Histoire du 2 décembre, par P. Mayer, p
t fend que par de nouvelles calomnies. Dans son numéro du
( 28 août, il prétend qu'après le 2 décembre, 1200 personnes
0 inoffensives et sans armes ont été assassinées par des soldats
« ivres dans les rues de Paris. La réfutation d'une semblable ca-
« lomnie se trouve dans son exagération même.
« Tout le monde le sait, le relevé officiel porte le nombre des c personnes tuées pendant l'insurrection à 380; c'est déjà trop 0 sans doute. Quant aux personnes blessées accidentellement^ par a bonheur le nombre s'en élève à peine à 8 ou iO.
K En présence de documents positifs opposés à des assertions n::nsongère3, qu'on juge de 1 1 bonne foi du journalisme. »
On a déjà remarqué sans doute la contradiction qui existe entre ce chiffre officiel de 380 tués et le chiffre de 191 donné [ar M. P. Mayer, d'après les relevé de M. Trébucl.et. Il est clair que le gouvernement n'avait aucun intérôt, lorsqu'il publia celte note, à grossir le chiffre des victimes; nous devrions donc, n'y eût-il même aucune autre considération, l'accepter de préférence à celui de 101 donné par M. ]\Inyer. 'i'outet'ois, cette différence énorme ne diminue pas l'autorité do la liste de M. Trébuchet. Cet employé a constaté et eni-egistré ce qu'il a vu ; il a inscrit sur sa liste les cadavres qui lui ont été présentés; mais il n'a pas tout vu. Les cent cinquante-trois noms relevés sur sa liste n'en con'tifuent p",s moins un document d'un grand intérêt, et qui nous serv."a utilement dans notre recherche delà vérité sur les faits ('.;S boulevards.
La note du Moniteur renferme par exemple une bien sinf'iière assertion : a Quant aux personnes blessées accickni'iamenl, pa»- bonheur le nombre s'en élève à peine à 8 ^^.1 10. »
Si le mot blessées doit être pris au pied de la lettre, nous
r.c pouvons objecter que l'invraisemblance, car a'icun relevé
do personnes blessées n'est parvenu à notre connaissance.
Mais si, par cet euphémisme, le Moniteur a voulu désigner
i'îs victimes inoftensives tuées accidentellement , c'est autre
chose. La liste de M. Trébuchet, si incomplète qu'elle soit,
fournirait la preuve de l'inexactitude de l'assertion. Nous
relevons sur celte liste neuf noms de femmes, celui d'un en-
'i'aat de sept ans et demi, sept noms d'hommes, accompagnés
vdc celle mcnîion : tue chez lui. Enfin, sur les 153 personnes
tuées dont les noms sont inscrits dans ce relevé, près de soixante
-..sont indiquées comme étant ombées sur IcS boulevards
Ll3onne-Nouvelh, Poissonnière, Montmartre et des Italiens,
— ISl ~
et dans quelques rues adjacentes où ne sd montrèrent iamai'^ m barricades, ni insurgés.
G3 cbigre se rapproche déjà sensiblement « de celui de cinquante ou soixante infortunées victimes » dont lî^rle M. Mayer, ' "
Xous en pouvons déjà conclure qu'aux yeux de cet écrivain les tues du boulev -rd étaient des personnes inoffen.-iveî fraopees accidentellement. ' ^
Nous voici déjà loin et de la sèche mention faife par le gênerai Magnan et de la dédaigneuse a1Iu;icn da AJ d'^ Cassagnoc.
Mais continuons nos citations,
M. le c^ipilaine Mauiuit, l'au'eur du livre déjà cit'>- Rùuolution militaire, a vu de ses yeux, non pas l'événem-n^ r-ais le théâtre de l'événement quelques heures plus tard Son témoignage est précieux.
^^•,^^^'^^^^iV était sorti, le 4 au soir, cherchant à rejoindre son fais, officier attaché à l'état -major du général de GoUe.
Œ Le 4, à huit heures du soir, je me déterminai, d^t-il à m'a- <r yenturer vers la Ghaussée-d'Antin. Dans lepas^a?e Dalo-m- io oc trouvai 1 tm de mes anciens camarades de ré^imelit oui me dit^ « Vous ne pourrez traverser le boulevard, mon cher ami sans « voiis expos :r^ à des coups de pistolet ou de lance de la mrf des <c vedettes placées a chai-ie angle des rues, les boulevards sont «p:ichesde cadavres, etc. » (Page 254.) Je m acheminai seul « vets les boulevards; de loin en loin, quelques individus attarades rentraient chez eux, mais nul curieux, nul gr-.uoe caua sant surleseml des portes, comme c'est l'ordiaaire^n nacc reilles conjon:tures, partout un aspect lugubre! <c N'allez bas . vers les boulevards, . me dit à viix basle un passant qui^en « revenait, et que 3e trouva! au milieu de la rue de la Michodlère^ <c on tire sur tout ce qui traverse. » - , Merci, mmsbDur d^ ce votre bon conseil . répmdis-je, a mais il me faut à tout p'^i a me rendre dans la Chau.see-d'Antin. Je continuai et ?ave? S « le boulevard a la hiuteur des Bains chinois ^l'^^^i-i ^
« Un groupe assez nombreux, msiis consterné, était formé au « aeoouche de la rue du Mont-Blanc, on y éeoutàit le récit d'un c ladividu qu: venait, disait-il, de voir rangés sur l'.?sohabe oui : ^":^U' ^T^ ^^^'' d'Aubasson, une trentaine IfcaiLme bien velus, et parmi eux celui d'une femme. Une impression de « terreur dominait dans ce groupe, et sezM:xit pava^l^TiZt « monde, car chacun se retirait en silence a.rès avo^r recuci h <f sa part des sinistres nouvelles du mom-nt ' recuc-u
<t J'arrivai enfin à l'hôtel d3 mon fils- il nV i-^if -■■<; « p?.ru, etc. ' "y ^"■'^'' P-5
PARIS. . j
t Je revins sur mes pas avec la ferme intention d'arriver jus- « qu'à sa brigade.... Mais impossible, le boulevard est partout a intercepté, l'on ne peut même aborder une vedette pour en a obtenir le plus léger renseignement.
(I En repren.nt la rue de la Michodière, un monsieur vint à « moi et me demanda de l'accompagner. — Que d'affreux malce heurs, monsieur! s'écria-t-il, et que de ma heurs plus affreux « encore, si tous les honnêtes gens ne se réunissaient pour arrê- ( TER CETTE HOBRiB'-E BOUCHERIE CTi envoyant suppUer le Prési' <r (hnt de la Republique de renoncer à son Coup d Etat^ et de « résigner son autorité!... Demain, tout Paris sera sous les are mes et les rues couvertes de barricades. — Je n'en crois rien, « répondis-je; le combat a été trop vigoureusement accepté et « soutenu par les soldats, pour laisser aux Parisiens quelques « illusions sur l'issue d'une lutte prolongée. La population pa- (T risienne ne s'est jamais montrée crâne que devant des adver- «t saires faibles en nombre, irré=;olus dans leurs plans et prêts c à lui céder le champ de bataille; il n'en sera pas de même « du Président de la République, ni de. l'armée qui se dévoue « à l'accomplissement de son œuvre. Demain, Paris sera dans la e. stupeur, je ne le conteste pas, mais nullement tenté de prolon- « ger la lutte. » (Pages 255, 256.)
« La victoire restait à Napoléon.... Jetons, lecteurs, jetons un 0 voile funèbre sur les victimes nombreuses de nos discordes qui « gisent ça et là depuis Tortoni jusqu'à la porte Saint-Denis, et « parfois par groupes réunis!... » (Page 257.)
Le même écrivain décrit ainsi l'aspect des boulevard?, dans la matinée du lendemain :
«A l'entrée du faubourg Poissonnière, le boulevard offrait « l'image du plus affreux désordre : toutes les maisons étaient « criblées de balles, tous les carreaux brisés, toutes les colonnes « vespasiennes démolies et leurs débris de briques répandues çà <c et là sur la chaussée ; des avant-trains d'artillerie brisés brû- « laient encore à un feu de bivac qui, en ce moment, achevait do « dévorer une roue. » (Page 266.)
« Me voi^i sur le boulevard, que je remonte dans la direction « de la Madeleine ; presque toutes les maisons du boulevard a Bonne Nouvelle, et particulièrement celles des angles des c rues Poissonnière et Mazagran, sont criblées de balles, et peu a de carreaux ont échappé à l'ouragan. Sur le boulevard Pois- « sonnière, l'on voit encore sur les marches du grand dépôt d'Au- « busson une mare de sang que Ton eût bien dû faire disparaître « en enlevant les vingt-cinq ou trente cadavres que l'on y avait c rangés et laissés exposés^ pendant vingt-quatre heures, aux « regards d'un public consterné. Un coup de fusil^ parti de ce 8 vaste établissement, sur la tête de la colonne du général Can-
« robert, a causé ces malheurs. Des maçons sont occupés à réparer « les brèches faites à la façade de ce bel hôtel par la mitraille et « les boulets. » (Pages 273, ilk.)
Il résulte bien évidemment de ces citations que le canon et la fusillade avaient été dirigés avec fureur sur les maisons du boulevard; que la chaussée était jonchée de cadavres; qn'on en voyait gisant depuis Tortoni jusqu'à la porte Saint- Denis (près d'un kilomètre de distance) parfois par groupes réunis; que vingt-cinq cadavres étaient amoncelés devant l'hôtel Sailandrouze ; que plusieurs heures après, les vedettes tiraient parfois sur les passants; que la consternation était générale et profonde dans la population.
Recherchons maintenantdans quelles circonstances s'étaient accomplis ces tristes faits.
L'heure où commença la fusillade sur les boulevards a été fixée d'une manière très-précise par divers témoins. C'était trois heures. Comme on verra plus loin, la fusillade fut presque instantanée sur toute la ligne.
Or, à trois heures de l'après-midi, il y avait déjà une heure que les troupes défilaient ou stationnaient sur les boulevards, depuis la rue de la Paix jusqu'à la porte Saint-Denis. Depuis une heure la foule les regardait passer ; les fenêtres étaient remplies de curieux; les balcons également ; nul accident ne s'était produit.
La brigade du général de Bourgon avait déjà échangé plusieurs décharges avec les républicains armés aux barricades vers la porte Saint-Denis; elle avait poursuivi sa marche jusqu'au Château-d'Eau.
