IS
» Kli ! si j'étais plon(;é dans le fond d^m cachot, mon âme se consoU'ruit en voyant ces droits immortels.
» Voudrais-je les conteinj)Ier couverts d'un crcpe funèbre? Non, ce drap mortuaire jetterait le désordre et l'effroi dans mon ctfur.... Citoyens, les despotes frémiront de celte union sur laquelle il^ ne comptent pas ; étouffons les germes de division pour mieux terrasser nos ennemis »
■ Après le discours de CoUot d'ilerbois, plusieurs membres ont parlé; tous ont juré de rester unis à la Société des Jacobins. Ce serment a été répété par toute la Société, au bruit des acclamations universelles des tribimes.
» Hébert dit que le comité de salut public, les Jacobins et tout Paris ont été trompés par des récits infidèles de la séance du 14. 11 explique ce qu'on avait entendu par insurrection : c'était une union plus intime avec les vrais Montagnards de la Convention, avec les Jacobins et tous les bons patriotes, pour obtenir justice contre les traîtres et les per^ sécuteors impunis.
• Le voile qui couvrait les Droits de l'homme est déchiré et remis aux Jacobins, en signe de fraternité. L'accolade est donnée à la députation au milieu des cris de vive la République!
» Ronsin lit un discours qui est le résultat de ses observations sur la faction qu'il craint de voir dominer. L'impression en est arrêtée. Une députation est nommée pour porter aux Jacobins les divers arrêtés qui ont été pris depiii- qtielque temps, et jurer de nouveau une union indissoluble avec la Société.
» Les deux membres du tribunal révolutionnaire de Marseille acquittés par celui de Paris ont été reçus membres de la Société. — Le procès-verbal de la dernière séance et de celle-ci sera imprimé. * {Moniteur 21 ventdse.)
Hébert avait fait presser le supplice des Girondins, l'exécution de la Reine, en disant : On a trouvé du pain dans des lalri-
lies, on a jeté de la viande dans la livière, les conspiraloiirs et Ic'Ui'S auiis cherchent à aPFainer le |H'iipIe; leni mort sera Miivie du retour de Tabondance et de la prosjxîrité. Le même lanjjajje est maintenant tenu contre lui : c^est le seul qu'un puisse parler an ventre de la déma(;o0ie aFfaméc.
Rapport de Vugas.
a On a fait courir le hruit qu un commissaire de j)olice avait trouvé chez Hébert près de cent livres de petit salé, et <jiic, malgré les réclamations du 1'. Duchene, il l'avait fait di>triljuer devant la porte de la maison même, à raison de quinze sous la livre. .
Bapport de Charmant,
a Oïl se plaint de ce qu'ils existent encore dans les
différents théâtres de Paris de» lojjes louées à l'annt'e , de manière que souvent les citoyens sont obligés de perdre leurs argents ou de rester dans le corridor pendant qu'il v a des loges de vacantes, ce qui, dit-on, ressent parfaitement Tancien régime
» On se plaigooit au palais Égalité des journaux du citoyen Hébert, dans lesquels il se sert des termes les plus durs à l'oreille, et des plus indécents pour les mœnrs qui les
entendent crier ou qui les lisent.
. • On se plaint de ce que les traiteurs sont toujours bien servis par les bouchers; on dit qu'il seroit urgent de les empêcher de servir plusieurs mets en viande aux mêmes citoyens, au moins il en resteroit davantage pournos braves sansKnilottes, qui travaillent comme des mercenaires, tandis que les lâches sont toujours les mieux servis ou partagés. J'ay vu des restaurateurs servirent jusqu'à trois ou quatre mets en viande. »
182 PARIS EN i79«.
On lit dans le compte rendu de le séance du conseil général de la GcMninune de Paris du 19 ventAse , que publie le MomtetÊr du 22:
a Le comoiandant général prend la parole : » J'avais, dit-il, convoqué douze cents citoyens, dont
quatre cents canonniers; je les ai conduits aujourd'hui vers troi> lunire.> autour du Palais ci-devant Royal : il a riv cerné eu un instant. Aussitôt cent trente mus( a<liii-> ont été arrclés. Ce ne sont j)as des satis-t ulottcs ; ils sont (j'i as et Lien dodus. La force armée a montré une {jrande soumission à la voix de ses maj;i.>trats ; elle s'e>t bien conduite. On a transféré ce$ petits messieurs aux Petits-Pères.
» A notre arrivée les inarcliauds voulaient fermer leurs boutiques; je ni*y suis opposé. Alors ils les ont laissées ouvertes, et après l'opération je leur ai demandé si on leur avait volé quelque chose; ils m* ont répotidu que non. Tout est tranquille, tout va le mieux du monde. L'administration de police vous fera sur cet objet un rapport beaucoup plus détaillé que lé mien. »
• « Le comité révolutionnaire de la section de la Montagne dénonce les traiteurs et restaurateurs du Palais de l'Égalité, qui n*a changé que de dénomination « et qui pourrait porter encore celle de PalaiS'Royal par le luxe insolent . qu'on y étale. Là on trouve des restaurateurs qui ont en abondance toutes sortes de subsistances pour .la taUe des aristocrates, 1& des viandes de toute espèce se vendent avec profusion; et le prix excessif de ces repas somptueux donne aux traiteurs les moyens d'éluder la loi du maximum et de faire renchérir par leur c<mcurrence toutes les denrées qui, au di-faut de la viande de boucherie, pourraient faire la ressource du pauvre.
» L'agent national : Effectivement, dans ce palais, que je ne cesserai d'appeler royal, on voit régner la plus grande abondance; gibier, volaille, jambons, pâtés, etc., tout v est avec la pUis graode profusion, et les jours gras des riches ne cesseront jamais.
» D*aprè8 ces observations, le conseil arrête que le gibier, la volaille, et même toutes les viandes de boucherie, seront 'portés exclusivement dans les marchés publics et populaires. » {Moniteur du 23 ventôse.)
Happorl tic Perrière, ,
« Route de la guillotine, — J'insiste sur Tavis que je présentai hier de donner à la charrette du bourreau une route invariable; premièrement, parce que c'était le seiitimeiit de jjlusieurs persoimes Invn iiiteiitioimi es qm s'etonnan ut (juc 1 cette route, autrefois fixe, variai actuelleincnt de la rue | Saiut-Horioré aux quai->, et de> (juais à la rue Saint-Hoiiorc. j
» En >e(ond lieu, parce (jue les aristocrates, baliiles a profiter de tout, se servent des accidents tel que celui (|ue j'ai rapporté hier ]iour appcller adroitement l atlention du peu])le sur le nombre des exécutions et l'appitoyer s'il est pos^le sur le sort même de «es ennemis, en lui rendant odieux ceux qui préparent son triomphe. On ne peut plus ,< sortir, disent-ils, qa^on ne rencontre la guillotine ou ceux qu'on y conduit ; les enfants deviendront cruels , et il est à craindre que les femmes enceintes n'amènent des fruits marqués au col on immobiles comme des statues, par suite des impressions £ft<^euses qu'elles éprouvent k la Tue ou à la rencontre de ces tristes objets. «Le peuple répond ordinairement à ces discours, où il ne voit que de la bonne foi -, et de rhumanité, par un air de méditation profonde qui | peut produire des idées et des sentiments très-contraires À j ceux qu'il doit avoir. j
• Rubans tricolores à la boutonnière, « On ne foît pas attention , disait un citoyen en voyant passer un vieux marchand retiré orné de cette distinction (car c'est ordinairement ces gens-là qui restent fidèles à cette vieille mode des premiers tems de la Révolution), on ne fait pas attention que cet usage tut adroilemeut introduit par les uionai cbistes
pour feire passer l'esprit de rancieo gouvernement jusque» dans les institutions du nouTeau; on Toulait que des citoyens devenus libres se crussent honorés de ressembler k des eh»? valiers de Saint-Louis.
» Petits bonnets pendus à la boutonnière. — Il imi e>t de nu me, iijouta mon observateur, <le ces j)etits honiiets, d'une eoupe assez élégante, pendus à la boutonnière des jeunes gens, <{iii l'ont mis à la place du ruban maintenant abandonné aux vieilles {;ens. Dans les caffés et dans les autres lieux publics, j'ai crû vinpt fois apptnt evoir de loin des hommes décorés de l'ancien réj;ime; et ce qui rendait l'illusion plus t'rapj)ante, c'est l'air roué qu'aflectent ces jeunes patriotes, qui d'ailleurs peuvent être d'excellents républicains ; mais ils devraient au moins scavoir que c'est un hommage qu'ils rendent sans s'en douter à la noblesse et à ses usages.
» Journaux» — Les grands objets de politique attirent absolument toute Fattention des citoyens rassemblés dans les grouppes, qui ne paraissent en donner aucune aux papiers que l'on crie autour d'eux; on aime mieux discuter que lire, quoique pourtant ce soit en lisant que Ton s'instruit. La colère même du père Duchéne ne fesait aucune sensation ; et par sa manière de la crier, le colporteur semblait blesser ce respect que le public a montré jusqu'ici pour cette feuiUe. « Voilà, disait-il, la grande colère du P. Duchéne, parce qu'il ne peut pas mettre de vin dans sa soupe ! »
» Un autre journal, èrié dans la me'SaîntHHonoré, offrait une liste nombreuse d'articles : on dénonçait au peuple comme royalistes une faction qui voulait en ce moment le
porter à une insurrection ; de ])lus , un boucher que l'on avait trouvé muni de trois milliers de chandelles; en outre, l'arrestation de plusieurs fruitières de la rue Montmartre, chez qui on avait trouvé des rpiantités considt i al)les de denn'-es les plus nécessaires, qu'elles laissaient moisir plutôt que de les vendre, etc. »
Au dos est écrit :
Aù citoyen Franquevilie, Premier commis à la correspondance ^ Maison de l'intérieur.
Observations du citoyen RoUn.
« On critique la partie de la demande de la société populaire du illloDt-Béal, où il est dit que les comités révolutionnaires des sections examineront ceux des détenus que la vengeance ou l'intrigue auroit pu faire incarcérer. On prétend qu'alors, loin que les détenus obtiennent leui; liberté dans les cas ci-dessus, ils seroient plutôt sacrifiés; puisque oa sont, dit-on, les comités eux-mêmes qui ont agi ou par vengeance, ou par cupidité, ou par ambition, etc., etc.
» Les citoyennes paraissent perdre patience; aujourd'hui, dès quatre heures du matin, les portes des boudiers étoient assaillies; la {,'arde s*est présentée è la porte du citoyen Payën, boucher, rue Galande, place Mauberl; mais les femmes , au nombre d'à peu près cent cinquante ou deux cent, ont résistées à la Foi( e armée, et leiu* ont dit qu'elles ne quitteroient point leurs j)t)>tes qu'elles n'aient eu de la viande; enfin, n sept heures, il n'v en avoit point encore de délivré, ce qui excitoit les ])lus violens murmures; des femmes crioient à pleine tète qu elles aimeroient mieux payer la viande 20 et 30* la livre, et en avoir à leur volonté, que de ne la payer que 14* et n'en point avoir, ce qui étoit généralement approuvé. Je voulus leur représenter que les pauvres malheureux n*en pouvoient point manger; elles me firent réponse que les ouvriers qui gagnoient autrefois SO* gagnoient aujourd'hui 100*, et qu'en conséquence ils pouvoient vivre aisément, même en payant le triple, puisqu'il gagnoit plus du quadruple; d'autres assurent qu'il y avoit des ouvriers en armes qui gagnoient jusqu'à 25' par jour.
18a PARIS EN I79i^.
» Plusieurs femmes (ditou) ont ^té foulées et presqa'ëcra* sëes ; des enfants ont mauqués de périr; on assure même que l*on retira une femme de la foule qui s'était évanouie, et qu'elle jettoit du san{j; par la bouche et le nez, etc., etc.
n On fait courir le bruit qu'il v a quantité de femmes, ci- (lev.uil marchandes des halles, <|ui sont (dit-oii) pave'es pour «']>ier les citoifii^ ; ell«'> pa>M nt clle>-ménics j)our de parfaite> ariilui rates; et on (li-.c)it hier <|u'unede ce» < i(t)\ enne:«», à moitié ivre, vcuoit de (juitter son mari len rah.«>oncc de celui-ci), qu'elle avoit emportée tous .sc«> elFets , rt que les ayant tait voir à plusieurs conuiiere> (pii la conuoi>soient bien, sur ce que celle-ci lui avoient tcnioi{;née.s leur surprime de voir 13 couverts d'ar^jent, G timbales, pour plus de 5 ou 6 mille livres de dentelle, et autres elVets précieux (vu qu*il y a deux ans, cette femme vendoit des fruits et du poisson sur un évantaire); ct tte femme leur avoit dit qu'elle gaçnoit 15^ par jour, et que, lorsqu'elle faisoit quelque découverte d'aristocrates, elle étoit bien récompensé , ce qui a fait beaucoup sensation parmi ces citoyennes. »
lu VKNTÔSE (9 mars).
Jiaftporl (le Perrière. — Manutention des prisons.
« On se plaint que les prisonniers simplement suspects et
ceux arrêtés pour des faits sont confondus péle-méle dans
les mêmes lojjements et dans les mêmes cours, à Sainte- Pélagie, aux Écossais et aux Anglaises, deux maisons d arrêt, rue des i'O^sés-Saint-Victor. Ces prisons , dit-on , sont gardées j)ar cinq ou six hommes qui ne sont jiresqiic jamais dans un état sol)re... et on laissera entrer dans le jour jusqu'à cinquante visitans! Peut-on donner aux prisonniers un plus beau jeu pour s'évader par force ou autrement? Leurs cinquante amis auraient bientôt renversé une barrière de six
hommes, surtout s'ils ne sont pas dans le plus partait état
de santé.
Il Un demande que los prisonniers soient scpaivs suivant les njotils de leur dtHention, et l'on se plaint (ju'en général il re{jne dans la manutentioti de» priions une iKv'dijjenee et un relâchement dont les citoyens attentifs ne savent tiop que penser. »
Rapport de Charmont.
« On assure qu'avant qu'il soit un mois, il y aura
un grand mouvement dans Paris, dont tout bon citoyen doit craindre; on prétend qu'il existe encore des intrigants qui» voyant que le gouvernement étoit au pas, fomente et cher* che les moyens de le bouleversé si il peuvent; ils ont déjà trouvé le moyen de faire voilier les Droits de l'hoinine à Marat, et fait déclaré la société des Gordeliers eu insurection contre une partie de la Convention et des Jacobins. Au point que l'on craint pour demain. La preuve de cela c'est que deux ou trois sociétés populaires cherchent depuis deux jours des cartouches, affin d*ètre prêt au premier instant et de suivre aveuglement les traces des Gordeliers; tout fiermente d'une singulière manière. Le citoyen Hébert, ditH>i>, veut foire payer cher an ministre Paré la préférence qu'il a eut sur lui pour cette place; quelqu'un disoit qu'il ne s'en cachoit point, qu'il avoit vcmé une haine étemelle à ce ministre, de même à tout le parti phiUipotin dont il folloit s'en défiiire, de même que Foo avoit fiùt pour les brissotins. »
ObservtUion de J* B. S. — Bue de la Harpe et quartier André
des Arts,
« 10 heures du matin. Les fenjmes qui étoient aux portes des bouchers depuis six heures du matin et qui n'avoient pu * De Plûlippean»DciniooliiMy Danloii, qu'on n'oiait
avoir de viande, ëtoient alors réunies par poupes, se plai» (^noient du trop grand nombre de commissaires qui prési* doient à la distribution , et de la garde trop non^breuse qui maiotenoit le bon ordre. « Chaque commissaire, disoientelles» emporte beaucoup plus de viande qu'on n'en donne aux citoyennes. Chaque citoyen soldat jouit du même privilège, et les mères de famille, après avoir attendu quatre heures, iren ont point. » Le niécontenteuient j);u()is>oit {;t lu r.il et venoit pluslôl de Tinjuslice pre'suinee des di>trihuteurs <|ue du nnuKjue de viande. Les privations le> plus ptMiiltle-. cessent de Tèlre lorsqu'on les parta(;e avec tous 6es concitoyens sans exceptions. »
Tous ces rapports de police ont comme un écho k la Gonvenlion nationale et dans les assemblées populaires. — Le 19 ventôse, Fouquier disait à la Convention :
« FouQUiBR-THomLLE : S*il pouvait rester quelque doute sur 1'e.xistence de la conspiration qui avait pour but d'anéantir la représentation nationale, les faits que je vais vous rap- ])orter, sans pouvoir en désigner les auteurs, le feraient disparaître. Aussitôt que le décret du 16 ventôse me fut connu, je fis convoquer Tadministration de police de Paris. Dans une séance d'une heure et demie on ne pot me donner aucun renseignement bien positif, aucun fait bioi marquant , mais des renseignements vagues.
'» Le décret de la Convention nationale renferme deux parties : la première est relative aux brochures incendiaires qu'on fait circuler. Dans le court espace de temj)s que j'ai eu je n'ai pas pu faire des reclierches hien étendues, mais voici ce qui est parvenu à ma connaissance.
» Hier on me prévint (ju'un placard venait d'être artiché au coin de la rue Neuve-baint-Euslache; i'v envovai sur-lechamp; on ne trouva rien, le placard avait disparu. Aujour-
d'hui, il y a environ une heure, on m'a i apporté (jue deux hommes hsant cette afKclie avaient eu dispute ensemble. L'un en approuvait le contenu et disait (proffectivement il fallait tomber sur la Convention nationale et les autorités constituées; l'autre traitait celui-ci de contre-ré\ Dlutioimaire et improuvait tort ses .sentiments. Je fais rechercher le défenseur de l'écrit royaliste ; j'ose espérer qu'on te trouvera.
• Ce matin j'ai rencontré le représentant du peuple Martel, avec un autre citoyen, qui venait de voir le citoyen Foucault, juge du Tribunal révolutionnaire, malade depuis qadques jours, lis m'ont dit avoir vu un placard affiché tout prés du palais de justice; nous nous y sommes rendus avec deux administrateurs de police; nous avons reconnu que cette affiche avait été mise ce matin. Elle était collée avec du pain mâché , et écrite de la même main que celle que la Convention m'a envoyée; le contenu est le même, le format seulement en est plus petit; je vous l'apporte; la voici.
» J'ai aussitôt fait appeler le commissaire de police de la section : c'est celle des Marchés; il m'a répondu que les citoyennes qui fréquentent le marché étaient bien loin de parlaf]^er les sentiments de l'auteur du placard, ni de se laisser séduire par de sem!)lables affiches, qui, à ce qu'il m'a assuré, se renouvellent presque tous les jours.
» Voilà tout ce (pie j'ai pu apprendre au sujet des libelles qui m'avaient été dénoncés. J'oh-^erve à la Convention nationale que je n'ai point de surveillants à mes ordres; si j'avais eu des agents pour faire les recherches nécessaires , peut-être les rensei[;nements que j'aurais obtenus auraient-ils été plus satisfaisants.
» La deuxième partie du décret m'enjoint de rechercher les auteurs de la défiance que Ton jette sur les subsistances. Je vais fisire part à la Convention des mesures que j'ai prises.
» J'ai fut assigner trois patriotes bien connus de chaquecommane, à dix lieues aux environs de Paris. Déjà deux
190 l'ARlS EN 1794.
cents ont été entendus; mais le nombre en sera considérable, attendu que les malveillants exercent leurs manœuvres jusqu'à quinze • même vingt lieues à l'entour de Paris.
« La rareté de la viande peut avoir une cause dont je n'entretiendrai pas la Convention , parce qu'elle la connatt aussi bien que moi; mais voici des faits que je vais lui
rapporter.
» Le premier se passe à Sèvres. Il y a trois bouchers dans cette commune: toutes les nuits de nombreuses voitures d'aristocrates, d'ëgolStes, y vont foire leurs provisions et emportent jusqu'à vin^ livres de viande. Les bouchers de Paris qui ne peuvent la vendre qu'au prix du maximum, apportent chez ce.s bouchers la viande qu^ils achètent et qu'iU venderit au prix que l>ou leur semble.
» Le lil'î d im bouclier de Paris disait ces jours-ci : <> .l'ai trois veaux ; ils m'ont coûté trop cher |)our je les vende à Paris au prix du ma t /mum/je les porterai à Sèvres, où je le.s vendrai avec profit. »
>' A Meiiil-Auhry, deux hommes se présentèrent hier au comité de surveillance de cette commune, avec de préten* dus pouvoirs d'une section de Paris pour enlever les comes* tibles. Ce comité n'a fait qu'une partie de son devoir en iép4Midant à ces hommes (pril consentait à ce qu'ils emportassent les comestibles, à condition qu'ils les feraient vendre au marché. Cependant cette réponse ne contenta pas les deux aristocrates; ils tournèrent le dos sans dira autro chose.
* A PontSaint-Biazence, la municipalité a fiât arrêter des œufs et du beune qui étaient envoyés au citoyen Mercier, officier municipal de la commune de Paris. Le maire a osé dira : « Quand on nous enverra du sucra de Paiîs, nous verrons alors si nous lui ferons passer nos oeuli et notra beurre. »
« À Longjumeau et à Vincennes on a de même arrêté les
denrées destinées pour Paris. Les dénonciateurs de ces ma-
Digiliztxi by C
LA RUE, LE CLUB, LA lAMI^K. 191
nœavrttt auraient dû en faire connaître les auteurs; mais j^etpére que par mes toins je parriendrai à ies décoarrir. Le tribunal est entièrement dévoué au peuple et à la Convention nationale. II recevra toutea les déclarations qui lui seront foites, il poursuivra tous les conspirateurs» car malheureusement il y en a, et ne se reposera que lorsque tous les ennemis de la liberté auront disparu.
