté. Cette affeire était bien claire; pourquoi cependant n'en parle-ton plus? pourquoi n*est-eUe pas jugée et dit-on qu'elle est accompagnée d'une telle complication qu'on n'a encore pu juger qu'il s'agissait d'un firipon? Pourquoi Fabre d'Eglantine, ce scélérat profond, n*a-t-il point reçu encore le châtiment dâ à ses forfoits? Je vais vous dire le pourquoi : c'est que M. Âmar est le grand faiseur, l'instrument qui prétend soustraire au (glaive ^ vengeur les soixante et un coupables. 11 est bon de vous ap- | prendre que M. Auiar est un uohie , trésorier du roi de ' France et de Navarre. OIj ! pour cehii-là , il est bien | noble , car d avait acheté sa noblesse deux cent nulle livres j en écus.
» Il est temps que le peuple apprenne aux fripons, aux voleurs, que leur régne ne durera pus longtemps. Les hommes qui naguère dans des greniers, aujourd'hui dans de bons appartements, dans de bons carrosses, boivent et mangent le sang du peuple, vont descendre et rendre hommage . k la guillotine. Au reste, les voleurs font leur métier; ils rendront têt ou tard à la nation ce qu'ils lui ont volé ; et ce sont les meilleurs économes, car tout se terminera par des restitutions.
« Brochet, juré du tribunal révolutionnaire : J'observe par motion d'ordre que les biens des aristocrates condamnés à
tM PARIS EN 1794.
mort par le tribunal i*évolutionnaire sont cuntisqué;» au profit de l<t nation.
» Ucberl : Les voleur»., comme je vou> le Hi>>;ii>, ne sont donc pas les plus à craindre, mais les :unliiticii\ , les ambitieux ! ces liommes qui mettent lon> le> autres en avant, qui se tiennent derrière la toile; qui, plus ils ont de pouvoir, moins ils sont rassasiables , qui veident régner. Mais les Cordeliers ne le souffriront pas. {Plusieurs votx : Non, non, non!) Ces hommes qui ont fermé la bouche aux patriotes dans les Sociétés populaires , je vous les nommerai ; depuis deux mois je me retiens; je me suis imposé la loi d*éUre circonspect, mais mon cœur ne peut plus y tenir; en vain ▼oudraient'ils attenter à ma liberté. Je sais ce qu*ils ont tramé, mais je trouverai des défenseurs. (Toutes les voix : Oui, oui!)
• Boulanger : Père Duchesne, parle, et ne crains rien : nous serons, nous, les pères Duchesne qui frapperont.
• Momoro : Je te ferai le reproche que tu t*e8 fait à toimême, Hébert : c*est que depuis deux mois tu crains de dire la véritt*. Parle, nous te sontiendrons.
Il Vinrent : J uvai> apporlt; dan> nia poche un nntnéro <iu i*èrc Duc/n'site , écrit il v a quatre mois; en < (nnpnrant le ton de vérité dont il est plein à cenx d aujourd'hui , j aurais cru que le père Duchesne était mort.
» Uéberl : Frères et amis , vous me reproche/, avec raison la prudence que j^ai été forcé d'employer depuis trois mois. Mais aves-vous remarqué quel système d^oppression on avait « dirigé contre moi? Vous vous rappelés comme, dans une
Société trés-connue, je me vis trois ou quatre fois refuser la parole et comme on étoufia ma voii. Et pour vous montrer que ce Camille Desmoulins n*est pas seulement un être . vendu à Pitt et à Gobourç, mais encore un instrument dans > la main de ceux qui veulent le mouvoir uniquement pour s*en servir, rappelea-vous qu'il fut chassé , rayé par les patriotes, et qu*un homme, égaré sans doute... autrement je ne saurais comment le qualifier, se trouva U fort à propos
pour le faire réintégrer malgré la Tolonlé du peuple, qui i>*était bien exprimée sur ce traître
« Remarquez en même temps que tous les journaux sont vendus à la faction, ou par peur ou par arjjeiit; il n'v en a pas un qui oe dire la vérité. Le ministre de la (|iierre avait pris par plusieurs arrêtés douze mille de mes numéros ; on a cherché à faire regarder cela comme une affaire d'arfjent de ma part, moi qui me soucie d'ar^^ent comme de rien; mais je suis jaloux de propager ies bons principes. Or c'est un fait que , dans les temps de crise , ,de Tafiaire d'Houchard et des Philippotios, mes journaux ont toujours été arrêtés pendant que les autres circulaient proroptement.
• Ah ! je dévoilerai tous les complots, car je ne vous ai rien dit encore. Gomment est composé le ministère? Un Paré!
» Vinceni : Cest un nouveau Roland.
» Hébert : Un Paré! D'où vient-il? comment est-il par-' venu ministre de l'intérieur? On ne sait par quelles intrigues.
» Un Desforgues! qui tient la place du ministre des affaires étrangères et qu'on appelle ainsi, et que moi j'appelle ministre étranfjer aux affaires.
» Vincent: Un Destournelles ! iusignitiant, instrument passif!
Il Hébert : 'ï ont cela ne suffit pas encore à la faction; voici le complot qu elle avait cond>iné. Ou doit nommer au ministère de la fjuerre un Carnot , ex-constitnant , Feuillant, frère du Garnnt du comité de salut public, imbécile ou malveillant, et général à l'armée du Nord; un Westermann, ce*
• C<*Hr li'vée de boiu'Iicr-i «les (^ortleliers fut li:ur .irrèt de mort. Or)cl(|iif^ jours .-tprè», ilébert, Viiiceut, Moinuru, Boulanger, et autre:» républicains ardents y étwent envoyés aa tribunal révolutionnaire. Il convient de fe(re remarquer ici que le compte rentUi par te Moniteur de cette séance des
CordeiitM-'i fut d<''cl.iré pbis t.ird infidèif. (T. ire à ce sujet I.» séance des Jacobins du IS \cutMse, contenue dans le Mniiiu-m- du 19.) (L. (».) — Cette déclaration n'était qu'ini acte de prudence tardive et suggérée par l'évidence du péril.
m PARU EN 1794.
monstre couvert d'opprobre. C'est ainsi qu*on vent ressusciter BeumonTiUe et Dumouriex, pour qu'après SToir yendu les places fortes qui restent an Nord leurs créatures t'échappent dans la bagarre, semblables à des voleurs qui mettent
le foii à une maison pour s'échapper à travers les flammes en < iin)ortant les spoliations et le fruit de leurs rapines.