A la même heure, la batterie de la brigade de Cotte et le 72* de ligne de la même brigade avaient engagé la canonnade et la mousqueterie contre la barricade de la rue Saint- Denis. Le reste de la brigade de Cotte était encore sur le boulevard Bonne-Nouvelle. La brigade Canrobert était, — en majeure partie sinon tout entière, — sur les boulevards Poissonnière et Montmartre. Les gendarmes mobiles à pied étaient vers le boulevard des Italiens. La cavalerie du général Reibell suivait. A trois heures, elle était à la hauteur de la rue Lepelletier, sur le boulevard des Italiens.
On entendait en ce moment très-distinctement le canon vers les portes Saint-Denis et Saint-Martin.
Mais la foule qui était sur les trottoirs des boulevards et dans les rues adjacentes demeurait là, depuis près d'une
heure, séparée des troupes par quelques pas à peine, sans qu'aucun acte d'hostilité se fût produit de part ni d'autre.
Gici est essentiel à noter.
On n'a jamais dit qu'il y eût dans cette foule des hommes ostensiblement armés, ni dans ces rues la moindre barric'd de.
On avait crié, il est vrai, à l'arrivés des soldats : « Vive la « République ! vive la Constitution ! à bas les traîtres ! à bas o les prétoriens ! » Mais ces cris hostiles persistaient-ils, lorsque déjà, depuis une heure, dix mille soldats occupaient les boulevards? C'est au moins très-invraisemblable.
M. P. Mayer, dans les passages cités plus haut, paraît avoir deux ilées quelque peu contradictoires sur les causes qui auraient amené le désastre.
Tantôt il semble dire que l'on n'aurait fait qu'exécuter les prescriptions de M. de Maupas: « disperser par la force, œ sans sommations, les stationnements de piétons sur la voie « publique. t> Tantôt il insinue que des agents provocateurs, — républicains naturellement, — auraient fait feu sur ces soldats, rangés à quelques pas de la foule inoiïensive, pour amener une riposte meurtrière, qui couchât sur le carreau des victimes innocentes. Cet odieux calcul aurait eu pour but « d'exploiter le massacre. »
Nous verrons tout à l'heure si les faits permettent d'accorder créance à une supposition aussi atroce, à l'appui de laquelle M- Mayer ne fournit d'ailleurs aucune preuve.
On n'a pas oublié que le général Magnan a parlé d'une « assez viv^e fusillade » essuyée par la cavalerie du général Reibell, à la hauteur de la rue Montmartre, et que M. de Gassagnac parle de son côté de coups de feu tirés par des mains gantées.
M. Mauduit, plus explicite, dit quelque part :
it .... Je repris à la porte Saint-Martin, la ligne des boulevards
(I que je suivis cette fois jusqu'à la Madeleine. La population hac bituelle de ce séjour de la flânerie conservera longtemps le « souvenir des charges du 1"" de lanciers, et saura que s'il y a « courage à se battre sur une barricade, l'on ne tire pas tou- « jours impunément du fond d'un salon brillant et même masqué a par la poitrine d'une jolie femme, contre une troupe armée a uniquement de lances et de pistolets. Plus d'un brave de cette « espèce ont payé cher leurs injures et leurs fusillades à la Jar- « nac;... plus d'une amazone du boulevard a payé cher égale- B ment son im.prudente co.mplicité à ce nouveau genre de Larri-
« cades.... Puissent- elles en profiter pour l'avenir!... s {Révolution militaire^ page 278.)
En admettant peur un insîant la réalité de cette fusillade 4es « gants jaunes, » masqués par de « jolies femmes, » il est clair qu'elle ne s'applique qu'au boulevard des Italiens, sur lequel stationnait, à trois heures, la cavalerie du général Reibell. Elle n'explique nullement la fusillade terrible et la canonnade simultanée de la brigade Ganrobert sur les boulevards Montmartre et Poissonnière. On a vu plus haut que h capitaine Mauduit attribuait les malheurs arrivés sur ce point, à un coup de fusil tiré de l'établissement des tapis d'Aubusson sur la tète de colonne du général Ganrobert.
Le même écrivain explique ailleurs, d'une manière trèsdifférente, sans coups de fusil, la charge meurtrière du 1" de lanciers sur le boulevard des Italiens. Nous lisons aux pages 217 et 2 1 8 de son livre :
c A la hauteur de la rue Taitbout, il (M. de Rochefort, colo- « nel du 1" do lanciers) aperçut un rassemblement considérable « tant à Fentr^-e de la rue, que sur l'asphalte près Tortoni; ces e hommes éuient tous bien vêtus. Plusieurs étaient armés. A sa « vue retentit le cri de guerre adopté depuis deux jouis : Vive la d République! vive la Constitution ! à bas le dictateur! A ce der-a nier cri," aussi rapide que l'éclair, d'un seul bond, le colonel de « Rochefort franchit les chaises et Tasphalte, tombe au milieu du « troupe et fait aussitôt le vide autour de lui. Les lanciers se a précipitent à sa suite ; un de ses adjudants ala.t, à coups de 0 SF.bre, deux individus.... En un clin d'oeil, le rassemblement fut a ôispersé. Tous s'enfuirent précipitamment en laissant bon nom- « bre d'entre eux sur la place. Le colonel continua sa marche en /dispersait tout ce qu'il rencontrait devant lui, et une trentaine (t de cadavres restèrent sur le carreau, presque tous couverts e d'habits fins. »
Ici ce ne sont pas des coups de fusil qui ont provoqué la charge; c'est le cri de : « A bas le dictateur! » M. Mauduit, il est vrai, ajoute que dans le groupe se trouvaient quelques hommes armés.
C'est fort invraisemblable. Il eût fallu être insensé pour se montrer en armes sur l'asphalte de Tortoni, en présence des masses de troupes qui couvraient les boulevards. Quoi qu'il en soit d'ailleurs, l'historien militaire ne dit pas qu'un seul coup de feu ait été tiré , et le contraire ressort de sa narration.
Passons maintenant au seul récit quelque peu circonstancié
qui ait jamais été publié en France à ce sujet. C'est tout simplement la version qu'on trouve dans les journaux de l'époque.
Il n'est pas sans intérêt de signaler qu'elle fut insérée , en même temps et en des termes à peu près identiques, dans la Patrie et dans le Constitutionnel, deux feuilles semiofficielles.
Nous transcrivons d'abord ce qui concerne les faits du boulevard des Italiens.
« Un malheureux incident a signalé la journée d'hier sur le a boulevard des Italiens. Voici les faits détaillés :
a Au pas-age du 1" de lanciers, de la bri.-ade Reibell, et de a la gendarmerie mobile, plusieurs coups de feu sont partis de a dilJérentes maisons, et plmieurs lanciers ont été blessés. Ce régi- 8 ment a riposté, et des dégâts redoutables et naturels, mais néces- « saires, en sont résultés.
8 Les individus qui se trouvaient dans ces maisons ont été plus « oit moins atteints par les coups de feu de la troupe. Les soldats, « sur l'ordre de leurs chefs, ont ensuite dû pénétrer, de vive ce force, dairs plusieurs maisons, et notamment au café de Paris, a dans la Maison d'Or, au café Tortoni, à l'hôtel de Castille, dans (( la maison de la Petite Jeannette et au café du Grand Balcon. Ils « ont saisi des fusils dont la culasse était encore chaude. Les indivi- « dus trouvés dans ces établissements ont été arrêtés. Deux « ouvriers tailleurs soupçonnés d'avoir tiré de la maison du tail- « leur Dusautoy, rue Lepelletier, 2, ont été également arrêtés, « et ils auraient été fusilUs sans l'intervention du général Lafon- « taine.
(i Le Cercle du Commerce, qui occupe le grand balcon du « premier étage de cette môme maison, et qui se compose de 0 notabilités de l'armée, de l'industrie et de l'administration, « propriétaires, rentiers, négociants, généraux, tous hommes Ci honorables, a failli être victime de son voisinage avec le tail- « leur. Les balles des lanciers ont malheureusement atteint deux « membres distingués de ce Cercle, le général Billiard, et a M. Duverp:ier. Le premier a été blessé à l'œil droit par un éclat « et le secorid plus grièvement à la cuisse gauche. »
Voilà certes des affirmations précises, qui expliquent comment le général Magnan a pu parler de la fusillade assez vive essuyée par la cavalerie. Elles n'ont qu'un défiut, c'est d'être fausses, sauice qui concerne les deux membres du Cercle du Commerce blessés , les maisons fouillées de vive force, « les individus qui s'y trouvaient plus ou moins atteints, » les dégâts regrettables causés.
La preuve de la fausseté des autres détails, des plus importants, de ceux qui donueraieut raison à l'explication de M. Magnan et à celle de M. de Gassagnac aussi bien qu'à celle des deux journaux, se trouve dans ces feuilles mêmes.
Le Constitutionnel écrivait deux jours après :
« Nous avons dit par erreur qu'un coup de feu avait été tiré de a de la maison du café de Paris.. Nous nous empressons de « rectifier cette erreur. Rien de semblable ne s'est passé au café a de Paris... On nous fait une réclamation semblable pour la a Maison Dorée et pour le café Tortoni. Nous nous empressons de a l'accueillir. »
« On a désigné à tort la maison où se trouve le café du Grand « Balcon, sur le boulevard des Italiens, comme l'un des points « d'oii l'on a tiré sur la troupe. Aucun fait de cette nature ne (S. s'est passé dans cette maison. »
La Pairie disait à son tour :
« C'est par suite d'une erreur, bien excusable en pareil cas, « que les ateliers de M. Dusautoy, tailleur, sur le boulevard, ont « été l'objet d'une perquisition de la part ds-s troupes. Les senti- « ments de M. Dusautoy comme homme d'ordre sont connus.... « L'erreur a été reconnue quelques instants après. »
Des rectifications du même genre furent faites concernant l'hôtel de Gastille et le magasin de la Petite Jeannette. Il fut donc constaté que pas un coup de feu n'avait été tiré des maisons désignées par les journaux. Si l'on considère que ces rectifications publiques furent faites dans un moment où la presse était soumise à une véritable et rigoureuse censure, on admettra que nous les considérions comme la constatation d'un fait positif.
Avait-on tiré sur les lanciers d'autres points que des maisons désignées?
Si vraiment, comme l'affirmait la Pairie, plusieurs soldats de ce corps avaient été blessés, la chose ne serait pas douteuse. Mais nous possédons la liste détaillée, régiment par régiment, des militaires tués ou blessés daus les journées de décembre, liste officielle, et force nous est de constater que pas un seul lancier n'a été ni tué, ni même blessé.
