SI MAKS AU 20 AVRIL
Ce mois de germinal est le mois décisif de Tannée 1794. Robespierre fra {> } le 1 e parti terroriste exagéré dans Hébert, Fathéisme dans Ghaumette, i*inimoralité dans Chabot, Bazire, Fabre d*Ê- {;lantine, la réaction prenant pour mots d'ordre la modération et la clémence, dans Danton et Camille Desmoulins. Gomment tant
' L'empereur Antuuin ordonna par un édit i|u il y aurait Untii cent trente jours de travail*
LA RUE, LB CLUB, LA FAMINE. fr9
de cou[)S purent-ils être portés successivement à tous ceux que le peuple avaitcus pour idoles? C'est ce que l'historien ne fera jamais comprendre, si complet, ingénieux et sii(jace qu'il soit, à moins de descendre au fond de la situation. Nous avons exposé cette situation, jour par jour, au moyen des rapports de police. La Convention, préoccupée de la grandeur des difficultés que rencontre A rintérieur et à l'extérieur rezistence de la République, terrifiée par Taudace de ce comiM de saint public entre les mains duquel elle a abdiqué la surveillance et la direction, subit en silenoe ces saignées qui tariront la source des élans révolutionnaires. Décimés par la tyrannie, les pâles sénateurs s'abordent chaque matin en tremblant et en se demandant qui vi^xa ou mourra le lendemain. La peur du supplice, le dépit de se sentir un maître, le désir du pouvoir, la vengeance des humiliations souffertes, des amis immolés, des infamies ijlorifiées, feront naître une vaste conspiration. On peut dire que les ides de mars approchent : les poignards se dressent déjà des deux côtés du bonnet de la liberté. Le tyran^ sous les coups de la faction thermidorienne, tombera*, ses partisans tomberont avec lui. Comme au supplice des Girondins, coinine au supplice de Danton, au supplice de Robespierre on n iera : Vive fa Répubù'qjie ! . . . .
C'est le cri «le la multitude; elle ne sait rien, elle ne comprend lien, si ce n'est <|ue puisque tri ou tel est accusé, il doit être coupable. Mais, lui dil-on, est-ce possible? un toiulatcur de la Képublique (jui vous avait inspiré une confiance et une admiration sans lx)rnes? — 11 n'en est que plus coupable et plus digne d'un châtiment exemplaire! répond-elle avec un aplomb inébranlable. — Elle souffre un peu moins du la &im en voyant que les gueux qui sont cause de ses souf&ancet se suecèdent A la guillotine, et elle applaudit qu'on leur fasse, selon une terrible expression populaire de ces temps de tammej poster le goût du peùn, du pain dont elle espère bien se rassasier un jour après leur mort. Pauvre peuple! mineur imbécile, on le conduit où l'on veut, et lancé dans la voie, il dépasse le but; mais si son espoir est trompé, il se retourne contre ceux qui ont dierehé d'abord A l'entraîner, ensuite A le retenir; il se venge sur eux de ses déc^tions, et n'attendes de ce furieux ni discernement ni justice. Gouvernants, il vous impose toute la responsabilité de ses propres excès; il vous enveloppe dans la même haine et
la ihCmih* défi;uno. On voit, |)ar les r.ipixirls ilo |>f>liiH'. la vîolenri' tic ct'> haines et de ces (U fiaiices. Avoir été membre de la première Assemblée législative, c'est, à ses veiix, un titre ù la proscription; de la seconde, c'est une preuve de fi&déralbme et de krittolisme ; appartenir à la Cmivention ne vaut guère mieux. Beauconp de conventionnels ont passé à la guillotine; le reste y passera : Tous ces coquins de députés y passeront, s*écriet-on dans les assemblées populaires. L*ol)ser>'atcur de l'esprit public ne dissimule pas son épouvante en rapportant ces imprécations implacables! {Rof^Mrt du 6 germimU an H.)
Fidèle à notre système de donner le { >iii> ^io>sible la parole aux contemporains, nous allons emprunter A Lacretelle jeune quelques pages sur les événements de cette époque.
« Aux premières menaces du comité de salut public, Hébert et ses partisans se troublèrent et ne surent pas rallier leurs forces. Ils abandonnèrent à leurs rivaux le club des Jacobins , qui offrait toujours l'avantage de pouvoir conspirer à baute voix; ils se réfugièrent dans le dub des Corde-
liers La manière dont ils forent arrêtés les fit entrer dans
la classe des brigands ordiuaire^ , dont une révolution seule pouvait les faire sortir.
» Ils parurent devant ce tribunal révolutionnaire à qui ils avaient pti commander mille morts. Le crime dont il> étaient accusé^ était la contre -révolution. Ils étaient représentés comme des agents de l'étranger. La lecture de cet étrange procès ne donne aucune preuve de cette dernière imputation
» Le 1*' germinal , Hébert fut envoyé à la mort : avec lui périrent plusieurs de ses complices , dont je me bornerai à dire les noms. Ronsin, général de Tarmée révolutionnaire; Anacharsis Clootz, député à la Conveution nationale (c'était un fou atroce qui se faisait appeler l'orateur du genre bu-' main et qui parlait toujours de laire connaître à tous les peuples la liberté, ratbéisme et la septembrisation ^ épouvan-
LA UUE, LE CLUH, LA FAMINE. 281
table mot qa*il avait créé); Vincent, {;énéral du déparlement de Ja guerre; Proli, Pereyra, Dubuisson (c'étaient ces trots commissaires qui avaient interrogé et dénoncé Dumonriez). Les autres étaient plus obscurs , mais non moins coupables. Le peuple accouru en foule à leur supplice leur prodigua les outrages, et se plut particulièrement à tourmenter Hébert en lui appliquant les atroces plaisanteries par lesqudles il désignait la guillotine.
» Cette victoire alarma ceux qui Pavaient remportée. La joie que le peuple venait de montrer était un présage terrible de Tivresse avec laqudle leur propre supplipe serait un jour contemplé. On ne laissa pas lon(;terops Danton et Camille Desmoulins s'applaudir d'avoir contribué à la perte de ces dangereux anarcbistes. Dans la nuit du 10 au 11 germinal * ils furent arrêtés , ainsi que leurs collègues Lacroix , Philippeaux, Hérault de Séchelles et le général Wcslerniann. Le lendemain la Convenlion parut a;;ilée. Lefjcndro, ami de Danton et de Camille, cherchait à rallier lou?. Iein.> amis tremhlants. Il leur montrait un sort semblable comme le prix mérité de leur laehe silence; sa réclamation fut d'abord eritenduc avec une faveur marquée de la Mont i-^ne. F. es membres du eon)ité de salut j)ublie enlrereiit ; leur pas était lent, leur mainlien compost-, leurs regards sombres et perfides. Legendre parut ému et s'arrêta. Achève , lui dit Iroiflement Robespierre, il est bon que nous connaissions tous les complices des traitres et des conspirateurs que nous avons fait arrêter. Il ne se trouva plus un homme qui osât appuyer Legendre. Saint-Just monta à la tribune; les révolutionnaires n'entassaient jamais plus d'imprudentes absurdités que dans ce qu ils appelaient des actes d'accusation. Le rapport de SaintJust surpassa tout ce qu'on avait vu à cet égard ; c'était un tableau de toutes les foctions que la révolution avait fait naître ; les liens secrets qui les unissaient y étaient représentés de manière que Saint-Just y montrait une parfaite concorde entre Danton ordonnant les massacres du 2 septembre et les victimes de ces fatales journées; entre Danton et les
Girondins , dont tl avait can>c la proscription; entre Daiitoo et les Hébertistes auxquels U avait déclaré la guerre. Des rapprochements si ridicules affaiblissaieDt ce que le rapporteur avait à dire des liaisons de Danton avec le parti Orléans.
» Robespierre paria ensuite» afin de montrer que désormais il régnerait sans rival. An travers |de son triomphe perçait une ferouche inquiélnde. De tous les ennemis qu'il avait abattus, Danton était le seul qui pût laisser des vengeurs implacables. Robespierre voyait la consternation régner sur toute la Montagne, Il p revoyait qu'il serait obligé de décimer encore plus d'une fois son antique milice. Se laisseraitelle encore é{;orger sans défense?
■ Saint-Just et Robespierre annoncèrent que la révolu- * tion allait prendre désormais un autre aspect. Que nos amis, <fue nos ennemis apprennent, dirent-ils , que la terreur et Ut verùi sont à l'ordre du jour. Ils entendaient par là que Taustérité, la tempérance et le désintéressement seraient désormais exigés des assassins'. Par cette déclaration ils intimidèrent et ils se subordonnèrent davantage leurs agents;
' On reconnaît à l'exagération de cea espreations un hoiume qui a vécu en ces tomjn-liN , qui \ en 'i souffrir et surtout ;i cr.iindrf ilu triomphe de* Moni.-i(;nard8. Lacretellc aurait pu ajonter à ce qu'il vient de dire , qu'en mettant la vertu à l'ordre du jour, les ennemis de Danton prétendaient I accuser par ce mot même son immoralité. Les mœurs du clirf de ia Montage avaient été plus que lé{^rrcj. Cependant il s'était marié deux fois, et il a\ait aiuié passionnément ses deux fenunes , dont la dernière e.st morte très-à{jéc cl presque de nos jourâ. Notre ami, M. H. Fillon, nous a r.iconté qu'il l'avait entendue parler de Danton dans les termes les plus latteurs : peut-être le comparait«lle h son seeund mari. I < j;rand agitateur perdit M prévoyance et «i -faiiv.if^e énerj;ie dans les lirai de cette Dalila ; son étreinte l'amollit. Il scuuiit cet alfaibiissement, et il en tu-a un étrange
arigiument pour se dé^dre de sourdes accusations. & U» homme qui
S I fi luuie toutes les nuits ne oonsptre pas • , dii-îl un jour k la tribune de
la Conveiitioii. L' irf'iiiiieut aurait pu eonvainrre tout autre homme ipie KohespiciTC. Un prutila de ce^ lanijueur^ amoureuMM, et on enchaiiia le lion avant son réveil. Camille Ininnème n'avait pas été beaucoup plus chaste que Danton. Un jour, en rentrant chez Duplay, Kubeapierre trouva
un mauvais livre : il (Icinanda d'où il Ten.iit ; il -mt f|ii"il .n iii t'té a]i]>ortc par son ancien camarade Camille pour la Hilc de Duplay, celle uièmc t|u il aimait. Robespierre déchira le livre et garda le souvenir im cette mauvaise action. Qui sait si elle n*a pas coûté la vie à CandUet
Là RUE, LE CLUB, LA FAMINE. 283
il lallut tout imiter dans Robespierre, et surtout son hypocrisie , et Robespierre fut adoré.
» Le procès de I)anton et de ses collègues fut conduit par le tribunal révolutionnaire avec les formes qu'eux-mêmes ils .avaient imaginées pour hâter la condamnation des Giron> dins. Danton commençait «a défonce, et son début faisait comprendre qa*il espérait au moins entraîner le perfide Robespierre dans sa perte. Le président du tribunal lui ferma la bouche en répétant sans cesse qu'il sortait de la question. Alors s'engagea une lutte orageuse; la sonnette du président, les cris de ses licteurs, la voix de Danton, les murmures du peuple, formaient un tumulte horrible. Les accusés iuifultaient à leurs juges. Fouquier>Tinville écrivit à la Convention qu'ils étaient en pleine révolte; elle rendit un décret pour foire terminer surJe-champ les débats. Les accusés foreiit tous condamnés , et pas un d*enx n'avait été entendu. On 8*était à peu prés borné à leur demander leurs noms, leurs demeures. Danton avait répondu : Ma demeure sera bientôt dans le néant, moH nom est écrit dans le Panthéon de t histoire» Camille Desmoulins, interrogé sur son âge : J'ai Vàge du sans'-eulotle Jésus^ trente-trois ans, quand il mourut, Hérault de Séchelles répondit : Je siégeais dans cette même salle oii j'étais détesté des parlementaires.
»» Le peuple vit leur supplice sans joie et même avec quelques >vmptônies de douleur. Danton conserva en allant à la mort son laiij;a(;e terrible : ot) prétend qu'il répéta plusieurs fois : J'entraine Robespierre, Robopierre me suit Camille Desmoulins témoignait le regret d'avoir troj) souvent a|)j)elé la vengeance et trop tard Thumanité. Rien de plus intéressant qu'une lettre qu'il écrivit à sa femme peu de jours
avant sa condamnation Cette jeune femme à lacinclle il
devait son refour à la pitié ne voulut pas de celle des tyrans. Elle errait à toute heure autour de la prison de son mari ; elle faisait de vaines tentatives; elle eût voulu exciter un soulèvement pour le délivrer. Bientôt son désespoir passa pour une conspiration. On lui donna pour complices le géné-
PAIUS EN 1794.
ral Ârlbur Dilion et la plupart des suspects enfermés à Paris. Un nouveau crime fut inventé , qu'on appela conspiration des prisons. T. a veuve couraf^euse de Camille Desmoulins fut condamnée. On Tassocia sur la fatale charrette avec des ennemis de son époux, avec les vils restes du parti d'Hébert, tels que Gbaumette, les deux Gramroont et le prêtre parjure Gobel. Elle mourut comme Charlotte Corday, comme madame Roland. »
l*' GERMINAL (21 MAR-S). «
Le citoyen Tallien (39* président de la Convention). — Décret sur les rentes viagères et sur les certificats à fournir par les rentiers.
Les rapports de police adressés au comité étaient résumés chaque jour au ministère de Tintérieur. Nous publierons quelques-uns de ces résumés pour donner à nos lecteurs une idée de la physionomie de Paris en l*an II et en Tan III. On conçoit que nous ii\iiii ions pu faire pour chaque mois le travail que nous avons fait poUr ventôse sans dépasser de beaucoup les limites assignées à notre publication.
Situation de Paris. (Résumé des reports de police,)
« Esprit public, — Le jugement des conspirateurs ' a attire dans les salles du palab un concours prodigieux de
citoyens des deux sexes.
» Lorsque vers les dix lieurcs du malin on a ouvert les j)ortes du tribunal, il v a eu un tumulte eFfrovahle. Des honm«e.> rol)Ustes et sans doute malintenlionm's ont pressé avec tniit de violence (juc lu (^arde n'a pu leur résister; des piqucb ont été bridées et des femmes foulées aux pieds uu bles-
* H t*agit d'Hébert et de ses complices, mis en arrestation le S5 vantAie, et dont le pracèt coBinençut.
sëes par les barrières qui sont tombées sur les premiers rangs. La garde a ëtë considérablement augmentée, et on a prl<^, un peu trop tard, des mesures pour empêcher que de pareils désordres ne se renouTellenC. Lorsque le tribunal a levé sa séance • les portes étaient fermées, et on n*a pu sortir qu*en montrant sa carte. Pendant toute la matinée on ne parlait que des crimes atroces des conspirateurs, on les regardait comme mille fois plus criminels que Gapet et sa femme; on désirait qu'il y eût pour eux mille supplices.
» Dans l*aprèMnidi on interrogeait ceux qui disairat avoir pénétré dans la salle; mais leurs rapports très -différents prouvaient qu'ils n'avaient rien vu ou qu'ils avaient mal vu; on Raccordait néanmoins assez généralement à dire qu*Hé- . bert ne voulait parler que lorsque Santerre serait arrivé. Le désir de la vengeance était le seul esprit qui animait le peu-, pie dans les salles et les cours du j)alais qu'il reinplissuil.
» On ré[)andait dans la niatiiu'c le hruit ([u il avait clé trouvé la nuit précédente des boulets et des (jargousscs dans la rivière , devant le quai des Au[justins ; on soupçoiniait qu'iLs y avaient été jetés par des habitants de la section Marat , complices de Momoro.
» 11 circule un rapport de Saint-Just sur les factions de l'étranger qui fourmille de fautes d'impression ; il n'est pas une page qui n'en renferme. Est-ce la malveillance ou l'ignorance qui rend ainsi ridicule un rapport qui doit faire trembler tous nos ennemis? Cette édition, qui porte le nom de rimprimerie nationale, a été mise sous presse rue Saint- Honoré, vis^vis 1* Assomption; mais les formes avaient été composées ailleurs. On ne saurait trop surveiller l'impression d'un rapport qui d<Ht être distribué avec profusion.
