Rapport du général de Géraudoa
à la maia, criant : Aux armes! Quelques hommes se groupèrent autour de lui. M. Arexy, qui venait d'arriver des Hautes-Pyrénées, voulut se joindre à eux. Il paraît cependant qu'il ne se faisait pas d'illusions sur le résultat probable de leur tentative. On raconte, en effet, qu'en prenant son fusil, il disait à Benjamin Gastineau :
«c Allons , mon cher Gastineau , partons pour Nouka- Hiva! a
Le rassemblement traversa quelques rues de la ville en criant : Aux armes ! Cet appel eut peu d'échos, et les hommes qui s'étaient armés durent se disperser après cette vaine " tentative.
Pendant ce temps, quelques évolutions de cavalerie contenaient sur la place de l'Hôtel-de-Ville une fouie plus bruyantque résolue*.
Le préfet, le procureur de la République, le maire et le général Dupleix n'avaient pas quitté l'Hôtel de Ville, devenu le quartier général de l'autorité.
Dans l'après-midi, une députation s'y présenta, au nom du peuple.
Elle se composait de quelques citoyens, parmi lesquels MM. Prieur et Violet. Le maire les reçut. Ces citoyens demandèrent l'armement de la garde nationale et le partage des postes avec la troupe. Le maire repoussa ces deux propositions, en se fondant surtout sur leur inutilité. M. Soiillier avait été élu sous l'influence du parti républicain modéré, il n'avait pas encore accepté formellement les décrets présidentiels, et il croyait peu à la réussite du Coup d'État. Il ne le dissimula pas à ses interlocuteurs : « A cette heure, disaitil, Louis-Napoléon est sans doute déjà pris et écroué à Vincennes. » Les délégués du peuple se retirèrent donc sans résultat.
Cependant, la lassitude de la foule amena un calme relatif. On put faire manger les chevaux de la cavalerie.
A quatre heures la malle-poste arriva, amenant le préfet, M. de Lagarde, arrêté, puis relâché à Fieurance, comme nous le raconterons plus loin. Il prit aussitôt la direction de l'administration supérieure du département.
Ceux des membres du parti démocratique qui s'étaient abstenus dans a. tentative de la journée se réunissaient en ce moment chez M. Canteloup, avocat, et délibéraient sur la
1 . Opinion du 22 décembre et rapport du général de Géraudon.
conduite à tenir, lorsqu'un bruit grave vint mettre l'émoi dans la réunion. Les insurgés des campagnes étaient aux portes d'Auch.
En effet, l'autorité prévenue, vers cinq heures, de l'approche -de Landes nombreuses, avait envoyé en reconnaissance le ca-'àtaine Michel et un détachement de hussards. Celui-ci s'était trouvé bientôt en présence d'une épaisse colonne de gens armés*. Un homme d'une soixantaine d'ajinées, monté sur un bidet du pays, était en tête.
Interpel'é par le capitaine Michel, il avait répondu :
« Nous sommes de bons citoyens qui nous rendons à Auch pour concourir à la défense de la République et de -la Constitution. »
Après quelques pourparlers, il avait consenti à arrêter sa colonne, et le capitaine Michel avait envoyé prévenir l'autorité.
On se souvient que le 3 au soir, à l'issae de la réunion dans les bureaux de l'Ami du Peuple, l'avis avait été expédié aux affiliés des cantons de prendre les armes et de marcher sur Auch.
Ce mot d'ordre avait été suivi avec un ensemble extraordinaire. Dès quatre heures 'iu matin, le tocsin sonnait dans près de cinquante villages. Vic-Fizensac, petite ville à trente kilomètres nord-ouest d'Aush, se soulevait. Un ancien officier de l'Empire, brigand de la Loire de 1815, nommé Jean- Baptiste Gassaet, vieux bonhomme sans grande portée politique, mais dévoué aux idées républicaines, appelait le peuple aux armes. Les populations des villages voisins accouraient au son du tocsin; une nombreuse colonne se formait et prenait la route d'Auch.
A Jégun, dix kilomètres à l'est de Vie, l'insurrection éclatait à la même heure; et, malgré les conseils et la résistance du maire, la bande qui s'y formait faisait bientôt sa jonction ■avec celle de Vie.
Un notaire, M. Lagrave, de l'Ile-de-Noé, à dix kilomètres nord de Mirande, partait de son village à la tête de cent hommes et raillant en route une foule de paysans, marchait sur Auch par Barran.
A Bassoues, nord-ouest de Miranle, le soulèvement était l'oeuvre exclusive des paysans. Tandis que partout ailleurs, ils avaient attendu le signal de quelques membres de la