L'historien ne peut donc s'empêcher de douter fortement qu'aucun coup de fusil ait été tiré sur celte cavalerie du général Reibell, qui jeta tant de cadavres sur le carreau d« boulevard.
C^ dont il n'est malheureusement pas possible de douter
— ISS —
c'est de l'effet meurtrier des charges des lanciers et de la fusillade des gendarmes mobiles. Il suffît, pour être convaincu à cet égard, de jeter un coup d'œil sur la liste de morts de M. Trébuchet. On y trouve les noms de trente-trois personnes, avec l'indication qu'elles ont éié tuées boulevard des Italiens ou boulevard Montmartre.
Or, répétons-le encore une fois, cette liste est très-incomplèto; elle ne contient que 153 noms, tandis que le Moniteur évalue à 380 le noinbre des victimes ; ajoutons encore que M. Trébuchet n'indique le lieu où sont tombées les per' sonnes inscrites sur sa liste funèbre que po r 70 ou 72 d'entre elles. Aucune indication ne permet de dire avec précision combien, pajini les trois cent dix autres tués, à'après le chiffre du Mcniteur^ sont ausn tombes sur les boulevards. Si la proportion était la même pour le total général que pour ceux qui sont inscrits sur la liste de M. Trébuchet, on arrivcrsit à un chifire de plus de deux cents cadavres sur les boulevards Bonne-Nouvelle , Poissonnière , Montmartre et des Italiens.
Passons maintenant au récit des deux journaux semiofficitls concernant les faits du boulevard Poissonnière. G'fcSt là surtout, comme on l'a déjà vu par diverses citations, que les boulets, la mitraille et la fusillade de l'infanterie avaient troaé diverses maisons et criblé diverses façades.
Voici la note conçue en termes presque identiques qui paru!, comme la précédente, dans le Constitutionnel et dans la Patrie :
« Sur les boulevards Montmartre et Bonne-Nouvelle , des « coups de feu ont é-.é également tirés sur les soldats du 72"= de a lign-, de plusieurs maisons, et en particulier d'une maison fai- « sant face au Cercle de l'Union, et du Cercle des [étrangers, a de 1a maison Tolbecque, de l'hôtel Lanues, oia sont les maga- 0 sins de tapis de M. Sallandrouze, et de deux autres maisons « voisines.
n Le colonel et le lieutenant-colonel de ce ri^giment ont été « dangereusLnnent blessés, et un capitaine-adjudant a été tué : ï quelques soldats ont été blessés.
<r Un feu de tirailleurs, appuyé d'un obusier, a été instanta- « némerit dirigé contre les maisons d'où était parti le feu. L'îs r fenêtres, les 'açades ont été en partie détruites. Puis des déc tachements sont entrés daus l'intérieur, et ont passé par les « armes tous les individus qui s'y trouvaient cachés. Six indivi- « dus, en blouses, qu'on a découverts derrière des tapis qu'ils « avaient amoncelés pour éviter les balles de la troupe et tirer
« sur elle sans danger, ont été fusillés sur l'escalier de l'hôtel « Lannes, aujourd'hui dépôt des tapis de la fabrique Sallan- (t drouze.
« Plusieurs scènes de même nature se sont passées aux en- « virons du théâtre des Variétés, et la troupe a fait justice de « ses assassins. »
Il y a dans ce récit des faussetés non moins évidentes que dans celui que nous avons reproduit plus haut concernant le boulevard des Italiens.
En premier lieu, des coups de feu n'ont pu être tirés des maisons désignées sur le 72' de ligne qui était, à trois heures , aux prises , rue Saint-Denis , avec les républicains qui défendaient la formidable barricade de cette rue.
C'est en lançant leurs troupes à l'assaut de cette barricade que tombèrent le colonel et le lieutenant-colonel du 72« de ligne.
Aucun capitaine-adjudant n'a été tué. L'état officiel des militaires tués ou blessés, que nous avons sous les yeux, ne porte qa'un seul officier tué, le lieutenant-colonel du 72* de ligne.
Les propriétaires des maisons désignées par les journaux protestèrent comme ceux du boulevard des Italiens, et firent rectifier les assertions émises par les deux feuilles semi-officielles. M. Beaumeyer, directeur de l'établissement Sallandrouze, affirma que pas un coup de feu n'avait été tiré de l'hôtel Lannes. b'a lettre est dans tous les journaux du temp?. On ne contesta pas son affirr-oation. M. Biliecocq, marchand de châles, dont la maison était à côté de celle de M. Sallandrouze, affirma également, — et son affirmation est d'autant moins suspects qu'il approuvait le Coup d'État, — qu'aucun coup de fusil n'était parti de chez lui. Sa maison était cependant, comme l'hôtel Lannes, trouée par les boulets et ci-iblée d'une grêle de balles.
Il n'est pas douteux que le feu des soldats du général Ganrobert n'eût été terrible sur ce point. L'aspect des lieux le lendemain, décrit par le capitame Mauduit, le démontre amplement. Le même écrivain a dit encore, en parlant des événements du boulevard Poissonnièie :
a .... Les soldats du général de Cotte, électrisés par la fusil- « lade qui les entoure, ouvrent aussi le feu, mais à l'aventure, « et le continuent pendant huit ou dix minut'S, malgré les a efforts du général et de ses aides de camp i.our arrêter une t consommation aussi inutile de munitions, et qui ne pouvait
« faire que des victimes innocentes; car, certes, aucun combat- « tant ne dut être ten'.é de se montrer aux fenêtres pendant c^t a effroyahle ouragan, j {Révolution militaire, page 218.)
Le Moniteur universel a publié, quelques jours plus tard Is récit circonstaDcié d'une des scènes qui se passèrent durant l'envahissement des maisons du boulevard par les soldats :
« Un libraire M. LefiUeul, établi depuis plusieurs années sur « le boulevard Poissonnière, était occupé à fermer son ma-^ann « peu avant le drame du 4 décembre, quand un coup de pistolet o tire par un commis du voisinage sur un clairon de la Hffne « vint dissiper la foule qui se pressait à ses côtés et laissa pas- « sage libre a 1 insurgé pour entrer dans la boutique. Celui-ci « était suivi de près par le clairon, qui parvint à l'étendre mort a derrière un comptoir, mais qui tomba lui-même sur le cadaa vre. D autres sold its, venus au secours du clairon, blessent au « bas-ventre le malh-ureux libraire, qui n'a rien vu et qu'on « prend pour un adversaire. Une lutte terrible s'engsge entre « M. Leûlleul et un capitaine. Le premier est deux fois encore a blessé a la cuisse et au bras, mais le second tombe mort sous « les coups des soldats qui chercbent à le défendre.
« M. Lffilleul, qui, malgré ses blessures, co'iserVe encore ses a iorces et son sang- froid, profite de ce terrible moment pour 0 se dégager, et sort du magasin en y laissant trois cadavres « On espère sauver la vie de M. Lefilleul, bonnête commerçant a tout a fait étranger aux passions politiques. »
Ce récit doit être vrai quant à l'enseroble. Il contient cependant une inexactitude. Il n'est pas possible que le capitaine dont il y est parlé ait été tué. La liste officielle des militaires tués ou blessés ne fait mention d'aucun capitaine tué.
Quoique les extraits que nous venons de citer fassent entrevoir bien des choses, qu'on puisse déjà saisir quelques traits du drame des boulevards, ils sont insuffisants pour en donner une vue d'ensemble; et si nous ne possédions pas d'autres documents, nous devrions renoncer à présenter un récit suffisamment exact et à chercher une explication plausible de cette triste catastrophe.
Heureusement pour l'historien qu'il existe une relation des .laits des boulevards, écrite par un témoin oculaire, placé dans les meilleures conditions pour bien observer et raconter ensuite avec une scrupuleuse exactitude. Ce témoin en un officier de l'armée anglaise, le capitaine William Jesse, qui se
trouvait logé, le 4 décembre, dans un hôtel situe au corn de a rue Montmartre et du boulevard De ce point la vue s eend d'un côté iusqu'à l'extrémité du boulevard Bonn.-Noulelle de^'autre jusqu'au boulevard des Italiens. Le récit de \l Jesse e^ exi' êo3^ement précis, touchant ce que le narrateur a vu de ses propres yeux, extrêmement reserve pour ce m? 1 ne sait qui par ouï dire. On sera /rappe du calme et du an'-fioid\ritknniques dont ce récit est empremt^ Ce doc-men a d'autant plus de prix pour noasqm recherchons vmSment la véritéf que ^I. le capitama Jesse, gentleman d'unV honorabilité parfaite, a, en outre, le mérite mappreciaSe en pareil cas^ d'être absolument étranger aux passions poHtlques^en en dans ces événements. La leitr^ dans laquelle Fl retrace ce qu'il a vu , le 4 décembre , a été mseree dans le ^S M^?ique anglais bien connu, VAnn^a^ B^^^rar, elle avait paru en premier lieu dans le Times du 13 decem
^'l'ius Vraduisons en suivant le texte d'aussi près que possible. Nous avons remplacé par des points quelques lignes de Sfl-xions du capitaine Jesse, voulant nous borner a reproduiîece qu^eslle récit pur et simple des faits observes par lui :
« A deux heures et demie, le ^i décembre on entendit distinc- « tement le canon dans la direction du faubourg Siin -Denis : l Uois heures , je me plaça sur le balcon ou se tenai ma « femme et j'y restai pour regarder les troup ïs. Tou^ les borne «vaSau.si loin que la vue pouvait perler, en eiaient coul verts c'était surtout de l'infanterie, en colonnes f ,r'^«; J^ y a avait également de la cavalerie; çà et la des pièces de douze et îdesobusiers quelques-unes de ces pièces oc.^upa'ent le ter- « raTa âevé di loulevard Poissonnière. Les officiers fumaient «Ipurs cieares. Les fenêtres étaient remplies de monae . u y «Sudèlf^mmes, des commerçants qui avaient tous fermé « leurs boutiques, des domestiques, des enfants ou, comme c e-
1. C'était, comme nous le savons déjà, l'attaque .1 ^^^ brigade de Cotte contre la grande barricade de la ruo Saiol-Deuis, et peut-être au^si celle des barïicldes'Yu faubourg Saini-Martin. Il nest pas .mposs.ble que ravant-garde du général Canrobeit, 5= bataillon de chasseurs de Vmceine n'eût commencé cette attaque, tandis que le gros de la brigade étaU encore sur les boulevards Bonne-nouvelle et P"'S;onmere. Plus eirs républicains, qui ont combattu aux barnca. esdu faut.ourg Saint- Martin, croieni se rappeler que les chasseurs ont eiigage le eu verj E heures et Oemie,^ siuoQ plus tôt. L'un des survivants nous le repétait encore récemment.
