‹ Paris en 1794 et en 1795Chapitre 20 sur 47 · FLOREAL · texte numérisé non relu

FLOREAL

80 AVBIL AU 19 MAI.

Du 1" Ki oRKAL (20 avril). — Robert Lindet, Hi' prébident de la Convention.

Itillault de Varenncs fait un rapport sur Tobjct de la guerre.

Trente et un accusés, appartenant presque tous à la ina(;istraturc , pr<^idents on oonseillen des parlemenls, sont condamnés à la peine de mort *.

Du 3 (22 wHii. ). — Duval-Despréméuil, Tbouret, Lecbapelîer, Lauioi(;iion de Maleshei bes , la veuve Rosanibo, la veuve Ducbâteiet, la ducliesse de Gnuninont, i>l sept autres, en tout quatorze, sont coudauinés à la peine de luort.

Du 5 (24 avril). — Trente- trois habitants de Verdun sont condamnés à la peine de mort, et deux i la réclusion pour vin$i ans, en raison de leur âge.

Du a ( !2(J avril). — Les iiionibres dos comités civils de section auront cbaque jour trois livres d'indemnité.

! Du 8 (S8 atbil). — Gamatn , serrurier, expose que le 22 mai I 1792, jour où il acheva de faire une armoire aux Tuileries dans ' l'épaisseur d*une muraille, Louis XVI lui apporta luinuéme un grand verre de vin à boire, parce qiril avait chaud, et il ajoute

quMl en res.sentit une violente roliqnc. — La conséquence de cette déclaration était que le Roi avait voulu l'enipoisonner pour se défiiire d'un témoin qui aurait pu divulguer l'existence de Tarmoire.

M Beaucoup de personnes ont connu Gninain, dit l'auteur du Mémorial^ t. I", p. 282, <"oninie ayant Ht'' con«blé des bienfaits de Louis XVI, dans nn temps où il se f iisnit linnntnir de tirer Je soufflet d'une ibr^je a la(|uclie le Roi $'aiuubait quelquelois. Ce

1 Pour tons en procèa, donc rinsiraeiion et la condusion doivent occuper une si {;r.-)nde pl.ice danx iliîscoire de la Démagoipe , nous renverrons au livrf plfiii df f.iitx «t cir irn«-if»Ticnienls iionvfaiix i]v M. Ca m pardon : Le Tribunal révolutionnaii v de Paris, éditiun Flun, 2 vol. in-8°.

fut sans doute pour rouserver du parti populaire la pension

qu'il re<'evail cli: la main rovale qu'il fit cette déclaration r»

Ajoutons <jue si l'odieuse accusiition de Gain lin était un talcul, respérarice de cet honnête houinie ne Fut pas déeue. La Convention, dan» la séance du 28 de ce moU, lui accorda une pension viagère de donze cents livres.

Du 0 ( 29 avril). — Mort du général Dagobert, en combattant contre les Espagnols à l'armée des Pyrénées-Orientales. La Convention ordonna qu*ane colonne de maître érigée dans le Pac* théon porterait son nom ainsi que ceux de tons les braves mofts héroïquement pour la défense de la patrie.

Pendant que ces (;énéreux citoyens s'immortalisaient dans rbistoire, le seul Panthéon inviolable et immuable, — Hanriotle démai^ue adressait aux sans-culottes de Paris la proclamation qu'on va lire, la plus cynique peut<étre de celles qu'il a écrites :

Ordre génértd du 9 flaréiU,

« Depuis peu il se passe encore quelques intrigues ;

je «uis bien aise de prévenir mes frères d'armes que toutes les places sont à la disposition du gouvernement : le gouvernement actuel, qui est révolutionnaire, qui a des intentions pures, qui ne veut que le bien de tous, a la nomination de toutes les places; il va jusque dans les greniers' chercher les hommes vertueux; il dit aux pauvres et purs sans^ulottes : Venez occuper cette place, la patrie vous y appelle; sauvez-la, aimez^la, c'est votre mère à tous.... •

