LES SUITES DU 9 THERMIDOR
DMTINfcES DONT LA FRANCK bTAlT MENACÉE.
En Ace de tous les événements décisifs «le Ffaistoirc , un point d'interrogation se dresse dans respritde l'homme. A la place du dénoùmcnt fatal, y avait-il un autre dénomment possible , et où, à quels résultats aurait-il conduit? Supposons que Robespierre eût pu parler à la Convention le 9 thermidor; pcut*étre la Convention ne l'eùt-elle pas d«Vréf('' d'accusation. Supposons qn'llanriol n'eût pas (''té ivre cejour-li'i, qu'un ciief militaire éruTfjique et int( lli;;eiit eut dirigé les forces de la rébellion, peut-être la commune eùt-elle triomphé.
* Beanlieu se trompe : let condamnés étaient au nombre de vingt-deiiz. Les onze principal! V ctaiciu dniv H(>lie9|)ierrc , Couthon, Saint-Just, Leli.14 (mort), ll.iiiriot, FIciiriot, maire de Fans; Payan , l'agent natiunaJ; Lavalctte, es-général de l'armée du Nord; Dumas, le président du iribonal léfolttlionnaira ; Vivier, président des Jacobins dans la nuit do 9 au 10.
480 PABIS EN 1794.
Dans ce cas , quel gouvemement annons-noas en? van <p»«à but atuait-il marché? Qu'aïuait-U voulu? qu'aiii«it41 pu?
En général» Thistoire n*a aucun moyen de ijéMMidre cet problèmes vert lesquels se porte la curiosité naturelle et bien time.de Tbomme : nous disons cette curiosité léfptime parce que la conscience se refuse à conférer le succès comme un aiigument irrésistible. Les vaincus n*ont toujours tort qn*aax yeux du fitaliste ; mais comme le jdus souvent il ne leur reste aucun moyen- de s'expliquer et de protester après leur défiute, celle-ci devient leur condamnation, en laissant aux vainqueurs la licence de la calomnie; puis, il arrive un jour où le parti qu'on croyait avoir écrasé se relève et revendique ses dnrits; où la cause qu*on croyait étouffée reparait avec des avocats qui, se plaignant qu'elle a iUéju'jc'r, non p^Mi^, prétendent obtenir la révbion et la cassation de ia sentence, car contre la force il y a perpétuellement recours. Une bataille perdue peut toujours être réparée par une vie lolre gagnée.
Est-ce le cas de dire du système {^ouvernemfflital qui a SUO combé au 9 thermidor, (|u'il a été condamné, non jugé?
Nous ne nous contcnlerons pas de dire que ses actes suffisent pour le faire connaître, bien (|u'aucune objection raisonnable ne puisse être opposée à un argument si pénmptoire. Dans riiupossibililé où l'on se trouve de |n>iitier répotivanfable régime créé par Kobespieiie et ses amis, on allègue (jue le î> tbermidor marque pré(i.s< iiK'tit Tcpoque où le grand ftlaximilieo voulait »jue la République j)assât de l'étal transitoire créé par la terreur à un état défiintif: — état définitif fond»'- sur (juoi? — Ils ne le peuNcnt dire, l iu li*)ns de leur venir en aide; cherchons à pressentir les institutions, les principes dont la victoire de HoIk'Spierre au 9 thermidor eût amené le triomphe. Demandons à llobespierre, à Saint-Just; demandons au comité de salut public lui-même, à Barère son organe, ce qu*ils auraient fait dans le cas où la réaction eût écboué. C'est le moyen d'apprendre deux cboses : l* è quelles idées sont dues la démagogie et ses misères en 1793 et en 1794; 9> à quel avenir, à quelle utopie les réacteurs du 9 thermidor ont arraché la France.
Si nous entreprenons d'abord de trouver la pensée de Robespierxe, nous ne pouvons recourirqu'à deux sources : ses discours, ses écrits.
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. Mi
Sp'^ discours sont partout. Onaïul on les lit, oti est le plus souvt ni surpris du succès qu'ils obtt iiaient, de leur influence sur les résolutions delà Convention. Ils sont rerii[>lis d apologies vmpliatiquo, de jirincipes vaguenu'iit formulés, d'allégations mensongères, d accusations perfides, fondées bien moins sur des faits que sur des défiances plus ou moins spécieusement motivées. Dans la lutte, on peut juger les coups que l'orateur porte A ses adversaires; mais s*il «pose des doctrines, il est imposable de préjuger rapplication qu'il en ferait. Avait-il an système de gouvernement arrêté? Voulait-il arriver A une dictature? £ntre> voyait-il, au delà des expédients révolutionnaires, un état régulier, et sur quelles liases voulaitil l'asseoir? Ses adversaires prétendent qu'H n'avait aucune portée dans l'esprit, qu'il vivait au jour le jour, dominé par ses défiances et par sa peur, impla* cable pour ceux qui les avaient éveillées. Ils disent que la poli^ tique était, chez ce vaniteux, réglée par le tempérament, la haine * ou l'ambition. Ses apologistes lui prêtent an contraire de vastes projets et de généreuses intentions : ]'ari>itraire allait être réprimé, le crime puni, l'homme de sang allait &ire place au régénérateur; le 9 thermidor, selon eux, est la date funeste de l'avortement de la Révolution.
Si les discours de Robespierre ne nous donnent pas sa théf>rie de gouvernement, et si nous n'y trouvons d^autrc originalité que finvention de la iète de l'Être suprême, ses écrits disent41s davantage ?
Deux publications ont été fiutes des papiers saisis chez Robespierre; l'une, par Ck>urtois, en 1794; Fautre, par Alexandre Martin , en 1835, 3 vol. in-S». Cette dernière est la plus intéressante. Nous Ini emprunterons quelques documents qui montrent, d'une part, en quels hommes il avait mis sa confiance; d'autre part , (juelles règles de conduite il a\ ail adoptées, (^s documents font parfaitement connaître Robespierre, ses amitiés et ses inimitiés, mais il est impossible d'y trouver des vues d'avenir, une théorie, un idéal quelconque de gouvernement. On en jugera d'ailleurs par les pièces elles-mêmes que nous reproduisons.
PAItlS EN 1794.
LA POLITIQCE DE ROBESPIERRE, TELLE QD*ELLE SB TROCTB DANS LES PAPIERS SAISIS CHEZ LUI.
Première liste de patriotes, de ia main même de Robespierre,
a Patriotes avant <le> taleut» plus ou moins : ïlernian', Dumas*, Huchot, Pavan Talnt*', Pa\an le jeune*, Julien tils, Mocnne*, Jacquier, le heau-frère de Saint- Just; Lerebours*^, Moureau (du Vaueluse)^, Cainpion, Thuillier, Gatteau*, Piquet, Joamtot, liaisson', Victor Dumas (de TAin), Defresne (du Mont-Blanc), Favier (de Paul-les-Fontaines)'*, Brick, Lir{;eois, Roman-Fonrosa Julien, frère du député; Goujon, frère du député; Viot (de la Drôme)'*, François Foret (de la Dr6ine), Mathon, Daillet", Mercier, indiqué par Gatteau pour radministration; Fleuriot'^, Beroard, Lubin", Viennot, Boizot (de Yesoul), Gamerio, Royer,
* l'ir-iflriit ilu tribunal d'Arr.i'*, iniiii.mrt* provi<«oirc i\c rinténeiir et comuiiâ^aire dm atliuiiii«(ralioii« irivilcd, police et des tribunaux. (Cette noie, comme tonte* celleii qui Miivent, loot dues à l'éditettr àstPapûn saisis r/ii-i li<)l<e%pierre.)
2 PrésiilfUC du tribunal di- !<an{». ;MiilIi>tinô.
3 CoiumiAâaire de l'inatructioii publicpic , hur< la lt)i.
* Agent national de b commune conspiratrice, gntllocin^.
^ Substitut de l'agent national de la commune conspiratrice, gnillotiné. 8 Membr(> du raun ux rotniit'' d'exrcution créé par les conspirateurs. 7 C'est l'oucle du jeune Agrirol Viala.
* C'est ce patriote (|ui avait une guillotine pour cacket.
* Limonadier, orateur des Jacobins, secrétaire du déparloment de Paris^ commissaire des $ubsi-:tani os, et envoyé par décret à la citadelle de Han.
Correspondu! t di' P.iv.in.
" Juge de la cuuutiissiuu sanguinaire d'Orange, le pluti timoré de se^ collègues ; auparavant, juge du tribunal du district de Die. Accu-iaiiMir public près la même commission.
L'ami do l.<d)c>n, rl (|tii n tant H[;urédans les gcènes sanglantes d'Arras. 14 Maire du la commune conspiratrice, guillotiné. ^ Secréuire de la même commune , guillotiné.
LA RUB, LE CLUB, LA FAMINE. - i|53
Làne, Fourcade, (Jarnior, Launay, Subleyras', Coffînhal*, Lalaiide, Arthur', Laporte, Frère du jun* ; Place*, Acliard*. Cliarifjny*, Lccrivain', Darthé", Flanunent, Cliaussard, Leclerc, {ici un nom ejjacé), Bouin, llultert, IJourdon, marchand de chevaux; Uumherl, lierjjot, Teurlot, lîoulanp^er", Lainhert ( d'F.to{je.s), Duclos, MouHns (section de la République), Manhan, Deschamps'", Nugues, Leroux (de Bétbune), BouthilUer (de Béthune), Lamarre, Simone, Lyonnais, Bugubert, Simon (section de la Halle au blé), Simon, Jarry frères, Thonion, Parcin Fernex'*, Rajjot", Màcon, cordonnier; Bourbon, Ficbon, Laurent (section des Piques), Greiiard'^, Beaurieux, Lacoste (deux), Thibaut, Julien-Leroy, Wassal, Baudement", Thibaulot**, Les impie, (un nom rayé)^ Jacques, Villers, Riquier, Mithois, Fleury, Soulier, Boulet, Maniesville, Pochet, indiqué pour les finances par Forestier; Hector Barére, Duclusel, Cariés, ancien secrétaire d*Amb.; Dalmas, indiqué par Lacoste, rue Denis, maison du Lion-d* Argent ; Sigaut, chirurgien à Soissons, indique! par Lacoste; Groffier, chirurgien à Tannée des Pyrénées-Orientales; Bertholet, chirurgien de
1 Mcmlwe de la commi—mn populaire de Paris, élabfie an Loavre. •
' Memhrn du Irïluinal révoltilionnnirc de l'aris, {]iiil]otillé« ' Metnitrc de la commune conspiratrice , (<uilloijné. ^ De la corauiuue de 'lhi«y, commandant de bataillon.
* C'est lai qui joue un si grand rAle dans les affaires de Lyon, ainsi que Filioii, TliDiiioii, Ragot, Ole*, nommés ci-après.
" MciiiIn L' <K' I l commission populaire de Paris.
^ Meuibre du comité de surveillance du département de Paris.
* Un des coop^ratenrs de J. Lebon, à Arras.
^ Employé nvec Ronstn dans Tannée révolutionnaire; défendu avoe intérêt par Uobc$ipierre aux Jncohinii, et (juillotiné le iO thermidor. Jl a été chargé de faire des arrestations. " Général de division , et président de la commission révolutionnaire à Gommun^A flranchie.
Fabricant, jnge de la commission révolutionnaire d'Orange. Menuisier, membre de ladite commission.
Membre de la commune conspiratrice et du comité d'evccution du 0 thermidor, goillotiné*
Mcnabre de la commission populaire de Paris. i« Idem.
Reys; Marteau* (s'informer de Gravier), fieverdy, employé comme expéditionnaire dans les bureaux de la justice, indiqué par Campagne; Duhail (du Mans), pour rinstniction publique, indiqué par Levasseur; Verdun, pour les finances; Peys et Rompillon (de Saint-Galais, département de la Sarthe), Blachet, indiqué par Julien; Reverdy (de Baux), greffier du tribunal du district, à Valence, n
Deuxième litte, aussi de la main de Hobespierre,
« Commission des corps administratifs : Herman, Làne.
— Instruction publique : Payan , Julien ou Lerebours. — Commission des besoins publics : Lerebours, Daillet, Gou> jon. — Transports et messageries : Matbon, Mercier, Joannot. — Agriculture et arts : Gatteau, Thuîllier. » Approvisionnements : Piquet, Champion, Humbert. — Blarine : D'Albarade. Guerre : Pyles, Boulet. Affaires étrangères : Bucfaot, Fourcade. Maire : Fleuriot. — Agents nationaux : Payau, Moënne, Lubin fils. — Département : Gampion, Jacquier. •
TroitOme liste des mêmes individus, écrite par Robespierrtf
mais plus détaillée,
• Herman, homme éclairé et probe, capable des premiers emplois. — Dumas, homme énergique et probe, capable des fonctions les plus importantes. — Payan Tahié, idem.—
Payan jeune, idem , agent national de la commune de Paris.