f tait le cas pour ma femme et moi, des voyageurs logés dans les 0 appartements.
fl Tout à coup, pendant que je regardais attentivement, à l'aide s d'une lunette, les troupes placées au loin, vers l'est, sur le ï boulevard Bonae-Nouvelle, qi.elques coups de feu furent tirés « près de la tête de la colonne qui me paraissait compter trois « mille hommes environ. La fusil'ade s'étendit dans l'espace de ft quelques secondes, et après avoir été suspendue un instant ex- « cessivement courf, descendit le boule ^^ard comme une lance de <i flamme ondulante. Mais les décharges étaient si régulières, au * début, que In pensée me vint que c'étaient des f-alves de mous- <t queterie tirées en réjouissance de la prise de quelque barricade, « ou bien un sii^nal donné à quelque f utre division. Ce n'est que « lorsque la fusillade arriva à cinquante mètres environ de la « place oîi j'étais, que je reconnus le son perçant de la cartouche <r à balle. Mais alors même, j'en pouvais à peine croire le té- « moignage de mes oreilles, car mes ye x n'apercevaient pas d'enté nemis sur lesquels on pût faire feu. Je continuai à regarder <r jusqu'à ce que la compagnie placée au-dessous de moi apprêtât « ses armes; un œ vagabond s plus vif que les ;:utres, — un vrai n gamin san'i favoris ni moustaches, — m'avait déjà couché en « joue. A l'instant même, je poussai ma femme, qui venait de « faire un pas en arrière, contre le massif entre les deux fenêtres, « et une balle fi appa le plafond directement au-dessus de nos « têtes, nous couvrant de plâtras et de poussière. Une seconde « plus tard, je fis coucher ma femme sur le parquet; une autre Œ seconde encore, toute une décharge de mousq eterie frappa la a façade de la maison, les croisées et le baie n. Une balle brisa « la glace placée au-dessus de la cheminée, une autre le globe de « la pendule, toutes les vitres furent cassées, à l'exception d'une « seule ; les rideaux et les châssis des fenêtres déchirés ou percés. « Le balcon de fer, quoique un peu bas, nous protégea considé- « rablement; néanmoms plusieurs balles avaient pénétré dans la « chambre, et, pendout que les scldats rechargeaient leurs fusils, « j'entrainaima femme vers la porte, et nous nous réfugiâmes dans « les chambres de derrière. La fusillade se fit entendre encore a pendant plus d^un quart d'heure. Quelques minutes après la « première décharge, des canons furent bi aqucs et tirés contre « le magasin de M. Sa^landrouze, cinq maisons à notre droite. « L'objet et l'explication de tout cela était une complète énigme « pour tous les habitants de l'hôtel, Français ou étrangers. Les « uns supposaient que l'armée avait pris paiti pour les rouges; « les autres sul- géraient l'idée qu'on avait dû tirer sur les sol- « dats de quelques maisons du boulevard ; ce ne pouvait être « cependant de la nôtre, ni d'aucune autre du boulevard Mont- « mai tre car je l'aurais certainement vu du balcon. En outre, si « cela eût été vrai, les so dats, disposés comme ils l'étaient, n'au- » raient pas attendu pour riposter que la tête de colonne placée
« à huit cents mètres de distance eût commencé le fcu. Je pense I que cette fusillade de.... a dû être le résultat d'une panique; « les soldais ont cru sans doute que les croisées étaient rempiles <r d'ennemis cachés, et ils ont voulu se garantir en faisant feu les
« premiers Comme je l'ai déjà dit, les soldats firent décharges
a sur décharges, pendant un quart d'heure, sans qu'il leur ait été ■■< aucunement riposté '. Beaucoup de malheureux ont été tués, î qui étaient restés sur le boulevard, et ne pouvaient entrer d:,ns « les maisons. Plusieurs personnes tombèrent près de notre porte, c Le sang remplissait encore les creux de terre autour des arbres < le lendemain, vers midi, quand j'y passai
• Signé : William Jzsse, Ingatestone Cottage (Essex). »
Après ce lumineux récit, il nous semble facile, en le rapprochant de tout ce qui a été déjà cité, d'arriver à une compréhension exacte de la manière dont les faits se sont passés.
A trois heures les troupes stationnaient ou défilaient lentement, — avec des haltes fréquentes, — sur les boulevards. La foule qui les entourait était surtout curieuse, mais cependant en général peu sympathique , des cris hostiles au Président se faisaient entendre sur quelques points ; souvent aussi des rires moqueurs, des lazzis à l'adresse des soldats^; ceux-ci, très-excités contre la population, s'exagérant sans doute le degré de son hostilité, l'esprit hanté par les souvenirs de la terrible « guerre des fenêtres » en juin, s'imaginaient être sous le coup d'une agression subite; il est certain qu'ils supposaient les maisons garnies d'ennemis
1. Comparer ce que dit le capitaine Mauduitdes efforts du général de Cotte pour faire cesser la fusillade inutile de ses soldats sur le noulevard Bonne-Nouvelle.
(2) On a vu plus haut ce détail, donné par le capitaine Mauduit, qu'un avant-train d'artillerie brisé avait servi à alim- nter les feux de bivouac de la troupe sur le boulevard Poissonnière. Nous avions lu, dans un écrit de M. Victor Hugo, publié à l'étranger, que cet avant-train avait été cassé, dans une fausse manœuvre des conducteurs d'artillerie, vers deux heures et demie, près du coin du faubourg Montmartre, à la montée du boulevard Poissonnière, et que la foule s'était fort égayée à leurs dépens. — « Vous voyez bien qu'ils sont soûls! » aurait crié un ouvrier. Ce fait nous avait paru douteux; mais la coïncidence de l'observation faite par M. Mauduit, qui a vu brûler les ''ébris de cet avanttrain , a modifié notre sentiment. L'incluent rapporté par M. Victor Hugo doit être exact. 11 n'a sans doute pns une grande signification; mais il nous paraît bon à noter, comme contribuant à établir l'attituda de certaines portions de la foule, en présence des soldats.
invisibles prêts à faire feu; ils se croyaient environnés d'embûches; ils étaient dans un de ces états de surexcitation nerveuse où les hommes gardent difficilement leur sang-froid, et s'ils sont réunis en grandes masses, cèdent, par un entraînement irrésistible, à de subites impulsions, — témoin tant de terreurs paniques inexplicables en apparence.
Cet état mental des soldats, massés le 4 décembre sur les boulevards, était-il aggravé par des causes physiques, des excès de nourriture et de boissons? On l'a dit avec tant d'insistance que le gouvernement a cru devoir le démentir dans son organe uiiiciel. Nous ne pensons pas qu'on puisse contester que la troupe n'ait été, ce jour-là, infiniment mieux soignée qu'à l'ordiDaire Mais peut -on attribuer à celle cause une influence prépondérante sur les faits du boulevard ? Nous ne le croyons pas. Les corps de troupes stationnés sur d'autres points n'avaient pas été moins bien traités, et rieu de semblable n'y est survenu.
Les dispositions des troupes étant telles que nous l'avons dit, on s'explique très-naturellement ce qu'a vu M. Jesse.
Des coups de feu sont tirés vers la tête de colonne, boulevard Bonre-Nouveiie; les premiers pelotons ripostent, criblant de balles les fenêtres; la masse est frappée comme d'une commotion é\-x.nq\ie. Plus de doute pour les soldats, — c'est la guerre des croisées qui co umence ! Et, peloton par peloton, ils font feu, les uns après les autres, sur les groupes qui stationnent, sur les spectateurs des balcons et des fenêtres, criblant de balles ces ennemis imaginaires 1
Vainement la plupart des officiers, — ceci a été constaté pour un grand nombre, — esiayent-its d'arrêter cet entraînement. Pendnnt un quart d'heure, c'est un véritable ouragan de feu et de plomb, depuis le boulevard Bonne-Nouvelle jusqu'à celui des Italiens.
M. Mauduit a écrit quelques lignes qui confirment bien notre m inière de voir; nous les transcrivons de nouveau :
«: Les soldats du général de Cotte, électrisés par la fusillade « qui les entoure, ouvrent aussi le feu, mais à l'aventure, et le « continuent pendant huit ou dix minutes, malgré les efforts du « général et de ses aides de camp pour arrêter une consommation c aussi inuiile de munitions, et qui ne pouvait faire que des vic- « times innocentes. »
Nous avons ouï raconter aussi, mais nous ne saurions garantir le fait, qu'un officier d'artillerie se jeta à la bouche
de l'obusier qui bombardait l'hôlel Sallandrouze, pour arrêter cette canonnade insensée.
Le lecteur se figure l'affreux spectacle que dut présenter le boulevard, surtout pendant les premières minutes de la catastrophe. Quand on vit descendre cette « lance de flamme ondulante, « — selon l'expression de M. Jesse, — la foule se précipita, frappée d'épouvante, vers les portes des maisons, vers les débouchés des rues adjacenies, en proie à une terreur trop légitime. La grêle des balles s'abattit, en partie, sur ces groupes effarés. On les vil se courber sous l'ouragan, tomber sur les trottoirs, sur le seuil des portes. Quelques blessés se relevaient, chancelaient, pour tomber encore.
Une dcs personnes atteintes, qui a survécu malgré deux graves blessures, a dit : a H semblait que ce fût une trombe, a venant du boulevard Poissonnière, qui tordait et brisait sur a son passage les hommes et les arbustes piantt^s le long des « boulevards, i* La personne dont nous rapportons les paroles était à quelques pas des Variétés, en face de la maison portant alors le n" 5 du boulevard Montmartre ; elle tomba pêlemêle, avec un groupe de six ou huit autres, dont trois n'étaient plus que des cadavres.
Beaucoup ausii furent frappés, aux fenêtres, et dans l'intérieur des appartements par les balles qui ricochaient contre les murs.
Mais ne nous appesantissons pas davantage sur ce lamentable tableau.
Après ce quart d'heure ou ces vingt minutes de tempête de coups de fusil, ceux des officiers qui avaient tenté d'arrêter le désastre redevinrent à peu près maîtres de leurs soldats. La majeure partie des troupes d'inf^anterie de la brigade Canrobert déliièrent vers le faubourg Saint-Martin. Il ne demeura sur les boulevards que les lanciers du général Reibell et, semble-t-il, la gendarmerie mobile.
