‹ Paris en 1794 et en 1795Chapitre 29 sur 47 · THERMIDOR · texte numérisé non relu

THERMIDOR

If JUILLET AU 18 AOUT.

Lecifovcn Collot ll'l^^'rl)<)i^ ot présidi'iit de la Convention . — Il V a dans le zcle du li ibiinal ré\olutioiinaire une re<"rndes- < enrc , nianifestit? |>.ii If nombre toujours croissant d«'s condainrialioMN à nmrt : f'rst une con-irqurnci- naturelle do la loi du 22 prairial. Il taut rocoiniaitre que riN«deinent de Robespiern» n a.p.i^ auK iK- un ralentissement dans la uiarclie s;inglante de la ju!>tiee, et qu'on ne peut, par oonst'qnent , le faire seul responsable da Mn(; r(''panda à flots sur les ëchafiinds. Mais il ett juste d'ajouter que c'était lui qui avait rempli les prisons que Fouquier se chargeait de vider, lui qui avait frit adopter la loi du 22 prairial , lui qui avait pratiqué dam toute sa violence meurtrière un système de gouv«mement qui fonctionnait par le fiût de l'impulsion acquise sur une nation centralisée et terrarifiée.

4 THEimiDOR (22 H'ILLET).

Les chrélieiu devant téchafaud.

La rue est notre domaine, soit que le silence y règne, alors que bien longtcnips avant le jour la queue Commence à se former aux portes des bouchers et des boulan(<[ers, soit que sur les «lix lien ros elle se remplisse «les jjémîssomcnts et des impn'ratioMs dos (ciiiitios devant los<|H('llcs 1rs magasins vidés >e ferment iMiisqttriiKMit : tantôt ajjitor conimo une iVtiirmiliirt', sous l.i \(iix striib-nte des cctlportours qui «rioiit la (1<'(()U\ erfo do qnohjuo horrible roni|ilo(, tantôt morne ot triste, ou ardente et furieuse, au passade de la charrette ded suppliciés qui porte ù la mort «on tribut.

Le récit qu'on va lire appamicnt à Thistoire de la rue : la me en fut le théâtre. Il est juste qu'il ligure ici, où nos lecteurs nous sauront gré de l'avoir reproduit

1 II est tiré de< Mémoires d'Ànne'Pauie-Domini^ue de Hoaillei , marquise de iMonte^y 1 rtA, in-it. Ce» mémoires, dont la rédaction est vnp œuvre moderne, ont été composé» mir de« documents mthentiqnef, parmi lesquels se trouve le récit du Père Carrichon.

« Ces trois daines arrÎTèrent donc à Paris dans le mois de septembre. Elles y furent arrêtées le mois suivant, et détenues jusqu'au printemps dans leur propre maison, en Tertu de la loi des suspects qui venait d*étre rendue (17 septembre 1793), et commençait ses affreux rayais dans toute l'étendue de la France. Le Père Garricbon, un de ces prêtres courageux qui, sous les ivètements du siède, continuaient à remplir mystérieusement leur saint ministère, réussit à se faire ouvrir les portes de Thôtel de Noailles et à communiquer librement avec les prisonnières.

9 Gomme elles s*entretenaient un juur de ce ^nd moment' avec le Père Garricbon, la vicomtesse de Noailles lui demanda s*i1 consentirait à les aocoinpa(;ner jusqu'au pied de récbafiiud. Gette proposition, à laquelle il ne s'attendait pas, l'effiraya; mais, après un moment d'bésitation, il répondit qu'il regardait comme un devoir de ne pas refuser une telle prière ; que si sa vie était encore nécessaire en ce monde, Dieu saurait bien la protéger, et que par conséquent, et quoi qu'il pi)t en arriver, il se mêlerait, pour les bénir, à l'horrible populace qui ne manquerait pas de les escorter ju>(]ii'au lieu de l'exécution. Il ajouta qu'il porterait ce jourlà un habit l>leu foncé avec une carmagnole de couleur rou(;e, et <pi'elles le reconnaîtraient à ce signe.

» Cependant, le 2*2 juillet, entre liuit et dix heures du matin, il vit entrer chez lui les enfants de madame la vicomtesse de rsloailles, conduits par M. Grelet , leur précepteur, pâle et défiguré. Après avoir laissé les ciifauls dans une pièce voisine, M. Grelet se jeta dans un fauteuil, et s'écria : a C'en est fait, mon ami, ces dames sont au tribunal révo- V lutionnaire! Je viens vous sommer de tenir la parole que » von> leur avez donnée. " Toul préparé qu'il dût être à cette nouvelle, le P. Garricbon en fut bouleversé. Néanmoins , de premier mouvement et sans trop savoir ce qu'il

' Dn moment de leur mort, ti elles étaient ooadamnéet. Cet penonne» étaient la maréchale de KooUles, la ducheste d'Ayen et la Ticomtewe de Noaillei. •

k9ï PARIS EN 1794.

foîsaît, il prit en tremblant son babît bien et sa casaque rouge ; puis il pressa contre son cœur les enfants de la vicomtesse, (|ui jouaient dans sa chamhro, fit la nu'illeure contenance possible, serra la main au précepteur, et les corifjédia tous. Mais laissons j)arler le P. Carriclion , en con>ei \ anl à son n'< it toute sa naivett' : « lle>tt' >eul, dit-il, je me sens épouvanté. Mon Dieu, avez pitié d'elles, d'eux et de moi! Je pars et vais faire quelques courses projetées, avec un poids accablant dans Tàme : je m'interromps pour aller an Palais entre une lienre et deux heures. Je veux entrer.: impossible. Je prends des informations de quelqu'un qui sort du tribunal , comme doutant encore de la réalité de la noavelle : l'illusion de Tespérance est la dernière détruite; par ce qu'il me dit, je ne puis plus douter. Je reprends mes courses ; elles me conduisent jusqu'au faubourg $aint>Antoine, et avec quelles pensées! Je reviens au Palais à pas lents, pensif, irrésolu; j'arrive avant cinq heures. Rien n'annonce le départ. Je monte tristement les degrés de la Sainte- Chapelle , je me promène dans la {grande salle, je m'attoieds, je me relève, je ne parle à qui (|ue ce «oit. Detemps en tenq)s je jette un triste coup d'œil sur la cour pourvoir si le départ s'annonce.... Knfin, aux mouvements, je juge (jue la prison va s'ouvrir. Je descends et vais me placer près de la grille de sortie, puisqu'il n'est j)lus j)OSsible depins (piin/e jours de pénétrer dans la cour. La première cljarrelte se remplit et s'avance vers moi. Il y avait huit dames trés-édifiantes, sept pour moi inconnues; la dernière, dont j'étais fort proche, était la maréchale de Noailles. De n'y point voir sa belle-fille et sa petite-hlle, ce fut un faible et dernier rayon d'espérance; car, hélas! elles montent aussitôt sur la seconde charrette. La vicomtesse de Noailles était en blanc et paraissait âgée de vingt-quatre ins au plus. La duchesse d'Ayen semblait en avoir quarante; elle était en déshabillé rayé bleu et blanc. Je les voyais encore de loin. Six hommes se placent auprès d'elle, les deux premiers à un peu plus de distance que Tordinaire, avec un fonds d'égards respectueux

