‹ Paris en décembre 1851Chapitre 57 sur 97 · Rapport officiel du général de Géraudon · texte numérisé non relu

Rapport officiel du général de Géraudon

crate^ rue Balguerie, afin d'y opérer la saisie de la protestation qu'on venait d'imprimer. Il trouva la rue encombrée d'une foule de citoyens. M. Alem-Rousseau se tenait sur la porte de l'imprimerie. Il s'opposa à l'entrée du commissaire de pO:ice. Sommé de laisser opérer la saisie, il répondit que la Constitution étant violée, tout magistrat qui ne protesterait pas sur-le-champ se rendrait complice du crime de haute trahison, sera't par ce seul fait déchu de ses fonctions, que quant à lui, simple citoyen, il ferait son devoir en repoussant la force par la force.

Le commissaire de police n'insista pas davantage. Il revint auprès du procureur de la République, et lui rendit compte de ce qui se passait.

M. Saint-Luc-Gourborieux n'hésita pas.

Il se fit accompagner d'un escadron de hussards commandé par le capitaine Michel, et se dirigea vers les bureaux du Démocrate. Le capitaine de gendarmerie et le juge de paix Tarbouriech se joignirent à lai.

La colonne traversa la place de l'Hôtel-de-Ville au milieu des groupes nombreux et animés, criant : Vive la Gonsfïtution ! vivent les hussards * 1

Les soldats restaient silencieux.

Un instant, le capitaine de gendarmerie demeura en arrière. Un groupe l'entoura; on mit la main sur la poignée de son sabre L'arrière-garde des hussards le dégagea.

La colonne arriva rue Balguerie. Un rassemblement nombreux stationnait devant les bureaux du Démocrate. M. Alem- Rousseau haranguait le peuple. Sommé de se retirer, il répondit qu'il n'en ferait rien.

Œ Je proteste au nom de la loi ! » s'écriait-il.

M. Saint-Luc-Gourborieux lui rappelle l'obéissance qu'il doit aux magistrats.

« Si vous êtes magistrat, votre devoir est de faire respecter laloi fondamentale du pays, la Gonstituiion, réplique M. Alem- Rousseau; si vous trahissez ce devoir, vous n'êtes plus rien, vous êtes déchu de vos fmctions! »

Des agents s'élancent pour le saisir. Il lutte; un coup de sabre perce son habit; il se dégage en protestant toujours.

« Citoyens, soldats, magistrats,' officiers, peuple, je vous rappelle tous au respect de la loi, » s'écriait l'ancien représentant!

Page 1