Des coups de fusil isolés retentirent longtemps encore. Ce triste fait que n'expliquent plus l'entraînement fébrile et la panique n'est que trop bien établi.
Rappelons quelques phrases d'un extrait cité plus haut du capitaine Mauduit, l'écrivain militaire si dévoué à la cause napoléonienne :
« Vous ne pouvez traverser le boulevard, lui disait, plusieurs « heures après, un ancien officier, son camarade de régiment, sans « vous exposer à des coups de pistolet ou de lance de la part des
f edetles, placées à chaque angle dj3 rues ; les Lor' ^vards sont <f jonchés de cadavres. »
Un passant que M. Mauduil rencontrait un /leu plus loin lui disait à voix baso :
« N'allez pas sur les boulevards, on tire su: tout ce qui tra- « verse. »
L'honorable M. Jules Simon, aujourd'hui député de l'opposition, pour le département de la Seine, écrivait peu après à un journal de province une lettre qui fut insérée, et dans laquelle se trouvent ces détails :
c Rue Montmartre, vers quatre heures, on a tiré sur un groupe « inoffensif, sans armes, ne criant p"s. Un homme tombe, nous « le relevons, il n'était queble-.sa! A trois pas de là, un autre « était mort. Une femme avait le bras cassé par une balle. Je re- « tourne rue de Richelieu, je vois un soldat ajuster et tirer sur a une fenêtre, etc.
Nous n'avons plus, quant aux faits des boulevards, à examiner qu'une seule question. Gomment la fusillade commença-t-elle à la tète de colonne ?
On a vu qu'elle s'étendit des troupes placées vers le boulevard Bonne-Nouvelle jusqu'à celles qui occupaient le boulevard des Italiens, comme si l'on eût mis le feu à une traînée de poudre.
II nous semble infiniment probable qu'un ou plusieurs coups de feu durent être tirés contre les premiers pelotons de la colonne du général Ganrobert.
Le Moniteur^ dans le récit du drame accompli chez le libraire Lefilleul, parle d'un coup de pistolet tiré par un commis sur un clairon de la ligne. On a parlé également de coups de fusil qui seraient partis des hantes fenêtres de deux maisons situées sur le côté méridional du boulevard Bonne- Nouvelle, entre le poste en face du Gymnase et le coin de la rue de Cléry. Ces assertions n'ont rien de commun avec le conte, édité par les journaux, sur la fusillade partie des croisées du boulevard Poissonnière, notamment de l'hôtel Sallandrouze, invention dont ces journaux eux-mêmes ont reconnu la fausseté.
Le lecteur remarquera que moins d'une heure avant on s'était battu sur ce point. La brigade de Boni gon avait tiraillé quelque temps avec les républicains, portés aux barricades, en deçà de la porte Saint-Denis.
On se battait encore à trois heures et très-vivement dans les rues peu distantes de cette portion du boulevard Bonne- Nouvelle.
Sur ce point) la troupe était déjà, pour ainsi dire, en pays ennemi.
Il y a donc de fortes présomptions de croire que quelquesuns de ces coups de fusil isolés, entendus tout à coup, si distinctement, par le capitaine Jesse, vers la tête de la colonne, avaient été tirés par des insurgés, peut-être par quelques-uns de ceux qui s'él aient déjà battus au même endroit contre la brigade de Bourgon.
Telle serait, eoiîs semble-t-il, la cause occasionnelle de cette panique, — l'expression nous paraît applicable, bien que ce ne soit pas le sens le plus orwinaire du mot, — de cette panique, disons-nous, qui se propageant instantanément dans la masse des tronpes échelonnées sur près d'un quart de lieue en arrière, causa de si affreux iialheurs.
C'est du moins, — iusqu'à preuve du contraire et révélation de faits inconnus à présent, — la seule explication plausible que nous puissions admettre ^
L'impression produite dans Paris par ce fatal événement fut immense, au-dessus de tout ce qu'on peut imaginer.
La nouvelle s'en répandit rapidement, grossie par la rumeur publique. L'indicible épouvante de c ux qui avaient échappé se transmit aux masses et les glaça. Ce furent, dès le soir, une stupeur, une prostration universelle.
Un témoin, peu suspect d'exagéraiions en ce sens, le capitaine Mauduit, dont l'enthousiasme bonapartiste est sans bornes, a constaté cette impression.
Nous avons déjà cité quelques passages de son livre qui confirment ce que nous avançons; nous allons les compléter par d'autres extraits :
a Dès sept heures du matin, le lendemain 5, je recommençai « mes pérégrinations historiques. Peu d'habitants s'étaient encore «c hasardés à sortir. L'aspect du quai depuis l'Hôtel de Ville jus-
1. Le lecteur sera peut-être surpris de voir que nous n'apprécions pas, au point de vue moral et justicier, cet événement lugubre, sans exemple dans l'histoire de nos modernes luttes ci\iles; il sera peut-être surpris aussi de ce que nous ne recherchions pas sur qui en retombe la responsabilité. Nous lui rappellerons que nous nous sommes volontairement circonscrit dans les étroites limites d'une simple narration des faits. Nous ne voulons pas, — et le voudrions-nous, — que nous ne pourrions pas faire davantage. Le temps de jugtr ce que nous racontons n'est pas encore venu.
« qu'aux Champs-Elysées, était so?n6re. Les quelques passants que (c je rencontrais portaient sur leurs traits V empreinte de Vinquiéc( tude^ quelques-uns inême de la stupéfaction, s {Révolution militaire, page 261.)
î Au débouché de toutes les rues et jusqu'à la Bastille se trou- « vait un peloton de cuirassiers ayant tous des vedettes ambu- « lantes, le sabre pendar.t à la dragonne et le pistolet au poing. « Les abords de Tortoiù et do la Maison Dorée étaient occupés « par les mêmes groupes que les deux jours précédents et presque « aussi compactes, mais les figures y étaient sombres et généra- « lement silencieuses, et non provocatrices comme la veille. La a colèr.; s'était concentrée, mais non calmée (p. 26'i).
« Une expression de stupeur se fait remarquer snr toutes les a figures. On ne s'aborde qu'avec hésitation et pour se demander « avec inquiétude : Comment cela finira-t-il ? Peu de figures ne « sont pas au moins soucieuses; quelques-unes peignent la colère « et la rage concentrées, et s'expriment à mi-voix ou ne respirent « que la haine et la vengeance!... contre le président, contre les « généraux et la graine d'épinards (p. 273, 274). »
Le Moniteur parisien^ journal semi-officiel, disait aussi en parlant de cette journée du lendemain, 5 décembre :
a Les magasins et les maisons sont restés fermés toute la jour- « née sur la ligne des boulevards, qui continue:)t à être occupés « militairement par la brigade des généraux Reiball et Marulaz. « La circulation est interdite. De mémoire d'homme les boule- « vards n'eurent jamais un aspect si lugubre. »
Le mouvement révolutionnaire, qui se prononçait dans la première moitié de la 'ournée du 4 avec tant de force qu'il semblait devoir entraîner la ville entière, était donc brisé.
La bataille livrée dans les vieilles rues des quartiers du centre avait écrasé l'élite des hommes d'action du parti républicain. La moitié, sinon plus, de ceux qui avaient combattu, étaient tués, blessés ou pris.
La catastrophe des boulevards, frappant la ville d'un indicible sentiment de terreur, avait fait le reste.
Les survivants des barricades et les représentants du peuple qui essayèrent, le 5 au malin, de recommencer l'agitation, se heurtèrent à une population glacée d'épouvante. Quelques barricades ^levées sur la vive gauche de la Seine, à la Groix-Rouge, sur la rive droite en quelques points des faubourgs, notamment barrière Rochechouart, furent abandonnées sans combat à l'approche des troupes.
« Les insurgés, dit le maréchal Magnan, dans son rapport offî-
« cie'i, atterrés par le résultat de la journée du 4, n'osèrent plus c défendre leurs retranchements. j>
Une foule morne et silencieuse s'amassa, pendant toute cette journée du 5, devant les Larreaux de la cité Bergère, au faubourg Montmartre.
Un grand nombre de cadavres, — 35 disent les uns, 60 disent les autres, avaient été rangés dans le passage. C'étaient des malheureux tombés la veille sur les boulevards. La plupart portaient le costume de la bourgeoisie. Il y avait deux ou trois femmes.
On transféra plus tard ceux-là ou d'autres, — nous ne savons pas au juste, — au cimetière du Nord. Ils y restèrent quelque temps, à demi -ensevelis, la tête a découvert, pour qu'ils pussent être reconnus par les familles.
Quel fut le n: mbre des victimes dans ces jouméd* àis 3 et 4 décembre ?
Les déclarations officielles et officieuses ne donnent e[tto peu de lumières sur ce peint, sauf en ce qui concerne l'armée,
M. Granier de Cassagnac (2* vol., p. 433), dit 175 morts et 1 1 5 blessés ; il emprunte ce chiffre à un rapport du préfet de police.
M. Mayer (p. 169) donne un chiffre différent, d'après les évaluations de M- Trébuchet, lequel, dit-il, a pu jurer devant Dieu et les hommes que son compte était exact. Ge chiffre, c'est i91 tués et 87 blessés.
Il est à peine besoin de faire remarquer l'invraisemblance colossale de ce dernier chiffre.
Le ilonileur du 30 août 1852, déjà cité, a donné comme résultant des constatations officielles le chiffre de 3H0 tués.
Il est fâcheux que le Moniieur n'ait pas jugé à propos de dire sur quels documents il se basait pour démentir ainsi les chiffres de 175 du préfet de police et de 191 du chef de bureau de la salubrité.
En présence de telles contradictions, l'historien doit s'abstenir s'il ne possède pas d'autres sources authentiques d'évaluation. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qiie le chiffre de 380 nous paraît encore bien faible , en présence des indices graves que nous recueillons de divers côtés. Mais il n'y a pas lieu d'insister à ce sujet.
En ce qui touche l'armée, les chiffres officiels publiés n*ont jamais été contestés. Il y a eu, les 3 et 4 décembre, 1 offi-
cier et 23 soldats tués, plus 3 autres soldats morts ultérieurement de leurs b'essures, soit, en tout, 27 militaires tués. Ge chiffre, rapproché des 380 tués non nailitaires, avoué pa* le Moniteur, n'est pas fait pour affaiblir l'opinion de ceux qui pensent que les malheureuses victimes des boulevards durent être en nombre bien supérieur à celui des combattants tués sur les barricades.