Ainsi donc, pauvres sans^nlottes afikmés , prenez patience ! On sait ce que vous désirez, et vous l'aurez. Le {gouvernement est en quête de fonctionnaires. Pour en trouver, il cxpiore ju^

qu'aux greniers. Que lui faut-il? des hommes vertueux. Vous êtes tous vertueux, sans-culottes, et vous .mrez tous des places. Comme le (j^ouverncMuent dispose de toutes les places, il ne vous faut donc «pi'un peu de patience.

ln(;éuieux llaiiriot! se peut-il que ce peuple ingrat vous arra-

3«6 PARIS EN i79k,

chcra nu jonrd'un é(;uut on vous avic/. trouvé un .isilo si bien approprié à vos luéritci», pour vous conduire à la (guillotine !

Du 10, Il KLOR^AL. — Toujours dcs \ ictoiros : prise de Fumes, de Cou rira i , de .Mciiiii ; mais le 12, les Autrichiens s*eniparent de Landrecics. Hauriot est sur le cjui-vive. L'étrauconspire ; Hanriat va déjouer le complot et assurer le 'succès de nos armes : il faut que les femmes portent la cocarde dàns le Heu le plus propice — à la reconnaître. Jamais on n'avait tronVé un moyen aussi simple de battre Tennemi... Voici Tordre général du commandant, en date du 12 floréal :

« J'invite mes frères d^armes à être sévères dans leur service et à foire exécuter le décret relatif aux cocardes. Plusieurs citoyennes, parées de rubans verts et blancs, lèvent une tète audacieuse et se fout gloire d'être sans cocarde; il faut les traduire devant les comités révolutionnaires.

• D'autres citoyennes la portent à leur chapeau rond, sous la gance; ce n'est pas ain!»i que l'on doit porter les couleurs cliéries de la nation : il faut les porter visiblement et dans le lieu le plus propice à Içs reconnaître. Si les ennemis de la patrie osent conspirer, qu'ils tremblent ! La loi ne fera pas de grâce aux méchants. •

VN GI-DEVANT ATOCAT n'ÉVÉCHt.

A la date du 13 floréal (2 mai), la collection I.abédoyère nous fournit une lettre inédite de Robespierre adressée à un de ses amis. On est frappé, en la lisant , d'abord du ton, (|ui n'est pas le tutoiement; ensuite, de la date, qui n'est pas la date du nouveau calendrier. On voit que l'avocaf de révêciié d'Arras n'i'tait pas restr seulement par l'usage de la poudre, qu'il avait conservé, fidèle à l'ancien rt'/;iuu'. Il a pris tellement riiabilude de se plaindre, qu'à rap()(;t'e de sa toute-puissance il parle encore des disgrâces qu'essuient tous les vrais amis de la Répu-

bliqiio, absolument crunine il en aurait pari»'- deux ans auparavant, à supposer qu'il se fût alors mis au iiOHti>re des partisans de la R<'>publique.

M Mon cher Aigoin , depaîs que je vous ni écrit, j'ai été à la fois indisposé et extrêmement occupé. Je n'avais point reçu ▼otre première lettre. J'ai fait, en conséquence de la seconde, tout ce qui était en mon pouvoir pour vous procurer la justice qui est due à votre civisme pur et imperturbable, et tous les bons citoyens vous l'ont rendue; gardez-vous, mcm ami, de douter jamais de ma tendre amitié. Après la patrie, je n'aime rien autant que les hommes qui vous letsemblent. Vous partages avec tous les vrais amis de la République et de la vertu les disgrâces que tous essuyez. Ayes courage, et que votre civisme même vous console des persécutions qu*il vous a attirées. Comptez sur mon tendre dévouement ; mais ayez quelque indulgence pour l'état de lassitude et d'accablement où mes pénibles occupations me mettent quelquefois. Adieu , embrassez pour moi tout ce qui nous est cher.

• ROBBSPIBIIIB. »

• Paris, le 2 mai, l'an II dp l.i Ré|iiibliqui-. ■

UN GÉniBAL RiPUBUCAIK.

