‹ Paris en 1870-1871Chapitre 4 sur 14 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

Le flot ennemi. — L'extrême anxiété. — Il ne reste plus que la Nation. — Sedan! — L Empire disparaît. La République reparaît. Gouvernement provisoire de défense Nationale. L'existence de la France à sauver. — On vit comme en rêve. Paris changé en camp. — La vie nationale, c'est l'honneur. Le réveil. On ne tue pas un peuple. — Les femmes. L'esprit public. On se prépare. — L'investissement. Commencement du siège. — Paris hors de France. Les correspondances par ballons. Les hasards de la poste aérienne. — L'attitude des Parisiens. La garde nationale. La mobile. — Les essais de négociations. Le pays obligé de se défendre. — Tableaux de Paris guerrier. — Les Prussiens repoussent toute paix sortable. Ils ne supprimeront pas la France. Le droit et la force. Appel à la province. — La population transfigurée. Ruche en armes. Les gamins de Paris. Tout le monde s'y met !

Paris, 2 septembre 1870.

Mes chers parents,

J'ai tardé d'un jour à vous écrire pour vous annoncer quelque événement décisif. Mais il n'est bruit que de combats sanglants, dans lesquels nous n'avons pas eu toujours l'avantage, et qui se répètent incessamment. Peut-être en ce moment fait-on au corps législatif une déclaration officielle.

Eût-on une victoire, la campagne ne serait qu'à son début, car les 1 russiens ont d<is masses énormes auxquelles, paralt-il, nous ne pouvons guère opooser, dans les environs de Metz ou de Sedan et de Mézières, que 250 mille hommes. La tactique semble donc de s'adosser aux lorteresses, à la frontière, à tous les obstacles qui arrêtent les manœuvres tournantes de l'ennemi. On le fatigue, on le décime, et l'ou gagne du temps ; mais ces Prussiens sont innombrables !

Je vous fais grâce de toutes les nouvelles qui se croisent ; se heurtent, se détruisent. Je vous assure qu'il faut s'armer de fer-

meté pour résister à toutes ces secousses en sens contraires, pour garder son sang froid et sa décision.

A vrai dire, je ne regrette pas. pour vous, que vous soyez loin d'ici. Ceux qui travaillent et agissent, ont une vie tolérable, ceux qui restent inactifs, se rongent. Ce n'est pas seulement à ses craintes, à ses chagrins, qu'il faut tenir tête, c'est à ceux des autres.

Louis Herbette.

Samedi, 3 septembre 1870.

La vie est ici bien pénible ! tu sais, mon cher père, quelles souffrances on éprouve à voir tant de malhturs, tant de fautes, tant de faiblesses, quelles angoisses, qmls retours d'espoir et de découragement subissent tous ceux qui n'ont pas le cœur sec, et l'indifférence de légoïsme. Je ne me repends pas de ma manie de philosopher ; elle m'aide à supporter bien des secousses.

Hélas, vous ne savez guère tout ce qui se passe. Les journaux ne vivent qu'à condition d'être à moitié muets

J'ai toujours foi dans la nation ; mais je n'ai foi qu'en elle, et ce n'est pas elle qui mène ses affaires. Le danger est terrible, et nos sauveurs songent à se sauver d'abord. La province et les campagnes ont l'av» uglement de l'ignorance. Je ne les accuse pas ; elles sont victimes et non coupables. Mais nous paierons cher l'honneur d'avoir mis nos destinées en certaines mains.

Les Prussiens peuvent marcher sur Paris, et camper sous nos forts dans quelques jours. Viendront-ils, ou se réuniront-ils pour écraser nos deux pauvres armées ? Ou ne sait. La population est calme. Le canon ennemi la réveillera-t-il ? Il semble que tout ceci soit m mauvais rêve.

Reste à Pornic, mon cher père, il faut un homme pour soutenir le courage de toute la famille. Tu te dois à nous tous, et tu as ici des enfants qui paient ta dette propre, et la paieront avec usure, s'il le faut.

Souffle le courage à ceux qui t'entourent, et montre leur la vérité.