— Moënne, idem, substitut de ra(;c'nt national. — Julien fils, idem. — Buchot, idem. — Gampion, patriote pur, bon pour l'administration. — Gatteau, idem. — Thuillier, idem.
— Le beau-frère de Saint-Just, patriote éuergique, pur, éclairé. »
1 Greffier de la commission populaire de Paris.
Quatrième liste, de la même écriture,
m Membres <da tribunal rëyolutioimaire. ; — Président: Hennan , président da tribunal criminel du Pas-de^alais. — Juffes: Dumas, homme de loi, à Lons-le^nlnièr, patriote proscrit par les contre-révolutionnaires du Jura; Denisot,
juçe du troisième arrondissement ; Royer, envoyé des assemblées primaires de Màcori; Lefite, administrateur du district d'Arras; Liendon, jupe au tribunal du deuxième arrondissement; Coffinlial ; Hravet (de>. liautcs-Alpes); David (de Lille); Renard, greffier du ]U{]e de paix de Saiut-Gloud. — Accusateur public : Fouquier-Tinville. — Subsli'tufs : l leuriot, Vilain d'Aubi(;ny, Royer, Verteuil. — Jujes : Antonelle. ex-député des Bouches-du-Rhône à l'Assemblée législative ; Prieur, peintre, porte Saiot-Denisi Làne, procureur-syndic de Saint-Pol; Anonai, commis aux messageries; Didier, serrurier à Choisy-sur-Seine ; Gélestin fils, administrateur du district d'Arras; Renaudin , nrtiste, me Saint-Denis; Souberbielie, chirurgien» rue Honoré. »
Espèce de catéchisme de Robespierre, écrit de sa main,
« Quel est le but? — L* exécution de la Constitution eu faveur du peuple.
» Quels seront nos ennemis? — Les hommes yicienz et les riches.
« Quels moyens emploierontils? La calomnie et Phypo-
crisie.
9 Quelles causes peuvent fiivoriser Temploi de ces moyens? — > L'ignorance des sans-culottes.
» n faut donc éclairer le peuple. Mais quels sont les obstacles à Tinstmction du peuple? — Les écrivains mercenaires, qui l'égarent par des impostures journalières et impudentes.
" (Uw coiuliirc (if là? — I ' (ju'il faut proscrire les écrivains i'onimr k'i j)lii> (lanjjereux enneiiii». de la patrie; 2* qu'il faut répandre de bons écrits avec prolusiop.
Quels sont les autres obstacles à rétablissement de la liberté ? — La {;uen-e étran{;ére et la ^erre civile.
» Quels sont les moyens de terminer la guerre étran(jèrc? — De mettre des généraux républicains à la téte de dos armées et de punir ceux qui nous ont trahis.
» Quels sont les moyens de terminer la gnerre civile? — De punir les traîtres et les conspirateurs '» surtout les députés et les administrateurs coupables ; d'envoyer des troupes patriotes f sous des cheiv patriotes, pour réduire les aristocrates de Lyon, de Marseille, de Toulon, de la Vendée, du Jura et de toutes les autres contrées oè Tétendard de la rébellion et du royalisme a été arboré, et de foire des exemples terribles de tous les scélérats qui ont outragé la liberté et versé le san{jdes patriotes.
» 1" Prû-«rripl ion des écrivains perfides et contre-révoUitionnairc> ; propafjation de bons écrits; 2* punition des traîtres et des conspirateurs, siutout des dépnl»'«i et des adnnnistrateurs coupabU*s; 3" nomination de (jénéraux patriotes; destitution et punition des autres, 4* subsistances et lois populaires. »
Note essentielle écrite de la main de Robespierre.
• Il faut une volonté une.
» Il faut qu^elle soit républicaine ou royaliste.
1 A cet endrmt du roaniMcrit on lit encore let phrues «nivantei , que
RobcâpieiTC a ratui-éet Iui-in»"'inc :
m hc peuple Quel autre obstacle y a-l-il à rinstructiou du peuple?
La ini«èrc.
• Quand le peuple acra-td! donc édairét — Quand il arna ds pain , et que les riches et le gouremenient céderont de «ondoyer des plumet et det
lanpuf"* pf-rfirlo^ jxHir le iiomper;
» Lui xjue leur iaicrét sera confondu avec celui du peuple.
» Quand leur inlÀ^taera-l-il confondu avec celui du peuple ?->JaaMia.«
©igifizeïftJTTjbogle
LA RL E, LE CLUli, LA FAMINE. 457
» Pour qu'elle soit républicaine, il faut des ministres républicains, des papiers républicains, des députés républicains, on çouvememont rt>pi]l>licain.
» La çvMm étrangère est une maladie mortelle (fléau mortel), tandis que le corps politique est malade de la révolution et de la division des volontés.
« Les dangers intérieurs viennent des bourgeois-; pour ' vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple. Tout était , dispose pour mettre le peuple sous le jou{j des bourgeois, et I foire périr les défenseurs de la République sur Pécbafend. , Ils ont triomphé à Marseille, à Bordeaux, è Lyon; ils au- 1 raient triomphé à Paris sans Tinsurrection actuelle. Il faut ! que l'insurrection actuelle continue, jusqu'à ce que les me- j burcs nécessaires pour sauver la République aient été prises, j Il faut que le peuple s'allie à la Convention et que la Conventioi) se serve du peuple. Il faut que l'insurrection s'étende de proche en proche sur le même plan; que les sans-culottes soient pavés et restent dans les villes. Il faut leur procurer dçs armes, les colérer, les éclairer. 11 faut exalter Tenthousiasme républicain par tous les moyens possibles.
» Si les députés sont renvoyés , la République est perdue ; ils continueront d'^arer les départements, tandis que leurs suppléants ne vaudront pas mieux.
V Gustîne. ^ A surveiller par des commissaires nouveaux bien sûrs.
» Les alfiiires étrangère. — Alliance avec les petites puissances; mais impossible aussi longtemps que nous n^aurons point une volonté nationale. «
Les notes qu'on vient de lire nous paraissent non un caléchisme, comme les a|)pellent les éditeurs des Papiers saisis, mais le fruit de réflexions su^jjjérées par la préparation de ses discours, des points que l'orateur se proposait do (h'-vclopper, soit dans les comités, soit à la (louNoution. Tonte la \ io, tout«! l'action, toute la force de Robespierre est tlaus la j)arole. Les haines de cet avocat naissent moins des oppositions politiques que des jalousies de métier.
PABI8 EN 1794.
Yoici d'autres notes d'une «époque bien postérieure, car elles paraissent avoir été écrites peu de jours avant le 9 thermidor. L'opinion que Robespierre y exprime snr pimieim membre* des plus influents de la Convention &it oompi«ndre qn'iU se soient trouvés parmi ses ennemis les plus adiaraés. Thuriot tenait la sonnette au 9 thermidor, et Léonard Bourdon s^est vanté d'avoir blessé Robespierre. Peut'^tre avaient-ils eu connaissance du contenu de ces notes.
MOTBS ÉCUTBS DE LA MAIN DB KOBBSnBlBE SUR DIFFÉIBNTS DÉPUTÉS A LA CONVBlITIOir.
m Tous les chefs de la coalition sont des scélérats déjà notés par det traits d*inunoralité et d*incivisme.
s 1* Dubois de Grancé. Il est dans le cas de la loi du 27 germinal, qui bannit de Paris ceux qui ont foit valoir de fous titres pour usurper la noblesse. La preuve doit en être dans les archives du ci-devant Pariement; elle est écrite dant- Denisart. Cette circonstance n*a pas empêché qu*il ne restât en mission dans l'armée de Gherboiir^]^, où il s* est fait envoyer par une intrigue, et s'est conduit en contre-révolutionnaire. 11 a dit dernièrement, pour révoltLT toute la Bretagne, qu'il y aurait des chouans tant qu'il existerait un Breton. Cette menace a causé lieaucoup de fermentation à Hennés. Elle a été dénoncée par les olticiers municipaux de cette ville, et par Sévestre et Duval, députés à la Convention nationale. Dubois, qui n*avait été envoyé 1^ que pour l'embrigadement, après avoir fait adopter ce mode d'organisation , lié à une profonde machination par le comité militaire, n*en a pas moins usurpé toute la plénitude des pouvoirs nationaux. Il a fût, entre autres, des arrêtés pour exclure des sociétés populaires tous les fonctionnaires publics ; il les a envoyés à Dofoumy, son ami, et l'ami de Danton et de Tétranger, duquel Dufouray il ignorait la détention, pour rengager è communiquer ces arrêtés aux Jacobins et à les faire approuver dans un moment opportun. H n'y a plus de
LA RUE, LE GLtTB, LA FAMINE. M9
doute aujourd'hui sur la trahison de Lyon, que Dubois de Crancé ne voulait pas prendre et d'où il a laisse échapper Précy et ses complices. Dubois ne figura jamais dans les deux assemblées que comme partisan d'Orléans, avec qui il était étroitement lié.
» 2* Delmas. C'est un ci-devant noble, intrî{jant taré. Il a joué un rôle plus qu'équivoque à l'armée du Nord» au temps des trahisons. Il était coalisé avec la Gironde, et intimement lié avec Lacroix. Ce ne peut être que par un revirement d*intri§ne qu'il a paru se déclarer pour la Montagne, ainsi que Lacroix, dans Paffaire de Marat, dont il avait été le persécuteur. Il annonçait qu'il avait des secrets importants à révéler concernant la faction brissotioe; il n'en fit jamais rien, n ne laissa échapper tout au plus, ainsi que Lacroix, que des demi-confidences , dont le but était de donner le change sur les crimes des conjurés. On l'a connu dans le premier comité de salut public. Il s'est depuis intinienient coalisé avec Danton pour renverser celui qui existe aujourd'hui. C'est lui qui, nu temps de l'accusation j)ortée contre Danton et ses complices, ouvrit la scène scandaleuse donnée par la coalition, en demandant avec appareil l'appel de tous les membres des différents comités de la Convention pour les opposer aux comités de salut public et de sâreté générale. Depuis cette époque , il se signala par quelques petites motions perfides dans le sens de la faction. Gomme membre du comité militaire, il communique souvent avec Gamot.
» 3* Thuriot ne fut jamais qu'un partisan d'Orléans. Son silence depuis la chute de Danton et depuis son expulsion des Jacobins contraste 'avec son bavardage étemel avant cette époque. Il se borne à intriguer sourdement et à s'agiter beaucoup à la Montagne lorsque le comité de salut puUic propose une mesure fiitale aux fonctions. Il était des dîners de Lacroix, de Danton, chez Gkisman et dans d'autres lieux de la même espèce. C'est lui qui le premier fit une tentative pour arrêter le mouvement révolutionnaire, en préchant l'indulgence sous le nom de morale lorsqu'on porta les pre-
460 PABIS EN 170».
miers coups à raristocratîe. Il cabala d*uDe manière visible pour armer la Gonveation nationale contre le comité de salut public, lorsque ce comité fit le rapport contre Chabot, Danton et autres.
