DE LA DÉMAGOGIE
Et maintenant, que nous reste-t-il à dire? Que ce peuple qui avait fait la constitution de 1791; qui, à la presque nnanimUé, avait TOié celle de 1793; qui avait immolé ou souffert qu'on sacrifiât à son ombrageuse passion pour la liberté une infinité de victimes innocentes; que ce même peuple, après avoir donné une seconde consécration au gouvernement républicain, en adoptant la constitution de 1795, une troisième adhésion solennelle parle vote de la constitution de l'an VIII (3,011,007 pour, sur 3,012,549 votants), devait, avec la ménie unanimité, — car c'est seulement en t e point qu'il se montre toujours d'accord avec hiinu nie, imanimité pour se dénientir, — saluer de ses acclamations la constitution impériale de l'an XII. De ces variations, rexplication, pour ne pas dire Texcuse, se trouve dans ce livre. En montrant Tétendue de la misère , la grandeur des privations, r^poisement de la population par plusieurs années d'une disette qui ne permet pas de donner aux malades Tassistance nécessaire à la réparation de leurs forces, aux petits enfonts la nourriture suffisante pour préparer des hommes vigoureux, nous avons plaidé la seule circonstance qui puisse paraître atténuante pour une inconstance politique qui a étonné le monde.
Il est trop commode d'oublier les grandes dboses que nos
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pères ont faites , les hieiis que nous leur devons , les périls qu'ils ont affrontes aiin de nous transmedre ces bienfoits;— il est trop facile de dresser la liste de leurs fautes, de retracer leurs douloureux égarements, pour que l'ingratitude envers eux et la triste tâche de condamner leur mémoire, aient pu nous tenter. Nous avons poursuivi un tout autre but.
Que ceux-là seuls qui n*ont pas péché, qui n*ont pas connu de défaillances, qui ont sauve(;ardé la liberté, maintenu leurs droits , conservé intacte leur foi politique , après avoir souftfil autiuil (]ue nos pères ; que ceux-là seuls leur jettent la première pierre; <]nant aux {jini-iations qin les ont iiiiil('> dans leur moI)ilit«' >an> avoir coimu connue eux ni les (l('<*hirenii'iil> fie la jjiici re ( i\ile. ni le^ an^oiNses d'inie \uilv Ici rihU' < t inéjjale avec ri'^ui oj)e coalix'e t oiilre l'iionneur de ia nation, ni les horreurs de la disette et de longues aauées de privations de tout genre, une seule attitude est permise à ré{]ard de ces morts dont nous avons recueilli l'immense héritage, celle de la modestie et d'une indulgence respectueuse.
g Yl. — CE QUK LA DÉMAGOGIE A LAISSÉ CHEZ MOUS; CE QUE LA DÉMOCRATIE A PAIT EM AMÉRIQUE.
Napoléon a dit: Dans cinquante ans l'Ëurope sera république .ou cosaque.
Vieilli, retiré des intérêts du monde, le [jrand capitaine, connm» lou> le> lioniines au\i|ii( !> I avenir ne promet plus rien , aimait à icxciiir aii\ souvenir^ de sa j('nii(s>f et à réchaulh'i »a pcMi^ée à ce soleil de la Hi'publique <|u'il avait .>i n)a^ni(i<|ueineiit confessé : J.d lirpublique est comme le soleil : ntdlheur à qui ne la voit pas!
Du haut des âilaises de son lie, au-dessus des cimes de la grande mer, h travers les débris de nuages que la tempête récente avait laissés comme des taches sur l'azur incom-
roon<urai>le du ciel, il le revovnit , montant toujours, et éclairant le monde i'ntiir. Ceux qui étaient au bas de la fiilaise, dans l'ombre des nuages, n' apercevaient rien ; la parole prophétique le» eût finit sourire.
République ou cosaque, n'est-ce pas comme s'il eût dit : renaître ou mourir; Thonneur ou la honte; la liberté ou la servitude?