• Fouquier-Tbinville est admis aux honneurs de la séance au milieu des applaudissements.
9 Martel : La Convention vient d'applaudir au zèle infalifjable de Parcusateur public, elle a dû s'aporrevoir quo si Foiiquioi-Tliiiivillf n'a pas dt'couvert tons le-, lils de la con- S])iialioii , c'est qu'il n'avait pas tons lr> movcns qui sont nécessaires; je demande qu'il lui soit accordé le nombre de surveillant- qui sera convenable.
H On (it iiiaiidc li> renvoi de cette proposition aux comités de salut juihlic et de lé{;islation.
i> Thibaut : Le comité de salut public nous a annoncé qu^il devait faire incessamment un rap])ort sur la police de Paris. Je demande que celui que vient de vous faire Paccusateur public lui soit renvoyé. J'ai déjà prévenu la Convention que les provisions que faisaient venir de leurs fermes les particuliers étaient arrêtées. Vous sentez combien c'est nuisible à l'approvisionnement de Paris; car le citoyen qui trouvera le moyen de (aire venir des subsistances de la campagne n'ira pas acheter au marché; par conséquent, plus le nombre de ceux qui Rapprovisionnent hors de Paris sera grand, moins il y aura de concurrence dans les marchés de Paris. Déjà une section de cette commune a fait une proclamation pour inviter les citoyens à foire venir pour leur ccmipte des denrées de la oampajjne ; je demande que cette mesure soit {jénéralisée pour tout Paris.
» *** : La cause de la disette qui se fait sentir est bien claire : ce sont les égoïstes, les parasites, les aristocrates qui ont fui Paris pour éviter la surveillance active des sections qui retieuneut les subsistances. (Violents murmures.)
» TiiiiuoN : Paris n'est pas une ville ordinaire; sa population est immense , les moyens de l'approvisionner doivent être extraqrdinaires. Que tous ceux qui Phahitent fassent venir des provisions de leurs campagnes, de leurs fermes; vous verrez que la foule ne sera plus aussi (prande dans les marchés; mais si on fait arrêter aux barrières les œuCs ou le beurre d'un particulier et qu'on les distribue au premier venu, ce particulier se gardera bien de foire venir des provisions.
» Voici un fait qui est arrivé à un de nos collègues. On lui envoyait du lard de son pays; eb bien! ce lard a été arrêté aux bamères et partagé à ceux qui se sont trouvés présents.
» Charlier : Les meilleurs moyens d'approvisionner Paris sont la confiance, la snrclô et la protection. Oue rliafjue citoyen fasse venir ce «pie ijon lui scniljlcra, que toute-, patrouilles ou tous individus qui >e permettraient (I enlever des subsistance^ (pii ap[)artiennent à un particulier soient si verenient puins, et que les autorités constituée» ne i.oient pas calomniées; la disette cessera bientôt. (On applaudit.)
» Legendre : Nous devons nous borner à ai(;uillonner le zèle de l'administration chargée de Tarrivage des subsistances à Paris. Voilà tout ce que nous devons foire en ce moment.
» Ces diverses propositions et le rapport de Taccusateur public sont renvoyés au comité de salut public. »
« État des prisons. — Le Bulletin de la pohce porte le nombre des prisonniers à 6,064. » (Moniteur du 20 vent6se.)
Rapport de Bérard,
m Cinq particuliers, assis et fermant le cercle sur le bou* levard dit Italien, parloient des Cordeliers et des Jacobins. « Le complot le plus infernal qui ait existé jusqu'à présent, a dît l'un d*eux , pour donner une nouvelle ferme à la répu-
le
LA nU£, LE CLUB, LA X'AMIKE. m
blîque, pour avilir la repréMotation na*"* ou pour Tanéantir peut-être, est sans doute celui d* Hébert, Vincent et consorts. Suivons d'abord assiduAent les mouvements de ce premier d^uis la révolution : qui étoit-il avant cette é{)o(|ue? Un homme à (jage. Gomment s'est-il élevé? Par Pintrigue. Qui lui a donné le brillant qui l'environne? L*intrigue. Qui a donné à sa femme ce ton , ce luxe, cette insolence qu'elle manifeste aux yeux des sans<;ulottes , qu'elle suivoit jadis |>a!> à pas dans les rues et que maintenant elle éclabousse avec son espèce de pliacton? Kncore rinln{jue !
w (Juniid j entends le peuple crier tous les jours contre les riches, et «pie je le voi-> leriner les yeux sur ces san{;sues (|ui dévorent la ré[)ublique, en vérité je ne puis nioi-nienie m'enipécher de crier à l'injustice. — C'est fort bien, a répondu un second, et je vous appuie d'autant plus que j'ai été révolté de l'entendre dire qu'il n'aimoit pas l'argent, que les sommes qu'il avoit touchées n'avoient servi qu'à l'impression de sa feuille, tandis que G. Desmoulins lui a prouvé de clerc à maître qu'une grande partie lui étoit restée dans les mains. Le bon apôtre, il n'aime pas l'argent!... Il ne peut pas dire autrement parce qu'il est actuellement proscrit, mais il ne hait pas les assignats, la preuve en est évidente.
9 Oui, il extstoit un complot, a répliqué un 3***. Pitt et Gobouig présidoient aux Gordeliers; c^est là que l'arrêt de mort des prisonniers devoit être prononcé, c^est de là que la proscription des ministres devoit sortir, et c'est de là que devoit partir la foudre qui devoit écraser la Montagne, car Robespierre, Amar et autres ont été insultés, déchirés. Ge voile jetté sur les droits de Fhonune en étoit l'avant-coureur ; les sections, égarées par la malveillance, en ^uroient fait autant, auroient servi de remparts aux cordeliers, et auroient sans doute marché en masse contre la' Convention, les jacobins; et pendant ce temps les ennemis.... — Vous allt's trop loin, a reparti le j)remier; le peuple peut se laisser séduire
uu iodtaut j mais quand U s'agit de la liberté, il sçait vaincre.
194 PAIUS EN 1794.
Yods parlez des jacobins ! Quel est cdiii qui ne se sacriffieroit pas pour ces sanveiirs de la France? Eux et la montagne, la montagne et eux, Toilà nos modèles, voilà nos seuls guides dans le chemin de la réToludon : à bas les autres!
» Je veux bien croire que les cordeliers aient été et soient
encore dans les bons principes, mais il n*en est pas moins vrai qu'ils ont eu tort de prendre le parti d*an Hébert, qui de dépit s'est peut-être jetté parmi eux, ayant été mal vu aux jin nl.iiis dans son affaire ronlre Desnioulins ; un Hébert qui leur a prëelié rinsurrection ; auroient-ils du se lai>ser enlrafner pai tin Momoro, taré dans Topinion puMiqne, qui, avant 89, n avoit pas le sol, dont la fenune enq)runtoit des souliers et des bas à ses voisines pour aller au niarebé, et qui actuellement joue le rôle d'une coqiietle? Le projet de ces messieurs étoit de s emparer des preniiércs places, pour gouverner à leur gré la république. Hébert, qui a tant ourdi de trames pour chasser Paré, vouloit être ministre de Tintérieur; Gbaumette, qui a(;it derrière la toile, et qui a loué un second domicile très-éloi(;né du premier, où sans doute se fbr{;ent les traits de TenTie , devoit être nommé au ministère de la justice; Vincent , à celui de la marine; Roosin , ministre de la guerre ; enfin tout devoit changer de lace, et jugez comme nous aurions été traités!
• Nous devons notre salut aux jacobins, vivons pour eux, servons4eur d*égide; mais qu'ils fassent punir les traîtres, et ils auront encore plus de droit à notre reconnoissance. »
■ Cette conversation a duré au moins une heure et demie. Les particuliers qui parloient ainsi paroissoient avoir fait beaucoup de sacrifices pour la révolutiop. L'un d'eux a parlé plusieiirs fois et avec chaleur et enthousiasme de Marat, de Robespierre, de Danton et de beaucoup d'autres; la nuit étant venue, ils se sont levés et je les ai perdu de vue. »
Voici les explications que ce môme Hébert donnait aux Cor< tleiiers. C'était le dernier effort d'un homme qui sent qu'il va perdre pied et que la terre se dérobe sous lui :
Séance du 19 ventÂse,
• Hébert monte à la tribuoe ; il s'élève avec force contre Tandace qa*ont certains écrivains qui ont osé publier que la Société des Gordeliers voulait opérer la dissolution de la représentation, élever un schisme entre eux et leurs firéres les Jacobins, et renverser ainsi les bases du gouvernement existant. 11 interpelle la Société de dire si jamais on a eu de pareilles ijotentions, si le flambeau du painotîsme et Tamour de la liberté n'ont pas toujours présidé à leurs délibérations. Il demande que la Société désabuse le public et les Jacobins.
» Un membre, pour remplir les desseins d'Hébert, lit un discours où il rappelle les différents travaux de la Société depuis le M niai. «On nous fait un crime, dit-il, d'avoir jett: un voile sur le tableau des Droits de Thonnne; on nous accuse d'avoir, en adoptant cette mesure, cède plutôt à Tanimosité de deux individus qu'à tout autre sentiment patiiotique.
» En voilant les droits sacrés des citoyens , les Gordeliers n^ont eu d'autre motif que de rappeler au peuple combien ces droits étaient blessés, puisque les patriotes, darjs tontes les loties de la république, étaient injustement traînés dans les cachots par ceux même qui s'en disaient les plus sincères amis.
• Mais, continue Vorateur, n'est-ce céder qu'à la passion de quelques individus que d'avoir nommé des défenseurs officieux à tous les patriotes, d'avoir reçu dans notre sein les députés des trois couleurs, d'avoir contracté une union étemelle avec eux, d'avoir pris la défense des patriotes de Nancy, d'avoir éclairé le tribunal révolutionnaire , à qui on ■voulait feire prendre le chan(;e , d'avoir volé au secours des
malheureux gendarmes que l'aristocratie victimait, d'avoir
m PARIS EN 1794.
('ntie|)ris la continuation du journal de Marat et vengé sa famille, etc.? " • » Ce tableau obtient les applaudissements H«î la Société. » Vincent parle ensuite. « Pourquoi, dit>il, tous les Brh' soUns n' ont-ils pas été punis? Pourquoi, après avoir effrayé le public en annonçant en termes Injjiibres et effrayants une conspiration qui était si bien combinée qu'elle devait entrai* ner la liberté ao tombeau, a-t-on attendu quatre mois sans faire de rapport? 11 existe une fiactioa dangereuse. Elle parat au mois de septembre dernier, lorsque Thuriot osa traiter de cannibales les patriotes qui demandaient des mesures vigoureuses. Tburiot cependant s'en tint là après avoir perdu une partie de sa popularité.
V Sont arrivés depuis des revenants de la Vendée, qui par leurs rapports, archives honteuses du mensonge et de la calomnie, ont voulu égarer Topinion sur te compte des patriotes les plus accrédités; d'autres ont été poussés en avant pour inspirer une humanité flan[;ereuse, pour établir un système de modénuitisuic pernicieux.
» I)an> CCS tentatives, rcif('r('es à des époques différentes, est-il ditTicile d'apercevoir un e>j)rit de faction qu'il e>t essentiel d'arrêter? Il y a encore d auti cs indi\ idus que tôt ou tard il faufira bien nommer, et à qui nous dirons : « Mai> >i tu as fait telle ou telle chose, tu Tas faite pour toi, pour ton intérêt particulier. »
" Vincent vient ensuite aux arrestations des patriotes, et il conclut que tous les délits doivent être punis. » {Moniteur du 22 ventôse.)
Rapport de Pourvoyeur,
« Le peuple dit que ce n'est pas assé d'une guillotine qui! en faudrai au moins quatre dans Paris.
» Il faut bien en venir là, observent on, puisquil noas i forcent et qui ne -veulent pas rentrer dans le devoir.
. ' . . Fne f;ran(le quantité d'individus <|ue l'on croit reconnoitre pour des ci devant nobles rentrés depuis peut en France ce promènent presque tous les jours au Luxemb&urj; et toujours devant les fenêtres des détenus^ les uns hausse les épaules et les autres regardent attentivement et en général regarde le monde avec insolance.
9 J'ai été témoin plusieurs fois de ce que je dénonce, je suis sure d'en avoir vu que je voyois avant la Révolution mais dont malheureusement je ne me rappelle pas des noms; SI Von veut bien observer il son dans toute les promenades; plusieurs citoyens le disoient aussi aujourd'hui dans plusieurs groupes. »
Jiaf)porl de Grivcl.
■ Quand on porte un oeil attentif sur ce qui se passe en ce moment dans Tintérieur de la République et particulière* ment à Paris, on ne peut s'empêcher de reconnottre que nos ennemis n'y fassent jouer tous les ressorts pour exciter le trouble et le désordre, égarer le peuple et le porter à Finsurection. Ils ont tâché par de longues et sourdes manœuvres d'y semer le ferment de la division , et ils se servent de tout pour le fomenter et l'accroître. Les agents qui sont parmi nous à leur solde prennent toutes sortes de marques et emplovent tous les moyens pour séduire ou entraîner; ils exagèrent, ils outrent nos mallicuis, ils diminuent ou dé(;uisent nos succès. En a^èctant un air d'inttirtl l)icn tendre pour le j»euple, ils ne voyent pour lui qu'une suite de calamités, ils lui [»rédisent de lon{;s désastres. Ils cherchent à ailarmcr, à intimider les foihles et à exaller les caractères artleiis pour les porter à des mesures extrêmes; ainsi on peut les voir, selon le caractère des personnes à qui ils ont affaire et qu'ils ont déjà bien étudié, se montrer succe.ssivement aristocrates, royalistes, modérés, fanatiques impies, ultra-révolutionnaires. Par ce changement Iiabituel de formes, ces exécrables protées font tout le mal que l'homme le
198 PABTS EN im.
plus scélérat peut (ommettre , et connue celui de lu faMe , trouvent le jn()\('ii d t t happer à ceux qui voudroieiit les saisir. Ce sont eux qui provoquent à des dénonciations si multipliées, et souvent si indiscrètes contre les meilleurs patriotes, qui enflamment les esprits dans les sociétés populaires, qui y excitent ces querelles, ces cris et ces vociférations de cannibales qui rendent les séances de ces sociétés si scandaleuses et si a£Qigeantes pour les bons citoyens. Ce sont eux encore qui ayant préparé autant qu'ils ont pu la disette des denrées, cherchent à aigrir le mécontentement do peuple et k le pousser è cette impatience furieuse qui ne respecte plus rien. Par leurs perfides conseils les provisions de subsistances sont enlevées sur les chemins, les marchés sont troublés et en désordre, les portes des marchands de denrées et celles des bouchers sont perpétuellement assié(];ées par une foule de peuple et surtout de femmes qui n'entendent ou qui ne Teulent entendre aucune raison.
• On a en hier et ce matin dans la plupart des quartiers de Paris le s|)eetacle afflif^eant de ces scènes de désordres. Ils le savent I)ieu, < eux (jui ont ima{]iné ces manceuvres, (pie plus on iiKpnete les approvisionneurs, soit forains, soit de Paris, phis on au{jniente le prix et la rareté des subsistant es; plus on K/e la propriété, et j'ose dire la liberté <]cs transports et du débit, plus on attiédit le comnierer, |)lus <>ti en diminue les productions; aussi voit-on partout des lioninics et surtout des femmes payés , ou do moins é{jarcs , faire tout ce qu'il faut pour repousser et dépiter les approvisionneurs, et les choses sont portées à cet égard à un tel point que si on ne réprime par des mesures promptes et rigoureuses de pareik attentats contre Tordre public, et la sûreté des transports et de la distribution des subsistances, si on ne rassure l'homme de la campagne, qui Tient chaque jour alimenter Paris, si on ne l'encourage pas à continuer d*y porter ses denrées , Paris éprouvera la plus affreuse disette et peutétre des troubles, dont on ne sauroit aprécier les suites malheureuses
LA RUE, LE CLUB, LA FAMIn£ 109
» J*ai retrouvé hier le même homme dont j'ai rapporté différentes conversalions sur le chil) des Cordeliers. Kh bien, lui (li^-jc , vous devez être content aujourd'hui, vous voyez que les Cordeliers se montrent raisonnables. Oui, me dit-il , à (juelques exceptions ]>rès, je suis assez content. Les Jacobins se sont fort bien comportés; ColIot-d Herbois s'est dignement acquité de sa mission, il a parlé avec Téloqueuce d'un patriote instruit et sage qui veut Tunion des vrais répuhbcains pour le bien de la République. Il a reproché aux Cordeliers d'avoir en qudque sorte proclamé l'iusurection , il leur a feit sentir le danger d'un mouvement populaire, \or9qa*aa senu de Paris nous sommes entourés d'aristocrates récemmeot arrivés des départemeas; il leur a témoigné la doalear des bons patriotes en leur voyant voiler la déclaration des droits de lliomme. U a engagé les Cordeliers à ne plus considérer les individus, mais la patrie; et av nom des Jacobins, il a juré à la Société des Cordeliers amitié et fraternité. Les tribunes ont fort applaudi, et le discours de Collot^'Herbois a fait impression sur les Cordeliers eux-mêmes. L*espoir des ennemis de la Révolution a été trompé , le voile qui couvrait la déclaration des droits a été déchiré, la d^u» tation des Jacobins a reçu l'accolade fraternelle, et tonte la salle a retenti des cris de Vive la République!... Plusieurs
membres ont juré union avec les Jacobins Et qu'ont
dit ceux, lui deuiandai-je en rinterronij)ant , qui avoieut parlé d insurrection dans la précédente st-ance?
» Je peux vous assurer, me répondit-il , qu'ils étoient fort embarrassés. Les choses n'avoient pas tournées comme ils l'avoient espéré. L'opinion n'étoit ])lus pour eux. Hébert parle pour se justiber. U dit que des journalistes perfides avoient mal expliqué ses expressions , que par le mot d'insurrection il n'avoit entendu que l'union qui devoit exister entre les vrais patriotes pour obtenir justice contre les traîtres impunis.
s Le discours d'Hébert a excité à diverses fois des murmuras dans les tribunes. L'improbation étoit manifeste» et
elle étoit Ijieii fondée. N'est-il pas singulier qu'Hébert ait prétctulu persuader aux tribunes qu elles n'avoient pas entendu ce qu'elles avoient entendu et qu'il n'avoit |)iis dit ce qu'il avoit dit? N'est-il pas singulier (pi'insurreetioii .signifie union ? A qui le jx-rsuadera-t-il? C'est l'explication de M* Jac- (|ues de l'Avare y qui voulant Faire croire que Valère a pris la cassette d'Harpagon , dit d'abord pour la dési{;ner qu^elle est grise; ensuite, comme le maître lui dit qu'elle est rouge : Oui, répmid Jacques, une cassette gris-rouge.
• Je suis aussi mécontent de l'explication d'Hébert que de la provocation. On ne lui doit aucune confiance; et ce qui me fait plaisir, c*est qu'à peu prés tout le monde pense comme moi. Au reste, Ronsin et Vincent ne sont pas vus d*un meilleur œil. Le premier a voulu parler encore de la foction ; le tems n*ëtoit plus favorable , il n'a point foit de sensation.
• Au reste , je puis vous assurer, pour l'avoir vû, que ces personnages sont grandement battus de l'oiseau , le passé les inquiète et l'avenir les effraye. En cela seul je suis d'accord avec eux ; ib n'ont pas tort.
» On disoit ce matin Hébert arrêté dans la nuit dernière. C'est un bruit que je n'affirme point. •
Bapport du citoyen Hanrht, commissaire observateur
dans Paris,
« La guerre de la Vendée est toujours l'objet de la conversation de ces faux patriotes qui se répandent dans les caiïés.
» J'étois bier assez près pour entendre trois individus, ayant des bonnets à poile, qui en parioient avec une sorte de satisfaction. << Eh bien, disoit l'un aux deux autres, voilà donc ces rebelles détruits tant de fois qui se reproduisent encore; Je sais qu'ils niarehent sur deux colonnes formidables, l'une icommandée par Gharatte, l'autre par Larochejacquelin. L'on
LA nUE, LE CLUB, LA FAMINE. SOI
Tient de m'assurer que six miUe palrioCes a?oient mordu la poussière sous les coups vigoureux et multipliés de ces
chouans , que ron nous dit <>tre une horde de voleurs.
» D'ailleurs, ajoutoit-il , Carrier, le représentant du peuple, qui en arrive, a dit liii-mome que pour finir celte {guerre il falioit serrer Cliarette et sa hande et Tohlijjer de combattre, mais Cliarette , que nous savons être le ci-dt vant marquis de Bouillie, ne se laissei*a point serrer, et u exposera sa bande <jue lorsqu'il sera sur de la victoire. » Son dire mclé d'un ris sardonnique décéloit son aristocratie, et le coatentement des deux autres prouvoit bien qu'ils étoient gens de même acabie.
r» Après les avoir bien examinés, je n'ai pû savoir qui ils étoieot.
