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Le général de Géraudon les estime encore plus nombreuses

2. A partir de ce moment, tous les récits donnés dans les journaux sont contradictoires et présentent des lacunes évidentes. Le rapport du général de Géraudon est trop succinct et ne fournit aucune lumière. Nous avons interrogé plusieurs témoins oculaires; leurs relations comparées aux récits déjà donnés nous ont permis d'approcher de bien près de la vérité sur cet épisode.

d'engager la lutte. La route du faubourg de l'Oratoire où l'on se trouvait en présence suit la crête dû coteau. Elle est bordée des deux côtés par des terrains en pente excessivement rapide, inabordables à la cavalerie. Deux charrettes mises en travers de la route, un obstacle quelconque, auraient pu rendre la position des insurgés inexpugnable. La situation de l'autorité fût alors devenue critique. Les insurgés, inattaquables de front, auraient pu en se prolongeant sur les flancs du coteau, entrer de plain-pied dans la ville. On assure que quelques-uns y avaient songé, mais la plupart, croyant à une solution pacifique, jugèrent la chose inutile.

Les membres de l'autorité, de leur côté, hésitaient à ordonner l'attaque. Une charge de cavalerie poussée, de nuit, sur des masses dont on s'exagérait le nombre et la résolution, pouvait être fatale. Cinquante gardes nationaux à peine s'étaient rendus à la Mairie. La perplexité y était grande, lor.squ3 M. Prieur se présenta pour parlementer au nom des insurgés.

Les démocrates réunis chez M. Canteloup avaient résolu de faire des efforts pour éviter l'effusion du sang. Les nouvelles reçues dans la journée de Paris et de Bordeaux n'annonçaient rien de favorable à la cause républicaine. Les dépêches du gouvernement arrivaient librement, preuve évidente qu'aucune insurrection n'existait entre Paîis et Auch. Le combat dans ces conditions leur paraissait inuîile.

n fut heureux pour le Coup d'État qu'il ne se trouvât à Auch aucun homme capable de devenir le chef d'une Vendée républicaine. Si le mouvement eût été dirigé, il est certain que le nombre des insurgés et la nature du terrain auraient rendu la résistance très-difficile. La journée du lendemain eût groupé à Auch plus de dix mille hommes que deux marches auraient suffi pour porter sur Toulouse oa sur Agen.

M. Prieur arriva donc à l'Hôtel-de-ViUs et rencontra le général Dupleix sur les marches de cet édifice. Il lui exposa ses idées, les intentions pacifiques de ses amis, et le pressa d'empêcher un combat de nuit qui pouvait être fatal aux deux partis. Le général lui dit de formuler une proposition.

M. Prieur demanda le partage des postes entre la troupe et les insurgés. Le général repoussa cette proposition. L'idée d'une sorte de suspension d'armes jusqu'au jour lui parut plus acceptable. Il rentra accompagné de M. Prieur dans l'intérieur de l'Hôtel de Ville.

La discussion recommença. Les deux préfets refusèrent même de parlementer avec M. Prieur; mais M.Saint-Luc- Ccurborieux, cfui était devenu le chef réel de l'administration, prit sur lui d'accepter la suspension d'armes.

M. Prieur et le procureur de la République sortant alors sur le péris: yle de la Mairie, déclarèrent, l'un au nom du peuple, l'autre au nom de l'autorilé, que pas un coup de feu ne serait tiré de ]a nuit.

De là, ils se rendirent aussitôt au faubourg de l'Oratoire pour faire accepter ces conditions par les insurgés. M. Prieur qui avait carié en leur nom, ne connaissait aucun d'eux, mais il comptait sur cet ascendant de la force morale qui, en temps de révolution, donne le commandement à qui sait le prendre.

D'ailleurs, un républicain influent, très-connu des paysans, M. Zeppenfeld, était parmi eux, et les dissuadait ae toute attaque immédiate.

On fut bientôt en présence des insurgés. Quelques pas à peine les séparaient des hussards.

Tous approuvèrent avec empressement l'engagement pris en leur nom, et il fut renouvelé en tête de la colonne, La nouvelle s'en répandit dans la ville et y excita une vive satisfaction. C'est en cemoment que les chefs d'insurgés demandèrent des vivres pour leurs bommes. La plupart marchaient depuis le matin sans avoir pris aucune nourriture. Ils étaient exténués.

M. Prieur revint aussitôt à l'Hôtel de Ville et demanda que des vivres fussent envoyés aux insurgés. La Mairie fît délivrer aussitôt une grande quantité de pain, qui fut chargée sur des charrettes appartenant à l'hôtel Alexandre et conduit au faubourg ^

La distribution se fit en commençant par les. gens de Vie. Ils déposèrent leurs fusils et s'assirent sur la route pour manger. Les charrettes remontèrent jusqu'au deuxième kilomètre, à l'embranchement de deux chemins, et la distribution fut continuée à la colonne de Barran. Tous ces hommes s'assirent également et mangèrent, fort heureux de voir se terminer ainsi leur expédition.