I9ous ne saurions voir là une malédiction, une condamnation avec le choix du moyen d'exécution : le poison ou le fer. Bonaparte avait aimé la République, et c^est sa foi en elle qui l'avait feit si hardi, si fort et si grand. Il n'avait songé à la remplacer que le jour où il l'avait vue en défaillance. A vrai dire, il n'y eut pas de lutte, il n'v eut — qu'on pardonne la trivialité de l'expression h sa justesse — que le croc-en-jambe du 18 brumaire. La liL-puiilnpie tomba; elle était si bien | morte, après avoir été incjinaiitc tant d'année^, (jue nid ne j songea à faire un ettort pour la relever. C'est alors que la France eut bien le gouvernement qu'elle méritait, car si on impose quelquefois à un peuple un gouvernement qui ne lui convient pas, celui qu'il garde est toujours celui qu'il mérite.
Jamais on n'avait vu un tel spectacle. La plus puissante, la plus héroïque, la plus audacieuse république qui ait existé rédaite à cet état de ftiihiesse qu'il suffit du geste d'un général pour la jeter par terre et de quatre grenadiers pour Tenteirerl
Cette foudroyante surprise du 18 brumaire avait, il fout le dire, été préparée par une force malfoîsante à laquelle aucune constitution politique n'a résisté : en 1794, elle
s'appelle le sans-culotiisme ,
Admirez sa puissance! Pour conduire un peuple du paroxysme du désintéressement à un éfjoïsme lérocc , de l'amour du genre bumaiu à la baine, de la foi la plus exaltée au scepticisme le plus complet en toutes cboses, de la confiance ù la défiance, au remords, au regret, au désespoir, deux années lui suffisent : 1793, 1794.
On vante les exploits des conquérants. Le jacobinisme
réussit aussi bien qu'eux à causer, par la guerre, par lat confiscations, par les supplices et la disette , la dépopulation d'un pavs; mais ce qu'aucun conquérant n'a pu faire, il le fait. A ceux qui avaient crié ave(' enlliousiasmc Vive la liberté ! rive la Répnhliqtie ! il fora crier avec la mctne ardeur : A bas la liberté ! à bas la République! Vive le lioi! — Vai 1795, la seule Hainme du {;rand incendie libéral de 1789 qui brûle encore se trouve au sein des armées.
Ce n'est pas que le jacobinisme soit une rage homicide, une soif inextinguible de sang; il n'est pas précisément mechant; il est, ce qui est bien pis, il est béte. Les plus dangereux des bommes sont les plus bétes, parce que, indépendamment du mal qu*ik veulent fiure , ils font sans s'en douter le mal bien plus grand que d'autres ont intérêt à leur faire faire. Et c'est ainsi que les Jacobins ont atteint non-seulement les générations rivantes , mais, à leur insu, le^ (;énérations à venir. En donnant Téchafaud pour piédestal à la République, ils ont rendu inévitable la chute de celle-ci, el son rétablissement impossible aux yeux tic ceux rjui croient qu'elle ne saurait avoir d'autre base. S il^ n'ont pas, coiiune ces vair>queurs des temps anti^}ue> , >eni(' le sel pour vouer à une éternelle >tt'rilité le> fondements de la Républicjue renversée, ils ont, sur le> murs de Lyon détruite, dans les plaines rava^jees de la Vendée et de la Provence, au nord et au midi, autour des ruines de ce qu'iU appelaient le fédéralisme provincial, semé cette ronce qui a tout envahi, tout lié, tout paralysé à la longue : — la centralisation terroriste.
Usé par cette ronce tenace, nous ne rendrons au généreux sol de la France sa fécondité et sa richesse qu*en combattant ses envahissements. Suivons l'exemple du bon cuftivatenr qui veut pur(;er son champ d*une mauvaise hçrbe. Il l'arrache, brin par brin, avec la main. Ce n'est pas l'oeuvre d'un jour.
Cette tàclie, aurons-nous le courage de la mener à bonne