1) .riiui.ns à tous ces Faits beaucoup d'autres à ajouter, mais ils suFHsent bien pour vous éclairer sur la position affreuse dans laquelle on nous plonfje.
V Ouaud soixante et un coupables et leurs conipajjnons sont impunis et ne tombent pas sous le glaive, douteriezvous encore qu'il existe une faction qui veut anéantir les droits du peuple? r^on, sans doute. Kh bien, puisqu'elle existe, puisque nous la voyons, queb sont les moyens de nous en délivrer? Tinsurrection. Oui, Tinsarrection ; et les Curdeliers ne seront pas les derniers à donner le si^jnal qui ^ doit frapper à mort les oppresseurs. (Vifs applaudissements. )
» VineetU : J'observe que je viens de remarquer pendant et après le discours d* Hébert des mines nouvelles, d^autres très4dlonçées. Je demande que chacun mette sa carte à sa boutonnière, et je vais faire une ronde, accompagné des commissaires épurateurs, afin de démaisquer les intrigants.
• On fott une seconde lecture du prospectus du journal des Gordeliers.
* Vincent observe qu'il est bien essentiel d'appuyer sur ce que ce journal n'étant point d'un membre on d'une commission, ntais de la Société entière des Gordeliers, ce n'est qu'à la Société entière que ceux qui auront quelque chose ù y répondre pourront s'adresser.
» Plusieurs dt>i)u(ations sont admises. ^"^"^ » La séance est levée à dix heures. » .* ' .
15 VENTÔSE (5 mars).
Ordre général,
« Il y aora demain plusieurs épreuves de bouches à feu, et il partira aussi des caissons pour Thionville.
» Mes frères d*annes, vous voyez toutes les ruses de nos enneoiis, toutes leurs menées, dont Texamen seul révolte tout homme qui pense. Républicains, aidcMnoi etfoittes>moi connaître quels sont les assassins civils qui ont jelté de la volaille à la rivière, decouvrés-ies , prenés-les partout ou vous les trouvères, menez-les devant nos ma^j^istrats, afïin que la loi puisse sévir ri(;oureusemeiit contre les conspirateurs et les ennemis de la société.
» Veulent-ils encore nous diviser, veulent-ils nous exciter à des excès et nous taire perdre en un moment le fruit de cinq ans de travail? Faction criminelle, tu n'v réussiras pas; les sansM idottcs sont patiens , purs et vertueux, ils s<;auront souHrir pour la liberté , ils sçauiont être sobres darïs le> instans de disette , se priver parce qu'ils sont nés au sein des privations , comme ils sçaurout punir les coupa- . bles audacieux qui osent lever une téte insolente et criminelle. Union, mes frères d*armes, méprisons les richesses et soyons jaloux de la profession de quelques vertus naturelles.
I» J'ai invité le citoyen Pain , membre de la commune , à faire droit à la demande des jeunes élèves destinés à la fobrir cation des poudres et salpêtres.
» Les patrouilles de section commenceront k sept heures du soir, et se retireront lorsque le repos public sera assuré.
• Le service général à Tordinaire. Signé à Foriginal : Hanbiot, commandant général. »
Rapport de Perrière.
Promenade, — «Les boulevards, d'une extrémilé à Vautre, regorgeaient de monde, qui, s'extasiant sur la sérénité du
tems, disaient dans le lan{;u(;e républicain : « Il semble que noas soyons déjà en germinal! — En voyant cette foule immense , c'était le cas de demander avec ce simple tout nouvellement arrivé à Paris, si c'était aujourd'liui la foire,
ou mieux encore, de se rappeler ce passage de riivinne sacré (les Français : w S'ils tombent nos jeunes héros, la terre en produit de nouveaux , etc. » Il est pourtant vrai de dire qu'il V avait beaucoup plus de coéfFes que de chapeaux.
n Mais ce qui t'esait plaisir à remarquer, c'est que les citoyens de l'extérieur le plus pauvre et qui n'auraient osé autrefois se montrer dans ses lieux consacrés aux éléjjans, se promenaient au milieu des riches, la téte aussi haute qu'eux, et même s'il y avait de la modestie, elle était du côté de ces derniers ; mais la fierté n'était pas le seul sentiment qui paraissait animer les sans-culottes; un air de contentement s'y mêlait, et un étranger n'aurait jamais soupçonné que c'était là ce peuple condamné à tant de sacrifices par sa situation du moment ; mais c'est qu'en effet cette détresse n'est que momentanée; le peuple le sçait et se livre d'avance au sentiment du bonbeur qui ne peut lui échapper. »
iiapport lie Grivcl.
' « Par une suite du complot formé pour allarmer le peuple sur Tarrivée , l'approvisionnement et la distribution des denrées, et pour amener, par des moyens combinés, le manque de subsistances et tous les maux qui le suivent, des
(jeu s éjjarés ou mal intentionnés continuent d'arrêter les
denrées à leur abord à Paris , et forcent les approvisionneurs (jui les v appoileiil, et à la rencontre descpiels ils vont sur les chemins, de le> leur céder à vil prix. Si les apj)rovisîonneiirs refusent de les leur livrer, ils souf iiiiiirié>, <jueli|iiefois l)aUu>, et oblijjt's de s'en retotnner dau> Ictus villa^jCs, {{rêvés de ce-> offenses, el sans avoii- tire de leurs denrées tout le parti qu'ils s'en j)romett(>ient , le ( (eur plein d'ai- (rreur et d'indignation , et bien résolus de ne plus s'exposer
à de pareilles avanies, ils reviennent chez eux, d'où ils répandent bientôt chez leurs voisins les reproches (ju'ils se croient en droit de taire contre Paris, et le ressenliniciit qui les anime : exemple dan(j;ereu\ et qui doit conlribuer à augmenter de plus en plus la rareté des subsistances.
