NOVEMBRE
Les nouvelles du dehors. La capitulation de Metz. Bazaine ! — L'essai de mouvement à Paris pour établir un gouvernement de la Commune. Le plébiscite gouvernemental. Bataille à 1 ennemi, pas dans les rues ! — Le rôle des gouvernants. Le poids du passé. Le génie ne se commande pas. Nécessité de l'action. Que la province marche ! — Les lettres-journaux et les dépêches ballons. Publicité aérienne. Un spécimen. — Faits du siège. Quelques prix de vivies Comment on mange. Les loyers. Les malheurs des propriétaires. — Les bruits d'armistice et de négociations. Le devoir — Les combattants org nisés tt prêts Et la province? — Enfin! Nouvelle des combats d'Orléans. Courage! — Les correspondances par oui et non Pigeons facteurs- — subsistances. Menus étranges. Bêtes nouvelles de boucherie. — Paris veut faire campagne. En train et gais malgré tout.
Paris, 2 novembre 18Ï0.
(Lettre arrivée le 9 novembre à destination.)
Mes chers parents.
Ne vous inquiétez pas des événements d'avant-hier. Tout est terminé. Ce n'a été qu'une alerte vive J'ai été témoin, et même agissant. Il a fallu courir partout. Quatorze heures de suite. Quelles journées !
C'était, à l'occasion des tristes nouvelles du dehors et des inquiétudes du public, un mouvement pour substituer un gouvernement de la Commune de Paris au gouvernement de la Défense Nationale. Ah ! ces nouvelles ! L'armée de Metz, son chef ! Paris encore plus sous la main de l'ennemi ! Tu devines, mon cher père.
Devant ou derrière les gens qui auraient voulu recourir à je ne sais quelle dictature avancée, dans Paris et par Paris, sur la
France dont il est isolé, — les meneurs et menées inévitables. Et quoi d'autre en-dessous peut se cacht r, quand l'ennemi guette Paris et que les partis guettent la République ?
Aujourd'hui, le plébis ite. Majorité immense de oui pour le gouvernement. Samedi, élections municipales. Mais ce n'est pas la commune.
275,000 Oui contre 18,000 iV/w, jusqu'à cette heure. Nous saurons dans la nuit le dernier résultat.
Nous n'aurons donc pas la guerre dans les rues avec la guerre aux remparts !
Louis Herbette,
Paris, novembre 1870.
(Lettre arrivée le io nov. à Pornic.)
Je suis toujours pour mes fonctions même, en route, àl'HôteldeVille, chez les ministres, dans les administrations, aux Etatsmajors Ce qu'on peut voir ainsi de gens, de laits et de détails, en passant est extraordinaire. Il ne s'est pas produit une journée à laquelle je n'aie pris un peu de part, ou dont je n'aie été témoin d'assez près.
Qu'il n'y ait eu aucune faute commise, aucun desideratum, au pouvoir, — c'est ce qu'on ne peut assurer. Mais du moins les hommes qui sont là onl une honnêteté et des intentions qui méritent confiance. Le génie ne se recommande pas ; et le génie même réparerait-il en quelques semaines les effets d'une organisation ou d'une désorganisation qui date de si loin ?
Il est fâcheux qu'on n'ait pu tirer des ressources immenses qu'offre Paris, tout le parti qu'on avait droit d'espérer. La capitulation de Metz, un échec fâ«heux au Bourget, les bruits d'armistice, ont j*té dans le public une sorte de suri rise, d'émotion, d'inquiétude dont les meneurs de la commune ont tiré profit. Pour éviter toute effusion de sang, on les a laissés sortir de l'Hôtel-de- Ville où ils s'étaient établis et où ils prétendaient gouverner, sans pouvoir seulement se mettre d'accord entre eux.
Quel effet eut produit la Commune de Paris sur la Province ? Et de quel droit aurait-elle gouverné la France, n'étant pas même comme les députés de Paris, la représentation partielle de la Nation entière ?
Le plébiscite a confirmé, par une immense majorité, les pou-
voirs du gouvernement ; mais on veut qu'il agisse. Les élections municipales ont favorisé quelques hommes du parti avancé ; et si le gouvernement n'agit pas, là peut être le germe d'interventions, de mouvements nouveaux. Toute la question revient donc aux opérations militaires, et il y faut l'appui de la Province.
Paris est assez méritant. Que les départements se lèvent et s'unissent pour une action énergique. Nous aurons tout le courage qu'il faudra. Mais nos moyens de subsistance ne sont pas éternels Qu'on agisse ! Allons la Province !