Le nombre des militaires blessés fut considérable, proportionnelh rnent à celui des morts. Il atteignit le chiffre de 181 dont 17 officiers.
Nous ferons une dernière remarque sur ces pertes subies par l'armée. Si l'on en défalque les 7 à 8 hommes mis hors de combat dans les escarmouches du 3 décembre, les 4 ou 5 autres qui paraissent avoir été blessés par les balles de leurs camarades sur le boulevard Bocne-Ncuvelîe, il est constant que plus de 190 hommes ont été mis hors de combat à l'attaque des barricades, dans l'après-midi du 4 décembre. Si l'on considère que les troupes débutèrent toujours (voir le rapport du général Magnan) par battre en brèche, à coups de canon, les retranchements improvisés des républicains avant de les assaillir de près ; que le nombre des défenseurs des barricades ne dépassa pas 1000 ou 1200 hommes, plus ou moins bien armés, on reconnaîtra que ce total d'enviro':. 200 militaires tués ou blessés, — chiffre considérable, ^u égard au peit nombre de combattants républicains,— - est une preuve irrécusable de l'énergique résistance de cos derniers.
CONCLUSION
Nous pourrions arrêter ici cette étude sur le Coup d'Élat de 2 décembre à Paris.
Lès le 5, le triomphe de Louis -Napoléon était assuré; la Constitution républicaine de 1848 n'était plus qu'un souvenir.
Nous résumerons néanmoins brièvement les faits accomplis entre ce jour et celui où fut proclamé le résultat du plébiscite du 20 décembre.
Le 3Io}}iteur an 5 publia un décret, signé la veille, spécifiant que le vote sur l'appel au peuple aurait lieu à la commune, par scrutin secret et non par vote sur registre public, comme il avait été indiqué dans la proclamation du 2, en souvenir sans doute du -mode de votation adopté en 180'i par Napoléon I*^"",
L'armée avait néanmoins voté de la sorte dans les quarante-huit heures. On avait fait l'appel, et officiers, sousofficiers et soldats avaient successivement signé sur un registre leur oui ou leur no7i.
Le résultat avait été : 303 290 oui et 37 359 non; 3626 électeurs militaires s'étaient abstenus. Pour l'armée de mer le relevé fournissait : 15 979 oui, et 5128 non; 486 marins s'étaient abstenus.
Le 8 décembre parut une proclamation de Louis-Napoléon au peuple français. Le Président se félicitait de l'apaisement des troubles, conviait les citoyens à voter et remerciait en particulier les ouvriers parisiens du bon esprit dont il avaient fait. preuve.
Signalons un trait saillant de cette proclamation : le nom de la République n'y était pas prononcé.
Le même jour était signé un décret non abrogé encore aujourd'hui donnant à l'administration la faculté de déporter à Cayenne, par mesure de sûreté publique, c'est-à-dire sans jugement, les anciens condamnés en rupture de ban et les individus reconnus coupables d'avoir fait parlie d'une socièlé secrcle.
Pendant ces mêmes journées, et presque sans interruption jusqu'au mois suivant, des arrestations innombrables furent opérées dans Paris. En moins de huit jours les prisons et les forts détachés de l'enceinte fortifiée furent encombrés de prisonniers. Le nombre en dépassa plusieurs milliers. A de très-rares exceptions près, ils appartenaient tous aux diverses nuances du parti républicain. Le contingent de la bourgeoisie parisienne dans ce nombre de captifs fut énorme, hors de proportion avec tout ce qui avait été vu depuis le commencement du siècle. Les ouvriers cependant étaient en majorité. Il y avait, a dit quelqu'un, un habit pour chaque blouse. C'est à peu près la vérité, mais non d'une exactitude absolue.
Par contre, les représentants de la droite, incarcérés le 2, furent mis en liberté à peu près tous.
Les seuls d'entre eux qui furent frappés appartenaient au parti orléaniste. Un décret exila momentanément, avec les généraux Bedeau, Ghangarnier, Lamoricière et Leflô, MM. Duvergier de Hauranne, Greton, Baze, Thiers, Ghambolle, Rémusat et Jules de Lasteyrie.
Ce décret n'a été publié que postérieurement au 20 décembre, mais il rentre^ dans notre sujet comme conséquence immédiate du Coup d'État.
Les représentants républicains furent frappés en grand nombre.
Cinq d'entre eux furent, par décret, désignés pour la transportation à Gayenne : c'étaient MM. Marc-Dufraisse, Greppo, Mathé, Miot et Richardet.
Il faut dire que cependant M. Miot seul fut déporté en Afrique et non à Gayenne. M. Mathé avait réussi à s'évader, et MM. Dufraisse, Greppo et Richardet reçurent un ordre d'exil , au moment où ils s'attendaient à partir pour la Guyane. On a dit, — mais nous ignorons si la chose est exacte , — que cette commutation de peine fut décrétée à la sollicitation de Mme George Sand. Ce qui est certain , c'est que les représentants avaient absolument ignoré que cette démarche ou toute autre eût été faite en leur faveur.
En même temps que pour MM. Dufraisse , Mathé et Richardet , un ordre d'exil commua la peine d'un certain nombre de républicains de Paris et d'un département voisin, le Loiret, qui étaient déjà, en rade de Brest, à bord du navire qui devait les transporter à Gayenne. Parmi eux se trouvaient l'ancien représentant à la Constituante, Xavier
Durrieu, deux membres de la Législative, Michot-Bouteî et Martin , représentants du Loiret; un ancien préfet, ancien membre de la Constituante, M. Pereira, d'Orléans; des hommes de lettres bien connus, le fabuliste Lachambeaudie, Hippolyte Magen, Kesler, journalistes; un des agrégés les plus distingués de la Faculté de médecine de Paris , le docteur Derville, fils du représentant des Hautes-Pyrénées, etc.
Six représentants républicains furent frappés d'exil provisoire par le même décret que les généraux Bedeau , Cnangarnier, et3. C'étaient MM. Pascal Daprat, Victor Chauffour, général Leydet, Edgard Quinet, Antony Thouret et Versigny. M. Emile de Girardin était frappé en même temps que ses collègues républicains avec lesquels il avait d'ailleurs fait cause commune depuis quelque temps.
Soixante-six autres représentants, tous républicains, furent exilés, par décret spécial. Voici leurs noms, dans l'ordre adopté par le Moniteur :
Edmond Valentin, Paul Racouchot, Agricol Perdiguier, Eugène Gholat, Louis Latrade, Michel Renaud (des Basses- Pyrénées), Joseph Benoît (du Rhône), Joseph Burgard , Jean Colfavru , Joseph Faure (du Rhône), Pierre-Charles Gambon, Charles Lagrange, Martin Nadaud, Barthélémy Terrier, Victor Hugo, Cassai, Signard, Viguier, Charrassin, Bandsept, Savoye, Joly, Combler, Boysset, Duché, Ennery, Guilgot , Hochstuhl, Michot-Boutet, Baune, Bertholon, Schœlcher, de Flotte, Joigneau , Laboujaye , Bruys, Esquiros, Madier-Montjau , Noël Parfait, Emile Pean, Pelletier, Raspail, Théodore Bac, Bancel, Belin (Drôme), Besse, Bourzat, Brives, Chavoix, Dulac, Dupont (de Bussac), Gaston Dussoubs, Guiler, Laton, Lamarque, Pierre Lefranc, Jules Leroux, Francisque Maigne, Malardier, Mathieu (de la Drôme), Millotte, Ptoselli-Mollet, Charras, Saint -Ferréol, Sommier, Testelin (Nord).
L'article 2 du décret, signé Louis -Napoléon, contresigné de Morny, menaçait les individus (textuel) ci-dessus nommés de la déportation s'ils rentraient sur le territoire français.
C'est vers la fin de décembre que furent organisées, par une circulaire ministérielle, les ïameuses commissions mixtes. On les a parfois comparées aux cours prévôiales de la Restauration ; cette assimilation n'est pas exacte selon nous. Les
cours prévôtales furent des sortes de conseils de guerre, jugeant sommairement, mais enBn jugeant, admettant îe débat contradictoire et la défense en audience publique. Les commissions mixtes de 1852 ont décidé sans procédure, sans auJition de témoins, sans débats contradictoires, sans défense des prévenus, sans jugement public, du sort de milliers et de milliers de républicains. L'échelle des peines prononcées (en secret) par ces commissions était graduée depuis la surveillanc3 de la haute police jusqu'à la déportation à Gayenne.
Pen'lant la première quinzaine de décembre, le Moniteur publia souvent des décrets mettant en état de siège divers départements où se produisaisnt des résistances au Coup d'État. Le nombre des départements placés sous le régime militaire dépassait, au 20 décembre, le chiffre de trente, plus du tiers de la France.
Trois commissaires extraordinaires avaient été envoyés, investis de pleins pouvoirs: M. Garlier, l'ex-préfet de police, dans l'Allier, le Cher, la Nièvre et l'Yonne ; M. Maurice Duval dans les départements de l'Ouest (Bretagne et Vendée); M. Bérard, dans la Somme. Leur mission fut très-courte. Ils furent rappelés au bout de huit jours.
Les décrets se succédaient rapidement au Moniteur, ainsi que les instructions minisLérielleî. C'est vers le milieu de décembre que fut rendu celui qui plaçait l'indu-, trie de maître d'hôtel, cabaretier ou cafetier sous le régime de l'autorisation préalable.
L'armée, comme il était naturel, fut largement récompensée. Les décorations et les promotions furent nombreuses. Les journées de décembre furent comptées comme campagnes à tous les militaires dont les régiments avaient concouru à réprimer les résistanses au Coup d'État, à Paris ou en province.
Le clergé catholique fut comblé de prévenances et de faveurs. Il y répondit par une adhésion au Coup d'Etat dont l'unanimité et l'enthousiasme rappelaient celui dont il avait fait preuve après le 24 février, quaud il bénissait les arbres de la liberté et prêchait l'alliance de l'Évangile et de la démocratie. Les causes étaient bien différentes , mais l'enthousiasme du clergé catholique était resté le même.
Un décret avait, dès les premiers jours, transforméle Panthéon en éLdise de Sainte-Geneviève. •
On peut lire parmi les documents officiels de cette période telle circulaire de M. de Morny, touchant l'observation du repos prescrit par l'Église dans le saint jour du dimanche, qui respire la piéiéet la ferveur catholiques les plus parfaites.
