‹ Paris en décembre, 1851Chapitre 31 sur 44 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DÉPARTEMENTS DU SUD-OUEST

Lft département da €toN. ^ WrodamÈtion i» autovHèi. -< JUmiion daoB les ^nreaui: de VAwf d^ pmpie, -n- Journée du 4* — M- ^fl9r Rousseau. — Agitation. — Appel aux aunes. — Axnvée des paysfuis. — Pourparlers. — Distribution de vivres. — ColHsion «angïante. — L'autoxdtô victorieuse. -^ Fleuvance. — Le sons^préfat de i<eo|oiB9. •>~ Mirande. — Début de I^insurrecUon. — Scène & Ja Sm^^r^Séçr tnre. — Coup de pistolet, -r- Arrestation du sous-préfet. — Dangers courus. — Arrivée des hussards. — Insurrection géaérale des eampagaes. — Caractère du mouvement ndrandais. — MaiKshe 9V Ajich. T^ Découragement. -*• Soumission de Mirande, «- Insurrection de Condom. — RétabUssement de l'ordre. — Les paysans du G^r? jugés par un journal.

Le département du Gers, formé d^une partie -de l'ancienne Gascogne, occupe un pays montueux et médiocrement fertile. Il est parsemé d'un grand nombre de bourgs et de petites villes; mais il ne renferme aucun centre de population considérable. Son chef-lieu, Âuch, est une vieille ville de douze mille àmes/ Les Sous-Préfectures, Condom, Lectoure, Mirande et Lombez, sont encore moins considérables. Le pays est essentiellement agricole, ^a population qui l'habite est une race laborieuse, vive, impressionnable, rude de formes, mais honnête et généreuse. ^

A la fin de 1851, ce département était complètement acquis aux idées démocratiques. I^'influence de la petite

bourgeoisie, généralement républicaine, et la propagande du journal VAmi du Peuple^ avaient beaucoup contribué à ce résultat. Des sociétés secrètes s'y étaient récemment organisées. Elles paraissent avoir été une ramification de la grande société des Montagnards qui couvrait le Midi, et dont nous parlerons dans le prochain chapitre. Bien que leur organisation fût assez récente, le nombre de leurs affiliés était déjà énorme.

La dépêche, annonçant la dissolution de TAssemblée nationale, arriva à Âuch dans la soirée du 2 décembre.

Le préfet, M. de Magnitot, appela aussitôt près de lui le général Dupleix, commandant la subdivision, le procureur de la République, M. Saint-Luc Gourborieux, et le maire d'Auch, M. Souiller.

La gravité des circonstances était telle, que ces messieurs furent bientôt d*accord sur la nécessité d'annoncer Tévénement au peuple, sans se prononcer pour ou contre le Coup d'État, et en se bornant à maintenir Tordre.

Le 3 décembre, à huit heures du matin, on afficha la dépêche télégraphique avec la proclamation suivante :

« Auch, 3 décembre 1851, 7 heures du matin.

« Habitants du Gers,

« Un événement grave vient de s'accomplir dans la capitale.

« Nous nous empressons de le porter à votre connaissance. En présence de Témotion qu'il peut causer Tautorilé, qui répond de la tranquillité publique, est fermement résolue à faire son devoir et à assurer, avant tout, le respect et Tinviolabililé des personnes et des propriétés.

« Habitants du Gers, au nom de la France, au nom du salut

du paj8 tout entier, au nom de vos intérêts les plus chers, nous vous engageons à attendre avec calme la marche des événements, et à vous abstenir de tous rassemblements propres à enflammer les passions.

« Nous avons confiance dans votre loyauté et dans Teicellent esprit qui vous anime.

<r Le général eotnmandani la tvhàiviiion,

« DVPLBIX.

« Le procureur de la R^ubUquey

« Saint-Luc Coubboribux.

« Le préfet du Gerst

« A. DB Magmitot.

« Le maire d'Àuch,

« SOULUBA. »

L'émotion produite par l'apparition de ces deux pièces fut immense.

Le journal rOptnton, organe du « parti de Tordre, » publia immédiatement une vive protestation contre la nouvelle catastrophe, qu'il comparait à celle du 24 février (1).

On pense si Témotion dut être profonde dans le parti républicain.

Deux journaux le représentaient k Auch ; le Déntoerate, organe des républicains modérés, anciens partisans du général Gavaignac, et VAmi du Peuple, organe des démocrates socialistes.

11 n'est pas inutile d'ajouter qu'avec l'intelligence ordinaire aux partis, les hommes du Démocrate et ceux de VAmi du Peuple n'avaient entre eux aucun rapport»

(i) Voir VOpinion du Gers du 4 décembre.

et sé sentaient plus d'éloignement- pour ceU1^ dô&tne^ lès séparait qtt*une légère nuaïice que pouf leurs adversaires déclarés. Aussi n'y eut-il aucun rapprochement entre ces deux groupes.

' Le parti avancé avait seul, du reste^ une influence sérieuse sur la population.

Une réunion nombreuse fut tenue, dans Taprësmidi du 3, dans les bureaux de VAmi du Peuple.

Parmi les assistants se trouvaient MM. Benjamin Gastineau, rédacteur en chef, et tout le personnel de la rédaction; Dansos, éx-commandant de la garde nationale d'Âuch ; Zeppenfeld ; Violet, officier en non activité ; Victor Prieur, médecin; Canteloup, avocat, etc. M. Arexy, le véritable chef du parti démocratique socialiste» était en voyage (1).

Plusieurs des citoyens présents étaient accourus des petites villes voisines.

La réunion fut unanime pour décider qu'il fallait résister au Coup d'État. Mais quand il s'agit de déterminer le mode de résistance, il parait que Taccord cessa.

Les plus ardents voulaient une insurrection immédiate : soulever Auch, barricader les rues et app ef les républicains des campagnes.

D'autres repoussaient cette résolution comme intempestive et inutile.

. Une lutte k Auch, lorsque le reste de la France restait calme, ne pouvait aboutir qu'à une protestation impuissante. M. Victor Prieur fit ressortir vivement

(1) Voir VOpvùon du Gers du 32 décembre» article intitulé : Travhhles du Gers,

cette considératloii et finit par mtrâtirei» la Éiajorité de la réunion à son avis.

On S9 décida à rédiger et èk sigtiér, séance tenante, une protestation, a préparer totit p6ur le combat, et à envoyer aux cantons Tordre de se tenir prêts à iaû^^ cher au premier signid*

La protestation fut rédigée et signée de sioi^tt^quatre iloms. Quoique fort vive, ce n'était paê an i^el aux armed.

Il parait qu'au moment où cette réâoltitlon vefiait d'être prise» les plus ardents revinrent à lacbai^^ aoutenanti qu'en temps de révolution, hésiter c'est to^t perdre, et insistant pour Tinsurreetion. Un violent débat ^'engagea. ML Gastineau se l'angea à cet avis^ M. Prieur et plusieurs autres membres quittèrent la péunioUé ÂprèB leur départ, les membres restant déoi^ dèrent qu'on enveirait aux affiliés des cantons le mot d'ordre de prendre les armes et de marcher sur Auch.

L'autoriti se trouvait dans une position réeUement critique. Elle ne disposait^ pour toute forc& armée à opposer k uae insurrection qui pouvait amener dit mille hemmes sur la ville, que de quati^e escadrons du &^ hussards. La tl^pograpfaie de la i^Ue suffisait, d'ailleurs,^poup rendre ces forces complètement insitf* fisantes.

