‹ Paris en 1794 et en 1795Chapitre 27 sur 47 · BILAN DU MEURTRE JVBIOIQUE EN · texte numérisé non relu

BILAN DU MEURTRE JVBIOIQUE EN

Voici le résultat des opéfations du tribunal révolutionnaire depuis nivdse an II jusqu'à )a loi du 22 prairial '.

.Nivùsi:. — IG7 accusés : coudamnations à mort, (Jl ; UÉ iiiiitt»'ments ou mist-s en liherté, 101 (ilont 27 corKlaiiHn-s coiuinr suspects à la détention jusqu'à la paix); fers, 'A; (It-tcntioii siMi[ilt'. 2.

Pluviôse. — 198 accus<''S : condamnations à mort, 08; ai quiiteuients ou mises en lilMTié, lOii (dont 9 condaumés à la détention comme suspects); déportation, 12; fers, 3; détention, 5; renvoi devant un autre tribanal , 4.

VbmtAse. — 206 accusés : condamnations à mort , 1 Hi ; acquittements on mises en liberté, 79 (dont 1 condamné à la détention); déportation, 5; détention, 1 ; renvoi, 5.

Gbrmihau — 218 accusés : condamnations à mort, 155; acquittements ou mises en liberté, 59 (dont 5 condamnés à la détention); fers, 3; renvoi, 1.

FLORiAL. — 525 accusés : condamnations à mort, 354; acquittements ou mises en liberté, 155 (dont 9 condamnés à la détention); fers, 0; réclusion, 2; détention, 4; renvoi, 4.

PRAiniAL (du 1" au 22). — 408 accusés : condamnations à mort, 281 ; acquittements ou mises en liberté (dont 23 condamnés à la détention) ; détention , G ; renvoi , 1 .

Depuis la loi du 22 prairial.

Prairial (du 22 au 30). — 272 accusés : condamnations à mort, 2-28 ; acquittements on mises en liberté, 44 (dont 2 condamnés à la détention).

' Le TViAuiui/ révotutionnatre, par M. Clampardon, I. Il, p. S20, Parie, nenri Pton. — (La pmniàre «dilion de ce livre eat bien infSêrieure à celle-ci.)

m PARIS EN I79k.

Mi ssnxtii. — 1(M)() aicu^fs : < oiuiaiiinations à mort , T9(): ac- (|iiitti-iii('iiis ou iiiisos eu IiIktIl', 208 (dont 9 coudauiaf^ a ia di'ti'iitioii ; drlciitioii , I.

Tiii nMiiion (<Iu au î)). — i2G accust'*s : cundainnatious à mort , 3t2j acquitlcinents ou mises en Hberté , 81 (dont 3 condamnés à la détention).

Depuis le 9 thermidor.

TitiuMiDon (10. Il l't 12). Condamnations À mort par saitc

de III ÏH' hors la loi, lO'.i.

Du 2i THKnMitton au II au 28 frimaire au Ili (du II août au 15 diVriiibre ITÎ)'» !. — II v a i-otidaiiiiiations à mort et 837 accjiiiltciiionls on luist s en IUm'i Ii'. — Du 8 pi.i viosk au '2H n.ol'.i Al. an 111 (27 jain icr au 17 mai 17U5). — 17 condamuatious à mort l't ')i actjuilti'iiifuls.

Ces .siiii|)l('s cliiilres, jiluâ t'ioijiieuts (|uc tous les coumioutaircS) iiioutrcut rinfluence qu'a eue la révolution du 9 au 10 thermidor sur le caractère de la justice rendue par le tribunal j'évolutionnaîre.

25 PRAiBiAL (13 juin).

Le passage des charrettes chargées de victimes répandait Vépouvante, fiitsait naître l'horreur et paralysait entièrement le commerce dans les quartiers les plus riches de Paris. Dès que rbenre approchait de leur sinistre promenade, les boutiques se fermaient; les habitants fermaient les volets et les fenêtres pour se réfuter au plus profond de leurs appartements. — On se décida à chan^ le lieu des exécutions. A partir de ce jour, elles se firent à la place de la barrière du Trône. La guillotine ne reparut sur la place de la Révolution que pour le supplice de Robespierre et de ses partisans.

11 parait (|ue ceux (ju'ou décorait en cc temps-là des titres de magistrats et de Fonctionnaires publies jouissaient d'une médiocre eousidératiou auprès do la (janlc nationale, et qu'on ne manquait pas rocrasion de les rosseï , surtout le Soir. La voix grave d'Ilanriol s'élève contre cette piolauation.

Ordre général dHanriot.