Qne le lecteur nous permette ici une courte digression : aussi bien il est utile de reposer six vue du triste spectacle de la rue et des clubs de Paris. S'il y a Tarmée révolutionnaire de Ronsin, qu'un pétitionnaire de la Convention aurait voulu voir précikler

d'un état-major de six guillotines, bien adnptt'» à sa mission; s'il y a h Paris dos généraux difjnes seulement d'escorter cette charrette de F oucpiii-r (|u'on appelait la bière des vivants, — aux frontières on trouve les vraies armét^s , les vrais soldats d(> la République, connue Da^jolM^t, llo<be, Marceau, Kléber. Tandis (|u<' les déma(;o(j;ues de Paris, à force de violences, d'injusliceb et de cruautés , soulevaient celle grande émotion de la consctence hu-

maine, qui après trois quarts de siècle, n'a |>at hh grâce encore à la RéTolution , les républicains de nos armées scellaient d*iin sang pur et généreux les fi»ndemenis immortds de Pédifioe nouveau. Ayant fait le sacrifice de leur vie à la cause de l*honneur national et de la liberté,

Piedx nus, sans p.iin, sourds aux lâches alarmes, Tou» à la gloire allaient du même pas...

Prenons au hasard un de ces glorieux , non de ceux que la fortune a le mieux traités et auxquels elle a donné le plus dç célébrité , mais un de ces fils de la Révolution qui ne doivent rien qii^à elle , et que TEmpire a honorés pour s'honorer lub> même de leur force et de leur vertu.

Ileiiri-Kraiiçois Delaboixie était né ùDijoD, le 21 décembre 1764, d'un boulan{;cr de cette ville. Un oncle, prêtre de Saint- Bénigne, se rliar[;ca de son ('•duratioii, lui apprit la (;raniinaire l't le latin. Vax sortant des mains du prêtre, Delaborde devint soldat : sa bonne rondnite et son inlelli(;eiire le portèrent an jjrade de ed|.oral. Il n'était pas facile alors d'arriver plus liant; aussi notre caporal ren«»ii«;a-t-il , (juand il le put, .'i la carrière des armes, ei rentra-l-il dans la vie civile. Hientot ériatèrent les {jrauils événeincnls de 1789 : plus de clasiie! plus de privilèges! pins île distinction de naissance! c'était raffinancfaisMîment universel. Qudie joie! quelle ivresse! de quel élan on se porta aux frontières, audet'ant de ces horde* tteteiaves (pii prétendaient ramener dans les fers de Cantique eseiavage la grande nation libérée et libé* ratrioe!

Mais les ofBcim avaient emporté à Tétranger leur épée patricienne, qu'ils auraient craint de déshonorer en la mettant au

service d'une autre cau.<^ que la cau.sc de Dieu et du Roi. Le peuple dut la remplacer. La nouvelle épée populaire fut forgée

au feu de rcnthou.siasmc et trempée aux sources mêmes du patriotisme. La première liffue militaire avait disparu; la seconde la remplaça : les sous-ofHriers jtassèrent d'emblée officiers, et le vide fut comblé en face de reuiieini étonné.

Les Dijonnais avaient ariaehé Delahorde à la vie civile, et Pavaient appelé à un des «-onnuandenients de leur milice. I.e> anciens sous-ofticiers de la monarchie rendirent à la Uépublit^ue

d'immeiMet services ils furent les instructeurs de ses bataillons improvisés ; ils rétablirent peu à peu dans les niasses incandescentes les règles de la discipline auiqnelles rien ne supplée, aidés dans leur tâche par nos défaites mêmes. Les premiers républicains avec leur générosité téméraire n'étaient que des hommes, iJs en firent du bronze.