• En sortant de là, je marchois derrière deux citoyens, dont Tun -disoit : « On vient de m'annoncer par une lettre que les trois départements de PHérault, l'Isère et le Yard étoient en pleine insurrection, et que celui du Calvados, comptant sur les nouveaux succès des rebelles de la Vendée, étoit tout près de se réunir à eux. »
» Ce sont ces propos , répandus çà et là , qui causent du découragement dans Tàme des patriotes.
» n est encore nne sorte de gens» auxquels on ne fait guère attention, et qui cependant sont bien pernicieux à la société, ce sont ces orateurs qui, avec un ton lamentable, ne feif^ent de déplorer nos malheurs actuels que pour porter le peuple à des excès condamnables.
« La chandelle qui se vendoit hier chés les uiarchands a excité les murmures du peuple. Outre rju'elle étoit composé d'une graisse trè^-Iloire, elle éclairoit ti'és-peu et causoit une exhalaison désa(jréable.
» Les précautions prises par les autorités constituées pour procurer des subsistances à chaque individu sont très-sages ^ mais les rassemblements qu'elles autorisent aux portes sont très-pernicieux à la chose publique. Les propos que tiennent les femmes rassemblées ne tendent pas moins qu'à la révolte
m PARIS EN 179«.
et à l'insarrectioii; s'approcher d'elles pour leor parier, c'est s'exposer aux outrais des plus sanglans. J'ai cherché à en remuer quelques-unes qui disoient tout haut : « Vive tan~cien régime! nous avioas de tout en abondance. • Après
m'avoir ri au nez, elles m'ont dit que je n'étois rju'un aristocratf, «'t (]ue je faisois auprès d'elles le chien CDiu Iiant parce que dans le Fond de mon àme je me réjoui^sois de» besoin;» qu'elles cprouvoient. »
20 VEMTÔ&E (10 MAAS).
Du 20 ventôse, l'an 11 de la République Iranraisc indivisible.
Hatmot au comité de ntrveiUance du departentent de la Seine, « Met» amis ,
» Vous aorés la force que tous me demandés à Fhenre précise.
» Salut, fraternité.
M Votre camarade,
» Signé : Uamuot. •
An bas est écrit :
« J'espùre vous avoir un jour près de moi, à table; les alimens seront froids... mai» 1 uniitic les réchauffera'. ■
Au dos est écrit :
m Êtai-major général,
• Aux citoyens membres du comité de surveiUance du dépar^ tement de Paris, résidant rue de la Convention naiionale, n^ 18, vis-àvis la ci-devant église de Saini-Roch, •
1 Autogr^he de la main d'Hanriot.
Uapport de Bacon.
« L'assemblée géncraln de la section de la Maison -Commune étoit extrêmement nombreuse, car il v avoit an moins quinze à seize cents personnes. On a passé au scrutin épuratoire tous les citoyens ayant un grade dans les compa^^nies. La moindre tache, d'incivisme» la moindre négligence dans le service, les foit mettre an rejet. Ils sont passé au creuset révolutionnairement. J'ai remarqué, d'après les interpellatûms feites par le président, que sur 25 qui ont passé à la censure, 19 au moins ont été rejettés pour avoir signé bètte* ment (c'est là leur expression) ou la pétition des 8 mille ou celle des 20 mille. La plupart de ces citoyens renvoyés sont de leur état ou traiteur, ou cordonnier, ou menuisier, ou tailleur. La censure des gendarmes demeurants dans l'étendue de la section a été remise à la première assemblée. On a nommé deux citoyens pour recommander au comité révolutionnaire de la section de le sf Malet, cy-devant capitaine dans une compagnie de la d*' section, qui a trompé la bonne foy de difFérens bons patriotes qui ont signé la pétition des 20 mille. (L'esprit public Traiment révolutionnaire.)
• L'assemblée générale de la section révolutionnaire étoit peu nombreuse. Il y a e6 une discussion vive, bruyante et tumultueuse , relativement anx citoyens chargés de travailler an salpêtre. Des citoyens ont dit : On ne voit jamais ace travail que le pauvre. Lfs f^ens riches restent tranquillement chez eux, ou préfèrent leur petite partie de société au bien général. (Bruit.) Les marchands s'occupent à censurer le misérable, et pavent avec répugnance les pauvres qui les remplacent. (Bruit.) Enfin, on a empêché le membre de parler, ce qui a occasionné du mouvement. Le tout a été rciivové aux comités révolutionnaires et civils réunis, pour taitc ini rapport à la première assemblée. On a lut difFérens arrêtés du comité de salut public et de la commune. (L'esprit public bon.)
• L'assemblée générale de la section des Lombards étoit
SM PARIS EN i79«.
81 nombreuse, que je puis dire ici que la moitié de la cy-devant é(;liseétoit pleine de citoyens et de citoyennes. Blandin, jufj^e à des tribunaux, a lut un discours qui a duré au muins deux {;rosseî> heures. Au commentenient, un lioinnie s'est permis de le siffler. ((»rand mouvement, (jrand désordre, {jrands cris, (|ui ont duré -0 minutes à peu près. ) On n'.i pu déctnn ru" l'auteur de ce ^caudale. ( )u a j)lacé deux sentinelles à rentrée de la porte afin de maintenir le lion ordre, lîlandin a donc continué sou discours, m'a parut respirer le plus pur patriotisme, et hieu tait j)Our taire aimer la vertu el pour faire détester les liois et le fanatisme. Cette phrase surtout a ('-té vivement applaudie, aux cris de Vive la République I • 11 faut que les biens des patriotes soient respectés , et ceux des (jens riches aristocrates donnés aux pauvres. Un é{][oïste, un royaliste, ne peuvent avoir de propriété dans une république. » £nfin, Tauteur a parlé du gouvernement révolutionnaire, et a fait sentir qne si on le perdoit de voe un instant, nous serions en guerre civile pendant trente ans. (Vifs applaudissemens.) On a perlé des certificats de civisme et on a lut des arrêtés de la commune. (L*esprit public bon.)
» L*as8emblée {générale de la section de TArsenal étoit aases nombreuse. On a nonmié deux citoyens, run.au comité civil, Fautre au comité révolutionnaire. Mercier, de la commune, a fait sentir avant la nomination combien il étoit nécessaire que de telles jdaces ne tussent données qu'à de vrais sans-culottes. (Applaudissemens.) On a parlé des passeports, des renq)laçants, et ou a lut des lettres du ministre de la {juerre. (L'esprit pidilic a trionq)hé aujourd'hui.)
» On a lut au tenjple de la Haison, cy-devant église Saint- Nicolas des Chamj)s, section des Gravilliers, différens discours patriotiques. Il y avoit au moins à ce temple deux mille personnes des deux sexes. Le député Léonard Bourdon a amené ses jeunes élèves, qui ont chanté des hymnes patiiotiques, et qui ont été vivement applaudi. Lorsque ces jeunes républicains chantèrent : Mourir pour sa patrie est le plus
beau trépas , j'ai remarqué un enthousi;iMiie jmrnii le peuple vraiment civique. Le lé(;islateur Bourdon a ensuite occupé la tribune. II a parlé au peuple a^en véhémence, et lui a fait sentir les crimes des rois, les scélératesses des prêtres et des nobles, et le bonheur d'un (;ouvemement républicain, qui, a-t-ii dit, ne peut subsister sans vcilu. T. es vers qu'il a débités, faisant allusion aux bri{janda{;os de l'ancien gouvernement, ont produit le plus grand ettet, car j'ai vù plus d'une femme verser des larmes. On a ensuite fait faire le tour du temple à deux arbres de la liberté, porté par des canoDÎers, aux cris de Vive la république! vive la moniayne!
» On a lut au temple de la Raison , cy-devant église Boone- Nouvelle, des décrets de la GouTention. On a chanté des hymnes patriotiques, et tous les citoyens foisoient chorus. Un autre citoyen a occupé la tribune, o& il a lut un dialogue entre les bouchers, les mardiands de vins et ces femmes qui, au lieu de s'occuper du bien général, ne s'occupoient que de leur petit chien.
» Ce discours a beaucoup fait rire, est somme totale trèsmédiocre.
» On a vendu à la halle six livres cinq sols le boisseau de
pomme-) de terre.
» J'ai dîné avec deux membres de la .société populaire de Vau{;irard, (pii m'ont dit (ju on étoit très-embarrassé [)Our avoir de Toqje et de l'avoine pour ensemencer : ce qui affligent beaucoup leur pavs.
* Toute rimbitude de Paris que j'ai parcourue m'a parut trè»-tr&nquiiie et très-gaie. i>
Rappoti de Pourvojreur.
« T) v n eu un (^rand mouvement hier soir à la section Marat; plusieurs individus vouloient que l'on se portasse en masse à kl Convention pour demander, disoient-ils, l'élargissement
20e PAniS EN 179».
des oprimés; c*est ainsi qu'ils appellent Hébert, Momoi-o, Ronsin, Vincent, etc., cfc. Plusieurs combatircnt pour tpie 1 Ou lai>ï.f iij;ir la loi, cl (pic s'jl> cloient inoccns, «piMs ne dévoient rien craindre. L'on arrêtai dou/.e ou rpiinze de ces citoyens qui taitoicnt licancoup de hruit dans la section.
M Plusieurs défenseurs onicieuv paraissent suspect, notannnciit .lullienne et Guette; du moins ce sont ces deux individus dont plusieurs personnes parloient.
» Ce matin, Ton a juge au tribunal réTolutionnaire le nommé Martinet, connu par de loogs forSaits; son défenseur employa pour le d( Icndre des moyens qui ne sont point approuvé par la loi, puisque même l'accusateur publique lui en a fait des reproches '.
» Plusieurs citoyens de Bordeaux et des communes des environs se plaignent qu'ils manquent de pain, et qu'il est de la plus grande nécessité de procurer k ses habitans de quoi subsister, d'autant que le peuple de ces contrées c'est toujours bien montré; les habitans de la Dordogne font les mêmes plaintes.
» L*on écrit qu'Hébert alloit aujourd'hui jouer à la main chaude, et le peuple couroit pour le voir. « Ha! le chien I disoient-on, il ne jurera plus; il doit pourtant bien être en colère! » Toutes les fenêtres de la rue Saint*Honoré sont louées et retenues pour voir passer le père Duchène.
» Le j>eup!e attend avec jiaticnce la suitte de celte jjrandc aflaire ; Ton estindi{;nc {généralement contre le pere I )nciiéiie.
» Il eniplovoit, disoient-on, le patriotisme j)onr mieux tromper; d'après cela Ton ohservoient <pie Ton ne ricvoit ]>l(i^ compter »ur un bcul honnne, qu'il ne falluit les prendre ni au mois ni à la décade, ni au jour, ni même à Theure, mais bien à la minute.
* Le triltuiial ne siégeait pa« les 10, 20 et 30 tle chaque moif , jiuir» de décadi) et il n'y u eu «ju'uu seul Martint-t traduit en jn^rmciii , c'était un colonel qui fut condamuo îi laoït le 7 im-ri^idor an II. U y a sant doale emur de nom. Quant au rapport, qii«i<(ue daté du SO, il p«uC êira d* b veille.
» Hébert paroit cependant SToir un partie dans Pari$ ; il n'est p<is nombreux, mais Ton voit des (;ens dans les groupes qoi osent prendre son parti. »
Bapport du eUayen Le Breton, commissaire observateur,
« La promenade dans les Thuileries au coup d'une
beure étoit également nombreuse et brillante. J*ai entendu dire à plusieors femmes : C'est encore la promenade la phts belle et la plus décente; il faut venir ici, on n'a pas eu d^idée de cerner c'est endroit.
» Sur le boulevard, derrier le théâtre de la rue Favart, la petite pluye qui est survenue en a chassé toutes nos élégantes et nos petites maltresses. Plusieurs déesses s'en plaignoient entre elles d'être contrariés, tantôt par une chose, tantôt par une autre. EUes disoient que la dernière fois qu'elles y vinrent, elles furent empoisonnées par des bouffiés de tabac que des canoniers leurs envoyoient exprès en étant vend s'asseoir auprès d'elle pour fumer, ce qui a manqué occasionner une rixe entre leurs maris et ces jeunes mili» taires »
« Le 243* N* de Pilmt du peuple par le club des Gordeliers, et qui fait suite au dernier de Marat 242, vient de parottre; il y est dit que le Club des corddiers, allarmé des nouveaux dangers qui menacent la république, a résolu de réparer la perte de Bfarat dans un journal rédigé d'après ses principes, qu'eDe a constamment prcrfiessés, comme cet imperturbable ami de la liberté; il dénoncera à ropinion publique les attentats commis ou qu'on voudroit commettre contre les droits sacres de riionime. J^a société des cordeliers y déclare encore quelle saura, en attaquant, en ibu-
droyant par Topinion tout despotisme» mettre le peuple- en garde contre tons décrets qui ne seraient que U fruit de Vintrigu» des passions ou de tesprit de domination, etc •
(^$ervalian$ du citoyen Botin.
« Le bruit commun dans Paris c^t rjuR le citoven Paclie, maiie de celle connnune, est pour bcanc ouj) dans la conspiration, et on ajoutoit hier qu'il étoit jardé à vue. Le (jénéral Hanriot est aussi soupçoiuié d'i être pour quelque chose; ou espère que tout se découvrira'.
» On insulte hautement les citoyens vêtus en carmafjnole. — Deux, ont été maltraités de paroles hier au pont de la Révolution. »
21 VBMTteE (11 MAES).
Rapport de Mercier,
« Des l)ruits cour parmie les t iloiens quanriol et ses aide decamj)s dêpencoit })eaucuup et qu'il fecois des repas ^upe^flus. On évallue un de cex repas a cincj cen livre entre cinq qu'il êtoient; plusieurs disent que les assigoatâ ue lui coutoient guère à guagner. »
Rapport de Bacon,
a J'ai été , d'après ce qui m'a été dit, jusqu^à Issy-l'Umou, près YanTes. J*aî remarqué qu'il y avoit beaucoup de buveurs dans les cabarets, et que le peuple y chantoit des chansons patriotiques. Je suis entré, avec difCérens citoyens, chez un marchand de vin-traitenr, appelé Cordier, à l'enseigne de tHomme de fer, 11 nous a introduits dans une salle
' Le liniit de la rompliciu; d'IIamiol ('dit fori réprindu. PliisivurA rap» puru» cuusiateiil la coutunancc triste et iii(|iiiète de ce guerrier.
LA RUE, LE CLUO, LA FAMINE. 2j9
qui respiroit l'aristocratie dans toute son liabitude , car cette salle étoit tapissée d'une douzaine de tableaux représentants Louis Quatorze, le Dauphin , le prince de Gondé, des ducs et marquis environnés des attributs de la féodalité. Les patriotes avec lesquels j'étois ont voulut faire tapa^jc; mais sur mes observations ils n'ont rien dit, parce que je leur ai representr qu'il y avoil de» ofticiers de police chargés de surveiller ce qui était contraire aux républicains. Comme je crains que ces emblèmes de l'ancien régime n'occasionnent tôt ou tard du bruit, j'invite les ma^jistrats du peuple a donner des ordres au comité de surveillance d'Issv-l'Uniou pour que le propriétaire de tels tableaux ne les expose pas aux regards de ceux qui vont chez lui. •
m Subsistances. — Il se commet une dépopulation totale aux en ^ irons de Paris, et surtout du côté de la barrière de Sèves I de bétes à cornes, car on y tue que vasches et brebis , pleines on non pleines. Tout cela n'est point étonnant, • d'après les renseignemens donnés par de bons patriotes ; car les habitans de Paris viennent achéter cette viande jusqu'à 25, 30 sols la livre; voilà le motif de la cupidité du vendeur comme de Pacbeteur.
» Tous les environs de Paris m'ont paru trés4ranquilles et mêmes gais. •
Rapport de Perrière,
•Honte des sociétés, et surtout d'une société telle que la nôtre, — Une femme , mère de quatre enfants et grosse du cinquième, ayant son mari dans un hospice, qui a eu le malheur de se casser la jambe , est tombé de besoin dans la rue du faubourg Saint-Honoré , et dans sa chute s'est ensanglanté tout le visage; chacun s'est empressé tle lui porter
des secours en nourriture et en argent On reconnaît là
l'homme : difficile à croire au malheur de ses semblables
SIO PARIS EN 1704.
(pen^étre parce qu'il a soayent été trompé), mais encore plus difficile à émouvoir, il loi faut ces prenres sanglantes de rinfortune ^nn individa pour Tâtranler en sa ftiveor • • • Après tout il Tant mieux des secours tardifs qu'un endnrctssement soutenu Mais à qui est-ce de prévenir ces funestes accidents et d'épargner aux niallicurcux les tristes preuves qii'.Tttendent des étran^jers? .... A fjui? si ce n'est aux comitt's de hienfesanco des section^?. . . . Quoi! c'est dans une société civilisée et surtout dans une société qui, comme la notre, prétend se {;ouverner par les seules loix de Tégalité et de la fraternité, c'est dans la France républicaine que l'on verra tomber de besoin dans les places publiques une femme, une mère de quatre enfons, une femme eo* ceinte, une femme dont le mari , par la perle d'un de ses membres, est priré des mo^rens de soutenir l'existettoe d^une famille nombreuse ! ... Et les relations des voyageurs nous apprennent que le sauvage dont la chasse a été abondante partage avec celai qui a eu le malheur de ne nen attraper!... 0 honte! à nom de la vertu profané et prononcé en vain! »
a Bouchère gt commissaire à la dislrAuMUm de la viamde, arrêtés et conduits à la mairie, — C'est pour avoir, Tune vendu et Tautre sooHert que Yoa vendit 90* au peuple une viande médiocre avec le déchet (c'estMire le mou, les pieds , la tripe , etc. ), et force réjouissance.
■ Le nom de la bouchère est Blondé, rue du Faubourg- Saint-Honoré , et celui du commissaire, Mail, parfumeur, voisin de la délinquante.
»' Cette femme, depuis la difïîculté pour la viande, n'a cessé de vendre au prix et avec la mauvaise foi que je viens de dire; tandis que dans le cœur de Paris, on la vend superbe et sur le pied de 14 à 15'.
« Au moment où elle fut dénoncée au comité révolutionnaire de sa section (les Cliamps-P'lizées), elle eut le tems, en ayant été prévenue par les menaces de la citoyenne qui alla la dénoncer, elle eut le tems de tirer de ses cachettes de superbes morceaux de viande réservés à de grosses prpuiqaes,
LA BUE, LE CLU9, LA FAMINE. Slt
et de \e> exposer sur son comptoir, ce qui fut un événement heureux pour les citoyens qui restoient à servir, et (]ui le furent d'une manière à laquelle ils ne dévoient certainement pas s'attendre ; quoique d'un autre côté ce foible avantage pour les citoyens fat un moyen de conviction de moins contre Il coupable. »
m Rebelles de la Vendée. '^ie ne sais qui est-ce qui s'a- OMise à répandre dans les parties les plus éloignées des îmbourgs de £inx bruits sur l'état actuel de cette malbeurense
gneme l'ai renoostré tout au baut de la me de Mâiil-
montaiit un petit conciliabule de Trais sansKmIottes, qm se commuDiquaient des lettres et des journaux, et j'entendis à la Tolée Ton d'eux dire : ■ On dit qu'il y en a encore en » diable de ces rebelles de la Vendée. »
• Eiprit fnihlie, — Les rues de la Gourtille regorgeaient des flots ^un peuple joyeux et proprement Têtu , partout on entendait le bruit de la danse et des instruments; ainsi (quoique je ne réponde pas du nombre des malheureux qui pouraient être restés gémissants dans leurs greniers), les sinistres projets des méchants sont confondus, et c'est en chantant la Carmagnole et tous les airs chéris de la liberté, que
le peuple soutient son carême républicain Et ce tableau
n'était pas particulier à la Gourtille; il s'appliqjie à toutes les grandes rues des Fauxbourgs. D'un autre coté on rencontrait des eufans de cinq ans , vrais petits sans-culottes, (jui se fesaient la guerre à coups de pierres , en soutenant leur ardeur guerrière delà chanson : «La liberté dans nos foyers » ... O France ! quel peuple tu es , et quel peuple tu promets ! »
Rapport de LesearueL
« Il existe un nouveau genre de brigandage et d'eseroqoerie non moins funeste pour les autorités que pour les antres citoyens. Des individus en pantalon, après avoir prêtbbicment pris des renseignements sur les personnes et les
localités, se transj)ort(Mi( dan^ les maisons, demandant à parler en particnlier au maître ou à la maîtresse du Io{;is, les entretiennent d'abord «les affaires du tems, l'orment des histoires analogues à peu près aux renseignemens qu'ils ont pris» et finissent par leur faire cette conBdence : a Entre » nous autres honnêtes gens nous non:; devons des services » réciproques, surtout dans les malheureuses circonstances » où nous nous trouvons : il existe un système dé$or(^anisa- » teur qui en veut aux personnes et aux propriétés; nul n'est s exempt de ses coups ; [)as même vous qui cependant aves » toujours joui de Testime de vos concitoyens , qui vous êtes » toujours conduit de manière à la mériter. Eh bien , vous • êtes désigné comme suspect et devez être arrêté comme » tel; ainsi vous n*avex pas de tems & perdre, il faut agir
» promptement : cette nuit » Malgré les protestations
de civisme et de bonne conduite de la part des malheureux citoyens ainsi induits en erreur par les coquins, la frayeur s'empare d'eux, ils balbutient, et pour détourner cet orage prétendu, ils finissent par faire des offres d*argent et de hijoux , et s*tls n*ont ni Tun ni Tautre , ils sont sollicités de l'aire des billets au porteur »
liapporl de Lalour-Lamontagnc.
n La séance des .lac oltiiis a présenté aujourd'hui un spectacle I)ien intéressant. La sccIuhi de Maï al est venue conduire en triomphe, jusque dans le sein de la société, trois citoveiis que le tribunal révolutionnaire vient d'acquitter. Le front ceint de lauriers , ils ont reçu les témoignages les plus éclatants de l'estime et de la satisfaction pubhque. Le tribunal a aussi reçu du peuple le tribut d'éloges que méritent la justice et l'impartialité qui caractérisent tous les jugeroens. Ces citoyens, en se retirant, ont tour à tour déposé avec respect leurs couronnes sur le buste de Ghallier, et la salle tout en-
tiére a retenti, à |>lu>.ieurs reprises, des plus vifs applniulissenients. Voilà, s'est écrié un citoven, une honne réponse à tous ceux qui osent dire que le peuple est cruel et sanguioaire ' »
Rapport du citoyen Le Breton.