» Tandis que ce {jaspilhifje de provisions , doublement pernicieux, a lieu au delà de plusieurs barrières, une autre espèce de nialveillans, sans doute d*intelli{jence avec le> premiers, s'ettorce d'enlever des marchés de Paris, les œufs, j , le beurre» les légumes, qui ont échappé aux incursions de ^ ^ ''C^ leurs confrères; bien assurés que s'ils dégarnissent les mar- ^ .x'/^/, chés de ces denrées usuelles , ils forceront le reste des citoyens qui en ont besoin de leur racheter ces denrées et de les payer fort au*dessus du maximum, ils font tout ce qu'ils peuvent pour les repousser des marchés ou pour obtenir sui* eux la prëforence ; ils employent à cet effet et les invectives et les cris et la violence. Ce sont ordinairement des femmes qui pour foire ces sMtes d*accaparemens se portent à de tels excès. Comme elles savent par expérience que la foible«sc de leur sexe leur assure souvent Pimpunité , elles montrent dans les insf octîons et les tumultes beaucoup plus d^andace et d'inaoleace que les hommes.
9 Ces fcmnws ^i se disent les citoyennes de la halle et qui ne le sont pas , ont essayé à la foveur de ce nom de tromper la Convention. — Revendeuses par état , leur disoient-elles , si nous achetons au prix du maximum, comme il est nécessaire que nous ayons un bénéfice, il faut qUe nous puissions revendre à un prix au-dessus : elles ne fixoient point cet excédent et pour cause, la Convention passa sur leur demande à l'ordre du jour, mais la permission qu'on leur avoit refusé elles l'ont prise. Elles sont strictes à faire observer la taxe des denrées qu'elles a< hetent ; mais ce n'est plus cela lorsfju'elles revendent , elles portent leurs denrées dans les maisons des citovens, qui dans la pénurie où ils se trouvent, payent ces denrées le double et quelquefois le triple de ce qu'elles ont coûté.
m PARIS EN 1794.
• On avoit porté des plaintes de la conduite incivique de ces femmes à la municipalité , qui leur avoit fait défendre d'acheter dans les marchés avant les autres citovens et de revendre an-<lessus du maxiniuni. L administrateur de polic<* qui éloit ( !iar{;é de tenir la main à l'exécution de cet arrêt et qui connoissoit bien re>prit récalcitrant de t es tennncs, avoit augmenté hier le nomhrc de ses commissaires aux halles, et les avoit fait accompagner d'une force armée nombreuse. La précaution étoit prudente , car ces femmes ike voulant pas obéir à la loi , ni se soumettre à Tarrété du oorps municipal, excitèrent dans les halles un grand tumulte et beaucoup de trouble et désordre. On fut obligé d'employer la force pour les réduire, un grand nombre furent arrêtés (on le porte à 1200), et elles furent renfermées par manière de correction dans la CHlevant église de Saint- Eustache.
» On dit que plusieurs ci-devant émigrés, et rentrés en France, se cachent sous un nouveau déguisement en se fisisant cochers de fiacres ou rouliers. Ce brait mérite .d'être approfiondi; il importe et il importe beaucoup, s'il est fondé, qu*on prenne de promptes mesures pour foire disparoltre d'entre nous ces perfides ennemb.»
Les dernières lignes du rapport de t)rivcl reçoivent une sorte de confirmation du récit suivant (rilaiinand de la Meuse, que noiH enipiuiitoiis aux Anecthtes de la fin du dix-huitième siàcie, livre diupiel nous av(jns extrait quelques passages dans la Démagogie en 1703 à Paris. I/assertiou de Grivel rend vraisemblable le lait que raconte iiarmand.
Le cocher de fiacre. — « A l'époque de la crise la plus violente de la Terreur, lorsque chaque journée de ce régime affreux était signalée par le nombre incalculable de ses viotimes, je conduisis, un jour, ma famille au jardin des plan-
LA RU£, LE CLDfi, LA FAMINE. 163
tes , et nous primes une Toiture de place rue de la Concorde, pràs de laquelle je demeurais.
» Un cocher, qui assiégeait ma porte tous les jours , et qui me persécutait chaque fois que je sortais pour que je me servisse de sa voiture, se présenta, et mit dans son instance pour avoir notre pratique des manières si remarquables par son ton d*aisance et de politesse , que nous en ftimes frappés, avec d*autant plus de raison que ce n'est pas là qu*on les rencontre ordinairement. Ce n'était pas le temps des héros de roman ni des amants déguisés. Même aisance et noble maintien sur son siège : la voiture rouie; nons nous communiquons en dedans nos ol).servations, et nous nous fixons à l'idée que c'est quelque proscrit de l'intérieur ou un émigré rentré et déguisé. Mais quelle imprudence, disions-nous, de jouer si mai le rùle de son masque!
• Nous observions encore qu'il cbaDgerait bien de ton et serait bien alarmé s'il savait qu'il conduit un député. Enfin nous arrivons : même ton, même politesse, même aisance pour descendre de voiture.
» Je m'étais proposé de le bien observer et de le pénétrer, oependant sans indiscrétion, et sans chercher à lui causer de Peffiroi , dans le cas où il serait dans Tune ou Tautre des positions que nous avions imaginées.
• Les assignats étaient alors la monnaie courante ; il y en avait de deux espèces : la première portait Teffigie du Roi , et Tantre les emblèmes de la République. En présentant h ce cocher son salaire, je lui montrai un assignat de la première espèce, en lui disant : « Je crois que vous préférez eeMJB-ti aux autres. » Je f observais alors. Il sourit sans me répondre, et sans prendre l'assignat. Alors je lui dis : « AveX' vous espéré qite je vous payerais en numéraire métallique?*
» — Ni Tua ni I autre, monsieur, me répondit-il ; je vois que si vous ne m'avez pas pénétré entièrement , vous avez des sonproYis ; inais indépendamment de cela , monsieur, mon projet était de me confier à vous, parce que je comiais
votre discrétion, votre obligeance et vos^principes. Depuis
plus (l'un mois je cherche roccasion qui se présente aujourd'hui ; permettez-moi d'eo profiler, et que dous soyons seuls un instant. •
V Je fis signe à ma femme d'entrer dans le jardin et de nous laisser.
» — Monsieur, continue le cocher, je suis le comte de "** ; je n*aî pas besoin d'argent , mais j'ai plus besoin de n'être pas connu, et surtout de moyens pour sortir de France... Je suis rentré il y a près de quatre mois pour reprendre quelque argent que j'avais caché à mon départ ; je Vai aujourd'hui. Mon projet était d'abord de rester ici , mais le danger est trop grand ; et quoique la condition des émigrés et leur existence k Pétran^^er soient extrêmement pénibles, cependant cela n'approche pas de ce qui se passe en France , et je me sois adressé à vous pour que tous ayez la complaisance de me procurer les moyens de retourner en AUema{jne.