LA ltL£, LE CLUB, LA FAMINE. 433

qui ine charme, et comme pour leur laisser place. A peine sont-elles placées que la HUe témoigne à sa mère ce tendre et TÎf intérêt si connu. J*entends dire auprès de moi : • Voyez donc cette jeune femme, comme elle parle & Tautre; elle ne parait pas triste! » Je vois qu*elle me cherche des yeux. Il me semble entendre tout ce qu'elles se disent : « Maman , il n*y est pas. — Regardez encore. — Rien ne m'échappe; je vous Passure, maman, il n'y est pas. » Elles oublient que je leur ai fait annoncer Fimpossibilité de me trouver dans la cour. La première charrette reste près de mot au moins un quart d'heure. Elle avance. La seconde va passer. Je m'apprête. Elle passe. Ces dames ne me voient pas. Je rentre dans le palais, je Jais un grand détour, et viens me placer à l'entrée du pont au Change, dans un endroit apparent. Madame de Noailles jette les yeux de tous c6tés. Elle passe et ne me voit pas. Je sois tenté d'y renoncer. « J'ai feit ce que j*ai pu, me disais-jc; partout ailleurs la (bnle sera plus grande, il n'y a pas moyen, je suis fati{;ué. J^illais me retirer. Le ciel se couvre, le tonnerre se fait entendre au loin. « Tentons encore. » Par des chemins détournés y,\irive dan> la rue Saint-Antoine, après la rue de Foiucv, presque vis-à-vis lu trop fumeuse Force , uvunt les charrettes. »

>» L'ora^je que l'abhé redoutait venait alors d'éelaler. Il pleuvait à flots. Les coups de tonnerre se succédaient rapidement, et le veut soufHait avec une violence extrême. Les curieux, maïKjuaiit d'abri, se sauvaient de tous coli's, et ceux qui étaient daii^ les maisons en b'rinaient les portes et les feuétre->. I.e fiuiehre corléf^e , abandonné de tout le monde, s'avau(,-ait sans ordre dans la rue, devenue en un moment presque déserte.

» Le F. Carrichon, à cette vue, sentit reiiaitre son courage, et, quittant le seuil d'une boutique où il s'était réFu{jié, il se montra tout à coup parmi les soldats de l'escorte. (|ui, dans la confusion où ils étaient, firent à peine attention à lui. La vicomtesse de Noailles l'aperçut aussitôt, et, levant

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les yeux au ciel avec une vive expression de joie, elle semblait lui dire en souriant : « Vous voilà donc enBn! » Kt comme elle avait, ainsi que tous ses compag^nons d'infortune, les mains garrottées derrière le dos, elle se pencha vers sa mère et lui parla à roreille. Un sourire céleste éclaira le visage de la ducliesse d'Ayen. Le prêtre marchait près de la charrette sans leur adresser la parole, mais ils s'entendaient par leurs regards.

» Quelqu'un qui serait venu dans ce moment pourdélivrer ces dames de la mort leur eût peut-être causé moins de joie que ne leur en donnait la vue de ce vieux prêtre qui ne venait que pour les aider à mourir. Elles ne tenaient plus à ce monde que par le désir d'en sortir comme elles y avaient vécu, humblement et chrétiennement.

« A ce moment toutes mes irrésolutions cessent, continue l'excellent abbé. Je me sens, par la grâce de Dieu, un courage extraordinaire. Trempé de sueur et de pluie , je n'y pense plus; je continue à marcher près d'elles. L'orage est au plus haut point, le vent plus impétueux ; les dames de la première charrette en sont fort tourmentées , surtout la maréchale de Noailles. Son grand bonnet renversé laisse voir quelques cheveux gris ; elle chancelle sur sa misérable planche sans dossier, les mains liées derrière le dos. Le ciel est plus noir, la pluie plus forte.

» Nous arrivons au carrefour qui précède le faubourg Saint-Antoine; je devance, j'examine, et je médis: «C'est ici le meilleur endroit. »

»» Il se détache alors du cortège, s'arrête et se retourne vers elles.

« Je fais à madame de Noailles un signe qu'elle comprend parfaitement. — « Maman, M. Carrichon va nous donner l'absolution. » Aussitôt elles baissent la tête avec un air de contrition , d'attendrissement et d'espérance qui me transporte; je lève et j'étends la main, reste la tête couverte, et prononce la formule entière de l'absolution et les paroles qui la suivent, très-distinctement et avec une attention sur-

Diçi

naturelle. Elles s'y unisseut avec une expression admirable— »

» Cette scène ^'accomplit à la lueur des éclairs et au bruit <le la toudre, couime si l'ora^je n'eût été envoyé que pour en faciliter le mv^tère, car, aussitôt aprt's , l'ora^je s'apaise, la pluie cesse, le ciel s'éclaircit; le peuple dispersé revient alors en foule autour des charrettes.

