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Glaneur des Basses-Alpes du 26 décembre

rester à Digne et se confiner dans la caserne où il se défendrait s'il était nécessaire.

La défense de la Préfecture fut ainsi abandonnée. Le préfet ne crut pas prudent de rester à Digne ; il partit, le soir même, pour le fort de la Seyne, d'où il ne larda pas à gagner les Hautes-Alpes. Le procureur de la République fit de même et se cacha chez un ami sûr *.

Dès neuf heures du soir, la ville était livrée à elle-même. Cependant la soirée fut très- calme. Soit que le départ des autorités fût encore ignoré, soit pour tout autre motif, Digne s'endormit comme si rien d'extraordinaire ne se fût passé.

A trois heures du matin, toute la population se réveilla au bruit des tambours et au chant de la Marseillaise. C'étaient les douze à quinze cents hommes de Riez, Moutiers, Mézel, qui entraient par la route du Var.

Ils occupèrent successivement la Mairie, le Palais de Justice, la Préfecture, placèrect des postes partout sans le moindre désordre. Quacd le jour se leva, la ville était au pouvoir des républicains. La matinée fut employée à préparer des logements et des vivres à la grande armée de l'insurrection, qui avait campé à Malijay pendant la nuit du samedi au dimanche.

A dix heures du matin, elle fit son entrée à Digne.

Le spectacle était vraiment extraordinaire. Cette multitude, persuadée que la France entière se levait comme elle, rayonnait d'enthousiasme. Elle s'était pliée aux allures militaires avec cette facilité si remarquable dans la race française. Les hommes de chaque commune formaient une compagnie commandée par un chef reconnaissabîe à son brassard rouge ; les cantons formaient des bataillons ayant chacun leur commandant et leur drapeau. La blouse bleue avec la ceinture rouge, le chapeau ou casquette avec la cocarde de même couleur, étaient l'habillement général et donnaient une apparente uniformité à la troupe. L'armement seul était pittoresque et varié. Les vieux mousquets de garde nationale à baïonnette roui liée, les fusils de chasse à deux coups dominaient, parsemés ça et là de carabines, de fourches et de faux. L'ordre le plus surprenant régnait dans cette petite armée révolutionnaire.

La population de Digne s'était portée en foule à la rencontre des insurgés; elle les salua de ses vivats, émerveillée

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