MAI AL 18 JUIN
• I** PHAIBIAL (20 mai).
Extrait du rapport général.
« Spectacles. — Tout y a été tranquille. Quoiqu'il en soit» nous ne pouvons nous diq>enser de rendre compte d*an
> Le Si Tendémiaire an IV (31 octobre iTQS)^ la CoDTentioa pawait k
l'iti-dre da jour sur la rérlamation de LeboD, condamné à mort. I.t- torro- I fut envoyé à la |;iiilliilinf* pn incnie lem[Ni que le tectlMUUUie Lafood* iiouhé, un des vaincus de vendéiuiaire.
incident survenu au llu-atre <lc la (Jaité. Knlrr floux pièces, il a été jeté sur la scène un billet, le public en a demandé lecture; l'acteur a paru el a chanté, en présence de Tauteur, an couplet .qui a été très-applaudi. L'inspecteur a monté à rinstant sur le théâtre pour arrêter l'acteur, qui lui a échappé par la fuite. Voici le couplet :
Révdlle-toi, peuple de firère«, Et Inppe M* afireiu (jrans
Qui , »aii^ pitié de ta mîsèra, Te fuiit laDjjiiir, (ui , (es enfiulU; Réveill«>-i(ii , je le if'pèfe, Et de la fuiidre arme lun iiia!»; Elle gronde déjà sur leur tête , Et bientôt les écrasera.
» La commission a maudé le directeur de la Galté. »
Ce rapport» inséré ici à la date qu'il porte, comme tous les rapports de police, est relatif aux événements de la veille.
Intwrreclion du 1" prairial.
L'insurrection du 12 germinal n'était que le prélude de celle du 1*' prairial. Les cris de ralliement furent, comme dans la précédente, Du pain et la conOUuUon de 1793! Des troupes d*hommes et de femmes furieuses, armés de piques et de pistolets , occupent la Convention. Le président Boissy d'An^las est menacé, Féraud veut se jeter entre lui et les assaillants. Ceux-ci, qui, l'entendant nommer, le prennent pour Fréron, le frappent. Il est tué; sa téte coupée et portée au bout d'une pique est présentéeaa président, qui se découvre devant ce reste inanimé d'un de ses collègues. Une minorité de l'Assemblée, présidée par Romme, décrète tout ce qu'il plaît aux factieux d'exiger : l'arrestation des membres des comités de gouvernement, l'élargissement des détenus incarcérés depuis le 9 tbermidor, le rappel de Barère, Gollot et Billaud, etc.
Mais les comités occupaient un bâtiment voisin des Tuileries dont les insurgés n'avaient pas songé à se rendre maîtres. Les députés se rallient autour d'eux, les tbermidoriens rassemblent
dt's troupes «Ir jciuu's j;i'ns (jiii, «lirljjés par L«'geiulre, ontreni ilaiis la (^ni\ i iitiuii à onze heures du .soir. Les iusurgùs pn niieiil la fui le. — La r cxolto u était que conipriiuéc. Llle éclate de nouveau trois joiii> après. Trenle mille hommes cernent le faulwurg Saint-Antoine, où elle s*ét«it concentrée. Les insurgés font leur soumission. On procède au désannemcot des iaabotit|^. La Convention, qui avait décrété, le 1* prairial, que les ièinoies ne pourraient plus entrer dans les tribunes qu*avec des citoyens munis de cartes de sûreté, décrète, le 4, qa*elles se retireront chez elles, et que celles qui formeraient des rasseVnblements de plus de cinq personnes seraient arrêtées. Elle les excint des assemblées politiques.
Elle avait en même temps (2 prairial) rapporté le décret qnt avait déclaré marchandises Ter et Taisent monnayés, et annoncé qu*elle s^occuperait sans relâche des subsistances de Paris.
S PRAimAL (21 mai).
Bapport général, — Commerce.
• Pain, — Toujours dp (jrands murmures de la part du peuple aux portes des boulangers; r!os e^^prits échauffés s'y répandaient en invectives et propos les plus séditieux contre les autorités constituées; les femmes surtout, bieo moins patientes, semblent être beaucoup plus agitées: elles provoquent les citoyens au désordre, et les invitent à ne pas recevoir la légère portion de pain qui leur est accordée; mais ces intentions niali(;iies trouvent une opposition dans la sagesse de plusieurs citoyens. Dans la section des Gravilliers. un homme portant sur son bras un pain d'oi (;c du poids de neuf livi es ijur lequel était une adresse, pria une d elles de la lui enseigner; mais lorsqu'elle s'aperc ut (pie c'était du pain elle en avertit ses camarades, qui le lui pillèrent et ne lui donnèrent en dédummageinentque quatre francs en assignats.