■ J'ai eotenda causé dans un caîSé sur les causes
du jugement prononcé confie la cy^erant madame de Marbœuf. Et Toici ce qu'on en disoit : qu*un cHlevant capitaine de dragons, attaché à son char, avoit résolu de la sauver; que pour cela il étoit allé trouvé le commissaire chargé de la levée des scellés ches cette femme , et lui avoit promis mille louis s*il pouvoit soustraire plusieurs pièces servant à conviction dans un endroit indiqué , et avoit remis an même moment six mille livres en assignat dans la main du commissaire, en lui disant de se trouver le lendemain à dix heures (lu matin chez l'ropagan , notaire, qni lui remettroit dix-huit mille livres, que le commissaire avoit fait senihlans d'ae- (jniescer aux propositions, et étoit allé dénoncer cette tentative de séduction. Que pour lors on Im donna le conseil de tenir la condnitte dési{jné , et qui effectivement an moment ou le notaire lui comptoit son aqjent, il entra de la force année qui arrêtèrent le dragon et le notaire, qui furent jugé trois jours après. Cette conversation attira la pitié et la compassion de trois ou quatre personnes qui écoutoient ' *
' Ces trois innocents ét.iicnt .-icciiscs de fournitures iiifidi'los, et se nnmmaieiii Jean Françui.4, tailleur, adtniniiitrateur de rhabiilcmcnt des tioupc8 } Jcan-Louid Marchant, même profeMion; et Jean-Iiaptiste-Pierre Lenfmt, eserçant paiement la profeMion d*adiiiinîslniteiir de l*Iiabiilemeot dm troopea.
' Anne Michelle, marquise de UsflMeiif, lot condamnée à la peine de mort le 17 pluviôse an 11.
Après bien dci recherches, nous écrit M. Gampardon , j'ai fini par trou- ▼er le capilaine de drafoni et le noUii«.
Le premier, Jean Capotte-Fenillide , Agé de qnaranle-ireis ana, calUra-
RapfMfi du edeyen J, B, BK
" A ffiche (l'Hébert. — Le pére Duchesiie a couvert les murs d'un placard dans letjuel il ré|)ond an r«^proc he qu'on lui a fait «l'être un accapareur, li profite de rocca>ion pour justifier sa conduite politique. Le public lisoit attentivement cette affiche. Des hommes qui paroisaoïent très-faniilier> ;n ec le lanjjage du pere Duchesne disoient éncrjiquement que c'étoit ïnioï maUieiireux qu'il n'eût pas voulu être ministre ; que si on vnÀi ma. conseil exécutif que des citoyens comme Hébert, tout iroit bien mieux : mais que tous les ministres, excepté celui de la guerre, étoient des Philippotins , qu'il fnlloit foire jouer k la main<^aude. Quelques femmes écoutoient et disoient qu'on «Toit bien raison.
» Il paroftroit qu'on vent propager cette opinion, car Pobeenwtion a été faite dans difliérens endroits. »
• Affiche du départememt. — Le département a hk afficber un arrêté qui tend à accélérer rétablissement des écoles primaires. Cet airélé fixoit l'attention de beaucoup de personnes; et Tavidité arec laquelle on le lisoit proove le désir des bons citoyens de voir organiser promptement des écoles républicaines. Des pères de femflle disoient que le décret qui doimoit lieu à cette atïiche auroit besoin d'explication. Ils ne concevoieut pas comment on pouvoit exijjer d'eux qu'ils envoyassent aux écoles de TenBince leurs fils et leurs filles, qui deja savent tout ce que l'on doit v ensei(;ner. Ils soupiroient après une loi qui établiroit des école> secondaires , ou au moins un décret qui détermiu&t positivement
tmnr, et ci-devant caj^iaÎBe de dragon* , fut condamné à la peine de mort
le 4 Tenlôsc an II.
Et le deuxième, Loui.^-DominitiUfv Augustin Pr/'dicant (et non ProjMgan) , àqi de trenle^ienf ans, notaire Parii , fut . également condamné k
mort le iiii' nii |oiii .
(M. Capui K'-l l'iiillilir est «ans doatc l'oncle do M. Gapo de FeailUde, publicistt; céltltrc sous Ir leyiii' de I.oui^i-Philippt'. )
< Ce J. B. fi. n'était pas un observateur attitré ; il rempliatait d'antre* fonctioni et n'eierçait celles- ci qn'accidentaHement : en nu mot, c'était m obaemSenr amatevr, mai* payé.
quels seroient les enf;ms (jue Ton seroit force d'envoyer aux petites écoles. Les rcHcxions et les inquiétudes seroient fondées, si le décret ne disoit pas que les enfans doivent être envoyés à ces écoles avant 1 âge de huit ans ; dt)nc tout enfant qui a atteint Và^e de huit ans ne doit plus v ctre cnvové.
w II seroit nécessaire de tranquiliser par une affitthe ou par one annooce dans un journal très-répandu les parens inquiets qui cnigoeot de voir perdre à leurs enfuis un tems précieux. 9
Première oiuervatiom.
« Salles du palais, six heures du soir. — Des groupes s'étoient formés près des tribnn;iij\ révolutionnaires, et les citovens tt'moignoient unanimement leur étonnement de ce que les tribunaux ne s'ouvroient plus régulièrement tous les soirs comme autrefois. Les juges se lassent, disoit-on, il faut qu'ils se reposent après diner. Quel mal! disoit un citoyen. Cela fiftil que les aristocrates qui auroient été condamnés le soir vont h la guillotine un jour plus tard; il n'y a pas grand mal à cela. Fort bien ! dit un bon citoyen. Mais les innocens çu'ils auroient pû acquitter le seroiU donc un Jour plus tard! Bravo , mon camarade » reprit celui qui avoit parlé le premier, TOUS aves plus de raison que moi.
■ On devroit donner beaucoup de publicité à ce trait de mœurs qui bonore Thumanité. »
Deuxième observaHon.
« On parloit dans ces groupes du tribunal criminel du département. On s'étomioit (le ce que les jurés v votoient encore avec des boules noires et blanches , tandis qu'au tribunal révolutionnaire leur opinion se prononçoit à baute voix.
» On observoit que cette métbode secrète sauvoit la vie à plus d'un accapareur, parce que tel juré qu'auroit dit tout
haut que Taccusé ëtoit coupable , lui domnoit en secret TabsoluUoQ par le moyen d'une boule blanche. •
Observations du cUojen HoUn.
« Les ennemis de la Répulilique assurent que la paix et 1 uniun ne sont rifn niuins que rt't.il»lies entre nos fièrt's les Jacobins et le club des Cordeliers, qu'Hébert a dit que lui ou le citoyen Paré, ministre de l'intérieur, périroit; on njoule que le club des Cordeliers ne veut point quitter pri^c <pi il n'ait culbuté les ministres (excepté le C. lioucboto), et qu'il n'ait remplacé ces postes par des citoyens de sou cboix.
• Dans le calé de Foix, au palais K^jalité, on traitoit le discours du C. Collot-d'IIerbois aux Cordeliers de platitude, disant qu*il s'éloit humilié devant TAssemblée, et avoit , par son peu de courage et son lan^§e doucereui, ravalé nos frères les Jacobins, qui, certes, ajouta<t-on, sont incapables de connaître une telle bassesse.
> Il eti^te dans rassemblée généralle de la section du Panthéon français des individus inconnus, ou du moins connus depuis trois ou quatre mois au plus, dont Tardent patriotisme donne du louche aux vrais républicains. Il n'est point possible de s'entendre , les motions, sont comme des torrents qui par leurs mulUpUcités entraînent avec elle tout le bien que l'on pouroit faire, tout y parlent à la fois, il semble qne ces individus soient payés pour troubler l'assemblée et empêcher qu'on ne travaille au bonheur de la République. On assure que c'est partout la même chose, et que le pis est <pie chaque section a des êtres qu'elle préfère, de manière que l'une est pour Hébert, l'autre pour Danton, une autre pour les Cordeliers, une autre pour les Jacobins j enfui ou craint <\nv cela n'attire un jour une (juerre civile.
" Le peiqtle e>t é{;aré, quantité d'individus se plaisent à faire sonner à haute voix qu'il y a quinze jours qu'ils n'ont mangés de viande, et que les ouvriers ne peuvent point tra-
vaillcr sans manger de la viande, et moi j'atteste est urgent d'interdire à tous les aristocrates d'avoir plusieurs plats de (;ras pour un repas , car il y en a encore qui en ont trois et quatre. »
Rapport de OiarmonL
«iMal(;ré le mauTaû tems qu'il fesoît aujourd'hui* cela n'a pas empêché les foulles aux portes des bouchers, chandeliers et descomités civils ; descitoyensTOulant suivre de prés ces femmes, ont remarqué que partout ce sont presque toujours les mêmes ; qui plus est, c'est que l'on a arrêté plusieurs de ces femmes pour avoir été depuis six heures du malin aux portes des bouchers jusqu'à dix heures, ensuitte veuir au eouiité civil de leurs sections, jusqu'à midi, pour avoir un lum pour le porc salé, et de là, passci- le re>te de la journée pour avoir une iiiallicureuse chandelle chez le chaiidellier, où elles ont été j)ri>es et conduites dans diliérenls comités révolutionnaires, et cela fait croire aux hons citoyens qu'il y a eucore des malveillans qui sont soudoyer par nos ennemis intérieur ou extérieur. .... »
Rapport de Pourvoyeur,
« L'on disoient qu'il faudroit supj)rinicr tous les
caffés et les maisons de jeux dans l'enceinte du palais royal , ils ne tbnt que servirent de repaire aux brigands, de tous gens.
n D'ailleurs l'on observent que les caftes sont inutils, ils empêchent quantité d'individus de se rendrent aux assemblées; Ton se plaint que quantité d'officiero de-tons grades et même des soldats remplissent cet mtaies caffiSs et les spectacles, lorsque la Vendée n*est point déimite.
» L'observent encore que tous les bals publics devrais êtres défendu au moins jusqu'après la guerre, c^est encore
ttS PABI8 EN 1794.
un rassemblement iniitile et souvent nuisible aux bonnes mœurs et insultant à la iiusere publique. »
liapport du citoyen Le Breton.
" Un disoit à la place de la Révolution, procbe les
Thuileries, qu'il étoit étonnant que le (jlaive national n'aye frappé personne depuis deux jours. Un autre répoodit ; Je dësirerois que les bommes n'eussent jamais eu besoin de pareils apperçu pour s*entendre entre eux. La conversation dura long^ems et fut terminée par un troisième qui trouvoit impolitique de faire de ces sortes de justice joumeUement, que le peuple s'babituoit à aller li comme à la messe, et la victime comme le prêtre qui va feire le sacrifice; il prétendoit qu*il eut beaucoup mieux valù ralentir les exécutions , et les foire plus nombreuses, c'est-à-dire, disoit-il, en guillotiner quatre cent tout les trois mois s'il Peut lallu , par ce moyen nous n aurions pas babituë le peuple a venir là comme à un spectacle, et les coupables avec le sang froid de l'innocence. Je soutiens , ajoutoit-il , par l'habitude que nous avons devenir ici, qu'il n\- en a pas un de nous que ce supplice fasse frissonner. La conversation s'est terminée là, ils se sont quilté^ en se donnant parole au même endroit pour la prochaine exécution.
» Le peuple se plaint dans la section de la fontaine de (Treueile de ce <pie le ï^ervice militaire v est extraordinairenient tati{juant , que l'on les couuiiande pour des patrouilles bors ta ville , et que l'on les envoyé trop loin , jusqu à Meudon , Sèvres , Saint-Cloud , qu'ils restent douze heures dehors, à toujours marcher. Au moins, disent-ils, il foudroit y assujétir tout le monde à la même fatigue , et empêcher les remplaœmens pour ces corvées.
» Un porte -faix disoit sur le pont National, à un cocher de fiacre qui se plaignoit de quelque chose : Um vrai r^u-
blicain doit manfjcr du pain, boire de l'eau, s'Iiabiluer à la fatigue, ne jamais se plaindre.... a ce qu'on dit.
> Un cUoyeD ioconod dans un cafPë de la rue du Bracq , « dit avoir rencontré un CKdevant marquis de Damas dans la me du Roule criant un journal dn matin.
■ La ville m'a paru trés-tranquille. » ,
22 yzntàsE, (12 habs).
Rapport de Mercier.
« Le marcliand de vin qui a été tait mourir aujourd'hui, accompagné d'un architecte et d'une religieuse", a fait des farces jusqu'au moment où ils dit à tous les spectateurs qn^l leur souhaitoit plus de bonheur, que pour lui, il mouroit pour bien peu de cboses, et aussitôt il a dit adieu à tous ses amis en riant.
» Un citoyen disoit quMI ne conceyoit pas le Tribunal révolutionnaire, vu , disoit-il , la religieuse qui vient de perdre la vie ne la méritoit pas , elle ne méritoit tout an plus qn*a être déportée; mais plusieurs lui ayant demandé si il croyoiC les juges capable de condamner quelqu'un à mort sans qu'il le mérite, il a répondu que c'étoit suivant Finterrogatoire qu*il avoit entendu le matin envers cette religieuse, et il est parti en finissant ces mots. Je Paî suivi jusque sur le boulvard du Temple, où il est descendu par un escallier dérobé.
* Un marbhand de papier crîoit aujourd'hui que dans Bordeaux les citoyens étotent réduit a quatre once de pain par jour, un citoyen à qui je demandois si ce papier étoit vrai, me répondit que malheureusement ce n' étoit que trop vrais , et que sous peut le Parisien seroit logé à la même en-
> Marin Blanchct , marcliand de vins et capitaine de eanonniers de la «ectioii (lu laiilioiu j» Poisxonnièi <■ : Ali \;in<lr«î-Pierre Caui-lioîs , architecte; Sophie- Adélaïde Leclerc-Glati^n) , tille naturelle du cumtc de Wattevillc , tdicieuM profeiM m 0M««at d« h Viiitatioa ès SaiasJeoii.
5tI0 PARIS EN 179*.
seigne. Je lui dis que je ne le crovois pas vrai républicain par la mauvaise confiance qu'il avoil l'air de me donner; il voulut faire du bruit, plusieurs citoyens s'assemblèrent; et après leur avoir conter ce qui en étoit , il vouloit savoir ce qu^il étoit» mais il a profité de la quantité de monde qui ▼enoit de voir mourir les trois et est évadé, n
Rapfwrt du citoyen J, J. B,
m Club des Cordeliers, — La séance s'est ouverte par la lecture de plusieurs lettres qui felicitoient la Société sur le projet qu'elle avoit formé et exécuté de continuer le journal de VAmi du^ peupU, On a lu le procès-verbal de la dernière séance , il a été adopté. Ceux des deux séances précédentes n*ont pas encore été lus. Le président a donné lecture du second numéro du journal de la Société. Il étoit composé d*un passage extrait de la feuille de Marat ; c*est le portrait du dénonciateur ou censeur populaire* Ce portrait tracé avec l'énergique pinceau de Marat , a été fort applaudi. On a retrouvé aussi dans ce numéro le discours que Ronsin avoit prononcé à la tribune, et qu*on peut lire dans toutes les rues parce qu'il Ta fait afficher. Enfin la lettre d*Albertine Marat, qui reprochoit aux Ciordeliers de n'avoir pas le courage d indujuei- le» nonis des continuateurs du journal de son frère, a donne lieu à une assez lon^jue discussion. Devait-on maintenir ou rapporter l'arrêté qui ordonnoit que le journal seroit rouvra(;e de la Société et non pas celui de quelquesuns de ses membres? Hébert, Brutus, Bourgeois et liouin , ont parlé successivement pour et contre. Les débats n'ont rien offert (pii intéressât l'esprit [)ublic , et l'arrêté a été maintenu. Des députations sont venues déjioser sur le bureau des arrêtés qui avoieat été pris dans leurs sections ou sociétés respectives. ■
a Dénonciation, — ^Toynin ou Monnin a demandé la parole sur Texistence d'une faction dans le sein de la Conven-
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LA RUE, LE CLUB, LA FAMIKE. Sti
tion nationale. Il a dît que cette faction existoit même avant le trente-un mai. Il en a dtë pour preuye une démarche qu'à cette époque Chabot et Léonard Bourdon firent auprès du comité central, qui venoit de se saisir des pouvoirs et qui diriçeoit Tinsurrection. L'orateur a pris à témoin un membre de ce comité qui étoit présent à l'assemblée. Ce membre a dit que Chabot et Léonard Bourdon étoient efieotivement venus trouver ce comité, qu'ils avoient voulu se faire rendre compte des motifs qui fesoient agir le comité , qu'ils avoient menacé Paris de toute la vengeance des départemeiis >i Ton portoit la main sur un seul député; ils avoient dit que les chefs des députés «pie Vou refjardoit comme ennemis de l'Etat alloient (ionncr leur démission , que , par conséquent, ils ne scroient plus dangereux, et que l'insurrection devenoit utile. Le même membre a parlé des démarches qu'il a voit faites au nom du comité central près du comité de salut public ; que Barére lui avoit demandé si cette insurrectionavoit été méditée, et qu'il lui avoit répondu : Qu'estce que cela te £ait? Fais ton métier, et laisse-nous faire le nôtre. Il a dit que mécontent de la manière dont il étoit reçu par les membres qui composoient alors le comité de salut public» il étoit revenu au comité central, et avoit foit prendre les grandes mesures que tout le monde connott. Hébert , qui avoit vu venir Chabot et Léonard Bourdon au comité central, a attesté la vérité de ce que l'on venoit de dire. Il a dit qu'il falloit enfin déchirer le voile; que Fon vouloit feire le procès aux patriotes qui avoient alors sauvé la République ; qu'il feUoit se reporter à cette époque. Il a rappelé qu'un décret qui n'étoit pas encore rapporté condamnoit à la peine de mort celui qui s'étoit mis à la tête de l'insurrection. Il a dit que Barcre, l'insidieux Barére, avoit eu l'audace de faire à la tribune, trois jours après, la censure de cette sainte insurrection. Il a rappellé le moment où la Convention nationale sortit tout entière et se promena dans le jardin des Thuileries pour arrêter l'énergie du peuple; il a cité ce propos d un canonnier au député Lacroix, qui se
plaigDOÎt d*ètre avili, insidtë : Ta voadrois bien, coquin, qae Ton t'imnltàt, mais nous ne t^en donnerons pas le plaisir. Hébert a remonté encore phis haut, an 10 août. Il a représenté Cbabot et Lacroix se jettant alors aux pieds dn peuple pour Fempécher d*immoler le tjran. Tonte celte conduite rapprochée et bien discutée lui a prouvé fezistence d'une fiiction qui ne veut pas la liberté. Toutes les fois, a-t*il dit, que nous touchons la corde des dilapidateurs, ces hommes font mouvoir tous les ressorts nécessaires pour don* ner le change , mais ils seront tous connus. Hébert a dit que la proposition faite d'une insurrection , quoique d'ailleurs hypothétique, pourroit paroltre inconséquente, parce que dans lin moment H iiibiin t'ctioii le jx'upic (le\ oit abattre d'un seul coup les tètes de tous ses ennemis, et qu'il ne les ronnoissoit pas encore tous. Le discours d'Héhert a été unanimement applaudi , et de la Sociéti- et des trihune>.w
»( Esprit jnihh'c. — Movnin qui avoit été interrompu a repris son discours. Il a parlé avec beaucoup d'éuerfjie sur les dangers auxquels la faction expose la liberté. Une députation de la société républicaine de l'Ami du peuple est venue déposer dans le sein des Gordeliers ses inquiétudes sur les assignations envoyées à la plupart de ses memb|^s pour comparoltre au tribunal révolutionnaire. Momoro , qui avoit demandé la parole pour des feits , a quitté le firateuil pour passer à la tribune. H a rappellé Tapparution à la barre de la Convention de l'aceosateur public du tribunal , le décret qui lui ordonnoit d'informer contre les auteurs et compKces des mouvemens qui avoient eu lien à la halle, et des placards qui avoient été aCBchés. G'étoit en vertu de ce décret, qne Paccusateur public avoit foit assig^ncr presque toute k section de Marat pour savoir quels étoient les membres qui par leurs propositions avoknt amené Fairété qui annonçoit que la section voileroit les droits de Fhomme si on ne la raasûroit pas bientôt sur les subsistances. Momoro dit qn*il avoit été assigné lui-même, et il a rendu compte de la manière dont il s'étoit conduit au tribunal. 11 a plutôt fait une
IbyG
LA RUEt LE GLDB, LA FAMINE. ItS
décbntioo qoe répondu max questions qu'on hn fiMSoit; et à son Urar il a questionné celui qni Vintetpelloit. Il kii a de» mandé si Fon aroit fenné le projet de fiûre le ptocèa ans pbs afdens patriotes, etc. Momoro a fini par dore k la société qu'il avoit encore une grande véiité 4 loi dévoiler, mais qu*îl la féservott pour une antre fois. Hâ>ert a pris encon une fois la parole pour demander acte à la Société du désa TOn formel qu'il faisoit d'avoir, comme l'insinuent les journaux, parlé contre Robespierre dans la séance (Je quai tidi dernier. La Société, convaincue que Hébert n'avoit rien dit contre Robespierre, lui a donné acte de sa demande.