• Mes frères d*annes, je vous renouvelle l'invitation qui vous a déjà été faite, relative à vos rondes et patrouilles de nuit. Quelques-uns de vous se comportent avec indécence envers les magistrats et les fonctionnaires publics; vous les arrêtez d'une manière inhumaine, qui vous déshonore. Ne sont-ils pas vos pères, frères, amis, et surveillants de la (jrande fiamille? Recevez-les donc avec fraternité, loin de les rehiilcr dans leurs opénUions de nuit; offrez-leur vos set viio; ( ouduisez-les jusque daii^ leurs asiles, si leurs jours sont menacés par le fer de l'aristocratie.

» Les joitriidlistcs , manouvriers, et lou^ l eux qui s'occupent des travaux de la campa(;ne, etc., je les invite à ^e faire iuiicrire. >*

27 PRJItRIAL (15 iVIIf).

Âféeonientement de Robespierre, — Affaire de CaUteritte Tltéot.

La Convention renvoie Catherine Théot, dite la mère de Dieu, dom Gerle, ez-chartreux et ex-constituant; la ci-devant marquise de Chitenoîs, Quévremont médecin du ci-devant duc d*Orléans, et Marie - Madeleine Amblard, veuve Godefroy,

devant le tribunal révolutionnaire.

Les individus ci«dessus désignés ne passèrent pas dev<mt le tribunal révolutionnaire. RobMpierre se fit remettre le dossier

et étouffa l'affaire.

Celte affaire, assez obscure et assez ridicule en elle-iiiéiiic, a une {fraude importance dans l'hi>toire de ITili, paice cpi elle fut roccasion de la rupture complète entre Uobespierre et les comités.

' On a de la peine à a'explitjuer la prcucnce au milieu de ces illuminée et de cet imbécilea de l'homme tagace et intelligent laqael sont dues le*

trois notes nnonymea que non» avonn |iubliéi-s. Tuiit est obxcur dan» celle an'airc de Cntlu-riiif Tbéot, b protection d« Robespierre aussi bien que le rùle de Quévreuiunl.

Ce n*est poin ici le lien de rechercher longruement les ctiues de cette rupture : nous nous boroerons à dire que le premier ébranlement imprimé à la sainte Montagne fut la mort de Danton; le second, la ftte de TÊtre suprême, le troisième, la protection donnée à Catherine Théot.

On a lait de nos jours de Robespierre un spiritualiste, voire même un catholique. II «>^t vnii Robespiem> n*avait pas â ré^^ard des prêtres et des cérémonies du culte la haine féroce, la ra0o iconoclaste dont quelques-uns de ses collègues étaicn t a nimés; mais de là à être synipalliiquo aux prêtres, il y a loin; les reçîstreji »lu comité <lo saint public le montrent non pas acharnt', mais dur et cruel einerv eux. Setilrinent. pjiis sensé que d'autres Montagnartis, coinpn ii.int mieux <ni't ii.\ \t'> conditions de {;ouverneinent »'t les Ix'sotiis moraux dti peuple, aussi impérieux que -es In soins matt'riels, il avait résolu de chassrr de- temples l'idolâtrie ou rathéisme, (jui n'avaient encoix' donné lieu qu\i des spectticles indécenb et ridicules. La fête de l'Être suprême fut d'ailleurs moins le triomphe de Dieu que le nen. « Avec quelle joie or|pieilleuse, marchant à la tête de la Convention nationale entourée d*un peuple immense, répondant par Télé- Çance et la parure à Téclat pur et radieux d*un si beau jour, il se pavanait pour la première fois, revêtu de Técharpe tricolore de représentant du peuple, et la tête ombragée de panaches flottants ! Tout le monde remarqua son ivresse ; mais tandis que la foule enthousiasmée faisoit retentir les cris de Vive Bobea» pierre î qui, dans une république, sont des cris de moit, ses collègues, effrayés de ses prétentions audacieuses, inoommodoîent ses oreilles, comme il s\-n est plaint depuis, de traits satiriques , de sarcasmes piquants : Voyez-vous comme on l'applaudit! Ne veut-il pas faire le Dieu ! N'est-ce pas le /;rand prêtre de rÉlre suprèiiK'! n D'autres Montaj^ianls mnrmurèreut à ses <)r»'illes !'( pilliète de tyran. Ils ne comjHcnaieMl cette imention «le Dieu par H()b('>-[)ieri e que comme nu mo\ <mi de fanatiser la foule et de s'emparer d'elle. Plus de doute pour eux, il voulait arriver ù la dictature!