Qu'on juge sainement les choses et les gens, et nous serons sauvés, pour l'avenir du moins.

Lundi, 5 septembre.

Sedan ! Le dernier coup. Tout s'est effondré. Napoléon III disparu, comme le reste. Nous voici en République. Gouvernement de Défense Nationale. Le sol envahi. La France en armes. Paris faisant face à l'ennemi. Il faut parer à l'extrême danger. Quoi d'autre ? Les Prnssieus marchent. On n^ sait comme on vit. Détails impossibles à donner. J'ai vu tout. Vive la France.

*7 septembre

Il est arrivé tant d'événements depuis 4 jours, et j'ai passé par tant de péripéties et d'é (notions, que je ne sais quoi vous dire et par où commencer. Quelques heures en apprennent long sur les révolutions, sur les hommes, sur les destinées de? peuples. Il est difficile, je crois, d'assister de plus près à la veille, au jour et au lendemain d'une Révolution que je n'ai tait.

Les Prussiens approchent. C'est terrible ! Mais la question n'est pas une question de succès, c'est une question d'honneur. Il faut nous défeudre ; Paris ne duit pas se rendre, se donner comme une fille perdue.

Du courage !

10 septembre

Quelle anxiété ! quelle fièvre ! On ne vit pas ici ; — depuis le 4 Septembre, tout me semble un rêve.

Paris est un camp. Les Tuileries sont encombrées de chevaux, de caissons, de munitions. Les places sont couvertes de mobiles qui font l'exercice et la manœuvre.

Pauvres gens que nous sommes, réveillés brusquement de 18 ans d'Empire, dous nous débattons, nous cherchons à nous' remettre sur pied. — Qu'importe le succès ? C'est de notre honneur qu'il s'agit. Il faut nous défendre, sauf à succomber ou à céder ensuite, — quand nous aurons montré que nous ne sommes ni des lâches ni des corrompus.

Ne croyez pas que les gens soient tristes, les rues sont pleines de curieux. Ces français ont une confiance qui semble toucher

souvent à la légèreté, uue insouciance en face du danger, dont il est impossible de s'irriter.

On travailla à la paix, dans le monde diplomatique ; mais je doute que les Prussiens s'arrêtent en si beau chemin. Paris les attire.

Que va-t-il arriver ? Nul n'en a idée. Mais il est une consolation qui n'échappe à aucun de nous, celle d'avoir fait son devoir. Au diable le reste ! La guerre a ce bon <ôté qu'elle rend dédaigneux de tout ce qui n'est pas nécessaire à l'honneur et à la vie. Nous nous aimerons toujours, nous nous soutiendrons toujours tous, nous serons toujours d'honnêtes gens. C'est assez ; c'est plus que n'en ont tant de pen-onnages d'hier, d'aujourd'hui ou de demain ; c'est ce que ne nous ôteront ni les Prussiens, ni les désastres, ni les gouvernements.

15 septembre.

Les Prussiens approchent ; on les attend sans p<-ur. La revue de la garde nationale mobile et de la sédentaire a remué la population. On s'anime ; bientôt peut-être on ragera, et les Français ne sont pas à dédaigner quand ils ragent.

J'ai causé beaucoup avec des <jens du gouvernement et avec des officiers. L'espoir est relevé. MM. les Prussiens, s'ils ne nous surprennent pas, trouveront à qui parler. Les femm s mêmes commencent à s'indigner Ah ! si elles s'étaient intéressées plus tôt aux affaires publiques ! Leurs maris, leurs fils n'auraient pas été si longtemps indifférents et inertes.

Paris est debout. Mais il faut que la province se remue !...

Souffle le feu, mon cher père. Que chacun s'emploie à réveiller les endormis. Il faut nous tirer de cette crise, ou le ta her du moins. Quoiqu'il arrive, si Paris se défend vaillamment la France est sauvée. Un peuple peut mouiir; — mais on ne tue pas un peuple, s'il mérite de vivre.

Pardonnez-moi cette lettre guerrière. Je suis à l'unisson de ce qui m'entoure.

11 septembre 70.