» Surveillance. — Un écrit, hier matin, dans le faubourg
Antoine, dans différents groupes, distribué avec profusion, notamment rue Denis, au nombre de plus de cinq cents exemplaires, a été le pro{;ramme de l'insurrection. Cet écrit a pour titre... Insurrection du peuple pour obtenir du pain et reconquérir ses droits.
« A neuf heures le tocsin a sonné dans plusieurs sections, par suite la générale a été battue partout. Une foule de fiemmes se sont portées à la Convention. Les sections du foubourg Antoine y sont desçendues à deux heures. Us avaient tous écrit sur leurs chapeaux: Du pain et la constitution démocratique de 1793. C'était le refrain des femmes à la Convention. Le but de ces sections était de soutenir les femmes.
» Le représentant du peuple Féraud a été assassiné, sa tète promenée au bout d'une pique. A sept heures trois quarts, celui qui la promenait a été arrêté rue de la Loi par la force armée de la section du Museeum. A la réquisition du citoyen iVIaringot, officier de paix, il a été conduit au corps de (jarde de la maison F{jalité. Son nom est Jean Tinet, compagnon serrurier, section de Popincourt.
3 PHAiBiAL (2â mai).
Extrait du rapport.
m Pain. » Des inspecteurs annoncent qu'aux portes des boulangers les esprits étaient moins échauffés, chacun a reçu sans difficulté sa ration, qui était d'un quarteron de pain avec du riz. »
4 PRAIKIAL (23 mai).
Extraitt du rapport.
Il Des rapports de ce jour, en annonçant que dans la journée d'hier il n'y a eu aucun mouvement caractérisé, nous
préseotent toujours la posilion de Paris comme aussi ftcheuse qu'inquiétante; de fait, la cherté des marchandises, la rareté du pain, sont toujours le prétexte dont la malTeillance cherche à tirer parti : ce sont principalement les femmes que Ton a{;ite, lesquelles à \v\iv tour font passer toute leur ti énésic il;in> remplit «les lioinmcN. Hier soir le» groupes étaient nombreux; ra;;ilatiou ttijit exficme.
" ... Spt'ctucif.s. — - Ton! a r\c parfaiteinent tranquille au tliéàlrc de PAmljijju-Gomiquc. Le Réveil du peuple a été chanté, tre>-applau<ii, et ou a fait répéter le couplet des représentants à rOpéra-Comique. Lorsqu'on est venu aniUMioer que l'assassin du représentant Féraud avait été enlevé et porté en triomphe dans le fauboui^ Antoine , tous les spectateurs se sont levés et ont crié Aux armes !• en disant: Il faut vaincre ou mourir pour venger la Gonvenlion. • En effet la pièce n'a pas été achevée et tes spectateurs se sont retirés.
s ... Le peuple demande au moins une demi-livre de paia par bouche et la diminutimi du prix de toutes les denrées. ■
On voit par ce rapport, comme par les préc<^dents, qu'il J avait dans la bourgeoisie de Paris la résolution d'en finir avec l'insurrection.
Lajonnes.se, qui est presque toujours de Topposition sous tous les gouvernements, teuait tête aux Jacobins, qui représentaient len vieux partis et les vieilles idées, bien justement condamnées. Llle a poussé, comme elle pousîîe tontes choses , la réaction trop loin; mais dans qnel ahime la société anrail-elle ét»' pn-cipitée, sans ces liomnies d'aciion inq)étnenx et hardis, que les coups n'effrayaient p.is et ditnt plusienrs avaient à \enjjer leurs frères on leurs p'res assassinés jnridiqnemetjl? Ils ont .sontetni, encj»urafjé la Convention dans sa résistance, et la Convention, (i( <iivn<c d t'ffacer les traces les plus re{[reltables de .son passé, a niantpic elle-même plus (l'une lois do ino<l(''ration. Les députés qui dirigeaifut la majorité étaient le- anciens Girondins, peu disposésà lai>ser se produire contre eux un nouv«Mu 'M mai. Si r.4ssemblée eut faibli, si les s«^Mions n'eussent «le pn tes à se lever à tout instant pour courir ù son secours, c'en était fait de la Couven-
tion, car cette fois elle était aux prises, non pas avec un adversaire artificieusement excité, comme an 31 mai, entraîné pour une cause politique qu'il ne comprenait pas, mais avec un ennemi exaspéré par les mécomptes, les privations, les soa(> Iranoes de deux années de r^^e démagogique et par la fiiim.
Le RéveU du peuple.
Voici ce Réveil du peuple^ qui était la ManeiUake des muscadins.
(Parole* de J. M. Gonriguères, musique de P. Gaveaux, artiste du diéàtte de la rue Feydeau. — Germinal an IIL)
l*cii|il«' fr.inr.niH, |)CU|iU' <Ip frères,
voir, >an.* frémir d horreur.