La dénoncialioD qui leur fut faite des pratiques bizarres et des rêveries de Catherine Théol leur parut une occasion favorable d'attaquer indirectement Robespierre et d*aflfiriblir sou presti(;e en attirant sur lui le ridicule. On trouva dans le lit de

LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. kOT

la vieille (bile, qui se croyait la mère de Dieu , une leiire adres- > sùi: à Robespierre» dans laquelle il était appelé le fils de tÊtre suprême, le Verbe de f Étemel, le Rédempteur du genre kmnam, le Messie désigné par les prophéties. Représenter la mère de Dieu comme noe oontrfr>révolutioniiaire, et ses aflBliés comme des oonspirateurs dangereux, c'était presque impliquer Maximîlien dans le complot, surtout si on le voyait prendre ouvertement parti pour eux contre Vadier et fiarère,qui les avaient dénoncés A la Convention. Ses ennemis n'y manquèrent pas*. Au fond , les sectaires de Catherine Tkéot prenaient fort bien leur parti du ré^me républicain, surtout s'ils se sentaient couverts de la protection de Robespierre; ils disaient à Catherine :

Ki culte, ni pèu%ii, nî roi, Car kl nouvelle Éve, c'ecc toi.

Quant à Robespierre, il ne lui <léplaisait pas d'être adoré; il avait toujours eu autour de lui ses dévotes qui le suivaient à la Convention, aux Jacobins, dont elles remplissaient les tribunes quand il devait parler. « Dans son doiiicstique, attentions recherchées , caresses louangeuses , désirs prévenus , sollicitudes crain-

' ■ On rciuan|uc cette diflércnce cj^u'il usa attaquer ites adversaire;! de fnmt, tandis qu*ib ne l'attaquirent qoe danc Tombre, d'ans maniirs TÎie

et basse, iiièine en le flagornant pidj}ii|iK-incnt ju<iqu*à «a dt-faite; conduite i|iiî prouve (le sa part son aiuhu c, ci dt- la pan des aiilZ-O!* iiMir turpitude. Il» vont cherclier daim uu réduit ub.scur une fuiic uiystique du iclej imbMiies, y envtuent leurs a^fcnts m^ffenr leurs pro|wes idées, et Ils invcntenl, ?.oui une faille ridicule et {;rntegque, WM Vaste conspiration politique ail lien (ie la dévoiler. Il-i lran>fornient un nom de famille vul|;alre (Tbcut) en uu uoiu grec qui siguihc Diviuué ^Tliéosj, ra!««cuiblant de toutes |iarta des accessoires indécents poor donner plus d'appareil; mêlant le raenreOleas su comique, la fahle à l'histoire, le mensonge toujours au

rneiisonpp enfin 1' irn!ii{;u le plus extravagant que la plus folle ima^jina»

(ton des pctites-uiai^iun^i ait jamais iuveiilé. ■ Vitale, Les injstems de la mère de Dieu dévoilés, p. Û.

Voit i eu quels termes Vadier terminait son rapport sur l'alFaire de Catherine Thcot :

• Nous ne conuaitriuns pas 1 iufemal géuic des Anglais si nous ne rapportions à leurs inrentions et 3l leurs roanœurres à Paris l'établissement de ce commerce de fanaiît^mc et de spéculations de bigoterie ouvert dans la nie Contrescarpe.... C'est là <pic rAii{;lai> a ( ln iehé dos auxiliaires, des perturbateurs, des chefs do mécontents, des recruteurs de la Veudée et des assassins , etc. •

tives, soupira recueillis, mignardiaes flatteuses.... Nul directeur de nonnes ne fut jadis davantage le tendre et pn'-cieiix objet (le plus douces inquiétudes et de soins plus affectueux de la part des chères mères en Dieu. » (Vilate, 3* partie, p. G3). Quand , (leux nns auparavant, Barbaroux était allé voir Robespierre chez les Diiplav, jj^rande avait t'-té sa surprise de n'apercevoir «rauîre dtVoration dans sa chambre que son portrait répété à l'iiiHiii.

Bref, llohespiene ne cnit pas (jue le crinic de lavoir pris poui' Venvoy<'' titi ricl méritât la mort. Il emj)érlia (jnc I aHaire (le CatheriiK- TIudI irallài an li ihiinal n v oliitioiiiiaite ; mais il sentit le coup «piOii axait voulu lui porter. On .s'était atlatjué à sa considération, à sa |)Opularité, eu même temps qu ù .sa puissance. 11 s'éloigna du comité, où se trouvaient en majorité les corrompus dont il avait réM>ln dVpurer la Convention.

MEJiwSlUOR.

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