Paris est en bon état, et en bon esprit. La garde nationale a

paris en mo i87i 17

grossi d'une façon surprenante. Souhaitons qu'elle ne fonde pas au feu de l'ennemi, ou avant le feu, en route pour y aller.

Les citoyens sont déterminés à se défendre. C'est le réveil, qui sera salutaire, soit que nous ayons la victoire ou la défaite. L'attitude de quelques bourgeois m'indigne, et celle de quelques femmes est agaçante. Elles flânent et babillent comme devant.

Qu'elles fassent donc de la charpie ; qu'elles piéparent les bandes de toile, les médicaments, les lits pour les bl.-ssés qu'elles organisent dés ambulances ; qu'elles disposent les provisions pour la durée du siège ; qu'elles confectionnent des obj. ts, des vêtements pour les soldats et les gardes-nationaux; qu'elles aident à toute besogne utile. Qu'elles agissent eijfin, au lieu de subir perpétuellement, comme elles font.

J'ai hâte d'ajouter que la plupart des femmes sont déjà en train. J'en ai entendues dire: "Que mou homme tombe, J3 prendrai son fusil. "

Paris se prépare et tiendra bon. Ah ! Si nous avions l'organisation.

On ne voit que soldats, mobiles et gardes à l'exercice, à la manœuvre. Les bourgeois les plus inoffensifs portent fièrement le képi pour aller à leurs affaires.

Beaucoup d' s mobiles bretons ne savent pas un mot de français ; ils sont ici comme des auxiliaires étrang rs, mais ce sont des gars solides, et têtus, têtus comme le veut la race.

Croiriez-vous que j'ai vu essayer des pompes à vapeur lançant à une grande hauteur des torrents d'eau ? Simple précaution contre les incendies, par prévision d'un bombardement. Eh bien, soit !

Pardonnez-moi de vous écrire toujours au galop de la plume.

18 septembre.

Aujourd'hui dimanche, les bonnes gens se promènent comme d'habitude. On ne se croirait guère en état de siège à 3 heures des Prussiens ! On n'est pas gai, ni abattu ; on est grave et silencieux Que sera-t-il arrivé dimanche prochain ? Ne vous inquiétez pas trop. 11 nons faut à tous de l'énergie ; et nous n'avons pas le temps de nous affliger.

On dit que Paris est investi en ce moment par l'ennemi. C'est donc le siège qui commence. Le siège de Paris !...

Paris, le 23 septembre. ( 1 )

Cette lettre vous parviendra-t-elle, et quand vous parviendrat-elle ? Je tâcherai du moins qu'elle parte. Vous aurez peiue àlire peut-être, et ce p ipier n'est pas épais.

Il faut maintenant mille précaulions, même pour écrire, et je ne puis vous é rire tout ce que je voudrais ; car il faut que MM. les Prussiens, s'ils ouvrent ceci, n'y trouvent aucun profit pour leurs opérations militaires et autres. Us devraient avoir la politesse de laisser passer les lettres de famille.

Nous avons un temps admirable et désolant. Que ne pleutil à torrents ?

Paris n'est nullement troublé. On s'habitue peu-à-peu à l'idée du siège, des dégâts et des souffrances qu'il iaudra subir. La garde mobile a déjà l'air et la tenue des vieilles troupes ; la garde nationale manœuvre très bien, et est résolue à marcher, à se battre avec acharnement

Que la province se lève ; qu'elle forme des armées solides, et MM. les Prussiens pourront se relâcher de leurs prétentions, ou s'en repentir.

Les négociations tentées par Mr. Favre montrent au monde entier que la République et la nation franc lise voulaient la paix ; qu'elles sont poussées à la guerre par le désespoir et l'implacable nécessité. Puisque l'on veut nous tuer, autaut vaut nous faire tuer en combattant ; nous ne perdrons rien à résister, — et nous pourrons tout y gagner. Tel est le sentiment général.

MM. les Prussiens n'ont pas prévu ce qui les attend, si la nation entière se lève. Elle n'a fait encore qu; commencer. Hardi la Province ! Guerre sainte pour la liberté, l'indépendance et la vie ! Que tous les départements se secouent.