Aueh est bfttid sur les flancs d'an cotesu élevé, per-^ pendiculaire h k vallée du Gers et se rattachant par une étroite arête à la ligne de collines qui court parallèlement h k rivière^ L'HôteUde-Ville, la eathé*drale, ei une place assez spacieuse, occupent le sommet du coteau. Une rue longue et droite, mène

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de l'Hôtel-de-Ville au faubourg de TOratoire et à la route de Gondom. Cette rue suit Taréte du coteau jusqu'à l'issue du faubourg. Le reste de la ville est composé de rues étroites, tortueuses, à pentes rapides, tout b fait impraticables à la cavalerie. Il aurait suffi de quelques barricades pour réduire la garnison à l'impuissance.

La garde nationale avait été dissoute, et l'autorité ne pouvait guère compter sur des défenseurs volontaires du « parti de l'ordre. »

Le préfet et les autres hauts fonctionnaires, faisant une subtile distinction entre l'adhésion ouverte au Coup d'État et des mesures répressives prises dans le but de maintenir l'ordre matériel, se disposèrent malgré toutes ces difficultés, à empêcher touter manifestation hostile aux décrets présidentiels. Le procureur de la République, M. Saint-Luc-Ct)urborieux, parait avoir été le principal promoteur de l'attitude ainsi prise par l'autorité. Le commissaire de police se présenta par son ordre aux bureaux de l'Ami du Peuple. C'était quelques heures après .la réunion de l'aprèsmidi. Il y fut reçu par les plus vives protestations. M. Prieur, qui avait fait tant d'efforts pour dissuader ses amis d'une insurrection immédiate, se faisait remarquer parmi les protestants les plus énergiques. Il suivit le commissaire de police à la Mairie où toutes les autorités se trouvaient réunies. Là s'engagea entre lui et M. Saint*Luc Courborieux une vive altercation. Le procureur de la République, ayant voulu se prévaloir de sa qualité de magistrat, s'attira cette verte réplique :

<c Vous n'êtes plus que le magistrat d'un magistrat déchu! »

Cependant la nuit fut calme.

Lejendemain, le journal du « parti de Tordre, » rOptnton, parut ayant en tête de ses colonnes une protestation conçue dans des termes d'une rare violence. Ce numéro ne fut pas saisi, mais le journal dut, par un coup d'État préfectoral au petit pied, changer immédiatement de rédacteurs.

Dans la matinée, l'autorité fut avertie que les principaux membres du parti républicain modéré, MM. Régnai, Boubée, Alem-Rousseau, ex-constituant, Dupetit, Sentoux, Faure et Gaubet, s'étaient réunis dans les bureaux du Démocrate et y avaient rédigé une protestation.

Presque en même temps, un certain nombre de démocrates réunis à VAmi du Peuple y faisaient imprimer un appel aux armes qui était immédiatement affiché (1).

Des groupes tumultueux formés sur une foule de points discutaient avec chaleur les événements.

Cependant l'attitude du peuple n'avait rien de menaçant. Les divisions survenues parmi les chefs du mouvement avaient eu leur contre-coup dans la population, et rien ne faisait prévoir une insurrection immédiate.

Les quatre escadrons du 6* hussards avaient pris \es armes. Un détachement avait été dirigé sur Fleurance, petite ville à trente-quatre kilomètres, au nord

(i) Voir rOfrinton du Çers du 22 décembre. — Troubles du Gers.

d'Au&b» pour y protéger rarrivée de la malle-poste et du nouveau préfet du Gers, qui était attendu. / Un autre détachement avait pris la route de Hirande, 014 de graves événements venaient de se passer.

Les trois escadrons restant avaient été disposés en n^ajeure partie sur la place de l-H6tel-de-Ville (1).

A onap |ieures, le commissaire de police se rendit, par ordre du procureur de la République, aux bureaux du Démocrate, rue Balguerie, afin d'y opérer la saisie de la protestation qu'on venait d'imprimer. Il trouva la rue eacombrée d'une foule de citoyens. M. Âlem- IloDSseau se tenait sur la porte de l'imprimerie. Il s'opposa h l'entrée du commissaire de police. Sommé de \^^W opérer la saisie, il répondit que la Constitution étant violée, tout magistrat qui ne protesterait pas surle-champ ^e rendrait complice du crime de haute trahison, serait par ce seul fait déchu de ses fonctions, que qmant k lui, simple citoyen, il ferait sou devoir en repoussant la force par la force.

Lçi commissaire de police n'insista pas davantage. Il revint auprès du procureur de la République, et lui rendit conipte de ce qu| se passait.

M. Saint-Luc Courborieux n'hésita pas.

Il se fit accon^pagner d*un escadron de hussards commandé par le capitaine Hfchel, et se dirigea vers les bureaux du Démocrate. Le capitaine de gendarmerie e^ le juge 4e paix Tarbouriech se joignirent à li^i.

La polonne traversa la place de l'Hôtel-de-Ville au

(i) Rapport officiel dn génital d« QèimvdQii.

milieu des groupes nombreux et animés, criant : Vive la Constitution! vivent les hussards! (1).

Les soldats restaient silencieux^

Un instant, le capitaine de gendarmerie demeura en arrière. Un groupe l'entoura; on mit la main sur la poignée de son sabre. L'arriëre-garde des hussards le

La colonne arriva rue Balguerie. Un rassemblement nombreux stationnait devant les bureaux du Défno^ craie. M. Âlem-Rousseau haranguait le peuple. Sommé de se retirer, il répondit qu'il n*en ferait rien.

— Je proteste au nom de la loi I s'écriait-il.

M. Saint-Luc Gourborieux lui rappelle Tobéissanod qu'il doit aux magistrats.

— Si vous êtes magistrat, votre devoir est de faSre respecter la loi fondamentale du pays, la Constitution» réplique M. Alem-Rousseau ; si vous trahissez ce devoir, vous n'êtes plus rien, vous Ôte9 déchu de vos fonctions !

Des agents s'élancent pour le saisir. Jl lutte; un coup de sabre perce son habit ; il se dégage en pro^ testant toujours.

-r- Citoyens, soldats, magistrats, officiera, peuple, je vous rappelle tous au respect de la loi, 3'éeriait l'ancien représentant i

Il fallut faire une charge de cavalerie contre l'énergique républicain. M, Saint-Luc Courborîeux lit les sommations. L'escadron s'ébranla, la fonle fuit en désordrei s quelques pierres furent lancées sur la

(1) Rapport du géxiëral de Géraudon.

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troupe ; un hussard fit feu, et M. Âlem-Rousseau tomba renversé sous les pieds des chevaux.

La saisie des numéros du Démocraie fut opérée (1).

De retour sur la place de THôtel-de-Ville, le procureur fut entouré de groupes nombreux criant : Vive la République ! II les harangua. Quelques-uns se dispersèrent pour se reformer plus loin.

Cependant le commissaire de police, suivi d'un détachement de hussards, se dirigea vers les bureaux de VAmi du Peuple pour saisir l'appel aux armes dont nous avons parlé. Arrivé à quelques pas des bureaux, un coup de feu retentit. Il était tiré d'une fenêtre voisine sur la sentinelle du général qui fut heureusement manquée. Un gendarme riposta. Un officier en congé, M. Louis Selon, qui s'était joint à la troupe, fit voler en éclats la fenêtre et s'élança à l'intérieur. On le suivit. Mais Thomme qui avait (ait feu ne put être saisi. On ne trouva qu'un fusil déchargé (2).

Le commissaire de police pénétra sans obstacle dans les bureaux de VAmi du Peuple^ mais il ne put saisir que peu d'exemplaires de la proclamation. La majeure partie avait été distribuée.

A la suite des incidents que nous venons de rapporter, l'agitation avait grandi. La foule qui couvrait la place de l'Hôtel-de-Ville et les rues avoisinantes, pre-

(1) Cet incident est raconté avec quelques yariantee par rOphUon du Gers, le Midi de Toulouse, le Journal dA Lot-elrGaronne, (Voir à ce sujet ]a note B à Tappendice contenant une lettre de M. Alem-Rousseau fils, qui rectifie certains détails.)