» — A moi , monsieur ! y avez-vous hien pensé ! Je vois bien, continuai-je, que vous u'éles pas un cocher ordinaire, et que vous pouvez tort hien être ce que voun dites, si cependant vous li ftes pas un espion : au premier cas, et tussiez-voiis un esj)ion , je vou» déclare que je n'abuserai pas de votre secret , mais ne comptez pas sur moi pour ce que vous désirez ; au second cas, je me f . . . de vous. Payez-vous et laissezmoi tranquille.
• — Je ne m'attendais pas, répondit-il , à votre observation, monsieur, quoiqu'elle soit juste. Voules-vous bien rentrer un instant dans ma voiture? on nous observerait ici, et j'ai des papiers que je ne crains pas de vous communiquer et qui ne vous perroettrout plus de douter que je suis véritablement le comte de ****.»
9 Je fis on second signe à ma fiemme d'aller en avant : elle me répondit par un autre signe d*impatience et d'inquiétude,
» Nous voilà dans la voiture, et les papiers communiqués m'ayant prouvé que mon cocher ne m'en avait pas imposé ,
LA RUEt LB CLUB, LA FAMINE. 105
je lui demandai comment il pensait que je pnsselui être utile pour Teiécution de son projet , que je regardais comme étant aussi dangereux que difficile , et que je n'y conceTais
rien .
» — CejxMuiant, rien de si facile, reprit-il , si vous le voulez bien. La lainille de madame est de l'Alsace : je ^um» en ce njonieut un doriiosf i(jue que vous renvoyez : donnez -moi comme député une lettre on deux de recommandation, je me charge du reste. Vous comiaissez purement quelfjues généraux sur le Rhin : joignez, je vous en prie, aux recommandatioDS que je vous demande « une lettre ouverte pour celui de ces généraux que vous connaissez, avec cela je traverserai la France sans être arrêté, et je passerai le Rhin de même.
» Je lui observai que sa demande touchait de bien près à rindiscrétion , surtout en 'y fiûsant intervenir des tiers, et que je ne le ferais pas ; en effet, il pouvait être soupçonné ou découvert, et combien de personnes compromises !
» Il réfléchit on peu : — £h bien , monsieur, un simple certificat de service, et que vous n'avez point de reproches k me figure.
• — Gomment voulez-vous , lui di^'je , que j'atteste on iîioz? — Ce n*est pas an fiiuz, répondit-il « puisque je viens de vous servir; n'ête»>voa8 pas content de moi? Eh bien, ajouta-t-îl en riant, renvoyez4noi et donnez-moi un certificat
de renvoi, cela me sufRra. «
» Il frillut bien rire de cette idée; et enfin après avoir mûri notre délibération , il fut convenu que je lui donnerais un ( crtificat de bon et fidèle service, qu'il viendrait le prendre à la maison ù la chute du jour, et que pour éviter tout soupçon il ne nous reconduirait pas.
» De retour à la maison , je lis et signai le certificat dont voici la copie littérale, et j'y apposai le cachet de député en mission.
« Je certifie que Louis-Philippe-Aibert ***, A§é de 38 ans, m'a servi avec fidélité , et que les circonstances ne me per-
166 PARIS Efl 1794.
mettant plus ée le garder à mon service, je lui ai donné la présente attestation pour lui servir, en cas de besoin, auprès de toutes 1^ personnes auxquelles il aura occasicm de se présenter.
• A Parie, le
» Signé : le représentant du peuple , etc. , etc. »
» Le même soir il est venu chercher ce certiBcat. Après bien des remerclments il est parti , et je n'en ai plus entendu parler depuis. Mais comme j'ai distingué un nom pareil au
sien dans ceux que les circonstances reproduisent sous nos
yeux, je n'ai pas cru devoir le citer, parce que s'il y a identité , j«* dois croire qu'il v a des motifs pour que |e n eu sois pas instruit; et s'il n'y a pas idéalité, la couuaisj>ance en devient inutile. »
16 VIHTÔSE (6 MAas).
Rapport de Pourvoyeur.
Le palais est toujours rempli de monde et la place
de la Révolution. Le peuple n'est point ébloui de la fermeté apparente des coupables; il dit qu'il voit périr le dernier tranquilement et ce plaint même que cela va lentement.
» Apprès c'étre informé des rassemblements qui ce forment auprès de la Convention nationale, il n'y a rien de . nouveau, ten des armées que daillieurs ; l'on demandent combien y a ^il eu de guillotinés auiourdbui , il faudrai que cela aille plus vite que cela, dii-on.»
Rapport de Perrière.
Inculpation contre les cnnn'trs rfh'olutîonnai'rcs . — « Un homme disait qu'il y avait un plan de famine contre Fans ,
que l'on di tniisait nos moyens de subsistance jusqucs dans leur ]>remierr source , et qu'il avait vù conduire à la l>ourliorie un troupeau de [jénises acronij>a{jnées de trois jeunes tam aux ; que n'as-tu appi llé main-tbrte , lui a répliqué un citoyen, pour arrêter le troupeau, ou du moins pourquoi n'as-tu pas dénoncé cet abus? Pardieu ! dit-il, bel encouragement! les comités révolutionnaires reçoivent vos dénondations , et quand vous alleas pour réclamer .la récompense accordée par la loi , on vous menace de vous faire mettre en prison ; est-ce les deniers de la République que ces messieurs veulent ménager par une économie contraire à ses décrets, ou les leur propre qu'ib veulent aug^menter?
V Je sçais qu*nn homme a droit de réclamer la récompense accordée même à une bonne action, surtout si son désistement , sans enrichir la RépubUque , ne fiesait que tourner au profit de quelque individu moins méritant Mais cependant lorsqu'un homme a Pair d'abandonner les intérêts de la République parce qu'il ne retire pas de ses services le profit
qu*it eu attendait, on peut croire cet homme au moins
suspect; et c'est ce qui lait que beaucoup de ses auditeurs n'ont pas pai-u ajouter grand foi à sa dénonciation contre les comités révolutionnaires ; car on peut dénoncer fausse^ iiieni quand on ne sert son pays que par intérêt.»