■ A* Bourdon (de l'Oise) s'est couvert de crimes dans I.t Vendée, où il s'est donne le plaisir, dans ses or(;ies avec le traître Treni k , de tiii'r des volontaires de sa main. Il joint la perfidie à la lureur. I)ej)ui» (jnelipie temps il s'e-,t introduit au eotnitt- de saint pul»lic >on> diltV'rents prétextes. 11 lui a prt•^(•nl(• nu coninns, »pie C.arnot a plaeé dans ses bureaux, et qui en a t'te renvoyé sur la proposition réitérée de Robespierre. Il a fait la motion de ne plus payer d'impôts directs, celle de desséelier les étangs, dans le moment où Ton manquait de viande, pournous enlever la ressource du poisson. 11 a déclamé dernièrement contre le décret sur le tribunal réToltttionnaire. Il a été le plus fougueux défenseur du système d'athéisme. Il n*a cessé de faire du décret qui proclame fexistence de TÊtre suprême un moyen de susciter dans la Montagne des ennemis au gouyemeroent, et il y a réussi. Le jour de la fête à l'Être suprême, en présence du peuple, il s*est permis sur ce sujet les plus {;russiers sarcasmes et les déclamations les plus indécentes. 11 faisait remarquer avec méchanceté aux membres de la Convention les marques d juil let que le public donnait au pré>ident, pour tirer contre lui des inductions atrc)C( >, dans le sens des ennemis <le la Il('j>ubli que. Il v a à peu près dix jours, il se transporta chez Bnulan(;er, et trouva cbez ce dernier une jeune fille qui est la nièce de ce citoyen. 11 s'informa des liaisons de son oncle, de ses moyens d'existence. F. a fdie lui répondit vaguement. Il prit deux pistolets sur la cheminée. La fille lui observa qu'ils étaient char(;és. « £b bien, répondit-il, si je me lue, on dira que c'est toi, et tu seras guillotinée. » Il continua de manier les pistolets, et les tira sur la jeune fille; ils ne partirent pas, parce que Famorce était àiée. Il y avait de Bourdon une lettre qui avait été déposée à la police, écrite & un contre-révolutionnaire, où il lui dit que les dé-
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. Ml
tenus seront Ijientùt mis on liherti", et qu'on mettra à leur place ceux qui les auront fait incarn-rer. Cet honnue se promène sans cesse avec l'air d'ini assassin qui inédite un crime ; il semble poursuivi par l'ima^j^e de Téchafaud et par les Furies.
» 5" Jjéonard Bourdon. Infri^yant nieprisé de tous les temps, l'un des principaux complices d'Hébert, ami inséparable de Clootz; il était initié dans la conjuration tramée diez Gobel. Il avait composé une pièce contre-révolutionnaire, dans le sens bébertiste, qui devait être jouée à rOpéra, et que le comité de salut public arrêta. Rien n'é{*a\e la bassesse des intrigues qu'il met en œuvre pour grossir le nombre de ses pensionnaires et ensuite pour s'emparer de Téducation des élèves de la patrie» institutions qu'il dénature et qu'il déshonore. Il était aux Jacobins Tun des orateurs les plus intarissables pour propager la doctrine d* Hébert. A la Convention, il fut un des premiers qui introduisirent l'usage de l'avilir par des formes indécentes, comme d'y parler le chapeau sur la tète et d'y siéger avec un costume ridicule. Il vint un jour, avec Glootz, solliciter la liberté des banquiers hollandais Vandenyver. Je les ai vus et entendus tous deux plusieurs fois, et Bourdon a eu le courage de me le nier impunément aux Jacobins. »
VidéeU 4e gouvernement selon StunhJusL
Si Robespierre ne nous apprend rien sur le gouvernement déHniiif qu'il réservait à la France, adressons-nous à Sainl4ust, le Sieyès de ce Bonaparte'.
«Je ne suis d'aucune faction, avait écrit Saint-Just dans le manuscrit du discours qu'il commença le i) thermidor; je les combattrai toutes ! £lles ne s'éteindront jamais que par les institutions qui produiront les garanties, qui poseront la
m PARIS BN 179».
borne de Tautorité et feront ployer sans retour T orgueil
humain sous le jon^j de la lilterté publique
» Je demande (juchjucs jonr^ encore à la l'rovideuce pour appeler sur ^'^ insli'tulion^ le> nu'ditations du peuple français et de tous ses Icjjislateurs. Tout ce (|ui arrive aujourdMuii dans le (gouvernement n'aurait pas eu lieu sous leur empire. Ils seraient vertueux peut-être et n'auraient pas poussé au mal ceux don(j accuse ici les prétentions orgueilleuses. »
Il finissait par proposer >< «pie des înstitutiODS lussent ÎDce^ samment réiligées de nsanière que, sans perdre de leur ressort, le gouvernement ne pAt ni Avoriser Pambition ni tendre vers Tarbitraire. n
Quelles sont donc ces institutions qui auraient produit le miracle que SaintJust croyait encore possible pendant la nuit du 8 au 9 thermidor; qui auraient détruit les (actions, rendu les orgueilleux modestes, les féroces cléments, et transformé les hommes soumb à leur empire eu citoyens vertueux?
Un manuscrit, placé par Saint-Just, en prévision d*événements malheureux, entre des mains sûres, imprimé â petit nombre après sa mort, réimprimé en 1831 par Ch. Nodier, nous les fiiit connaître. Nous ne pouvons reproduire intégralement le rêve de cet homme étrange, que Nodier a caractérisé juste-, ment on ces termes : u Ressuscites de sa tombe, je ne dis pas Rienzi , j«' ne dis pas même un Grecque, ce ne serait pas encore cela, mais A(;is ou Cléoinène, et conduisez-le de primsuult, comme dit Montaigne, à la tribune de la Convention nationale, sans avoir pris la précaution de lui âiire secouer la poussière de Lacédémone, et de lui montrer le genre humain, vous aures Saint-Just tout entier, c'est-à-dire un enfant extraordinairement précoce qui ne sait ce quMI dit, un grand homme en espérance qui n'a pas le sons commun. »
l'ort bien ! mais cet enfant e xtraordinaircmcnl précoce tenait en ses mains les dostini'os de la France; avant dr dc\enir un homme, un grand lunumc, si Ton vont, il ont proposé, il eut fait sans doute adopter, du b.nit do si toute-puissance', des institutions étalilies sur les bases suivantes :
• î,*îmj»ortan('c qiip lo intiiitr de saint jinLIic tmit rutii'i attachait .iii concours de Saini-Just vuil bieo , entre autres ducuiucui«, dans la
LA RUE, LE CLUfi, LÀ FAMINE. 468
« Le despotisme se trouve dans le pouvoir unique, et ne diminue que plus il y a d'institutions. Nos institutions sont composées de beaucoup de membres et les institutions sont en petit nombre. Il fiiudrait que nos institutions lussent en Qidnà nombre et composées de peu de personnes.... "
» — Quiconque est magistrat n'est plus du peuple. Les autorités ne peuvent affecter aucun ranj» dans le peuple. Elles n'ont de rang que par rapport aux coupables et aux lois. Un citoyen vertueux doit être considéré plus qu'un magistrat — Lorsqu'on parle à un fonctionnaire, on ne doit pas dire ciio/cn; ce titre est au-dessus de lui,
» — Le gouvernement républicain a la vertu pour principe , sinon la terreur. Que veulent ceux qui ne veulent ni la vertu ni la terreur?. . .
» — Voici le but qu'il nous semble qu'on pourrait se proposer d'atteindre :
» 1* Rendre impossible la .contrefoçon des monnaies; 2* asseoir équitablement les tributs sur tous les grains, sur
Uure suivante, qui était adressée le 6 prairial à Saint-Just, alors en mission prt-s de l'aniK f du Mord. Elle a été déjà publiée dans le* Papien taiêis chvi Jiobespierre :
• La Vhtrtê M «spoiéa à nouveaDS dangers ; les factioni m réveillent avec un caractère plot alamant 4|iie jamaia. Lee rassemblemenu pour Ir Leurrr, p!u.-« noinlin-ux rt plus turhulrn(.< <juo jamais, lorsqu'ils (nit le moins <lc préteMcs, une insurrection dans les prisons, qui devait éclater hier, les intrigues qui se manifestèrent au temps d'Hébert, sont combinés vnc hê atMuaiiiatt tentas k ploneort repriiet contre dei membres du eomité de talut puLIic; les reste:! des factions, ou plutôt les factions toujours. vivantes, redoublent d'audace et de perfidie. On craint un sonlevemeut ari»locrati(|ue , fatal à la liberté. Le plus grand des périls (jui la menacent est k Paru. Le comité a besoin de réunir le* Imnïètet et Véoergu de tous SCS membres. Calcule si l'armée du Nord , qoo Oi at pnistammant contribué à mettre sur le chemin de la victoire, peut «se passer qucifpjes jours de ta |ué»ence. >ioiw te remplacerons, jusqu'à ce que tu y retournes, par un représentant patriote.— L«i membres composant le oomiié de saint
polilic. Signe : RosKSPlEnnBf PlIBOB, GauHot, DlLiJki D-YAaBSHBS, BâIlàBB.* — La minute de cette lettre est de la m.iiii de Robespierre : elle montre ses inquiétudes h l'époque où il allait présenter la loi de sang du SS prairial, dont Saint-Just, dit-on, fut indigné lorsqu'il en prit connaissance à Marebiemies, devant Cbarleroi.
tous les produits, par un moven facile, snn-. fi>c, sans aïeuls nombreux ; 3** lever tous les tributs eu uo seul jour sur toute la France j 4* proportionner les dépenses de TÉtat à la quantité de signes en circulation nécessaires aux at&îres particulières ; \>' empêcher tout le monde de resserrer les monnaies, de thésauriser et de négliger Tindustne pour vivre dans Toisiveté; 6' rendre Je signe inaliénable À Tétranger; 7* coqnattre invariablemeiit la somme des pro6ts foits dans une .année; 8* donner & tous les Français les moyens d*obtenir les premières nécessités de la vie, sans dépendre d'autre chose que des lois et bans dépendance mutuelle dans Tétai
■ Quelques imtitutioni civiles et durables. — Les en&nts appartiennent & leur mère jusqu'à Tàje de cinq ans, si elle les a nourris, et à la République ensuite, jusqu'à la mort.
» La incMc qui n'a point nourri son enfant a cessé d'être mère aux yeux de la patrie. Elle et son époux doivent se représenter devant le n)a{;i>trat pour y répéter leur engagement, ou leur union n'a plus d'efft t ci\\\.
» L'enfant, le ciloven appartiennent à la patrie. L'instruction commune est nécessaire. La discipline de l'enfance est rigoureuse.
» On élève les enfants dans l'amour du silence et le mépris des rhéteurs. Ils sont formés au laconisme du langage*. *•
» On ne peut frapper ni caresser les enfiints. On lenr apprend le bien , on les laisse à la nature.
• Celui qui frappe un enfont est banni. Les enfonts sont vêtus de toile dans toutes les saisons. Ils couchent sur des nattes el dorment huit heures.
» Ils sont nourris en commun, et ne vivent que de racines, de firuits, de léjumes, de laitage, de pain et d*eau....
» Tous les enfents conservent le même costume jusqu'à seize ans ; depuis seize ans jusqu'à vingt et un ans, ils auront le costume d'ouvrier, depuis vinjjt et un jusqu'à vin^l-six, celui de soldai, s'ils ne sont poiut niajislrals.
a Ils ne peuvent prendre ie costume des arts qu'après avoir traversé, aux yeux du peuple, un fleuve à la nage» le jour de la féte de la Jeanesse....
» Les filles sont élevées dans la maison maCernelle.
• Dans les jours de féte , une vierge ne peut paraître en public, après dix ans', sans sa mère, son père ou son tuteur.
• Des affections.^ Tout homme Agé de vingt-cinq ans est tenu de déclarer dans le temple queb sont ses amis. Cette déclaration doit être renouvelée tous les ans pendant le mois de ventôse.
» Si un homme quitte son ami, il est tenu d*en expliquer les motifs devant le peuple dans le temple, sur l'appel d'un citoyen ou du plus vieux ; s*il refuse, il est banni
" Si un homme commet un crime, ses amis sont bannis
» Celui qui dit qu'il ne croit pas àTamitié ou qui n'a point d'amis, est hanni.
» Un homme convaincu d'infjratitude est banni.
■ De la communauté. — L'homme et la l'cmme qui s'aiment sont époux. S'ils n'ont point d'enfants, ils peuvent tenii leur engagement secret; mais si l'épouse devient grosse, ils sont tenus de déclarer aux magistrats qu'ils sont époux....
• Les époux qui n'ont point eu d'enfants pendant les sept premières années de leur union et qui n'en ont point adopté, sont séparés par la loi et' doivent se quitter.
• De Vhérédùé. —~ L'hérédité est exclusive entre les parents directs. Les parents directs sont les aïeuls, le père et la mère, les en£uits, le firère et la sœur.
• Les parents indirects ne succèdent point.
a La République succède à ceux qui meurent sans parents directs.... s » Nul ne peut déshériter ni tester.
» Des contrats. — Les contrats n'ont d'autres rèjjles que la volonté des parties ^ ils ne peuveut engager les personnes.
N Nul ne peut contracter saus la présence de ses amis, ou le contrat est nul.
m PARIS EN 1794.
« Le même contratne peut engager plusdedeuz penoimes;
s'il en engage plus, il est nul.
V Tout contrat est signé par les partie^ cl par les aous, ou il c>t nul.
" Ce sont Ifs amis ijui i (Moivtnit les contrats.
» Les procès sont vides devant les amis des parties coo- Stitue> arbitres.
» Celui qui perd son procès est privé du droit de citoyen pendant un an.