Nous avons dit comment, le 2 décembre, au matin, des mesures avaient été prises pour empêcher la presse indépendante de continuer sa publication. Ces mesures furent régularisées quelques jours plus tard. Beaucoup de journaux furent déiiniiivement supprimés. Le seul journal républicain important qui put reprendre sa publication, le Siècle, fut condamné à n'enregistrer longtemps que des nouvelles diverses et des documents officiels. Il lui fut interdit non-seulement de discuter les conditions dans lesquelles allait s'ouvrir le scrutin populaire, d'exposer les raisons qui devaient faire voter dans tel ou tel seas, mais il ns put même pas inscrire en tête de ses colonnes : « Nous votons non. t> Il en fut de mêmB de tous les organes de la presse indépendante. M. P. Mayer a dit le mot vrai en ce qui concerne la situation de la presse après le 2 décembre : « Le Moniteur^ dit-il, parla donc, et dans le silence unanime de l'ancienne presse morle elle aussi du Coup d'État, le journal officiel devint, etc.... »
Le scrutin pour le plébiscite s'ouvrit. Les opérations s'accomplirent généralement au milieu du plus gi"and calrue matériel.
Ls résultat donna 7 439 216 oui, et 6(i0 737 non.
Les buUelins nuls furent au nombre de 36 880.
Le relevé officiel ne donne pas le chiffre des abstentions. Mais on peut le déduire de ce fait que les listes électorales de 1849, qui furent prises comme base pour l'inscription apics le 2 décembre, portaient le chiffre des électeurs à 9 618 057. Il y aurait donc eu environ 1 500 000 abitsnjtions.
Nous devons, pour coaipléter le récit du Coup d'État à Paris, donner le résultat du scrutin dans la capitale.
Le nombre des électeurs inscrits dans les douze arrondissements de Paris était de 29 1 795.
Le nombre des votants fat de 216 693.
Les voles émis se répartirent comme suit :
Oui: 132 981.
Non: 80 691.
Bulletins nuls : 3 021.
Il y avait eu 75 102 abstentions. Le nombre des oui était demeuré inférieur à la moitié du chiffre des électeurs inscrits.
Le résultat général du plébiscite fut présenté solennellement le 31 décembre à Louis-Napoléon par la Commission consultative chargée du recensement des votes. Deux discours fureût prononcés à cette occasion, le premier par M. Baroche, le deuxième par Louis-Napoléon. Nous allons les reproduire textuellement, d'après le Moniteur. Ils sont la conclusion naturelle d'un récit du Coup d'Etat.
M. Baroche, après avoir remis au Président un extrait du registre de la Commission consultative qui établissait les résultats du plébiscite tels qu'ils sont donnés ci-dessus, prit la parole en ces termes :
a Monsieur le Président,
(t En faisant appel au peuple français par votre proclamation du 2 décembre, vous avez dit :
c Je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le oc bien et m'enchaîne au gouvernail quand je vois le vaisseau c courir vers l'abime. Si vous avez confiance en moi, donneze moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de c vous. »
« A cet appel loyal fait à sa conscience et à sa souveraineté, la nation a répondu par une immense acclamation, par plus de sept millions quatre cent cinquante mille suffrages.
« Oui, Prince, la France a confiance en vous ! elle a confiance en votre courage, en votre haute raison, en votre amour pour elle ! et le témoignage qu'elle vient de vous en donner est d'autant plus glorieux qu'il est rendu après trois années d'un gouvernement dont il consacre ainsi la sagesse et le patriotisme.
c L'élu du 10 décembre 18^8 s'est-il montré digne du mandat que le peuple lui avait conféré? A-t-il bien compris la mission qu'il avait reçue?
« Qu'on le demande aux sept millions de voix qui viennent de confirmer ce mandat, en y ajoutant une mission et plus grande et plus belle?
« Jamais dans aucun pays la volonté nationale s'est-elle aussi solennellement manifestée ? jamais gouvernement obtint-il un assentiment pareil, eut-il une base plus lar e, une origine plus légitime et plus digne du respect des peuples ! (Murmures d'approbation.)
« Prenez possession, Prince, de ce pouvoir qui vous est si glorieusement déféré.
i Usez-en pour développer par de sages institutions les bases fondamentales que le peuple lui-même a consacrées par ses votes.
a Rétablissez en France le principe d'autorité, trop ébranlé depuis soixante ans par nos continuelles agitations.
« Combattez sans relâche ces passions anarchiques qui attaquent la société jusque dans ses fondements.
(c Ce ne sont plus seulement des théories odieuses que vous avez à poursuivre et à réprimer; elles se sont traduites en faits, en horribles attentats.
« Que la France soit enfin délivrée de ces hommes toujours prêts pour le meurtre et le pillage, de ces hommes qui, au dixneuvième siècle, font horreur à la civilisation et seiiiblent, en réveillant les plus tristes souvenirs, nous reporter à cinq cents ans en arrière. (Vif assentiment.)
t Prince, le 2 décembre vous avez pris pour symbole : la France régénérée par la révolution ds 1789 et organisée par l'Empereur, c^est-à-dire une liberté sage et bien réglée, une autorité forte et respect^i^e de tous.
« Que voti e sagesse et votre patriotisme réalisent cette noble pensée. Rendez à ce pays si riche, si plein de vie et d'avenir les plus grands de tous les biœs : l'ordre, la stabilité, la confiance. Comprimez avec énergie l'esprit d'anarchie et de révolte.
< Vous aurez ainsi sauvé la France, pré-.ervé l'Europe entière d'un immense péril et ajouté à la gloire de votre nom une nouvelle et impérissable gloire. »
(Ces paroles sont suivies de marques unanimes et significatives d'approbation.)
Louis-Napoléon a pris ensuite la parole :
« Messieurs,
€ La France a répondu à l'appel loyal que je lui avais fait. Elle a compris que je ri'étais sorti de la légalité que pour rentrer dans le droit. Plus de sept millions de suffrages viennent de niahsoudre en justifiant un acte qui n'avait d'autre but que d'épargner à la France et à l'Europe peut-être des années de troubles et de malheurs. (Vives marques d'assentiment )
« Je vous remercie d'avoir constaté officiellement combien cette manifestation était nationale et spontanée.
« Si je me félicite de cette immense adhésion, ce n'est pas par orgueil, mais parce qu'elle me donne la force de parler el d'agir ainsi qu'il convient au chef d'une grande nation comme la nôtre. (Bravos répétés.)
0 Je comprends toute la grandeur de ma mission nouvelle, je ne m'abuse pas sur ses graves difficultés. Mais avec un cœur droit, avec le concours de tous les hommes de bien qui, ainsi que vous, m'éclaireront de leurs lumières et me soutiendront de leur patriotisme, avec le dévouement éprouvé de notre vaillante armée, enfin avec cette protection que demain je prierai solennellement le Ciel de m'accorder encore (sensation prolongée), j'espère me rendre digne de la confiance que le peuple continue de mettre en moi.
(Vive apprûbat'on.) J'espère assurer les destinées de la Fracce en fondact des institutions qui répondent à la fois et aux instincts dén:o;ra!iques de la nation et à ce désir exprimé universellement d'avoir diisorrnais un pouvoir fort et respecté. (Adhésion chaleureuse.) En effet, donner satisfaction aux exigences du BDOment en créont un système qui constitue l'autorité sans blesser l'égalité, sans fermer aucune voie d'amélioration, c'est jeter les véritables bases du seul édifice capable de supporter plus tard une liberté soge et bienfaisante '. »
(Des cris de : Vive Napoléon! vive le Président! se font entendre... elc.)-
] . Le lecteur curieux de rapprochements piquan'.s et instructifs n'a qu'à se repoiter au chapitre I"^' de ce livre, il y trouvera des manifestes, lettres et ai-cours uUles à relire après celui-ci.
APPENDICE
Liste d'un certain nomlre des personnes non militaires, tnc'es les 3 ou 4 . décembre, dressée par M. Trébuchet, chefdç bureau de la salubrité, à la Préfecture de police.
Adde, libraire, boulevard Pois-onnière, 17 ; tué chez lui.
AvEXEL, allumeur de gaz ; tué boulevard Montmartre.
BoYER, pharmacien, lue Lepelletier, 9; tué boulevard des Italiens.
BoYER, cocher, rue Grange-aux-Belles, 15; tué boulevard des Italiens.
Bertaux, garçon marchand de vins, rue Grenéta, 4-, tué boulevard des Italiens.
BiDOis , employé , rue Notra-Dame-de-Nazareth ; tué boulevard des Italiens.
Brun*, négociant, p'ace du Chàtelet, 6 ; tué boulevard des Italiens.
BACFORr, cordonnier, rue delà Verrerie, 5; mort à l'Hôtel-Dieu.
Boulet-Desbarrealx, clerc d'huissier; tué bou'evard lloi.tmartre.
Baudin , ex-représentant , rue de Clichy , 88 ; tué faubourg Saint- Antoine.
Bastard, cuisinier ; à la Morgue.
Beadfond, tailleur; à la Morgue. ■>
Boursier, enfant de sept ans et demi, fils d'un conducteur aux Messageries ; tué rue Tiquetonne.
Belval, ébéniste, me de la Lune, 10; tué chez lui.
Bor, ferblantier; à la Morgue.
Bricadt, commis ; à la Morgue.
BoQuiN, menuisier, aux BatignoUes ; tué boulevard Montmartre.
BccHOLTZ, tailleur, rue Pagevin, 5; tué rue Pagevin.
Colet, carrossier, rue de Varenne, 80 : tué boulevard Poissonnière.
Garpentier , clerc d'avoué , faubourg Saint-JIartin ; tué boulevard Montmartre.
CoiGNiÈRE, carrossier, rue Croix des-Petits-Champs, 5; tué boulevard Montmartre.
Claret, peintre, rue Beaurpgard, 17; tué Boulevard Saint-Denis.
Chaudron, gantier, passage du Grand-Cerf; tué boulevard Saint-Denis.
Cambiaso, sans profession, rue Louis-le-Grand, 2i; mort à la Charité.
Coqoard, propriétaire, à Vire (Calvados); tué boulevard Montmartre.
Charpentier de Bellkcourt, négociant, faubourg Montmartre, 5; tué boulevard Montmartre.
CiSTRTQUE, peintre; à la Morgue.
CocHEU, marchand de journaux; à la Morgue.
CoiNTiN, bourrelier; à la Morgue.
Claire, boucher, barrière du Roule, 21 ; mort à la Charité.
