Glaneur des Basses-Alpes du 26 décembre
de oe curieux spectacle. Ils défilèrent et allèrent se ranger sur le pré de Foire, en attendant avec patience qu'on leur assignât des logements.
Les journaux de Paris ont fait un tableau effrayant de cette entrée des insurgés à Digne. — L'ordre y règne.... comme dans une ville prise d'assaut, dit la Patrie. Les meurtres, les viols et le pillage ne sont pas oubliés. Quelque part on représente Buisson, à la Mairie, demandant soixante-dix têtes.
Il est assez curieux et instructif de comparer à cela l'impression des habitants de Digne, pas des démocrates, mais des partisans du Coup d'État. Le rédacteur du Glaneur des Basses-Alpes, écrivant le 26 décembre, au fort de la réaction, racontait cette entrée dans un récit peu bienveillant pour les républicains, et ne pouvait s'empêcher de dire formellement : « L'ordre ne fut pas troublé un seul instant. »
Digne est une très-petite ville, et l'encombrement fut grand. Les édifices publics, puis l'Évêché, le Grand Séminaire, reçurent un grand nombre d'insurgés; les autres logèrent chez les particuliers.
Constatons que ces huit à neuf mille hommes passèrent deux jours à Digne, maîtres absolus de cette ville, et, ni un vol, ni une violence quelconque ne furent commis. Ces Jacques, ces vrais Jacques, — ils étaient presque tous paysans, — se montrèrent scrupuleusement honnêtes. Les chefs se hâtèrent d'organiser l'insurrection. Un Comité central de résistance se constitua sur-lechamp.
Il se composa des citoyens Buisson, de Manosque, président; Charles Cotte, de Digne; Escoffier, de Forcalquier; Aillaud, de Voix; Pierre Alhaud; Aristide Guibert, de Gréoulx; Gustave Jourdan; Barneaud, de Sisteron.
Le Comité s'installa à la Sous-Préfeclure. Son premier soin fut d'entrer en pourparlers avec le capitaine de gendarmerie et le major Chevalier, commandant le bataillon de garnison.
Les quarante gendarmes concentrés à Digne furent désarmés; le capitaine seul obtint de conserver son épée.
Le major Chevalier conclut une capitulation dont voici les principales conditions. La troupe conserverait ses armes et resterait consignée à la caserne. Elle s'engageait à vingt jours de neutralité. Les munitions qui se trouvaient à la caserne devaient être partagées, et le commandant devait consigner
— 173 ~ entre les maifls du Comité les fonds appartenant i l'État, qui " SJsai?'r'une%omme de quinze mille francs appar.e- "te' chellu mt^ment'iroyaien. encore,, sinon au triom-
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" Les caisses de la Recette générale des receveur^^^^^^^^ tributions indirectes, des receveurs de ' «°'^f f ff p^'^tec! douanes, etc., furent saisies et transportées a la Prêtée
'"une circulaire fut adressée dans chaque commune, prescrivant les mesures suivantes : . j „;. «tr» lîlii Un Qomité de résistance ^e trois membres devat être élu .îiir IP-chamn dans chaqae chef-lieu de canton et dans cûa que co— : Les Comités communaux devaient correspondre avec les Comités cantonaux, et ceux-ci avec le Comité central à Digne. Toutes les mumcipalités étaient dissoutes et "s Comités avaient pleins pouvoirs. Tous les 3uges de pa.x étaient révoqués et devaient être remplaces par le peuple au
^teTcSrcommunaux devaient veiller an désarme-nt
de toutes les brigades de E^^^^^^^'^' ,^'\'^^'':,' les Co. TTiées Le déoarteœent étant comme en état de siège, les uo Ss devaientiaire arrêter tous les individus accuses de cr - Tes, meurtres, vols ou pillages; les fe juger sans deki, et punir de mort les coupables Ils ^^^^^^nt lever 1 s im pots, amasser des subsistances, faire Partir tous les jeunes Sens valides qui n'auraient pas encore pris les armes. ^TesComitâ cantonaux devaient centraliser ces ressources et les diriger sur les points indiques par le Comité ccn
^' Les Comités communaux devaient, en «^^re veiller à k subsistance des familles pauvres, don les soutiens seraient en armes pour la défense de la République.
1. Le Glaneur est le seul journal^ ^'^S^'\^lrnZfb'a'lomS^^ Comité insurrectionnel de Digne. Nous ui empruntons bon nomnr. ces détails dont nous avons venue i exactituae.
