Rapport du général de Géraudon
Il fallut faire une charge de cavalerie contre l'énergique républicain. M. Saint- Luc-Cour horieux fit les sommations. L'escadron s'ébranla, la foule fuit en désordre ; quelques pierres furent lancées sur la troupe; un hussard fit feu, et M. Alem-Rousseau tomba renversé sous les pieds des chevaux.
La saisie des numéros du Démocrate fut opérée ^
De retour sur la place de l'Hôtel-de-Ville, le procureur fut entouré de groupes nombreux criant : Vive la République ! Il les harangua. Quelques-uns se dispersèrent pour se reformer plus loin.
Cependant le commissaire de police, suivi d'un détachement de hussards, se dirigea vers les bureaux de VArni du Peuple pour saisir l'appel aux armes dont nous avons parlé. Arrivé à quelques pas des bureaux, un coup de feu retentit. Il était tiré d'une fenêtre voisine sur la sentinelle du général qui fut heureusement manquée. Un gendarme riposta. Un officier en congé, M. Louis Selon, qui s'était joint à la troupe, fit voler en éclats la fenêtre et s'élança à l'intérieur. On le suivit. Mais l'homme qui avait fait feu ne put être saisi. On ne trouva qu'un fusil déchargé ^.
Le commissaire de police pénétra sans obstacle dans les bureaux de VAmi du Peuple, mais il ne put saisir que peu d'exemplaires de la proclamation. La majeure partie avait été distribuée.
A la suite des incidents que nous venons de rapporter, l'agitation avait grandi. La foule qui couvrait la place de l'Hôtel-de-Ville et les rues avoisinantes prenait une attitude hostile. Les cris de : Vive la République! à bas les hussards 1 retentissaient avec force ^.
Les chefs du parti avancé qui sétaient prononcés pour l'insurrection immédiate crurent le moment favoroble pour passer à l'exécution. Malgré l'abstention de la majeure partie des leurs, quelques-uns descendirent en armes sur la place.
L'ancien commandant de la garde nationale parut, le sabre
1. Cet incident est raconté avec quelques variantes par V Opinion du Gers, le Midi de Toulouse, le Journal de Lot-et-Garonne. (Voir à ce sujet la note B à l'appendice contenant une lettre de M. Alem-Rousseau fils, qui rectifie certains détails.)
2. Opinion du 22 décembre. La condamnation prononcée plus tard pour ce fait donna lieu au plus extraordinaire trait d'abnégation. (Voir la note C à l'appendice.)