tt Ënûn nous arrivons au lieu fatal, à ia barrière du Trône. €e qui se passe en moi ne peut se peindre. L*échafaud se présente; les charrettes s'arrêtent; les cavaliers et les fantassins l'entourent; ensuite un cercle plus nombreux de spectateurs. Je frissonne. J'aperçois le bourreau et ses deux valets, dont l*un est remarquable par sa haute stature, Fair de sbng^froid avec lequel il agit et la rose qu'il porte à la bouche. Mais, ajoute aussitôt le P. Garrichon , je vois que la vicomtesse de Noailles me cherche des yeux et m'aperçoit.... Que ne me diront point ses regards, tantôt élevés vers le ciel, tantôt s'abaissent sur la terre! Ces regards si doux, si expressif, si célestes, ils sont souvent dirigés sur moi! J'enfonce mon chapeau, sans la perdre de vue; je l'entendais dire : « Notre sacrifice est fait. Que nous laissons de personnes chères! Mais Dieu, dans sa miséricorde, nous appelle. Nous ne les oublierons j)as. Recevez nos tendres adieux pour elles et nos renierrtmenls pour vous. Puissionsnous nous revoir dans le ciel! Adieu. » Je ne me sentais plus; j'étais à la fois décliiré, attendri et consolé.

M Madame la maréchale de Noailles ayant mis pied à terre, s'assit, à cause de son grand âge, sur un banc de bois, tout près de l'instrumoit du supplice. Elle avait les yeux baissés et l'air fort calme, mal^jré les injures que quelques forcenés ne craignaient pas de lui adresser en un pareil moment. Elle monta la troisième sur l'autel du sacrifice. « Je n'avais point oublié de faire pour elle, dit l'abbé Garrichon, ce que j'avais fait pour son beau-frère et sa belle^sœur Mouchy. Six dames forent ensuite immolées; puis vint le tour de la duchesse d'Ayen. Elle était dans l'attitude d'une dévotion simple,

im PARIS EN 179V

noble, ri'sijjnée, tout occupi-c du sacriHoc ijirt'lle offrait à Dieu; eu un mut, trllc quVIIc riait quand elle avait le bon-> heur d'approclier de la table sainte. Ouelle impression j'en rerus! Klle est inetTarable. Je me la représente souvent dans cette attitude, lille avait eneoura{|é par ses discours ceux qui l'avaient précédée; elle servit de modèle aux autres. Quand elle fut sur l'écbafaud, le bourreau lui arracha son bonnet, qu'une épingle retenait encore h ses cheveux; la douleur qu'elle en éprouva .se peignit aussitôt sur ses traits , mais s'effaça à l'instant pour faire place à la plus angélitpie douceur. La fille eut le bonheur d'être sacrifiée aussitôt après elle. " Comme sa mère, elle exhortait, avant de mourir, les compagnons de son supplice, et s'était attachée particulièrement à un jeune houmie <pi'elle avait ouï blasphémer. Klle avait déjà le pied sur le sanglant escalier, lors(prelle se tourna encore une fois vers lui, et lui dit. d'un ton et avec des regards suppliants : En gràcf, dîtes pardon!

» Le P. Carrichon, qui se trouvait debout en face de l'escalier, recueillit ces dernières parole». Il s'éloigna quand tout fut fini, mais sans emporter avec lui cette impression d'horreur qu'il avait tant redoutée. Il s'en alla en louant Dieu, comme faisaient les premiers chrétiens lorsqu'ils s'en revenaient des portes de la ville tout couverts du sang des marlvrs. "

7 TiiF:n>iiDOH (25 jlii.lkt).

Ce jour-là, vingt-six prisonniers moiilèr(MU sur les gradins Parmi eux, on reniarcjuait les poiftes André de Chénior, Roucher, l'auteur des Mois, le marquis de Montalenibert , Louis- Valentin Coezmau, le oonseilh'r, adversaire de Beauuian linis; et, reconnaissable à sa haute taille, à l'énergie de ses traits vieillis moins par l'àgc <jue par de longues soufFrances, le célèbre baron de Trenck. Tous, à l'exci'ption tl'uu prêtre nommé AupUant, furent condamnés à mort.

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Singulière destinée que celle de ce Trendi! Amant de la princesse Amélie, fevori de Frédéric II, prisonnier d*État, victime de l'amitié et de la perfidie des rois, il avait rempli TEurope du bruit de ses malheurs. Le plus grand, dans cette existence si agitée, fat â*éWs venu chercher un asile en France. Il Ait d*ahord Tobjet de la curiosité générale; puis les émotions de la Révolution lu firent oublier. Les terroristes seuls se souvinrent de lui. Ils l'emprisonnèrent roinnie suspèct en septembre 1793, et le 7 thermidor suivant ils lui coupèrent la tête. Pourquoi? Ils auraient été embarrassés de le dire.

Kous avons trouvé une lettre de ce mallieureux adressée aux administrateurs de police, qui fait partie de la oollectioa Labédoyère. Nous la reproduisons :

« Citoyens administrateurs

» Un scélérat ne peut essuyer plus de mépris ni de cruauté que Trenck dans vos prisons.

>i Voilà soixante-trois jour.» que je pas->e sans interro{;aluire, snii> aiicinic forme lc{;alc, dans la dernière misère possible, sans niurniurei-, sans me plaindre, avant tout souflcrt, tout éprouvé par la ciise révolutionnaire (pii entraîne mo!i innocence el ma vertu à toute épreuve dans le nombre des honnnes suspects.

» Trenck ne peut jamais Tétre. 11 u'est pas même po&siblc qu'un lionnéte homme dans Tunivers puisse soupçonner ce Trenck qui a tout sacrifié pour braver les tyrans sur le sol de la liberté. 11 est donc évident que les émissaires des rois m*ont joué ce tour pour me perdre à Paris. Je n'ai nul ami, nulle ressource ici.

» Citoyens administrateurs 1 vous évitez de me parler, et je cherche votre humanité, votre protection pour la cause d*an juste qu'on maltraite. Voici un mémoire au comité de sûreté générale ou bien à la Convention natiobale. Je le remets entre vos mains, et vous supplie et vous conjure de le donner aux représentants du peuple français pour me pro-

1 Iniiditc.

«38 PARIS £JS 1794.

curer justice. Représentez en même temps à tos chefs dans votre rapport officiel que personne de tons les prisonnier» ne souflre ce que je souffre.