Le crime arborer la bannière Du carnage et de ]« lerrenr?
Tu soafifra qu'une liocde atroce , Et d'assaMins et de brigandt, Souille de »«)n soufHc; féroce Le territoire des vivante.
Quelle e«t cette lenteur iMtrbare?
IIAle-toi, peuple souverain,
Dr iciidre aux monMlros du Ténai-e Tous l es buveurs de sang humain !
Guerre i tous les agents du crime !
PourtWTOU-les jusqu'au trépas :
Partage l'honrenr qui mVinime I Ils ne noua échapperont pet.
Ah! qu'ilâ périssent ces infâmes,
Et ces égorgcurs dcToranis,
Qui portent an fond de leur» âmes
Le crime et l'amour deg tjiuni!
M;iiit'i plaiitlifs de riiinorenre , Apaise/.-vou!j dans vu-i tombeaux!
Le jour tardif de la vengeance Fait enfin pAlir vm bourreaux.
Voyez déjà comme il'» frémissent!
lU n'oaent fuir, les scélérats I
Lm traces da Mng qu'ils Tomiiteiit • BiencAt décèleraient ieun pu.
Oui, nous jurons sur votre Umibe,
par notre p.ivs malheureux, De ne taire qu'une hécatombe De ces cannibales aflreax.
Représentants d'an peuple juste, O vous, législateurs humains!
De qui la conti nnnr(.> auçu<iie Fait trembler nos vils assassins; Suivez le cours de votre gloire ; To« noms, chers h Thninamté, Volent au tcni|ile de Méniuire , Au sein de l'immortalité!
Ce dernier couplet, qui était une platitude à la glorification du pouvcrnoniont actui'l , ne pouvait pa.s toujours être rliarilé. Parfois rauditoin* applaudissait aux autres couplets et sifflait celui des Reprc'scntutils.
Au mois de tloiéal, on fit uru' clianson sur le inciuf air, t ii n''[!()iise au JU'vcîl dn fx'iip/c, nuis clic iic parait pa.sa\oircii de succcs, tandis que le llévcil du peupla était eotOQué COiuwe un véritable byuine de guerre.
5 PRAiniAL (%i mai).
Extrait du rapport générai,
« Groupes, — Les femmes, comme des furies, excitaient les bommes et s^écriaient : « Il faut soutenir nos frères da faubourg Antoine, avoir raison des représentants et ne fetre aucune grâce aux marchands et aux muscadins. » Cet aspect était vraiment effrayant, il paraissait devoir entraîner une dissolution entière, ainsi que la destruction des choses et des personnes. Mais diaprés les rapports de ce jour, il parait constant qu'hier, entre sept et huit heiues dn soir, le coura^je des véritables patriotes, qui ont volé au secoui» de la Convention autant puur taire respecter la loi que pour secouder
la fermeté et l'énergie des représentants, a conjuré Forage qui menaçait cette grande cité ; en etïet les décrets préparatoires rendus contre les factieux de toute espèce et notanimont contre ceux du fauhouq; Antoine, de concert avec la contenance ferme et assurée delà troupe de li{jneetde Tarmée parisienne qui se sont présentées devant les rebelles, les ont forcés de se rendre, ce qui s* est etïectué sans verser une goutte de sang.
» Spectacles. — Ont été fermés. »
U PHAÏKIAL (25 mai).
Rapport génétaim
• Les inspecteurs de police rapportent que le désarmement s'est opéré assez tranquillement, malgré les plaintes des complices et adhérents des terroristes.
a L*in8pecteur Rollin dit qu'à la section du Théàtre>Français on a trouvé à la porte d*un boulanger une affiche conçue en ces termes : « La constitution de 1789 donnerait debomies lois et du pain ; eh ! peuple, n'es-tu pas souverain?»
9 Dix-sept inspecteurs rapportent que le peuple est satisfait des mesures énergiques que prend la Convention, et il espère qu'il en prendra aussi contre quantité d'individus agioteurs qui accaparent >ccreteinent et cachent les dtMirt'cs de première nécessité pour les vendre à un prix exorbitant, ce qui fait que quantité de pères et mères de famille sont obligés de vendre leurs etTets pour subsister. Ils disent que si cela continue ils seront réduits à la misère la plus affreuse, et qu'il eut urgent que la Convention mette un frein à la ▼oracité de ces sangsues du peuple qui s'enrichissent de la misère publique. •
25 piiAiniAL (13 jlin).
Extrait du rapport.
• Compère rapporte qae l'on assure que les louis se sont vendus ju^(iu'à mille livres et que Ton remarque /]u*ils sont j)rinci{>alement achetés par les étrangers. Il ajoute que les itKjLiiétudes sur les assignats sont poussées au point que les négociants offrent de prêter des sommes considérables sans intérêts, payables en deux, quatre ou six ans. »