» Quelques instittitions pénales. — Celui qui frappe quelqu'un est puni de trois mois de détention ; si le sang a coolé, il est banni.
» Celui qui frappe une fémine est banni.
» Celui qui a vu frapper un bomme, une femme, et qui n'a point arrêté celui qui ftvppait, est puni d*un an de détention.
» L'ivresse sera punie; celui qui, étant iyre, aura dit au commis le mal , sera banni.
• Les meurtriers seront vêtus de noir toute leur yie, et seront mis à mort s'ils quittent cet habit.
» Quchjiit's itistittitions nun ales sur les fêtes. — Le peuple français reconnait l'Etre suprême et 1 iuunortalité de l'âme. Les premitM s jours de tous les. mois sont consacré> à PHteruel.
» Toii> \r> « iiltos sont également permis et privilégiés.,,.
» Les temples publics sont ouverts à tous les cultes.
• Le prêtre d'aucun culte ne pourra paraître en public avec ses attributs, sous peine de bannissement.
» L'encens fumera jour et nuit dans les temples publics, et sera entretenu tour à tour, pendant vtngtquatre heures, par le! Tieillards âgés de soixante ans....
• Les lois générales sont proclamées solennellement dans les temples....
» Tons les ans, le l*' floréal, le peuple de chaque commune choisira, parmi ceux de la commune exdusÎTement et dans les temples, un jeune homme riche, vertueux et sans difformité, âgé de viDg;t et un ans accomplis et de moins de
LA HTE, LE CLUB, LA Ï AMKNE. m
trente, qui choisira et épousera une vierge pauTre eu mémoire de réçalité humaine.
» Il y aura des lycées qui distribueront des prix d'éloquence.
» Le concours pour le prix d'éloquence n*aura jamais lieu par des discours d'apparat. Le prix d'éloquence sera donné au laconisme, à celui qui aura proféré une parole sublime dans un péril, qui par une barangue sage aura sauvé la patrie, rappelé le peuple aux mœurs, rallié les soldats.
» Des vieiUards, des assemblées dans Us temples et de la censure, Les hommes qui auront toujours yécu sans re» proche porteront une écharpe blanche à soixante ans. Us se présenteront à cet effet dans le temple, Je jour de la fête de la Vieillesse, au jugement de leurs concitoyens, et, si per^ sonne ne les accuse, ils prendront l'écharpe.
» Le respect de la vieillesse est un culte dans noire patrie, l u homme revêtu de Téchurpe blanche uepeut être condamné ipi'à 1 exd.
' Les vieill;n(l> (jiii portent l'écharpe Manclie doivent i-ensurer, dans les temples, la vie privée des tonctionnaires et des jeunes gens qui ont moins de vin;;t et un ans.
n Le plus vieux d'une commune est tenu de se montrer dans le temple tous les dix jours, et d'exprimer son opinion sur la conduite des 6>nctiottnaires....
» Celui qui frapperait ou injurierait quelqu'un dans les temples serait puni de mort.
» Quelques institutions rurales et somptuaires, ^ Tout propriétaire qui n'exerce point de métier, qui n'est point magistrat, qui a plus de vingt-cinq ans, est tenu de cultiver la terre jusqu'à cinquante ans.
» Tout propriétaire est tenu , sous peine d'être privé du 'droit de citoyen pendant Tannée, d'élever quatre moutons en raison de chaque arpent de terre qu'il possède.
■ L'oisiveté est punie; l'industrie est protégée....
» Tout citoyen rendra compte tous les ans dans les temples de l'emploi de sa fortune....
468 l' A lus EN 1794.
» 11 n y a point de domesticité; celui qui travaille pour un citoyen est de &a famille et inange a%'ec lui.
» Kul ne man(;era de chair le troisième, le sixième, le neuvième jour des décades.
» Les enfants ne manderont point de chair avant seize ans accomplis.
• Sinon dans les monnaies, Tor et Targent sont interdits. » Des mœurs de farmée» — Les camps sont interdits aux
femmes sous peine de mort.
» Un soldat a le droit de porter une étoile d*or sur son
vêtement à l'endroit où il a reçu des blessures ; ces étoiles lui seii)!>t (loiHU'os par la pairie. S'il est nuitilé ou s'il a été l>le>>»' au visa{;e, il porte l'eloile M»r le ((eur....
» Il fanl eiilreleiiir, en temps de paix, huit cent mille hommeN. rt-pailis (lan> toutes les places —
» Des censcina . — H faut dans toute révolution un tliclateur pour sauver Tl Uat par la force, ou de:> censeurs pour le sauver par la vertu.
» 11 faut créer des magistrats pour donner Pexemple des mœurs.
• Pourquoi le peuple ne donne-t*il des mandats que pour exercer Fautorilé? S'il créait six millions de magistrats pour prêcher ou donner l'exemple «le toutes les vertus, cela irait'il moins bien?...
» La censure la plus sévère est exercée sur ceux qui sont employés dans le gouvernement.
» 11 sera établi dans chaque district et dans chaque commune de la République, jusqu'à la paix, un censeur des
fonctionnaires piiMics....
» Il e>l interdit aux censeurs de parler en public. I^a modestie et l'au'.U rilt' sont leurs vertus. Ils sont inHexihles. lU appell(>nt le«> fotu f i(Miii;iii es pour leur demander compte de* leur conduite; ils <lenoncenl tout ahus et toute injustice dans le (;ouveiTiemeut ; ils ne peuvent rien atténuer ni pardonner....
» L'indemnité des censeurs est portée à 8i.\ mille livres.
» Des yarantifs. — Tout citoyen, quels que soient son ;i{;e et son sexe, qui n'aura aucune tonction publique, a le droit d'accuser devant les tribunaux criminels un homme revêtu d^autorité qui s'est rendu coupable envers lui d'un acte arbitraire.
» Si riiomme revêtu d'autorité est convaincu, le bamiissemeot est prononcé contre lui, et la mort s'il rentre sur le territoire.
» Si les tribunaux criminels refusent d'entendre le citoyen qui intentera plainte, il formera sa plainte devant le peuple, le jour de la fôte de TÉtre suprême; et si la cause n*est point jugée trente jours après, le tribunal est puni par la loi....
» Si un député du peuple est condamné, il doit choisir un esil hors de TEurope, pour épargner au peuple Pimage du supplice de ses représentants.
» Du domaine publie. — Le domaine et les revenus publics se composent des impôts , des successions attribuées à la République et des biens nationaux.
• Il n'existera d'autres impôts que l'obligation civile de chaque citoyen àyé de vingt et un ans de remettre à un officier pulilic, tous les ans, le dixième de son revenu et le quinzième du produit de son industrie.
» Le tableau des payements sera imprimé et affiché toute l'année.
« Le domaine pubhc est établi pour réparer l'infortune des membres du corps social.
■ Le domaine public est également dfabli pour soulager le peuple du poids des tributs dans les temps difficiles.
• La vertu , les bienfaits et le malheur donnent des droits à une indemnité sur le domaine public. — Celui-là seul peut y prétendre qui s'est rendu recommandable à la patrie par son désintéressement, son courage, son humanité.
• La République iodemnise les soldats mutilés, les vieillards qui ont porté les armes dans leur enfonce, ceux qui ont nourri leur père et leur mère, ceux qui ont adopté des
entants, ceux qui ont pins de quatre enfants dn même lit; le*. <'pou\ vieux <|ni ne sont j)as séparés; les orphelins, les enlani-. aliandoiuit-s , les {jrand-. Ii()miii»'>; l enx <pii se sont sacrifié> pdiit I .iiiutu- ; ceux qui ont perdu (le> Iroiijx^anx ; ceux qui ont été incentliés; ceux dont le> liiensontélé détruits par la{juerre, par les oraj;es, par les intenq)éries des sai>ons.
If Le domaioe public solde réducntion des enfants, fait r)r> avances aux jeunes époux, et s'afferme à ceux qui n*ont point de terres. •
Cos rêves ne sont point d'un esprit banal. Ils dénotent une > âme énerg^ique, que ne rebuteront pa> le^t obstacles, et qui est prête à toutes les épreuves comme à tous les sacrifices. Oi\ ax'ait VM S.dntJust, à la hat.nlle de Fleurus, après que nos troupe?» avaiiMit été j-epitiissées trois fois par l'ennemi, former un cordon derrière raniM-e a\ec ortire de sabrer tout fuvard ; (»n Taxait enteridn d( clai er (pje li s );»''Méiaiix dont les di\isioiis taildiraient seraient fnsilh> à la tète <le l amtée. I el était Saint-Ju-l. ( iouinie on peut h>ner un peupi»- à \aincic, on peut, [)ensait-il , eoii- Iraiudre par dt s ill^litllli»)ns à être \ertuenx el ln iucux. Tonte sa science lie j;ou\ erui iMcni se r.iniene à eett<' formule : réussir ou niom-ir. S'il whouail dans sa lentati\e, eh hi<'u, il se Ineraif devant la nation, pour se puuir de son insuccès. Il dit dans SCS Institutions ^ l'a^^e 42 :
« Le jour où je me serai aperçu qu'il est impossible de donner au peuple français des mœurs douces, énergiques, sensibles, et inexorables pour la tyrannie et Finjustice, je me poi(;narderai. »
Et au début même de cette oeuvre des InsUhttions, il écrivait ces terribles paroles :
« Les circonstances ne soni difficiles que pour ceux qui reeuUni devant le tombeau. Je Vimplore, le tombeau, comme un bienfeit de la Providence, pour n'être plus témoin de l'impunité des forfoits ourdis contre ma patrie et Phumanité.
* Certes, c'est (piilier peu de chose qu'une vie malheu-
Oigitized by CoQglie
retise, dans laquelle on est conflamné à végéter le complice ou le témoin impuissant du crime....
» .Te méprise la poussière qui me cômpose et qui vous parle ; od pourra la persécuter et faire mourir cette poussière, mais je défie qu^on m*arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux!... •
Cela est tl'nn fier et nobli* accent, et on ne peut refu.ser de restiiiic au caractère de 1 homme qui, écrivant ces lignes, les »ij^;ne de son >an(}.
Saiiif-Ju>«l , <|ui s»' fai>ai( un*; si étranjje illusion sur IVfficacité du n iiicdc qu'il projjusait, voyait cependant la grandeur du mal. 11 écri\ait :
« Une république est difficile à gouverner, lorsque chacun méprise Tautorité qu'il n'exerce pas; lorsque le soldat envie le sort de son général ou le général Thonneur que la patrie rend au soldat; lorsque chacun s'imagine servir celui
qui lui commande et non la pairie; lorsque celui qui commande s'imagine qu il e>t puissant et non j)as qu'il exerce la puissancedu peuple ; loixjiic chacun, ?>ans apprécier les fonctions qu'il exerce et celles fpii î^ont exercéj s par d'autres, veut être IV'fjal du pouvoir au-dessus du sien, et le maître de ceux qui exercent un pouvoir au-dessous de lui ; lorsque chacun de ceux qui exercent l'autorité se croit au-dessus d'un citoyen, tandis qu'il n'a de rapports qu'avec les abus ouavecle crime.
» La révolution est glacée; tous les principes sont affiaiblis, il ne reste que des bonnets rouges portés par Tintrigue.
• Vexerdce de la terreur a blasé le crime, comme les liqueurs fortes blasent le palais. »
Les utopies de SaintJust sont moins individuelles, moins singulières qu'elles nous paraissent Tètre. Braucoiq) de r<^puhlicains croyaient fermement comme lui qu'une répnhlique iTavail aucune chance d'avenir si les instiiulioiis ii'v changeaient pas hiuxjuement les niœurs de la nation; et des institutions imit«'>es de la (iièce ou «le Rome pouvaient seules, à leur sens, opérer cette transforuiation.
DES IMniVOTIOIfS PROFRIS A ASSrUB L*AVBinR OB LA RâPUBLIQLt:,
SELON BARé«E.
Barère lui-iiiênie, un esprit froid et fin, dans un livre qu*il a publié à une anan grande dislance des événements du 9 ther> midor, au comnieucemcnt de Fan V, sous ce titre : De la pensée du gouvernement, exposait une théorie d'institutions qui offire plus d'une analogie avec celles de Saint-Just.
« Qui pourra , — dit-il , — infuser la république dans les Ames françaises?... Les institutions seules peuvent produire ce prodige, devenu nécessaire. Les jeux publics, les fêtes nationales, Téducation républicaine, voilà nos instituteurs...
» Que chaque belle action trouve sa récompense dans la féte nationale célébrée dans son département.