» Je suis, sans argent, dans la dernière misère depuis soixante^rois jours. Je suis vieillard septuagénaire. J'ai perdu vinyt mille livres de revenu pour être venu en France. huis pendu en er{l{;ie dans nia patrie, perdu à janiaiN |)uurn)a famille, et arrêté ù l'an» comme un î>célérat, sans cire inler— ro(;é ni in(;é.

»> C'est le picmier devoir du vrai républicain de secourir les hommes vertueux, les vrais patriotes, les plus souffrants. Je suis le premier de vos prisonniers en droit de demander justice. Personne ne parle, n'agit pour moi, e( les émissaires des rois dans Paris ont champ libre pour me sacrifier à leurs intrigues.

» Je commence déjà à succomber aux soufifrances d'ua cachot abominable, jamais mérité en France. Volei au secours de Trenck. Des millions d'hommes, qui connaissent mon innocetice, veillent et lorgnent sur l'issue de mon sort en France.

» Soyez justes, soyez humains, et intéressez-vous pour un homme qui n'était jamais ni lâche, ni suspect , ni ingrat. J'ai servi jusqu'ici de modèle dans tous les pavs de TEurope pour la franchise et le caractère moral. Ilien ne noircira ma renommée acquise. Vous nie massacrerez, vous me ferez périr de misère dans vos cachots barbares, mais rien iic détruira mon esj)rit républicain déterminé, ni le crédit qu'aucune nation ne m'a refusé jus(|u'ici. Je sais vivre pour la France et mourir en héros contre la tyrannie.

9 Tbbnce.

» Consolez-moi, Messieurs, par une entrevue que je désire depuis longtemps pour vous convaincre de Tatrocité de mes sottffirances, et volez au secours de votre meilleur con« citoyen, qui vous fera honneur et satisfection. Je ne cherche d'autre chemin pour la justice que le légal en m'adressant à

vous. J'ai tout à espérer, lorsque la nation sera convaincue de ma probité et de ce que j'ai sacrifié pour elle, que personne au monde ne serait en état de lui rendre plus de services que Trenck, dont la renommée est étal)lie, et qui gémit en se voyant soupçonné et maltraité. D'ailleurs, craignez que je ne succombe de misère dans ma barbare prison. Après soixante-trois jours de patience, il est bien permis de solliciter son procès. •

En suscriptioti : « Aux citoyens administrateurs de la police. »

LA GilUTE DE ROBESPIERRE.

Les événements du 9 thermidor ont été racontés bien des fois, et notre intention n'est pas dt? refaire ce récit. >(ius nous contenterons de suivre rapidement les événements, en nous aidant des relations des lonlemporains , particulièrement <le Lacrefelle , et de Bcauiieu. Selon nous, on ne fait pas assez de cas des premiers historiens de la Révolution. Si, pour les vues d'ensemble, ils sont infi^rieurs i ceux qui sont venus après eux, si dans l leurs récits on peut reprendre quelques inexactitudes de détails ; et de dates, il n*y a pourtant que là qu'on peut trouver la • physionomie vraie de Tépoquc, la vive émotion de leur temps. ', Ou bien ils ont été témoins des événements qn*ils racontent, on ils les tiennent de la bouche de gens qui y ont été mêlés. Ils font donc connaître le rapport entre la situation et le fiiit luimême. Ils peuvent être induits en erreur par leurs souvenirs, mais ils sont beaucoup moins exposés que ceux qui viendront raconter des tempe qu'ils n'ont pas connus, à se laisser égarer par leur imagination, à se laisser aller à altérer la vérité de rhistoirc pour en feire l'arme d'un parti ou l'instrument d'un système politique.

Robespierre rassemblait autour de lui ses partisans, ses s.itellites. Il les voyait en foule aux Jacobins; il en avait peuplé le tribunal révolutionnaire, la commune de Paris. Le dévouement

des comités révolationnaiics A sa personne était proportionné è leur atrocité ; Ilanriot mettait à sa disposition toute la populace armée, qui formait la seule milice de Paris. On assure qu*il a%*ait inspiré le plus sincère fanatisme à un corps nombrcui de jeunes {<;ctis qu'on appelait TÉcole de !Mars

Pendant qu*il préparait ses coups, on en méditait aussi contre lui et contre la tyrannie elle-même. Les députés menacés, quoique surveillés dans tons leurs pas par les espions de Robespierre i>t par ceux de Billaud , pan'enaient è leur dérober de courts entretiens où l'heure de la vengeance était arrêtée. Robespierre dénonça avant sa chute des rasscinbleincnis tenus chez Fouché, député à la Convention; mais il ne savait pas qu'on y délibérait

< liaque jour de le frapper au sein de la Convention ni^Mne

Tallien stirtont attendait, avec une sombre impatience, le moment dWlalcr. Kous axons vu que Robespierre avait fait arr^>ter iiiadauie de Fontenay : il Tavait fait mettre dans un cachot. Elle écrivit à Tallien ; elle attendait la mort, mats elle excitait à la vengeance celui qu'elle avait rappelé à Thumanité.

8 TUEBMIOOH (26 JCILLLT).

Le 8 tliorniidoi , Rolwspicrre vint indiqner à tons ses ennemis, rassonihlt's dans la (Convention, 1rs movins de le fiapj or. Il lut un discours dans le<|ucl il annonçait d'importantes révélations.

1 LACsaTSLLB, Fréeii hulorifue de la MévobuioH française, publié en 1808. Il prétend qoe Robespierre se livra & de» vices nouveaux ^ étmngeis à son tempérament , mais tfui lui étaient donnés par le trouble iitlulcr^iblc de son âme , et qui achevèrent d'éyarer ses résolutions. Nous rrovniis plu* exacte rappicci.itton que Vilate a faite du caractère de Itubcspiem*: <> ilo» beapierre avait dans tes nsor» une «lutériié sombre et conitanie, rapportant les év^emenu h sa personne, donnant i son nom de Mavimtlien une importance nivsipricnsc ; triste , ««nipçonnoux , n nintif, no »nrlant iju'accumpa['nc de deux ou truit sentinelles vigilanlL-»; l'entrée de son logement lugubre, n*aimant point à être regardé, fixant ses ennemis avec foreur, se promenant diaqoe jour deux beored avec une marcbc précipitée; vêtu, coiffé éli'ijammcnt sol»r«' . Inliorieus , ira*cilile, vin«li< alif, impé-

rieux. Barèrc l'appelait li- géant de la Itévolulion : ■ Mon génie éloUué, dttait-il, trendjle devant le sien. • Vilate, p. 16.