M. Prieur, qui avait présidé à la distribution, voulait,

1. L" existence d'une véritable suspension d'armes explique seule cette distribution de vivres que tous les journaux ont racontée. On ne saurait comprendre sans cela l'autorité envoyant du pain à des bandes qui vont l'attaquer à main armée.

d'accord avec ses amis d'Auch, éviter à tout prix une collision qu'ils jugeaient intempestive, mais il aurait voulu conserver ses bandts pour agir le lendemain, selon la nature des nouvelles attendues de Paris. Il réflécliit combien il était difficile que les hommes des deux camps, séparés à peine par quelques pas, pussent passer la nuit en présence sans qu'un accident vînt engaiier la lutte. Il résolut de faire reculer les insurgés jusqu'à l'embranchement des deux chemins, à cinq ou six cents mètres de leur position actuelle. Ils auraient ainsi bivouaqué dans une position plus sûre et assez éloignée de la troupe. Des fagots furent achetés, et on commençait à les disposer pour allumer des feux de bivouac, lorsque, tout à coup, la fusillade retentit à la tête de la colonne.

Les récits des causes de cette collision sont tous contradictoires. Voici la version qui nous paraît se rapprocher le plus de la vérité.

Les chefs de l'insurrection avaient accepté de très-bonne foi la suspension d'armes. Le vieux Cassaet et les autres chefs de Vie étaient entrés dans une auberge du faubourg^ croyant pouvoir souper en paix. Le procureur de la République était, de son côté, revenv à rHôtel-de-ViHe, M. Zeppenfeld, qui était demeuré à la t?'e de la colonne, s'occupait, de son côté, à prévenir une collision. Il avait déjà donné l'ordre de scier deux des arbres plantés au bord de la route pour interposer un obstacle matériel qui rendît toute communication impossible entre les paysans et les hussards.

^lais il paraît que vers les neuf heures, après la distribution du pam, les groupes placés en face de la troupe prirent nne attitude menaçante. Un agent déguisé qui s'était mêlé à eux revint auprès du colonel Gourby de G.ignord, lui assurant que les insurgés se disposaient à attaquer.

Le colonel, disent tous les témoins que nous avons consultés, brûlait d'engager le combat Le procureur de la République, averti, se rendit sur les lieux avec l'ancien et le nouveau préfet.

Le procureur s'avança vers les insurgés et les engagea à se retirer. Il n'obtint aucune réponse favorable. Il fit alors les sommations, mais d'une voix faible, assure-t-on, de teUe sorte qu'elles ne furent entendues que d'un petit nombre de personnes.

Pendant ce temps, le colonel Gourby de Gognord avait disposé ses hussards en pelotons à vingt-cinq pas de distance.

Les sommations restant sans effet, le procureur sa retira»

Une sonnerie eut ]ieu Les paysans n'en comprirent pas la signification. Ceux de Ja tête de colonne paraissent seuls avoir eu connaissance de ces incidents. Les autres mangeant encore assis pour la plupart, ne se doutaient de rien

Il était près de neuf heures et demie, lorsque, après la sonnerie, 1 escadron fit une décharge de carabines, puis s'élança au galop, son colonel en tête.

Les paysans ripostèrent, se jetèrent sur les côtés de la route, e abrites par les talus, dirigèrent sur les hussards une fusillade meurtrière. Le colonel Gourby de Go-nord fut blesse ; le chef d escadron Delaloge, grièvement atteint d'une jalle ; le major Dufau, frappé d'un coup de feu au visage. Mais rien ne put arrêter l'élan des hussards. La charge fut poussée juscju à une distance de cinq cents mètres.

l^a masse des paysans qui couvrait la route jusqu'à la biturcation lut surprise à l'improviste par celte brusque attaque, baisis d une terreur panique, les paysans s'enfuirent dans toutes les directions. Quelques-uns des chefs firent de vains efforts pour les retenir. En quelques minutes, la route lut vide. L escadron te replia et essuya encore la fusillade des répubhcams de la tête de colonne, gens de Vie pour la jsiupart, qui ne quittèrent le terrain qu'après la disparition de la majeure partie de leurs compagnons.

^Les hussards étaient maîtres du champ de bataille, mais ce n était pas sans des pertes sérieuses. Vingt-quatre hommes et douze chevaux tués ou blessés dénotaient l'énergie déployée parla tête de la colonne des insurgés. Un sous-officier emporte par son cheval tomba dans un groupe de fuyards;

' h^^ P^^^®^ ^^^ insurgés furent faibles. Dans un décret inséré au Moniteur, on m^entionne un chef d'insurgés qui aurait lutte avec le brigadier Edouard Martin et aurait été tué par lui après une vigoureuse défense. Le fait est singulièrement exagère. Get insurgé était un citoyen nommé Rizou, forgeron a Kiguepeu, âgé de près de soixante ans. Il reçut en effet quelques coups de sabre. Il ne mourut pas de ses blessures, %? f ^Vf P®" "° '^^^^ d'insurgés qu'à sa sortie de l'hôpital a Aucli, li lut renvoyé dans son village, sans avoir, comme tant a autres, les honneurs de la transportation.