• Des honunesi dont l'extérieur annonçait le plus grand besoin de travailler , n'ayant pu entrer au tribunal , disaient à onze Heures du matin : Allons donc passer le reste de la journée; et les ouvriers manquent d'ouvrage, dir»ton à ce sujet ?
» Dans tous les groupes des jardins nationaux on ne par-
286 PARIS EiS 1794.
lait que des subsistances , et cV'lait à Hébert et à sa ciii|ue ^*on en attribuait la rareté. Quelques-uns de ses partisans qui ont TOultt prendre sa défen:>e ont été regardés comme des scélérats, et «m d*eux a été souffleté.
w Dans un de ces groupes , Brichet , connu vul(][airement sous le nom de Saint-Quintiii, a été traité d*escroc; on prétendait qn*il devait des sommes immenses; que dans Tori* çine il était employé aux Messageries à raison de 1200* par an, et que, après avoir passé par dis à douze places, il était parvenu par le secours d*Hébert à celle de MOO^ qu^il occupait dans les bureaux de la guerre.
• On a parlé de Dufoumi , qui , ayant voulu forcer une sentinelle, avait été conduit au conseil exécutif, où, |)otir Texcuser, on a attribué sa Faute à des quintes qui le prenncnt de temps en temps, Ot) ajoutait que Tandit, député, ra<liuHant-nin|t)i", (pu l avait accoinpafjné , avait i'Mjm- ipi'il montre sa carte, et qu'il avait répondu : (Juand je s<'i.!i au conseil , tu veri'a:> qui je suis. Celte couduilc a été ix>rt désapprouvée.
" On aH>ure partout que la section de Bonne-Nouvelle trempe dans le complot d'Iléhert; on dit qu'un grand nombre de ses habitants ont été arrêtés, et que les trois quarts au moins le seront bientôt : Bravo t disaient des sans-culotles me Sain^Denis, nous avons du mauvais sang", il faut le tirer.
» Les voyages fréquents que Santerre a faits à Paris le font vivement soupçonner rPavoir part à la conjuration. 11 y a longtemps qu*on aurait dû épier de près sa conduite, oai dit deux volontaires blessés* sur le boulevard Saint-Martin : il nous a fett écraser ou par trahison ou par ineptie. Si c*est par trahison, pourquoi ne Ta-t-on pas jugé conune les antres généraux? si c*est par ineptie, pourquoi l*a-t-on conservé dans son grade? Si on Ta laissé tranquille, a ré])Iiqué un canonnier, c'est parce qu'il a ordonné le roulement lors^ qu'on a guillotiné Capet. Cette phrase a été généralement huée.
• Kesprit public est généralement bon ; peu d'a(;itateurs ;
LA RDE, I.E CLUB, LA FAMINE. f87
qadqaes partisans d*Uëbert, mais les sans-culottes leur donnent la cliasse.
» La haine du peuple pour Hébert est à son comble. C'est le sujet de toutes les conversations publiques et particulières ; chacun ajoute quelques traits au tableau qn*on en feit qui senrent à le rendre encore plus hideux. Dans une maison où plusieurs personnes de couleur étaient rassemblées, une d'elles racontait le fak suivant : Lors de la fôte qui fut célébrée pour raffiranchîssement des colonies, je dînais ches le dtoyen Desgrouax, député à la Convention, où se trouvaient les députés colons, et Hébert , que je voyais pour la première fois et que je croyais le meilleur patriote du monde; je lui trouvai un air inquiet et pensif, et ce qui acheva de me donner une opinicju pou ta\ oral>l(' sur son cotnple, c'ei>it que les députés américains ayant fait toniher la convorsulion sur riHimortcl décret fjui proclame la liberté {générale, Iloliert, le patriote Iléltert n'ouvrit pa-> la Itouclio. Son siloiicc stir une matière au>si intéressanle pour uu vérilahic rt*j)uljlicain étonna et clHxpia tout le monde. Il fit d'ailleurs un accueil très-froid aux citoyens de couleur, et prouva ce jour-là, par toute sa conduite, qu'il n'était pas un sincère partisan de Tégalité.
') Il n*y a que deux cris parmi le peuple : Tun pour mau* dire les conspirateurs, Tautre pour bénir la Convention.
» On pariait avec satisfaction de l'arrestation de Chardin, commandant de la force armée de la section de Brutus! Celle de Bouchotte ne s*est pas confirmée, mais on prétend qu'il est gardé À vue.
« On ne s'occupe, on ne parle que de ce qui se passe au tribunal révolutionnaire. Hébert occupe aujourd'hui le fauteuil; il est président des vin{;t et un conspirateurs qui vont être ju^'és avec lui. Il a paru estréroement abattu. Six mois de prison ne l'auraient pas plus changé. Proli, dont l'astuce était connue, Dcffieux, son digne émule, portent la consternation sur leur visajje; mais Vincent, Momoro et Ronsin 'ont toujours cet air insolent qu'on leiu' a si souvent reproché;
au surplus, huit témoins ont été seulement entendus aujourd'hui : Dufourni et Legendre ont été du uombre et le» ont vigoureosement chargés.
» Les motion > communes de Marat et de Vincent 'donnent lieu à plusieurs malveillants d'insinuer que Marat pourrait bien n^étre pas ce que l'on pense et avoir trempé de bonne heure dans la conspiration.
» Le peuple ne peut pardonner à Hébert de l'aToir trompé. Vous rappelezp^vous son discours, disait-on 'dans un groupe , lorsqu'il sortit de l'Abbaye et que le peuple, allant au-devant de lui, voulut poser sur sa téte une couronne de chêne : Je ne mérite pas ces honneurs, disait-il; on ne doit les rendre à un citoyen que vingt ans après sa mort; je veux mourir pour le peuple... Oh! l'hypocrite! oh! le scélérat! s' écriait-on de toutes parts. — Et Ronsin, disait une autre personne, vous souvciuz-vous lorsqu'il disait aux Jacobins : Je ne reviendrai qu'après avoir exterminé les ennemis! — J'ai entendu Monioro, disait un autre citoyen, s'écrier en parlant de la re(|(iiii(i»)ii : 11 Faudra bien qu'ils partent, ces sct-l»'rat>; nou> nionlerons jusque dans leurs chandjre», et s'ils retusent de marcher nous les égorgerons! — Toute la section Marat peut attester que ce sont les propres expressions de Momoro.
» Tous ces détails aigrissaient encore plus le peuple contre les conspirateurs. »
LBTTRB DE SANTBRRE. (/ll^Ve.)
Santcrre, le prédi'cesseiu' d'ilanriot dans le conmiandeinent général de Paris, dont oc rapport de police met en doute la capad^ militaire, avait une tout autre opinion de ses talents, comme le montre la lettre suivante qne nous avons trouvée dans la collection Labédoyère. (BiM. împér. , département des manuscrits, Fmuh français, nom, ae. 312.) — Elle est adressée à
LA RUE, LE CL un, LA 1 AMIXE. 289
nn «'crlvain qui s'ornipait do Thistoin' do. la Révolution, ol «jui avait domandé à l'aiicieii {;cii« r,il des retisci(;nements sur les évéoeineots auxquels il avait été uiété.
Sanierrê, général divisionnaire, au ciu^en Chateaunenf, écrivain de bonne foy, (loédîte.)
« Je reçois, citoyeo, Phooneur de votre lettre du 3 complémentaire; les vues de votre lettre sont d*nn homme véridique et juste.
• Westermann combattit avec moi le 10 aoAt aux Tuileries, mais jamais près de moi k la Vendée. J*aimai sa bravoure, son courage et sa valeur. Je fus lié avec lui depuis le commencement de la révolution, et sans qu'il y ait eu d'interruption ; mon absence de Paris laissa naître le 31 may, daté de tous les malheurs, tous les assassinats. — Mes larmes ne tarissent pas lorsque je vob Danton, Camille, Lacroix, et Westermann couvert de blessures non cicatrisées , conduits à Téchafaud par des hommes imliéciles et scélérats.
1» J'ai trop peu fait pour ma patrie, citoven, à la Veudée; }\' ai cependant eu quelques succès, .l'ai chargé comme simple < avalier, le 0 juin, à Saumur (afin de ramener la • coiillaiice au brave ^^enou, (jui fut Messe ce [dur-là;. Conjointement avec Testimahle Rerthier, le ministrtr actuel, nous tluies, avec qnel<pies dt'ln i^ de la dtMonte , une charjje avec environ dix-huit officiers, >ur le jiont de Saumur, sin rarmée des rebelles triomphants, larpielle char{je nous reconmiençamcs trois fois, mal(>;ré les deux pièces de canon de huit qui nous tiraient à mitraille à trente toises de distance ; nous sauvâmes par c(>tte l'eiraile le tré&or, les représentants et partie de l'artillerie.
» Si les détails de cette journée vous intéressent, je vous les ferai passer. J'en ferai autant de tout ce qui est à ma connaissance. 11 ne serait peut-être pas inutile que je vous fisse connaître quelques faits qui ont honoré Ijes armées françaises sous mon commandement, non plus que les talents de
riiij;cnic(ir Dtiiiius , (jiii ciiiplova lo^ ctlclî» de rélectrit itc à niiiuT et conlrc-niinor des points (|ui assuraient tantôt notre droite, tantôt notre (;auciie, étant avant toujours isolés et presque toujours battus.
» J'en reviens à Westermann. L'on ne peut m'incnlper d'avoir contribué à son malheur; il n'a jamais été de la même division que moi; il fut un de ceux qui exécutèrent mon dernier plan sur Ghàtillon et surChoIiet, lequel plan chassa les rebelles de la Vendée. J'aurais voulu lui foire du mal que je n'en ai point eu la faculté ; il était un de ceux que je désirais accompagner, et je n'ai point eu cet avantage.
» Celui qui m'accuse d'avoir contribué au malheur de qui que ce soit ne me connaît pas; je n'ai d'autre jouissance sur la terre que celle de ne jamais avoir eu l'idée de jfaire le mal, mais souvent le bien, re^ttaot de ne pas l'avoik* bit toujours.
a Dites, citoyen, dites tout le bien de ce brave {jénéral
Westermann; adoucissez ces niànes victorieuses que l'echalaiid 11 a jamais déshonorées, et dont {(]ue) le témoi{j;na{;e et les souvenirs de tous les militaires ne cesseront de répeter avec vous. — N'ouitlie/. pas ce respectable Bîrou, qui fiit aussi assa:>f)iné malgré moi.
N Salut.
»» Santerre.
« Eoclot du Xempl**
■ Paris» ee 5 vmdjnûaira an X. •
iSuscription : « Au citoyen Chàteauneut, littérateur, rue Nicaise, n* 502, Paris. »
On a écrit attdes$ous de celle lettre autographe de Santerre :
• 2U juin 182^.
tt Quand Santerre, en l'an X de la République, se loue d'avoir été présent à l'attaque du château des Tuileries, il
parle le langage du temps, il n'est pas sincère. Il est certain qu'il recevait 100,000 ânuici de M. de la Porte, intendant de la liste civile, pour modérer le penple de Paris. Il assista ' au supplice de Louis XVI malgré lui, et ce fut M. Beaufrelut d'Ayat, ancien page de Louis XVI, qui ordonna le roulement de tambours pour empécber le monarque de parler au i peuple. »
Cette note est signée : Châteauneuf, du nom du destinataire de la lettre.
San terre se vantait d'avoir été un grand général, contrairement à l'opinion commune , mais il ne se vantait pas de sa mollesse à répotjue des massacres de septemlxe. Cette lettre de Pélion, inédite, accuse son manque d'énergie peuMtre calculé :
m Paru, 6 septembre 179t, l'an IV de la Liberté etlaI~del*É^Ut£<.
• Je vous prie, monsieur le commandant général , de me dire si vous avez fait passer à la Force le nombre d*hommes dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre. Il me semble
que si ces hommes s'emparoient du poste, il seroit iiiipossible de le forcer; et enfin, si les massacres continuent, il faut i>' emparer de ceux qui les commettent.
» Le maire de Paris,
1» Pétiox. •
En suseription : * Monsieur Santerre. »
8 GianniAL (Si nAns).
ProdamatSon de la GonvMition an peuple firançab , dans laquelle elle déclare que la justice et la probité sont à l'ordre du jour.
< Collection Labédoyère, p. 155*
PARIS EiN 1794.
Situation de Paris
a Esprit public. — Dans un çrooppe , sur la place de la Révolution , quelques citoyens entretenaient de la manière dont le tribunal procède à l'interrogatoire des accusés Hébert, etc. On ne leur laisse point, disaient-ils, la liberté de sedeffendre; le président leur parle avec beaucoup de dureté. G* est oui ou non que je vous demande, leur dit-fl à chaque instant. — Il n'est pas question ici de chasser le peuple, ajoutaient ces citoyens; sans indiqué qu*il est contre les conspirateurs, le peuple voit avec peine le tribunal suivre une marche aussi contraire aux lois de Thumanité et de sa justice....— Ici Torateur a été interrompu parles murmures de plusieurs sans-cololtes, dont Tun ^est écrié: Voilà les prt'miéres plaintes que j'entends faire contre le tribunal , et il est furt singulier qu'on uil turde »i lon^tenip^ à se plaindre de lui
» On a vu avec plaisir le- jnj^e^ du deuxième arrondissement déposer leur ro>tinnt> nionarrhicjnc, et substituer le bonnet de la liberté au ( liapeau d'Henri IV; on espère que les autres tribunaux, suivant 1 exemple du tribunal révolutionnaire, ne tarderont pas à suivre la marcbe. — La vue de> attributs de la Liberté, disait-on, doit être le premier supplice de celui qui l'a trahi.
» On attend avec impatience le nouveau tnnrt'mum ; ]e> murmures commençaient à s'élever, mais le placard atBché les a appaisés.
• L'acte d'accusation contre les conspirateurs a contristé tous les lecteurs. Chacun se plaint de ce que la nation française , depuis la révolution, a toujours été trompée par ceux en qui elle avait la plus grande confiance, et on convient unanimement que les patriotes n'ont d'autres protecteurs
1 Le« rapport* que nous pulilions sont anonyroet depuis le conuBcncement de (^mnlnal. C<' sont de» résuoiL-s faits, sur ]vi rapports de* obMTvateurs, dan» la bureaux du uiiuiiicrt* de riiiic-rieur.
(juc la Convention nationale; aussi partout en fait-on le plus
grand clojje.
>» Les cours du palais et les rues adjacentes étaient si pleines qu'il n'était pas possible d'y aborder; tout v annonçait le désir qu'on a de voir la tête des conspirateurs tomber sous le {jlaive de la loi. On a remarqué qu'Hébert est celui de tous les accusés <)ui témoigne le plus de làcbetë : on disait que depuis un mois Vincent était d'une insolence incroyable dans les bureaux de la guerre; quMI était devenu un petiit tyran à qni personne ne pouvait résister. Si quelque patriote peu content de son air de grandeur se permettait de lui dire sa hçoa de penser, il prenait à Pinstant le ton fiirieuz du père Ducfaéne et le menaçait de la guillotine.
» L*opinion parait bien prononcée contre Hébert et sa clique : à côté du Caveau du Palais-Égalité comme aillieurs, on s*en entretenait dé manière à ne laisser aucun doute sur cette objet. Ce sont sans doute ceux du même parti, disait-on, qui , pour faire diversion , font circuler dans le public qu'il existe une autre conspiration , dont les chefs sont Bourdon (de l'Oise), Philippeaux '. On répand cette nouvelle, dont la lausseté est évidente, j)our affecter le» bon» citoyens,
» On paraissait d'avi>. cpie Santerre, Rossi(jnol et autres personna^jes fussent présentés aux accusés. Ce serait , disaiton, un nioven peut-être infaillible de découvrii^ le reste de la conspiration.