On ne voit ici que gardes-nationaux et mobiles. Les troupes

' 1 ) D'après les timbres de la poste, les lettres qui précèdent, écrites dans les conditions ordinaires, sont parvenues à destination sans trop de rttard. I elle du 23 septembre était écrite sur papier pelure, afin de réduire le po.ds au strict minimum et pour faire l'envoi par ballon monté.

Malgré les hasards et l»s dangers auxquels étaient exposés les a»ronautes, leurs missions et leurs chargements, c'est ainsi qu'allait être assuré désormais le service de correspondance entre Paris et la province, — sans retour, h las ! Les dépêches de la province n'allaient pouvoir être transmises normalement à Paris que par un procédé bien chanceux encore : le retour des pigeons que les ballons avaient emportés et qu'on renvoyait avec les dépêches écrites sur minces ptllicules, roulées et fixées sous l'aile de l'oiseau voyageur

La lettre du 23 septembre porte la marque d'un timbre de la poste à Tours 27 septembre, et le timbre d'arrivée et de distribution à Pornic 28 sept. 70.

sont au feu. Les rues, les places, les boulevards sont couverts d'hommes qui s'exercent.

Lorsque le bruit des voitures n'est pas trop proche, on entend le canon dans les quartiers voisins des fortifications. Les pr> miers coups ont provoqué certaine émotion anxieuse, mais de terreur, point. Aujourd'hui, les femmes écoutent impassiblement les détonations, et les eufauts les guettent.

Nul trouble. Les voitures et les omnibus circulent comme d'ordinaire. Toutes les boutiques sont ouvertes. Suis le dénié incessant des troupes, le bruit du tambour et du clairon, on se croirait en pleine ville libre et sûre.

Si tous les éléments sont mis en œuvre, gare au vainqueur ! Il n'a pas encore vu en face de lui un peuple libre et désespéré.

C'est l'organisation qui a manqué. Les Français ne se regargardmt pas comme battus. Ils n'avaient pas de chefs, pas d'armes, pas de places munies, pas d'artillerie à longue portée. Ils n'avaient pas d'ardeur à cette guerre, pas de confiance. Tout a changé, ou peut changer. Les citoyens peuvent devenir des soldats incomparables.

Le bruit court encore en ce moment d'avantages sur les Prussiens autour de Paris II est affreux d'être réduit à la rage, à la joie de faire des cadavres. Mais nul n'a plus, et ne doit plus avoir que cette pensé1: frapper pour se défendre. L'Empire n'existe plus. C'est donc notre patrie que le vainqueur veut nous voler maintenant ?

Ah ! la guerre ! On aurait pitié du dernier des individus ; mais en masse, on les écraserait tous, si l'on pouvait.

Courage ! Envoyez-nous une bonne armé \ Fussions-nous vaincus, la France se relèvera ; on ne tue pas une nation, quand elle ne se laisse pas mourir.

L'Exposé ou rapport de M. Jules Favre, sur les négociations qu'il a tentées en son propre nom, pr-dnit un immense eff t. Il va être distribué «ratai tement et lancé par ballons en province. Il faut que tout le monde sache, chez nous et en Europe, que la France, oublieuse de toute rancune, de tout orgueil d' toute haine, offrait à MM. l'Empereur Grui'laume et Bismarck une indemnité et la pais : que les conquérants germains n'ont répondu que par d'impitoyables et méprisantes conditions ; qu'ils veulent donc nous anéantir, rayer notr.' piys du rang des grandes nations.

Le succès de la politique de fer e* de sa g enlève-t-il donc toute prévoyance ? Supprimer un peuple ! Napoléon, qui était un conquérant d'autre envergure, n'a pu en dernier terme supprimer

un seul Etat, même desp -tique et indifférent aux peuples. Effacer et tronquer la France ? L'Europe entière n'y a pas réussi.