(2) Opinion du fi décembre. La condamnation prononcée plus tard pour ce fait donna lieu au plus extraordinaire trait d*abnégation. (Voir la note G à l'appendice.)

naît une attitude hostile. Les cris de : Vive la République! à bas les hussards! retentissaient avec force (1).

Les chefs du parti avancé qui s'étaient prononcés pour l'insurrection immédiate crurent le moment favorable pour passer à Texécution. Malgré Tabstention de la majeure partie des leurs, quelques-uns descendirent en armes sur la place.

L'ancien commandant de la garde nationale parut, le sabre à la main, criant : Aux armes! Quelques hommes se groupèrent autour de lui. M. Arexy, qui venait d'arriver des Hautes-Pyrénées, voulut se joindre à eux. Il paraît cependant qu'il ne se faisait pas d'illusions sur le résultat probable de leur tentative. On raconte, en effet, qu'en prenant sfin fusil, il disait h Benjamin Gastineau :

— Allons, mon cher Gastineau, partons pour Nouka- Hiva!

Le rassemblement traversa quelques rues de la ville en criant : Aux armes! Cet appel eut peu d'échos, et les hommes qui s'étaient armés durent se disperser après cette vaine tentative.

Pendant ce temps, quelques évolutions de cavalerie contenaient sur la place de l'Hôtel-de-Ville une foule plus bruyante que résolue (2).

Le préfet, le procureur de la République, le maire et le général Dupleix n'avaient pas quitté l'Hôtel-de-Ville, devenu le quartier-général de l'autorité.

(1) Rapport du général de Géraudon.

(:2) Opinion du 23 dècembrd et rapport du général de Géraudon*

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Dans Taprès-midi, une députation 6*y présentai au nom du peuple.

Elle se composait de quelques citoyens, parmi lesquels MM. Prieur et Violet. Le maire îes reçut. Ces citoyens demandèrent l'armement de la garde nationale et le partage des postes avec la troupe. Le maire repoussa ces deux propositions» en se foildani surtout sur leur inutilité. M. Souiller avait été élu sousTinfluence du parti républicain modéré, îi fî^'àvait pas ëiicore accepté formellement lès décrets présidentiels, et il croyait peu à la réussite du CoUp d'État. îl ne le dissimula pas à ses interlocuteurs : « Â cette heure, disait-il, Louis-Napoléon est sans doute déjà pris et écroué à Vihceniies. » Les déléguée du peuplé se 1*611rèrent donc sans résultat.

Cependant, la lassitude de la foule ametla unôàlme relatif. Ott put felre tiiattgef left chevaux de la cavalerie.

A quatre heui>es la malle-poste arriva, amenant le préfet^ M. de LagaMe^ arrêta,- pois relftché à Fleuraûce, comme nous le raconterons plus loin. Il prit aussitôt la direction de l'administration supérieure da département.

Ceux des membres du parti démocratique qui s'étaient abstenus dans la tentative de la journée se réunissaient en ce moment chez M. Ganteloup, avocat, et délibéraient sur la conduite k tenir, lorsqu'un bruit grave vint mettre l'émoi dans la réunion. Les insurgés des campagnes étaient aux portes d'Âuch.

En effet, l'autorité prévenue, vers cinq heures, de l'iypproche de bandes nombreiTses, avait envoyé en

rètiônnàiësàttce le dat^itaine Michel et tifl détachèttërii de hussards. Celui-bi 6'était bôuvé biëtitOt ëti pt^éSèilCd d'une épaisse colonne de gens armés (1). Un homme d'une soixantaine d'années, moiiié sur un bidet d" pays^ était en tète.

Interpellé par le capitaine Michel, il avait répondu :

— Nous sommes de bons citoyens qui nous rendons à Âucii pour concourir k là défense dé la République et dç la Constitution.

Après quelques pourparlers, il avait côiisehli à arrêter sa colonne, et le crapitàine Michel avait érivoyS prévenir l'autorité.

On se souvient que te 3 au soir, S l'issue dé la rêunîtiti dans lès btirfeatii de VÀmi duPèupUy H\ii âvdit été expédié aux aÉliè^ deë càhtons de {itendt^e leâ armes et dé mal*cher sur Âuch.

Ce inot à*6tàt& rivait été suivi avec uri fetièeitlble extraordinaire. Dès quatre heitfès AU matin, le tbcsirt sontiaît dans près de cinquante villages. Vîc-t'è^ensac, petite ville h iteniù kilôtttètres nord-oùeét d'Abch, se soulevait. Ud ancien officier de l'Empire, btigttHd fle ta Loire de 1815, ùoinnié Jeatl-Baptiste Gassaët^ tietht bonhomme sans gtatide portée politique, mais dévoué auit Idées républicaines, appelait le peuple auit arined. Les populations des villages voisins aecôuralëtit au son du tocsin; une nombreuse colonne se formait et pre^ nait la route d'Aueh:

 Jégun, dix kilomètres à Test de Yie^ rinsurreetioii éclatait à la même heure; et, malgré les eonéeils et la

(1) Rapport du général de Géraudon.

résistance du maire, la bande qui s*y formait faisait bientôt sa jonction avec celle de Vie.

Un notaire, M. Lagrave, de l'Ile-de-Noé, à dix kilomètres nord de Mirande, partait de son village à la tête de cent hommes et ralliant en route une foule de paysans, marchait sur Âuch par Barran.

A Bassoues, nord-ouest de Mirande, le soulèvement était l'œuvre exclusive des paysans. Tandis que partout ailleurs, ils avaient attendu le signal de quelques membres de la bourgeoisie, ils se soulevaient spontanément, et conduits par quelques-uns d'entre eux, ils prenaient à leur tour le chemin d'Âuch.

Toutes ces bandes marchaient d'entraînement, tambour battant, drapeau en tète. La plupart des paysans, croyant trouver Âuch entre les mains du peuple, pensaient n'aller qu'& une sorte de promenade militaire. Ils étaient armés de fusils de chasse, de fourches, de faux. Les munitions étaient rares. La plupart chargeaient leurs fusils à plomb, faute de balles.

11 ne fallait pas que ces Jacques fussent animés de passions bien mauvaises, car dans cette longue marche, on n'a pas relevé la moindre tentative de violence ni contre les personnes, ni contre les propriétés. Les quelques vivres pris en route furent scrupuleusement payés.

Quand la colonne de Barran, commandée par Lagrave, rencontra celle de Vie que conduisait Gassael, les deux chefs s'embrassèrent en tête dp leurs bandes qui saluèrent cette accolade par un gi*and cri . de : Vive la République!

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Gassaet prit la tête avec les gens de Vie mieux armés que ceux de Barran.

Les bandes réunies montaient bien à trois mille hommes (1).

Elles marchaient sans organisation et sans plan préconçu.

Aussi, lorsqu'elles arrivèrent sur les hauteurs qui dominent Âuch» elles ne firent nulle disposition d'attaque, et continuèrent à s'avancer formant une colonne profonde et encombrée sur la route de Gondom et le faubourg de l'Oratoire.

Nous avons vu comment elles s'étaient arrêtées devant le détachement du capitaine HicheL

Cependant Tautorité s'empressait de prendre des mesures de défense. Le colonel Gourby de Gognordse portait avec un escadron à l'entrée du faubourg et parlementait à son tour avec les paysans. Geux-ci insistaient pour entrer en ville, protestant de leurs bonnes intentions et promettant sur leur tête qu'aucun désoi'dre n'aurait lieu (2).

Il était évident, du reste, qu'ils n'avaient nulle intention d'engager la lutte. La route du faubourg de l'Oratoire où l'on s(e trouvait en présence suit la crête du coteau. Elle est bordée des deux côtés par des terrains en pente excessivement rapide, inabordables à la cava-

(1) Le général de Géraudon les estime encore plus nombreuses.