» On parlait beaucoup des questions de Momoro à celui qui riï)terro-';ca le premier an tribunal; elles sont assez plaisantes pour trouver ici leur place : Ouelle est la loi au nom de laquelle tu m'interroges? Comment t'appelles-tu? D'où es-tu? £s-tu connu de la section? Où est ton certificat de civisme? As-tu passé au scrutin épuratoire? etc., etc.
t' On prétend qu'il y a déjà plusieurs officiers de l'armée du Nord arrêtés comme complices de sa faction.
» Dans un café, où on lisait les papiers publics, on disait
' PhilippMox allMt être décrété d'acctustion dix joan après*
m PARIS ESi 1794.
en entendant lire ce passade où il est 'question que Bonain visitait les prisons pour en foire cgorjer let> patriotes et désigner ceux qui 'devaient seconder ses projets : — Il y a donc des patriotes renfermés? Pourquoi ne les lait-on pas sortir? On devrait tAdier de se procurer la liste de ceux qui devaient vive cc^or^és, et sans autre information leur accorder la liberté.
» C'o>t la faction liél>ei tisie, disait-oii au café de la Justice, cour (lu Palais, (|ui avait mis en avant le jn'ojet d'inie descente en Anfilctci ie pour nous empêcher de repronflre Condé et VaU'ni iemies. Si cette mesure funeste eût clé adoptée, c'en était tait de la liépublique française. «
3 GEhifiKAL (23 mars).
Skitation de Paris*.
« Esprit publie. — On lisait au |)eu])le, dans une des rues qui conduisent au palais, une longue liste des chefs d'accusation des conjurés : on accusait Vincent d*avoir un relevé de tous les prisonniers patriotes dans toute Fétendue de
la Réj»ul>lique pour les livrer au fer des assassins. On dit (prHci>ert sur le fauteuil ne s'exprime, comme les membres du Parlenu'nt britanni(|ue , que p;ir (b^s oui et de> non tout secs, et qu'il a plutôt Tair <1 un ^ol <pie d'un homme (Tesprit. Le contact de rindi([nalioM publique (pii l'accable aujonrd'hui, et cet amour presque universel dont il avait ('té Tobjet, mais surtout la honte de devenir l'objet de ses propres sarcasmes contre Taristocratie, et les chagrins de s'être perdu lui-même après avoir perdu tout le monde, tout cela est bien feit pour le frapper d'une sorte de stupidité. — Sur les deux heures, la cour et les escaliers du palais n'étaient oc-
' Nmii Rippelvriit qui; ces rapports font partie dct dowiert da carton F. 140, ans Arebives de rEmpive.
cupes que par des gardes, qui repoussaient la foule dans les rues adjacentes.
» C'est iiu jardin des plantes, rue de Seine, à l'ancien étahlissenient des dilijTenccs, (juc se trouve les nia[;a/.ins de son; loiis le» paysans des environs v accom'ent ; ils augmentent la tbule de> Parisiens. Celte distribution s'v fait trois fois par décade par des bons de comité qui constatent le nombre des bestiaux de chaque individu; plusieurs s'en retournent à vide; c'est alors que le désespoir s*empare de leur àme : leur journée perdue, ridée d'une famille en pleurs qui les verra verenir tans moyens de subsistance pour leurs bestiaux ! Un de ces infortunés, ayant apperçu des citoyens armés de leurs fosils, dit à quelqu'un qui raccompagnait : Je voudrais bien qu'un de oes braves gens me fichât son fusil dans la téte. — Eh pourquoi? — De quel œil recevrai'je en entrant une femme et six enfans à qui je ne puis donner du pain, parce que huit vaches, sur les qu'elles nous fondions notre existence, se périssent de besoin?
» On entend plosiears journalistes {Journaliers) s'exprimer avec foreur sur leur cruelle situation, ceux surtout qui ont uneftimille et qui ne ga(^nent que 3^ ou 3** dix sous par jour.
» 11 existe des partisans d'Hébert et de ses complices qui prétendent qu'ils ne sont point coupables et qu'ils sortiront couverts de (jloire du tribinial révolutionnaire. Ces partisans se [flissent même jusqnes dans les Jacobins.
w Dans un grouppe , au jardin national, on s'anuisait de la manu re avec laquelle on avait conduit Santerre à Paris ; on ténioi(^nait pour lui le plus profond mépris et on se promettait de le voir figurer sur la place de la Révolution avec les hëberiistes
» Cbez le restaurateur de la maison de Touvi, rue du Paon , plusieurs particuliers cherchaient à ternir la mémoire de Marat en disant qu*il trempait dans cette horrible conspiration , qu'il en avait eu connaissance bien longtemps avant qu'il mourût.
» On observe que la plupart de ceux qui ont défendu Hé-
2U(( l'A lus EN 171)^.
berl ëUient précisément ceux qui recevaient 40 sous pour assister aux assemblées de sections
» Dans la séance du tribunal révolutionnaire» cinq témoins ont été entendus, et ont dépose contre les conspirateurs dans le sens de l'accusation; de ces témoins, trois, parmi lesquels on remarquait Kellermann, ont déclaré qu*on leur avait dit que les conspirateurs avaient choisi Pacbe |)uur en faire le suprême ordonnateur sous le nom de grand ju(;e. Cette déclaration donne beaucoup à parler, et appuyé les bruits sourds, mais fort répandus, que Pache, d'intelligence avec Houchotlc, faisait njouvoir, derrière la toile où il se tenait eac ht-, tous les tils triiitri{;ucî> dont auteurs ont {leiii et lioiteiil à paraître; ou le> Mtiipeouue depuis longlenijt^ (r» trc lo vrais anteur> ilr> {|i>>>eiiNions.
V ( '.'e>t (Icmaiii , (lit-oii , <|iie le Inhunal pronoiu era le jufjelueut fl llcliert et (le ses conipiit:es ; les uns i>e rt')oui>sent de voir celte afFaire promptcmeot terminée; les autres, au contraire, se plaignent de ce qu^elle n'est pas assés discutée. Les déFensciu's d'Hébert vont jusqu'à dire que c*est un nouveau martyr de la liberté et que le procès n'a encore offert aucune preuve décisive contre lui. Ce qui prouve l'embarras, njoutaient-ils, de le convaincre de conspiration, c'est qu'on l'accuse des Ëiits antérieurs et totalement étrangers à la révolution, par exemple, d'avoir volé des chemises, matelais, etc. Comme on lui lisait des passages d'un numéro de son journal où il paraissait provoquer l'insuirection, il a répondu que la feuille était alors non^ulement approuvée, mais soudoyée par le gouvernement, et qu'on ne devait pas lui faire un crime aujourd'hui de ce qu'on ^gardait alors comme avantageux à la République. Ces réflexions insinuées ' avec art augmentent le nombre de ses partisans, dont quelques-uns osent même dire aujourd'hui assez ouverte» nient que le tribunal ne peut .>'cn)pccher de l'absoudre, ('.(îs nienK»". individus ne parlent j)a» aussi lavorablenient des autres accusés, à l'exception néanmoins de Vincent, dont ils proclament au^si 1 nmoceoce
Lâ rue, le club, la famine. f07
» i)'aj)ies des rensei(;nements certains, on affîrnic qu'il y a scission entre le comité révolulionnaire, la société populaire et la municipalité de cette commune , laquelle peut devenir funeste à la chose publique si les magistrats du peuple n'v prennent {jarde. On a remarqué au Gros-Caillou cpie ratïaire d Hébert allristait les riches et réjouissait les pauvres. »
4 OEKNIMJIL (24 MABS).
Iléborl, Ilonsin, Vincent, Anacharsis Glootz , députés; Des- (îeux, Proly, Perey a» Dubuisson , Descombos, Momoio , Ducro- (juet , le Kokq, bauipiier; l.aiiuuir, hour{;eois, Mazuel , Aucard, Leclerc, Armand et lu temuic t^uctinot, sont condamnés ù la peine de mort.
SiUtulion lie Paris.
« Esprit jiublîc. — La joie du peu[)le était universelle en vovant conduire h l'échafïaud les conspirateurs ; c était partout les mêmes démoiistratiotis (rallé(jresse. Un sans-culotte sautait en diNant : J'illunn'nerais ce soir mes croisées si la chandelle n'était pas si rare. Le soir, dans tous les jjroupes et cafés, on parlait de la mort de ces conjiués. Le récit de leurs derniers moments était Tuoique objet des conversations ; on disait dans plusieurs endroits qu*Hébert avait dénoncé ime quarantaine de députés. Il était tems, ajoula-t-on, que cette conspiration fût découverte, car on croyait dans plusieurs départemens que Paris était à feu et à san(;. On mettait au ran{; des conspirateurs L'huillier, malgré le placard qu'il a fait afficher' ; et on a fini par dire que, pour attaquer
' il y a une leUrc mci inU-rc!>satiic de ce Lulier, iiicitibrc de la coinmune , dans la collectton Labédoyère. On toîi on homme qai rampe aux piedn de Robespierre , qui einlirn^iKc m» genoux comme rei«i-lnvc les {'onoux du maître irrité. 11 proteste qu'il n'a jamab eu d'antre volonté que celle de
S«JB PARIS EU i79k,
la conspiration jusques dans ces derniers retranchements , il fallait renouveller la commune
• On a paru généralement d*accord , malgré tous les bruits que Ton a foii coiuir, que Pacbe n*était pour rien dans la conspiration. On assurait aussi que Bonchotte nV avait point trempé; cependant on disait à voix basse, me Saint-Honoré, en attendant consiurateuis , que I*aclio avait d'aliord rte du complot et j|irfnsnite il avait t-vcnlé la nièthe. On a r;;alt.'nienl «lit (jiu' S iiitertc était un des conjurés. L'es[>rit piihiic ne lui est j)a> tavoial)l<'.
» I)".ijnc> Ic-i jiroj)()> (|ni >c x»nl tenus sur la j)lare de la Hévulution lors <ie la conipanilion des conjur< > siu" r»'clia[faud, on a remarque qu'il v avait des {;ens apostés pour semer le trouble. Vue femme, pour avoir tenu quelques propos, a été souHlettée par une autre, et on a arrêté un individu pour avoir dit que si on voulait le croire on chasserait la gendarmerie.
m Pendant qu'on guillotinait les n conjurés, on est resté muet; mais lorsque le tour d'Hébert est venu, on a vu paraître une nuée de chapeaux , et tout le monde a crié : Vive la République! Voilà une grande leçon pour les gens en place que dévore Tambition; les intrigans ont beau fiiire, les comités de salut public et de sûreté générale viendront à bout de les découvrir, et Ça ira! »
RobetpÎMTe, d'autre dénr que celui de lui plaire; il l'érrie : Ma pentée est /»iire, pure comme lu tienne.... Liilier vu\'n nlorK (3 germinal) tit'triiii
rnmnic romplire cl'llélicrl l.i |Mi-.(»ii «lu I hm iuIioiii^. Fffravé ilii si-
U'iit'c de llobe!«|iierref il nt* vunlui pas .lUriiiii c tioii jii^i<iuen( , e( »f duniiA la mort & Sainte-Péla||îe , où il avait été traonféré en dernier lieu. Liilier K'c'iait si>;ii.ilr Ai\n» \té massacrcii de septembre romme Juré à la Fon . , n «l.in<4 (Irpiiintioii'i poptil.ii iri'i"! qui l'i.nrnt vcnuct, en mai et juin ITttii, wjiiimer la Cunventioii <lc livrer \ci Girondin*.
,5 GBnNIHAL (25 MABS).
Sitttafion de Paris,
« Esprit public. — L'affiiire <Ie Chahot est iiiiiiiiUiiaiil à Tordre du jour'5 on désire qu'il paraisse liientôl avec ses coiïi[)lices au tribunal révolulionnaire. Il sera toujours lents, disait-on ce soir au café de la République, de punir celte foule de coupables obscurs qui alteodent leur ju{;ement ; mais on ne saurait trop se hâter de purger le sol de la République des grands conspirateurs; quand ils respirent, leurs partisans se remuent et tentent de nouveaux complots ; leur prompt supplice est le seul moyen d'assurer le repos de la République. Nous venons d'en avoir un exemple frappant sons les yeux. Avant l'exécution d'Hébert et autres, dans les groupes, aux portes mêmes du tribunal, on osait élever la Toix en leur fiîvenr; le jour de leur supplice, un homme a été asses audacieux pour provoquer le peuple à repousser la gendarmerie et A dérober sans donte les coupables au juste supplice qu'ils aliment subir. Ib sont morts, on ne parie plus d'eux, et les ennemis de la République tournent maintenant leurs regards vers les conspirateurs qni existent encore. Ils parlent aujounPbui des services ëclatans rendus à la pairie par Bazire et Chabot; ils ne peuvent croire que ce dernier surtout ait pu conspirer contre elle, etc...
V Prés les Champs- Élysées, comme on lisait un journal dans lequel il était parlé de Chaumette, presque toutes les femmes qui écoutaient ont dit : Oh! pour celui-là , j'irni le voir (;uillotiner ! C'est un fripon qui , avec ses beaux discours, voulait affamer Paris. Chabot v a au>>si été traité de scélérat; et une jeune hlle a ajouté qu'il avait abusé et trompé une couturière dix-neuf ans
I On rappelle qu'à la «uîlc tlii rapport d'Aiiiar, du 26 ventA.^r, un di-iiret dr la Cunveuliun avait reiivuvé au IriUunal révuluiionnairr Julien de 1/>u!oiuc, DeJaunay d'Anger*, Fabre d'Ëglautiiie, Chabot et Uazire.
» Bouchottc , L huillier, Cliamncltc, Pat in», Saiilerre, ont tait roccupation de plu>ieiirs ijroiipe» ; on v disait <|u il:» passeraient par le tnhunal revoltitionnaite, ainsi tpie le (;éiiéral liani iot , (|ni , avec ses aide.s de eanip, a brisé iea âcelié;» (|ui étaient dans la maison Saint-Âgaan. »
6 GERMIIIAL (26 mars).
6i(uution tic Paris.
Goules, ex-consti tuant et é\êque oonstilutionnel.du département de Sa6ne<M-Loire, est condamné à la peine de mort. — Décret concernant les certificats de résidence à rapporter pour toucher les pensions.
« Des soupçons violents s^éléTeot de toutes (MUts sur le compte de Ghaumette. Ses liaisons avec Vincent donnent à croire qu'il trempait pour quelque chose dans la conspiration. Les bons patriotes désirent l*examen le plus sévère de ceux qui doivent composer la commune : deux viennent encore d*étre arrêtés, un pour avoir violé un dépôt, et Fautre pour avoir abusé de son autorité dans les prisons en y comniettaul des indéeences affreuses.
« Comme on allait j;ijiliotiuer le ci-dexant évérpie d Aiitun (ioulte, des femmes disaient : Voilà encore un constiluant qui a joué le patriote! Les tins n»î peuvent pas éviter la (guillotine. De tous les eouatituuub, ujuutaieut-eiles, il n*y en a pas quatre de patriotes.
» On attend toujours avec inq)atience que les complices d'Hébert soient connus, pour les voir {^illotiner; maïs on dit que pour sauver d'autres grands coupables, on a excepté de cette conspiration Santerre, Pache, tiouchotte et Hanriot.
» On observait qu'il n*était pas juste que des propriétaires.
des OQTriers qui (^agoeni douze & quinze livres par jour, participassent aux quarante sols que la loi accorde aux indi» ' (jens pour assister aux assemblées de sections; on disait •
même que ceux des ouvriers qui (»a{pient au-dessus de trois livres ne devraient point v participer. Si dans los sections ou j>rofitait de ces ohservations, des jxîres do famille indigens ne seraient point privés de ces secours, qui ont été sollicités par eux.
» Dans les cafés, cliez les restaurateurs, et même dans les groupes, on répand le hinit fpie iSIarat n'était jioint aussi bon palriote que le peuple l'a cru et le croit encore, que Ton a découvert qu'il avait trempé dans cette dernière conspiration, que sa femme même était arrêtée; on observait à cet égard qu'on n'aurait pas dû lui prodi^er tant d'honneurs ni lui élever tant d'autels, que cela ne s*accordait guère d'ailleurs avec Tégalité; on demandait même que ces autels < fussent abattus. Voilà Tinconvénient qu'il y a d'accorder des ^ honneurs aux prétendus grands hommes immédiatement après leur mort.