• Que celui qui aura sauvé la vie à son semblable, de quelque manière que ce soit, préside aux jeux publics, en soit le principal ornement; que la vieillesse soit honorée ; que le malheur ol l'indifjence reçoivent d'Iionorables secours; que la ni.i(( riiitt* dans le hosoiii soit s»'courue; qu«* les inaiiages fertiles Miienl des titres (riionneur et de secours national.
» (jue dans les fV'te> publiques , chaque dé[)artemenl porte un tribut de reconnaissance cl de souvenir aux grands honniie^ (|u'ils ont vus nailre et aux citoyens excellents qu'ils possèdent encore...
» Que les arts utiles soient respectés. A leur télé est Tagriculture... Que la féte de Tagricidiure soit donc une de celles que le gouvernement embellisse de sa présence , comme de ses largesses... Que la marine et la navigation aient aussi leurs fêtes , leurs jeux , leurs prix...
» Vous établirez parmi ces institutions les jeux de gymnastique, les combats de poésie, de danse et de musique; la musique surtout, au sortir d'une contrei^volution politique. Elle a une grande influence sur les mœurs et le caractère des nations... Elle mène toutes les troupes au combat, à la
victoire, k la nmrt, dans tons les pays et chez tontes les nations; elle a fait des prodiges en (îrèce par les accents de Tyrtée; en France, par Thymne de la liberté...
• C'est se conformer au caractère national d'associer les femmes aux ÎDstitutions, et d'en foire Tomement des fêtes nationales.
» Que Tautorité publique décerne les prix du travail , des arts et de la valeur; c'est au gouvernement à rappeler les citoyens aux travaux utiles et h Ja défense de la République; mais que les prix des courses, des jeux républicains, et des fêtes nationales où il entre de la gymnastique, soient donnés sous les regards du peuple, et en présence de l'autorité publique, par des femmes connues par leur attacbement aux yertus domestiques et leur respect pour les mœurs...
» Je n'ai encore vu dans la République que l'essai de trois institutions républicaines, elles ont eu des succès. Mais nées dans un temps de révolution, elle ont passé avec lui. Ces (rois institntions, c'est moi qui les ai proposées à la Convention, et j'ai pu observer leurs b('ui i u>c> inlluences >ur IV ^prit public. La première de ces institutions a été V Ecole dr Mars, où le> eulant» des citoyens les moins forlum-s, vl cIkums t'ijalement dans t()U> les départements, ont reçu vraunent une éducation rt-pubiicaine. , . La seconde in>titution CNt la fric du Malhfur, celle où l'iiulijjent est secouru et bonorti par la nation... La troisième institution est un cirque, où étaient placés d'ime manière distinctive , dans une fête publique, les défenseurs de la patrie mutilés dans un de leurs membres ou blessés dans les combats. Les sections de Paris les avaient rassemblés et conduits comme en triomphe à la fete nationale des Victoires, au mois de fructidor, en l'an II, dans l'amphithéâtre dressé dans le jardin des Tuileries ; c'est là qu'on leur rappela les grands traits de la gloire nationale et des victoires des armées de la République, en leur montrant le.< drapeaux pris sur ses ennemis... •
Mais Uarèrc veut que rien ne rappelle à la nation ces temps
m PARIS EN 1794.
affireux où régnaient tur elle des tyrans , dont il était Tor^ane, ayant toujoan des théories subtiles, une &oonde merreilIeiMe, une alimentation intarissable, et des earmagnolet, à leur service.
« Il liuil l»ien .>e (jankr, <l;njs le» institutions ot dan* le^î lVt<"> nationales, de rappeler des nom-, ahhorrcs, leU <pie ceux (](■> t\ ran^ Cnjn't et Ihiicsjni'rrc . I/e» rappeler dans le» cér»'inotne> pul>ii(pu*s, même pour li\rer leur mémoire à rexccration de> hommes, c'e>t Ie> immortaliser d'une manière quelconque. Erostrate, etc.. ^ous ne cêléhreroos doQC point le supplice du tyrmt royal, ni celui du tyran populaire, qui tentaient de renverser le temple de la liberté, après Tavoir ensanglanté tous les deux. Nous célébrerons i'aboU-' tion de la royauté et le renversement de la tyrannie. »
rV'st tout à tail injjrnieux. II vsi évident ipie la royauté ne r.ippeilera à persomie Ciipct , et le 1> thermidor liohrspierre. N'oil.i hit'ii le >iil>til rhéteur d<jnl N'il itc a i.iisx' Ir portrait à colé (h' ct'hii de Hohe>pi( i ii' : a Ilarèir loimait un contraste par- Fait avec Maxiniilirn : lé|;er, ouvert, r.nessant, aiiiianl I.i sorii'-f»'*, surtout celle des lejnnies, n'chen liant le ln\e et sachant d«'peuser. Dans l'ancien ré[fime, il avait doiré de passer pour noble. I.e soltricpiet di' Vicussar ne flattait pas pen son aniotir-propre. Var ié cdiiimi' le canit'leon, chanjM ant d opinion comme de cosluine; tour a loin leiuliant , jacobin , aristocrate, royaliste, niodén'', révolutionnaire; cruel, atroce par faiblesse, iuleuipéraut par habitude; selon la difBcullé de ses digestions, athée le soir, déiste le malin; né sans génie, sans vues politiques; effleurant tout, ayant pour unique talent une facilité prodig[ien8e de
rédaction ' Tous les matins Tantidiambre de Barère était
remplie de solliciteurs avec des pétitions à la main , attendant l'heure de son heureux réveil. Il se présentait enveloppé de la robe d'un sybarite, recueillait, aree les manières et les gfrèces d'un ministre petit-maltre, les placets qu'on lui présentait, com-
< Avnit-il an sujet à traiter, il t'apiMrockaic de Robespierre, Hérault,
S.iinl-.îii-i( . < tr.. c-rniiiot.iii à rltrtriin si's idf'e'», p.irnis-init ensuite à la irihune; Iuuh ciai<-n( surpris de voir ressortir Icurj4 peiDt-eii comme dans un miroir fidèle. (Noie dt Vikte.)
iiicncaiU par les (t nuius »'t disfribiiaiit des galanteries aux plus jolies. II prfMlifpiait U's promesses et les protestations; puis, rentrant {,Ma\enient dans son <al)iuet, a Texemple du honteux cardinal Dubois, il jetait au leu la poi^jnée de j)apiers qu'il venait de n cueillir. Voiià ma correspondance f aile. J'ai vu cette horreur Était-il le seul? »
Nous ne dirons pas à Vilatc qu^il y a un liomme plus horrible qu'un ministre qui jette sans la lire sa correspondance au feu on au panier (manière d'expédier les afifàires qui n'est particulière à aucnn régime), c'est le juré du tribunal révolutionnaire qui ne se donne pas même la peine d'assister à l'audience des malheureux contre lesqnds 11 prononcera la peine capitale: mais Vilate a été puni par l'échafirad ; Barère, mort dans son lit, ne peut l'être que par le jugement de l'histoire. Il faut donc livrer i celle^i tous les témoignages qui peignent l'homme.
Il appartient A cette classe qui dans tous les temps se retrouve dans les avenues du pouvoir, ii est l'habile par excdlenoe. Aussi les yeux des trembleiirs le ch^hent toujours an milieu de la tourmente , pour reconnaître la direction dans laquelle ils doivent marcher. H est leur boussole , presque leur sauveur, parce que le langage qu'il tient leur indique toujours la lâcheté ou la bassesse où ils doivent se réfug^ier pour échapper à Touragan. Qu'on prenne dans le Moniteur le compte rendu de cette orageuse séance du 9 thermidor. Biliault-Varenne a parlé, Tallien a parlé; Robespierre à son tour réclame avec énerçxe le droit de se fîaire entendre. Quel parti prendra la Convention? Un cri part : Barère ! Immédiatement il devient la clameur de l'Assemblée tout entière : Barère! Barère! Parère parait. 11 a parlé : la Con-vention n'hésite plu», et presque à l'unanimité elle décrète, sans vouloir entendre Robespierre, la mise en accusation dont Barère a donné lt> signal.
Ce Barere était irrésistible. Y avait-il un embarras à tourner, une diversion à opérer, un coup à p>rter, une majorité à former et à entraîner, on le faisait parler. C'était la musique du comité de saint public, moins poétique toutefois et pins dangereuse qiu' la inusujuc du gouvernement provisoire de 1848.
Con)iiie les délicats de ce temps-là, il raffolait de ce ;;(Mue faux, obscur, manière, subtil, aianibiqiié , qui allait :;i bien aux fluctuations chatoyantes de sou esprit, rAUègoric :
476 PARIS EN t79ifr.
« Je voiidraiii, écrit-il, que lous les monuments pablkrs
foirent des leçons pour les cîtovens et les Ié{;islateurs. Cette Itf(|i>lali(iii inatv ricllt' ci luuctle lu* >ei ait pas la moins instructive t't la moiiiN oltrir. Alors Tai ( liitccliirr dcvieiiflrai t luoralf t't j)()litii|iic. «Ml >'as-<ociaiit à rinstriiclioii jiuMique. Je voudrais (|ul* )a li ilume clevi-e pour les oiateiii - dans les assemblées nationalt-s, dans les deux conseils, eût pour support uoe âircne, svnd>ole des douceurs et des daDger> de Téloquence. Aux deux côtés de la tribune, les peintres et les sculpteurs représenteraient dansdes tableaux ou dan» des basreliefs, d'un côté le Gapitole avec ses triomphes, de l'autre la roche Tarpéienne avec ses jugements , image de ce que méritent les bons et les mauvais législateurs de la Bépublique française...
« La seule décoration honorable dans la salle de la Convention nationale, après toutefois les deux (;roupes des drapeaux pris sur les ennemis et des pavillons des républiques alliées , était une charrue surmontée d'une gerbe de blé et acrompajjnée d'un vaisseau. >» {De la pensée du gouvernement, par M. Harcre, ex-diputtt du dcpaitiinent des Haules- Pyriiaées à la Cuoventiou nationale, et passim),
lu-suiiions-uons ;
On i-ounait le r(^f[iuic auquel l(> 0 thermidor a mis fin.
QiuA ot celui (pii nous élait ^é^»•I\é?
Si ll<)|)('>|ii('rrt' l'ùf triiniipln- , il csl peniiis do snp[>oscr «pu- la loi du 112 j)rairial aurait coutiuué à être uiiso ru \ i;;UL'ur jusqu'à ce que Saint-Jusl eût pu laire adopter ses institutions imitées de Lycurçue.
Si le comité de salut public eût {;aid«^ le pouvoir après la chute de Robespierre, il est probable que la France, en voyant se développer les oonsé<|uences de la loi du 22 prairial, en eût été dédonima{;ée par le spectacle des institutions que Barère, Thoinme des comités, a préconisées : des ftles à PÊCre suprême, des fêtes des arts, et des cirques. Une foule d'allégories très-ingénieuses, multipliées en tous lieux, eussent donné à la pénétration de l'esprit français un exercice salutaire et l'eussent mis en garde
Uiyilizea by ^OOglc
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. ktr
oontra les dansera de réloquence et des tédnctîons ; qui sont à craindre dans une répuUîque oomme oelle de 1794. Ah! c*est une grande perle, mais on peut s*en consoler!...
DESSIN DE prud'uo» SLR LL 9 TUfchaiiuon. (Inédit.)
Un peintre qui vivait en ce temps-là , et qui a plus d*une Ibis rois son crayon immortel au service de l'all^orie et de la politique de Tépoque, a laissû, lui aussi, un anatlièmo contre Robespicrro. C'est un dessin qui fait partie de la collection léguée par M. Hennin à la Bibliothèque impériale, et dont nous avons "fiiit faire par un artiste habile, M. Valton, une reproduction fidèle que l'on trouve en reyard de la première paj»» de ce livre.