Delaborde avait quitté Dijon lieutenant au I*' batnillon de la Côte-d'Or, il arriva au siège do Toulon grnéral de division '. C'fst lui qui enleva à la tête de la division du Nord la Fameuse redoute an{;iaise. Les commissaires Salicetti et Robespierre jeune écrivaient alors ù la Convention :

• Les ennemis avaient épuisé les ressources de l'art pour rendre cette redoute inexpu{;nable, et nous tous assurons qn*il est peu de forts qui présentent une défense aussi importante et aussi incxpug^naUe. Cependant elle n'a pu tenir à Fardeur et au courage des braves défenseurs de la patrie. Les forces de cette dîvisioD, sous les ordrés du général Laborde, ont attaqué la redoute k cinq heures, et à six heures le pavillon de la République y flottait.... La prise de cette redoute, dans laquelle les ennemis mettaient tout leur espoir, et qui était pour ainsi dire le boulevard de toutes les puissances coalisées, les a découcertt's. l^tïiavés de ce succès, ils ont abandonné et évacué dans la nuit les autres forts »

Le général en chef Dugommier écrivait de son c6té :

« Tout ce que l'audace dans l'attaque, roj)iiiiàtrc(é dans la défense peut offrir en spectacle , fut épuisé de part et d'autre. Mais enfin l'opiniâtreté céda à Taudacc, et les liépublicaius entrèrent triompbants dans la redoute. »

' Voici st^< états de «rrvicr-i. D.ui'* l'cffroyahie consommation d hommeH qu'enu-ainait l'effort ff^atemue ilo la nation contre l'Ëurupe coalu«e , ravaneement ripide. Soldat m 55* ré{;iment le f7 mm 1783,— caporal ic 3 septembre 1788, — congé absolu le 27 mars 1791, — lieatenant ;ui l'"'" bataillon de la Côtc-d'Or Ir :}0 août 1791, — adjiidanl-major le U avril 1792,— chef du 2* bataillon de la Cùte-d'Or le 19 juillet 1792, — général de l»rigade le 11 tepiemlive 1798, — geDénl de dirinoo le SS vendémiaire sn IL

aSO PARIS EN 179V.

Les morts vont vite!... dit la ballade allemande. En ce tempslà le» vivants ne se reposaient g^ère. Sur toute la ligne de feu ouverte par la guerrr cixile et la guerre étrangère, on a peine

à les suivre. Au nunnoiit où It'nr présence s'est si/fnal»'*e .sur un point, ils a[)paraissi'nt sur un antre. L' obéissance, comme les ordix's ilonnés, a la rapidité de I ct lair.

Le ministre de la guerre ctrit à Delaborde :

«Je t*envoie, citoyen général, un courrier pour te prévenir que le comité de salut public et le conseil exécutif, ayant confiance en toi, Remploient dans ton grade à Pannée des côtes de Brest, où il faut que tu sois rendu au plus tard dans dix jours, à partir de ce moment. Pars donc dans six heures, après la réception de ma dépêche, et dirige^oi, par Boulas et Limoges , directement sur Port>Malo. >

Et avant Pexpiration du délai fixé, Delaborde était rendu à «on poste , où il avait retrouvé ion camarade et son ami Rléber, un

homme de sa trempe, grand et beau oomme l'antique.

Kléber était depuis quelque tcn;])$ employé à cette guerre de Vendée, qui avait bien changé de caractère, li en était excédé. Sa bravoure répugnait k combattre un ennemi dont il traitait les sublerftiges de làrlieté, et sa générosité répugnait plus encore ;'i lui infliger les impitoyables chntinients qui devaient punir la rrhcllion. On ne lui pardonna pas d'avoir éparj;ii«'' des adver- >aires qu'il méprisait, et on lui infligea, en le ra|)p<lant, une disgrâce qu'il accueillit comme nue délivrance. Voici la lettre superbe qu'il écrivit, en cette occasion, à son ami Delaborde :

MMIITB. • éOàUTB.

■ llennrs, le I V tlort-al, l'an U de la Uépubitque française

uni* , inilivisililc

m Kléber à Delaborde.