» On murmure beaucoup contre le premier numéro de la loi du maximum, en ce qu'il met les subsistances à un prix trop haut : il est trop onéreux , ditK>n , pour la classe iudi> gente; celte loi donne tout Tavantage aux marchands. — On prétend qu'on ne pourra rien avoir chez les marchands que le maximum ne soit entièrement proclamé.
» Dans le café Flore , porte Saint>Denys , on disait qu*ou allait ôter Marat du Panthéon , comme étranger. Un citoyen a répliqué : Il faut espérer (|u'on en olera aussi Lepelletier, comme ci-devant.
r> Tîue Vannerie, <lans un cabaret où il ne se trouve ordinairement des charbonniers, charretiers et autres bonmies de ce (jenre, ou a désapprouvé fortement la conduite du charpentier de la (juillotine, qui, à plusieurs reprises, .» passé son bonnet rouge sur le nez du père Ducbesne dan^ le jnoment où il était sur la planche fatale. Gela est indi;;ue, disaient ces hommes dans leur jargon; le père Ducbeane,
tout scélérat qu'il était, pouvait-il éprouver une plas grande punition que d*avoir le cou coupé?
» On assure que Ghaumet n'est point arrêté comme complice d*Hébert, mais bien pour Tobjet du culte, par la suppression duquel il voulait, disaiton, soulever les esprits. — On disait ce matin que Luilier n'irait pas loin.
» Dans les groupes et sur les places publiques, des malveillants profitant des trahisons de ceux en qui nous avions toute confiance, ont l'impudeur de chercher à inspirer au peuple une défiance qui ne tend à rien moins qu'à l'avilissement des autorités ronslituées et de la (convention elle-mt>me. On se plait à n-peter avec un sourire d'aristocrate ces mots : Ils y passeront tous, ces scélérats! — La toule était si {grande qu'on n'a pu parvenir à arrêter ceux <|ui tenaient cea IntVunes propos.
» Les opiuions sont diviiïées relativement à Chabot, Ba%ire et autres.
» On a remarqué avec peine, le i de ce mois, que la guillotine de la place de Grève n'était point posée au moment oCi elle devait l'être, et que le condamné a attendu pendant plus de vingt minutes Texécution de son jugement. Le peuple en a beaucoup murmuré. »
7 GERMINAL (27 UARS).
Situation de Paris.
« Séance du club des CordeUiers. — Après la lecture des Droits de l'homme, un secrétaire lit le procès-verbal de la
dernière séance, qui est adopté avec quelques légères corrections. La société avait précédemment arrêté, dans son
épuration , ijue chaque mend^re rendrait compte de sa fortune avant la révoliilioii ( t de ses ino\ens actuels d'existence. Il s'est élevé ù ce sujet de grandes réclamations : quelques-
uns prétciidaienl que cette mesure était arbitraire, et que d*ailleur« la société u' avait pas le droit de faire rendre de pareils comptes. Oo a répondu que rien a*était moins arbitraire, puisque ceux qui ne voudraient pas s'y soumettre pouvaient quitter la société, que c'était un article de r^lement, et que toute société d'hommes libres avait le droit de fixer comme elle le jugeait à propos sa partie intérieure. Un membre a observé qu'on avait motivé cet article r^lenientaire sur l'avantage qu'il y aurait à prouver un jour à ceux qui se seraient enrichis dans les places auxquelles prétendent les patriotes que leur excessive richesse ne pouvait provenir que de leurs rapines. Ce motif, selon lui, pouvait foire croire que l'on n'entrait dans la société populaire que pour parvenir aux calculs lucratif. Brochet loi a répondu qu'il fallait convenir de bonne foi que beaucoup d*bonrimes ne cherchaient à être admis dans les chibs que pour se populariser et obtenir ensuite des places qui mènent à la fortune. Après luie lon(jue discussion, rarrèté a été maintenu. »
8 GKBMINAL (28 MABs).
Situation de Paris.
a On dit qu'il serait dangereux de laisser traîner l'alfaue de Chabot et de Ba/ire, à cause du grand nombre de partisans qu'ils ont dans Paris.
» On murmure contre le de'cret relatif aux rentes viagères et foncières, qui oblige des citoyens de se munir, pour toucher ce qui leur est dû, de certificats de civisme , de nonsuspidon et de non-émigration.
» On applaudit de tous côtés au décret qui licencie rarmée révolutionnaire : on disait qu'elle avait dévasté toutes les campagnes qu'elle avait traversées.
9 Beaucoup d'instituteurs , ne devant avoir que vingt livres
304 P AIUS EN 1794.
par an par sujet, paraissent ne pas vouloir se résoudre à continuer Pëducation des enfiints.
» On a condamné à mort , au tribunal révolutionnaire, un homme qui avait intéressé en sa faveur tous cens qui avaient assisté à la procédure. Ce conspirateur, qui s*était rendu luimême en prison parce qu'il savait qu'il était accusé, n'avait pas paru bien coupable aux assistants. Ceux qui sortaient de la salle après le jujjement disaient que les jurés avaient été plus sévères que ne Taurait été le peuple lui-même. »
i) OLIIMIMAL (29 mars).
SiUtation de Pans.
Le coiiiitt' de .saint public nomme le citoyen Payan à la place d*a(;rnt national de la commune de Paris, le i-itovcu ^hx'iine à celle de premier sulntitut , et le citoyen Lubinà celle de deuxième substitut.
tt Âprés celle victoire (le supplice d'Hébert, Honsin, etc.), Robespierre, toujours appuyé par la majorité du comité de salut public» recomposa la municipalité et la police de {jens à sa dévotion, sans l'intermédinirc des sections. Alors la fiimeuse commune cessa d'être indépendante ; elle fut tout entière dans les mains du comité de salut public, c'esfrè-dire à Robespierre. » (Beadueu, t. Y, p. 485.)
• Le maire Parho fut .urétc et emprisoimé, ainsi que le procureur de la coiuuiune Boal. • (Aote de Hkaolisu.)
Lei jnineipet du tribunal révoUuiotinaire.
L'ancienne Commune avait fait plusd'nne fois la loi <i la Convention, notamment au 2 juin 1793; la nouvelle, soumise entièrement à Tascendant de Robespierre, et composée d'hommes cboisis par lui, livrera bataille à la Convention le 9 thermidor.
l'avan , qui devenait un dvs jiiiiu ipaiix fonrtiomiairos de cctlv formidable puissance reconstituée, avait été juré du tribunal révolutionnaire. Cétait un bonune intelligent et ré.sulu. Il a lais.sé un exposé succinct des principes qui (levaient (piider les républicains probe» dans Texeidoe des fiMictiont de juré. Nous PemjM'nnterons aux Papiers saitù chez Robespierre
ti J iu fié lou{jteni[)s , mon cher ami, menil)re du tnl)uual révolutionnaire, et je crois, à ce titre, te devoir quelques observations sur la conduite des juges et des jurés. // est bon de t'observer d'abord que les commissions chargées de punir les conspirateurs n'ont absolument aucun rapport avec Us tribunaux de l'ancien régime, ni même avec ceux du nouveau. Il ne doit y exister aucune forme; la conscience du
Juge est là et les remplace Tous les âommes gui nont
pas été pour la révolution ont été par cela mime contre elle,
puisqu'ils n'ont rien fait pour la patrie Tout homme
qui échappe à la Justice nationale est un scélérat qmfera un Jour périr des républicains, que vous devex sauver. On répète sans cesse aux juges : Prenez garde, sauvez tinnocencel Et moi je leur dis» au nom de la patrie : Tremblez de sauver un coupable!
• Tu as une grande mission à remplir : ocbub qcb
LA H ATCms TB FIT ROlllfB SBRSDLE. Rappelle-toi que la patrie
t*a fait juge des ennemis ; elle ëlèvcra un jour sa voix contre
toi, si tu us ('|)ar{jné un seul conspirateur; et dans les commissions populaires, ilmmanitt- individiu:Ue, lu uioderatinn qui prend le voile de la justice, est un crime. Je n'ai vu dans ces genres de tribunaux (|ue deux -ïortes d honunes : les uns qui trahissaient les intérêts de la liberté, et les autres qui voulaient la faire triompher. 7\ius ceux qui prétendaient être plus sages ou pins justes que leurs collègues étaient des conspirateurs adroits Ou des hommes trompés, indignes de la République, — Choisis entre Tamour du peuple et sa
* Tome III, page 370.
ÎO
306 PARIS EN I7tf4.
haine. Si tu n'as pas la force et la fermeté nécessaires pour punir des conspirateurs, la nature ne t*a pas destiné à être Wtre, »
Situation de Paris,
• On entend dire que la majeure partie des comités révolutionnaires est dans les principes d*Hébert, et qu'il est uiigent d*y veiller.
» On se plaint sin(];u]ièrement des entraves que le comité delà section du Panthéon oppose aux citoyens qui cherchent à se procurer un certificat âo civisme. Pai* im arrêté <lc < e comité, nul ne peut jjrendro pour témoin celui travaille pour hii ou potM' lerpiel il travaille; celui (]ui a (U'jà servi de témoin à (pieKpruu ne petit Télre pour un autre, «picKpie bon républicain rpi'il soit. Tn citoyen qui ne sait pas sijjner ne peut également servir de témoin ; un parent ne peut l'être dans sa famille; enHa^un instituteur qui aurait cinquante élèves ne peut se servir pour attester son civisme d'un de leurs proches; les fournisseurs des impétrants sont aussi exdus'de ce devoir. Cette conduite fait sin^lièrement mur-* murer dans cette section.
• Dans un café, grande rue Taranne, des citoyens disaient hautement qu^on ne trouvait point dans les administrations des comités civils et républicains cette aménité qui caractérise le franc républicain; L'orgueil est monté au plus haut période, et tel qui, hier, sans emploi, était aimable et honnête, est devenu tout A coup fier et insolent, parce que, trompés par l'apparence, ses concitoyens l'ont nommé commissaire ou lui ont donné un emploi quelconque. ( Vifs applawlissements par les auditeurs,)
« On s'étonne de voir tous les jours les tribunes du conseil général de la commune remplies d'individus qui , par leur phyxique, n'aïuioncent point qu'ils peuvent y aller aussi assidûment sans être dédommagés, car autrement comment pourraient-ils vivre?
I) Dans la salle du tribunal révolutionnaire, un quart d'heure avant l'audience, trois citoyens, après s'être montré leur carte de société populaire, parlèrent des mesures de rigueur qui étaient à Tordre du jour dans leurs 'sociétés respectives. L*un disait : Nous avons déjà chassé quatre-vingts membres douteux. Un antre annonçait que dans la sienne on était sur le point d'en exclure cent. L'un, qui était de la section des Piques, disait que quelquefois ik ne se trouvaient à rassemblée générale que dix membres de la société, mais qu'ils suffisaient pour foire trembler le reste de l'assemblée. Lorsqu^un citoyen de la section, ajoutait-il, feit une proposition qui ne nous convient pas, nous nous levons tous et nous crions que c*est un intrigant et un signataire; c'est ainsi que nous imposons silence «î ceux qui ne sont pas dans le sens de la société. Un des interlocuteurs, qui s'est dit être de \;\ section de la Maison commune, a dit que la société de cette section était composée d'une grande ({uantité de nuiçons, à qui Ton faisait faire ce que Ton voulait. Ce sont d'excellents patriotes, disait-il; ils sont toujours pour nous, et ils nous servent admirablement à renverser les intrigants.
» Cette conversalioti peut prouver que les Jacobins ont raison de mettre à Tordre du jour la discussion sur les dangers des sociétés populaires. »
Ce 911*011 dk.
La note anonyme suivante se trouve dans les papiers qui font partie du dossier de Danton aux Archives de l'Empire. ICn se faisant l ocho des plaintes d'une partie dos gens honnêtes «M éclairés, elle renferme une critique judicieuse du système de (jouvernement alors pratiqué, et qui devait, par la liaitie (ju'il inspirait pour la République, amener sa ruine. Mais ce ({ni anj^;niente beaucoup l'intérêt de celte note, c'est qu'elle paiiiit avoir été écrite par un {les personnages ]irincipaux qui jouèrent un rôle dans la bizarre et mystérieuse affaire de Catherine Théot, par Quévreinont de Lamotte, médecin en titre du ci-devant
due dtOriéans. Vilate dit ' avoir entendu Barère répéter, comme fuyant trouvé parmi les notes de Lamotte , ce vers :
Ciel ! à qiirU |il.-iu lyraiM a«-tu livré le monde 1
Ce vers qni termine deux notes anonymes que nous avons trouvées dans les papiers de Danton , écrites par la même per> »onne, leur donne donc une si(piaiure.
Nous aurions voulu avoir une preuve matérielle on recourant à des autographes de Ouévrcroont ; mais il iiV a rien aux Archives «lu dossier de l*afFaii (' de Catherine Théot, que Robespierre feVtail fait remettre et qu'il paraîtrait avoir détruit.
« Ce qu'on dit. — Le parti dominant aujourd'hui ne veut pas la République. En voici les preuves :
* 1* Il a lait ce qu*il appelle la Constitution, si populacièrcp si jacobinière, si iodétermiDée , si faible, qu'il est impossible qu'elle serve de base à un gouvernement quelconque. Aussi estH>n bien loin de vouloir «qu'elle s'exécute, et ne prëpare4-on aucune des loix réglementaires qui seroient nécessaires pour son exécution. Le Gode civil même et le décret concernant les écoles primaires sont renvoyés aux kalendcs {;rec(jues, et auront le même sort que cette Constitution, qui n'en est {)a> une;
» "2" Danton et Lacroix, ces deux coquins si scandaleusement enrichis de nos dépouilles, que Chahof, Fahre d'I*-|;lanline, l*anis, Ser^jent, elc, etc., en .>ont presque jaloux, Danton et Lacr(»ix sont nuhuremt'tit eomplice'S de Dumouriez. Cependant on les laisse tranquilles; on les met même à portée de sortir de France s'ils le veulent^ et si ropinion publique forçoit à les accuser, ils seroieni acquittés. Cela seroit convenu d'avance avec la commission sanguinaire, comme il ëtoit convenu (avant raccusation) qu'elle feroît périr Ver§niaud et autres qui vouloient la République. Or Danton et Lacroix sont deux patriarches des laoobins et deux des principaux moteurs de la fetale journée du 8 juin,
1 Ut MytlÊrms de U Mère de Dieu déPoUés, p. «7.
qui nous coûte Toulon et toutes ces centaines r]e millions qu'on emploie en corruption et en espionnage. Donc les meneui's âcA Jacobins et de la Convention montagnarde veufcnt le rétablissement de la royauté et étoient d'accord avec Dumouriez, auprès duquel ils a voient envoyé Danton et Lacroix ;
» Ne pouvant pas arriver à ce rélabltssetnent par les voies ordinaires, ils favorisent les révoltés de la Vendée* 100,000 hoDimes sont employés contre eux; ils devroient être détruits depuis longtemps, et ils sont plus redoutables que jamais. Peut-être en ce moment sont-ils maîtres de Saint-Malo! Estce par la connivence des commandans et des commissaires de toutes les livrées qui sont avec eux? On est forcé de le croire. Eb bien, ces commandans et commissaires sont des éoergumènes jacobins. Donc, etc.
9 Et en même tems qu'on emploie ces manœuvres criminelles et ruineuses pour la nation , on rend exprès la Républi<|ue exécrahie par les massacres judiciaires auxquels on livre des milliers d'innocens, par les eniprisonneniens arbitraires des meilleurs patriotes, par l espionna^ie et la délation les plu> abominables, par la violation oontitinelle des
propriétés, par par toutes le«> liorreuis »pie des lé{jisla-
teuis pervers et ijjnorans peuvent amonceler pour -taire rej^retlcr la royauté, tout atïreuse qu'elle étoit. '
O France ! tes malheurs A l'Anglois même arracheroieot des pleors.
O sagesse des dieux, je te crois très- prof» ru! e ; Mais à quels plaît tyrans at-tu livré le monde !