Sur la place Louis XV, sur le piédestal même OÙ Ton avait élevé la statue de la Liberté, se tient assise une figure dont la tête rappelle celle de la Mé<luso antique. Ses cheveux se dressent couiuje des si i pents, contenus j)ar un bandeau qui porte cette inscription : Ulvoi.i tion. A coté d élie si' voit debout siu- un lit de cada\ies. ceint de récliarpc du représentant, Hobespierre , dont la main droite tient un j)oi{;nanl et nn roulean déplié où on lit : IV.TE a l'I^tiu si riu Mr. La main {j.inclie semble .s'accrocher an corps d'ini adolescent étendit snr les f;enoux de la bynre assise, an moment on il est saisi par la main teirible de la Révolution. La main a pris les cheveux <ln ntiser.ible avec tant de force, <jne répon\antede la mort se lit deja dans ses yeux é{;arés , dans sa bouche enli "<)n\ erte , dans les mnscles de sa face et de sou (Vont déchiré p.ir l'anijoisse. La |)osition de l'adolescent n'est guère meilleure, si on s'en rapporte à l'état convulsif ou il se trouve. Les doi(;ts de ses pieds sont crispés , le ventre se dérobe sous Tétreinte de l'homme de la fête A TÉtre suj)réuie, le thorax saillit avec force, ta tête est renversée, le hnis droit, autour duquel s*enroule une bande sur laquelle est écrit : Convention NATIONALE, s*a0ite avec désespoir, mais la main droite n*a pas lâché encore un cadavre dans lequel il est làcile de reconnaître le roi Louis XVL
Dans le champ de la place qui s'étend autour de ce piédestal
♦78 l'ARlS EN 179*.
r^gne une certaine confusion, qui tient à ce que le peintre parait avoir iiiodifit* à plusieurs reprises la scène qui devait Voccuper. l'.n demier lieu, il a mis le général Bonaparte^ accompagné de Minerve qui le couvre de son bouclier, et tenant an rouleau sur lequel on lit : Départ pour l*É«\ptk.
M. Hennin a écrit, A coié de ce beau dessin, de Prud'hon une courte notice dans laquelle il exprime l'opinion , qiie nous |>arta(^eonSf que ce dessin fut fait peu après le tlieimidor, et la ligure du Premier Consul ajoutée à l'époque du Consulat.
Les subsistances au mois Ue thernutlor ati II,
Au milieu de ces agitations politiques, de ces révolutions dont, la Convention et Paris sont le théâtre, la situation matérielle du peuple ne s'améliore pas : tout annonce , au contraire, dans le cas où les embarras continueraient à Tintérieur et à Textérienr sous Tempire des mêmes principes économiques, une aggravation de misères et de privations pour l'hiver prochain.
Les documents inédits qui suivent feront connaître Tétat de la question des subsistances dans la province an moment de la révolution du 10 thermidor.
vàtiKnuwn w cnaa, Disraicr de sascoiks.
■ Ce 9 tliermidor.
« L'atji'ul nntîounl du district aux citoyens composants la commission de commerce et approvisionnement de la Hépubii<juc.
y> Citoyens, j'ai receu votre lettre en datte du 22 messidor relative au maximum yj^BÎ de suilte donné la plus grande publicité à cette lettre, aux ronimuiies une copie, et aux «leuv villes qui sont dans notie arrondissement un réquisitoire où je rend responsable l'ajjerit national de la commune des prevariquations (ju'il ne pour.snivera pas; mais l'égoïsme est la passion dominante de nos administrés, et quelque
Oigitized bj
surreîUaDoe que j'exerce » je troayerë toats les indiyidâ muets sur cet objet; la cupidité s'agite en tous sens cootre cette loi bienfiûsante , les bouchers ne peurent plus tuer par Tinsatiable soif des richesses des fermiers et propriétaires, ou si ils abattent, c'est dans le secret, et la loi du maximmn est éludée, soit par de$ préte-nom , soit en vendant aux mor* ceaux ou à la main; les magasins des marchands sont vides, les aubergistes ne vendent point de vin à la pinte, mais exigent des voya{;eurs des é< us usuraires; les habitants des campagnes, à cette exemple, dans les j)Iaces |)idili<|ues vendent leurs denrées au-dessus du maximum . Elles sont mêmes dans les marchés très-rares, et le peu qui y sont appoilées, sont souvent gaspillées par Taffluance des citoyens qui se les arrachent des mains, par la crainte qu'ils ont de manquer, Les municipalités présentes à ces désordres, restent dans l'apathie, attendent en silence les dénonciations que la timidité retient, que la cupidité sait éluder; le peuple crie, l'ouvrier qui voit que cette loi n est point suivie dans ses objets de première nécessité, la méprise à son tour, et pèse sur son travaille; des municipalités sous le prétexte de police de sûreté mettent en réquisition les comestibles, les conbustibles, et même les denrées commerciales, et par une oonduitte aussi illégâlle, s'opposent à la libre circulation. Voilà, citoyens, le tableau fidèle de la situation de cette loi dans le district.
■ Permettez mov une proposition ; je crois que pour que cette loi soit mise en vigeur dans toute l'étendri de la Rt'puhlique, il seroit nécessaire que des commissaires de votre part parcourussent les dé[)artcments , qu'ils fissent d'exacts recherches ; que de concert avec les agents nationnaux de district, ils poursuiveroient les prévaricateurs devaut les tribunaux, car tant que cette loi sera confiée aux municipalités qui sont la majeure partie composée de marchand, de propriétaires, elles seront toujours sourdes à la voix.
» Salut et fraternité.
m LhOIIME. »
PAUIS KX 17 9V.
LlIlKnik, Ér.Al-IIK, KRATERStTK OL' l.\ MnRI.
• A Moolïns, le 11 ihemidor, l'an II de la RépubKtpM une et indivi«ible.
» Les <i<lniinislnii'-uis du <l('i>tirt"im'nt de l'Allier aux rrf>uhh'ruin.s, inetnbres composant /a ( oTumission du cotn~ incrce et approvisionnement de lu Iv'publitjue.
» A la réceptioD de votre lettre du 24 ine»sidor à laquelle était jointes des copies de celle que vous a adressée le comité de salut public le 8 du même mois et de votre circulaire aux agens nationaux prés les districts en date du 22 du susdit mois, le tout relafivement au maximum, et nous nous sommes empressés de prendre un arrêté le 4 de ce mois que nous avons fait imprimer à la suite de toutes ces lettres au nombre de 1200 exemplaires pour être adressé & toutes les communes, sociétés poj)uIaire"i el comités de surveillance de ce (léparlcmeiit. Nous (mi joi|;non'> ici un excinjtliiirc et en finnrs répuMicains nous ne vous l.iiron> pas que (It'j)ui-. la puliln iition du maximum et <le notre arrrti', il >eml>le (jue ré{;oismc et la malveillance aient redouble (reHo»[> ; les boucheries et le.-< marché» publics ^out déserb», toute e>pece d'alimenU el de lé(;umes y ont disparus et les auberges sont fermées. Frères et amis, le cultivateur conduit et vend soo bled^au marché au prix déterminé par le maximum, pourquoi le jardinier cesserait-il d'y apporter ses légumes, pourquoi Taubergiste fermerait-il sa porte aux voyageurs? Nous vous invitons en conséquence, pour faire cesser ces abus qui tendent à donner du ridicule à cette lot salutaire, à soliciter auprès du comité de salut public un arrêté qui chai|^erait les municipalités et sous leur responsabilités de foire approvisionner les marcbés et ouvrir les portes des aubergistes aux voyageurs, après toutes fois avoir constaté qu'ils sont possesseurs d'une quantité de vin excédant leur consommation.
» Le président du déparlement, » Dl'FOUR. «
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. Ml
On voil, j)ar les documents qne nous avons publiés et par ceux fjui vont suivre, qiu", dans les idt-es du temps, le < ni ti valeur est une espèce de fonctionnaire (jui doit à la soci«''(é nii compte ri{(oureux de ce qu'il produit , de ee qu'il vend , <le ce (|n'il conserve , de ce qu'il gagne, afin ((ue la société règle le prix des denrées sur le bénéfice »lu prodiu teiu '. Ces expédients, suggérés par une si l nation terrible, sont une réminiscence des lois de Lycurgue. A Sparte, le citoyen est un fonctionnaire, et il n*est point un acte de 8« vie, jus(]u*à celui de la procréation, qui n\it été prévu , préparé A l'avance, dans certaines conditions, et dont il ne doive rendre compte. L'adresse des Jacobins de Monteieau que nous reproduisons, d'après l'ori(pnal médk conservé aux Archives de l'Empire, renferme des renseignements précieux donnés par des gens Inen inibrmés, notamment sur la conduite des vignerons, de toui les était eehù qui a ie pbu gagné à la BéwbUhn, qui ne veulent pas se conformer à la loi du maxùtuim, afin de. vendre leurs vins plus cher, et font des insurrections contre le prix, qu'ils trouvent trop élevé, des grains. Cest bien lA l'esprit des gens de campagne, qui deviendront les directeurs politiques du pays. Tout ce qui peut les faire connaître dans le passé comme dans le présent est bon à recueillir pour l'historien.
UM»TB, BOAirn, VIVE LA aKMTSLIQUBÎ
La société populaire jacobine de Montereau aux représen^ tants du peuple composant le comité de salut public.
• Législateurs,
9 Votre appel aux autorités constituées et aux sociétés populaires, pour conoourir avec vous à perfectionner la loi du maximum et à foire jouir des heureux effets qu'elle doit produire, prescrit nécetsairement 4 chalBun une tâche à remplir.
1 Mènfe principe .ip|>ll(|ii<' à la r^lémentation dte rindusCrie et du cummerco. Et rependam la lU'-voiiiliftn avnit coinfnrmé par prnclaniri la liberté de produire et de coiniiierccr, l'aboliiioii de» oiaîtridcd et ùe* juran» dos, comme des entrave* ^ la liberté do travail.
» La société populaire jacobine de Montereau nous oBre le résultat de ses observations ; elle nous les présente avec franchise, et, cliarfjée de vous dire toute la vérité, elle vous avoue avec peine que la loi du maximum nVst pour ainsi
dire qu'un Fantôme; et c'est au moment où la vérité
est à Tordre du jour, c'est en celui où la sévérité des principes est déployée, que Ton enfreint aussi impunément le^ lois, que si nous vivions sous un {jouvernement despotique auquel chacun cherche k se soustraire.
V II est constant que 1 exécution de cette loi présente une immensité d'obstacles difficiles ù surmonter, vous les avez recontuis et jugés : mais de deux maux il faut éviter le pire; l expérience du passé et les avantages du moment viennent au secours de ceux qui rament avec courage contre les difficultés. La manière partiale dont chaque district, et même chaque département, se livre à la taxe des denrées et marchandises, et les distances, qu'ils mettent à envover les tableaux <les différents objets soumis à la taxe s'opposent au bien qui pourrait résulter de cette loi. Kst-il possible qu'une portion des denrées et marchandises soit soumise pour la vente à la loi du maximum, lorsque d'autres se vendent pendant plusieurs semaines et peut-être plusieurs mois, arbitrairement et sans taxe ? Il faut que d'un seul coup et en un même instant tout soit frappé et mis sous les yeux de la loi pour faire un ensemble proportionné. Ce travail à l'aspect paraîtra compliqué et difficile, mais les mesures révolution* naires l'exigent.
» On ne peut se dissimuler que la taxe des grains, qui a provoqué indispensablement celle de toutes les denrées et marchandises, présentait à elle seule de grandes difficultés, car la différence du sol, celle des localités et des genres de récoltes en composent d'incalculables ; en effet, tel pays a en sa faveur des rivières navigables, des routes bien entretenues qui facilitent les transports, et jouit de toutes les ressources ; tel autre, relégué dans des chemins aflVeux où les charrois sont impraticables une partie de l'année, possède
avec un sol fertile des vivics en profui^ion, faute de débouchés. Tel récolte des vins en abondance et pas de (jrain ; il • est aussi des pays où l'on cultive plus particulièrement des chanvres et les haricots et autres légumes secs ; mais celui dont le sol est ingrat manque de tout, dès que la circulation par le fait du commerce est interrompue ; ainsi Taltemative présente d'un côté une surabondance, et de l'autre l'afireuse disette, à laquelle il coDTÎeot de remédier par une vigilance qui porte Té^juilibre partout, autant qu'il est possible.
» Vous aves, législateurs, devancé par votre décret du 1" ocUdi messidor la proposition que devait vous feire la société, de mettre en réquisition la récolte actuelle en tout genre de grains et fourrages, et en prescrivant un recense* ment général de tous les objets ; mais nous croyons, pour remplir les vues bienfeisantes de ce décret, devoir vous pio> poser : 1* une forme de tableaux pour les recensements qui puissent comprendre tous les objets utiles à la vie, et mettre sous les yeux des autorités constituées les ressources à côté des besoins.
