GERS
Le département du Gers. — Procîamation des autorités. — Réunion dans les bureaux de F Ami du peuple. — Journée du 4. — M. Alem-Rousseau, — Agitation. — Appel aux armes. — Arrivée des paysans. — Pourparlers. — Distributioa de vivres. — Collision sanglante. — L'autorité victorieuse. — Fleurance. — Le sous-préfet de Lectoure. — Mirande. — Début de l'insurrection. — Scène à la Sous-Préfecture. — Coup de pistolet. — Arrestation du sous-préfet. — Dangers courus. — Arrivée des hussards. — Insurrection générale des campagnes. — Caractère du mouvement mirandais. — Marche sur Auch. — Découragement. — Soumission de Mirande. — Insurrection de Condom. — Rétablissement de l'ordre. — Les paysans du Gers jugés par un journal.
Le département da Gers, formé d'une partie de l'ancienne Gascogne, occupe un pays montueux et médiocrement fertile. Il est parsemé d'im grand nombre de bourgs et de petites \alles; mais il ne renferme aucun centre de population considérable. Son chef-lieu, Auch, est une vieille ville de douze mille âmes. Les Sous-préfectures, Condom, Lectoure, ^lirande et Lombez, sont encore moins considérables. Le pays est essentiellement agricole. I^a population qui l'habite est une race laborieuse, vive, impressionnable, rude de formes, mais honnête et généreuse.
A la fin de 1851, ce département était complètement acquis aux idées démocratiques. L'influence de la petite bourgeoisie, généralement républicaine, et la propagande du journal VAmi du Peuple, avaient beaucoup contribué à ce résultat. Des sociétés secrètes s'y étaient récemment organisées. Elles paraissent avoir été une ramification de la grande saciété des Montagnards qui couvrait le Midi, et dont
nous parlerons dans le prochain chapitre. Bien que leur organisation fût assez récente, le nombre de leurs affiliés était déjà énorme.
La dépêche, annonçant la dissolution de l'Assemblée nationale, arriva à Auch dans la soirée du 2 décembre.
Le préfet, M. de Magnitot, appela aussitôt près de lui le général Dupleix, commandant la subdivision, le procureur de la République, M. Saint-Luc Gourborieux, et le maire d'Auch, M. SouUier.
La gravité des circonstances était telle, que ces messieurs furent bientôt d'accord sur la nécessité d'annoncer l'événeme nt au peuple, sans se prononcer pour ou contre le Coup d'État, et en se bornant à maintenir l'ordre.
Le 3 décembre, à huit heures du matin, on afficha la dépêche télégraphique avec la fi^oclamation suivante :
« Auch, le 3 décembre 1851, 7 heures du matin.
« Habitants du Gers,
« Un événement grave vient de s'accomplir dans la capitale.
(c Nous nous empressons de le porter à -votre connaissance. En présence de l'émotion qu'il peut causer, l'autorité, qui répond de la tranquillité publique, est fermement résolue à faire son devoir et à assurer, avant tout, le respect et l'inviolabilité des personnes et des propriétés.
a Habitants du Gers, au nom de la France, au nom du salut du pays tout entier, au nom de vos intérêts les plus chers, nous vous engageons à attendre avec calme la marche des événements, et à vous abstenir de tous rassemblements proptes à enflammer les passions.
« Nous avons confiance dans votre loyauté et dans l'excellent esprit qui vous anime.
« Le général commandant la subdivision^ « Dupleix.
c Le procureur de la République^ * « Saint-Luc Gourborieux.
(C Le préfet du Gers^
c A. DE Magxitot.
a Le main d^Auch,