Ces mesures reçurent un commencement d'exécution dans un certain nombre de communes.
Le Comité central décida, en outre, cpi'une solde suffisante serail donnée à tous les hommes sous les armes à charge de veiller eux-mêmes à leur subsistance, et de paver tout ce qu'ils prendraient. Cette solde ne devait cependant être tournie qu'aux citoyens pauvres. Les chefs de commune devaient en dresser la liste et faire eux-mêmes la distribution, h y eut deux payements de faits; mais le registre sur lequel se trouvaient les reçus des chefs de commune lut brûlé lors de 1 évacuation de Digne, dans un but facile à compren-
La nuit du dimanche au lundi fut fort tranquille, malgré la présence d'une masse d'insurgés supérieure à la population entière de la ville. Le Glaneur en fait la remarque.
De quelque façou qu'on juge la conduite politique des promoteurs de 1 insurrection des Basses-Alpes, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'ils ont quelque sujet d'être fiers d avoir su agir avec autant d'énergie et de modération à la lois.
Pendant cette même nuit, la petite ville de Barcelonnette avait eu son mouvement insurrectionnel.
Barcelonnette est située dans la baute vallée de la Durance au pied des grandes Alpes. Petit chef-lieu d'un tout petit arrondissement, elle semblait devoir, par sa position isolée échapper aux orages de la politique. Il n'en fut rien. '
L ordre du Comité central de résistance de Digne y arriva dansla nmt du dimanche. Les trois républicains influents de J endroit', Gasticel de Saint-Pons, Pascal Buff, et le libraire André, étaient naturellement désignés pour former le Comité de résistance cantonal. Ils se réunij-ent dans la nuit et résolurent dmaugurer leur entrée en fonctions par l'arrestation immédiate des autorités.
La population de la petite ville était, du reste, tout à fait dévouée au parti démocratique. A la pointe du jour, trois ou quatre cents hommes armés se réunissaient sur la place et désarmaient, sans coup ^erir, les gendarmes et les douaniers Peu après, le sous-préfet, le procureur de la République et quelques autres fonctionnaires étaient arrêtés et emprison-
La chose se fit promptement et sans violences; le Comité de reshs-tance s'établit à la Mairie, et l'ordre ne tarda pas à se rétablir. ^
Un incident peu connu faillit rendre sanglante cette petite insurrection.
Il y avait, sur la frontière du Piémont, un certain nombre de villages où n'avait pas pénétré l'er.prit révolutionnaire. L'autorité y avait conservé tout son prestiee: la nouvelle de l'arrestation du sous- préfet et du procureur y souleva les esprits. Quatre-vingts douaniers et deux ou trois cents paysans, formés en garde natiorale, marchèrent sur Barcelonnette à la délivrance des autorités.
La nouvelle en arriva bientôt à la ville républicaine, et y excita la plus vive irritation. La population valide se leva en masse; des disposi'ions de combat furent prises, et l'on se prépara à une lutte acharnée.
Le curé de Barcelonnette, témoin de ces apprêts de guerre civile, voulut tenter d'arrêter l'effusion du i^ang.
Autorisé parle Comité de résistance, il se rendit au-devant des paysans. Il exhorta ces braves gens à ne pas commencer une lutte fratricide et sans résultat possible, puisque les destinées de la France se décidaient ailleurs. Il ne leur cacha pas qu'ils allaient être obligés de livrer un rude combat, s'ils persistaient dans leur dessein. Les paysans et les douaniers ne firent pas grande difficulté et regagnèrent leurs villages.
Cet incident n'eut pas d'autre suite.
A Digne, la garde nationale s'était réorganisée dans la matinée du lundi, et avait éiu h l'unanimité le citoyen Baume pour commandant.
Peu après fut présentée au Comité de résistance une adresse d'adhésion signée de trois cent cinquante notables de la ville, dont beaucoup, dit-on, appartenaient au «grand parti de l'ordre K »
C'est encore dans cette matinée que le Comité de résistance rendit, à la sollicitation des paysans, un décret abolissant l'impôt des boissons.
L'acte était peu légal, mais il était fort habile, au point de vue révolutionnaire. Pour beaucoup de paysans du Midi, la diminution eftectuée de l'impôt du sel et l'abolition promise de celui des boissons étaient les deux grandes raisons qui les attachaient à la République.
Les insurgés se livrèrent à une joie naïve. Des farandoles célébrèrent le décret. L'impôt aboli, il fallait en effacer les