‹ Paris en AmériqueChapitre 7 sur 53 · UN SPIRITE AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

UN SPIRITE AMÉRICAIN

Je VOUS le répète : demain, si je veux, Paris sera au Massachusetts et Versailles avec lui. Acceptez-vous le défi?

— Oui, certes, je Taccepte, répondis-je en riant. Et cependant l'assurance de ce diable d'homme me troublait. Je me connais en gasconnades ; je lis vingt journaux tous les jours, et j'ai entendu plus d'un ministre à la tribune; mais cette voix d'illuminé m'imposait malgré moi.

— Prenez cette botte, dit le magicien d'un ton impérieux; ouvrez-la, voici deux pilules : l'une pour vous, l'autre pour moi; choisissez, ne m'interrogez pas.

Je m'étais trop avancé pour reculer. J'avalai un des globules, Jonathan prit l'autre, et me salua en me disant d'une voix caverneuse : A demain, de l'autre côté de l'Océan.

Une fois dans la rue, je me trouvai dans un état singulier. Je courus d'un trait aux Champs-Elysées, sans m'apercevoir de la distance. Je me sentais plus vif, plus léger, plus élastique que ne l'a jamais été une créature humaine ; il me semblait qu'en bondissant j'atteindrais les cornes de la lune qui se levait à l'horizon. Tous mes sens étaient d'une finesse incroyable. De la place de la Concorde je voyais les voitures qui tournaient autour de l'arc de l'Étoile, j'entendais le tic tac de la grande aiguille qui marquait l'heure à l'horloge des Tuileries. La vie courait dans mes veines avec une vitesse et une chaleur inconiiues; je me demandais si déjà quelque main invisible ne m'emportait pas au delà de l'Atlantique. Pour me rassurer,

iO PARIS EN AMÉRIQUE.

je regardais le pâle croissant qui montait lentement dans le ciel. Sûr de n'avoir pas changé de méridien, je rentrai chez moi, honteux de ma crédulité, et je m*endormis en riant de M. Dream et de ses folles m^ naces.

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