La viande jiarait uianqucî- principalement à Paris. — « I)e> citoyens de (jarde à la barrière Sainte-Anne, ont vù plusieurs {jarrons marcbands de vin revenant de Sainl-Denis à Paris, avec cbaciui leur charge de viande pour la consommation de leurs cabarets ap[>aremment '. »
(Guillotine. — « Un citoyen dont je m'acostai à l'instant où l'on conduisait au supplice un condâné, me dit que la guillotine n'était pas encore prête de se repôser et qu'elle en attendait vingt mille de plus. Quoi! lui disje, un pra
1 f viande manquait absolament dans cerUinet communes des environs
<lc Pari«. (Lettre des autorités He Sèvres dtt 18 nivdse an II, liaaie E iSf 1546 biâf ans Ârdiives de l'£mpire.)
«tonné, de Paris seulement!... Oh! non, répondit-il un peu décontenancé , des divers départements. •
Guerre, — « Plusieurs citoyens dans les groupes manifestaienl leur opinion contre les expéditions lointaines et d'oatre-mer. Ils ne vonlaient pas surtout que dans le ttioment ou nous avons le plus it('>uiii de < onrentrer nos Forces, nous allions les diviser et les cDiiMimrr, monie pour iiider les peuples à recouvrer leur liberU'. (]e> peuples leur parHi>>enl s'être deja rendus a>se/ coupiiliio envers nous, en secondant si bien les projets de leur> tvrans, pour mériter rjue nous leur portions à {;rands frais lel)eau {)résent de la liberté, en supposant même i|u'ils soient capables de I apprécier. »
Esprit public. — «Je suis enfin satisfait et je vois partout des instituteurs, chansonniers ou prosateurs, qui répandent avec zèle l'amour de la République et le sentiment de la morale, sans laquelle, diseut-ils eux-mêmes, l'homme est pire que la brute , et vû Tétendue de ses tacultés naturelles et Temportement de ses passions plus dangereux cent fois que les tigres et les lions.
• Seulement j*ai toujours à me plaindre de ce chansonnier dissolu dans son air autant que dans sa doctrine, secondé d*une femme digne de lui, ayant pour enseigne sur sa toîle un régiment d'amaxones qui sont le sujet d'une chanson fort ordurière qu*il débite avec beaucoup d'autres du même genre. Il fout que cet homme soit soutenu; oeerait-il sans cela foire avec ses con Frères une aussi honteuse disparate? Peut-être a-t-on pensé que sans ses soins, le caractère français deviendrait trop sévère. »
Bapport de Grmel.
Le eluh, — « Dans la séance du club des eordeliers qui s'est tenue hier, on a en quelque sorte sonné le tocsin de l'insurectk>n. On a d'abord lu le prospectus du journal de VAmi du peuple, qui doit foire suite à celui de Marat. 11 doit être rédigé d'après les principes de ce martyr de la liberté, con-
tenir les dénoDciaticms contre les fooctioimaires publJcs et nfandataires infidèles, la responsabilité de cet écrit ne tombera point sur un seul rédacteur, la société entière des Cordeliers en sera garante; elle s'engage à le défendre contre ceux qui l*attaqueroient. Les droits de rbomme doivent être Tolléâ jusqu'à Tanéantissement de la fection.
K Remarquez je vous prie que cette annonce de la Société de repousser en corps les atteintes qu'on porteroit à son journal, est taitc pour iiitiiiiirler tons les écrivains isoles qui oscroient l'attaquer. (Juel pai liculier osera lutter conlrt* une » société ausâi nombreuse et aussi foriniclable que celle des Cordeliers ?
" Ht'i)tMt dit qu'on frémira quand on connoîtra le projet infernal de la faction, car il faut faire sonner ce mot pour étourdir les iinbécilles. Il ajoute que ce projet tient à plus de branches et d'individus qu'on ne le croit. Cette faction veut sauver les soixante et un brissotius détenus , et ({ui doivoit monter sur l'échafaut comme leur cbef ' . Quelques-uns de ces intrigants le désii;eot, parce que, se sentant aussi coupables, ils craignent la même punition, les autres pour les rallier autour d*eux et s*en faire des créatures. Voici les moyens de la fection pour éluder de faire justice des soixante et un. Hébert fait ici Tbistoirede Chabot, qui. dit-il, payé par Pitt et Cobourg, a été reconnu et arrêté comme fHpon. Cette affeire étoit bien claire. Pourquoi n'estnl pas jugé ? C'est qu'il y a, dit4»n, une telle complication dans son affaire qu'on n'a pu la juger. Pourquoi d'Eglantine, ce scélérat, n'estnl pas encore puni? C'est que M. Amar, ex<«ôble, et le grand feiseur, veut le soustraire au glaive de la justice. Hébert se récrie sur les firipous et les voleurs qui nagnères dans des greniers, occupent ensuite de beaux appartements pour passer à la guillotine. Si les voleurs sont dangereux, ik sont
1 Lcttoiuate et un «igiMtaire* de b proteiiatioii oonire le U mai tnmv^e ckei Dupeyré; ils étaient incarcéré*. On sait que Robespierre, puur des raisons qu'il tlifKcilc de discerner, s'oppoM toujoors à ce qu'ils fassent traduit» au tribunal rtivoluliuiinaire.
pnnis, mais les ambitieux qui mettent les autres en avant et se tiennent derrière la toile, qui ne sont jamais rassasiés de places et de pouvoirs, ils veulent régner, mais les Gordeliers ne le souffriront pas. Je vous les nommerai , u juute Hëbert , ces hommes qui ont fermé la bouche aux patriotes dans les sociétés populaires. II s'accuse de s'être retenu <lepui> deux mois pai" (li>crrti()n , mais il ne j)out phn v tenir. On voudroit en vain attenter à sa liberté , mais il trouvera des défenseurs.