» Nous vous proposerons ensuite : l''de mettre en réfjiiisition générale tous les vivres, denrée-., comestihlcs cl n>archandises existantes; 2* rétablissement de niaj;a>inN j)our les fourrages et de greniers d'abondance pour le-. ;;raiMs, dans chaque district et même dans chaque canton, afin d'y placer le surplus des objets reconnus être surabondants pour les consommations, et le versement de partie de ces objets dans les magasins militaires établis. Cette mesure est indispensable, car on ne ponirait forcer les cultivateurs et proprié-' taîres de grains et fourrages à conserver des marchandises dont ils sont obligés de se défoire, pour acquitter leurs charges annuelles, telles que les loyers, contributions, fous de culture et entretien. Ces denrées et marchandises leur seront payées par le receveur du district au maximum fixé tant pour le principal que pour le transport, ou par les gardemagasins caissiers, en rendant un compte détaUlé toutes les décade:» des rentrées et versements qui auraient eu lieu, et des
m PARIS E2i 1794.
payements, avec les pièces à Pappui ; 3* qii*il soU ordonné à tous cullhrateurs et propriétaires de ^ins de faire toutes les décades la déclaration des (jrains battus et Temploi, avec la fe* • culté de les conduire aux marchés ou aux magasins. Cette pré* caution est indispensable pour entretenir la connaissance parfaite de tous les objets et n*en pas perdre le fil ; le cultivateur ou propriétaire de quelque denrée ou marchandise désin;nerîi par apcK u la quantité nécessaire à sa consonunatiou qui doit lui être ui>urt'e : il déclarera ce qui lui re>le de libre pour exposer eu vente ou en dépôt. Les autt)rités coiisliliiéo décideront les (]uantilés cpii devront être portées toute» les décades aux marchés habitués, et pourront, dans les moments où l'on est en pleine jouissance des produits de la récoite, envoyer alternativement dans le cours de chaque décade une partie du canton au dépôt et une autre au marché. Avec cette conduite on évitera la confusion, et tout sera pourvu et alimenté.
• 4* Obliger également chaque particulier de déclarer ses acquisitions de toutes denrées, grains et fourrages par diaque décade, pour quoi tous les jours de décade le bureau municipal sera ouvert depuis huit heures du matin jusqu'à dix, et depuis quatre heures du soir jusqu'à six. Le secrétaire de la municipalité ne pourra sous aucun prétexte se dispenser de s*y trouver.
» En faisant imprimer des tableaux (livisés par colonnes pour recevoir les déclarations indiquées dans les deux précédents articles, l'opération sera très-courte et (acile.
» 5* Faire toii > les trois mois un nouveau recensement de la population dans chaque commune, ('ette opération parait indispensable des autres mesures, parce que de temps à autre les réquisitions des citoyens ou des déplacements nécessités en vertu de la loi et des ordres des autorités constituées, diminuent la population dans un canton pour la faire refluer dans un autre, pourquoi il serait abusif de conserver deé provisions inutiles dans un pays, qui deviendraient pré-
judicial&les à celui qui se trouverait augmenté par les circonstances.
» G" Les municipalités invitées (le remettre aux l>oulan{jers, dans cliiKjLic comnuine, la liste fie tous les propriélairt > de jjrain> soit à titre de récolte ou d ii( <jui^ition. avec défense de leur fournir du pain, si ce n est dans un besoin pressant et avec un bon ou visa de la municipalité : cette mesure est d'autant plus nécessaire qu'il a été prouvé par les précédents recensements que la malveillance ou une inquiétude mal fondée a mis des ména^jes qui avaient des provisions de (grains et ferînes dans le cas d'assaillir les boutiques des boulangers au détriment de ceux qui n'avaient d'autres ressources pour se procurer du pain.
» 7* Enjoindre aux autorités constituées de faire maintenir les marchés bien garnis, afin que le peuple puisse toujours jouir du spectacle de l'abondance qui existe réellement ; car les inquiétudes à cet ^ard ont finit jusqu'à ce moment bien du mal à la chose publique. Les tableaux présentés fourniront les moyens d*évite^ toute confusion et surprise s'ils sont bien exécutés.
» 8* Qu'il soit nommi" des connnissaires dans cliaque commune pour surveiller les recensenicnts, les flédarations des vendeurs et acbeteurs, et l'etjtiere exécution de la loi. L'article 7 de la loi du 1" octidi messidor y a pourvu en partie, mais il serait aussi convenable d'en augmenter le nombre et de lès prendre dans les sociétés populaires où il y en a d'établies, et que dans le nombre il soit choisi des experts assez connaisseurs pour estimer les bestiaux sur pied par comparaison avec la taxe du maximum ; en cas de contestations, soumettre le tout aux autorités constituées, sous l'inspection desquelles ces commissaires agiraient en tout et correspondraient.
» 9*Qu*il soit aussi établi des commissaires particuliers dans les communes ou en chaîner ceux ci-dessus pour les recensements des vins, en connaître Texacte quantité, et en suivre la trace en obligeant les acquéreurs à prendre des acquits-
M6 PABIS EN 1794.
i-caution et s'assurer si les vins ne sont pas folsifiës ches les vignerons et aubei^tes pour faire un gain illicite. On pourrait à cet effet tirer une bouteille de chaque espèce de vin peu après la récolte et y apposer le cachet de la municipalité pour pouvoir les confronter au besoin.
w II n'y a pas d'état qui ait autant ga(;nt' à la Révolution que le vigneron par la suppression de tous les droits et le libre exercice de ses vins, et il est prouvé que heaucoup sont très-t-{;()i>tes. Les vifjiicioub ont fait j).Trtout les insuri e( li*)n>. (|ni ont eu lieu <iai.s les marches pour les {jrains, et ils Inttent avec une hardiesse rt une opiniâtreté inouïes contre la loi du niaxiniiuu ; ou la cave du vif^neron est fermée, ou il met à contribution du double et quelquefois beaucou]) plus celui qui veut obtenir son vin. Il faut obli(j[er chaque vi(pieron, d'après les recensements, de mettre sur sa porte le tableau de ses marchandises, et s'il refuse de les livrer au prix Fixé par la loi, qu'elles soient confisquées au profit de la République, avec récompense au dénonciateur. Sans cette voie rigoureuse, jamais la loi ne sera exécutée. Il feut aussi empêcher les accaparements des marchands de vin et fixer à ceux qni en font le commerce un bénéfice qu'ils ne poissent excéder sans être exposés à la confiscation. Si on ne s*empresse de réprimer les abus sur cette partie, on verra bientôt les meilleures terres en grain plantées en vignes^
n 10* Supprimer tous les cabarets inutiles aux voyageurs et qui ne font que servir d*asile à foisiveté et' à la débaudie et occasionnent une perte de temps très-préjudiciable k la chose publique ; ou sait combien ils occasionnent de cha- {;rins dans les ména{;es : ce ser;iit peut-être le cas, ilans un moment où la sobriété et la pratique des vertus >ont indiquées aux républicains, de faire ime loi pt>nal«^ contre ceux <jui s'enivrent et j)arin>>('nt dans cet état en public. Plusieurs sociétés populaires amies de Tordre ont déjà fait des règlements de police cnvcis leurs membres à cet c;;ar(l.
• Il* Taxer le poisson, empêcher la dévastation des rivières et soumettre à cet effet la pèche à la pohce munici-
pale. IjH suppression des étanf^s et la liberté de la pèc he accordée exi^^ent ( ( tte prée.'iution , car les pêclieurs peu raisonnables, depuis que la loi les a favorisés, preiuient tout ce qu'ils rencootrent sans exception, sans s'embarrasser de l'avenir.
a 12* Obli{;[er iesbouchers àfeîre chaque décade la déclaration 'des abatis ou animaux tués, avec le lieu de dépôt ou de vente des cuirs, et assujettir les tanneurs à faire celle de ceux prêts à mettre en vente comme étant de droit en réquisition ; en faire la distribution aux ouvriers dans chaque district par canton d'après Tëtat de population, et verser le surplu9 dans les magasins de réserve pour le. service des armées, après avoir fixé une taxe uniforme sur les cuirs verts et sur ceux prêts à employer ; on sait combien les tanneurs ont Q%né à la révolution, et néanmoins ib persistent à vendre les cuirs plus cher que dans les temps où ils payaient des droits immenses et que, continuellement tourmentés par les satellites de la ferme g^énërale, ils étaient exposés à des procès ruineux. 11 conviendrait aussi de nommer des commissaires pour examiner l'état des fosses avant de les mettre en vente, car le défaut de préparation convenable double la consommation.
» 13" Obliger aussi les l)ouchers à déposer les suifs dans un ma(|^asin au chef-lieu de canton, pour ensuite vn faire la distribution chaque décade, même tous les quintidis, aux marchands fabricants de chandelle dans chaque commune, suivant la population et les établissements.
» 14° Obliger les cultivateui-s ou propriétaires de bétes à laine de foire la déclaration des laines vendues en 'gros ou lavées, le nom et la demeure de l'acquéreur, qui de son côté ne pourrait les enlever qu'avec un acquit-à-caution dont il justifierait à sa municipalité ainsi que de l'emploi ; par cette voie, on connaîtrait l*état de situation de toutes les manufactures, et les ressources que Von pourrait y trouver pour le service des années. ■
9 On ne peut apprécier au vrai ce qu'il en coûte à la
M8 PARi6 EN 1794.
République pour les commissaires envoyés, •oit pour acheter les objets nécessaires et pressants pour le service désarmées, soit pour connaître les ressources, ce à quoi on n*a pu rédlemeot parvenir ; car l'adresse des marcbands a toujours su se (jfarer des recherches et a souvent feint une disette apparente par des vues d'intérêt ; les mesures indiquées y remédieront.
» 15* Taxer toutes les marchandises dans les manufSctores. en distinguant celles de nécessité d'avec celles de luxe, donner ensuite uni- aii(piientation aux détaillants proportionnée à réloiifuerneiit et à l'état des roiit«'>, parce que tel pavs qui .< (piel(juc> uiarcliandi^C'' à Ijou niarclié en raiboii de la proMniiti- de-) r<'( oUe> on de la tahricalion, eu paye d'autres plu* c liei- eu rai^on de I eloiyueiueut; or, si la nature a pour ainsii dire tait une ^orte de conipensalioQ pour i'exi»teuce, le gouvernenieiit doit la seconder.
» 1G° L'exploitation des mines de fer et de charbon ée terre, dont la fabrication est si nécessaire pour le service des armées et de Ta^iculture, mérite aussi une attenlîoo particulière : non-seulement ces objets se trouvent compris nécessairement dans la taxe générale , mais les besoins des foires occupées au service des armées remplis, il conviendrait en envoyer dans chaque département, district et canton* de quoi |*ouvoir entretenir les outils essentiels à ragricol' ture, qui en manque journellement.
» 17* L'exploitation des bois ne mérite pas moins toole l'attention du f^ouvernement ; il serait peut-être iofinimoit néces>nire que cliacjue mai elinnd fût assujetti à faire OD* quantité d écorec et de c1uuIm)ii ])ro|)()rtionnée à sou exploitati(Hi, et <pie les ])auvres et les tanuile.> iudijjentes, souvent nus et lo{;és presque à riujure de l'air, rerus^ent une rertame quantité de hois sur les secours qui leur sont nccorties d après leurs besoins coQouâ et appréciés par les conseils généraux des communes.
» 18" Commissionner tous les nia rchands jusqu'à la p^>(» et ne le foire qu'à ceux qui obtiendront ou seront munis de certificats de civisme.
i^iym^cd by Gijtjgk:
» 10° Détlaior que tout uiarcliand (jui vendra nu-dessus du maximum sera puni par la confiscaliou de toutes ses marchandises au jirofit de la République, la boutique feriuée pour lui ; |ioint de {;race à cet égard, et récompeose au déiionciateur dont le rapport sera Fondé.
» 20* Uoe seule administration chargée des &ubsi.slaiices et approvisionnements de la Hépublique, sous Tinspection du comité de salut public : rexpérience a prouvé combien la division des pouvoirs et la multitude de leurs agents ont (ait de mal.
» 21* Tout devant être atteint par la loi du maiimum, les manufactures de faïence, poteries, les verreries, les fabriques de tuile, brique, etc., les exploitations des fours à cbaux et à plâtre, et en général tous les objets d'utilité publique, doivent être soumis à une taxe proportionnée è celle du bois employé et de la main-d'œuvre, et assujettir à la réquisition des droits les objets utiles à la liàtisse, pour l'entretien ou réparation des lifttiments nationaux à la charije de la République. — Observations. 11 semble que pour faire une taxe proportiormelle dans toute la République aux localités, eu éjjaid aux trai> de trans])ort , il faudrait que chaque district envo\aL à jour indiqué, au chel-lieu de dcpai tcnicnl, six Iionuiies choiMs, connue ayant les lumières uccc.>>ajres sur les objets de commerce et d'apricullure, et ca|)able> d'apprécier et de donner l'état des localités et des roules, avec les connaissances uécessaires sur le prix de la maiu-d'a-uvre en général.