« J'ajoute que l'affaire des prêtres , des églises et de la reli{jion semble n'avoir été imaj;inée (pie pour précipiter le dénoùment eu faveur de la rovauU*. Non, iabsurdlti" , limprévovan(;e ne peuvent pn-. aller ju»(pie-la. 11 faut «pi il v ait mauvaises inlcntions. (Jnelle force les fanatiques de la Vendée ne vont-ils pu.s acquérir! »
PARIS BM 1794.
La pièce suivante ne porte pa« de date et est anonyme, mais récriture est la même que celle de la lettre que nous avons reconnue comme écrite par le médecin Quévremont de Lamotte. D'ailleurs elle porte en quelque sorte une signature, pui^t^u'elle se termine par le vers qui termine la première :
^ Ciel! à quel» plau tyran» as-tu livré le monde!
Elle fait partie des papiers saisis chez Danton lors de son aritistation. (Archives de TEuipire , F 7. 44;H.) Ce^t eu raccourci un tableau complet de la démagogie <jui gouvernait Paris en genninal an II. Il est curieux d*observor qu'il était adressé â Danton, bien que Tauteur l'y traite de scélérat. Cet envoi indique que la pensée des citoyens sa^ se tournait vers lui pour le redressement des abus au moment où il fut frappé, et en dépit de leurs griefs.
M TABLEAU OBS OBGI^ PRiTENDUBS FRATERNELLES, DE LEURS CAUSES ET DE LEURS EFFETS*
Qui Curioi nmnUnK, si BscdMadii viTont.
(JovBiuL, fat. S.)
• La manière dont on trompe ie peuple dam la assemblées de section , ei comment on fait adopter les loriawf lês plus extravagantes. — Influence terriUe det eomiiêi riv^haionnairt*, Stn^^êr» fraâtm^b ou iii/ïv-
a Ces orgies bizarres, si elles ne sont pas coupables, ont été pour la plupart arrêtées, ordonnées dans les sections par les tripoU qu'elles appellent assemblées générales^ et si quelques-unes se sont servies du mot ijivtiafiofi>onsait oe que vaut cette expression, quand on peut être traité comme suspect pour ne s'y être pas rendu Qui a pu leur suggérer
1 Pour juger les rspai fraternels, «i on lient |>our su.4piH-t cv. ipi'cn tlisaient \vs motKTPS de ce (crtips-la , il Faut lire le tableau que Barère lui -m'orne eu a tait UanH «on rapport du 28 me««^idur (16 juillet 1794) : •• La fraternité, y efltFil dit, ne conditn pa* dans des repa« me lea portes des niaî» sons... C'e«t aux mœurs ^des répnblieaius (juc la Convention se conSe potir la pnMcription île ces banquets prétendus fratenieb. • Les metUcures cri-
LA RITK, LE Cl. un, LA lAMl.NL. .'511
une pareille idée? Il est difficile de ne pan croire que c'est Hanriot, quand on a lu son ordre du 23, inséré dans le journal du 24, et surtout quand on sait que dans rort aines sections ce sont les commandants de bataillon qui , de leur seule autorité, ont feit battre la caisse pour appeler les citoyens à la célébration de ces or|pes. Cette conjecture est, d*autant plus probable, qu'il y aurait de FimbéciUité k douter qu'Hanriot ne soit absolument dans les principes de ses anciens protecteurs et endoctrineurs Bouchotte, Ronsin, Vincent, Pacbe, Gbaumette et Hébert.
» Hais, dira-t^on, comment les assemblées de sections ont-elles pu donner dans ce pîéQC^ Comment n'ont-elles pas senti qu'elles n^avaient pas le droit ^ordonner ces saturnales, ni même' celui d'inviter à s'y livrer? Oh! le voici : <|uand il s'a{jit de rjuelque chose qui tient à l esprit d'inti'i{;ue ou à des intérêts particuliers, la proposition est toiijour-» faite par un nuMnhrc du comité révolulioiuiaire de la section ou par un de ces patriotes énerfjuménes et hèhcrtistes qui ne font qu'un avec le comité et qui ordinairement lui servent d'espions. A l'instant les hommes ijjnorants, à qui le scélérat Danton a fait accorder iO' par >c.iiicc, et qui dejîuis vont eu foule aux assemblées où ils u allaient pas auparavant, accueillent la motion par des apj)laudissements bruyants et en criant : Aux voix! et l'arrêté est pris à C unanimité, quoique les citoyens instruits et bien intentionnés soient d'un avis difiérent* Si quelqu'un d'eux o$ait s'y opposer, il aurait tout à craindre d'être incarcéré comme suspect, après avoir été traité d'arittoerate, de modéré et de fédéraliste (et nombre de citoyens 0émis8ent dans les prisons pour pareille cause), ou tout au moins on lui refuserait un certificat de civisme s'il avait le malheur d'en avoir besoin, sa subsistance en
tiipiM qui aieui été faite» «Ici incdiireii réTolatiaiMiaim wmt tioajainn doet
k ceux qui Ifs avnirnt d'abord préconise'es et imposées. La révolution jugée par les révolulionnaii-cs , l'œuvre par l'ouvrier, il u'v a pas de plus haute autorité pour l'cnaci^jucuieut. Âusi*i vuiuntiers duuncruns-nous la parole à Barire.
ns
td
31t PARIS £K 1794.
dépendit-elle, soit comme employé, soit comme peosionnaire.
» V0ÎI& comme dans les assemblées des sections les upinions les plus éclairées, les plus pures et les plus utiles, sont enchatnées, opprimées par la terreur qu^iospire Tautorité «rrfrifraire des comités révolutionnaires et par le crédit qu'ils domuMit à fcTtains fripons liébcrtistcs comme eux, car jU le >oiit pour la plupart. Aussi les meilleurs eitovens se tuisent dans ces tuuesles a>sniii»lée.> ou s'al>>(ieuniMit ^W aller; les arrêtés les plus ab>unlc>, les plus inju>tes, Ic> plu> impolitiques, y sont pris à cli:i(|ue in>tnnt ; et, de plus, on ruine les ( il()\eus par des dépense^ sertùmiKiivi's sans bornes, qui excédent les impots ordinaires et les dépenses communales , qui cependant sont déjà très-fortes. Tantôt c'est une salie qu'un menuisier, un serrurier, membre du comité révolutionnaire, veut qu'on construise, qu'on ag^ndisse ou qu'on end)ellisse; et il faut le vouloir avec lui; tandis que si les opinions étaient libres, on se contenterait de lui répondre : Vous être orfèvre, monsieur Josse, Tant6t c'est un mauvais discours plein d'exagération et d'impoliliqae, dont on ordonne l'impression par 3, 4, 5 et 6,000 exemplaires , etc. Puis, pour combler la mesure et à l'exemple de la commune, Jamais décomptes, ou st4>n en rend pour la forme, défSensft d'y trouver rien à redire, sous peine de suspicion, etc. Et tout cela se passe sous tes yeux et ceux de tes collègues ! Et vous vous opiniàtrez à laisser subsister les assemblées de sections et les certificats de civisme! Hélas! où voules-vous donc nous mener?... •
Estampe du temps représentai tinlérieur dun comité
révoluthnnaùre*
La gravure qui est en regard de cette paf^c est la rcpi'oduction d'une estampe du temps, qui représente l'intérieur d'un comité révolutionnaire au moment où s'y présente un suspect suivi de
LA RI K, LE CLUn, LA I A M I M.. 31.'J
sa faiiiillc. L'intention de celui <jui a dessiné eelte scène est t'\ idcniiiient satiii(jue; mais lesdrtails nV'u paraîtront |)as a!)s<>lunient in\ raisctiihlahlrs après le tableau tracé sur les lieux Cl il 1 époque même par le correspondant anonyme de Daiilun.
La situation de la Répitblitjuc vt lus partis Ju(fcs par un ami
de Washington.
Ainsi, dans les rapports de police auxquels nous avons emprunté les extraits qu^on a pu lire, aucun bruit, aucune rumeur ne porte sur Danton. Beaucoup d'anciens favoris du peuple sont nommés, dénoncés, suspectés; mais le nom de Danton et ceux de ses principaux amis n*ont pas été pi-ononcés. Ccpendant tout se prépare secrètement en baut lieu pour le (grand ooup qui doit investir Robespierre d'une prépondérance incontestée.
On nous permettra de nous arrêter un instant à ce moment « qui fin le suicide du parti d'action. La situation de la République, la lutte des partis, rambitloii des chefs, les feutesdugouvonienieni, leurs conséquences inévitables, ont été observées, déterminées, jugées avec une étonnante sn[;a( iié par un ami du (l^rand Washington, Gouverneur Morris, chargé de représenter les États-Unis auprès de la République française.
Le Mémorial de Oouueriicur J/o> r/s , un <les plus habiles diplomates de ce temps, a été traduit eu 1812 par M. An{justin Grandais (2 vol. in-S"). (l'est à cette iradiictioii qn«,' nous empruntons (pielques pages d'un intérêt capital pour l'histoire de l'époque.
Fragment dune lettre adressée à Thomas Jef/ertan par Gouverneur Morris, en data du 21 janvier 1794.
«Il paratl y avoir troœ partis parmi les faiseurs du jour, car je ne parle pas de ceux qui sont eutièrement ennemis du gouvemement. L*uq peut être appelé les dantonistes, parti avec lequel Robespierre est lié, et qui désire, par la douceur ou par quelque chose qui ressemble à un gouvernement
légal, iii>j)irer une sorte d'altucliemeiit à la révolution. Ils crai{;nont (|ue le peuple, si souvent trompé, n'essave enfin, par un effort unanime, de renverser, quelque imprévu que iioit le ré(;iine qui doive lui succéder, Pédifice que ces hommes soutiennent au prix du sanç, et dont les débris les écraseraient dans leur chute.
« Lo s(>cond parti, qu oo pourrait appeler le pai*ti parisien ou de la commune, est composé de ceux qui veulent, au moyen d'une nouvelle insurrection de la populace, faire un second 31 mai, et se mettre à la place de ceux qui seraient envoyés à la guillotine.
» Le troisième pourrait être appelé le parti ministériel, car bien que les ministres ne soient aujourd'hui que des commis soumis aux ordres impératifs et souvent injustes d*un comité, cependant, comme ils sont soutenus secrètement par les hommes qui veulent une constitution (et ils ont Tavantaçe naturel, en travaillant avec les comités, de savoir qui I*on veut sacrifier et qui l'on méprise, et de pouvoir dire leur avis), ils ont plus d^inllucnce qu'on ne se rimagiuerait au jjreinier abord. En dcHnitive, comme les puissants du jour ont plus d'expérience et d'éner;;ie que ceux qui se sont laissé «';;or{;er au 31 mai, que par conséquent ils pourraient du iiK-nie coup ouvrir les veux et puuir, je présume que la crise ne tardera j>as à éclaler.
» Il existe en ce moment m itclto un conq)lot pour faire sauter les Dantonistes; mais je ne vous eu parlerai point. Tout cela pourrait bieu s'en aller en hiniée, surtout si un danger général forçait les partis h s'entendre encore pendant un mois ou deux; mais que l'un s'élève et que l'autre tombe, je ne pense pas que* ce gouvernement de comités puisse tenir longtemps. N'avons-nous pas vu en Amérique un pareil système tomber par son propre poids, quoiqu'il f(A exercé sur une petite échelle et qu'il n^edt à se reprocher ni exécutions ni tyrannie? Tous ceux qui ont à traiter avec les comités ne cessent de se plaindre. C'est un premier pas vers leur ruine.
LA BUE, LE CLUB, LA FAMINE. âlS
» Les succès de la RépuMique feront plai>ir aux amis de la France; car, quelles que puissent être les opinions à l'é(jard d'un gouvernement susceptible de subir encore une douzaine de transformations , le pays n*en inspire pas moini» d'intérêt , et les faits démontrent que le plan de démembrement dont je vous ai parlé depuis longtemps existe en réalité : ce projet perd les alliés. En admettant ce qu'ont avancé des personnes placées de manière à savoir la vérité, et néanmoins fort intéressées à proiiver le contraire, savoir que les neuf dixièmes de la nation sont ennemis du gouvernement, ce n'en est pas moins une vérité incontestable que les quatrevingt-dix-neuf centièmes sont opposés & toute idée de démembrement et combattront pour Tempécher. 11 en résulte que très-peu d'individus sont passés dans les rangs ennemis sur aucun point des frontières, excepté en Alsace, où les babitants ont le ceeur allemand. Et la Vendée n*a été si forte dans son attaque que parce qu'elle combattait siinplement pour rétablir Pancten ordre de choses et la religion. 8i à côté de son drapeau on eût aperçu un drapeau étranger, Dieu sait ce qui serait arrivé! Quant aux alliés, leur but en offrant enfin leur appui n'était (|ue de s'emparer pour leur propre compte de places fortes à leiu- convenance; et comme la Vendée ne pouvait pas leur en offrir, elle a échoué, et un grand nombre de ces pauvre^ gens ont été sacrifiés. Des rapports exagérés portent la destruction de la race bmnaine dans ces contrées à près d'un million d'àmes. Cette destruction a certainement été bien grande, tout en ne s'élevant pas peut-étre à la moitié de ce chiffre. Je crois pourtant que fesprit de révolte n'y est pas éteint; seulement il pourrait bien ne pas éclater, foute d'occasion. •
Les pages qu'on vient de lire ont été écrites au oomroencement de 1794. Voici ce que Morris écrivait à George Washington à la date du 13 mars 1794 (S3 ventôse an II).
« Selon toute probahililt" , \n campafjnp qui va s'ouvrii- ne sera p;i«< lavoialilr à I.» Ii( |)iil»li(|iie Iriuirai-îC. li v aura une {iraïuicdiHicuItt; à nom/ir h's ariiu''r> iitu^t'^saircs à la (iolt'n^e (iii tcri iloii 0 ; et rexticnic i i{jiuMir exin r»' par le fjouverneinent rxcitcra mie iii>>uii ec lion fjeiu-rale m l'on éprouve <le.> revers. Aujourd'hui, la terreur eiiipét he le peuple de montrer aucun sentinieiit détavorahle aux autorités , mais si l ette craiate disparaissait, elle serait, selon la coutume, suivie d*une réaction cruelle. Si, au contraire, leî» arméei» de la RépuMique ODt du succès , je crois que leur premier soin sera de renverser la Convention , car tel est le cours des choses. C'est un avenir effrayant, mon cher monsieur, pour ceux qui sont en selle; et il n*est pas éloiuiant qu^ils crèvent les chevaux. Ce n'est pas le moindre de leur malheur de comprendre leur situation ; il en résulte qu'ils passent autant de temps et ont autant de mal, et peut-être plus, à se défendre contre les factions ennemies qu*à or{;aniser les moyens de conserver intact le territoire.
« Que notre position était différente en Amérique ! Chacun faisait son devoir gaiement, et Ton n'avait à craindre que rennemi commun. Voilà la différence immense que présentent un pays qui a des mœurs et un autre qui est corrompu ; l'un a tout à espérer, l'autre tout à craindre.
» Âdieu , mon cher monsieur, n
II parait que l'hiver de cette anni'e 1794 si cruelle en France pour les gens de la ville et de la campagne , si dure par les privations qui furent pour nos pères le prix des hienlaits chèrenienC payés de la Révolution, avait été court et dément. Nous lisons dans une lettre de Morris du 27 mars (7 genninal) :
« Je contemple en ce moment de ma fenêtre les
poiriers et les pruniers en pleine fleur; les pêchers, les abricotiers et les amandes sont déjà formés. Les pommiers avan-
cent. Nous n'avons presque pas eu d'hiver, et s'il ne vient point de gelée, la saison sera magnifique. Xn mois àe mai de l'année dernière, vers la fin, la gelée avait presque fout détruit. Les pommes de terre furent coupées à ras de terre. On redoute la lune du mois d'avril, appelée lune rousse, pendant laquelle il liait ordinairement troid »
Rien n'est à coup sur plus intéressant qne ces ;i|)prt'riations portées [)ijr un républicain éprouvé de l'Anifriijue sur les républicains bien novices de l'ancien monde. On «lirait nu pilote expériiiienlé qui, du rivage, suit de l'œil une barque battue par la tempêté sur une mer dont il connaît les écueihs. Il ne croit pas au maîntieD des înstitiitioiis libres. A la date du 10 avril il voit la toule-puissance de Rdbespiem» il reconnaît sa profonde habileté; mais un instinct merveilleux lui lait pressentir que le matire sortira d'une usurpation militaire. Que les armées françaises continuent à être victorieuses, qn*un général conquière la gloire dans leurs rangs, et la République est perdue! 11 pressent cette solution , et bientôt, longtemps avant l'événement, il l'annoncera, il l'affirmera.
