‹ Paris en 1794 et en 1795Chapitre 40 sur 47 · GERMINAL · texte numérisé non relu

GERMINAL

31 MABS AU 19 ÂVAIL.

LA t:ONVl NTION ET I.A RI F DEPUIS LES INSURRECTIONS POPI LAIRES JL'iiUU'A LA PROMULGATION DE LA CONSTITUTION DE l'aN III.

Nous pourrions sans doutt; nous arrêter ici et ( oiisidcrer noire tâche comme remplie. Mais l'histoire de la (x)nvention ne se termine pas avec Tannée 1794, et pour apprécier son œuvre il faut la suivre jusqu'au bout.

La Terreur avait semé la haine et la ven(]^cance ; la tyrannie du rnaximum avait ÊEivorisé la famine } aussi la période qui s'étend de germinal an III à bramaire an IV peut «e résumer en deux mots : la vengeance et la fiiim.

C'est nxnns avec les relations des historiens qn'avec les rapports de police que nous la jugerons. On a exagéré les fautes du parti jacobin : il a eu le sort des vaincas, et on Fa accusé de tons les désordres qui ont été commis. Cependant il n*est pas juste de lui attrilmer tout le mal : ce mal était sarlont la coiûéqnence de mesures dont la responsabilité remonte à Ja Convention, et particnlièrement à ces Montagnards transfermés en Thermidoriens.

Ce sont eux qui avaient fait A Paris une situation privilégiée parmi les villes de l'empire, en le nourrissant ans dépens de toute la France, au prix d'immenses sacrifices. Ce sont enz qui avaient habitué sa population à s'en rapporter, pour le bon marché et l'abondance des subsistances, à la sollicitude du gouvernement. Ce sont eux qui avaient voté les lois de sang, armé les pa* triotes du fer et de la torche, commandé l'extermination des rebeUes, la destmction des villes, dressé partout les écha&nds ooiitie les suspects.

Un jour, l'intdligenoe de leurs erreurs , le regret tardif de leurs ^utes, leur font révoquer lesdécisions prises. Que résultet4l de cette réaction complète et rapide? Que les hommes du peuple instruments de la terreur vont être brisés et sacrifiés.

Pour eux la faim f car on va iliminucr ces distributions de vivres auxquelles on les avait habitués; pour eux, la haine des victimes, la vengeance des enfants privés de leurs pères, Texécration des familles dépouillées, car, réparatrice et modératrice, laGonveDtion invoque ses droits à la reconnaissance nationale.

Ceux qui se plaignent d*étrc injuriés cl maltraités pour avoir fnt ce qui leur avait été recommandé la veille an nom du patriotisme; ceux (]ui se piaifjnent d'avoir faim, d*étre réduits à deux onces de pain par jour, et qui rappellent qu'on leur avait dit que la chute de Robespierre ramènerait Tabondance, sont également coupables de malveillance. On ne distingue pas entre les vieux JacobiiM conspués, les membres des comités ré%'olntionnaires congédiés, ks furies de la guillotine mises ed disponibilité, les ouvriers sans ouvrage, les mères de fiunille sans pain : tous sont des mécontents. Or, il fiiut aux pieds d'ail gou* vernement, fùl-il celui de la Convention, des satis&its et des heureux.

Il n'y a peut-être pas dans notre histoire révolutionnaire un spectacle plus navrant que celui qu*oflB« Paris de germinal i brumaire. Encore une fois, il fout lire les rapports de police.

Naturellement, les anciens Jacobins étaient pour quelque chose dans les agitations populaires. On ne tombe pas de la domination dans le mépris public, on ne s'entend pas traiter de brigand le lendemain du jour où on était traité de souverain, sans éprouver une vive irritation. CSes puissances déchues s'agitèrent; mais la raison et la conscience publiques étaient contre elles, et elles se seraient agitées vainement si elles n'eussent rencontré un auxiliaire terrible : — la faim ; la foini qui ne raisonne pas, qui ne remonte pas aux foutes lointaines dont elle est le résultat, la foim qui crie et menace!