Un autre citoyen, un perruquier d'Auch, nommé Virginal,

coitiimVrS''.?^-^'i*''^°°°'°?f P"J°^' a été condamné à mort, par coniiunace, pour avoir tué ce militaire.

croyons-nous, fut blessé dans des circonstances qu'il est bon de noter. Ranené prisonnier en ville, il fut assailli par des hussards, et l'un de ces furieux lui porta un coup de sabre à la cuisse, au moment où prisonnier et sans défense il aurait dû être sacré pour ses ennemis.

Cette collision sanglante eut un résultat inespéré. Elle dénoua la crise. Les insurgés de la campagne démoralisés ne se rallièrent pas, et les démocrates de la ville furent profondément abattus. L'autorité profita avec énergie de l'ascendant acquis. Des visites domiciliaires eurent lieu, toute la nuit, et amenèrent un grand nombre d'arrestations importantes. MM. Gastineau et Violet furent arrêtés cette nuit-là *.

Nous avons déjà dit deux mots d'un incident survenu dans la matinée à Fieurance. Le fait mérite de plus amples détails.

Fleurance est une petite ville de la vallée du Gers, située à 30 kilomètres nord d'Auch, et à peu de distance de Lectoure, chef-lieu de l'arrondissement.

])ès le jeudi matin, toute la population valide prenait les armes. La Mairie était envahie par le peuple armé, la caserne de gendarmerie gardée à vue par une bande, et une barricade élevée à l'entrée de. la route d'Auch.

Sur ces entrefaites, survint la malle-poste. Elle portait le nouveau préfet du Gers, M. de Lagarde, et le sous-préfet de Bayonne, qui se rendaient à leur poste. Ces deux fonctionnaires furent arrêtés et conduits à la Mairie. Toutefois, ils ne furent nullement décontenancés. Ils harangaèrent la population, et sans avouer qu'ils approuvaient le ùmp d'Etat, ils firent ressortir l'inutilité et les dangers de la résistance tentée par une aussi petite ville. Leurs paroles firent quelque impression; ils furent traités avec égards, relâchés même, sans toutefois obtenir de continuer leur route.

En ce moment, arrivèrent de Lectoure le sous-préfet Lacoste, le procureur de la République et le juge d'instruction. Ils trouvèrent les insurgés rangés sous les arceaux qui bor-J dent la place. M. Lacoste était un homme d'énergie. Seul, en présence de celte foule armée , il marcha droit au tambour, le saisit au collet et lui ordonna de faire le roulement qui doit précéder les sommations. Le tambour stupéfait obéit.

1. Voir, pour le récit de la collision, le rapport du général de Géraudon, contenant la liste nominative des militaires tués et blessés. (Moniteur.)

M. Lacoste somma les insurgés de mettre bas les armes et de rentrer dans l'ordre.

Il est rare qu'une audace de ce genre n'inipose pas au peuple.

La voix de M. Lacoste fut écoutée, et, après quelques hésitations, les insurgés obéirent. La barricade fut démolie, la gendarmerie délivrée , et la malle-poste put reprendre la route d'Auch. Un détachement de hussards, survenu vers midi, donna au sous-préfet l'appui de la force armée. Quelques arrestations furent opérées, etFleurance rentra dans l'ordre*.

L'autorité victorieuse ne tint pas grand compte, il faut le dire, de la mansuétude des bons habitants de Fleurance. Cette petite ville fut décimée par les proscriptions à l'égal de la plupart des villes et des bourgs du déparlement.

Cette journée du 4 si féconde en incidents avait vu s'accomplir à Mirande des événements graves.

Cette petite ville, siège d'une sous-préfecture, est située à 24 kilomètres sud-ouest d'Auch, sur la rive gauche de la Baïse.

L'opinion républicaine la plus avancée y comptait bon nombre de partisans dévoués et pleins d'ardeur.

L'arrondissement était alors administré par un spus-préfet nommé M. Grabias. C'était un homme jeune encore, courageux, très-hostile aux républicains. Le zèle excessif qu'il avait déployé au service de la réaction lai avait attiré de violents ressentiments.

Dans cette année 1851, en particulier, les persécutions dirigées contre les républicains avaient été vives. Plusieurs citoyens honorables avaient été arrêtés et traînés en Cour d'assises sous de futiles prétextes. Le jury les avait acquittés.

La nouvelle du Coup d'État plaçait donc M. Grabias dans une situaticn difficile. La gendarmerie était la seule force organisée existant dans l'arrondissement, et l'on ne pouvait faire aucun foud sur la partie de la bourgeoisie appartenant au « parti de l'ordre ».

M. Grabias fit afficher les proclamations, le mercredi vers midi, et, dans la prévision de quelque mouvement, conyoqua pour le lendemain toutes les brigades de gendarmerie de l'arrondissement.

Dans la soirée du même jour, une réunion de cinquante

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