La lettre suivante, datée du 20 germinal , se rapporte entièrement au.\ événements qui ont précédé le 10 germinal. Sa place est donc ici :
A George Washington,
• Seineport, iO avril 1794.
» Mon cher monsieur,
» Dans une lettre que j'ai en l'honneur de vous écrire, le 10 janvier 1793, je vous ai es(pns>é quelques traits du citoN cn Westerniann. Et ( (unnie mes dépêches officielles vous avaient <h'|à conmiunii^ué les plans de Danton, vous n aurez, pas étti surpris de ce qui est arrive:. Je vous ai écrit, le 25 juin » que ceux qui gouvernaient savaient apprécier la
valeur de ropinion populaire; que s'ils panreoaieDt & entrer au port, ce serait autant par chance (jne par habUeté, et que, dans tous les cas, une partie de réquipa(;e tomberait à Peau. Je voulais surtout parier de Chabot et de sa compagnie , dont il' n'existe plus qu'une fraction.
» Le 18 octobre, je vous ai dépeint le fjouveniemont d'alors, et je vous disais quelle ser;ut sa fin probable. Je faisais i cinarquor (juc j'élais incertain si la Fraiict' v arriverail en payant |)ar im triumvirat on par un second {gouvernement de pUisieurs lioinines, mais que je pencbais phifôt pour le dernier cas. A cette époque, les cboses étaient Iresbraves, et, depuis, la j)ltrs {^jrande indécision parmi les meueura a retardé la révolution en projet.
» Je vous envoie ci-joint copie de ce que j'ai écrit le 12 du mois dernier. Plus tard, les Dantonistes et les Uébertistes ont été écrasés. La cbute de Danton semble avoir mis un terme à ridée d*un triumvirat: Robespierre a prudemment Fait disparaître un compétiteur dangereux. Il semble des lors évident que la grande route du gouvernement à venir doit traverser le comité de salut public» à moins toutefois que Tannée ne Vy oppose. Mais, quant à Farmée, aucun homme ne semble s'être politiquement montré d*une manière remarquable. Et d'ailleurs il n*y u pas assez de discipline pour que nul chef puisse concevoir sur elle un espoir fondé. G*est une chose surprenante, monsieur, que quatre années de luttes révolutionnaires, au milieu de vingt-quatre millions d*àmes, n'aient point encore produit, soit dans la carrière civile, soit dans l'état militaire, un homme dont la tète puisse ceindre le bandeau que tend , à qui saura s'en servir, la main de la Fortune. De tous ceux que nous avons vus passer, Robespierre a été le plus consécpient, sinon le seul. Il est un de ceux que désigne le César de Sbakopeare, lorsipril dit en s' adressant à son jovial compa{;non : « Celui-ci n'aime pas le plaisir autant que toi, Antoine! » 11 n'y a aucune imputation de corru[)tion contre lui; aussi en est-il fier. 11 est loin d'être riclie, et encore plus loin de le paraître ; on dit que Tanibilion est
la seule idole à laquelle ce paritaîn sacrifie : je crois que raffermissemeuC de la lUipubiique serait, tout bien considéré, ce qui lui oonviendrait le mieux; mais que ce soit réellement là le fond de sa pensée, c'est une question que je ne prétends pas résoudre; non plus jusqu'à quel point il refjarde comme praticable la consolidation d'un pareil ré{;iine. Si Ton veut supposer homme dans sa position doit dés-
espérer absolument de la République, et se méfie assez fie son habileté ôu de son influence pour croire qu'il n'obtiendra point , et encore moins qu'il conservera le pouvoir suprême, on peut admettre que cet honunt; ne s'est débarrassé de Danton que pour exécuter lui-même ic plan que celui-ci avait conçu et dont je vous ai déjà parié. Mais tout cela se borne uniquement de ma part à des conjectures.
» Et que font les alliés? Ils bâtissent des projets à exécuter.... s^ils continuent à être d'accord!...
• Je suis, etc.
» GOUVBRMBUII MOMIIS. •
« M. JefFerson m*a prié, il y a quelque temps, de lui indiquer l'état de la dépréciation; je l'ai oublié dans ma dernière, mais les choses étaient dans la même position que *lor8qu*est partie ma précédente. Le fait est qu'il n'y a point de cours fixe, parce que, comme vous le verrea par les journaux, les négociants et les banquiers sont fréquemment guillotinés. Il n*y a point de change sur rétran(}er, et, dans les achats, on accorde très-peu d'avantages pour les payements effectués en espèces; cependant l'or est plus haut (ju'il ne l'était avant l'émission des assignats. Je n'en connais pas le cours exact : le louis d'or est plus élevé que jamais. Cela provient, je pense, ainsi que je l'ai dit, de la facilité que l'on a de cacher ou de transporter ce métal monnayé.
I» J'ai sijjnalé le danger d'une famine : ce fléau a, en beaucoup d'endroits, sévi avec la plus grande rigueur. Des hommes sont réellement morts de foim avec les moyens
310 PABIS EN 1794.
«l'iuhcter du pain, s'ils avaient s Cii procurer. Ilenreiisemcnt la saison avance avec une rapidité dont on n a pas d'exemple. J'ai du >>ei(;le en épi et du sainfoin en fleur. Il est vrai que, chez moi, ua soi sablonneux concourt à activer la vé{;étation ; mais ce n*en est pas moins extraoïxlinaire. Il est étonnant de voir, au milieu d'arril, des abricots aussi çros que des rrufs de pigeon , et cela sous une latitude de 48 à 49 degrés. Ces faits, qui dans les temps ordinaires seraient plus convenablement transmis à une société d'agriculture qu'à un ministre d*État, sont d'une grande importance, puisque la masse de la nation se nourrit principalement de végétaux. Au midi, où la disette était plus grande, j'ai lieu de penser, d'après ce que je vois ici, que la terre commence à fournir la nourriture i ses habitants. Une gelée semblable à celle que nous avons éprouvée au mois de mai dernier seconderait plus la famine que toutes les armées et toutes les flottes de TEurope. Dans le cours de ma correspondance avec votre prédécesseur, je me suis efforcé de lui communia quer mes opinions sur les hommes et sur les choses, et de préparer son esprit à des événements qui me paraissaient j)robal»les et (pu sont arrivés à niatiuité. Tel était, selon moi, le premier devoir de ma jxoitiou; et si je n'ai pas clr plus explu itc ou plus inmtiticuv dans lesd»'tails, c'e>t })arce <|uc le?, noms < ( riiistonc (Je » eu.\ (pu tour à tour devaient {jouverner et périr me j)ai ais^aient d'une iniportance secondaire, et pane (pi'aussi jujjeant, en rab!»ence de tout renseignement, d après les taibles clartés que me fournissaient quelques rayons épars, il me semblait que mes lettres étaient de nature à otTrir plus d'intérêt en méritant plus de crédit que si j'eusse hasardé des faits ou des probabilités erronés , ou seulement même si j'eusse présenté les véritables sous une couleur politique qui n'était pas la mienne.
s II m'a semblé que c*est Paris qui décide du sort de tonte la France, et que les sans^ulottes (lisez la populace) décident de Paris. Qu'en conséquence, des factions qui surgiraient continuellement, se fiusant une guerre impitoyable
l'une à l'autre» et leur influence n'étant fondée seulement que sur la crainte momentanée que chacune d'elles inspire, ne pouTaient prendre aucune forme de gouvemement stable et n'auraient qi^une existence éphémère; ei^n, que chaque nouveau coup de la guillotine refoulait le sentiment national et éloi(]nait Tespoir d*un régime fondé sur la liberté. Je dois répéter ici que les complots ne doivent pas être attribués à resprit phis qu'au caractère de ceux qui conspirent, mais l)ien à l'état de la société. On aurait tort, je crois, d'ima- (jincr qu'un nombre quelconque d'individus nés en différents lieux dût pii'îsenter une plus grande disproportion de talents et de qualités que le même nombre pris dans un même pays. Il e^t plus ratioimel de penser qu'au milieu d'une société vertueuse et juste, les bonnes (pialilés qui s'v trouvent sont naturellement mises eu jeu , et les mauvaises contenues par le manque d'espoir dans leur succès. Tandis qu'au contraire, dans une société dépravée et vicieuse, les premières sont inactives faute de confiance et d'appui, et les secondes, seconant toute honte et stimulées par la cupidité et l'ambition, comptent sur la soumission générale, si elles peuvent par- 'venir à inculquer la peur dans les masses, diaque individu recherchant son intérêt personnel , sans être arrêté par les principes de la morale.
» Après ce préambule, que j'aurais peut-être mieux foit de vous épaiigfner, je dirai qu'il y avait beaucoup de projets en l'air pour détruire le gouvernement. Quant & l'idée que les puissances étrangères soudoient les foctions, je ne suis disposé ni à Tadopter ni à la rejeter. Je la crob inutile à l'existence des conspirations, mais au contraire très-nécessaire pour perdre ceux qui s'y en(;a(;ent. Je m'explique. L'orgueil de la nation la fera en tout temps sortir de cette insensibilité avec laquelle elle verrait la Convention et tous ses comité anéantis par des Français.
it II est donc utile d'exciter cet orgueil, en déclarant que toutes les tentatives que l'on fait pour renverser le (jouvernemenl viennent de l'étranger. Et je remarque ici que dau^
Si
m PARIS EN 1794.
tous les rapports qu'occasionnent ces conspirations, et dans toutes les accusations portées contre ceux qui y ont pris part, on regarde comme admis que le peuple doit se siMimettre
tranquillement aux citovens qui, par un coup de main, se sont empares du pouvoir, pourvu que le nouveau syslème ait été créé par eux, quelque ridicule d'ailleurs qu'en soit la forme.
" Je ne dis pas que cela se vérifie jamais, niais je ne doute point que la terrein*, « otiuiie hase (Tun svslènie de {jouvernement . ne doive pi oduire nt'( essairenieiil ce résultat. La longueur de sa durée, pour une nation quelconque, dé|)end du caractère national , et surtout de la moralité du peuple. Ainsi, poar raisonner a priori sur cette question, il faut que nos idées prennent une forme aussi algébrique qae logique.
» En examinant l'histoire, nous sommes trop disposés, au contraire, à attribuer aux individus les événements produits par les causes générales. Des deux Hnctions qui viennent de tomber, les danlonistes et les hébertistes, je serais disposé à imputer à la dernière plutôt qu*à- l'autre des intelligences avec les puissances étrangères. J*ai de bonnes raisons de penser que Danton les craignait, mais il mettait son espoir* dans les hommes qui Vont renversé luinméme. Les hébertistes peuvent être considérés comme la faction anti^onventionnelle, et les dantonistes comme la 'fiiction royaliste. Je ne parle pas des aristocrates : ils sont nuls, et dans les divers chan(jen)cnts qui nous menacent, ils n'auront que peu ou point de part. Les plus ardents d'entre eux ont depuis lonf^temps pris la fuite, soit en Vendée, soit en pays étranger. Je parle en (général. Ceux qui restent font partie de cette substance molle (pi'oii appelle les hommes de la propriété, corps opaque qui dans les guerres étran(;ères est d'un si grand poids, et dans les {juerres civiluti tl'un si petit.
» Danton a toujours cru, et, ce qu'il v a eu de plus malheureux pour lui, a toujours soutenu (pi' un système de gouvernement par le peuple en France était absurde; que la foule est trop ignorante, trop inconstante, trop corrompae,
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. 3t3
pour fournir une administration basée sur la lejjalité; qu'habituée à obéir, il lui Faut un maître; et qu'en supposant même que le peuple eût été élevé dans les principes de la liberté , et qu'il joignit à Ténergie du sentiment la force de rbabitude, cependant, comme dans rancienne Rome, il anrait atteint T époque où CatoD devint fou et César un mal nécessaire. La conduite de Danton fut à l'unisson de ses principes; mais il était trop voluptueux pour mn ambition, et trop indolent pour acquérir le pouvoir suprême. De plus, son but semble avoir été plutôt d'amasser .de grandes richesses que la célébrité : il est tombé aux pieds de Fincorruptible Robespierre.
» Quant aux hébertistes, quels qu'aient été les projets de plusieurs d' entre eux, j'ai lien de penser que la plupart n'avaient en vue qu'une seconde édition du 31 mai. La destruction de tous ces chefii a donné beaucoup de pouvoir au comité de salut public, dont la réélection mensuelle est chose tellement re(;ue, qu'on peut le considérer maintenant comme en permanence. Il ^'ensuit que le parti qui est à iiailre devra sortir de là. Les liébertistcs ont cru que la Convention était lelleruent tombée tians l'opinion publiijue qu'ils poiuraient la renverser sans le seeoins de ses propres membres. Mais . ils se sont trompés, ou du moins ils ont été prévenus. Les dantoni-.le> supposaient que le peuple, n'avant aucune estime pour le {{ouvernement , reporterait volontiers sur le petit prisonnier du Temple ce sentiment d'enthousiasme pour les rois si inné dans ie cœur de Thomme et si essentiel ù celui des Français. Ils furent également prévenus; mais s'ils ont bien jugé, ils ont dévoilé un horrible mystère. L'autre jouTr quelqu'un faisait observer, dans le cours de la conversation, que tous les hommes du 10 août n'avaient fiait que passer, ainsi que ceux du S septembre. Il est certain que Fon doit attribuer principalement les événements du 10 août à Westermann, et il est au nombre des individus que l'on a guillotinés depuis peu, et Danton fut un des principaux moteurs des massacres 4e septembre. On trouvera
Si.
3S4 PARfS EN 179*.
peul-ëlro la rai"«<>ii «l»^ leur trt'j>as dans ^e vieil adaye : Les morts ne parlent point. Olivier Cromwell savait bien apprécier la valeur du >eutiinent populaire, lorsqu'il répondit à son chapelain, fier de voir la Foule entourer la voiture de son mattre : « Il y en aurait une égaie et tout aussi joyeuse si Ton me menait pendre. » Je ne erois pas qu*un honnête homme en Ame'rique puisse sentir la force de cette observation. Il est très^fficile dans un pays de se former ane idée juste de certaines choses qui n'existent que dans an autre. Vous me demanderez peut-être si ces factions sont totalement anéanties et s*il en naîtra d'autres de leurs cendres. Je crois avoir satisfait i cette question, et les réflexions générales, qui peut-être vous ont déjà fatigué, contiennent ma réponse : je ne me répéterai donc point. D'ailleurs, dank le vaste champ des conjectures , chacun est libre de prendre le sentier que sa sagacité ou son inclination lui présente. »
A la fin de celte aimé*- I7î>i, à la date du .'U) di-ccinbre, Gouverneur Morris (i'crivait encore à son illustre ami Geoi;gc Washington.
« Huant aii\ affaires politiques, vous savez, (jue Pinsurreclion de la Polo;;no est complètement vaincue, el que les re{;ard.> de l'Europe sont tourne.^ vers la France. Ce sont les sottises de ses ennemis qui l'ont Fait tiioinpher partout; mais il paraîtrait aujourd'hui qu'ils sont rentrés dans leur bon sens, et, si Ton ne m'a point trompé, ils ont abandonné le projet de démembrement et ne sonj^ent plus qu'à rétablir le trône. S^ils a{;is>ent avec vigueur et prudence, iU pourront réussir, car les Français sont las de la guerre; ils méprisent et haïssent le {gouvernement actuel, et, autant que j'en puis juger, désirent vivement la restauration de leurs princes.