• Chaque département pourrait ensuite nommer deux commissaires pour envoyer à Paris porter le résultat de leur travail, lesquels se réuniraient dans une assemblée indiquée par la Convention nationale, sous l*inspection du comité de salut public, et en présence des membres du comité de commerce et d'agriculture , et de la commission de commerce et approvisionnements; chacun présenterait ses vues d'après les résultats généraux et particuliers, le comité de salut public prononcerait.
a Ces mesures doivent nécessairement procurer l'aisance tant désirée, en assurant à chacun les ressources nécessaim à ses besoins. »
l/<ujt'iil national prrs le. district de Vil/rfort, à /a coniinission du commerce et approvisionnements de la République,
> Vilicfurt, le iV thermidor.
» Citoyens,
>» Dès avoir reçu votre lettre du 22 messidor, et copie de celle du comité de salut public du 8 du même mois, relatives aux infractions laites à la loi du maximum, j*ai foit une proclamation qui a été envoyée aux* municipalités, comités de surveillance, sociétés populaires, et au tribunal du di^^trict. Le motif de Tintérét général, Tavanta^ particulier , soitda cultivateur, soit de l'artisan , Pamour de Tordre, l'exécotion de la loi, enfin tous les motifs que mon patriotisme a pu me suggérer ont été employés de la manière la plus concise, pour porter nos administrés à l'exacte exécution d'une loi si bienfaisante, lorsque tout le monde ne s'en écartera d'aucune manière. Mais il ne feut pas se dissimuler qu'elle trompe le^ vues salutaires lorsqu'elle est enfreinte dans le secret, et qu'alors, bien loin d'être salutaire, elle ne fait qu'au{;mcntcr^ la dix tfe factice <|ui rèfjne dans toute la République. La cupidit('- insatiable cbcrcbe tous les inovens de trom()erla vi{jilauc(' des bons cilovens : elle se caclie et réussit <]uel(]iiPfois. C'est à nous à la surveiller, à la déjouer, à la punir au nom de la loi ; c'est à vous à peser dans votre safjesse les raisons dont les cultivateurs se servent pour ne pas porter leurs g[rain8 au marcbé. Les voici. Vous sentez que la 1^' existante, nous ne la mettrons pas en balance avec ces raisons fussent-elles encore plus fondées, et que la loi s'exécuteia nonobstant toutes clameurs, etc.
LA RUE, LE CLUB, LA FAMINE. m
» Les ciiltivateurs disent que le prix des {;i'ain> est trop bas , et beaucoup au-dessous de la proporlion des autres marchandises et denrées de première nécessité, que ces dernières ont reçu par le maximum non-seulement le tiers en sus au prix de 1790, mais que certains articles, par la politique de certains districts qui ont touIu favoriser les fabriques de leur arrondissement, ont reçu une augmentation de plus de la moitié sur le prix de 1790' et d'autres le double; qu'au contraire les giains sont au-dessous du prix de 1790 (ce deniier point est vrai relativement à ce pays); que quand ils viennent au marché ils ne trouvent ni toile à acheter, ni huile, ni étoffe, ni aucun objet de consommation qu'ils y trouvaient ordinairement, et que s'ils se les procurent dans les pays lointains, c'est à des prix très-hauts et m6me à un maximum qui n'a pas de proportion avec celui de leurs grains. Ils allèguent encore cette autre considération, qu'on a augmenté de moitié le prix des journées au moins et que leurs {jrains devraient recevoir dans le prix le méiiie at croissenient. Ils font craindre (]ne les cultivateurs ne s'empresseront pas aux semences prochninos de tant imposer >ur leurs champs comme les année-, precétlentes , non pas tant pour la raison du défaut de bras que par le motif de ne pas se ruiner, en faisant ime semence et une récolte à grands frais, qui, disent-ils, ne leur rentrent pas en entier lors de la vente de leurs grains à si bas prix.
» C'est une vérité, je le dis en républicain , pour ce paysci, où la plus grande partie des semences se font avec la bêche et non par les animaux du labourage. J'ignore si dans les déportements voisins la même raison existe, même si l'on se plaint de la disproportion du prix des grains à celui des autres marchandises, mais je suis instruit (pi'il y a le même empressement à resserrer, à cacher les grains et à ne pas les porter au marché autrement que par réquisition, voie trèspénible, mais nécessaire lorsqu'on voit pratiquer l'horrible proverbe : Nth'mttr in vetita ' .
* ^ous nous plaiiioiia aux choses tiéfeiiduet.
49S PARIS EN im.
»i Je le r«'|)< tt'. iioiin, uoU'» ne pouvons eomiaiîre «nie la loi. nous nou> lundi ;il(a< li ;i elle; »niiis c e>t ;i v<Jiis a peser >i rintérél puMic tMjje de rnelire le [irix d«*> j;raiiis à la moitié en sus de ce qu'ils .sont ti\é> HCtuelIcmcnt. La Coiiveulion a tait une nou%'elle augmentation du prix des toile», qui en avaient reçu au moins une première; examinez s'il conviendrait de faire celle qui est pro]>osée pour le$ graiiut, avec la soumission due à la décision des lé{;i>la(eurs.
• An surplus, nous sommes dans le district plus alarmés pour l'avenir que nous ne Tétions Tannée dernière, quoique notre récolte soit de beaucoup meilleure, parce que les localités font la base de nos craintes. Nous vous Tavoos déjà dit plusieurs fois Tannée dernière, le district n'est pas granifere en (;énéral. Sur cinq petits canlons, il n*y en a qu'un qui recueille du superflu, un second qui souvent ne se suffit pa> , et les trois plus (grands qui restent ne cueillent que du seigle, et pour les jours <le décade seulement. Ils nous demandent déjà des {grains pour se suste nter, quoique leur récolte soit faite. Il faudra pour letn- nourriture user de réquisition sur le canton iuii(pie (;rainferc, qui c-it tres-pelit, et ne peut se nourrir et secouru* les autres tpie pendant un ou deux mois; il e.tt occupé dans ce moment à faire sa récolte, et vu que c'est un pays froid, à peine quitte-t-il la fouciUe qu^il doit prendre la charrue pour semer. Mais, dires-vous, comment viviez-vous autrefois? Le voici : le commerce nous portait les fjrains du district de Lango{;ne, du district de Saint-Cbely, de Mende, au département de la Loière, et du district du Puy, département de la Haute-Lioire. Depuis la loi du maximum, la cupidité nous a fermé la porte 4 celte ressource. Nous aTons vécu des réquisitions feites par les représentants ChAteanneuf, Randon et Borie, dans le Gard, pour des grains étrangers, et la Haute-Loire. Une partie du département a reçu quelque chose du Lot ou dn Tarn. Rien n'est arrivé à nos marchés : ce que les réquisitions ont produit, arrivant un peu aj)rcs l'autre, a été distribué aux muiiictpaiilés, et par celles-ci aux plus indigents. Bien des
Uiyilizea by <j
femilles entières, bien des pauvres gens et même des riches, ont soufFert la privation <lii pain ])cndant six, hnit jours, et à diverses rej)risos , nuiis, {jràco au ciel ! toujours avec patience et sans attroupement; on s'est (oiitenle de nous demander des secours, les larmes aux yeux. (Juel attendrissement pour (les âmes humaines d'être témoin^ de leurs souffrances et de leur Bdélité à ne pas troubler la tranquillité publique! G* est pour éviter la répétition de ces scènes touchantes que je voas préviens que nos marchés ne seront pas plus pourvus cette année si les districts désirés ci-dessus ne sont pas requis par vous de. nous les alimenter; leur récolte, au reste, est plus que le double de Tannée dernière.
» Salut et fraternité.
» BORRBLU. »
Nous croyons utile, pour rintelligcnce de l'histoire intérieure de Paris, de présenter le tableau des sections de Paris. Le lien des séances, dans chaque section, était le sié^e de la justice de paix , et le local où se réunissaient ordinairement les sociétés populaires.
LES QUARANTR-HCIT SECTIONS DE PAMS EN 1794.
Section des Tuileries, Lieu des séances, rue Saint- Nicaise.
Section des Champs-Élysées. — I.ieu des séances, aux Champs-IOlysées, coin do la rue de Ghaillot.
Section de la République, — Lieu de ses séances, rue des Saulsayes.
Section de la Montagne, ei-devant Butte des Moulins, — Lieu de ses séances, me des Moulins, butte Saint-Roch.
Section des Piques, — Lieu de ses séances, rue Neuvedes-Capucines.
Section de Pelletier, ci-devant de 1792. — Lieu de ses séances , rue des Filles-Saint-Thonias.
Section du MontrBUnc* — Séances, rue Saint-Georges.
Section du Muséum, ci-devant du Louvre, — lieo des séances, à la Samaritaine.
Section des GardeS'Jrançaises, — Lieu de ses séances, à rOratoire.
Section de (a Ifalle aux bleds. — Siège ou iieu de ses scaïu t's, riic Co(|uilliir(\
iSccitou ilr Pojtincoint. — Siège, rue Popincourt-
Srciion dt' la rur <i- Montreuil, — Siège, graode rue du taulioiirj; S. mil- Antoine.
Section (les (Quinze- Vingts. — Sic(;e, (p:^de rue du faubour(; Saint-Antoine.
Section des Gravilliers. — Si^e, rue Saint-Martin des Champs.
Section du faubourg du Nord, — Siège, fauluiurg Saiat- Martin.
Section de lu Réunion. — Siège, rue Beaubourg. Section de l'Homme armé, ci-devant du Marais, — Si%e, à la Mercy.
Section des Droits de Vhomme. — Siège, rue des Droits de l'Homme.
Section de la Maison commune. — Siège, me des Barres. Section de r Indivisibilité, ci-devant la place des Fédérés,
— Sie'(;e, aux Minimes.
Section de l'Arsenal. — Sic^^e, rue Saint-I.oiiis-la-CuIturC»
Si crion (le la Fraternité. — Sié(M', nie de la i'rateriiitè.
Sii lian fie la (^ite. — Siejje, rne Perpignan.
Section (lu Contrat social. — Sièfje, Saint-Ku.stacli6.
Section de Guillaume-Tell ^ ci-devant du Mail. — Siège, rue Notre-Dame des Victoires, aux ci-devant l*etit>-Peres.
Section de lirutus, ci-devant Molière et la Fontaine. " Siè{;e, rue Montmartre, à Saint-Joseph.
Section de Bonne-Nouvelle . — Siège, au Petit-Carreau t cour des Miracles.
Section des Amis de la patrie, — Siège, à la Trinité, rue Saînt-Denys.
LA BUE, LE CLUB, LA FAMINE. m
Section Bonconseil, — Siège, Saint-Jacquesrr Hôpital. Section des Marchés, ci-devant des Halles, — Siège, rue de la Ghanverrerie.
Seetion des Lombards. — Sié(][e, rue Saint-Martin.
Secli'on (les Arci's. — Siège, rue Sainl-Jeuii-l*uiii-Mollet. St'citon du Jaubouvg Montmartre. — Siège, rue Poissonnière.
Section de la rue Poissonnière. — Siège, graudè rue du fanhoiiif; Saint-Denys.
Section de liondy. — Siège, aux Rècoliets.
Section du Temple. — Siège, rue des Fossés-du-Temple.
Section Bfh'olutionnaire, cidevant du Pont-Neuf, — Siège, rue Saint-Louis.
Section des Invalides, — Siège, au Gros-Caillou.
Section de la Fontaine de Grenelle, — Siège, rue du Baoq.
Section de l'Unité, cidevant des Quatre-Nations, — Siège, abbaye Saint-Germain des Près.
Section de Marat et de Marseille, — Siège auzGordeliers, rue de Marat.
Section du Bonnet-Rouge, ci-devant de la Ctroix-Bouge, — Sièjje à la Croi\-Hoiifye.
Section de Mutius Scœuola, ci^devant du Luxembourg. — - Siège, rue Fèiou.
Section Hegenérée, ci-devant Beaurepaire. — Siège, rue des Mathurins.
Section du Panthéon français» — Siège ou lieu de séance , aux Garnies , place Maubert.
Section de l'Observatoire, — Siège, rue du Faubourg Saint-Jacques.
Section des Sans<uloties, — Siège, me Saint-Victor.
Section de Laxouski, ci-devant du Finistère, ^ Siège, église Saint-Martin.