LA HUE, LE CLUH, LA FAMFNK. Wl

On siit par lui qu'il n'était point le maitic des coin i lés de saiut. public et de sûreté générale, qu'il haïssait tnêuic les lionimesqui lui ressemblaient le plus, un Billaud , un Collot, un Aniar, nn Vadior, etc. Cette même asseml)lée, qu'il assorvlssait depuis quinze mois, il la prenait pour arbitre dans ses dénu'lés avec ses rivaux. Il l'apprlait à >au xcoiir», et ( >i même teuijis il aiiiioneail tant de nom elles pi o-ci ipiion.s , qu'il était bien peu de dtpntés (jui pussent >e eioin* as-e/ i{;iioiés on assez iiiépris<''> du tyran jionr n'être pas voués à la mort, (".iiose absurtie de la part d'un bomme dévoré et |)Oursuivi par tant de haines, il en(;a- {jeait le cond>at sans vouloir le terminer dans un jour; il ne pro{x>sait aucune mesure. — Le débat s'ouvrit sur l'impression du disGOuis de Rolies]nerr6t fiiible honneur qa'on n*avait jamais osé lui refuser. On vit s'offrir comme auxiliaires des comités de salut public et de sûreté générale menacés des hommes qui n'en étaient pas moins les ennemis que de Robespierre lui-même. Il y avait cependant une partie de l'Assemblée qui refusait encore de combattre pour le choix de* tyrans. Elle était formée des débris de la Gironde. Ces députés furent étonnés de se voir consnU tés après tant d'outrages et de servitude. Leur indécision avait déjà procuré un triomphe momentané à Robespierre. L'impression de son discours était ordonnée. On réclama avec fureur contre le décret. Robespierre est accusé de tyrannie par Billaud, par Gambon, par Amar et Vadier. Ce dernier lui reproche d'avoir voulu soustraira des contre^révolntlounaires. Ainsi il y avait des êtres qui pouvaient être offensés de l'humanité de Robespierre. Une attaque ainsi diri{;éc confondait les esprits des députés que le 31 mai avait faits esclaves; et dans leur indi{jnation contre les adversaires du tyran, ils allaient encore favoriser le tyran Ini-ntéme, si ceux qui avaient juré <le vcn(jer Danton n'i'ussent pa>li''. l'réron fit entendre le prenni'i' sijjnal de liberté qui eûl retenti dans cette enceinte. Il demanda (jne la ('.<)n\enlion ictirât aux comités de salut public et de Mireté (;énérale le droit de faire arrêter m-, membres, llillaud lit-mit, et jujjea bien que sa |)erte était nVsnlue |)ar een\ ((u'il a\ait <l('( li.iiué> contre son ri\al. Il (it rejeter ci'tle proposition, tpi'ii traita de séditieuse; mais elle avait frappé les Girondins d'un espoir inattendu. Les éléments d'une nouvelle majorité se forment à l'instant. On est déjà résolu à faire triompher Itillaud et les comités

j>lus (ju'ils ne le v t'iilrnt. Le «Ircrct ordonne l'inipre>sion du (list uurs lie llohespiL'i re t st rajipoilé. On pouvait aller plus loin, ear il n'en coûte pas plus de frapp«'r un tvran que de l'outrai;er; mais les « ouiitt-s ét.iient aussi inquiets que Robespierre luiiiiénie, et la séance tut le\ée.

Soirée du 8. — Robespierre va porter son abattemeal aux Jacobins. Au milieu de leurs acclamations , de leurs adoration* « il montre encore un front triste, un cœur glacé de crainte. Je suis prétf dit-il , à boire la coupe de Socrate. — Robespierre, (a boirai avec toi, s*écrie le peintre David. Mille voix ensemble : Les ennemis de Robesfûerre ce sont ceux de la pairie f qu^U les nomme, lis auront cessé de viviv. La> table des proscriptions est ouverte. Elle se remplit sons les auspices de Dumas, le président du tribunal révolutionnaire. En somme, cette soirée aux Jacobins où Robespierre lut le discours qn*il avait prononcé le matin à la Convention fat un triomphe complet, et les conjurés restèrent convaincus qu'ils n'avaient plus d'autre parti à prendre que d'attaquer Robespierre et ses amis dans le sein de la Convention même.

La nuit du 8. — Les Jacobins avaient coninu-ncé la nuit à a;;ilei' des n''Solutions sans s'arr«"'ter à aucune. Les comités ont Neillé aussi : ils n'ont point aj;i , ils n'ont rien résolu, ils ne savent lequel de ces deux manv ils préfèrent, ne plus proscrire ou être proscrit par Robespierre

il n'en était |)as ainsi «les députés la tyrannie avait indi- {jiu''s. Coiijntés, ils tie néjjlijfeaient aucun di' ceux qui ponvaient sei\ir la coriinration. Les amis de Danton allaient dans la nuit frappera la p(»rtedesamis deRrissot. Demain, disaient-ils, le tyran entrera dans la Convention, <pie l.i (lonvi ntion soit son abime. Pleiircz-vous </c.v amis.' Aous aussi, liobespierre les a frappés. — Avez-votis des amis à sauver? IS'ous aussi. — Avec un jour de vie de pins, Robe^ierre les ejorye. Frappez avec nous ce tyrcui^ et nous vous répondrons des autres. — Mais s'ils abordaient les membres des comités, ils semblaient reprendre devant eux leur première subordination. Que tardez-vous de vous venycr? leur disaient- ils. Est^e avec Robe^ierre çti'on peut user de délais,

* Lacretelle.

</«f*oii peut faite tm ttahé ? Nous tommes à vous, commandet' nous. Vous restet enfermés dam ffos eom^, Bobeqnerre peut vottf y assiéger tout à theure. Le jour va luire, songez qt^U ne nous reste pbts que ce jour !