• Vous me demanderes peut-être d'où vient qu'ils ne les rappellent pas : ceàt parce qu'ib n'osent ni agir ni même
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. 3i5
parler; chacun i<^ore l'opinion de son voisin, et chaque individu tremble à la vue de la multitude; mais tout ce qui est arrivé leur a fail regretter leur position d'autrefois. Pour juger les Français, il ne faut pas s'en rapporter aux sentiments de r Amérique pendant la {;norrede l'indépendance. Nous jouissions déjà de la liheité, et nous ne comliatlions pas pour obtenir ses bienfaits, mais pour être certains que nous ne serions plus troublés désormais dans notre jouissance. Le peuple nommait ses magistrats pendant la guerre; la propriété s'était eo^gée d'elleméme dans la révolution, et les malheurs qu'un si grand nombre de changements a occasionnés n'ont été ni étendus ni durables.
» Mais en France on a été bercé par de vaines espérances, on a couru après des chimères, qui tour à tour ont abusé les esprits jusqu'à ce que l'on se soit trouvé plongé dans un abîme de misère et d'esclayage , esclavage d'autant plus avilissant que les hommes dégradés qui Tout fait subir ne méritaient que le plus profond mépris. Vous savez que j'ai depuis longtemps prédit un despote, et vous avez vu que la France a été bien près de voir se réaliser cette catastrophe : le hasard, ou plutôt le défeut d'énergie dans l'usurpation, Va sauvée jusqu'à ce jour. Pourtant je suis convaincu que c'est le port où se réfugieront les Français quand ils auront feit la paix avec tous leurs ennemis extérieurs, en passant par lu guerre civile ' . »
Danton nous parait avoir été jugé par un homme qui le connaissait très-personnellement. E»i-il bien jugé? C'est un point sur lequel noun n'avons pas à nous prononcer ici. On a beaucoup dit, il reste beaucoup à dire sur ce fàmenz révolutionnaire, la révolution en chair et en os, dans son audaçc, dans son énergie, dans sa grossièreté et son immoralité. Groyail-il que la Ré-
• Il y a «l'admirrr ici l.i s.tj;;u'iti' do M«irrîn, dont la prédiction se rcalwi, cinq annct-s après, pnr le cuiip d'État du 18 Lrumain;. {Not« du tradueieur,)
3Se PARIS EN 1794.
volution dût fiitalemcnt retourner à la moriarcbie? Avait-il voulu laover Louis XVI? Et plus tard, a-^il voulu sauver la famillo royale? Ce sont des questions qu'il est plus aisé de trancber que d'élucider et d'éclairer en face de contradictions étranges d'actes et d'intentions en apparence opposés. Mais il est de notre devoir d'historien, après les allégations si considérables de Gouverneur Morris , à côté des affirmations si positives de ce prudent esprit, de rappeler ce qu'a écrit Courtois fils dans une brochure puUiée en 1834, sous ce titre : Affaire des papiers de tex'conventànnel Courtois. Après quelques explications donnée; sur le testament do ^larie-Antoinette, que le conventionnel Courtois aurait sauvr de la ilcsfriictioii par suite d'une sympathie royaliste, au dire de son Kls, celui-ci ajoute : « On concevra encore bien mieux cette couduito quand on saura qu'un projet d'enlèvement audacieux de la lit'in»' (k'x.ui être lent<'' par Danton et mon pèro, qui en «'-lait l'âme. Marie-Antoinctte cl Maduuie Lii:iui>etli devait nl être ariarliécs de vive force du Temple et trans|)ortées à l élranjjer. La preuve de ce fait !»e trouve dans une des lettres de Danton saisie par la police', l.e* mosrns dexéctitiou y soni
, dix iitcs cl ont ce caractère d'audace qui distinguait cet homme
j éucr^'i(|ue. »
« Danton, né pnre>seux, avait né{jli{jé d'entrer dans le gouvernement des affaires — Il avait fait des absences.... Il se croyait fort comme Hercule...; il ne tarda pas à s'aper* cevoir de ses foutes, de ses né(;1i(]ences. Danton osa se plaindre à la Convention du despotisme des comités sur ellemême. IL est temps, disait4l, que la Convention reprenne l'attitude imposante qu'elle tient du peuple et qu'elle n'aurait pas dû perdre devant quelques-ims de ses membres. Je ne fois qu'émettre Ici la préface de mon opinion politique. Les Conieliers s'étaient portés aux Jacobins. Camille Desmoulins jeta dans.le public son Vieux Cordeiier; le parti fut bientôt formé ; il ne laissait pas que d'être redoutable par son
' I.rs |».i|iirri« <Iii rnnvrntinnnc! u iicrU vtv sni'^is on 1810 p.ir ordre* de M. I.)ecaze«. C'esC pottr «e pUuiiJrc de celle Mme «t demander une rc«tiuition aux tribunanx que C«Mirtoit fib pablia ta htochore. — Conrtoi* était ranû et le parent de Danton.
adresse à réclamer moment contre les mesures de terreur et de despotisme sous lesquelles tonte la France consternée gémissait dans un morne silence.
» Camille Desmoulins est attaqué aux Jacobins. On
tourmente, on vexe sa famille. Danton prononce le mot (riiltra-révolutionnaire ; Rohespien e, toujours observateur, inquiet .sur la direction des. evc-ncmcnts, atïecte tout à la fois de défendre Danton et d'improuver roj)inion. II précipite Desmoulins eu prenant superbement envers lui les debors de la pitié.
)> Ouelques jour> avant leur perte, pénétré de douleur, je dfnais cbez Camille avec sa cbarmante et vertueuse épouse, sa mère, d'une très-belle stature, Danton, sa modeste épouse, un jeune homme d'une belle taille et d'une figure intéressante. Je laissai échapper mes inquiétudes à Camille; je lui fis de nombreuses visites. Vingt fois je l'avertis qu'on voulait le guillotiner. Peu avant son arrestation , je le conjurai de se tenir sur ses gardes.... On les arrête; on dresse tout exprès une liste de jurés.... » {Vilate, p. 27.)
Les derniers moments de Danton.
Bien que ce livre ne soit pas consacré à rhisloire dramatique des personnalités, histoire dont on a trop fait celle de la Révolution , il nous paraîtrait illogique de ne pas y &ire une mention spéciale de l*hommequiaenflammélarue,qaiadéclialné le club.
11 était curieux à observer le colosse escroqué par Robespierre ' !
1 Koos liions dam la Biographie modem» de 1806, à Tardele Latioom-
TKniK : - Il ne sera pas hiiiH de propos d0 rapporter rc que dit Lavicumterie aprèâ le l) ihermidor, à quelqti'un qui lu! demandait t-oininetu il se fiiitaît que le« députés fu^iécnt euvoyéii successivcinenl ù la guillotine : « Bfa foi, répondit-il, Ridtespierre avait on tel empire aor «es coUègnes,
• qne moi, en mon particulier, j'héfliiais pourne rendre ans aasemMécs gc-
• nérales qui réiini-i^.ticut le rninité de salut publie à CPluî de sûreté {>énc- K raie., dan* la crainte de nie trouver avec lui. Un jour nous fûmcri couvu- « queK jioiur entendre un rapport, aans aaToir aor qudle matière. Noua
• voilà réunis: Saint-Just tire de M poche deit papiers : (]uelle eat notre
• aurpriae d'entendre le rapport contre Danton et autre* I Le rap|iort était
318 PARIS Ey i794.
On allait le voir dans sa cage; on ('coulait, on notait ses rugissements. II étonnait et il effrayait encoro, tout enchaîné qu'il fût. Que de fois, en ces temps singuliers, cet étonnement a été réservé au loup et à Tagneau de se voir pnrqu('*$ au môme lieu, et marqués du même siffne par le couteau du boucher!
n Danton, placé dans un catliot à lùlé He Weslermann, ne ces!>ait de parler, moins pour être entendu de Westermann que de nous. Ce terrible Danton fut véritablement escamoté par Robespierre. 11 en était un peu honteux; il disait, en regardant à travers ses barreaux, beaucoup de choses que peut-être il ne pensait pas; toutes ses phrases étaient entremêlées de jurons et d'expressions ordorières. » En voici quelques-unes que j'ai retenues :
« C'est à pareil jour que j'ai fait instituer le tribunal révo- » lutionnaire, mais j'en demande pardon à Dieu et aux » hommes ; ce n'était pas pour qu'il fût le fléau de l'huma- » nité. C*était pour prévenir le renouvellement des massa-
• cres de septembre. > — Ëtran(^e langage dans la bouche de Danton !
« Je laisse tout dans un gâchis épouvantable : il n'y en a » pas un qui s*entende au gouvernement. Au milieu de tant » de fureurs, je ne suis pas ftché d*avoir attaché mon nom
« à quelques décrets qui feront voir que je ne les partageais » pas.
» Si je laissais nïcs c à Rol)('>j)i< rie et nu"> janilte» à
» Contlion , ca pourrait aller encore quelque temps au comité M (le ^alnt public.
" (\e sont des trtTe> Gain. Brissot m'aurait fuit guillotiner ■ connue Robespierre.
» J'avais un espion qui ne nie quittait pas.
» Je savais que je devais être arrêté.
• ai tédiiUant, Saint-Just le débita avec tant d'âne!... Après la lecture, " on deinanda si qii)'l(|ii'iin vmil.iit ji.irlcr : — Non! non!... On mit « rari-C(i(n(inn au\ voix , et elle fut «lécrétée linaiiiiiieincnt. ■ Lavicuinlcrie tut membre du comité de sûreté générale de t>eptembre 1793 au 31 juillet 1794. Et voilà comment «e déridaient le» pim grandt inlérèu de la RépnUiqiie!
• Ce qui prouve que le sieur de Robespierre est un Bëron, « c'est qu'A n'avait jamais parlé à Camille Desmoulins avec » tant d'amitié que la veille de son arrestation.
» Dans les révolutions, ^autorité reste aux plus scétérats.
» 11 vaut mieux être un pauvre pécheur que de gouverner » les hommes.
M Les f l)é(es! ils crieront vive la liepuOli^ue! en me'
Il voviint passer. »
» Il parlait sans cesse des arbres, de la campagne, de la nattne.
11 Innnediatement après eux, je ne dois pas oubHer qu'un speelacle horrilile vint derlnrer notre anie. C'étaient les veuves Hébert et Cannile Desnioulins dont les maris étaient traînés à Téchataud, et qui pleuraient, assises sur la même pierre , dans la cour de la Conciergerie ; elles* furent bientôt les retrouver.
» T/orateur du genre humam, Tennemi personnel de Jésus^^hrist, Glootz, est mort comme il avait vécu, mais avec un courage que peu lui eussent jamais soupçonné. Il était avec la tourbe Héliert. Ces misérables se reprochaient leur mort; Cloolz prit la parole, et, d*une voix haute, leur 4âla tout au long ces vers si connus :
.lo rôvai rcdc iiiiil (juc <lo mal con.suinii Côte à côte crtin (juciix on m'avait inhiiiné.
» L'apologue eut son effet : on redevint amis; et Glootz, qui se mourait de peur qu'un d'eux ne crût en Dieu, prit la parole et leur prêcha le matérialisme jusqu'au dernier soupir. »
Ces pages sont cmprtinlécs à la première édition de l'ouvrage de Rioufle : MémmreM dun détenu pour Mcrvir à thi^ùire de la tyramue de Robespierre, 1 vol. petit in-12, an III, sans nom d'auteur '. Dans l'an III il a paru trois éditions de cet ouvrage,
' Nous nvnii-; frnii prôciurr In »nnrrc', pnrec «jiie rc< |«ro|)0!. «It* D.mton, au moiUL-iil uu lliuuftc ici retirait de ton livre, étaient rc|icléj> et repruduits
Zm PARIS EN 17»«.
qui répondait à merveille au sentiment publie. LapiemièrLS bien que la moins volumineuse» est certainement la plus intéressante, parce qu'on peut penser qu'elle ne renièrine que les SOUvtMiiis de Riouffb , et c|ue Tauteur s'est scr\'i des souvenirs d'autrui p<Nir grossir les éditions postérieures. Les |>jissa(;es que nous avons rapportés ont été supprimés dans celles-ci, sans doute •par ménagement pour fbiiton, ou par considération pour ses amis, qui «'•taient iioinhriMix cl puissants.
Nous (loniiemiis un jour du répiibliciin Riouffe. mort préfet de la Meiirthe et baron di> ri'jiipire, uue bio^jraphie £site sur des docnineiifs nii it iix i l irn'dils.
nniconfjiic \ oikIi a joiicr un roi»' (i.m> rcs crises de la \icdfN j>enjilcs modernes (|u On .i|)j)cllc des r<'\ oliitions , <lc\ ra Jnéditer sur la dotinec de iKinton. (U* rcvolnlioim.iirc , immoral dan.s ses moyens politicpics, ïnm et ijénérenx dans ses tx'Ialious personnelles, qui à prouvé ù quel point il connaissait la vile multitude lorsquMl a dit d'elle : Les imbéciletl Us crieront : Vive la République! en me w^ma eondudte à la ^uUhdne, — et au moment de mourir, en s*adircssant an bourreau : Tu montrera» ma tête au peuple ^ elle en vaut la peine L.,* ce géant qui porte la responsabilité des expédients terribles qui ont sauvé ou compromis la nation : sauvée par tous les béroïsmes, compromise par totis les excès, — a lui-même écrit son épitaphe, qui vaut bien celle de Sardanapaleque nous a Apportée Arislote : « Qu'importe si je meurs? J*ai bien joui de la Révolution, j*ai bien dépensé, j'ai bien riboté, bien caressé des filles; allons dormir »
par ilt;^ écrivains isntu (n'ilit (|ui n'axaient pa «-nlriHlri' , tandis qn«* ■ Uiuuffe, priaonnier au Luxembourg , Ic^t avait certainement entendus. Oo ne prête pu* des paroles i DaDton ; les sieimes ont un caractère qui leur est propre.
1 C'est un ennemi qui rappwte ceit paroles, Sénart, dani* ses Révrlalions puisées dam rarfrm^ ilrf comité*. Sénarl e*! mort en I7t)6. On a publié »uuji ce titre de Jievéiutiun* un iiiéiiioire tmil entier de ita main, «jii'il a écrit à peu de distance des événements, après avoir été en utnation d'être bien renseî(;né, car il était altacbé au comité de sûreté génértie: san.* doute on ne peut le « roire <ur parole, cl il faut vérifier toutes se* atfScrtioiiK , quand la vériticaiiuii esi possible, mais son livre abonde eu , informations piquantes et curieuses. HaDiettreiisemcnt, après le 9 dwnnidor et même après 17M, les <»rlons des comités ont été explorés par des i;en* intéressés à en faire disparaître «les pîè< e* qnî ponx.iieiit les rmnproniettre ; aussi c«ji cartons sont-ils loin d'être aussi riebes en révélations que
-si
Et Danton a bien fini : qu^on voie dans sa fin un .sanifia» triomphal à la Révolution ou Texpiation solennelle de ses criininellos aodaoes!....
Il y a , en eflet, des hommes qui ne doivent pas mourir dans leur lit. Sortis de la tempête, il fiint que la tempête les emporte. Le puissant agitateur, le ministre du 2 septembre parait moins déshonoré par la ligne rouge qn*a laissée an-dessus de ses épau> les le couperet de Sanson, qu'il ne l*eût été par le collier de diamants, prix de la trahison et de Tapostasie politique; .car, qui sait? la guillotine Ta peut-être sauvé de la honte que la fortune insolente réservait à d'autres régicides, — celle de si^r sur la banquette de velours, adossée k la tapisserie semée d'abeilles
d'or, avec couronne de comte on de duc en tète! Voyez-vous
II' conile Danton reçu par Son Altesse Séiénissiinc le duc de Cambacérès!.... Après cette comédie, après le rire qui l'eût accueil lie, et qui serait allé retentir dans les générations à venir, il semble que l'histoire n'aurait jamais pu reprendre sa gravité '
A cette époque les vers suivants coururent dans le public :
« Lorsqu'arrivéi* aji bord du Plilrfjrlon
" Camille Deninuulin^, d'Églaniiiiu et Danton
• Payèrciit pour patter ce îeuve redoutable,
• L« naulonicr Canm, ciloyco éqiiiiable,
• A nos troiâ p.isji;i{>efft voulut MMuettre su naîni '• L'excédant île la laxr imposée aux liiirnains.