(2) A partir de ce moment, tous les récits donnés par les journaux 8ont contradictoires et présentent des lacunes évidentes. Le rapport du général de Géraudon est trop succinct et ne fournit aucune lumière. Nous avons interrogé plusieurs témoins oculaires; leurs relations comparées aux récits déjà donnés nous ont permis d'approcher de bien près de la vérité sur cet épisode.

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lerie. Deux charrettes mises en trtrers de la route, un obstacle quelconque^ auraient pu rendre la position des insurgés inexpugnable. La situation de Fautorité fût alors devenue critique. Les insurgés, inattaquables de fronts auraient pu en se prolongeant sur les flancs du coteau, entrer deplain-pied dans la ville. On assure que quelques-uns y avaient songea mais la plupart, croyant h une solution pacifique^ |tagèrenk la chose inutile.

Les mctobrès de TautcHtê, dé leur côté, héSitdent à ordonner l'attaque. Une charge de taValerië poussée, de nuit, feur des fnasses dont on ^l'exà^érstit le nombre et la résolution, pouvait êtfe fatale. CltKJuanté gatdes natioîiaut k peine fe'étàielit rendus à k Mairie. La perplexité y était grande, lorèqUe M. Prieur âé présenta pour parlementer ad ùoïn àei insurgés.

Les démocrates réunis chez M. Ganteloup avaient résolu de faire des efforts pour éviter Teffusion du sang. Les nouvelles reçues dans la journée de Paris etde Bordeaux n'annonçaient rien de favorable à la cause républicaine. Les dépêches du gouvernement arrivaient librement, preuve évidente qu*aucune însiifreciion n'existait entre Paris et Âuch. Le combat dans ces conditions leur paraissait inutile.

Il fut heureux pour le Coup d'État qu'il ne se trouvât à Auch autùri hottitiie Capable de devefiît* le chef d'une Vendée républicaine. Si le mouvement eût été dirigé^ il est certain que le nombre des insurgés et la nature du lefrairi âtïtaîént reiïdii la ré^sistancè ti'êsdifficile. La journée du lendemain eût groupé à Âuch

plus de dix mille hommes que deUt marched Auraient sufB pour porter sur Toulouse OU sur Agen.

M. PMeUf arriva donc à l'Hôtel-de-Ville et l'enôontra le général Dupleix sur \ei tliarches de bet édifice. Il lui exposa ses idées* les intentions pacifiques de ses amis, et le ptessa d'empêcher un combat de nuit qui pouvait ètte fatal aUx deux partis. Le géilétal Itil dit de foi^mUléf une pfopositioh.

M. t^riëur dematida le partage des postés éiitre la troupe et les insurgea. Le général repoussa cette proposition. L'idée d'une sorte de suspension ct^armés jusqu'au Jour lui i<arut plus acceptable. Il rentra accompagné de M, Prieur dans l'intérieur dé l*llôtelde-VlUe.

La discussion recommença. Les deux préfets refusèrent même de parlementer avec M. Prieur ; mais 1B[. Saint-Luc Courborieux, qui était dévenu le chef réel de l'administration, prît sur lui d'accepter la suspension d'armes.

M. Prieur et le procureur de la République sortant . alors sur le péristyle de la Mairie, déclarèrent, l'un au nom du peuple, l'autre au nom de l'autorité, que pas un coup de feu ne serait tiré de la nuit.

De là, ils se rendirent aussitôt au faubourg de l'Oratoire pour /aire accepter ces conditions par les insurgés. M. Prieur qui avait parlé en leur nom^ ne connaissait aucun d'eux, mais il comptait sur cet ascendant de la force morale qui, en temps de révolution, donne le eommandement il qui sait le prendre.

D'ailleurs, un républicain influent, très-connu des

paysaus, H. Zeppenfeld, était panni eux, et les dissuadait de toute attaque immédiate.

On fut bientôt eu présence des insurgés. Quelques pas à peine les séparaient des hussards.

Tous approuvèrent avec empressement l'engagement pris en leur nom, et il fut renouvelé en tête de la colonne. La nouvelle s'en répandit dans la ville et y excita une vive satisfaction. C'est en ce moment que les chefs d'insurgés demandèrent des vivres pour leurs hommes. La plupart marchaient depuis le matin sans avoir pris aucune nourriture. Ils étaient exténués.

M. Prieur revint aussitôt à l'Hôtel-de-Ville et demanda que des vivres fussent envoyés aux insurgés. La Mairie fit délivrer aussitôt une grande quantité de pain qui fut chargée sur des charrettes appartenant à l'hôtel Alexandre et conduit au faubourg (1).

La distribution se fit en commençant par les gens de Vie. Ils déposèrent leurs fusils et s'assirent sur la route pour manger. Les charrettes remontèrent jusqu'au deuxième kilomètre, à l'embranchement de deux chemins, et la distribution fut continuée à la colonne de Barran. Tous ces hommes s'assirent également et mangèrent, fort heureux de voir se terminer ainsi leur expédition.

M. Prieur, qui avait présidé à la distribution, voulait, d'accord avec ses amis d'Âuch, éviter k tout prix une coUi^on qu'ils jugeaient intempestive, mais il

(1) L*6xi8tence d*une véritable suspension d^armee explique seule cette distribution de vivres que tous les journaux ont racontée. On ne saurait comprendre sans cela Tautoritè envoyant du pain à des bandes qui vont l'attaquer à main armée.

aurait voulu conserver ses bandes pour agir le lendemain, selon la nature des nouvelles attendues de Paris. Il réfléchit combien il était difficile que les hommes des deux camps, séparés h peine par quelques pas, pussent passer la nuit en présence sans qu'un accident ne vint engager la lutte. Il résolut de faire reculer les insurgés jusqu'à l'embranchement des deux chemins, à cinq pu six cents mètres de leur position actuelle. Ils auraient ainsi bivouaqué dans une position plus sûre et assez éloignée de la troupe. Des fagots furent achetés, et on commençait à les disposer pour allumer des feux de bivouac, lorsque, tout h coup, la fusillade retentit à la tête de la colonne.

Les récits des causes de cette collision sont tous contradictoires. Voici la version qui nous paraît se rapprocher le plus de la vérité. '

Les chefs de l'insurrection avaient accepté de trèsbonne foi la suspension d'armes. Le vieux Gassaet et les autres chefs de Vie étaient entrés dans une auberge du faubourg, croyant pouvoir souper en paix. Le procureur de la République était, de son côté, revenu à l'Hôtel-de-Ville. M. Zeppenfeld, qui était demeuré h la tête de la colonne, s'occupait, de son côté, à prévenir une collision. Il avait déjà donné l'ordre de scier deux des arbres plantés au bord de la route pour interposer un obstacle matériel qui rendit toute communication impossible entre les paysans et les hussards.

Mais il parait que vers les neuf heures, après lardisr tribution du pain, les groupes placés en face de la troupe prirent une attitude menaçante. Un agent déguisé qui s'était mêlé à eux revint auprès du colonel

Gourby de Gognorcl, lui assurant que les insurgés se disposaient à attaquer.

Le colonel, disent tous les témoins que nous avons consultés, brûlait d'engager le combat. Le procureur de la République, averti, se rendit sur les lieux avec l'ancien et le nouveau préfet.

Le procureur s'avança vers les insurgés et les engagea k se retirer. Il n'obtint aucune réponse favorable. Il fit alors les sommations, mais d^une voix ftiible, assure-t-OB, de telle sorte qu'elles ne furent entendues que d*un petit nombre de personnes.

Pendant ce temps, le colonel Gourby de Gognord avait disposé ses hussards en pelotons à vingt-cinq pas de distance.

Les sommations restant sans effet, le procureur se retira. Une sonnerie eut lieu. Les paysans n'en comprirent pas la signification. Geux de la tête de colonne paraissent seuls avoir eu connaissance des incidents. Les autres mangeant encore, assis pour la plupart, ne se doutaient de rien.