" Je n'ai pas voulu quitter l'arniée des côtes de Brest sans prendre congé de toi, mon camarade; de toi que j aime et

' Les aulogr.i|>)iog de Kléber Mtnt rares. Sfous pnblions le /iae^mUe de «etie lettre jusqu'ici restée inédite.

Diqitiz

opgle

LA RUE, LE CLUn, LA FAMINE. 351

que j*€»time infiniment, avec qui j* aurais voulu combattre, vaincre et mourir. Je pars pour l'armée du Nord demain; tu ferais bien de t*y rendre aussi. La guerre des chouans est la diose du monde la plus ridicule. Les braves les battent à coups de pied et de manche à balai, les lâches en sont battus, les foibles égorgés, assassinés. C'est un ennemi qui a la timidité et la l^jèreté du chevreuil et la férocité du tigre ; c'est un serpent qui se traîne d*un repaire à l'antre et qui s'échtfppe au moment où on croit le tenir. » .Je f embrasse bien firatemellement.

» Klébër.

» Damas et Leroiiz te saluent, s

Suscn'ption : « Au général divisionnaire Delaborde, à PortrMalo. «t

Ces fières paroles honorent également les deux amis. Celui avec lequel Kl^ber aurait voulu V€mere et mourir a écrit modestement dans la mai^ de la lettre qui lui était adressée , et que ses eniants gardent commo une part précieuse de Théritage d'honneur dont ils sont les dignes dépositaires :

« L'amitié d'un grand homme tel que Kléber était pour moi d'un prix inestimable. Sa lettre doit être conservée trèsprécieusement par ma fiamille.

• Dblaboidb, général dwisionnaire. •

•> Dijon, l"" fructidor an IX. »

Voilà les vrais soldats de la République ~ et ntm les Hanriot et les Ronsin !

Les générations qui ont hérité des bienfiuts de la révolution ne seront jamais trop reconnaissantes envers ces hommes dont

la sîmplicito a ('•galr le désintéressement , et dont !o courage héroïque a saiivr rinléf^rité ot l'indt-pendance de la patrie. Ceux-là restent sans tache devant elles et devant l'histoire. Tandis que

PAKIS EN iTOifr.

les pailis, dans leurs ilirhirenients , s.icrifiaiont à des liainos pai lit ulièrcs et à des ambitions i riiniiicllt ^ 1 iiitéiél {;t''iU'ial, eux, ils faisaient leur devoir tout entier. Leur vie reste un exemple comme leur mort.

Il n*a manqué à leurs exploits , pour entrer dans tontes les mémoires, qu'on historien comme Polybe et Xénophon. Ni les Grecs ni les Romains n*ont surpassé ces traits d'audace, où la ▼iguenr du corps était aussi nécessaire que celle du courage. Cependant, comment étaient4ls nourris, comment étaient-îls vêtus? Nourris de pain ndr, ils marchaient quatorze heures de suite; dé{;uenill<^s , avec des savates aux pieds, ils escaladaient des roches taillées à pic, au milieu des ronces et des épines. Pour les faire conjialtre, chefs et soldats de la République, on nous permettra d'emprunter à i!ne époque postérieure au mois de floréal ]•' récit d'un des faits d'armes de ce temps, la prise de Fon> tarabie , dans lequel reparaît le nom du brave Delaborde :

Armée des Pyrénées^OccidetUales*

Les représenta/Us du peuple près l'armée des Pyrénées-Occidentales aux représentants du peuple composant le comité de salut public. (Bulletin de la Convention nationale, ft* 18. Moniteur, ete,)

• A ScMca, en Etpagnc, le 11 tliermidor an II.