»' Or) l'exhorte à faire trêve avec^ sa modestie et sa discrétion , on lin reproche sa prudence, et Hébert promet de s en iorrijjer. il rappelle le système d'oppression dirigé contre lui, on lui avoit refusé trois ou quatre fois aux Jacobins la parole , pour favoriser Desmoulîns, qui n'est pas seulement vendu à Pitt , mais encore un instrument dans la main de ceux qui veulent s'en servir uniquement pour leur intérêt, il fut chassé , rasé par les patriotes , mais un homme égaré ou il pe sait comment le qualifier, le fit réintégrer malgré la volonté du peuple. ( Si Robespierre n*est pas nommé, il est du moins bien désigné.) Tous les journaux sont vendus à la fiiction. Le ministre de la guerre prenoit plusieurs milliers du Pire Duchêné, On a voulu laire regarder cela comme une affiure d*argent ; mais Hébert se soucie de l*argent comme de rien. — Après avoir feit son apologie, Hébert parle encore de complots. Vincent s'élève contre la composition du ministère. Un Paré * ! G*est un nouveau Rolland. Hébert demande d*oi^ vient Paré.- On ne sait, ditil, par quelles intrigues il est parvenu au ministère. Il en veut à l)e>torgues, qu'il appelle ministre étranger aux affaires. l)e>,toumelles est selon Vincent un être passif. Jlt lx rt dit <jue la faction ne se borne pas là , qu elle vent noiinner au ministère de la guerre le frère de Carnot , imbécille ou malveillant, ou Westernian , ce moristre couvert d opprobre; qu'on veut ressusciter Dumourier et Beurnonville et livrer
I Mîniilre de Tintérieur. On «ait que ce* rafipoits lai riaient adrestés par l*enlremi«e de Franqucvtlle.
Digi'
nos places du Nord. Quel est le moyen, dit*il en finale , de nous délivrer des malheurs qui nous menacent? rinsiirreclion , et les Cordeliers ne seront j>as les derniers à donner le si(jnal. — Tout ceci n'a pas besoin de commentaire. ' »
17 TEMTÔSB (7 mars).
Rapport de Boiin.
Observations du C. holin, — « Le marché aux veaux étoient passablement fourni aujourd'hui. On répand partout à Paris que samedi prochaio (vieux style), les bouchers seront bien fournis de viande ) il paroft qu'on ajoute foi à ce bruit; îi est certain que bien des individus murmurent hautement contre les autorités constituées qu'ils accusent d'être les auteurs de la disette. Hier la citoyenne Pestel * relieuse chez le citoyen Didot, imprimeur, a dit qu'étant entré chez son boulanger elle y trouva un des commissaires civils qui président à la distribution de la viande chez son boucher, que ce commissaire ne la vit point entrer, et qu*il dit à son boulançér : Pourquoi n*es4u pas venu, je t*avois lait mettre un bon morceau de o6té ; qu'alors , elle , ne pouvant se retenir, elle Favoit injurié de toutes les manières, lui reprochant qu'ils étoient des coquins et des gneui, qu'ils mangeoient les meilleurs morceaux, tandis qu'eux et leurs enfants n'avoient rien , etc., etc., etc. Elle a ajouté que si cela duroit encore quelque tems, elle se feroit guillotiner, que si il y avoit cinquante femmes comme elle, cela ne dureroit point lon^j;tems.
» Beaucoup de femmes sont remarcjnés pour exciter du trouble dans les places publiques et les marchés \ on assure
* On petit rapprodier le rapport de Grivei, présent à la léanoe, dn
rotnptc rendu di- l.i .oêance dcH Cordellen que notu avons reproduit (p. 152), et qui fut démenti par eux.
i7S PARIS EN 179*.
qu^elles sont payées par des êtres qui, dit-on, affiche le plu ardent patriotisme; on ne sauroit trop surveiller ces intrigants , mais le zèle qu*ils tëmoi^ent pour le bien de la
cho.se pubhquc , les mettent à Tabri des dénonciations. »
Rapport de Pourvoyeur.
«Le peuple dit qu'il commence à se lasser de ne rien voirarriver dans les marchés jje les ai parcouru presque tous ce matin, et j*y ai vu une grande quantité de monde se plaindre, mais entr^autres beaucoup de femmes; ce qui m'a frappé le plus c'est dans le marché Saint- Jean , où il y avait au moins trois mille femmes en file qui murmuraient bien fort d*avoir passée quatre heures sans rien avoir; elles tenaient des propos trés-peu patriotiques; il y avait beaucoup de gardes tant à pied qu*à cheval. Est-ce ainsi que Ton nous donnent ft manger? disaientpelles; Ton veut donc nous feire mourir de ùàm, puisque l'on ne prend pas des mesures vigoureuses pour approvisionner Paris I »
Esprit publie» — • Dans tous les grouppes Ton ne parlaient que des subsistances. Il est impossible qu'il n*y est rien, disaienton , pourquoi né force4«n pas les paysans k venir aux marchés? A qum donc sert l*armée révolutionnaire? Nous ne demandons que du beurre, et nous savons que les aristocrates ne manquent de rien , Ton va leur porter les œufs et le beurre.
» L'on ob>ervaierit dans un fjroiippc (]ue Ton ne devraient pas permettre aux {]ros maichands de (ja^ner j)lus de cinq pour cent, et le détailliant dix, attendu les hui-s qu'il est obligé de taire.
» L'on se plaint que l'on est oblijje de taire au moins vin(»t marciiands de chandelles avant d'en li ouver un qui eu veule donner, même une, quand c'est des sans-culottes, mai» ils en donnent à d'autres des paquets entiers.
» Le peuple observe que tant que Ton n'en |;uillolinera pas queNpi'un que cela n'ira pas.
» L'on dit que tous les marchands sont causent de la rareté et de la cherefé des marchandises et des (ieiuées eu {général par Un prix ou ils les ont fait monter; s'ils avaient vonlu.dit le peuple, vendre meilleur marché, l'on n'auraient pas vu l'or et l'argent monté si haut , ce sont les marchands, observent encore le peuple , qui ont discrédité les nssi{jnati; etjqùi n'ont cesser de vendre leur ar^j^ent, que la plus part sont d'intelli{>^ence avec les ennemis du dehors et du dedans.