Il était près de neuf heures et demie, lorsque, après la sonnerie, Tescadron fit une décharge de carabines, puis s'élauQa au galop, son colonel en tête.

Les paysans ripostèrent, se jetèrent sur les côtés de la route, et abrités par les talus, dirigèrent sur les hussards une fusillade meurtrière. Le colonel Gourby de Gognord fût blessé ; le chef d'escadron Delaloge, grièvement atteint d^une balle ; le major Dufau, frappé d'un coup de feu au visage. Mais rien ne put arrêter l'élan des hussards. La charge fut poussée jusqu'à une distance de cinq eents mètres.

La masse des paysans qui couvrait la route jusqu'à la bifurcation fut surprise à Timproyiste par cette brusque attaque. Saisis d*une terreur panique, les paysans s'enfuirent dans toutes les directions. Quelques-uns des chefs firent de vains efforts pour les retenir. En quelques minutes, la route ftit vide. L'escadron se replia et essuya encore la f\isillade des républicains de la tête de eolonne, gens de Vie pour la plupart, qui ne quittèrent le terrain qu'après la disparition de la majeure partie de leur3 compagnons.

Les hussards étaient maîtres du champ de bataille, mais ce n'était pas sans des pertes sérieuses. Vingtquatre hommes et douze chevaux tués ou blessés dénotaient l'énergie déployée par la tète de la colonne des insurgés. Un sous-ofGcier emporté par son cheval tomba dans un groupe de fuyards; il fut tué (1).

Les pertes des insurgés furent faibles. Dans un décret inséré au Jjfentfeur , on mentionne un chef d'insurgés qui aurait lutté avec le brigadier Edouard Martin et animait été tué par lui après une vigoureuse défense. Lofait est singulièrement exagéré. Cet insurgé était un citoyen nommé Rizou, forgeron à Riguepeu, âgé de près de soixante ans. D reçut en effet quelques coups de sabre. Il ne mourut pas de ses blessures, et c'était si peu un chef d'insurgés qu'à sa sortie de l'hôpital d'Auch, il fut renvoyé dans son village, sans avoir comme tant d'autres les honneurs de la transportaiion.

Un autre citoyen, un perruquier d'Mcl», nomqié

'(i) Un forgeron de ^c, nommé PnjoB, a été condamné à mort, par contumace, pour ayoir tué ce militaire.

Virginal, croyons-nous> fut blessé dans des circonstances qu'il est bon de noter. Ramené prisonnier en ville, il fut assailli par des hussards, et Tun de ces furieux lui porta un coup de sabre à la cuisse, au moment où prisonnier et sans défense, il aurait dû être sacré pour ses ennemis.

Cette collision sanglante eut un résultat inespéré. Elle dénoua la crise. Le^ insurgés de la campagne démoralisés ne se rallièrent pas, et les démocrates de la ville furent profondément abattus. L'autorité profita avec énergie de Tascendant acquis. Des visites domiciliaires eurent lieu, toute la nuit, et amenèrent un grand nombre d'arrestations importantes. MM. Gastineau et Violet furent arrêtés cette nuit-là (1).

Nous avons déjà dit deux mots d'un incident survenu dans la matinée à Fleurance. Le fait mérite de plus amples détails.

Fleurance est une petite ville de la vallée du Gers, située à 30 kilomètres, nord d'Auch, et à peu de distance de Lectoure, chef-lieu de l'arrondissement.

Dès le jeudi matin, toute la population valide prenait les armes. La Mairie était envahie par le peuple armé, la caserne de gendarmerie gardée à vue par une bande, et une barricade élevée à l'entrée de la route d'Âuch.

Sur ces entrefaîtes, survint la malle-poste. Elle portait le nouveau préfet du Gers, M. de Lagarde, et le sous-préfet de Bayonne, qui se rendaient à leur poste.

(1) Voir, pour le récit de la collision, le rapport du général de Oèraiidon, contenant la liste nominative des militaires tués et blessés. (Jfonî-

têuir,)

Ces deux fonctionnaires furent arrêtés et conduits & la Mairie. Toutefois, ils ne furent nullement décontenancés. Ils haranguèrent la population, et sans avouer qu'ils approuvaient le Coup d'État, ils firent ressortir l'inutilité et les dangers de la résistance tentée par une aussi petite ville. Leurs paroles firent quelque impression; ils furent traités avec égards, relâchés même, sans toutefois obtenir de continuer leur route.

En ce moment, arrivèrent de Lectoure le souspréfet Lacoste, le procureur de la République et le juge d'instruction. Ils trouvèrent les insurgés rangés sous les arceaux qui bordent la place. M. Lacoste était un homme d'énergie. Seul, en présence de cette foule armée, il marcha droit au tambour, le saisit au collet et lui ordonna de faire le roulement qui doit précéder les sommations. Le tambour stupéfait obéit. M. Lacoste somma les insurgés de mettre bas les armesf^et de rentrer dans Tordre.

Il est rare qu'une audace de ce genre n'impose pas au peuple.

La voix de M. Lacoste fut écoutée, et, après quelques hésitations, les insurgés obéirent. La barricade fut démolie, la gendarmerie délivrée, et la malle-poste put reprendre la route d'Auch. Un détachement de hussards survenu vers midi, donna au sous-préfet l'appui de la force armée. Quelques arrestations furent opérées, et Fleurance rentra dans l'ordre (1).

L'autorité victorieuse ne tint pas grand compte, il faut le dire, de lawansuétude des bons habitants de

(i) Opinion du Gers du 22 décembre. '

FleurMW, Cette petifae ville fut décûnée p«r les yrescriptiona èi l'égal de I9 pl«#ari des vill«a el des bewgs du départeaieDt.

Celte journée du 4 ei iécoode an iocâdento ^vait vu s'accoiApUr à Miraade des évéuemeots graTes.

Ceue petite villes »ége d'une 8ousrPr^atore> eat Qiiuée k 24 kilomètrfl^ sud-^ouest. d'4i»Gb» wr la riv# ga^uche de la Baîee»

L'QpiaiQQ républicaine la plus avancée y comptait bon nombre de partisans dévoués et pleins d'ardaur.

L'arrondissement était alors administré par un souspréfet nommé M. Grabias. C'était un homme jeune encore, courageux^ très-bostile aux républicains. Le zèle excessif qu'il avait déployé au service de la féactioa lui avait attiré de violents ressentiments.

Dans cette année 1851, en particulier, les persécutions dirigées contre les républicains avaient été vives. Plusieurs citoyens honorables avaient été arrêtés et traînés en Cour d'assises sous de futiles prétextes. Le jury les avait acquittés.

La nouvelle du Coup d'État plaçait donc H. Crabîas dans une situation difficile. La gendarmerie était la seule force organisée existant dans Tarrondissement;, et l'on ne pouvait faire aucun foud sur la partie de la bourgeoisie appartenant au « parti de Tordre. %

M. Grabias fit afficher les proclamations, le mercredi vers midi, et, dans la prévision de quelque mouvement, convoqua pour le lendemain toutes les brigades de gendarmerie de l'arrondissement.

> Dans la soirée du même jour, une réunion dé cinquante à soixante personnes se tenait au café Pech.

Um d# réiioion orfjinair^ des démocra^^fii. Aucun d^ cW^ XTïfivm^ à^ parti n'y a,vait manqv^. On résolut, sans attendre aucun mot d'ordre d'Auch, de s'emparer îmmédiatenoieitt de» autorités, et Texé^utioa fut fixée au lendemain matin (1).

Il parait que le sous-préfet fut mal renseigné sur le résultat de cette délibération, car le soulèvement le surprit à Timproviste. Le jeudi matin, dès sept heures, le tocsio sonnait h Téglise et deux tambours parcouraient 169 ru«s en battant la générale.