■ Au commencement de la séance Chesnaux avoit rendu compte de la manière dont la députation des Cordeliers avoit été reçue aux Jacobins. Il a dit que la députation avoit éprouvé un instant de défaveur, mais que le public l'avoit vengée sur le champ par ses applaudissemens.
» Pendant toute cette séance les tribunes étbient fort tranquilles, et sembloient partager les sentimens des Cordeliers.
* Séance levée à 11 heures. »
Rapport du eUoyem Banrioi, etmnàismbre ùbêetvmiem
tUms Pana,
« Un patriote disoit hier : L'usage des sabots, auxquels on a mvité les citoyens, *est une chose' incommode , dispendieuse et de peu d'avantage pour la République ; incommode* car les citoyens qui n'y sont point accoutumés se blessent les pieds et ne marchent qn*avec beaucoup de difficulté.
• Dispendieuse, c'est qu'outre qu'ils sont d'un prix excessif, ils se cassent aisément, et il faut en changé souvent.
» De peu d'utilité pour la République , puisqu'en invitait les citoyens à porter des sabots elle n'a point atteint son but. Où étoit-ii en effet? De ménager les cuires pour fournir
à nos frères d*annes tous les souliers dont ils oot besoin ; d'approvisionner nos armées , pour éviter les incooTénients des années précédentes. Si c*est là le yrai motif, disoit-il, je demande pourquoi les préposés au bon ordre n'ont point encore fixer les yeux sur toutes ces boutiques de cordonniers qui ne sont plus aujourd'hui que des ateliers immenses de bottes, non point pour les cavaliers de la République, mais pour les muscadins, qui s'approvisionnent en bottes comme jadis on s'approvisionnait en souliers. Ils s'ima^nent par là avoir rempli le vœu de la patrie ; cependant une paire de bottes est d'un prix excessif, elle consomme beaucoup de cuire ; aussi qu'arrive-t-il? c'est que le cordonnier qui a ciuq et six garçons refuse de faire des souliers »
23 VBNTAsE (13 MABS).
Rapport de Dugoi,
« La séance des Jacobins a été très-intéressante. Après la lecture de la correspondance, on a procédé au scrutin épuratoire , qui a été bientôt abandonnée , sui^g^ demande de Gouthon que Saint -Just fut entendu. Ce jeune orateur est monté à la tribune. Il a foit lecture de son rapport sur la nouvelle conspiration , dont le fil est à Londres et se prolonge jusqu'à Paris. L'énergie de son discours a été fort applaudie , et les cris de Vive la république! ont été mille fois répétés. Saint^ust a foit connaître le décret qui a été rendu à la suite de son rapport , et les applaudissemens ont recommencé »
Ce dt-cn-t préparait le* coup (m'oii devait porter aux lu'"bertistes : ti Le tribunal ré\ohiti<)im:iiic h>ra proinplcim'iit arri'ter ut mettre en jugeinenl les préscnus de conjuration contre le peuple français et sa liberté; quicoïKjue usur|)e le pouvoir de
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. f2)
la GonventioD nationale, attente à sa sàceté ou à sa dignité, est ennemi du peuple et sera puni de mort ; la résistance au gouvernement révolutionnaire et républicain, son avilissement, les tentatives pour le détruire ou Tentraver, seront punis de mort. Il sera nommé six commissaires populaires pour ju(||er prompte* ment les détenus dans les prisons. Les prévenus de conspiration qui se seront soustraits à Texamen de la justice sont mis hors la loi, et quiconque les recèlera sera puni comme leur complice. » — Celte dernière mesure devait atteindre les Girondius dans leur ijelraite. Saint-Just n'oubliait personne.
Rapport de Bacon.
et L'assemblée populaire de la section des Amis de la
patrie étoit assez nombreuse. La SL*ance a été calme. On a passé au scrutin épuratoirc quelques citoyens. On a lut des imprimés du comité de salut public et le rapport de Saint-Just sur les gens suspects. (Vifs applaudissemens.) Des petits enfans se sont ensuite présentés , et ont récité par cœur des vers en Cftveur des martyrs de la liberté. (Grands applaudissemens.) Le président de la Société leur a donné le baiser fraternel. (L'esprit public à la hauteur des circonstances.)
s L'assemblée populaire delà section du Bon Conseil étoit extrêmement nombreuse. Beaucoup d'hommes, de femmes et dTen&ns étoient aux tribunes. On a d'abord commencé par lire difCérens arrêtés du comité de salut public. On a ensuite passé à la censure différens citoyens, dont la majorité a été rejettée. On est si strict, qu'an homme qni ne s'est pas înontré dans les momens de crise d'une manière énergique ue peut foire partie de l'assemblée. Pour un rien, on est mis à l'écart. Aussi y a-t-il eû une vive discussion et trés'bruyante relativement à Léonard, menuisier, rue Parée, nommé pour la troisième fois capitaine d'une compagnie, ^ et (jui vient d'être aj>pelé depuis peu par ses concitovens .assesseur du juge de paix. Le comité de présentation a ac«
Gusé Léonard d*aToir été un peu foible. (Bruit, et grand bruit.) Les membres de ce comité ont été traités de patriotes du 31 may. (Bruit.) Plus de 15 citoyens ont attesté le caractère révolutionnaire et le patriotisme de Léonard.
Mal{;ré cela , un grand parleur, qui n*aimoit pas le menuisier, a tant fait qu'il a été rejette. (Bruit aux tribunes.) En suiUiut, le capitaine juroit et disoit : « Comment! moi, patriote <lu 14 juillet, c'e^t ainsi qu'où e.>l traité! » Les femmes et d'autres honmies en tablier lui dii^oieut : « F... -toi de
cela! Ne vois-tu pa«- <pie la plu>part de ces b (jui >ont
à la socii'ti' populaire, et (pu ont paN>t' nu creu/et , sont de faux patriotes? Ils fout rejetter un excellent républicain afin que nous nous désunions, m — « Si la Couveution ne prend pas garde, disoit-on, a tout cela, on ne s^accordera pas, et cela nous f. . . . . dans la n&sse. • — ■ Vous arez bien raison , disoient des femmes. Nous sommes toujours ici, et, en Térite, on renvoit bien des bons patriotes. » (.T'ai cru utile de faire part de tout ce qui s*étoit dit relativement h Léonard , pour qu*enfin on pût s'appercevoir que les intrigues cherchent à dégoutter les patriotes.) — J*ai quitté la séance, et en sortant de la cy*devant église, cinq à six femmes s*entretenoient en s*en allant de Léonard. Voici ce que j'ai entendu : « On dit qu^il se prépare du bruit. En vérité, on pourroit bien tomber sur le dos des clubistes, car ib se font diablement d^ennemis en chassant avec leur éporement de bons patriotes. »
• L'assemblée populaire de la section des Droits de rhomme étoit très-nombreuse. On a passé au scrutin épuratoire différents membres. Ou a parle des prisons. Vu membre a alors dit : « Nous somnu>s à deux pas de la Force; il tant que chacun de nous surveille cette prison , car nous en sommes prestjue responsable-». »> ( Applaudis>i iiien->.) On a ensuite lut des arrêtés de la (^onunuue. La séaiice a iiuit à 11 heures, (J'ay trouvé l'esprit public bon.)
■ Subsistances. — Voici une nouvelle manœuvre qu' employât les ennemis de la république pour que cette grande
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. ttT
commune manque de (lenrees de première nécessité. \jC croiroit-on? des» honmies, des eufaus même, vont au-devant des laitières qui a| «portent leur lait à Paris, les traitent
d'aristocrates, de p de ç , etc., leur jettent des
pierres iors(|u'ellcs ne veulent pas leur donner du lait. Ces brigandages se commettent surtout à la barrière de Vaugirard. (Tels sont les reaseignemeos que j'ai recueillis dans ce» quartiers. )
» J'ai parooaru di^Tércos cabarets. Le peuple n'y parle que des prisons, il m'a parut, et surtout aujourd'hui, qu*i^ est travaillé pour qu'il y ait quelque iasunection; et en ^néral je ne SUIS pas content.
a Subsistances. — Eu me rendant sur le port Bernard, j'ai entré au café appellé le café des Macoimois. Voici ce qu'un marchand de Tins disoit tout bas à un antre marchand : « Je viens de foire partir 50 pièces de vin à Lille, par ordre du comité des marchés. Je me suis eng^agé à en fournir deux cents sans aucun écrit de part et d'autre. Les marchands du port murmurent et font le diable contre moi en disant que j*ai enlevé le vin de Paris. Je su» bien aise, disoit ce citoyen» d*envpyer mes Tina à l'armée, car en vérité on dit tant de mauvaises nouvelles, et qu'il va y avoir à Paris une insnrrection , que nous antres, manâiands des départemens, tremblons. »
• Différens ouvriers , sons nne des arcades de la place cydevant Louis -Treize, disoient qu'une femme avoit dit le malin chez, un marchand de vin qu'un crieur de journeaux Tavoit invitée en la rencontrant dans la rue de dire à son mari qu'il Ht ré(;ui.>er son sabre et affiler sa pique, car sous peu on en auroit besoin.
» Dans les caffés, on a lieaucouj) parlé du bruit <ju"il y a eû à la halle. Chacun taisoit sa version, et on craint pour les prisons.
» J'ayété incommodé liier (les grandes courses que j' a vois hiites. Telle est la cause du noo-envoy de mon rapport. »
Rapiiort du citoyen Hanrioi, cominàsaire observateur.
n Comme la reprise du journal de Marat par le club des Cordeliers a fixé ratlention de tous les patriotes, ils attendent avec impatience le numéro qui doit suivre celui qu'ils viennent d'émettre dans le public. Le noble objet qu'ils ont annoncé, de sauver la répuldique ensemble avec les Jacobins et de terrasser les restes niéprisablcs de l'aristocratie, picque de plus en plus la curiosité. J'ai vii que cVHoit le sujet de conversation dans tous les cafïés où je suis entré. Cliacun se livroit la-<lessus à ses conjectures. Les uns vouloient que cette paix ne fut pas bien sincère, surtout après le voile jette si subitemeot sur les Droits de rbonune (conduite dont ils n'ont encore donné aucune raison suffisante). D'autres disoient qu'il falloit du tems pour les juger aussi sévèrement; « leur journal, dont* nous pourrons faire lecture, ne sera* t-il pas le miroir fîdel dans lequel nous découvrirons leur façon de penser? Ils disent eux-mêmes ^uV/fera le iouterrain d'où l'oracle de la vérité se fera eniendre. Biais félicitonsnous toujours de la promesse mutuelle que ces deux clubs se sont faite; n'oublions point leurs travaux pour élever la république sur les débris de la tyrannie, et songeons surtout que le salut de la république est entre leurs mains. •
» Après on a mis Hébert et son journal sur le^ tapts, à cause de la grande colère qu*il manifeste dans son dernier numéro contre les modérés, qui s'opposent à l'exécution des décrets révolutionnaires et cherchent à sauver les aristocrates et les conspirateurs. On a trouvé que ce n'étoit qu'une répétition fastidieuse de toutes ses feuilles précédentes ; qu'il étoit trop exagéré, surtout lorsque, parlant de Marat, il dit que la calomnie étoit parvenue à le faire re{jarder partout comme un loup-garou, comme une béte féroce, et que dans plusieurs départemens on se demandoit combien il jnaiif/t'oii (II' petits enfants (p son déjeuner, et combien par jour a buvoit de pintes de sang.
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. If»
» Cependant on s'est empresse' de lui applaïuiir lois ju il avance (|ue Carra et Cordas sont ressuscites, que le> mêmes infamies qu'ils drbitoient sont répétées par d'autres j^ens de leur espèce; (jue les grands conspirateurs trouvent des hommes assés audacieux pour les délendre, tandis que les meilleurs j)atriotes, calomniés, persécutés, traînés dans les cachots et contondus avec les fripons, les arislocralcs et les royalistes, sont lâchement abandonnés; ou s'il se trouve des hommes assés justeji, assës hardis pour prendre leur défense, on les accuse d'être des chefs de parti , des ambitieux et des désorganisateurs. On a trouvé qu'il disoil juste »
24 VENTÔSE (14 mars).
BTàT-MAioii oinnuL.
Ordre générai,,
« La section des lS-20 fera des patrouilles sérieuses du côté des communes avoisinantes , qui arrêtent les provisions de Paris, et dont une seule s'est emparée de 16 milliers
d'œufs. Bourhaut, commissaire en chef de cette section, ira cantonner cette nuit avec nos frères d'armes prés cette commune, pour y examiner la conduitte infidèle de ces citoyens. Je cite avec plaisir l'expression patriotique de Bourhaut et de sa section : On nous prend nos œufs, notre beurre, etc., wai's nous avons du pain, cela tmits suffît.
» Le citoyen (iuillon , étant de service hors des murs, a vû avec peine des citoyens couper les hlés pour la nourriture de^ lapins ; ce crime, digne de l'attention des magistrats, ne restera pas longtenq)s impuni; on doit arrêter partout cette espèce de maraudeurs. J'invite mes frères d'arnies à être ce qu'ils ont toujours été; on nous calomnie, on médite contre nous d'affreux complots, on veut nous lasser, nous ravir
no PARIS EN 1794.
ootre liberté; Pitt et ses amis peusent que les Parisiens s'entr*é(;orgeront et pilleront ce qui appartient ans autres ; faisons-les mentir pour la centième fois; protégeons les personnes et les propriétés, traduisons les coupables devant la loi , et dt'joiions par notre union et notre exacte surveillance toutes les mancruvres des i ot>>jiiratcurs (|ui veulent assassiner la patrie ; nous ne tremperons pas nos mains dans le sang des criminels : la loi, juste et sévère, saura les juger d'une manière légitime.
» Le service général et les patrouilles i\ l'ordinaire. Signé à roriginal : Uamuot, commandant général, a
liapitort tic Mon.
u Au bout de la rue Siiinl-Nicaise , rue Saint-
Hoiioré, à huit heures du !%oir, lui « rieur du journal du soir en eriant son journal s'e>l avi.>é de l'arn-^lalion du père Ducbéne. Uu particulier a fendu la toule qui entouroit le cricur du journal, et lui a dit en le poussant rudement : a Tais-toy, coquin, tu mens, ce n'est pas my. » L'homme au joum^ a dit aux citoyens qui étoit la présents : « Voila, citoyens, mon journal ; voyés sy se foit que je vient davencer ni est pas. » Il se trouva que Farestation du père Duchéne y étoit* Les citoyens s'emportèrent contre riniriguant, disant qu^il foUoit Tarréter comme étant sans doutte un des agens du père Duchéne et de sa clique. Il fut arrêté et mené an comité de la section des Tbuileries, au grand contentement de tous les citoyens présents. »
Bapport de Perrière,
■ Incendie. — Le feu a pris a une tuerie de cochons pour Pâmée, en grillant ces animaui. En Tain on avait prévenu
ccl hoinnio du malheur fjiii pouvait arriver. Il répondait toujours (pio cela ne rqjardait que lui; sa responsahilité va lui coûter cher s'il o^t pris au mot, car on tait mouter le dommage à vin{;t-cin<] iiiille livres.
» Cette tuerie est siluce à rancienne gare, au-dessus du jardin des plantes. Ce (pii rend celle perte si considérable, c'est le voisinage d'une oraugerie dépendante de ce jardin, qui a brûlé toute entière.
» Comestibles. — Cet homme tue tous les jours quatre cens cochons pour Parmée. On ne réserve de la béte que la fresure, c*est-à-dire le foie, le mol et le cœur, que Ton distribue aux citoyens sur le pied de trois livres dix sols, quoique cda ne se vendit autre fois que 30*.
» C'est surtout par les blanchisseuses de ce quartier et par les femmes de la Salpétriére que cette porte d'abondance est assiégée : on y fait, couchée par terre avec son petit panier, des stations de 4 à 5 h. en attendant le moment de la distribution.
» Chandelle, — On manque presque absolument de chandelle sur la section des sans-ctilottes. Les chandelliers sont fermés ; on n'en trouve qu*au magasin de la section , mais grosse, courte et mal faite; et tiuure ce magasin est-il prêt d'être cj)uisé ; on n'en donne plu> (prune, ou tout au plus
deux par léte « As-tu de la chandelle? )> est le langage
que Ton entend ver^ le soir dans la bouche de toutes les fan un es.
" Fraude rnllngeoiac. — On a sai<i ce matin à Chaillot une femme de campagne (jui s'en allait frappant à toules les portes des riches , les paniers de son cheval chargés de navets ou autres légumes en apparence , maïs qui recouvraient des œufs et du beurre.... le beurre dont on fait un dieu ! |
» Porc salé, — Quoique ce comestible manque à Paris^ et que pour en avoir une demi-livre il faille perdre un temps considérable, d'abord à la porte des comités pour se faire inscrire, et ensuite à celle du charcutier pour l'obtenir.... j'en ai vû aujourd'hui une grande pleine marmite chez un
13t PARIS EN 1794.
aubergiste d'une commune des environs; mais l'abondance n'en diminuait pas le prix : un morceau pesant à peine 1 2 se faisait payer 30*. Le même homme avait de grand» pleins panier?» d (cuFs.
» Terreins de luxe. — Il parait «jue la loi relative à leur cullnrf commence à s'ext'cnter; j'ai vù quelques parc > dans les environs de Paris cultivés «ian» toutes leurs parties inutiles, c est-à-dire celles qui ne sont pas plantées d'arbres. ■
• Happort ile J. li. B.
RLCB DBi COUDBLIKIIS, SBAIICS OO S4 TIHTftSE.
Prédience provistûre de Qtesneaux,
• La séance s'ouvre. Cliesnaux, secrétaire, prend le fauteuil et annonce à la société que Motiioro, son président, est dans les fers avec d'autres patriotes. 11 demande que Ton nomme sur-le-champ un pré>idcnt provisoire, parce qu'il observe que Gobert» vice-président, est absent. La société, étonnée de Tabsence de Gobert, envoie cbex lui un de ses membres pour savoir s'il ne partage pas le sort des quatre oprimés*; ensuite elle élève à la présidence Gbesnaux, qui entre en fonction en invitant la société au calme, nécessaire dans ces moments pénibles. Il dit que la déclaration des droits est de nouveau violée, et il demande qu'il soit fiùt lecture de cette immortelle déclaration. Elle est lue, et les applaudissemens des Gordeliers et des tribunes suivent cette lecture. Le procès-verbal de la dernière séance est lû et adopté sans réclamation. Hancart monte h la tribune; il déplore avec une douloureuse énergie le sort de ses amis, de ses collègues; il dénonce à la société un de ses membres présens à l'assemblée pour avoir dit, qu«'iques heures auparavant, au milieu d'un (;roupe populaire, qu'Hébert étoit
* Héiieit, Monoro, Roatin et Vincent.
un scélérat. Cette dénonciation jette le trouble dans la société. Le membre inculpé monte h la tribune; il vante son ardent pairiolisme; mais le président lui observe qu'il doit répondre positivement à Tinculpation et ne pas divaguer. Alors un membre dit : « N'est-il pas vrai que T insurrection a étéprécbëe à cette tribune? — Non, non ! » s*écrie-t-on de toutes parts. Tous les Cordeliers parlent à la fois.' Le président observe que le blasphème prononcé par l'opinant suffit pour éclairer la société; et Pretot est arraché à la tribune, entouré d'officiers de gendarmerie, de gendarmes et de Ift majorité des membres de la société. On lui demande sa carte, et on le chasse de la salle. La carte qu*il venoit de donner porte le nom de Jarry. C'est pour la société une nouvelle preuve de la scélératesse de celui qui venoit d'être expulsé. Le membre qui avoit été envoyé cbez Gobert rentre, et dit que Gobert n'est point arrête et qu'il se rendra bientôt dans le sein de la société. On s'étonne de ne point voir l{our(;eois et les autres Cordeliers qui occupent ordinairemenl la tribune. C'est dans les jours désastreux que Ton doit montrer le plus de coura{)e. Le président invile encore la soc iété au calme majestueux f|ui convient à des républicains. IMu^ieurs propositions sont faites sur les moyens de secourir les frères détenus. On s'arrête à celle-ci : la société nommera une députation pour se transporter chez l'accusateur public du tribunal révolutionnaire, et ren[][a(;er à accélérer le jugement solennel des Cordeliers incarcérés. On arrête ensuite que les séances de la société auront lieu tous les jours , excepté les qnintidi et décadi, par respect pour la loi, qui ordonne d'aller aux sections ces jours-là.