9 THEBMIOOR (27 JUILLET).

llobospirrre se rend à la Convention, n II lU' pouvait trouver son audace qu'au sein d'une assemblée si souvent niiu'Ile cli vant lui. Mais h peine v est-il entré, il pâlit. L'n profotul luuruiure Tenvironne, et l«' suit partout où il veut se placer. On le cerne, ou ne l'approche pas. Saiut-Just monte à la tribune; depuis j)i'u de jours il était arrivé de l'armée. Il avait déjà bravé le comité de salut public, et dans cette dernière nuit il s'en était séparé avec ces mots d*adicu : Vous avez flatté mon cœur, je vais f ouvrir à ta (^nvenlioH» Les premières phrases de son diseour^ an^ noiiçaient qu*il allait répéter et développer ce que Robespierre avait dit la veille *. Tallien Tinterrompt avec fnreur.n (Lacretelle). — Billand dénonce le tyran. Tallien le remplace à la tribune, et s*adres8ant à Robespierre : a Tyran , prétendras-tu nous ca~ cher les attentats que tu médites contre la représentation nationale? Hier, n*ai-je pas vu moUméme tons les apprêts de tes proscriptions? J*^is aux Jacobins} je t'écoutais, quand tu nous désignais tons au fer des assassins. Ils t'ont promb de servir ta fîireur; ils la servent. Dans ce moment* l'inftme Ilanriot les rassemble. Us marchent, nous les préviendrons. Toutes les horreurs de cette nuit criminelle sont connues du comité de salut public;

il va les raconter. Nous allons punir tous tes crimes » Une

acclamation universelle de l'Assemblée suivit cette apostrophe

' Le tiiscour:3 a été imprimé avec ce titre : Dixcours commence par SainSJtut «it la séance du 9 thermidor, dont le dépôt sur le bureau a été décrété par la CmuferttioHnaiimtale, et dont eUe a ordonné t impression par décret (lu 30 du même mms» Il concluait en ceii tcrmeii : • Il n donc existé nii |il.in «rustir|»cr le pouvoir en irntnol.Tnt nnr partie dc-i nieinliK»-: iln «•(»mue et eu diaper^iant U'n autres dans ia llépubli«|ue , en détrui.saut le tribanal râvoliitioniiaîre, en prÏTant Paris de sm magbinits. Bilbud-Varenne:* et C!oUotd*Herbds sont les auteur* de eette trnme. • Saint^ast fut interrompu au quatriène alinéa» et ne pat continuer sa lecture.

vrliémrnte. Itillaïul, que Talliou avait |>i()\oi|né avor beaii<-oiij> tl'atlresse, se le\a; el san> |(arl< i <!»■ tons \cs forlaits »lr KoI>i npieiTO , dont ii rLiit le coinplicc , il lui t ii r('>ta eneorc a-^^t-y .t diro jiniif au{;nicntor Tcffioi dr T A ssiMubl »'■<•. Snitont, il a<-ornt pour cil. iiMiM le si'uliiiu-iil des d.uij;i'r- pci^oiiiicls , t'M aMnon<'aiit l'airixéc |)iO( li.iiiii' tribun iut , ([ni ^c ilivjjosail à \(*iiii' Ir.ippiT au st'in d«' la Convention tou^ (eii\ <|iif les Jacobins .naitMit prosciits dans l.i nuit. Ilobcspicru' depiii> loii|jteinps voulait p.iiler. mais toujours les <"ris Ii(i<< le hrnn ! à Ixis le fyrttii! c-oii- \ raient sa voix. — 'i'allien repi il encore la p. noie ; u lOnt atinonee, dit-il , que la G)nveiitioii va d*uii siMiliment unanime proitoiicer sa délivrance; mal» si elle trahissait mon attente et celle de tous les Français, le tyran jouirait peu de son triomphe. Je ine suis armé d'un poignard pour lui percer le sein si la Convention n*a pas le coura(;e de le décréter à l'instant d*aociination, n II tire ce poignard, et ce trans|iort de fiireur devient celui de toute TAssemblée. Il demande, elle décrète cpie la séance est permanente, qu*Hanriot sera arrêté avec tout son état-major. Occuponpnous de Bobeâpierre! ce fut bientôt le cri général. Tout était perdu si ses ennemis sortaient un moment dn rôle de conjurés. Ils se fussent divisés tous en spécifiant ses crimes* On remarquait quelques députés qui se laissaient entraîner à regret à punir le plus grand des coupables, et d'autres qui pensaient que le plus grand des coupables devait encore être entendu. Ce fut A ibroe de tumulte qu'on empêcha les uns et les autres de se reconnaître, et surtout qu'on prévint cette question à jamais fatale, si elle eût été faite : Que deviendrons-nous après la mort de Hobespienc? Vu député nommé Lebas s'épui.sait en efforts pour le défendre. On réloi([nait \ iolemment de la tribune chaque fois qu'il voulait y monter. Robespierre poussait des cris de ra{|c, ne s'échappait d'nn groupe de ses ennemis que pour tomber dans un autre plus acharné, fai.sait de vains appels à ces tribunes qui pendant cinq ans n'adorèrent que lui, que le matin même il avait encore composées île brigands de son choix. L'étonnemcnt, la terreur, les avaient placés. Quelquefois il t>cou-

fail s'il entend.iit du dehors les cris du |ieuple Kul secours

lie là, le peuple \ on ait son péril avec indifférence F-a tribu n<\ {janb'e par les conjun's, ('•fait devenue pour lui inaccessible. I 11 courait vers le fauteuil du président. Celui-ci, c'était Tiiuriol,

LA RUE, LE CLUB, LA PAMi:«E. W

u(;itatt sans relâche, depuis une clemi-hciirc, une sonnette qui coujiait la voix de Robespierre'. On entendit ces mot» : Pour la tiemière fm» je te demande la parole, président ttassassins! A cette invective, la terrible sonnette répondit seule. Sa voix commençait à s*éteindre : un député lui cria : Malheureux ! ne voiS' tu pas que le sang de Danton f étouffe I — Il quitte enfin ce poste. Il s'adresse aux dépnlés écbappés an massacre de la Gironde : il va leur rappeler qu*il n*est en proie aux fureurs de ses ennemis que pour les avoir sauvés, que pour avoir, lui seul , arraché à la mort soixante^ionze de leurs amis. Cesl à vous,

hommes purs, que je m'adresse, et non aux br^ands On

rinterrompt. Que serait-il arrivé s*il eût parlé? « Un mot , observe Beaulieu , décide du sort des nations dans une pareille circonstance, et ce mot, il ne peut pas le dire. » Enfin, un cri unanime se Biit entendre : Aux voix te décret il' accusation î Le président met le (t('< ret ans voix : tous se lèvent. Robespierre jeune, Lebas, qui dans un élan {jônéreux, qu'on ne peut se défendre d'admirer, avaient demandé à partager le sort de leur frère et de leur ami, Goutlion et Saint-Just, sont é|^ement décrétera (raecnsation. I.a garde des prisonniers est remise aux comités de salut public et de sûreté générale''.