a Citoyens collègues,

• Le drapeau tricolore Rotte enfin sur une vaste partie du territoire espagnol. La fertile vallée de Bastan est enyahie; le fort Maya est pris. Les lignes formidables, les redoutes terribles, les retranchements, en apparence inexpagnables, de la montagne du Gommissari, de Marie>Louise, du camp de Bera, de celui de Saint Jean de Lus, du fort de Sainte- Barbe, tout a cédé à l'audace et aux baïonnettes des Repu* blicains. Défilés à passer, montagnes à (; ravir, rivières & traverser, précipices & franchir, mauvais temps à supporter, bivoaacs continuels, la soif, la faim, voilà, citoyens oollè-

gues, les obstacles contre lesquels les braves soldats de rarmée des Pyrénées-Occidentales ont eu à lutter avant de

joindre leur ennemi et après Tavoir battu Laboi de

i'onimandait rexj)éditioii de l'enlèvenuMit de la redoute du Comniissari et des autres en dt-pendant; Frégeville était cbargé du boiubardetuent de Fontarabie. A trois beuie> du matin, tout«'s les troupes étaient en niarcbe. Les redoutes et les relraucbenjents de la nH)tita(;ne du Commissari sont peut-être un des ouvrages les mieux faits et les plus forts qui existent : une montagne escarpée et extrêmement élevée, avant pres<pie jusqu'à sa base des retrancbements qui se détendent mutuellement; sur la sommité, des redoutes ter-' ribles,au milieu d'une desquelles s'élevait un cavalier fraisé, entouré de six rangs de puits profonds , remplis de pieux ; le pourtour, d'un tréâ-large fossé garni de chevaux de frise et de plancbes hérissées de clous , sept pièces de canon , deux obusiers et huit cents hommès : tels étaient les moyens de défense de deux redoutes inexpugnables pour tous autres que pour des soldats républicains, et devant Tune desquelles vingt mille hommes devaient trouver une défisite certaine et la mort ; mais tous ces obstacles agglomérés, servant de véhicules à nos troupes, n*ont fait qu'assurer davantage la victoire. Celte terrible montagne a été cernée de toutes parts; nos soldats, dont chacun était un héros, montant tète baissée et ao pas de charge, ont enlevé successivement tous les retrandiements, et, après trois heures et demie de combat, ils sont entrés dans la redoute. Pas un de ceux qui la défendaient ne s*est échappé : ils ont tous été tués on feits prisonniers. Toutes les autres redoutes ont eu le même sort, et Tennemi, dont Pépouvante est au comble, a abandonné de lui-même son femeux fort de Sainte>Barbe. Pendant ce temps Fontarabie brûlait des deux bouts, et cette ville, à la réserve des fortifications, n^est bientôt plus qu*ttn monceau de ruines. Tous

ses habitants l'ont évacuée Les généraux Moncey, I^-

borde, Debein, Castelvert, Digonet, Cambrai, Frère, les cheBi de brigade Lefranc, llarispe, Latour-d' Auvergne, ont donné

des preuves de cette mteUiçence, de ce sang^- froid, de ce courage, de cette audace républicaine, de cet amour pour la

patrie qui assurent aujounf hui nos succès Il était de la

plus grande importance, citoyens collègue:», pour le succès de nos opérations ultérieures , que les deux divisions commandées par Moncey et Laborde opérassent leur jonction. Le point de réunion devait être au delà de la Bidassoa, dont l'ennemi avait rompu les ponts. Moncey, à la tète de sa division , s*est porté avec rapidité sur cette rivière , et le soldat , après une marche de quatorze heures , Ta passée dans un giie tres-profond aux cris de vive la République! C'est sur ses bords que nous avons eu tous trois la douce satisfaction de nous ciiil>ra>ser. Aujourd'hui ces deux divisiuii> >oiil réunies ici, à Lesaca. Hier il fut tenu un roii>eil de {jueire, et il a été arrêté que nous allions marcher par la njoiitajjne d'ilaya

pour tourner les hiiilt i a s d'Yrun et de Fontarahie

» Siyiie : Cavaicnac, Gahrau, PiNET aiué. »

Nous voici bien Imn du sujet de ce livre, la Démagogie en 1794; les proclamations d'Hanriot nous y ramènent :