» Après ces arrêtés, Hancart remonte k la tribune, et s'étonne que chaque Gordelier ne se prononce pas fortement en faveur des quatre qui sont à la Conciergerie. Il demande que <^que membre paraisse à la tribune et s'explique franchement sur le compte de Momoro, Hébert, Vincent et Ronstn. Plusieurs membres vont simultanément à la tribune, et chacan dit qu'il n'a jamais connu que le plus pur et le plus
t84 PARIS E7i n9k.
ardent civisme (Lins ceux tiiii ont été arrêtés. Tous disent qu'ils les regardent comme innocens, mais que s'ils sont COupaMe«:, ils les conduiroDt eux-mêmes a Téchafoud. La «ociété de l'Ami du peuple envoie un député pour savoir ce que font les Cordcliers , et se décider d'après leur sagesse» On ftiit part à ce député de rarrété qui a été j)ris d'envover une députatioD à l*accusatear public, et il est inyité à la séance. Plusieurs membres continuent à parler du orisme des quatre détenus, et déclament contre la faction scélérate qui domine évidemment, puisque ses dénonciateurs sont dans les fers* Une société révolutionnaire des hommes libres envoie une dépntation pour témoigner aux Gordeliers les alarmes que lui foit concevoir Tarrestation des plus chauds patriotes. La dépntation annonce que la société qui l'envoie désire partager les démarches des Gordeliers pour arracher à d'indignes fers les plus zélés et les plus intrépides défenseurs des droits de l'homme. La députation est invitée à la séance, et son orateur reçoit l'accolade fraternelle.
» llroc hel, qui entre dans la salle, deman<le la pernii><ioii de raronlerce qni vient de se passer aux .lacobins. 11 monte à la tribune et dit que les cpiatre coj deiuTs (jui sont enq)risonné-. sont aerusés, dans un rapport qu'a tait Billaud- Varennes, «l'être les auteurs ou complices d une borrible conjuration, qui tendoit à taire égorger avant huit jour- une partie des détenus dans les prisons, armer le reste, et faire périr de leurs mains les meilleurs patriotes de la Montagne. Le récit excite d'abord un mouvement d'horreur dans toute Rassemblée et les tribunes. Il paroft ensuite au moins exa~ géré, et chacun s'écrie que la chose est impossible. Bouin, qui arrivoit aussi des Jacobins, monte à la tribune et raconte les mêmes feits; il entre dans quelques détails qni avoient échappé à Brochet. Il parle d*un Régent de France désigné parles conjurés, et qui est arrêté. La société entière est saisie d'étonnement; elle ne peut croire è tant d'atrocités , et elle persiste dans Tarrété qu'elle a pris d'aller trouver Faccttsatenr public pour foire accélérer le jugement des dé*
tenus. Le joUr de leur ju(;eineiit sera le j)]u.s l»eau jour jjour les patriotes, puis(|u'il rendra à la liberté ses plus ardens détenteurs, ou verra conduire à réclialaud ses plus cruels ennemis. Vu membre a demandé que l'on Ht lecture des listes <lei> si^joataires et deê clubistes de la Saiote-Chapelle, parce que, a-t-ildit, s'il faut sonner le tocsin et frapper, il est bon de les connottre. La société a improuvé par de violens murmures cette proposition, qui n*a pas eu de suite, • » Séance levée à 11 heures. »
« Observation. — Les femmes en sortant disoient : « Nous aurons nos patriotes, malgré les scélérats qui les accusent; et s*il fout que les femmes 8*en mêlent, nous irons. » Les cordeliers et le» liabitués des tribunes paroissoient ne point croire aux accusations dirigées contre les membres incarcérés. •
Au doa est écrit : ,
• Âu citoyen FranqueviUe, chef des bureaux de correspond dance, maison du ministère de tintérieur, rue Neuve des PetiiS'Champs. »
Jiapporl du citoyen B.
« Dans un f^roupe, près la Convention, on parloit
avec la plus {jrande ferveur du di>(ours de Saint -Ju>l; à chaque phrase qu'on citoit, chai uu (li>oit : «« C'est d liéhert, ain>i que de sa clique, flont il a voulu parler; que C. Desnionlins avoit raison de dire qu'ils étoient les agents ; de Pitt ! C'est Hébert qui est cause de la disette dans hupielle i nous notis trouvons, en excitant le peuple, à force de crier '. contre le> accapareurs, à s'emparer de tout ce (pii entroit h \ Paris; c'est Hébert et sa société qui ont payé ces fenunes qui les applaudissoient aux tribunes des Cordeliers, pour, ' par des propos liberticides aux portes des marchands, exciter la contre-révolution. Qu'ils périssent, ces scélérats! Qui
236 PABfS EN 1704.
sait, ajouloit-ori, si les rameaux de leur conspiration ne s'étendent ]>as ius(|ii(' dans nos armées, d'où lioucliotte n'a pas rctiK- les noliles, au terme du décret; ils ont voulu perdre la rt'jiuMique , mais nous la sauverons. Il n'e^t pas surprenant qu'on ait arrêté tant ide patriotes! A la guillotine! » s'est-on écrié de toutes parts.
» Le calé de la Itépuldique ëtoit plein de monde» qui a applaudi au décret de la Convention relatif à la comnii^sion qui doit avoir lieu pour juger les détenus, mais à l'article touchant le nombre des prisonniers, an murmure général s*e8t élevé, et chacun ténioignoit sa surprise de voir qu'ib étoient portés si hant. »
Que l'on compare ce rapport avec quelques-uns de ceux qui précèdent. Le vent de» faveurs populaires a-t41 jauiais tourné plus vite ?
Ilafjport de Dttgas.
« L^arrestatîon d*Hébert , Ronstn , Vincent et Mo-
moro a été le sujet de l'entretien de tous les groupes et de tous les cafés ; partout cette mesure a été approuvée , mais comme leur conspiration n'étoit pas encore connue, on ne les honnoroit (]tie du titre d*intngans.
» On a dé^api ouver hautement le nouvel emploi que Ton doit faire de la salle des drdevant comédiens français : jouer trois fois par décade, gratuitement pour le peuple, c'est, dit'On , le distraire trop souvent de ses travaux et de ses devoirs. Ce n'est pas d'ailleur remplir le vœu des sections de rimmen>e laii\l>ourfj, elles ont deman<lé un spectac le journalier, a demeure, pour vivifier l'industrie et le commerce, dans ee quartier solitaire , depuis la dispersion des acteurs du Théâtre-Français Les artistes qui ne s'v transporteront que trois fois par décade n'y fixeront pas leur domicile, et de quel avantage des représenlatiou» passagères seront-elles aux
' Le Tbcâtre-Fnin^s nt aojoonl'liui l'OdéoB.
marchands de toate espèce et aux propriétaires des maisons qai aToisinoit ce théâtre?
» La séance extraordinaire des Jacobins demandé par Robespierre a été ouvorte par Billaud-Varennes, qui a parlé avec beaucoup de force de la conspiration si heureusement 'découverte. Hébert, Ronsin, Momoro et Vincent n*étoient que les agents subordonnés de ce vaste plan de trahison qui avoit été conçu par Pitt et nos ennemis coalisés. La corruption en avoit été le premier moyen , et Tambition avoit fait le reste. Une fausse patrouille devoit se porter a bord h l'Abbaye , y massacrer la garde et délivrer tous les prisonniers : après les avoir armés, on flevoit se porter dans toutes les prisons et maisons d'arrestation. Plusieurs victimes y e'toient déjà désignées; le reste se portoit à la Convention et aux Jacobins, on en é^jorfjeait tons les membres. Apres cette expédition on alloit piller la trésorerie nationale , iiii en distril>uoit Targent aux conjurés et au peuple, et on proclamoit un régent.
» Au surplus, ces horribles complots dévoient éclater dans cette décade même.
• La société a souvent interrompu Torateur pour le couvrir crapplaudissemens ou pour témoigner toute Pindignation dont elle étoit pénétrée. Jurons , a dit en finissant Billaud-Varennes, jurons de ne faire grâce à aucun conspirateur! Ce serment solennel a été fait avec joie, et les tribunes l'ont répété avec la plus grande énergie. »
Qn'on nous permette d interrompre ces rapports par une courte diversion. Le monde de la rne côtoie le monde des prisons ; là, on hurle, on vocifère, on mcnare, on s ajjitos ici, on attend et on meurt. Comment meurt-on? I'our(jiu)i \vs uns partentils? Pounpioi les autres sont-ils oubliés? C est le myslèie, c est le jeu, c'est, dit Uailleul, la bizarrerie des destinées humaines. 11 se met à nous conter avec une philosophie sceptique, avee la naïveté d*H6rodote mêlée an persiflage de Voltaire, d*an ton bonhomme et moqueur, quelqu'une de ces anecdotes de prison
238 PARIS E?i 1794.
OÙ il s*e8t vu specutenr, parfois «cteor, âttendaat toujours pour Ini-raéme le signal d'entrer eu scène ou de veeenHr la chute dn rideau :
« La doctrinedn fatalisme est, ditH», une doctrine désespérante ; elle attaque la morale dans ses bases , oe qui est vrai jusqu^à un certain point. Cependant quand on examine la destinée de la plupart des hommes, on est forcé de reconnaître une sorte de fotalitë. Il y a un jeu cniel dans les érëneinens , surtout dans les momens orajjeux, qui confond toutes les idées et dérange toutes les ci)in)>inai$ons de la sa^jesse. Ou donne toujours tort h celui qui succombe , et tous les raisouncincns des hoinmcs qui se croient les mieux avisé's se réduisent tf)njour> à ccKe alternative : tui malheureux |)n> scrit l e^tc caclui dans une mais43n, il y est sai>i : Ah ! s'écriet-on , pourquoi re>tait-il là? on lin avait coiiseilit' de chan{;er d'aàile. Si Tinforlimé s avisc de sortir, et qu'il soit pris en chemin, souvent ceux même qui lui ont conseillé de L'hercher une autre retraite sont les premiers à dire : Que ne restait-il où il était! c'était encore pour lui le lieu le plus sûr. On vient de Toir, par les aventures qui précèdent, un membre de la Convention mis hors la loi , qui conserve la vie à travers mille dangers. En voici un autre saisi pour ainsi dire sur le seuil de sa porte.
* Mazuyer, Tun des membres les plus estimables de la Convention nationale, ami intime et élève du respectable Yemier, membre du conseil des anciens , avait été décrété d^accusation pour avoir donné asile à Pétion et favorisé son évasion. Mazuyer était persuadé que ce n'en était que le prétexte , et que le véritable motif était une discussion qui avait eu lieu au comité des finances, en présence de Pache, alors maire de Paris. Pache demandait de Fai^fent comme à Tordinaire. Un membre observa qu'avant d^acoorder les fonds demandés, il seraitbon qu'on justifiât deremploide ceux qu'on avait déjà accordés, et qui étaient considérables. Pacherépondit d*une manière insolente et évasive. Mazuyer indigné de
LA RUE, J,K CKUn, LA FAMi:<E. 259
l'audace et de la fourberie de ee misérable, reprit avec chaleur : « Voulez-vous que je vousreode compte, moi, de l*eiii- » ploi que le maire de Paris et ses infâmes a^ens font des » deniers de la République? Le voici. * Alors il fit une peinture horrible de tontes les trames dont la commune de Paris était le foyer, des crimes qo*eUes avaient pour objet, des dilapidations qui en étaient les moyens , et du r6le qu*y jouait Pache. Celuinsi se retira en marmottant quelques mots de vengeance. Voilà , selon Mazuyer lui^néme , quelle fot la véritable cause de sa proscription. Que ce fot cette sortie violente, ou Tasile donné à Pétioo, cela est indifférent au rappiochement que je veux faire..
• Depuis six mois Matoyer n'était point sorti de sa ebambre. Ennuvé, malade même d'une retraite aussi austère, il céda aux instances d'mi de ses amis qui l'invita, aux aj)|)roches duprintrnis, à aller j)asser quelques jours à deux ou trois lieues^e Paris. Il venait d'être mis hors la loi. Il arriva à la niai>on de campa^jne de son ami sans aueun accident : il serait rentré chez, lui avec la même chaïu-e ; mais la prtkaution même qu'il avait prise pour jouir d'une plus {grande sécurité fut la cause de sa perte, l.ni et son ami, en partant pour se rendre à Paris, avaient pris par deux chemins différens. Mazuyer avait choisi le moins fréquenté comme le plus sûr; ce chemin passait dans Courhcvoie , village jusque-là de la plus grande tranquillité. Lebasaixl, un génie infernal, tout ce qu'on ne peut imaginer, veulent que le matin du jour où l'infortuné Mazuyer devait le traverser, il y eiU une scène qui avait tout mis en alarme. Le comité révolutionnaire avait lancé un mandat d'arrêt contre deux individus, le père et le fils. Ces deux citoyens forent conduits devant le comité, et 1&, consultant plutôt leur courage que leurs véritables moyens, ils tirèrent sur les membres du comité des coups de pistolet> et s'échappèrent. Aussitôt toute la garde nationale est mise sur pied, l'épouvante est partout répandue , tous les révolutionnaires sont en arrêt, on met la main sur tout ce qui se présente. Mazuyer arrive vers te soir, tombe
S40 PARIS EiN 17U4.
dans la bagarre , est arrêté et conduit devant le comité rérointionnaire. 11 avait une carte de député, il la montre. On sait quelle était alors la puissance d'un député qui n*était point proscrit ; sur cent occasions semblables on Taurait conduit avec respect à la porte, de peur d*étre à son tour puni de ravoir pris un peu trop baut avec un représentant. Mais telle était la destinée de Mazuyer : on lui répond qu*on n*est pas obligé de connaître ce signe; qu'on va le conduire devant le comité de sûreté générale ; qu'on saura bien là s*il est véritablement représentant du peiijile. Il manque de cette audace qui aurait fuit trembler de pareils coquins, se laisse condniro, et deux jours apr<»î> il n'est plus.
» Il jii t'lendit i (*|i( iid<u»l (|u d .«>e trouvait dans un cas d'exception; il adressa se> réclamations au comité de sûreté générale. Les ineud)res de ( c eouuté, au lieu de profiter de ses raisons, hoiuic^ ou mauvaises, pour ne j>as taire mourir cet infortuné, (pii, dans sa position, ne {louvait leur taire aucun mal , eurent Tatroce barliaric de le taire conduire à l'échaiaud. Que pour s'emparer de Tautorité ils aient fait massacrer ceus qui leur étaient un obstacle, cela peut se concevoir; mais qu'ils Paient fait de sang-froid, lorsqu'ils en jouissaient aussi paisiblement que Ton peut jouir du fruit de sesforfiiits, c'est le comble d'une scélératesse qui n'eut peutêtre jamais d'exemple.
» Voilà deux proscrits, dont Tun échappe à tous les dangers, et dont Tautre est saisi dés le premier pas qu*il foit; en voici un troisième qui va, se promène sous les yeux de ses prescripteurs, brave leurs agens, et arrive au terme de sa proscription sans avoir pris en quelque sorte aucune précaution pour en éviter les eflfets.
« Philippe Delville, homme d'une fermeté et d'un sangfroid rares , était du nombre des soixante-treise. Il eut seulement soin , le jour où le décret d'arrestation tut rendu , de ne point se trouver à la séance; mais il ne s'en géna pas davantage : mai[]ré (ju'il tût très-connu dans la Convention nationale, pendant plus de trois mois il alla prendre ce que
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. »f
l'on appelle les dislributioDs , il touchait lui-même son indemnité. Toutefois, comme les mesures révolutionnau e^ prenaient chaque jour plus d'activitt;, on lui conseilla d\'tre un ]>eu plus réser\é, et de ne point appiDcher si prés de la Convention, ce qu'il fit; mais il contiiitia de se jironicneidans Paris. Il passait presque tous les jours sous les fenêtres de ses collègues au Luxemhour{]f. S'il y avait eu quelque événement, il tachait de le leur faire comprendre. J'ai déjà dit qu'au commencement de germinal on fit arrêter trois ou quatre députés qui étaient retirés chez eux. 11 fut encore excepté, et ces exceptions n'étaient bien certainement due& à aucunes démarches ni à aucune protection.
» 11 dina un jour avec fiarère, il lui parla de l'afliiire des soîsanté-treixe , Earére même ^est targué ensuite de sa discrétion. Un autre jour qu'il traversait la rue Honoré » Saint- Just, qui causait avec un de ses collèges , Tapercut et dit» tout surpris : Eh mais, c'est un soixaniB-tret^ei
n Chaque jour voyait paraître une nouvelle mesure imaginée pour tourmenter les malheureux prisonniers. Ceux du Luxembourg avaient la consolation de voir sous leurs fenêtres, dans le jardin, leurs femmes, leurs enfans, leurs amis, qui tous les après-dfners venaient leur donner des preuves de leur sollicitude et de leur attadiem^t. C'était encore trop pour des victimes dévouées k la mort ; on défendit au public la partie qu'on peut absolument appeler jardin. Au moyen d'une corde, on détermina la limite qu'il n'était pas plus permis de franchir que jadis les fossés de la ville de lionudus.
» Les amis, les parens des prisonniers tournaient tristement autour de cette enceinte, et < herchaient à voir autant qu'il leur était possihle leurs infortunés amis. C'était après la fameuse loi du 22 prairial , la terreur était à son comhle. Philippe Delville n'en était pas moins exact à visiter le Luxembourg , il n'en était pas plus indulgent pour les mouchards, qu*il a plusieurs fois menaces de coups de bâton. Un jour qu'il était assis prés du fatal cordeau avec les épouses de ses collè-
0ue8 détenus aa Luxemboui^» le conmiandant du poste, accompagné de dttu fusiliers', vint leur ordonner de s*éloigner, en leur observant qu'ik ne pouvaient approcher du cordeau de plus de douze pas : House/m^/ reprit DelTille , bonlïl se place le dos au cordeau , puis tl se met i compter en espaçant . un, deux, trois, etc. Ah ça, mais, dit le commandant, si lu voulais bien ne pas Jaire le goguenard! Et toi, repartit Delville , si lu voulais bien ne pas faire l'insolent. Je t'apprendrai ffui je suis. ... Il continua sur ce ton , et força le commandant à se retirer. Les femjiies tremblaient de frayeur que cette al(^arade ne lui valût et à elles-mêmes les plus cruels désagrémens. Quel dommage, reprit Delville , fjuc je n'aye pas ma carte , je l'aurais bien autrement mené! cependant je veux voir jusqu'où ils f)otisseront l'audace; partez, vous, mesdames , puisque vous avez peur; moi je vais passer devant le corps-de-garde. Il y passa en effet» en toisant hardiment son monde.
» Après le 9 thermidor, il est vrai , mais lorsque toutes lèscommunications , même par écrit , étaient encore interdites à ceux de ses collègues qui étaient incarcérés, il se présente à la prison des Carmes , et se fait ouvrir la porte. Les députés le voient entrer de leur fenêtre. Us ne savent d*abord qu*imaçmer d'une telle démarche; ils pensent qu'il se rend prisonnier sur sa parole, et cela, pour éviter le désagrément .d'être conduit par un gendarme. Pas du tout, il vènait les voir; il les demanda les uns après les autres dans le greffe , puis il s'en fut aussi tranquillement qu'il était venu.
a MettezFvous donc martel en tête pour échapper
aux événements! Je crois que le meilleur, dans tous les cas, est de rire, de boire, de chanter, de faire son devoir d'honnête homme , de bon citoyen , et de s'en remettre pour tout le reste, au grand dieu, le Hasard. ■
25 tehtAsb (15 MAIIS).
Bapfwrt de Bacon,
« L'assemblée générale de la section de Guillaume-Tell étoit très nombreuse. On a lut les lois relatives aux conspirateurs et aux six tribunaux populaires*. (Vih applaudissements.) Un boucher a ensuite dénoncé le comité révolutionnaire, qu'avoit soin de bien se servir en viande avant les malades. (Grands bruits et discussion qui a duré une {grosse heure.) Un membre, appelé Moùsard, a parlé contre le dénonciateur, qui a, a-til dit, dénoncé dans un moment comme celui-ci une autorité revêtue de toute votre confiance; autorité qui, par ses soins, doit s'occuper h connoftre la trame des nouveaux scélérats qui veulent égorger la Convention; cette Convention qui nous a sauvés, nous, nos temnies , nos enfants , nos propriétés ; méfiez-vous donc de tels hommes, et je demande Tordre du jour, (jni a clé adopté aux cris de Vive la République! (L'esprit public excellent.)