» Dans le fauhouq; Saint-Antoine hier l'on a tué dix<«ept cochons fumeUes qui étaient plaines; Ton a beaucoup murmuré contre les commissaires , ils se sont excusés en disant que ce n*est pas leur état et qu*ils ne s*y connaissent pas, le peuple observe .qu'il est essentiel que les commissaires soient instruits des différents quartiers où on les employent. »
Rapport lie AJotiin,
Porte et petit marché SaintJacgues, — « A six heures du matin il est arrivé plusieurs voitures qui apporloient des provisions. Des femmes les ont arrêtées, et se sont emparées du \ beurre qu'elles contenoient. Une d'elles en montant sur les
roues a été renversée |)ar un mouvement de la voiture, et s'est fait prés de l'œil une très-iarjje hicssure. Le san{; (|ui ruisseloit n'a point eftrayé les autres femmes; (pielquc>-uues ont été renversées, foulées aux pieds, et emportées à domimortes. Une partie du beurre a été vendue au fuaxiiniim , et le reste n'a pas été payé. Nous ne reviendrons plus, disoit une paysanne qui avoit ainsi perdu le prix de onze demi- ^' livres de beurre. Les oeufs ont été vendus publiquement trois \ sols chacun. Quelques hommes mêlés avec les femmes ont été servis les premiers. Les voitures étoient pour ainsi dire ^ prises d*assaut. Si quelques citoyens de {jarde aux postes des barrières et des fiiusbouiigs convoyoient les voitures qui ar*
174 PARIS K.N i7V4.
rivent jusqu'à leur destination , cette mesure de police en ioiposeroit aux malveillantes, et on parviendrait à réprimer leurs vociférations qui épouvantent peut-être autant les paysannes que le pillage de leurs denrées les chagrine.
» Un citoyen que j'ai rencontré rue Montmartre sur les r{ua(re heures de Paprës midi ; je suis, me diMI , tout étonné d'une chose que je viens de voir, et de ce que l'aristocratie se travestit de toutes les manières possibles pour trahir la chose publique. Il me dit qu'il venait de voir passer un fiacre, et relui qui le conduisait est un ci-devant noMe déguisé, .le lui (li> (ju il a\ ait (ui loi t de ne l'avoir |»as lail arrêter ; cela est ju>>te, me dit-ii , mais à la première occasion je ne le manquerai pas »
iiafiport de Bcrurd.
« On a donné h l'Opéra pour la deuxième fois, Toulon
soumis i ce poème fait pour électriser le patriotisme n'a pas produit l'efFet qu'on en attendait , l'intention de l'auteur est
sublime, elle est faite pourémouvoir, arracherdes larmes; mais plusieurs acteurs ne sacliant pas leurs rôles, plusieurs idées di(j[nes d'un esprit et d'un c<eur vraiement républicain n'ont pas été saisis conmic elles auraient dû Pëtre , et c'est ce (jui a Fait dire à plusieurs personne^ <|u'oii ne devrait exposer au public les pièces civicpies ipie I<)rs(|u'oii s'est proFondénient pénétré de son rôle pour en Faire appercevoir les nuancer et «entir les beautés au peuple. »
Rapport de Prévost.
« Plusieurs sections se proposent de faire une peli-
tion à la Convention nationale, notamment celle de la Montagne, tendante à obtenir d'Elle :
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. m
» 1* Qae les pâtissiers de Paris ne puissent phis faire de gâteaux, où ils employent beaucoup de beurre et tfœufe, tant que durera la rareté;
» 2* Les parfumeurs employent beaucoup de pommes de terre pour bire de la poudre à poudrer, il seroît très à propos de faire cesser ce commerce * ; il seroit bon que le Gomité de salut publique s'occupe de ses objets, et de prévenir les désirs de tous les citoyens à ce sujet. Il en sera question le 20, jour de la décade prochaine. »
Rapport de Perrière.
Accident arrivé à une Jeune fille à la vue de la guillotine, — «On démontait cet instrument, qui venait de purger la République de quelques nouveaux traîtres ou frippons.... la jeune fille passe avec sa mère : « Ah! Dieu! s*écria-t-elle, je n*avais pas pensé que la guillotine fut posée aujourd*hoi! » et en disant ces mots elle s^évanouit; on la foit revenir, elle ^ pousse un nouveau cri et s*évanoutt encore.... « Ah! ma chère fille! dit la mère en la serrant contre son sein.... elle en a pour sept heures consécutives! Cet accident lui vient de ce qu'un jour, ayant l'incounnoditc menstruelle des femmes, elle se trouva involoritairenjcnt vis-à-vis une exécution ; depuis ce temps elle ne peut voir Téchafaud sans pâlir et se trouver mal. »
» Parmi les citovens témoins de ce spectacle affli{;eant, les uns pensaient que cette jeune citoyenne avait eu de ses parents ou de ses amis guillotinés ; d'autres qu'elle était aristocrate; aucuns, que c'était l'effet naturel de la sensibilité dans ceiiains tempéraments.
* CSnricux détail. Qni te Mirait dumé qu'il y eût encore baancoup de '
« onsommatPtirs de poudre pour les cheveux ru 179i? C'etC p0Ut-6tre la famine qui a fait abandonner décidément cette luode.
• — Gomment se fiiit-il, dit la mère, dont je m'approchai tandis que des hommes ramenaient sa fille qu'ils avaient prise sur leurs bras.... comment se lait- il que le peuple interprète d'une manière aussi indigne le malheur de ma fille?... — Citoyenne, lui répondis-je. votre fille n*est pas la seule qui, dans ses frayeurs naturelles, ait éii aussi mal jugée; je conduisais un jour sous le bras une jeune mère de
famille elle rencontre la fatale charrette, pâlit et tombe
dnns mes l>ra>; les cavaliers qui suivaient s'apperroivent de
l'ace idont <« Tiens! se (^i^etlt-ils riin à l'autre, vois donc
«ominc cette tenune pâlit! Ce sont apparemment ses parent^ ou ses amis qu'elle a roncontics sans le vouloir. » Mais, citoyenne, n'en ayez pas plus mauvaise idée du peuple :
» 1° Son cœur est aijjri par les loiifjs malheurs que lui ont causés les ennemis de la république; >on esprit obscurci par le soupçon voit partout des aristocrates et pense qu*il n*y a que de mauvais citoyens qui puissent s'intéresser au sort des scélérats que la nation voue à un juste sup[)1ice;
» 2* Tout le monde n'est pas susceptible de cette sensibilité exquise qui se pâme à la vue du mal, quelqu'en soit Tobjet, ni de cette philosophie qui, jettent un regard général sur les hommes, les plaint également tous du mal qu'ils se font si grattiitement, puisqu'il leur serait si facile de Téviter. S'il y avait sur la terre un tel peuple, il serait la victime des autres nations, à moins que toutes ne lui ressemblAssent. • — On demande que la charrette du bourreau ait une • route invariable , dont les fiiibles puissent s'écarter. «
18 vemtAsb (8 mas).