16 FLoaÉAL (5 mai).

Ordre générai du commandant HanrioL *

« Hier, mes frères d* armes les oavriers des ports n'ont pas donné l'exemple des privations que nous autres pauvres démocrates sans^ulottes avons contractées dès le berceau; ils exigent pour leurs journées un salaire trop fort, qui ne pec^ qu'occasionner la cherté des denrées et priver nos pauvres mères de fomille des premières denrées nécessaires à la vie. Vivons honnêtement, vétissonsiioas décemment et proprement, soyons sobres, n'abandonnons pas nos vertus et notre probité, ce sont nos seules richesses : elles sont impârissables ; fuyons Tusure; ne prenons pas les vices des ^ tfnm que nous avons terrassés, soyons toujours aux yeux de l'univers ce que nous avons toujours été. »

Diyiiizea by Qgji^lc

La Bévolulion chansonnée en 1776.

Avons-nous toujours été ce tjuc prclontl Ilanriot? C'est un point sur lequel ou ne s'entendra pas. Avant la Révolution, un de ces esprits satiriques et moqueurs qui répugnent aux innovations» Ravisa, parce que Turgot opérait ses réfeimes, d'annoncer le mmide à rebours. De l'adoption des mesures les pins laisonnaUes et les plus urgentes, il concluait 4 Pimminenee de calamités et de nouveautés extravagantes : ^^ité des pauvres et des ridies, rétablissement du paganisme, destruction des parlements et des privilèges, retour an droit de nature, promiscuité par le divorce, mariage des prêtres, abdication de l'autorité royale, ^ tout ce qui était le contraire de ce qu'il voyait' alors, il l'annonçait alors comme inévitable. On Teût traité de fou s'il n'eût pris le parti de se moquer de lui-même, en mettant toutes ces étranges prédictions en chanson. Voici la pièce faite en 177() (remarquez la date), telle qu'elle parut en 1787 dans un ouvrage intitulé : Correspondance secrète, potiUque et UUéraire , pour servir à t histoire des mœurs, etc. *.

Vivent tons nos hwux et prits

Encyclopédii*tc8 , Du Lonhrnr français rpri^ ,

Grands écoiioini.stes :

Par lewrà Mimy au temps d'Adam Noos reviendrons, c'est leur plan.

MoniU!i les assiste, Oh!{;n.-!

Momiu les assiste.

On verra tons les états • Entre eux se confondre ;

Les pauvret, sur 1eur.«! gralMits,

Ne plus »e morfondre , Des biens on fera des lots Qui rendront les gens égaux :

Le bel œuf à pondre,

Oh! (Mir!

Le bel œut à puiulre.

* Elle est reprodnit» dans VE^ion d§ U RivaluUon fironftûse, t. II , p. Itl.

PABIS EN 17Q*<

Puis devmiM veriueus Par philoiopbie,

L«-s Fi ançai* auront «les dieux

A l'iir fantaisie; Nuu« rcvtiruiis un uiijnon A Jéstif damer le pion;

Ab! quelle harmouie.

Oh ! fiué !

Ah! quelle harmonie I

Ce ncit [ta* de noe bouquina.

Que TÎeat leur science; En eux cei fiers pabdina

Ont Lt sapienc'C :

Le« Colbert et les Sully Kous paraissaient grand* ; maiii li !

Ce n*esc qu'ignorance, Oh! gué!

Ce n'est qu'ifpionince.

Du même pas marchcroni

Noblesse et roture; Les Français retourneront

An droit de nature.

Adieux parlements et loi*, Le» princes , les duc» , le* rois :

La bonne aventure.

Oh! gué!

La Jwnoe aventure.

Alnr«, d'amour sûreté

Entre *œurs et frères ; Sacremcns et parenté

Seront des ehimires.

Chaque père imitera N'dé, <|uanc] il «'enivra.

Liberté plénière , Oh! gué!

Liberté pléniire.

Plus de moines iangoureut ,

\^v pliittlivrs iK)nnr«, An lieu il'adrckser aux cicux

Matines et nones.

On verra ces malheureux

Danger, abjurant leurs vœux.

Galante chaooone «

Oh ■ j;m- !

Galante chacoone*

FuUiiCDt de» novatiuns

La fière «équi^le Nom rendre des nations

l e |)nrfiût modèle.