Si elle ne raisonne avec perMmne/oa ne raisonne pas avec elle. Quand elle menace, on frappe et on tue. En avant les baïonnettes! en avant les épées!... u Frappe, barbare! tu m'épargneras la peine de retourner auprès de mes petits enfonts, que j'ai quittés parce (ju'ils ont faim et que je ne puis apaiser leurs cris, n Lisez les rapports de police, vous y trouverez ces propres paroles.

On dit que les lionnes qui ont des petits sont plus hardies et

Diqjtized by Cooglte

plm coiirageiues que les Jioiis. Pourquoi les mères ne seraientelles pas plus courageuses que les hommes? • On vit alors une chose inouïe dans nos annales. Les femmes tinrent en échec le plus formidable {gouvernement qu'il y eût au monde, nn gouvernement qui faisait trembler les rois et qui disposait de quatorze armées. Ni au 9 tbermidor, ni au 2 juin, à aucune époque, la Convention n'avait couru un aussi grand danger qu'au prairial an III.

La faim est une rag[e; elle n'a pas besoin d'armes, les dents et les on{;;]es suffisent. Poussées par vUo , les femmes sont terribles. £lles quittent le logis, comme la béte féroce quitte l'antre pour y rapporter la proie et la pâture aux petits. Elles marchent où les conduit l'instinct, où on leur dit que se trouvent l'argent et la farine. Un jour, les femmes affamées s'étaient jetées sur la route de Versailles, et elh's (''Iriicnt revenues de la cour (le inarbru rainenaiit à Paris ie boulaïujcr, la boulangère et le petit mitron, liii bien, l;i Convention cachait le boxibin^jcr ju'iil-ciro! {•'Ile avait bien don né du pain; pourquoi n'en donuerait-cllc pas encore? Kst-ce qu'un vit avec deux onces de pain!

Tel e>t le xcritable sens <les itisnrreclions de (jermin.il et de prairial; à la surface, il y a les Jacobins, les soiiteneius des anciens comités, les partisans de la ( ionslilutif)n <b' 17ÎKi, l'elTer- \('>cenci' des anciennes idées qui sur(;is>ent conime les dernières HauMiKs tl nn feu mal éteint : — au, fond, il v a la faim.

Ib'las! que les hommes soient battus, puis(jn'ils ont voulu coinbafiK'; cpTils soient tués, puistpi'ils ont voulu luer... mais que les fcnunes meurent, <|ue les enfants ineuient, parce qu'il a plu aux partis de se proscrire et de s'imposer les uns aux autres des mesures stupides et tyranniques, — n'est-ce pas affreux?

Et il faut le dire, parce que c*est la moralité de Thistoire, tous les maux qui avaient été la conséquence de doctrines funestes pesèrent particulièrement sur ceux qui avaient été non les inventeun, mais les instruments de ces doctrines : on les emprisonna à Paris, on les é(;orgea à Lyon, on les mitrailla à Toulon , et ce fuient les inventeurs qui mirent le feu à la mèche des canons qui les mitraillèrent.

La Convention, au milieu de ses tristes victoires, était condamnée A un jeu de bascule perpétuel. La majorité, fermée de Montagnards et de Girondins, était obligée, poiir tenir la Répu-

blique en t'Hjuilibre quand elle ponrhait trop du côté d'une opinion , de se jeter brusqueiiieiit d»' l'aulre colé, et de demander st'<'Oiir!> à ses adversaire d<- la vrille. A re jen,ell«' {;nj;na la proloni^atioii de son t'xistnuf, niais en nirnu- temps elle Kitij;iia et rompit j)rodij;ii'nx i«>sort populaire auquel la n'\olution de\ait toutes It's cIiom's {jrarulcs ou tcrrihlrs (ju'cllt' .i lait«'S.

