‹ Paris en décembre 1851Chapitre 66 sur 97 · M. Péret est mort en s'évadant de Cayenne · texte numérisé non relu

M. Péret est mort en s'évadant de Cayenne

qui, au 4 décembre, ne s'armaient que pour la défense de la loi. Mais seraient-ils assez forts pour arrêter ies forcenés qui s'étaient glissés parmi eux?

C'est le 3 décembre que M. Gollet-Meygret , sous-préfet de Béziers, reçut de son collègue de Narbonne communieatioh de la dépèche télégraphique annonçant la dissolution de l'Assemblée nationale. Il la communiijua aussitôt au maire de Béziers, M. Lognos. Ils la firent afficher en y do»nant tous deux leur adhésion.

Une agitation extraordinaire se produisit à la lecture de cette pièce. M. Péret a raconté plus tard qu'il sortait du bureau des contributions indirectes lorsqu'il aperçut les groupes qui lisaient. Il s'approcha, et quand il en eut pris connaissance, il se sentit saisi d'uue profonde émotion.

Engagé comme il l'était, il ne pouvait reculer, et il frémissait à l'idée d'assumer la lourde responsabilité du commencement de la lutte.

En rentrant chez lui, il trouva sa maison déjà pleine de centurions des sociétés secrètes venant chercher le mot d'ordre.

Après une délibération presque publique, et qui dura longtemps, on décida la résistance armée. Tous les affiliés furent convoqués pour le lendemain matin. On devait sommer le sous-préfet de protester contre le Coup d'Etat ou de se démettre de ses fonctions, et, en cas de refus, appuyer la sommation les armes à la main.

Les billets de convocation furent adressés à tous les centurions. On en trouva, plus tard, plusieurs exemplaires. Ils étaient signés de Péret, Coutelou, Marme, Sallèles, Rédon, etc. On devait se réunir au cimetière Vieux, sur la route de Bédarieux.

L'autorité était fort mal renseignée sur ce qui se passait. Les débats du Conseil de guerre ont révélé de curieux détails. Les nombreux agents que le sous-préfet et la municipalité entretenaient dans les sociétés secrètes jouaient souvent double jeu. Ils envoyaient ou faisaient des rapports insignifiants pour toucher leur salaire, et espionnaient l'autorité pour le compte du Comité directeur des Montagnards.

Le commissaire de police, Mestre, qui déployait contre le parti révolutionnaire une ardeur extrême et disait souvent : « qu'ils se montrent une bonne fois pour en finir ' ! ^'

1. Déposition de M. Sabatier, secrétaire de la Mairie, au procès des

M. Mestre, malgré tout son zèle, n'avait pu organiser une vraie surveillance. — a J'avais un excellent agent, disait-il dans sa déposition; Péret me l'enleva en lui donnant trois cents francs d'augmentation; depuis lors, il m'espionna pour le compte des démagogues. »

Ni commissaire de police, ni chefs militaires, ni souspréfet, ni maire ne furent prévenus d'une prise d'armes gui était le secret de quatre mille personnes. La sécurité des autorités fut telle que, selon l'observation du président du Conseil de guerre, si les insurgés n'eussent eu ia naïveté d'envoyer leurs délégués à l'avance , les autorités étaient comme prises au piège.

La garnison de Béziers était assez considérable : un fort bataillon d'infanterie, deux pièces de canon et deux escadrons de hussards. Mais, comme nous l'avons dit, le 4 au matin, l'autorité sans méfiance se réveilla au bruit de l'insurrection.

De minuit à six heures du matin, tous les villages des environs de Béziers se levèrent en masse. Les dt'curions allaient avertir leurs hommes, et tous ensemble se groupaient sans bruit sur quelque point du village. Ni tambour ni tocsin qui pussent porter l'alarme. Les paysans se réunissaient en silence et prenaient silencieux le chemin de Béziers. Dans la ville, même caractère. Les hommes sortaient isolément ou par petits groupes, sans bruit, sans désordre et se glissaient à la hâte vers le cimetière Vierix.

A six heures, le jour commençant à poindre, la foule étant déjà grande, bien près de trois mille hommes, sans comp'.er ceux quiarrivaientencore. On remarquait quelques vêtements bourgeois au milieu de la foule des blouses et des vestes.

Les hommes les plus influents semblaient être, après Péret, Redon, ancien condamné politique ; Contelou, Marme, Sallèles, artisaus ou petits commerçants; le tonnelier Jean- Jean, très-influent dans la classe ouvrière ; un jeune homme ardent et enthousiaste, Salvan ; Cœurdacier, tailleurs de pierres de la Lorraine, devenu, à force de travail et d'intelligence, entrepreneur capable et estimé, vrai démocrate, prêt à se faire tuer pour sa cause ; Farret, cordonnier, homme d'intelligence et de courage, qui, apprenant que l'on allait se battre, avait pris un fusil pour marcher au premier rang

La police n'y manquait pas, pour marcher avec l'insurrec-

insurgés de Béziers, devant le Conseil de guerre de Montpellier. {Ga::ette des Tribunaux, avril et mai 18b2).

tion, sauf à la trahir, si le vent tournait. On remarquait surtout un douteux personnage, un bourgeois, nommé Grassous^ ancien centurion des Montagnards, soupçonné de trahison par eux, et qui était là, peut-être, pour tirer profit de son double rôle^

La sommation au sous-préfet avait été écrite à l'avance. On en donna lecture au peuple qui l'approuva.

Cette sommation était ainsi conçue :

« Au nom du peuple français,

a Le Président de la République ayant violé la Constitution, le peuple rentre dans ses droits. En conséquence, vos fonctions doivent cesser. En qualité de délégués du peuple, nous venons vous remp'acer.

a Délibéré en place publique, le k décembre 1851.

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