Et «Tl lionnrnr noiH (h'vronf A Turgot et cuuipagiiuu:» :

Faveur iiiimorlelle , Olilpiél

Favenr immortelle.

A qui ilovrons-nous le piust

C'egt à notre maître^ Qui , se croyant an alMU,

No voudra plus l'être.

Ah ! qu'il fant aimer le bien pour «le roi n*êir«" plu* rîen!

J'eiiverraii* tout |Kiilrc, Oh! gué!

J'enverrait tout paitre.

Cependant, le 18 fioréal, la Convention donnait un démenti à ranlenr de la chanson :

Les Pmnf^ auront des dieux A leur fimtaisie;

NouK revrrruns un OÎ^On A Jésus tiamer le |Hon, etc.

Siii la projîositioH de Hobespieire, elle reconnaissait l'existence de ri^tre suprême et l'immortalité de l'àme.

25 PLontAL (li mai).

Ordre générai du conmandant Uannat,

« .1 avertis mes concitovens que la maison d'arrêt militaire, rue du Bouloy, a été presque établie contre mon gi*é....

n Le 22 (le <e mois, quelques niemlires de la section de lu Monta{;ru' Nont ncihis se plaindre au conseil de la commune de la sévéïilf de celte prison, de Torrlre (pii v rè{jne et de l'iniparlialité avec la(piclic on v t'-^' traite, s;nis distinctiuu de grades, etc. — Huinmes vertueux, vous allez juçcr :

» A la j)ri-.()ii de PA^haye, lorsqu'un militaire v était détenu, il payait quarante à cinrpiante sols pour Peau, le pain et le coucher. A celle de la rue du Houloy, on donne vingtquatre sols; on a le pain, la soupe, la viande et le coucher; par exemple il y a cette différence, c'est que l'on est privé de chandelles t les amis du dehors n'apportent ni vin ni eaa-de-vie ; maïs aussi les citoyens dont les délits ne sont pas Çraves n'y couchent pas. Je remets le ju^jcment de Téconomie de cet établissement à tous les républicains qui pensent, à tous les démocrates austères, alors on verra qui a tort. •

87 pijDiiÉAL (16 mai).

Ordre général du commandant Hanriot.

R Hier, un {j^endarme de la 29* division a jeté à terre, il était midi trois quarts, rue de la Verrerie, au coin de celle Martin, un vieillard avant à la main une»becquille pour aider à supporter sa vieillesse. Cette îitrocité révolte l'homme «jui pense et qui connaît ses devoirs. Malheur à celui qui ne sait pas respecter la vieillesse, les lois de sou pavs, et qui ifpiore ce qu'il se (hnt à lui-même et à la société entière! Ce gendarme prévaricateur, pour avoir manqné à ce qui est respectable, gardera les arrêts jusqu à nouvel ordre. »

^ FLORÉAL (18 mai).

Commune de Pwrh, teeûon de MuUus Seœvola, Comité rdootuûomuûre et de ntrveiUanee.

(Buraii da NfiMM «b» drflilicradoni da eomiti miliiain.)

• Apert par prooès-veriwl dudit jour, le citoyen André Brun a fait un rapport au comité qu*étant de garde à la barrière du Mayne du 28 au 29 courant, il étoit commandant du poste; il aTcnt tu, le 29 floréal, entre 4 et 5 heures du matin, une patrouille d*enTiron 15 hommes de la section du Bonnet rouge, ayant à leur téte.une espèce de commissaire, lesquels arrétoient les subsistances sur la route d'Orléans, les oonduisoient dans leur section; et le commandant du poste se trouvant chea (^«deau, un des citoyens composant laditte patrouille lui a dit : Ne yat pas nous Tendre. Le citpyen Bran lui a répondu : Tu vient icy boire du vin blanc, et moy jy vient boire une petite goutte. Le comité arrête que copie du présent rapport sera envoyé au comité révolu- . tionnuire et a aigaé Brun, »

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