LA PÈTE DE L'ÉTEB SUPRÊME A SCEAUX
Le patriote PiUloj.
Si la Ate de FÊtre tnprême, préparée par David, célébrée par la Convention et les sociétés populaires, ofiEcait, à Paris, une certaine grandeur imposante, -^qu'étaît-elle en province, lorsqu'un niais emphatique, dont Tespéce n'a jamais été rare, en traçait
le programme?
Nos lecteurs s^en feront une idée, s'ils ont la patience de lire le programme de la fête de l'filre suprême qui a été célébrée à Sceaux : l'auteur de cette invention originale en a laissé le manuscrit annoté par lui.
38S PAAIâ EU 1794.
Il 8*appe1ait Palloy; c'était un maître maçon qui se paraît dn litre d'architecte et, après la prise de la Bastille dont il fut un des vainqueurs, de celui do patriote. Le Diethnnaire des hommes marquants (Londres, 1800) lui a «^nsacré un ariicle peu bienveillant : u II n*y out pas une insurrection à Paris «iatis laquelle il ne jouât un rôle plus ou moins considérablt^. Ou le vil entre autres as.*iassiuer làcht iia nt M. r«jrle, dont il se disait ".iiiii. et il se distiii};iia snrtont dans les journ<^es du ^3 juin et du 10 août I7î'!2. Av.ml (oruu- à cette é|K><iue ur» bataillon d'une partie des uiaiiieuxtes «in il avait employés au liruiol issi iiu iil de la Bastille dont il a\.iit » !('• ch.ir;;»'' par le {[ouvet ik ment , , il (juilîa Paris à la tète de sa troupe sans ]>ayer ses autres ouvriers , ee qui amena même une nouvelle insurrection, et se rendit à l*arinée de Chan)pa{;no... d'oà il revint dénoncer Dumourie/. Marat obtint la réînié(;ration de Palloy dans la place de lieutenanl-colone) de son bataillon, mais après la mort de Robe** pierre il fut en6n emprisonné pendant quelque temps, n — Pour compléter cette biographie, «joutons que Palloy, réduit à la misère, passa les dernières années de sa vie à tendre la main et à adresser des pétitions â tous les rois, princes et princesses de la terre.
Comparons à Tliomme tel que les contemporains nous le peii;ncnt , rhomroe tel que ses manuscrits nous le font connaître. Ce maron est un type du déma{;ogue important : à ce titre il mérite de fi(;ureriri.
Son {;('nie amhitif iix et superbe le portait naturellement et sfM'-eial» inent à la conc eption et à ror^janisalion des cérémonies ou lêtes publiques. Il lui fallait tailler dans le j;rand. In bommequi a\ait dvmoliV.x Bastille ne pouvait se plaire <pf aux grandes cboses.
I.e patriote Palloy se vit <'liar{;é de régler le service de Mira- I t iiu. le 12 mai, à Sainl-Kustaclie. Le corps du grand homme y iiit déposé u\aut d'aller à Sainte-Geneviève. L'idée vint ensuite à Palloy de Ini Bure un mausolée qui pût servir de pendant i celui de Cbcvcrt. Dans une note quf fiiit partie de ses papiers, il est parlé de musiciens qui, dans une chute, causée sans douta par la fragilité d'une estnde construite par le patriote, avaient brisé lenrs instruments et foilli se casser le con. Palloy ajouK majestueusement : m M. Palloy a tenu compte de cette accident, en donnant à diaque musicien une gravure et un dessein dn
LA RUfi, LE CLUB, LA FAMINE. 389
iiio.solé <l«' .Mir.ilK'aii. - .Nous rocoiuuiaadoiis cotte espèce d'/'/idcmnitc aux entrepreneurs de bâtiments. — Palloy a eu ein ort; une id(k!, car il eu re(;orjeait, celle d'écrire un texte pour la gravure du mosolé. Nous avons sous les yeux ce précieux autographe, et nous en extra yonsces lignes, qui le teruiinen t... • Il a été (Mirabeau) dans les prisons de la Bastille, de Vincenne; toujours ennemi avec ces parrent, et il fut obli^ de s'en aller en Hollande pour travaillé sur la Révolution , c*est lui qui me la dit, et qui m'a raconté une partie de sa vie, il navoit pas plus grand plaisir quant il convcrsoit avec moi me voyant sensible j'ai cru dapret la conduitte de sa vie et les renseignements que jai eut fair rinscription à Tépitaplie qui suit, etc. » Nous ferons grftce au leciour de répitaphe. ?iom dirons seulement que le fameux mausoUe était fuit du fer et des pierres provenant de ia démolition de la llastille. l e sensible Pailoy n'avait eu garde de iii iiKjncr rncc.i^ion de pl.irer utilement son encombrante deiMtr. I.e-» lr.i;;iiMiils île la lorteresse étaient ajip.