La nuit du 9 au 10 thermidor, — Tout semblait terminé, et cependant tout allait être remis en question. Les comités avaient pris les plus i^iiblos iii(>sii!-(>s pour assurer la translation dans les prisons des députés décrétés d'accusation. Les gendarmes qui conduisaient Robespierre arrivent à la prison du Luxemboui^; le ronciei^ refiisc dVn ouvrir les portes, alléguant qu'il a reçn de la commune Tordre de ne recevoir de détenus que ceux qu'elle enverrait. Un atlroiipenient se forme, délivre Rohospierrc : drs ( oimnissaires du conseil géjiéral vont elien lier Uohespit'i re jeuiii' , Coiillioii , Lebas et Saiiit-Jiisl dans les dépôts où ils avaiint été incarcérés. On dit (|ne Uoln spiei re rési>ta d'abord à cenx qui voulaient le conduire à la coniiiinne, décl.irant qu'il suivrait Texeuiple de .Marat, et paraîtrait, comme lui, de-

' CuUol avait prciiiUé jusqu'à ce motneut; il qiuue le fauteuil et le cède & Tkuriot.

' La(»ktsii.i{ , Précis histori^ ée la RéwdtOion franfaise, paMim.

vant le tribunal révolutioniuiire. 11 entrevoyait là une chance de salut, tandis que la désobéitsanoe au décret de la Gonvention ne lui en laisserait aucune, en autorisant sa mise bon la loi. Le

conseil de la commune, dirigé par des hommes d*action éprouvés dans toutes les insurrections, Fleuriot, Payan » CofBnhal , reçoit les députés avec acclamation, jure de mourir, s^il le &ul, pour les défendre, et se déclare en insurrection. Une nouvelle

faclieiise vient froiiblcr un instant sa confiance dnns K» sni-«-i»s. Uauriot, qui le jour même avait conduit à Téchafaud la dernière charrette, avait ••tf'' arrêté dans la rue Saint-Honoré , errant, (jesticulant, brandissant son sabre. Partons, s'écrie Goftiiihal , que cent bra\es nie suivent! Il s'en oittr trois cents. Quel(|uc temps après, la conininne apprend leur retour par dv< eris (le \irtoire. Ils ont forcé 1rs comités, ils vu ont dis|H'rsé l«"s nieniltrt s, il>onl (it'livn'' Ilanriot, (|ni revient esjort»- des o.moiiniers, |)()sl(''s iiNee leurs pièces anprès dt- la (-onvention. Les raulM>nr;;s, dit-on, s i-branlenl ; li-s Jacobins se sont (b'cl.ires cii peniiaiienci-. place de l'iiotel de ville e^t devenue une \éritabl»' phu'c il arnies.

La (^n\enti(»n restait asscniMcf. Collot-<rilerliois sort liu conulé, effaré, et vieiil prendre p<»>session du fauteuil. Il se couvre eu sijjne de détresse , et prononce d'une voix sépnicrale quelques paroles écoutées au milieu d'un silence de mort : Lex comàés de youuernement sont forcés, les rebelles t emportent, il ne nous reste plus qu'à mouHr sur nos chaises curules i jurons tous dy momir sans lâeheté. Le serment est prêté aux cris di* Vive la République! — fainie mieux, dit un député, Bobesl)ii'rre révolté y que Robespierre soumis : il eût faUu attendre son jugemetUf U esi porté. Mettons Robeqtierre hors la loi, L'Assemblée lui applique, avec transport, cette cruelle formule, dont il avait tant abusé, à lui, à ses coaccusés, à Ilanriot, à la commune tout entière. Barras est nommé commandant de la force armée. Des commissaires chargés d*armer les sections, Li^ndre, Fréron, Bourdon de POise, Rovère, Féraud, partent avec lui |K>ur publier la mise hors la loi, et réunir les bataillon» seotionnaires.

Que faisaient cependant Robespierre et la commune? L'objet d'un tel mouvement ne savait pas en être le chef! U n'y avait plus à attendre de lui un conseil, une mesure, un signal. II m*

diffimnlait plus ses inquiétiides lorsqu'on parUît de marcher sur la Gonveation. 11 r^rdait et ne voyait pas cette longue suite de piques qui lai avait tonjonrs para l'appareil nécessaire d'une insurrection. 11 régnait beaucoup d'anarchie parmi les chefs. Hanriot s'était mis dans un td état d'ivresse *, que son audaat même devenait inutile et dangereuse. Fagon, le procnrenr de la commune, venait d'employer bien roalhenreusement nn stratagème révolutionnaire. U avait lu, avec le ton du mépris, le décret qui mettait la commune hors la loi; il supposa , pour enflammer le peuple , un article ([ui mettait également hors la loi * les citoyens des tribunes. £lles se vidèrent en un instant. » (Lacrctelle).