» L'assemblée générale de la section du Contrat social éloit extrêmement nombreuse. On s'est occupé longtcms des moyens de soulager tous les citoyens pauvres de la section. DifFércDS citoyens ont donné de l'argent pour armer deux nouveaux cavaliers qu'on doit envoyer aux frontières. L»a collecte se monte jusqu^à présent à mille écus. (Yiis applaudissemens.) Un membre a dit : Nous sommes arrivés au point où il fiuit que le riche paye, où il faut que celui qui a deux plats en donne un à celui qui n'en a point. (Bravo, oui! a-l-on crié de toutes parts. Vive la République!) On a ensuite parlé des nouveaux conspirateurs incarcérés. (Bruit. ) O les scélérats 1 s'écrioit-on, combien ils sont coupables! On a lut les loix révolutionnaires. (L'esprit public bon. )
• L'assemblée générale de la section des Lombards étoit
' Voir les conduuooi du rapport de Saint«Ju»t reproduites (>lu« bau(.
su PARIS EN i79i^.
très-nombreuse. On a lut les loii relatives aux conspirateurs. On a parlé longtems du salpêtre , et sur la motion de le Lièvre, rassemblée a arrêté que dans deux décades elle
communiqueroit aux autres sections de cette commune, pour
que toutes réunies ensemble elles aillent offrir à la Convention du salpêtre, et que ce jour il sera célehré une fête civique; en outre, qu'il soroit fait un repas, afin de jurer une nouvelle union pour terrasser les tvrans; on a parle de la nouvelle faction (jui vouloit se défaire du si'ual français. La plus grande indi(;natiou s'est manifestée dans le seir» do l'assemblée. (Près de moi les femmes disoient : Je n'ai jamais eù confiance à Hébert; je l'ai toujours regardé cornnie un mauvais patriote : je le verray aller avec grand plaisir à la guillotine. ) On s'est aussi occupé des jardins de luxe; et il a été arrêté que tous les arbres inutiles seraient ôtés. (L'esprit public bon.)
« L'assemblée générale de la section de la Maison commune étoit bien nombreuse, et il y avoit beaucoup d'ouvriers, comme massons, etc. On a parlé longtems des subsistances, et Ton a invité les bons sans^nilottes à surveiller tout ce qui arrivoit & Paris, afin que les riches égoïstes ne pûssent accaparer les denrées. On s'est aussi occupé des femmes des défenseurs de la patrie. On a lut les loix relatives aux conspirateurs et le rapport de Saint-Just. (De toutes parts on crioit Vive la Convention I) On a lut le discours de Biilaud-Varennes , prononcé aux Jacobins. (Vifs applaudtssemens.) On a parlé des nouveaux conspirateurs mis en prison. Des bouinies ont crié : A la (^^uillotine, ces scélérats! Cela ne sera pas lonfj, ont répondu d'autres. Vive la I{<'j)til)li(jne ! (L'esprit public révolutionnaire, et un profond respect et une fjrande confiance en la Convention. )
» A la Courtille, dans un cabaret, des femmes du petit peuple, je veux dire du vrai sans-culotte, parloient de l'arrestation du pcrc Ducbesne. Une d'entre elles disoient : Qui Fauroit crû qu'Hébert eût été un scélérat comme Pélhion ! Qu*alloiis-noas devenir, puisque nous sommes tous trahis par
des gens en qui nous avions confiance? Un autre a répondu : D'après la nouvelle découverte de cette trahison, nous devons avoir ia plus grande confiance à la Convention , en générale, car, f...... elle n'épargne personnel (Expressions
littérales que je rends » etc. )
• Le ministre protestant appelé de Berg, député vers la Convention par la société populaire , et la commune de Montbéliard, disoit ce malin» hôtel Toulouse, rue des Vieux- Augustin», à d'autres citoyens : Que diable! il n'est pas possible que nous restions comme cela ; on a beau faire, il faut une religion au peuple. Grands débats avec ceux à qui il tenoit ce langage. Ce ministre est Tami du citoyen Lachaux, député à la Convention , lequel n'a pas été plustot sorti de la cbambre des citoyens avec lesquels il avoit soutenu son opinion , qu*on a dit que les prolestants étoient plus fanatiques que les catholiques.
« Au Faubourg Antoine, les commissaires aux accnparemeiis ont saisi chez un particidier trente-six œufs, les(|uels ont été (li>tni>uéN un à uu. Ce citoyen a été envoyé en prison , et les fenmies ont beaucouji murmuré contre cet emprisonnenieut. Dans le même faubourg, un citoyen a tail venir un petit cochon de six lieues de Paris, et l'a tué ensuite; trois heure-» après le cochon a été saisi par des commissaires et distribué au peuple, sans que le propriétaire ait pù en avoir un morceau, et lequel a été mis en prison, au grand étonneroent de tout le monde qui avoit vù cela.
» Au marché Jean , il y a eu un grand tumulte à la porte d'un boucher, malgré une garde nombreuse. Heureusement un officier municipal est arrivé avec son écharpe, et a harangué une légion de femmes, qui sont toutes rentrées dans Tordre. Il a employé la voie de la douceur, leur a donné des paroles consolantes, et de suite la paix a succédé à forage.
» J'ai été dans différents cabarets où se rend le peHple. Partout on parloit de l'arrestation du père Duchesne. Pour le coup , disoit-on, lui qui recommandoit si bien de jouer & la main chaude avec Samson, nous allons voir comment il
iM PARIS EN 1794.
louera lui-même. Qui Tauroit crû que ce fiU un j... f, de trattre! car celui-là e^t plus coupable que tout autre. » Paris m'a paru tranquille. »
Rapport de J. B, B»
« Cour du palais, 5 heures du soir. — Une foule immense attendoit le déjiart do dix-sept condamnés que l'on alloit conduire à la guillotine. Chacun parloitde rarrestation de Momoro, Hébert, etc., etc. Les femmes dîsoient que plus elles avoient aimé le père Duchesne, plus elles l'avoient en borreur. Très-peu disoient que peutétre il n*étoit pas coupable. On plaisantoit même sur la grande colère du père Ducbesne dans sa prison.
» On peut croire que la masse du peuple Terra tranquillement le procès de ces bommes qui ayoient obtenu sa confiance.
» Section du Panthéon français, — Un citoyen a fait un très^long récit de tout ce qu'il avoit recueilli toucbant la nouvelle conjuration. Il est entré dans les plus petits détails. Il a été écouté avec attention. Son récit a esdté l'indignation de toute Passemblée, et on a arrêté qn*il seroit fait une trèscourte adresse à la Convention pour lui déclarer que la section étoit debout pour défendre les représentans du peuple tant (ju'ils seroient à leur poste, et pour terrasser les tyrans et les intri{fans. Le citoyen qui avoit entretenu ra>serjïl)lée de riiorrililc conspiration qui vient d'être découverte a ajouté que des partisans dos conspirateurs alloient de porte en porte enga(jcr les citoyens à prendre la défense d'Hébert et des autres. Il a dit que le devoir des patriotes étoit de faire arrêter ces intrigansj que pour lui, dans la journée, il en avoit fait arrêter trois.
» La section a paru pénétrée des mêmes principes que Torateur »
LA RCB, LE CLUB, LA FAMI^tE.
Ut
Bapport de Perrière,
« Père Duchesne. — On crioit dans un des faubourg;» l'arrestation du Pere Dm Iicsne. u Et celui-là aussi est donc un traître! ont dit quelques sans- culottes niales el tenieiles qui se trouvoient là; allons vile, (ju'tin le inene à la (juillotine! — « Il faut avouer, a dit un homme qui paroissoit avoir quelque éducation, en s'adressant à un autre qu'il ju(^eoit pouvoir lui répondre, il faut avouer que la faveur du peuple estquelque chose de hien inconstant! — Ma foi, répondit celuici, sans préjuger rien sur le compte de ce journaliste , tout ce que je sais, c'est qu'il en a bien pris au peuple de se méfier de Péthion et autres qui avoient été ses idoles jutques à une certaine époque. «
f» Toutes les tailles et toutes les formes doivent le service militaire, — Un homme haut d'environ trois pieds à trois pieds \i% bossu, bancal, et dont la forme entière ne pré» sentoit qu*mi moyeu de roue avec quatre rayons, se rendoit d'un air empressé à la section avec une longue pique. Un citoyen, qui le remarque, se prit à rire. Un autre citoyen, plus raisonnable et gardant son sérieux, tira à soi le rieur par la main, et lui parla ainsi, pour le sortir de l'erreur on il paroissoit être sur le compte de Pindividu dis£;racié de la nature qn*îl renoit devoir passer : « Suppose, mon camarade, que tu rencontres, seul, dans une campagne, un animal de cette forme et de cette grosseur, niais avec une aulre figure que la figure humaine, qui t'est trop connue, s'avan- <;ant sur toi, et brandissant une arme aussi dangereuse <jue • la pique : n'aurois-tu pas grand'peur, et ne te croirois-lu pas dans un grand dan[;er? Hé bien! le mal que feroit cet animal, le plus foible individu de l'espèce humaine peut le fiaire, et le citoyen dont tu l'es moqué, tout petit et tout difforme qu'il est, peut enfoncer sa pique dans le ventre d*un Goliath et fiiire mordre la poussière à un géant. »
2'iK PARIS EX 1704.
» Objet de police, — > On se plaint dans qudques quartiers «le la manière barbare dont on assomme en pleine rue les animaux destinés à la nourriture de l'homme.
» C*est principalement des charcutiers dont il est question : ' ils se permettent de tuer leurs cochons à leurs portes ; cette mRTiière barbare de les assommer avant de les c^or^er fiiit |)ou»or à CCS animaux des cris si horribles, que plusieurs femmes avec leurs enfants ont la précaution de s'enfermer pour ne rien entendre, (|uan(l elles sont averties, car antienient eilc> >e ti oiivcj oient mal. Ce n'est pa> tout ; les entante s'arr«'feiit à ce >j)eclacle aftreiix , et, connne de nouveaux catMiil)i)l('> , (lancent (|uelquefois autour, tandis qu'on les (;rille. Ou pourroit , connue autrefois, obliger les charcutier:» à faire cet oUice hors des barrières.
» Les Athéniens condanèrent uu enfant à mort pour avoir crevé les yeux à une pie, et cependant ils ne ména^eoient pas plus (|ue nous leurs aristocrates, ^fais il y a quelque chose de si aflreux h mutiler, à lacérer Tétrc innocent, qu'un tel spectacle doit être ôtë de dessous les yeux de Phùme que Ton veut conserver juste et humain. Dérobez* nous la mort des animaux, et rendez toujours décente celle des criminels, car aucune considération ne peut autoriser i blesser l'humanité; et si les crimes multipliés demandoient des supplices plus compliqués, il faudroit les dérober k la vue du peuple, (jui pourtant devroit être informé qu'on les ftiit subir aux criminels, affin que cette connoissance servit à détourner de leur exemple ceux <pii seroient tentés de In imiter. Cette observation est plus importante qu'on ne pense, car la cruauté est (^[raduelle, Comme la sensibilité. LMionime • qui exerce la bienfaisance envers ses semblahli'^ , l'clcud jusque ^ur lc> animaux, comme 1 lionnne qui e.>t accoutumé à se jouer de la vie des animaux ccs,>e bientôt de respecter, ou respecte beaucoup moins la vie de ses semblables.
» C est d après ces connoissance^ morales que le despotisme, qui s'en servoit pour faire le mal, comme la Républiijue doit s' eu servir pour faire le bien, avoit accordé des privilé(;es.
partie bonorables et partie Jucratifs, à la classe des bonchers ; c*ëtoit pour les flatter que la dernière maison régnante se disoit ori(|inaire d'un Loucher, car le gouvernement de ces temps n'i{;noroit pas <juo ces hoiumes, toujours plongés dans le sang des animaux, eu étoient moins éloignés de répandre celui dcî» lioinmes, et iriU{;noieiit moins que les autres citoyens d'exposer leur vie dai)> une guerre contre la t\ rarjnie. Ce gouvernement u'avoit pas oublié non plus de quelle importance avoient été pour le parti de la ligue les bouchers, connus alors sous le nom de Cahotins* ou plutôt de Maillo' tins, si ma mémoire ne me trompe pas; mais la dernière dénomination est plus naturelle, puisque c'e>t avec des maillets, ou marteaux à deux têtes, que les bouchers assomment leurs bœufs. »
Bappert de l'ourvojeur.
« Quand à Moint)ri) , l'on se [ilaint, mais beaucoup
et depuis lon{;leins, qu'il e>t d'une fierté révoltante; l'on parloient encore beaucoup du dîné somptueux que liourgeois, menuisier, conunandant de-. <Jat nies , a donné le \ ingt ventôse, jour décadi, ou Vincent s'est trouvé, ou dans un tenis de disette il y avoit beaucoup de viande de boucherie de toute nature, l'on invitent à se défier des particuliers qui portent un petit booet rouge à leur boutonnière, l'on observent que c^est un signe de raliementi dans tous les groupes, j'ai entendu Faire cette remarque et par plusieurs patriotes.
• L*on observe fju'il Saut suspecter Fauteur du Journal historique et politique, que cet individu a toujours été trèsaristocrate de son avœu même, et qu'il n'a fait ce journal que pour se mettre à Tabri de poursuittes, qu'il y a environ deux ans qu'il en fesoit un autre des plus aristocratiques, que
I Calinrhirns f de Icur chef Caborbe. Mais pciit^Ur le mot caboCtos vicni-il de là.
fSO PARIS EN 1794.
même on croit qii*il a deja été pris pour cela et que des intrigans Fon iait sortir de prison.
» L'on disoient que Ton étoient étonnés pourquoi Ton n'avoit p;is enroïc jn(;é les soixante députés qui étoient au Liixenihourg depuis lon^^tems, qu ils mangeoieut le hicn de la nation;
» Ainsi que Chabot que plusieurs diseul que c'est lui qui «levoit être \v récent.
» II y avoit <|nel(jues personnes *]ui disoient qu'Hébert suivoit les conseils de sa religieuse qu'il avoit épousé.
• L*on observoient encore que c'étoit Hébert et Monioro qui étoient cause que Thuriot avoit été rayé des Jacobins, et que cependant ce député avoit rendu de grands services à la révolution, et qu'il n'avoit pas tenu qu'à Hébert de ÊBÛre renvoyer tous les meilleurs patriotes de cette Société.
» Quantité de monde s'accordent à dire que Ton ne saurait trop rendre de justice au comité de salut public et de sûreté général de son activité, ainsi qu'aux travaux de la Convention; sans leurs continuelles surveillances la chose dubliqne s'étoit perdue.
• L'on répand depuis fort longtems que Ton veut faire mourir tous les vieillards; il n*est pas d^endroit où Ton ne débite ce mensonge.
• Plusieurs patriotes dtsoient , parlant de la faction : Ils veulent nous iaire égorger les uns contre les autres; mais ils n'en viendront pas à l»out; malgré qu'ils se couvrent du manteau du patriotisnie, on les découvre toujours. »
26 vEXTdsc (16 mars).
Rapport de Latour^Lamontagne.
GUIS DM COMMUnS, SÉA!ICB MlIltAWBSTI VC M VK^tAw.
Prcsidencc de Sandoz.
« A l'ouverture de la séance, un membre demande que les Ck>rdelier8 qui manqueront à une séance, pendant la
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. ISi
permanence, soient chassés de lu Socicfr. Celte motiun est vivement conihattue et regettée par l'ordre du jour. On lit la De'claration des droits de l'homme; après celte lecture, le secrétaire qui occupoit le Fauteuil annonce à la Société que les circonstances les privent du président provisoire qu'elle aToit précédemment nonmié , et il l'invite à renouveller le bureau. Cette proposition est adoptée, et Sandoz est nommé présideoi. Il n'y avoit ny lettres ni papiers sur le bureau. Aucun orateur ne se présentoit à la tribuue. Une femme qui assistoit à la «éaoce fait passer une lettre par laquelle elle demande des secours pour aller à Boocbain chercher l'extrait mortuaire de son mari , tué en défendant la patrie. Cette lettre donne lieu à une discussion qui se termine par Tordre du jour, motivé sur ce que cette femme peut se procurer dans les bureaux de la guerre rexirait doni elle a besoin.
» On réclamoit de toutes parts la lecture de la correspondance , mais il n*étoit rien arrivé. Un membre qui avoit par hasard dans sa poche le dernier rapport de SaintJust , est monté ft la tribune et l*a lu. Cette lecture a occupé pendant une himre les moments de la Société. On a annoncé ensuite qu'il éloit arrivé chez le portier des lettres à l'adresse de Vincent. La Société se les a fait apporter, et décide qu'elles seront portées par une députation à l'accusateur public. Il y en avoit une pour Chesnaux , elle a été jointe à celles de Vincent. La Société qui n'avoit arrêté sa permanence qu'à cause de la détention de plusieurs de ses membres , et nul orateur ne parlant sur cet objet, a rapporté cet arrêté; et il n'y aura de séances que les jours ordinaires.
« Séance levée à neuf heures et demie. »
• Obttrvations. — Les habituées des tribunes, celles qui occupent les premiers bancs , ne disoient rien. Elles ne parloient plus d'arracher les détenus à leurs fers. Les autres personnes qui composoient les tribunes disoient hautement que le pére Duchesne et les autres étoient des scélérats qui méritoient la guillotine. On se réjouissoit d'avance du mo-
fSt PARIS EN i79k.
ment où on Ils venroit passer. Ces démonstrations de joie sont communes à loiit le peuple de Paris ; dans les marchés, au ( oin des rues, j);ir(uiit on tirnt ce même Ian{;a{;e, Ce désir de voir punir des i ()îl■^pilaleu^> juouve conibien le peuple e>t attaché à la liberté. On rejjretlc (jn'il n y ait pas de supplice plus rijjoiu'cux <|iic cclni de la !;iiill()line. On dit qu'il faudroit en inventer un cpji les Ut lon(;tems soulTrir. L'exécration est (jénérale. Avant-hier quelques personnes prenoient leur défense, mais il sembloit hier qu'on craignit de les supposer îonocens. ■*
Rapport de Latour-Lamontayne,
a La conspiration d*Hébert et de set oompiices est toujours le'sujet de toutes les conversations. L'opinion générale est fortement prononcée contre eux. Le peuple est si indigné de leur scélératesse, que la guiUotine lui parott un supplice trop doux pour de si grands criminels. Dans un grouppe, sur la place de la Révolution , plusieurs citoyens et citc^ennes disoient hautement que la Convention devrait décréter un supplice particulier pour des crimes de ce genre. Cela serait contraire à la Constitution , a répliqué un citoyen. La Constitution n'admet qu'un genre de supplice. Gela est vrai, a répondu un sans-culotte, mais les dan{;ers de la patrie ne nous permettent pas de jouir et)Core de tous les avanta{jes de la Cun^tiluliun. La Convention a été forcée de décréter un {jonvernement révolutionnaire, qu'elle décrète au»si des supplices révolutionnau ( > pour tous les sct'lérat» qui veulent égorjjer le peuple. On a applaudi à ce proj)os, et on a témoi^pié surtout la plus vive impatience de voir terminer ce grand procès.
» Les cafés où on est dans Tusage de faire des lectures publiques de la feuille du soir étoient aujourd'hui beaucoup plus remph's qu'à l'ordinaire. Quand le journal a paru au café de la Hépublique, il s'est fait un grand silence, qui n'a
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. fS3
été trooblë qae par les applaadîssemens dont on a couvert plasienrs passages; notamment le rapport d*Amar sur Chabot, etc.; celui de Baudot sur la situation des armées do Rhin et de la Moselle , où il détaille les prises considérables foites dans le Palatinat ; celui de Gouthon, sur la conjuration ; et surtout les discours énergiques et républicains des différentes sections, qui sont venues protester à la barre de leur dëfonement à la CouTention. »
Rapport de Perrière,
« Esprit public. Exécutions. — Le peuplo, dont le silence à la vue des exécutions pouvoit taire croire depuis cpielqne lems qu'il comnienroit à s'attendrir sur le sort de ceuv qui en éloient l'objet, le peuple a paru transporté d'une nouvelle fureur à la vue des dix-sept condànés qui furent exécutés hier au soir. Le bruit d'un nouveau complot tramé avec plus de noirceur que tous les autres contre ses jonr> et sa liberté, est sans doute la cause de ces nouvelles dispositions de sa part. Oh! les coquins! oh! les scélérats! disoitil, qu'ils approchent, qu^ils périssent 1 On a bien raison de dire, ajoutoit-il en regardant la guillotine, qu'il n'y a que cette sainte-là qui peut nous sauver I •
• Père DueAesne, H parott que le peuple n'est pas génénlement instruit des vrais motifs de l'arrestation d'Hébert et consorts. On disoit à la halle que c'étoit pour avoir accaparé un conipa(;non de 8aint>Antoine tout entier, et un pot de vingt-cinq livres de beurre de Bretagne ; on répandoit aussi que Ghaumette avoit été arrêté pour la même raison , mais on n'en vouoit pas moins le P. Duchesne à la guillotine d'un consentement unanime. »
Rapport de Dugas.
• La séance des Jacol)ins a été du plus grand intérêt. La correspondance a donné d'abord les nouvelles les plus favo-
rables de notre arm^e du Nord. Les soldats brûlent d'attaquer l'ennemi , et ce n'est qu'aTOC peine que les génërans ont pu les empêcher de passer la Sambre, leur ardeur présage les plus grands succès.
s Coulbon a ensuite rendu compte sommairement de ce qui s*ëtait passé à la GonTention« 11 a parlé des tentative» qu'on avait mises en œuvre pour faire évader le petit Gapet, et des découvertes que l'on fesait ioumellement sur la con* spiration.
» Il a passé à l'affaire de Chabot et compagnie ; il a dit que d'après le rapport d*Amar, quelques personnes pourraient bien ne regarder Chabot que comme un infâme voleur, mais que pour lui il croyait son affaire liée, mais sousune autre forme , à celle des conspirateurs.