Carrel, tourneur, rue du Vertbois, 41 ; tué boulevard Montmartre.
Cassé, employé, rue Saiut-Magloire, 3; mort à rnô!;e!-Dieu.
Chaussard, domestique ; tué boulevard Montmartre.
Debeauchamp, rentier, boulevard Montmartre^ 19; reconnu au cimetière du Nord.
DerainSj avocat, rue Plumet, 4 ; tué boulevard Montmartre.
KuHAND, charpeniier, faubourg Saint-Martin, 236 ; tué boulevard Montmartre.
Devart, entrepreneur, rue Dauphine, 20 ; tué boulevard Poissonnière.
Deransart, coiffeur, rue Saint-Lazare, 18; tué boulevard Poissonnière.
Debaecque, négociant, rue du Sentier, 45; tué chez lui.
David, proies eur, rue de Vendôme, 18; tué rue Saint-Denis.
DuBOfC, emjiloye, rue d'Astorg, 28 ; à la Morgue.
DoucLRAiN, cordonnier, lue Jean-l'Epine, ;' ; mort à THôtel-Dieu.
Delorme, maçon, rue Ménilmonlant, 162: mort à l'Hôtel-Dieu.
DuDÉ, charretier, rue de la Corroierie; mort à l'Hôtel-Dieu.
Dk Castre, tailleur, rue Feydeau, 26; mort à la Charité.
Demarsy, rentier, rue Saint-Nicoias-d'Antin; à la Morgue.
DocHESNAY , propriétaire, rue Dupuytren, 3; tué boulevard Mont« martre.
Delon, commis voyageur; à la Morgue.
Daubigny, polisseur d'acier; à la Morgue.
De Couv; RCELLES, fleurii-te, rue Saint-Denis, 25.Ô; tué chez lui.
Doré, cordonnier; à la Morgue.
Demazy, rentier, rue du Rocher, 4; mort à l'hospice Beaujon.
Dagnan, ms'iiuisler, rue Pépinière, 27 ; à la Morgue.
Dlssoubs (Gaston), avocat; à la Morgue.
Deslions, papetier; à la Morgue.
Friedel, menuisier, rue de Varenne, 80; tué boulevard Poissonnière.
Février, propriétaire, rue du Temple, 15; tué loulevard Poissonnièrev
FiLLY, commis , rue Saint-Denis, 341 ; tué boulevard Poissonnière.
Fkois du Chevalier, négociant, rue de la Banque, 20; tué boulevard Poissonnière.
Fèvbe, seilier ; à la Morgue.
FiRMi.N, passrmentier; à la Morgue.
GoLGEON, dome.-tique, rue d'Alger, 6; tué boulevard Montmartre.
Grellier (demoiselle), femme de ménage, faubourg Saint- Martin, 20"; tuée boulevard Montmartre.
GuiLLA D (femme), dame de comptoir, faubourg Saint-Denis, 77; tuée boulevard Saint-Denis.
Gar:!I! R (femme), dame de confiance, boulevard Bonne-Nouvelle, 6; tuée boulevard Saint-Denis.
Geoffroy, fondeur, place du Chevalier-du-Guet, 6; à la Morgue.
Gantillon. dessinateur, cour de la Gràce-de-Dieu; à la Morgue.
GÉKON, garçon marchand de vins, place des Victoires, 6; mort à l'hospice Beaujon.
GaiMALD, arçonnier, rue Saint-Jean-de-Latran, 5; tué boulevard Montmartre.
Garony, cordo'.nier; à la Morgue.
GoNT, journalier ; à la Morgue.
Gaume',, architecte, faubourg Saint- Martin, 105; à la Morgue.
ooBi, domestique, faubourg Saint-Martin, 6 ; à la Morgue.
Grillard, garçon boulanger, cour Batave, 15; à la Morgue.
GuiBL PR, commis marchana, avenue Montaigne, 61; tué rue Neuve- Saint-Euslache.
HOFFE, rentier, rue de l'Union, 19; tué boulevard Poissonnière.
Houley, coche'-; à la Morgue.
Hagal'x, bimbelotiêr, rue Saint-Denis, 271 ; à la Morgue.
N... \ Inconnus, dont on n'a pu constater l'identité, passés pat les
N... / armai ou trouvés morts sur les barricades.
JocjN, scieur de pierres, rue des Dames, 10; tué boulevard Poissonnière.
JcLLîETTE, bitumier, à Montrouge; mort à l'Hôtel-Dieu.
Lièvre, négociant, rue de Richelieu, 78; tué boulevard Bonne-Nouvelle.
Lemière, commis libraire, boulevart Montmartre, b; tué boulevard Bonne-Nouvelle.
Laplace, sculpteur (quinze ans), rue Amelot; à la Morgue.
Léautt, rentier, à Gentilly (Seine) ; mort à l'Hôtel-Dieu.
Lefloqce, journalier, rue de la Taclierie, 18; mort à l'Hôtel-Dieu.
Labilte, bijoutier, boulevard Saini-Martin, 63; tué chez lui.
Lemercier, broyeur, rue Sainte-Placide. 4: tué boulevard Poissonnière.
Lelièvtie, commis, rue des Vertus, 25; tué boulevard Poissonnière.
Lefèvre, cuisinier, rue Tirechappc. 25; àla Morgiie.
Langlois, porteur aux halles, à la Morgue.
Leccir, employé, rue des Récollets ; à la Morgue.
Lacroix, fabricant d'abat-jour , rue Bourbon-Villeneuve, 22; à la Morgue.
Lefort, polisseur, impasse de la Pompe, 18; à la Morgue.
Lacotr, concierge, faubourg Saint-Martin, 148: à la Morgue.
Laké, ébéniste, faubourg Saint- Antoine, 115; àla Morgue.
Laly, homme d'aSaires, rue de lÉcole-de-Médecine, 18; tué boulevard Poissonnière.
Ledaust (femme), femme de ménage, passage du Caire, 76 ; à la Morgue.
Laurent, sellier, à Batignolles -. tué cloître Saint-Merry.
Lec.erc, garçon boucher, avenue de Neuilly, 121; tué cloître Saint- Merry.
McLLER, domestique; boulevard des Italiens, 1; tué cloître Saint-Merry.
Merlet, ancien sous-préfet, rue Casimir-Périer, 17; tué iwulevard Montmartre.
Mathos, chapelier, rue des'Fossés-Saint-Germain-l'Auxerrois, 6; tué boulevard Montmartre.
MoRM-iRD, rentier, rue du Temple, 207; mort à l'Hôtel-Dieu.
MoREAU, corroyeur. rue Montgolfier, 18: mort à l'hôtel-Dieu.
MoREAU, gantier, rue Hautefeuille, 4; mort à l'Hôtel-D eu.
Mauluy, jO'imilier, à Believille; mort à l'hospice Saint-Louis.
Mouton, teinturier, à Neuilly; mort à la Charité.
Maloisel, coitledr, rue Saint-Marc, 7; tué boulevard Poissonnière.
Moreau, sculpteur (dix-huit ans); à la Worgue.
MoNPELAS, parfumeur, rue Saint-Martin, 181 : tué chez lui.
MoLiN, courtier, à Bercy : tué boulevard Poissonnière.
MoREL, journalier, rue Saint-Placide, 12; à la Morgue.
Merbolliod, labletier; à la M -rgue.
Maury-BernakI) , portefaix, rue <le la Parcheminerie; mort à la Clinique.
Mahé, domestique, rue Réaumur; mort à l'Hôtel-Dieu.
NicoLLAS, commis en marchandises, boulevard Saint-Denis, 19; mort à l'Hôtel-Dieu.
Naveau, fleuriae, rue Saint-Denis, 280; mort à l'Hôtel-Dieu.
Koel (Franco. se), giletière, rue des Fossés-Montmartre, 29; morte à la Charitéî
OiNviLLE, gantier, rue des Écrivains, 46; mort à la Charité.
Prochasson, laitier, Maison nationale de santé; mort à la Pitié,
Pécot, marchand de vins, rue Poissonnière, 44; mort à la Pitié,
Pontet, propriétaire à Grenelle; tué boulevard Montmartre.
PoMNSKi (le comte), rentier, rue de la Paix, 31; tué boulevard Montmartre.
PiLLON, ouvrier bijoutier, à Courbevoie; tué boulevard Montmartre.
PiERRARD, cordonnier ; à la Mcrgne.
Pineau, charpentier; à la Morgue.
PaIsgneal-, fabricant de boutons; à la Morgue.
Pariss, pharmacien, place Vendôme, 26; tué boulevard Montmartre.
Pabisot, cuisinier; à la Morgi^e.
PODYAND, maçon; mort à l'hospice Saint-Louis.
PoussABD, greffier du juge de paix de Brie-Comte-Robert; tué faubourg Saint-Denis.
Robert, marchand de coco, faubourg Poissonnière, 95; tué rue Montmarire.
Raboissom (femme), couturière; morte à la Maison nationale de santé.
Robert, peintre en bâtiments, rue Saint-Honoré, 23; tué boulevard Montmartre.
Rio, professeur de langues, rue de Bourgogne, 58; tué boulevard Montmartre.
Roussel, employé, faubourg Poissonnière, 139; tué boulevard Montmartre.
Remy, bijoutier; à la Morgue.
Rosset, cocher, né en Savoie; mort à l'hospice Beaujon.
Seguin (f=mme), brodeuse, rue Saint-Martin, 240; morte à l'hospice Beaujon.
SiMAS (demoiselle), demoiselle de boutique, rue du Temple, 196; morte à l'hospice Beaujon.
SEL.4N, propriétaire, à Grenelle; tué boulevard Montmartre.
Thirion de Montauban, propriétaire, rue de Lancry, 10; tué sur sa porte.
Thiébaut, paveur , faubourg Saint- Martin, 166; tué boulevard Montmartre.
Theillart, maçon, rue de la Poterie, 9; mort à l'Hôtel-Dieu.
Vatré, peintre en bâtiments, rue .Xeuve-Bourg-lAbbé, 16; mort à l'Hôtel-Dieu.
Vidal (femme), rue du Temple, 97; morte à l'Hôtel-Dieu.
ViDOT, teinturier, rue Cocatrix, 8; mort à l'Hôtel-Dieu.
ViAL, cocher, rue de Grenelle-Saint-Germaia; tué boulevard Montmartre.
Vassont, corroyeur; à la Morgue.
Vannier, tailleur de cristaux, rue du Petit-Crucifix, 5; à la Morgue.
Varen, peintre en bâtiment; à la Morgue,