» Gar<Ir2, lui dit Danton, la soiniiie tout entière. « Je |)aye pour GotttlioD, Saint-Juft et BobMpîerre. v
(Afifmorûi/ de la RéwAution, t. p. S73.)
lorsque Sénart a quitté le ( omité. AjotttODS que ces révéiatimu ont été pui-*ée< dans les souvenirs de l'aucciir, et non direrlement dans ces rarlcins, * qu'il avait connue, conipuUés n.i(>u<-re, niai.4 qu'il n'avait pluH sou» la main à l'époque de la composition de son mémoire.
< Les qualités, et ju^'sux défauts de Danton, la cause de la démenée pour lafpir-llo il i si mort, ont séduit presque tous les historiens qui ont écrit sur la Révolution. Il lui a été heaucoiip p.-wdoiiné, fr'ip |icul-être, peutêtre aussi parce qu'il a beaucoup aimé. Mirabeau avait voulu sauver la monarchie , on le sait & n'en pas douter anjourdliui. Qui saura jamais ce qu'a ronin Danton? Les documents manuscrits qui le concernent sont d'ime cxtn^me rareté : on ne peut dire tous rrit\ ipii ont eu intérêt à les faire di!i|Kiraitre : orléaniste« , royalistes, montagnard-» et dantonistes. Danton aurait eu le désir d'épargner la tm du R<rî,de Hnt évader la fiimille royale, et il aveit été lié k d'Orléans. A quel but tendait-il, cet homme
21 GEBMIMAI. (10 AVBIL).
Nous ne reproduirons plus que de loin en loin les rap|>orts de police. Nous leur suhslituerons des résuuM'S qui t-tairul faits, soit par la police iniiniripaKM'lle-niënie , ><»it par l'ayenl national du disti'irt. Voici le coiniiu'iiccnicut d uu de ces résuujés adressés en j;crMiiual au comité de salut public par l'a(jeut uatioiial du dis- Irict près le déparicuient de l'aris.
a Esprit public. — Citoveiis, j'ai soin de vous envoyer exactement la (!opie conforme des rapports de la surveillance de la poliee njunicipale; et comme la hauteur de l'esprit pnlilic et ses fliuHuations y est «'noru ée d'une manière précise , ces iu)te> journalières peuvent donc donner une idi'c juste de res])ril public et de l'aboudauce ou pénurie des subsistances. »
Ainsi, d'après la déclaralioa de ra[;ent national faite au cemité le 21 fferinîual an II , « es rapports de jiolice donnent exacft incnt la lifiutcurrt ies fluctuations de Fcsprit puhlic. ?ious a\ ous donc l>ieu lait d'aller puiser à cette source rhisloiru vivante de Paris jour par jour.
I,e rapport de l aijeut e>>t divisé eu plusi<'urs parties dont cha- «•Mue l'st relati\eau\ |;rantles affaires du iiioineut, ttu S(ilpôtn\ (lux secours pour h's inilijrnts , <iux secours uccordès aux défenseurs de la patrie, à C exercice du droit de préhension et de rd- (fuisition, aux souliers et Lottes. Il est dit dans ce rapport : u Les ouvriers cordonniers doivent fournir deux paires de souliers par
qui connaÎMail sî bien l'inconstance des nia^e<«f ci i|ui assistait à ce qu'ils appelé un yâchig épouvantable? Il y a là une obscurité qu'on «an bien «le la
|iriii(* 'i di^^iprr, et le dernirr mot de l.i pensée politique de Danton rcAtcra lui des mystères de la Kcvolulion. Quoi ipi'il ei» soit , si les rov.ilist»»s ont pcn.sc que Mirabeau a ciupoité la nionarL-hic dan^i la luuiLe, l opiiuon de< ré|NibUcains est que Danton a entraîné la République dans sa cbute. Danton avait sur ses adtcruaîrc-i une incontestaÛe supériorité : il était prati" tfoe : cl le sens pratitpie, rintclli|;enee de ce qui est possible, de ce qui convient ù une («itualiuu, csi le génie même du {ouvcrnaut.
décade, en exécution de la loi du 14 ventôse dernier. Cette loi ne paraissant pas s'exécuter, il a été écrit aux sections pour les engager A avertir les ouvriers cordonniers à y satisbire et à en adresser l'état nominatif à l'agence nationale. Diverses sections ont répondu que les ouvriers étaient tous portés à exécuter la liM, mais qu'ils, manquaient de cuir; sur quoi il a été écrit A la commission des subsistances pour l'inviter à prendre ses mesures afin de leur en procurer. — Bayonnettes, (11 s'agit des soamis- .sions: on avait beaucoup de pciue à trouver des fournisseurs au prix proposé.) — &»uj^s el loUes, biens nationaux, etc.
lâteUe Camille Desmoulins.
Le 21 (feriniiiai a\ait rounuenc»' le procès de Ch;nniie(le, de Graïuniout, des veuves Hébert et Camille Desniouliiis, eu tout de viii(jt-si.v personnes accusées d'avoir participé à une conspiiation tramée dans la prison du Luxeuibouqf pour assassiiu^r les patriotes. C'était un bi/arie amal;^ame, connue on on a \ u phisieius depuis. Nous re(»retlons que l'objet tle ce livre ne nous permette pas d^esquisser ici la figure de l'inculpé Chaumettc, car c'est certainement nue des plus singulières de Tépocjuc. Quant à Grammont, nous ne le nommons que pour avoir occasion de rapporter nn souvenir du vieux M. Favart, le petit-fils de madame Favart. Nous lui demandions ce qui l'avait frappé le plus pendant la révolution. « J'étais bien enlànt, nous répondit-il , cependant je me rappelle qu'un jour ma mère nous réunit dans un cabinet sombre, mes frères et moi , et nous dit : A genoux et priex, mes enfants! Nous obéîmes; nous tombâmes à genoux, singulièrement émus du ton solennel et de l'émotion de notre mère. Je crob que c'était au moment même qu'on coupait le cou à Louis XVI. — Une autre ibis, ma mère nous dit : Swoeti' moi; il /asU ^ue Je vous montre un grand scélérat. Nous nous rendîmes en toute liftte dans la rue Saiiit-llonoré, et elle nous fit ranger le long du mur, à côté d'une borne, sur laquelle je montai pour voir un homme assis, au milieu d'autres, dans une < charrette; c'était le comédien Grammont, qui avait naguère paru
m PARIS EN 179*.
.sur la scèoe les jambes nues, en vraisans-euhtte, et insalté la Reiae en la conduisant an snppKoe »
L'enfiint n'avait pas remarqué sur la charrette les deux veuves : la Jacqueline d'Hébert ■ et la veuve DesmouHns.
Pauvre Lucile !
Noos avons sotis la main une liasse de lettres et d'rcrii.s divers de sa main , qu*a bien i^mlu nous communiquer le trt>s-ai niable et trèsM'rudit socrétaii-e général de la préfecture de Nantes, M. le baron do (nrardot. Nous la vovoiis là, nous la suivons, la charniaiile Feininc.à travers mie vie hciii eiix el souriante, toute pleine de clian.soiis et de pooic — ■ — Helas ! où nous conduira-t-eile ! 1 Ceque 1rs i évdlnlious coûtent île larmes et desanfj, ce qu'elles I causent <le soiiFfraiic<'S publiques et j)arli< nliiTe,s, il faut qu'on ' le sachi' ; il tant (ju'on fasse le compte de ce-- larmes et de ce sauf], ne fût-ce <]ue pour être juste envers les victimes et comparer la I mesure du sacrifice à la mesure du bienfait.
L*histoire de Lucile est d*aillenra celle de tant d*antres, en ce temps-là!
A seiae ans, les poëtes s*enipressent déjà à Ini fiûre la cour :
Voyageur paisible ,
• Détourne tes pas;
CraiiiH une invisible Qui te mangera.
Lucile Fée habile Happe les cflewrs Des pauvres voyageurs.
Invisible lée, De leice am coiffée, etc.
C'est d un poète qui a bien fait de ([arder l'anonyme, car les vers ne valent rien. Mais le bcrg^er Sylvain, fort à la mode alors, venait sor ses pipeaux champétivs lut chanter ses madri(;aux :
' Si l'on en croit De» Genetics dons les MémoirtM qu'on a publiés <;ii
1835 (t. II, p. 24 rf s(iiv.), où il raronK- -«r-! rrIi(ion.< aM'«- llélu jt, la reriuue d Hébert avait cuiiMTvé dan4 toute leur ferveur sca croyances reb(;icuMS. Elle avait de l'esprit, de b distincdoa, et méritait ccruînenient un meilleur surt.
l'abeille.
( Sur l'air de la nniBoce de Dupleatit, père de Lndle. )
Gentille nbrillr, insecte h.iltile, Butine en paix le long du jour; Mai« ne touche point à Lucile, Cette fleur n'est que poor ramour.
Toi , dont le cKur en cor aommeille, I.nciU' , prnse h ma rh.uisdii :
Sache aiiiiinr, cnmiiie 1 abeille ^ A son miel cl aun aiguillon.
C'était alors le bon lempt..... Les bergers se nourrissçtent du lait de leurs brebis, el chantaient aux pieds des belJes. Le temps viendra oà les montons dex'iendront loups, où il Jatidra du sang humain, voire dn tanç de femme,à l'inezlin^iblesoif du beiiger Sylvain.
Quoi qu'il en soit, il avait été bien inspiré de rappeler à Lncile que Tamour a son miel et son aiguillon, — car n'est-oe pas cet aiguillon qui l'a tiiée?
Ludle a eu deux passions : la passion de liberté et la passion d'amour.
T.a première lui dictait cette pastorale, contemporaine de M. de Florian et de la prise de la Bastille, que nous transcrivons d'un manuscrit écrit par elle.
LA VOLIÈRE Conta pastoral de Lucilc. (Inédit.)
« Cloé n'avait encore vu que douze fois la révolution des douze mois de Tannée. Sa seule occupation, son unique amuseinent pendant cet heureux à{je de ia vie, était de chercher des nids dans les , bois et de voir croître sous ses yeux et par ses soins ces naissantes couvées.
» Les petits oiseaux devenus grands, elle n'avait pas le courage de s'en défeire ; elle les gardait tons et les nourrissait du mieux qu'elle potivait. Ses parents, qui n'étaient pas
riches , se virent forcés de contrarier les plaisirs innocents de leur lille. La volière était devenue considérable et demandait une assez forte quantité de {grains, que la jeutxberbère ne se procurait ([u'a\ ec Ijeaucouj) de peine. Klle lut même ol)Iij;»''e (l'en déroher plus d'une fois. On s'en ap<'r(;ut un malin (pie la jeune Gloé était sortie pour dénicher (juel- (|ues nouvelles couvées. (Juel spectacle l'attendait à son retour! l'Jle arrive toute [oveuse, entre ses mains un joli nid de fauvettes. l'Jle court à sa volière : la porte de sa volière était toute {grande ouverte, et pas un oiseau dedans.... Les gais pinsons, les bouvreuils, les moineaux francs, les chardonnerets, la tendre fauvette, le rossignol.... et toi aussi, ramier fidèle, tous avaient pris leur volée : pas an seul n^avait attendu le retour de sa pauvre maltresse!
» Connu ent peindre le désespoir de Gloé? Elle reste d'abord immobile et muette. La rage un moment après s'empare d'elle, elle arrache ses blonds cheveux, elle s'inonde de larmes; puis elle renverse et brise la cage sous ses pieds; elle va, vient, sort et rentre presque aussitôL Plusieurs Foi:: on la voit suivre de Fœil les oiseau.x dans les airs, espérant distinguer quelques^ms de ceux de sa volière. Elle ne peut plus manger, et rejette loin d*elle tous les objets qui pouvaient lui rappeler de trop cbers souvoiirs. A vingt ans, elle ne fut pas plus affligée quand elle apprit Tinfidélité de son berger chéri.
» On Tentend s*écrier : «Ah ! hélas ! ils ont abandonné leur • bienfaitrice. . . Cependant rien ne leur manquait. Ces ingrats ! » qu*avaient-ils à désirer? Je partageais avec eux le pain qu*on
N me donnait pour moi seule. Je le leur faisais manger dans
■ ma main. (Jue de fois j'alhii au jaKliu ramasser pour eux » les fruits tombés rie l'arbre! .le passais des heures etitières » à leur clicrclier ries vers nouveaux rpTiis aimaient tant ! Que » de fois je me suis ex[)osée pour eux aux reproche^ et aux » menaces de mes parents! Tous Ir s matins, tous les soirs » je les soi^'uais, conune une mere soijjne ses petits enfants. » Je les caressais tour à tour; je les réchaul'fais dans mou
» sein. Que de fois j'ai i oni|m mon somifleil pour aller leur » découvrir quelques compagnes dès l'aube du jour, à tras vers les ronces et les épines! Ils e'taient tous mes plaisirs. » Près d'eux j'oubliais l'heure de la danse. Déjà même ils me « reconnaissaient et me rendaient mes caresses. Les ingrats! » que vont-ils devenir? A présent, qui les nourrira de bonnes
• graines? Pendant l'hiver, quand la neige couvrira les » champs, où iront-ils se réfu{;ier? Ils mourront de froid et » de faim.... si toutefois Toiseleur ne les prend pas dans son » piège pour les donner à des enfants cruels, ou bien le » chasseur inhumain.... O mes paums petits oiseaux, que » je vous plains! Hëlas! vous me regretterez. Gruds parents, « c'est vous qui nous causes tous ces maux ! •
» Une bergère àgëe, sa voisine, avait entendu les lamen-
• tations de la jeune CIoé. Touchée de son bon cœur, elle
• vint lui dire en l'embrassant : « Gonsole^oi, mon aimable s enfant, ne pleure point sur le sort de tes oiseaux perdus ;
• toutes tes caresses, tous tes soins ne les rendaient pas plus » heureux.... — Ma bonne, que leur fellait-il de plus? je le » leur aurais donné peut-être. — La liberté, ma chère fille : » c'est le plus {;rand des biens. Pour elle on affronte la rigueur » des saisons, les gluaux de l'oiseleur, le fusil du chasseur. » Pour elle on oublie sa bienfaitrice, et la bienfaitrice n'a pas » le droit d'appeler ingrats ceux fjui ne lui préfèrent que la " libert(''. — Quoi! libres, ils peuvent être plus heureux » encore (ju'avec moi? — Oui, Cioé. — Tu me l'assures, ma M bonne? — Oui, aimable enfant. — Eh bien, si cela est » comme tu me le dis, je veux bien leur pardonner. •
L'autre passion de Luctie lui dictait ce billet avant son mariage, adressé à l*henrenx Camille. (Inédit,)
• • 0 toi qui es au fond de mon cœur, toi que je n*ose aimer, ou plutôt que je n'ose dire que j'aime, tu me crois insensible 1... Ah! cruel, me juges-tu d'après ton cœur, et
3St PARIS EN 1794.
ce cœur poonrait-il Rattacher à uo éire inseiuiblet. . . £h bien, oui, faiine mieux souffrir, j*&iine mieux que tu m'oublies. O Dieu! juge de mou courage. Lequel des deux a le plus, à souffrir? Je n'ose me l'avouer à rooi^nème ce que je suis pour toi, je ne m'occupe qu'à le dé(]^ui8er. Tu souffres, distu. Oh ! je souft're davantaj^e. Ton ima(}e est sans cesse présente à ma pensée; elle ne nie quitte jamais. Je te clierche des déFauts, je les trouve et je le» aime — Dis-moi donc pourquoi tous ces combats, pourquoi j'aime à eu faire un mystère même à ma mère ? Je voudrai;^ qu' elle le sût, qu elle le deviuàti mais je ne voudrais pas le lui dire. »
Elle avait, d'avance, écrit son histoire tout entière en transcrivant ces vers, que nous empruntons an même manuscrit :