» Léonard Bourdon est monté à la tribune, il a dit qu\iii> terme des décrets les Sociétés populaires étant invitées à la plus {grande surveillance, elles devaient faire passer au scrutin i'i)urat()ire toutes les autorités constituées, tous les tonctionnaires puMics.
w C'est une mesure contre-révolutionnaire que l'on vouspropose, s'est écrié Robespierre. Les conspirateurs se démasquent et voudraient nous perdre par de nouveaux moyens. Voyez leur audace. A peine leurs complices sontils mis sous le glaive de la loi qu'ils /Osent produire jusque dans votre sein leurs opinions liberticides. Léonard Bourdon ressemble à ces Toleurs qui mettent la main dans la poche de leurs voisins pendant que leurs camarades sont sur l'é» cliafaud. Je n'ai encore que des preuves morales, a ajouté Robespierre, contre ce Léonard Bourdon» mais c'est deja beaucoup s'U «at perdu dans Popinion publique.
s Léonard Bourdon a voulu se deffendre , il a eu Teffironterie de nier, devant plus de trois mille personnes , d'avoir dit ce qu'il avait dit; mais les cris d'indignation qui se sont fait entendre l'ont chassé de la tribune. •
37 VENTOSE (17 MAM), ■TlT>MMOR OKBÉMI..
Ordre généraL
« Le service des barrières s'est assez bien fait cette nuit. J'invite mes frères d'armes à ne s'enjparer d'aulcunes denrées quelconques; cette petite privation fera taire les malveillants qui cliercheut saus cesse roccasion de nous humilier.
« Mes frères d'armes, quelques médians, stipendiés par des tyrans étrangers , plus sanjjuinuires et plus coupables fjue tous les bandits de l'univers, ont emprisonné de (javelé de cœur tels et tels; eh bien, ces tels et tels sont encore à leurs postes; ils y sont jusqu'à ce que la justice nationale en ordonne autrement; ces mêmes mécbans, car toute cette calomnie part de la même bouche, ont assurés qu'il y auroit division entre la représentation nationale et les représentés. Eb bien! ils se sont encore trompés, la représentation est à son poste , et les représentés au leur. — Mes frères d*annes, soyez toujours sublimes et surveillants, souvenes-vous que la Convention nationale est composée de Français, que tontes les Sociétés populaires et la commune le sont aussi; souvenez-vous que le fer dont nos mains sont années n*est pas destiné à déchirer le sein d'un père, d*un frère, d'une mère, d'une épouse chérie; souvenea-vons que dans ces momens de troubles vous devez quelques-unes de vos veilles à la chose publique. Veilles avec moi, et souvenes-vous de mes premières promesses , où je vous fis part de l'horreur que j'avois pour toute eflFîision de sang.
• Mes firères d*armes. Sociétés populaires, commune de Paris, et toutes ceUes de Tintérieiir, rallions-nous tous ensemble auprès de la Convention , formons par cette réunion une masse de forces inataquables, et ne donnons pas à nos ennemis le tenis de s'appercevoir de nos divisions intestines.
SÛ6 l'ARIS 1794.
» Il y a 300,000 hommes au nord , presqu*aatant au midi. Les 4 coins de la République sont hérissés de troupes » de bayonnetes et d*artillerie; elles attendent de pied ferme nos ennemis. Entendons>nous bien, ajournons nos querelles et nos haines jusqu'à la destruction du dernier des tyrans; la victoire , le ciel et la nature entière seront pour nous.
• Je vous préviens , mes frères d'armes , que je ne souffirirai jamais qu'aucuns de vous en provoque un autre au meurtre et à l'assassin ; les armes que vous porlez ne doivent être lirees que pour la défense de la patrie. C'est le comble de la folie de voir un l' raucais é(jor(;cT lui 1 rançais ; si vous ave/, des querelles particulières, étouffez-les pour l'amour de la patrie.
» J'ai envové plusieurs frei (>^ d'armes à la découverte d'accapareurs d'un nouveau (jenre.
» Le poste de Saint*Lazarre restera à 100 hommes jusqu'à nouvel ordre.
» Le service général à Tordioaire. Siçaé à Toriginal. Hahhiot , commandant. »
Rapport ée Bacon,
• Dans le marché du foubourg Anthoioe, près celle
Nicolas, une Auitière a distribué «x mille deux cens œufi». Il y avoit une légion de femmes, et chacnne en a eû. Il n*est arrivé aucun accident, quoiqu'il n'y eût pas de garde; aussi les citoyennes, après être servies, disoient-elles : Depuis que le père Duchène ne fume plus sa pipe, on diroît que les femmes s'accordent mieux entr^elles, car on ne se f... pas d« coups de poings depuis deux pu trois jours , comme cela arrivoit il y a huit jours. Dans le même feuboui ^; et rue Antoine une (grande quantité de maisons, et surtout celles des marchands de tous les états, étoient marquées avec de la craye noire et rouge. Les citoyens ont été un peu dans la
peur; cependaot on a fini par rire de cette méchanceté, qu*on a encore attribuée ans complices d'Hébert; c'est pour la deuxième fois que cela arrÎTe. •
Rapport de Dugas.
« On ne tient nul compte de l'arrêté de la commune
pour (jue la volaille' et le gibier ne soient portés et vendus qu'au marché. Les marchandes de la maison l".j;alité en étalent loiis les jours; vers les dix heures du soir on voit arriver chez elles les aristocrates et autres ef'oïstes poiu' acheter les poulardes et Icn dindes , ipTils cachent soi{;neusernciil sous leur rediu|jote. Un individu, nommé Mondrou , trcre de la fameuse Lapoplinière , est un des plus {grands consommateurs en ce genre, et c'est la marchande à côté du café de Foy qui est sa pourvoyeuse ordinaire. »
Ilapport de GrweL
m Ces conspirateurs si Hers, si audacieux, si inso*
lens , sont aujourd'hui dans l'abbattement. On assure que le geôlier de la Conciergerie demandant avant-hier à Hébert ce qu'il vouloit pour souper, celui-ci, pàle et défeit, lui répondit qu'il n'avoit pas d*appétit ; qu'il avoit son pain du matin, et qu'il n'avoit besoin que d*une chopine de vin. La terreur punit déjà le traître. •
Rapport de C.
a On ne voit plus tant de bonnets rouges que l'on
en voyoit cy-devant, disoit un citoyen. Depuis qu'Hébert est arrêté, dit un autre citoyen, on ne voit plus tant de petits bonnets pendus au coté , dont on assure que c'étoit un signe
de raliemeat. A ce sujet un autre disoit qu'il se resouvient bien avoir connu des individus , grands partisans d^Hébert , porté ces marques dititinctive ; il en concluoit de là que ces signes peuvent bien être un ai^ne de raliement dont il fout absolument surveiller de plus près que Ton ne pense. »
Observations du citoyen RoUn.
M Point de bœuf aujourd'hui ches les bouchers, seulement un peu de veau et de mouton. Grand murmure dans la place Maubert de la part des femmes.
• Plusieurs citoyennes, au palais de justice, dont il paroit que les maris et les enfents sont aux frontières» se plaigiioient qu'jelles ne pouvoient obtenir de secours du ministre de Pintërieur; elles ajoutoient que plusieurs fois elles furent rebutés par le portier, et que le ministre lui-même ne les avoient pas mieux reçu ; que cependant elles sa voient h n*en point douter qu il aimoit le sexe féminin, mais que probablement le costume ropuhlicaiii dont elles faisoient usage n'étoit pas celui qui lui plai<>uiL le plus.
» Au cale Manouri ou s'occupa beaucoup des détenus ; plusieurs citovcns assuroiout (|u'il n'v avoient point de nuit qu'on arrêta une quantité <le personnes sans que I on sache les molita do leurs arrestations , sinon qu'on disoit qu ils étoient suspects , un vieillard dit qu'il éloîl peut être très nécessaire d'emploier les voies de sévérité pour contenir les malveillants \ mais que de même qu'il ■ n'étoit point possible à l'homme le plus robuste de tenir perpétuellement son bras tendu, vu que les muscles se fatiguent, de même il ne seroit point possible de continuer à tenir ainsi la terreur à Tordre du jour »
28 VKNTÙSt (18 .M.VIlî»),
État-nu^or générai,
« f.a (jarde aux barrières ne laissera sortir <lc la vjlle aucun tusil quelconque sajis que le [jortenr ne soit muni d^me permission des autorités constituées. Les patrouilles extérieures sont exceptées de la présente mesure.
• Oo se plait à répandre sur Paris des atrocités incroyables aux yeux de tout bon républicain ; mais qu'importe? et quel rapport la calomnie peutelle avoir avec des hommes vertueux et irréprochables?
» Depuis quinae jours on accapare nos denrées au dehors ; des méchants répandus sur les routes disent qu'à Paris on vole» on pille tout; imposteurs, rendex*vous à la commune, vous y verrez le tableau de notre serment. Il n'y a pas un seul hon républicain fonctionnaire public, en entrant en fonction , qui ne fesse le serment de deffendre les personnes et les propriétés. Quelles sont celles qui ont été pillées? Citez-en une seule, vils brigands! Vous ne nous découragerez jamais, le peuple ne se séparera pas du peuple; et, en dépit de rintrigue, la justice, Tégalité et la liberté triompheront, seront étemelles, et ses calomniateurs, les intrigans et les hommes de mauvaise foy passeront.
» Les citoyens de service à la distribution des lé(;umes surveilleront ceux qui après en avoir déjà reçu se remettent à la ïi\e pour en avoir une <li'u\ienie fois.
» Le service fjcnéral à Tordinaire. Signé à Toriginal HanrioT, comuiiindant général. »
Jiapftort de Dittjas,
« On a beaucoup parlé de la manière dont Chabot a voulu s'empoisonner; mais Topinion la plus générale est qa*il a pris du sublime corrosif, et qu'on lui a donné des secours pour en diminuer l*e0el. On avait d'abord annoncé sa mort ;
2C.I) PARIS EN ilHh.
on a dit cnsdito qu^il étuit hor> do d.ing^er et qu'il ne courrait plus que celui du supplice; cette dernière nouvelle a été reçue avec satisliiclion.
» On a enfin donné l'arreslation de Cbaumet pour certaine.
• Gobet, cy-devanl évéque de Paris, a. dit-on, subi le même sort. Ce n'est pas à Paris seulement que le peuple témoigne son indignation contre Hébert et ses complices , dans les campagnes on n*entend que des imprécations contre eus. I^e P. Duchesne est41 exécuté?.... G*est la première cbose qu'ils demandent à tous ceux qui viennent de Paris.
» La séance des Jacobins a été intéressante par ]es détail» donnés par Gouthon sur la conspiration; il a lu ensuite la lettre d'un représentant du peuple, à Commune affranchie, ;i Tbirion. Elle porte que le fameux arrêté des Gordeliers où il est question de s'insurger et de voiler la Déclaration des droits de Thomme, avait été lu dans la Société populaire avec applaudissement , et qu'il avait été porté par un cordelicr. Les Jacobins, sur la |>roposition de Coutbon, ont arrêté de faire une adresse à toutes les Sociétés populaires qui lui sont afldie'es pour les tenir en yanle contre cette nouvelle inaïui'uvre.
» l'iic dépulalion des Gordeliers avant vie annoncée, l'orateui e>l nioiitt* à la trii)iuie poin- drmaiider à la Sociéti* union et fratci nilt- , cl <juV'lie voulut hien se joindre à eux pour combattre t^)u^ los einieniis de la licjiublique ; il a dit que si quelques-uns des rnendire-» du clul» des Cordelière avaient été arrêtés , ils étaient sous la maiu de la juiitice, et que c'était ù elle à prononcer.
» Sur la demande de Uobe»pierre , la Société a répondu qu'elle ne fraterniserait avec le club des Gordeliers que lorsqu'il serait régénéré.
« Robespierre a demandé ensuite le rapport de l'arrêté par lequel la SocitUé avait délibéré l'impression du discours prononcé dans la dernière séance par l'auteur de la feuille du Salut public» Sur les observations qu'il a faites, l'arrêté a été rapporté. »
Rapport de PcrriiTC.
Ifrherl. — « Il l;mt qiio \c peuple soit bien accoutiuiic à la traliisoii , piiisfiu'il lui en eoiite si peu pour croire traîtres ceux (pii avaient paru ses meilleurs anus.
» Ail ! disaient des enFans <y\i jouaiciil sur la (m a^se de la Renonuiiéc, vis-à-vis le lieu de la {juillotine, il pourra Lien V passer an>>i le P. Duchesne! Il était pourtant bougrement en colère!.... U est bien en colère, ajoutaiUil, de ;se ▼oir prisl
n Les sept condànés d'hier sont presque tous allés au supplice en causant, en riant et en dansant; le {jénéral de la Vendée et le premier commis du ministre de la guerre se sont distingués par leur bonne humeur.
» Le peuple disait que décadi prochain ce serait le tour du P. Duchesne; on choisit ce jour-là, disait-il, pour que tout le monde le voye. »
Hérauli^eehelles, — « Ce dëputë, accusé à la vérité d'un crime bien différent, trouve aussi des dispositions bien différentes dans le peuple. Il est arrêté , disait-on , mais ce n'est que pour avoir donné aadie & un émigré.... L'amitié peut faire commettre cette infraction à la loi.... mais la loi, comme tout le reste, doit être révolutionnaire; c'est-à-dire que se relâchant de sa rigueur envers des hommes patriotes d'ailleurs, elle ne doit être impitoyable qu'envers l'aristo* crate; sans cette distinction bien naturelle nous serions victimes de nos propres mesures , et nous obéirions stupidemment à la lettre. Ce n'est point ici un crime général dans ses conséquences; or, il faut se rappeller les r^cvviccs f/c'noran.v c|ue cet bouune a rendu à la patrie ; il a li(]uré dans les circonstances les plus imjjortantes et les plus critiques de la révolution. Je l'ai vii , a dit un autie, recevoir de-> éuiifjrés maintes lettres qui rinvitait nl à j)ien(lr<' du ser^i(■e parmi eux, décbirer ces lettres avec iudi{;uation , et couronner le buste de Brutusqui parait sa cheminée. Mais cousidcrez donc.
tG3 PADIS EN 1794.
n rcpi i-^ un iiutrc ('ito\ ('n, quel .< rimo c'c^t «le i « \ on- nii riiii|jic, <*l quel tlaujjiT il expose la j)atrie! Si cliacuu en Fesait autant, il y aurait à Paris une armée dV'mijjrés. Vous faite:» là une supposition {jratuite, a-l-on répondu, et vous êtes payé pour priver la patrie d'un homme aussi essentiel f etc. »
Rapport de Delarue.
« C'est précisément dans le moment où le masque de certains conspirateurs tombe que Pon cherche à jetter un vernis désagréable sur ceux des patriotes qui sont restés fidèles a la cause du peuple, sur ceux môme qui sont morts en soutenant ses droits. Marat , dont les vertus et le courage fobaient trembler les traîtres, Marat est maintenant désigné comme le chef de la conspiration qui vient d'être découverte : c'était, disait<on dans un lieu public, un des plut» chauds partisans du club des Cordeliers, dont il était le créateur; il a toujours été le soutien d lli hert , de ^fonioio, de \ ineent, de Hon- >iii , et ce sont eeiix-là (jui lui ont Fait rendre tant de Si jjraïul^ lu>iiiu'ui> ; >a table, <|uoi (prtjn en dise de sa frugalilé, <''lait t()a> Ie> jours splendideinnient ^ rvie, et (die n'était jamais <le nionis de 8 rouverts, et j'ai vu eelle qui .>e disait sa i'euuiie acheter lre>-( lier des objets de luxe, tant
pour sa table que pour un autre usajje C'était chez un
traiteur, rue des Petits-Champs, près celle Chabannais, sieur Nicaise, que se tenaient ces ridicules prapos. Il est bon d'observer que pour donner quelque crédit à ces assertions on rappellent ce qu'avaient été les Afirabeau et mille antres patriotes jadis révérés.
» D'un autre c6té, on a fiùt dire à un des criminels qui montait à Péchafiind que c'était à Le Gendre et à Lacroix que Ton devait l'insurrection du Calvados ; ainsi , en écoulant ces perfides suggestions, il ne serait personne en qui nous dussions avoir quelque confiance.
» On assurait ce soir que Chabot était mori à la Charité, où il avait été transféré à T effet de lui porter des secours. »
Udjiport de Prévost.
« Plusieurs particuliers étant sur la place de la Rérolution témoignoient leur satisfaction de voir punir les scélérats; ils espèrent de voir bientôt tous les conspirateurs s'acheminer de côté.
» Beaucoup de motions sur la terrasse des ci'^evant Thui-
leries ; plusieurs citoyens désirent qu'Hébert ne soit pas exécuté si précipitamment, pour pouvoir plus facilement découvrir les conspirateurs et les contre-ré\ olutionnaires.
» Dnns ces motions on y parloit heaucouj) de (^haliol, on disoit qu'il avoit annoncé dans ces écrits que ces Ijeau Irerc!» avoient été faits mourir par les Aiitricliiens pour couvrir sa trame, que cela étoit très-faux, qu'il jouoit à la hausse avec les Hollandais et autres, que sou l»ut t'toit de di>crédiler les assi(}nats, qu'on eut jamais crû fju il se seroit conduit de cette manière, lui qui s' étoit toujours montré un Irés-bon patriote.
» On regrette singulièrement Marat ; on a fait son éloge, et on présume que tous ceux qui ont été arrêtés ces Jours derniers Ton fait assassiner pour parvenir au but où ils wonloient, mais qui heureusement ont été déjoués, (jrace aux comités de salut public, de sûreté générale, et aox Jacobins. «
Rapport de Bacon,
« Rue Charenton, prés le^ Quinze-Vin(;t , cinq à six
temme> parloient rlu père Duchesue ; conmie je me suis approché d'elles, je me suis apperçu qu'une de ces citoyennes disoit aux autres : Dans l'instant, a-l-elle dit, je viens d'ap-
FAUiS £M 1794.
prendre au faubourg Saint-Aotboine que Robespierre étoit eu prisoo. Comment cela, ont répondu les autres; cela n'est pas possible. Ma fois, a réplifiué Taûtre, beaucoup de personnes rassurent. J'ai aussi tu une blancbisseuse, rue du Bon-Conseil, qui m'en a dit autant; elle même assurée que ce matin k la balle et aux portes des boucbers on disoit tout baut que sou peu il y auroit du bruil, et cju il y avoit encore une nouvelle conspiration »
29 VENTOSE (lu MAAS).
Rapport de Pourvoyeur*
« L'on ri pniid le bruit dans Paris qu'il y aura un soulèvement dans Paris le jour où Ton ju(;cra Hébert et ses complices; que même la salle du tribunal est minée, et qu'elle pourrait bien sauter ce jour-là.
n L'on observaient que l'on devrait punir le gardien de la Conciergerie pour avoir fait ou laisser passer du poison à Cbabot; le guichetier doit répondre des prisonniers qui sont sous sa garde.
• L'on disaient dans plusieurs groupes que Gbaumette , Pache, le ministre de la guerre, et le ci-devant évéque de Paris , étaient arrêtés.
» Quant à Hérault de Séchelles , l'on est point étonné qu'il soit aristocrate; l'on observent que l'on est pas patriote avec deux cent mille livre de rente, et surtout un cy-devant avocat général ; l'on dit que tant que Ton mettra des robins et des ci-devant dans les affaires de la République il faut s'attendre h étretrabis; ils ne j)euvent pas être patriotes, ils ne pardonnent pas facilement d'être l'e^^ale d'un sans-culottes.
» C'est pour(|uoi I on en veut beaucoup plus à Ih-bert , et aux autres comme lui, parce que la Révolution leur a été tavorable , et qu'ils auraient dû vaincre.
» îj'on observent que l'on ne devaient pas souffrir des places sur des planches sur la place de la Re-voliition , attendu que cela fait beaucoup d'embarras, ef (]ir<)ii jicut voler quelqu'un, surtout quand il v a beaucouj) de monde, ce qui arrive souvent au tribunal criminel. Ce matin, tandis que l'on jugeaient trois jeunes filles pour des faux assignats , Ton a coupé la poche d'uo citoyen, et oq lui a pris son portefeuille; Ton a fait fermer les portes, et fouiller tout le monde, mais le portefeuille ne s^esfc point trouvé, il contenait quinze cent livres. Presque tous les jours il arrive de pareilles choses.
» L*on se plaint que Ton ne voit pas de beurre , et que pourtant il en arrive beaucoup au marcher. »
« Police. — L'on observent que malgré la loi qui porte que l'on ne ce fera pas remplacer pour monter la garde, que tous les jours les corps de garde sont remplis de remplaçants , ce qui fait que le service est trés^mal feit; la pluspart de ceux qui se font remplacés sont des jeunes gens ; Ton demande que cela ne soye plus permis, attendu que le service de la garde nationale a besoin d'être bien fait dans ce momoat et plus que jamais. »
Bappart de GrhteL
« Je crois entrevoir (jue les conqilices» et les partisans des conspirateurs conservent encore quelf|M'espérance de les sauver, en se flattant de pouvoir circonvenir la majorité du juri qui doit prononcer sur leur sort. Je fonde cette conjecture ou le soupçon sur quelques mots làcbcs par un homme qui, du ton et de la manière dont il parloit, laissoit voir, â un œil perspicace , l'intérêt qu'il prenoitpour les coupables. Cet homme, qu'on dit être un des défenseurs officieux, habitué au tril)unal révolutionnaire et un ancien procureur, est un grand parleur; il va journellement au caffé Gonti, au bout du pont Neuf, vers les 4 heures du soir; il parott qu'il