Rapport de Bacon,
«La séance des Jacobins ëtoit très-nombreuse, et toutes les tribunes étoient remplies de citovens et de citovennes qui attendoient avec empresseiueut le rapport de ColloL d'Her-
bois sur Paf&ire des Gordeliers. Ce législateur a parlé longtemps, et a fait sentir au peuple combien il ëtoit essentiel qu'il s'unit plus que jamais. Son discours respiroit la morale,
le patriotisme et la fraternité. Il a dévoilé les intrig^ans vendus à Pitt et à Cobouq;. Il a été couvert des plus vils applaudissemens. En montrant au peuple le voile (|ui a couvert les Droits de l'homme, lequel a été décliini, il a dit : Les intri(jans ont ajourne leur projet de dissoudre la Convention; eli bien! le peuple n'ajournera pas leur punition. (Oui!a-t-on crit* <le toutes parts; vifs applaudissctnens.) Comme Momoru étoit tout près du président, on disoit aux tribunes : Rejjardez donc Monjoro qui mange du Fromage ! Des citoyens disoient hautement qu'il falloit qu'Hébert fût arrêté dès ce soir avec Vincent , Ilonsin et Momoro; qu'Hébert étoit un scélérat, car, disoit-on, il n'y a qu'un scélérat qui puisse inviter le peuple à s'insurger dans le moment critique où nous sommes, .l ay été dans différentes tribunes : partout on crioit après le père Duchesne; il faut enfin que cet agent de Pitt joue lui-même à la main chaude avec Samson.
» En sortant des Jacobins, on ne parloit que des A citoyens Chdessns désignés; dans un grouppe où il y a voit au moins deux cents personnes, on disoit qu*Hébert étoit l'agent des scélérats, et qn*il fiilloit que dès ce soir il tôt arrêté. (Contentement universel.) Mille et mille horreurs contre le grand jnreur, qui est devenu, j*ose le dire ici, d*après mes observations, la béte noire du peuple. »
« A communiquer au ministre. >
Au dos est écrit :
Ait citoyen Franqueville , maison du ministère de L'Intérieur.
Voici au juste ce qui s'était passé aux Ck>nidiers le 17, d'après le compte lendu de la séance qu'a publié le Moniteur.
Séance tin 17 ventôse.
« Un secrétaire lit le procès-verbal de la séance du 14; la rédaction n'en est pas approuvée; elle est raivoyée à la
séance suivante.
» On attendait avec impatience nne dc|iiilati<)n (le> .lacoitin^ ; elle est introduite uu milieu des plus vifs applaudi.^se-
Hicn(!>.
»> Collot (rFleihois , orateur de la dt'-piitation , monte à la tribune; le> applaudissements continuent. Il pronon< e un dix ours sur les dernières circonstance> <pii auraient pu faire craindre la naissance d'une division funeste entre les deux Sociétés. Cet éloquent et éner^que discours, que Ton afEublirait en essayant d'en donner un extrait, est sourent interrompu par les acclamations de T audit cire. Nous nous bornerons à en rapporter en substance les principaux traits : a Les Jacobins et les Cordeliers, destinés à combattre sous les mêmes drapeaux, unis de cœur et de principes, doivent plus que jamais s'unir par la fraternité la plus intime , s'identifier, se serrer pour combattre en masse , et par la force de l'opinion, les scélérats qui veulent les diviser et faire reculer la France au siècle de la tyrannie.
• Citoyens, ajoute l'orateur, toute société quelconque est essentiellement libre ; elle peut se gouverner selon ses dé* sirs ; il n'appartient à personne de critiquer même ce qui • émane de sa volonté ; cependant je crois que vous me permettrez, au nom de la fraternité, au nom de la patrie que nous chérissons tous, de vous oitscrver que dans votre sein Ton n a peiil-t lie pas ajji avec assez de réflexion. Trompés par <\e> indiN idus (pu ont plus t'conté les cris <ie la vengeance que la voix de la patri(>, que celle du bien jjénéral , vous avez prononcé le mol d in>inrcc(ion. Mais dans «pielle circouslancc parle-t-on de s'insurger? daus uu momeut où Pitt
et Cohourg, planant comme de» oi>eaux de proie sur toute la France, jettent dans tous les coins et an nnlieu de nous des pommes de discorde, pour tond»er sur les victimes lorsqu'elles seront armées les uues contre les antres; dans un moment où l'on annonce dans toutes les cours que les Jacobins et les Cordelicrs vont se livrer un combat à mort ; dans nn moment où Pitt, embouchant la trompette de Daniel, prophétise une insurrection en France; dans un moment où ]fl8 rois, écumant sur leurs trônes, s'iodignent de n avoir pu encore renverser le colosse qui les menace. Ah! frères et amis, au lieu de parler de tous insuiger, exposes aux pères du peuple les besoins de la patrie, expUqaez-TOus avec franchise , proposes des mesures sages ; elles seront suivies.
9 L'aves-vous jamais vue, cette GouTention, se diviser sur les principes? L'aveS'Vous jamais vue tergiverser lorsipi'îl a été question de fiure le bonheur du peuple? Non, sans doute; eh bien! puisque nul individu ne peut ici démratir ce que j'avance , reposes^ous donc sur vos représentants du soin d'assurer la félicité publir|ue; étouffes la voix de la vengeance; la patrie est tout, les individus ne sont rien. Marat, votre modèle, votre ami, votre père, n'a-t-il pas été j)ersi'cuté? n'a-t-il [)as ète traine au tribunal révolutionnaire? L'ave/.-voiis jamais vu ol>én à de mix l ables passions? l'avezvous jamais vu sacrifier sur Tautel de la vcnjjeance? Qu'ils imitent donc ce grand homme, ceux qui sont si implacables dans leurs baines, et alors je croirai à leur vertu; je croirai qu'il> aiment mieux la patrie qu'ils ne s'aiment euxmêmes — .
» On a voilé les Droits de Thomme parce que deux individus ont souffert dans la révolution. Eh bien! quels sont les patriotes qui n'ont rien souffert? On doit s'estimer trop heureux d'avoir servi de victime. Quelle obhgation la patrie peut-elle avoir aux individus persécutés pour elle, quand ils font sonner si haut les maux qu'ils ont soufferts?
• Droits sacrés de Vhomme, vous aves été voilés!...