-lés parle sensible patriote \i s frujiiicnls du despotisme. Nous nous étonnons (pril n'en ait pas con)j)Osé alors une poudri- iul.ipice à la constitution des estomacs républicains, poudre qui aurait fait périr d'indigestion ou de suffocation les conspirateurs royalistes. Quoi qu'il en toit, on signale aux futurs panégyristes de Mirabeau ce trait, qui eût manqué à la gloire de Torateur, si nous n'avions le témoignage de Palloy : u II n'avoit pas plus grand plaisir quant il conversoit avec lui, le voyant sensUtle, n
Parmi les lettres qui faisaient partie de la collection Labédoyère, il s'en trouve une adressée par Corsas aupatriote Palloy. Bien qu'elle soit antérieure à rép<x|ue dont nous nous occupons, nous demanderons la permission de la reproduire, parco qu'elle donne la mesure de l'originalité hardie du génie patriotique de notre héros.
11 s^agissait de la fête d'avril 1792 :
m Mon ami ,
" Je te préviens (jue le procureur svndic de la commune de Versailles tiemble que lu n'evéeules un projet bi/.arrc : de faire porter la pierre y — (une pierre de la ll<i>lille; le patriote Palloy saisissait toutes les occasions de les faire
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circuler solennellement, et on eût dit iju'il avait à lui tout seul pris la Bastille, enlevé toul»'> les pierres de la forteresse, tant il s'en montrait fier!) — i> \v,ir de véritables sans-m/oUcs. Évitons, mes bons amis, les par;ule> ridicules : simplicilé et )>oint (r.dtectation , voilà le c ri du patrioti»ine. Il ne £aut point ici pn irr le Hane aux aristocrates.
» Arran{;e-toi pour partir ave<" la dépulation de» quatrevin{;ts et le patriote Santerre, qui doit se mettre en marche à six heures du matin avec des (^a ira en Inu^ique.
» Bonjour. Je pars. — A. J. Gobsas. — Ce 7 avril. •
La commune de Bour(;-Éjalité ne pouvait mieux reoonnaltru rinti^e honneur que l'Être suprême lui avait fiit de domici» lier chez die un patriote et un inventeur comme Pallo]^, qu'en le chargeant de r^ler les détails de sa ftte.
Les autorités républicaines les revi.sèrcnt, les modifièrent et les adoptèrent ainsi qu'on va voir. Cette i OK^iuotiie dm paraître admirable. Palloy s'était inspiré de David} il l'avait 4%alé, peutêtre surpassé ' !
* Pour fil Hnir .ivre Ir iLilrinK* , f.n<on< enrorr nn emprunta «es papier*. Il s'agit (l'un billet rli> faire part du mariage de sa tille. MaU en l'an V le patriote a disparu; reste l'arclihecle. — En tête, tme vt^ette repreMntant un bois. A travers la fcuillée on apen.-oit les teMi<^ d'un camp. Sur le premier pl.in, un militairo ronduit im<- jciiiH- fille dev ini 1.» «t.itui- de la Loi, qui (torte le LoDuet ruuge à la pointe d'une pique. Sur I aute|, placé k se« piedit, entouré de Tapeurs d'enoens, deox Anours traînent un livre onvert sur lequel on lit : JU sont uni* pour la vîe/ Denri^, «ne fi(>ure .isitise, d'une nain Usntla palme, de Taulre présenta nne oounwBe. On lit ensuite :
■ Les citoyen c( citoyenne Mosvoi8i!i vous Ibnt part du mariage contracté sooi les auspices de la DtTinité et de la Loi, antre Antoine-François IfonvoiNi^ , leur fils, ( apiiaiiie, aide de camp dn général de dÏTiaion
lîatrv; et Loui>c-(lhnrl()iif, tillf du citoveii Pu t or, .irt hiceetc etktraprc» neur, domii ilié à Sceiiui-ri'niic , départemi nt de la Seine. ■
Parii, le 5 fructidor an V de la République française.