Cet appel ne produisit d'abord (fie peu d'effi&U Les chefs durent payer de leur personi^.

Trois avocats, MM. Boussës, Pascauet Passama, un négociant» M. B, Lasserre, se trouvèrent seuls en armes sur la pla^e. Leur premier soin fut de s'emparer de la Mairie. Cet édifice, aujourd'hui démoli, occupait ie centre de la place. Il se composait d'un étage élevé sur quatre arceaux formant im hangar ouvert. Ils entrèrent sans obstacle; la Mairie était vide. A peine étaient-ils redescendus que le maire de Miraade^ M. Burot^ se présenta accompagné du commissaire de police, Dupuy, et du secrétaire de la Mairie, Boubée. Couché en joue par B. Lasserre, le maire se retira ainsi que le commissaire de police (3).

Cependant le bruit du tocsin et de la générale avait fait accourir auprès du sousrpréfet quelques-uns de ses amis, résolus de partager ses dangers dàfia ce moment

(1) Mémorial des Pyrénées du 10 décembre; Opinion du Gers du 291.

(â) L'exactitude de ces détails, sur le début de rinsorrectioii miraudaise, nous a été conûrmée par M» Boussès.

critique. Entre autres se trouvaient IfM. Devèze» adjoint, et Labadens, secrétaire de la Sous-Préfecture.

Une première bande d'insurgés ne tarda pas à s'y présenter. Elle était peu nombreuse et composée en partie de très-jeunes gens. Un jeune homme k la mise élégante, èi la tournure distinguée, la conduisait. C'était M. Eugène TerraiL

Il frappa à la porte de la Sous-Préfecture. Le souspréfet, ceint de son écharpe, parut. Quelques personnes se tenaient derrière lui.

Voici le sens, sinon le texte exact, des paroles qui furent échangées :

— Au nom du peuple, je vous somme de voua joindre à nous pour défendre la Constitution, dit Terrail.

— Je n'ai pas de sommation à recevoir de vous, vous êtes en rébellion, et mon devoir est de réprimer Témeute, répondit le sous-préfet.

— Bien! vous vous rendez complice du Président; je vous arrête, au nom du peuple; suivez-moi à la Mairie! s'écria Terrail en le saisissant par son écharpe.

Il n'avait pas achevé ces paroles qu'un coup de pistolet, tiré par un fanatique, se faisait entendre, et M. Grabias s'affaissait entre les bras des citoyens qui raccompagnaient (1).

M. Terrail se retourna indigné, demandant qui

(1) M. Gantaloap, vétérinaire, a été oondamné à mort, contnmace, par le Conseil de guerre de Bayonne comme auteur de cette tentative de meurtre. (Voir à ce sujet la note D & Tappendice.)

avait fait feu. Un grand désordre se fit dans le groupe d'insurgés fort grossi en cet instant. Les citoyens qui soutenaient le sous-préfet l'entraînèrent à l'intérieur en refermant vivement la porte derrière eux. La blessure de M. Grabias était heureusement fort légère. Une seule chevrotine l'avait atteint dans le cou. Quelques minutes après, le docteur Siam entra à la Sous- Préfecture, et donna les premiers soins à M. Grabias.'

Cependant on entendait au dehors le bruit de la % foule qui était devenue nombreuse. Toute résistance était inutile. Il fallut que chacun s'occupât de pourvoir à ^a sûreté. Le sous-préfet trouva asile dans une maison voisine. Le propriétaire le fit réfugier dans une cachette où l'on pouvait croire qu'il serait difficilement découvert.

Pendant ce temps, un faux bruit du plus fâcheux caractère enflammait la foule de colère. Lorsque Terrail s'était retourné vers les insurgés, demandant qui venait de faire feu, plusieurs avaient répondu qu'aucun d'eux n'avait tiré, que c'était le sous-préfet lui-môme qui avait tiré le coup de pistolet sur lui, Terrail. Malgré les dénégations de celui-ci, le bruit s'en était répandu en un clin-d'œil, et Ton peut juger de Teffet produit sur une foule exaltée et peu sympathique au sous-préfet (1).

Bientôt une croisée enfoncée donna passage au peuple qui se précipita dans l'intérieur de la Sous- Préfecture. Il est à remarquer que tous ces hommes, qui se seraient peut-être portés aux derniers excès

(1) Ce faux bruit 8*eftt si bien répandu que beaucoup de gens le racontent encore ainsi dans le pays, et de très-bonne foi.

sur là {yefMfine du «ons^préfet, respectèrent ce qoi lui appartenait. Dans cette invasion tumultueuse rien ne fui dérobé. M. Boussès, entré des premiers, voyant Texaltation du peuple, craignit non pas le pillage» mais une scène de dévastation. Il crut urgent d*improviser une autorité. C^était un homme très-énergique. Il se proclama sous-préfet. Reconnu, séance tenante, ' et acclamé par le peuple, il commença à donner des ordres avec le plus grand sang-fVoid, et commanda réTaoualion de la Sous-Préfecture- La foule qui, même en temps de révolution, aime k se sentir commandée, obéit. Un corps-de-garde fut placé à Tëntrée.

Les rues voisines étaient encombrées d'hommes armés. On fouillait minutieusement les maisons, cherchant le sous-préfet. Celle où il avait trouvé asile, avait été plusieurs fois visitéesans qu'on eût découvert sa retraite. La fbule s'impatientait, s'irritait de cette recherche infiructueusé. Des cris peu rassurants se faisaient entendre, lorsqu'une immense clameur retentit, M. Orabias était pris.

Un charpentier, le sieur L..., dit T..., avait fini par découvrir la cachette du sous-préfbt. L..., quoique très^haud démocrate, n'était pas un méchant homme. Il rassura le sous-préfet et lui conseilla de crier : Vive la Constitution. M. Grabias, assure-t-on, parût h la lucarne du grenier et s'exécuta.

La situation était critique. On peut tout' craindre dans les moments d'exaltation de la foule. Un crime allait, peut-être, être commis; les eheft du mouvement comprirent qu'il était de leur devoir de protéger, k tout prix, la vie du aous^préfet. Plunleurs

d'entre eot se plaeèrent à la porte de la maisoa pour le recevoir h sa sortie, lis le mirent au milieu d'eux, et se dirigèrent vers la Maison d'arrêt. La fbule poussait des cris de mort. M. Passama jeune menaça de tuer le premier qui porterait la main sur M. Grabias. On avança lentement et non sans pein«. De l'aveu de tous les témoins de cette scène, le sous-préfet montrait une fermeté rare. Il regardait en face les plus furieux et répondait hautement k leurs interpellations. Cepen^ dant, la voix de ses défenseurs parvint k se faire entendre; la foule se calma un peu, et Ton arriva saiu violences h la porte de la prison.

Là, un nouvel incident faillit devenir funeste. Le geôlier refusa d*ouvrir. La foule s'irrita. Les cris de mortretentirent de nouveau. M. Boussès fit placer le sous-préfet» qui était de fort petite taille, à l'angle de la porte et le couvrit de son corps. Le geôlier épou* vanté se décida enfin à ouvrir. On entra; le souapréfet était sauvé. Il fut installé dans une des chambres de la prison; le médecin vint de nouveau le visiter, et son domestique fut admis à lui donner ses soins.

Quant au geôlier qui avait refusé d'ouvrir, M. Bous* ses le destitua et le fit incarcérer sur-le-champ.

Quelques instants après, M. Daste, juge d'ins* truction, M. Chevert, procureur de la RépuUlique, et M. Laurent, substitut, furent arrêtés et allèrent partager la captivité du sous-préfet.