Lorsque le (k'cret de mise hors la loi parvînt à Tliôtel de villi% il y produisit nu effet immédiat. 11 paraît qu'on avait répandu le hruit que Robespierre «'lait un cruispiraleur royaliste, et <pu' l'on avait trouvé chez lui un cachet à Meurs de lis Cette slu-

' Cnminciit un homme <|ni .TV.iit tant fois rfrommanch- la tempi'raitce et la frugalité aux affamés de l'art» , avait-il pu s'écarter à ce point de ses principes en pareille circonstance? Nous ne pouvons plaider qu'une circonstance atténuante en faveur d'IIanriot : la chaleur excessive, une température an<irmale, analogue à relie que non-, avons eue en cet été de l'an 18(t8. — l.e citoyen Coste a publié un mémoire •or la chalenr extraordinaire du mois de thermidor dans le Journal de phjslffue , d'où nous extrayons les détaiU suivants : • L'air a rntn- { mencc à s'érhauffcr le 4 ce mois; l.i rh.deur a toujoiuS été ru \

au^entant; dès le 8, elle était excessive; au lever du soleil, qui est | le moment le plus fîroid de la journée, le thermomètre était à 10, 17 1

et 18 de|>rés Des hommes et des aninwaz excédés par la chaleur ont '

péri. Les lé^^nmes dans les jardins et les champs ont été griliéi^ ou dévitrés

par les rhenillcs, que rette rhaleur a fait érioro Lfs inrnldos et les

boiseries craquoient, les portes et les fenêtres se déjetoient; en un mot, nous avons prouvé tons les syuiptftmes de la chaleur que 1*00 ressent en Amérique ; et nos corps, qui n'y sont pas accoutumés, c«mtinuelienient dani» un Lain de sueur, souffraioni Iicnnroiip. Les vents dominants ont été le uord-esi et l'est. Le ciel a presque toujours été serein , et le baromètre s'est soutenu un peu atndessns de sa hantenr moyenne , sans éprouver de {jrandes variations, si ce n'est le 17, avant l'orage. L'orage a sni\ i !<• rourde la Sciiir. Il a\aii tollemrut rafraielii l'air, cpie le 20, à riiii| lii Mrf> du malin, le ibermomèuc est descendu à 2, 3 degrés; c'est-à-dire que nos corps ont eu k supporter une dififimnce de 18 dq;rés de ehaienr, etc. •

' Les auteurs de VHiHoire parkmetttatre de la JlèVolufioii française ^ auxquels nous empruntons ce passage, disent en note t Cambon dmat tm jour k Vadier, exilé comme loi à Bruxelles : • Comment aves-vous en la

kkS PAUlS EX 1794.

pide calomnie , comme celle il*avoir jeté du pain dans les latrine» ou dans la rivière , reparaissait toujours quand on voulait détacher le peuple d*nne de ses idoles, et rencontrait toujours la môme créance. Ilanriot accourut dans le conseil annoncer que tout était perdu. Alors CofBnbal lui reprocha avec une (Tiaiide véhémence d*avoir été la cause de ce qui arrivait, et le saisissant par le milieu du corps, il le jeta par la fenêtre. Hanriot setrain:! jusqu'à un <''{,'0(it, où il fui trouvé èdemi mort. Au moment où Léonard Hourdon , à la tête d*unc poig^née de gens armés, {lénétra dans la salle du couseil, Lebas se tua d'nn coup de pbtolct, Robespierre jeune se j«-fa par la fenêtre» Rohespiorn* .liné reçut ou se lira dans la bouche un coup de pisto- Icl '. (!oiitlioii et Sainl-Jiisl reslètvnt iiiiiiiobiies. Ceci se f>assait «'litre iitu' Im'iuc cl <lcii\ heures (Im malin. Ou annniicn à la Convention, qui «'tait restée eu |>eiiu.uieucc, que Robe-«|)ieri e venait d'être transporté an « oniil»' (h* sûreté {jéuérale : quehpies repiésentanlsse (h>nnèit'nt l i s.il i>F.icli<»n (Taller l'v accabler dv re|)roehes, qu'il é<'onta avec impassibilih''. Puis on \v tiansporta tians un «les ( achols de la Coiicii t ;;er le , en alteudaut Thcure de la coniparutioii au tribunal revululiounaire.

10 TUERMibon (28 jiillet).

Dumas et GofBnhal , tous deux présidents du tribunal révolutionnaire, et qui avaient pris hautement le parti de Robespierre aux Jacobins, furent comme lui mis hors la loi. On employa Fouqnier-Tinville , qui s*était tenu sur la réserve, à prononcer le jugement de mort contre ses amis. Ils furent conduits ou por-

«céléraccsse il'iinnfjïiicr cv « trlu i »"i intiti s Ips niilrej* pièce* |Kir Icsqjicllc* vou* vouliez f.iire pa^r ilubespicrre puiir un royaliste ? ■ Vadier r«poodi( que le daii(;ci- île perdre la tète donne de rimagination.

' 11 est proLnIilc «in'aii iiioiitcnt (iii Holiespierre cherchait à «e suicider, plusieurs coup-» <li- pi^iolri furent tirés sur lui, j).ir Merda, par Léoii.iid Bourdon , ce qui permit à l'un et à l'autre de « attriljuer cet exploit. Hcaulieu dît que le stiicide de Robespierre • est attesté par le concierge de l'hôte ée »UU, fui y est encore» // déetare en avoir efr témoin* • Besnlieu puldiait son livre en 1803.

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tés à raudiena- du tribmial révolutionnaire, qui, ayant constaté l'idonlité, les envoya à l'échaFaud le 10 thet midor, au nombre dconze'; ils étiiient liorrihlouient dé(i{jnrés. Ceux (jui ont assisté à ce spectacle m'ont assuré n'avoir jamais rien vu de plus odieux. Ils étaient dé(;onttants de sang et d'ordures; Hanriot était encore chargé de la fange dont il était imprégné dans le cloaque où il .s'était caché. Couthon, respirant encore, était étendu dans la charrette, et foulé aux pieds par les autres. Les malédictions d*un peuple immense les accompagnèrent jusqu'à l'échafaud. Le barbare Robespierre fot traité impitoyablement jusque par le bourreau. U lui anadia brusquaient le linfge dont on avait enveloppé sa blessure, et lui fit souffrir des douleurs dont il pouvait le dispenser. On applaudit à cette cruauté inutile. La plupart de ceux qui assistaient à son supplice auraient voulu le v<»r souflnr le supplice de Damions, auquel on a dit qu'il était allié. » Beaulieu , t. V, p. 501 . L'exécution avait eu lieu à quatre heures du soir.

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