Le 13 vendémiaire . le peuple parut encore; non le |)euple qui porte la Idoji.se, — il a\ait ('-lé vaineu par la Faim et tlésarme; — mais le peuple cpii |)ort«' l'Iiahit. A eoups de fusil et de baïonnettes, on le forea de rentrer d.ins la l>oiiti<pte et le logis. Il y renlia et n'<'n sortit plus, l.a Héj)ul)li(|ue ne devait avoir désoiniais «rantres dt'Ieiiseurs «pu* la {;ar(ie qui veille à la porte du Louvre et «elle cpii patrouille dans la rue?

^^ous sui\ rons de loin les »''\ ('nements , couime nous ra\(»ns fait jus»]n'ici, en nous bornant à queltpns dates, qui nous serviront de jaUms, et à cpieltpu'S rapports de police tpii suffiront pour donner une idée <le la situation de l'aris jusqu'à Fépoque de la Constitution de Tan IIL

l** OBKMIRIL (21 mars).

Formation et mise en activité de riù (de polytechnique, sons le nom d École centrale des travaux publics, en oonlbrmitédu décret de la Qonvention.

11 OERMIHAL (31 mars).

Une députation de la section des Quinze- Vingts est admise. u Depuis le 0 tbermidor, dit l'orateur, nos besoins sont incessants. La disette est au comble. Les i m annulations continuent. Le peuple sait tpie, (juand il est opprimé, r//J5Mrrt'C/ion est le plus saint des devoirs, ^ous sommes debout pour sauver la République et la liberté ! »

INSURRECTION Dl 12 GERMINAL AN MI (1* AVRIL 1796).

Une bande de femmes se présente à la barre de la Convention ; Toratenr dit : •< Vous voyez des bommes dn 14 juillet, du 10 août, du 31 mai. Depuis le 9 tbermidor, vous avez mis la justice A Tordre du jour. Ce mot est vide de sens. Vous avez dit 4|ue cette journée ramènerait Fabondanoe, et nous mourons de làim. L'assignat ne vaut pas un cinquième de sa valeur. Le peuple veut du pain, la Constitution de 1793 et la liberté des patriotes incarcérés. » Ces plaintes pouvaient avoir quelque fondement, mais on avait fait les mêmes promesses au peuple dans le procès des Girondins, dans le procès de Danton; et on devait savoir à quoi s*en tenir sur leur valeur. D'ailleurs, que répondre à d<-s gens qui vous demandent du pain et vous mettent le pistolet sur la f;orge? La Convention était envahie, elle en* tendait rémeute battre la (jénérale et sonner le tocsin. Elle déclare solennellement quMI a été porté atteinte à la liberté de ses délibérations. Un décret ordonne la levée d'une force armée dans Paris pour proté(jer l'arriva^je des subsistances; un autre charge Pichegru du commandement général de la jjarde nationale parisienne, tandis que les députés liarére, Billaud, Collot, Vadier, qu'on voul.ut samcr par cette révol le, sont condamnés le soir iiiêiiie à la déportation. — Le 12 et le 16 germinal, les iiHmi.ijfnaids Châles, ("Jioudieu, Fonssedoire, Duhem, Iluguel, Léonard Bourdon, Aiiiar, Hnanips, Moyse Ravie, Thuriot, Cambon, Granct, llentz , Maigiiet, Levasseur de la Sarthe, Leeointre de Versailles, sont décrétés d'accusation, comme £aiuteurs ou complices de L insurrection.

1^ GLRMINAI. (2 avril).

Les voitures qui conduisaient des députés condamnés à la déportation sont arrêtées sur la place de la Révolution ; ceux-ci sont conduits au comité de sûreté ijénérale, qui les foit repartir.

29 GERMINAL (18 ATUL).

Décret |H>rtaiit qu'il sera siii -ItM^hainp procr.lt* à la vente des inaii>oii» dca c'ini^rés par voie de loterie à 50 fr. le billet.

FLOllKAL.

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