Maîtres de la ville, les républicains songèrent k s'organiser. M. Boussès s'étant nommé sous*préfet, M. Passama fut installé maire. On nomma également

un commandant de place et un commissaire de police. Un ordre, signé Boussës, et conçu h peu près en ces termes» fut envoyé dans les campagnes :

« Au nom du peuple souyerain, le sous-préfet provisoire de Mirande ordonne aux habitants de la commune de N..., de se lever en masse et de se rendre à Mirande, pour y défendre la République et la Constitution. »

Gomme on craignait Tarrivée de quelque détachement de la garnison d'Auch, des barricades furent élevées k toutes les issues de la ville, une entre autres au pont de la Baîse.

La précaution n'était pas superflue. Dans l'aprèsmidi, un détachement de hussards fut aperçu sur la route d'Auch. Le juge de paix de Mirande, M. Comte» l'accompagnait. Le cri aux armes! fit accourir, une foule assez nombreuse aux barricades. B. Lasserre avec un détaclement d'insurgés occupa celle du pont de la Baîse, pendant que M. Pascau se plaçait, avec une autre bande, un peu au-dessus, à un gué de la rivière.

L'officier qui commandait la troupe s'avança pour parlementer. Lasserre franchit la barricade et s'avança de son côté. L'officier déclara que son unique mission était la protection de l'ordre et la défense de la République. Lasserre répondit fièrement que l'on n'avait besoin de personne, à Mirande, pour protéger l'un et pour défendre l'autre (1).

(1) Ce sont, du moins, les paroles que lui attribue le Mémorial des Pyrénées. Ce journal pl^ace la scène dans l'après-midi du S. Nous sommes certain que c'était bien le 4.

L*oiBcier qui ne pouvait, d'ailleurs, songer à enlever des barricades avec un demi«escadron de cavalerie, resta quelques instants en observation, battit en retraite et revint k Auch.

Cet incident n'en contribua pas moins à augmenter la confiance des Mirandais.

Une collision eut malheureusement lieu dans cette journée k peu de distance de la ville.

Deux brigades de gendarmerie qui se rendaient à Mirande, sur l'ordre reçu la veille, étaient arrivées non loin de la ville, lorsqu'elles rencontrèrent une bande de paysans qui arrivaient au son du tocsin des communes de Pouy-le-Bon, Saint-Ghristau, etc. Un engagement eut lieu. Quelques gendarmes furent blessés, dont un assez grièvement; les autres enveloppés par les paysans furent pris. Ceux-ci, glorieux et effarés de leur victoire, entrèrent à Mirande montés sur les chevaux des gendarmes et conduisant leurs prisonniers la corde au cou.

A la tombée de la nuit, la malle-poste qui avait été arrêtée à Fleurance, le fut de nouveau par le poste mirandais du pont de la Baîse. Elle portait encore le sous-préfet de Bayonne. Ce fonctionnaire essaya de faire aux Mirandais les représentations qui avaient si bien réussi kFleuraqce. Il n'eut pas le même succès. L'un des chefs lui imposa brusquement silence, et le conduisit près du sous-préfet provisoire, M. Boussès. Celui-ci prit connaissance des papiers du voyageur, et, quand il se fut assuré de sa qualité, lui déclara qu'il était prisonnier. Il eut, toutefois, la courtoisie de consentir à ce qu'il resta consigné dans un hôtel.

Là poudrière da département était depuis quelque temps dans un vieux château près de la ville. Un détachement alla s*en emparer. Les poudres tixrent transportées à la Mairie. Chaque insurgé voulait en avoir sa part» il y eut un peu de gaspillage. La fabrication des cartouches fut aussitôt organisée.

Pendant cette journée du 4, soit spontanément, soit sur mot d'ordre, Tinsurrection éclata dans la majeure partie des campagnes de l'arrondissement.

A Hasseube, chef-lieu de canton, au sud de Mirande, MM. Breuil et Laporte soulevèrent la population» s'emparèrent de la Mairie et des gendarmes. Le tocsm amena le contingent de tous les villages du canton, et une forte bande s'y organisa pour marcher sur Auch.

Toutes les communes des cantons de Mirande, Montesquidu, Miélan se levèrent en masse et se portèrent sur Mirande.

A Mareiac» chef-lieu â*un canton limitrophe des Hautes-Pyrénées» l'insurrection éclata dans Taprèsmidi de la même journée. Le conseiller général du canton» M* Nabos» décoré de juillet» homme de cœur et répubiioain éprouvé, retenu au lit par une grave maladie» n'en contribua pas moins au mouvement (]). Le peuple armé se réunit sur la place. Un gendarme revenant de tournée fut entouré par la foule et sommé de rendre ses armes. Le gendarme répondit :

— Si je rends mon sabre, je suis déshonoré ; vous ne l'aurez qu'avec ma vie !

Ge peuple» qu'on a représenté comme animé par de

(1) M. Nab«« est mort à ThApital msA YmbTq^emvA ôm déportés.

si viles passions, applaudît aux paroles dé ce btaTO bomme et le respecta (1).

Le leademain, une nombreuse colonne se forma et partit pour Mirande, dirigée par Tancien maire de Marciac, Soumabielle, et par M. Delsol, de Ifirande (B).

Toute la journée du jeudi et la matinée du vendredi, des bandes de paysans armés ne cessèrent d^arriver à Hirande. Le nombre des insurgés, d'après les relations ofiBcielles, atteignit six mille bommes.

Le caractère dominant de cette levée en masse de Tarrondissement de Mirande, fut Tabsence absolue de tout excès. Le coup de pistolet tiré sur le sous^préfet est un fait isolé. La petite ville de Mirande est demeurée trois jours au pouvoir de cette foule armée, et II ûe i^est pas produit la moindre attaque contre les personnes ni contre les propriétés. La majeure partie de la bourgeoisie riche de Hirande, qui était très^hostile aux idées démocratiques, est restée livrée à la discrétion de ces Jacques si avides de pillage» de meurtre, de viol, au dire des apologistes du Coup d*État, et après le rétablissement de Tordre, elle n'a pas trouvé de plaintes h formuler.

Les autorités insurrectionnelles avaient pris des mesures vigoureuses pour obtenir le maintien d'un ordre relatif. Des réquisitions de vivres fbrent fkites, et les distributions avaient lieu très-régulièrement de manière à éviter tout prétexte à désordre.

Cependant, les chefs du mouvement sentaient que leur insurrection risquait fort de n*ê^9 qu'une vaine

(1) Ce âdt est rapporté dans VÀhmainach dé la Gendarmerie pùnt 1838.

(2) M. Delsol est mort en exil.

protestation, s'ils se bornaient à se barricader dans leur petite ville. Le vendredi matin, 6 décembre, ils tinrent une espèce de conseil de guerre> et y délibérèrent une marche sur Auch. La nouvelle des événements de la veille leur avait enlevé toute illusion sur l'attitude de Tautorité. Il s'agissait donc d'une attaque de vive force. La tâche n'était pas facile. Les milliers de paysans accourus kMirande, étaient assez mal armés et tout èi fait sans organisation. Il fallait donc leur donner des chefs, les organiser militairement, les armer d'une façon passable. Rien de tout cela n'était impossible. Mais il n'y avait parmi les chefs du mouvement aucun homme ayant les connaissances militaires, ni même l'instinct militaire qui souvent y supplée. Aucun de ces hommes, individuellement fort braves, ne se sentait capable de diriger ces milliers de paysans et de les conduire au combat.

Ils voulurent cependant tenter quelque chose. B. Lasserre partit pour Âuch avec six cents hommes assez bien armés. M. Boussès devait, selon les circonstances, suivre avec le gros de Tinsurrection.

Les insurgés de Masseube descendaient, à la même heure, la vallée du Gers, se dirigeant aussi vers le chef-lieu.

Le préfet, averti de leur approche, avait fait prendre des mesures de défense vigoureuses. Le régiment était monté h cheval et occupait les principales avenues. Le succès de la veille au soir avait relevé le moral du parti réactionnaire. Au moment critique, il y avait eu cinquante gardes nationaux volontaires à la Mairie, ce jour-là il y en eut cinq cents.