Enfin, le droit est net et la question claire. Les Français savent ce que leur veulent leurs glorieux envahisseurs, et les Allemands voient pour quelle politique ils versent leur sanir. S'ils réussissent, ce seia pour leur malheur autant que pour le noire. Celui qui fait le mal en souffre fatalement.

Et qui souffrira d'abord ? Les pauvres soldats qu'on pousse au feu, ces pauvres gens qui marchent sans savoir où ni pourquoi, qui marchent parce qu'ils ne peuvent reculer Ce sont les instruments qui se briseront dans la lutte. Et les personnages qui mènent tout ? Cette guerre est horrible.

Pardonnez moi cette exaltation.

La province, la province ! Si elle a du sang, qu'elle se remue î Les Parisiens ne pourront guère soriir d'i«i que vaiuqueurs, pour Tetrouver au dehors quelque armée française qui ne soit pas vaincue.

Mardi, 21 septembre. ( 1 )

Vous comprendrez sans peine que je sois discret, muet même, sur nombre de questions. Sais-je qui lira cette lettre ? Je prie donc MM. les Prussiens, s'ils l'ouvrent, de la rendre à la poste. Elle n'i itéresse qu'une famille d'honnêes gens.

Les Parisiens ne sont ni malheureux, ni effrayés, ni troublés. Leur vie est très régulière, quoique fort active. Les rues n'ont pas changé d'aspect, sauf le nombre toujours croissant de défenseurs qu'on y voit passer. Paris est calme, résolu, brave ; il ne faiblira pas. Peut-être les héros ne manqueront-ils pas, s'il en faut.

Quoiqu'il arrive, maintenant la France est sauvé*. Elle a passé la crise ; elle ne s'est pas laissé défaillir ; elle ne périra pas. Que la pro ince agisse et

Assez ! vous m'entendez, et je ne fais pas ici de politique.

Bien que français et croyant connaître un peu le caractère français, j'ai été surpris, je l'avoue, de l'aisance avec laquelle cette population s'habitue au danger, — frivole et légère comme on la

( 1) Cette l'ttre, écrite sur papier pelure, porte le timbre d'arrivée et de distribution à Pornic (Loire-Inférieure) en date du 3 octobre.

disait ; — de l'énergie indomptable qii s'est révélée, et qui grandit. Peuple singulier, qui se relève plus vite qu'où ne l'abat.

Le temps doit vous sembler long. Du moins, que la dislance ne grossisse pas les événements et les craintes. N'ajoutez pas foi aux nouvelles et aux récits qui courront ; ils iront sans doute souvent jusqu'à l'absurde. Les choses ne sont pas si effrayantes de près, je vous assure.

Ayez confiance, ayez patience. Que la province agisse, et qu'elle compte sur Paris. Nous sommes innombrables ; c'est une ruche armé»' ; ffare à qui y mettra la main ou le pied.

Soigne-toi bien, mon cher père, et vous toutes, Mesdames et Mesdemoiselles, songez que vous êies citoyennes.

30 septembre. ( 1 )

Il fait un temps admirab'e, trop admirable. Nous en profitons un p 'U ; mais les Prussiens, beaucoup. Ils doivent goûter fort les agréments des environs de Paris. J'ai peine à m'imagiuer ce joli paysage peuplé de casques et garni de paratonnerres.

Ou a travaillé aux fortifications avec une activité extrême. Les bataillons de garde-nationale sortent de dessous terre, les mobiles manœuvrent et marchent comme des troupiers.

Il n'est pas jusqu'aux enfants qui ne s'y mettent. Je viens de voir passer un bataillon de garçons de 13 à 17 ans, gaillards et délurés pantalon bleu, blouse grise, ceinture rouge ; sans armes. — On verra comment les utiliser. Ce sont les " gamins d«" Paris ", qui n'ont ni peur ni gaucherie, et pourront rendre de réels services. Tout dépend de la besogne à leur confier. Il y a de ces enfants plus adroits que des chats, plus malins que des singes et plus braves que des hommes.

Enfin, tout le monde s'y met et s'y met bien. Que la Province en fasse autant !

( 1 ) Cette lettre porte au timbre d'arrivée et de distribution à destination la date du io octobre.

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