B. Lasserre arriva avec ses Mirandais j usqu'à Roches, à une lieue d'Âuch. Prévenu par un ami des dispositions prises pour le recevoir, il battit en retraite et rentra à Mirande. ,

Les Insurgés de Masseube arrivaient sur le soir à f Pavie, tout près d'Âuch, et rebroussaient chemin' pour les mêmes motifs.

Le lendemain au soir, l'arrivée de Toulouse d'une colonne de chasseurs h pied et d'artilleurs avec deux pièces de canon, vint rassurer complètement l'autorité.

Dans la journée du samedi, les nouvelles défavorables à l'insurrection qui arrivaient de tous côtés, et suAout le bruit, exact du reste, de la marche d'une colonne amenant de Tartillerie de Toulouse, et d'une autre arrivant de Pau par Tarbes pour j>rendre Mirande k revers, jetèrent le découragement dans cette ville. Le contingent de Marciac, fort de plus de huit cents hommes, repartit dans la journée. ï^'autres l'imitèrent.

Un dernier conseil fut tenu pendant la nuit. Les propositions les plus diverses se firent jour. Les uns voulaient résister à outrance ; la plupart combattaient ce^ projet. Une lettre venue d'Âuch avait informé les chefs de l'insurrection du désastre de la République à Paris. M. Boussës proposa aux plus compromis de quitter la ville en armes et de gagner ainsi la frontière d'Espagne. Après de longues discussions, on s'arrêta à une résolution qui ne manquait ni de caractère, ni de dignité.

MM. Boussès, Pascau, Passama et B. Lasserre résolurent d'assumer sur leur tète toute la responsabilité de la résistance armée ; de ne pas fuir; de demander

- lie —

4m juges, im IrilMiMl régolkr, pour fésf&^én de laurs aotea. ils espéraient aiQsi proléger la foide de ceux qui n'avaient agi <pfk leur ittttîgation et h tour ne»pie. Ces trop confiants et trop honnêtes répuUîoaiBs avaient eompté sans les oommsaions mixtes.

A irinuit, ils annoacèrent au peuple leur résolutîaa* Ils firent démolir les barricades et mettre ea liberté teutes les persoanes incarcérées» ht lAndseiaia, ils allèrent se constituer prisonniers (1).

Ce même Jour une ooIchum d'infanterie» artillerie et cavalerie, fit son entrée datts Miraade, r^estsiUa les autorités et opéra bon nombre d'arrestalieas.

Beaucoup de citoyens prirent la fuite ; quelqueMms rôdèrent Mcore, les armes à la main, autour Ae ia ville. Des coups de feu furent tirés eouvent aw les patrouilles pendant les premières nuits ; mais les QokMuias mobfies en désarmant le pays et en opérant ées iuU&irs d^arrestatioBe, m tardèrent pas kf rétablir i'<Mrdre saatérieL

Ji'arrondissèmttit de €ondom avait eu a«ssi son insurrection que nous allons raconter ra|Âdement.

La nouvelle des événements de Paris y avait excité une fermentation qui se traduisit pendant deu^c jours* le mercredi et le jeudi» par des promenodes tumultueuses, des chants révolutionnaires.

La Soae^Préfecture n'avait pas, en ee nu^ment, de titulaire, et l'intérim en était fait par M» de Campaigno. Le maire avait convoqué le Conseil municipal qui se déclara en permanence. La minorité de ee Conseil

(i) Voir les récits donnés par VOphiion du Gers et U MèmoHal des Pytipiiécs,

tenait pow le « pftvti ëe Tordre^ » On eoi>vo(iW, ^ la Hairie, les gardes mUornux âe cette opimw. |1 w vint «ne vi0gtuiie«

Peadant ce tempe, toe démoeratee preoeieM la réeoiQtioQ de «'emparer de Tautorité. Uae oola&ae 4e cinq à six eettts hommee armée ee forma, mu$ la direetîM de liM . Lamarque et DauUûdme, avocats^ Delair, professeur, ete. Gee meesieuta firent sommer le Goasefl mumeipal de eédet la i^aoe, garnAtîsaaa^» de reste» le respect des persûanes et des propriétés^ te Goi^seil se retira. A neuf heures et demie, les républieains d^bonehèreat eft bon ordre suf la place de b^ Mairie^ et S'emparèreat de l'Hôte)-de-YiUe« U« prooôs-varb^ eoBstataat, en vertu de Tartiole 68 de la Constitution, la déchéanee des autorités» liit rédigé et signé de vingt-einq noms. Un citoyen fut détlégué peur prendre possession de la Sous-Préfecture, ce qu'il fit ss«b résistance. Pendant la nuit» des groupes armés se présentèrent au domicile du procureur de la l^épublique et de son substitut» avec mission de les arrêter. Ces deux magistrats, prévenus à lemps, a-éÉaiant mis «i lieu de sûreté.

La journée du lendemain se passa sans désordre. Aucun excès ne fut commis. Sur le soir^ les insurgés^ apprenant les événements de Paris ultérieurs au i décMibre ainsi que ceux de la veiUe à Aueli, réso-* lurent de cesser leur essai de résistance. Un nouveau procès-verbal eonstatani le Mt Ait rédigé, et tout rentra dans le calme.

Le département avait été mis en étal de siège par décret du 8 décembre* Peu après, le génâsal fiupleix

était mis en disponibilité et remplacé par le général de Géraudon. Un arrêté ordoima le désarmement général du pays : un très-grand nombre de mandats d*arrét furent lancés contre les citoyens soupçonnés de participation aux troubles. Des colonnes mobiles parcoururent tous les points qui avaient pris part à rinsurrection. Gomme partout des ordres impitoyables étaient donnés aux chefs de colonne mobile. A Marciac, Tancien maire Soumabielle, essayant de fuir par le toit de sa maison, fut abattu d'un coup de fusil. Il survécut à sa blessure et fut déporté (1).

L'arrêté sur les recileuir$t publié comme dans les autres départements en ét^ de siège, produisit peu d'effet, si nous en croyons l'article suivant du Màna^ rial des Pyrénées, que nous reproduisons textuellement» et que nous recommandons aux réflexions de nos lecteurs.

€ Les principaux chefs de Tinsarrection sont en faite ; mais on les arrêtera tAt ou tard. Une chose digne de remarque, cTest qu'on n^a pas entendu dire que, malgré l'intimidation qu'exerce sor la population la présence de la force armée, aucun des ftjyards ait été livré. Cette circonstance dénote un fonâdeperveniié chez les habitants des campagnes. On ne peut insinuer qu'il y ait là lien de parti, ardeur politique, c'est plutôt le fanatitmê du piUage H de la rapine qvi domine tout ces court abrutis (^). La religion seule qui exerce un empire souverain sur les mœurs, pourra relever l'humanité de cet état de dégra- "dation ; mais que de temps ne lui faudra-t-il pas encore! (3) « Signée pour copie : Patrick O'Qvik. »

(i) Mémorial des Pyrénées du 21 décembre 1851.

(2) Le souligné est de nous.

(3) Mémorial des Pyrénées du 31 décembre 1851.

L'ordre se rétablit promptement dans le département du Gers.

Le vote du 20 décembre s*opéra dans le calme, et le résultat en fut on ne peut plus favorable aux décrets présidentiels. Les chiffres furent environ soixante mille oui contre six mille non.

Il faut dire aussi que le nombre des citoyens arrêtés dépassa deux mille, selon les plus faibles estimations. Le chiffre des républicains déportés, exilés ou internés fut énorme. On ne peut le préciser, les commissions mixtes ayant rendu leurs décisions sans publicité, dans Tombre. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que certaines communesfurent comme dépeuplées, et que la persécution frappa indistinctement bourgeois et ouvriers, citadins et paysans.

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