‹ Paris en décembre, 1851Chapitre 33 sur 44 · LE PEUPLE · texte numérisé non relu

LE PEUPLE

Un certain ThéoUier, qui s'était installé k la Mairie» prit sur lui de publier deux autres proclamations qui> si elles prouvent que leur auteur n'était pas fort lettré, n'indiquent pas, du moins, de mauvais sentiments.

Mous les empruntons également aux pièces du procès reproduites par la Gazette des Tribunaux.

€ Citoyens,

« Le peuple, victorieux aujourd'hui après la lutte, est obligé de veiller activement à la défense de Tordre, de la famiUe et de la propriété.*

« A cet effet, beaucoup d'ouvriers ont dû quitter leurs ateliers, Jours épouses et leurs enfants pour prouver que la Révolution ne veut pas le pillage ni la ruine de la Mère-Patrie 1 1 1

« Aujourd'hui beaucoup de ces ouvriers soufifreut, et le seul remède à leurs souffrances, c'est du pain! 1 1

« U est donc nécessaire que les boulangers de Bédarieux qui ont les farines convenables, cuisent immédiatement et fasse porter à la Mairie tout le pain qu*il8 auront cuit.

« LE PEUPLE SOUVEBAIN.

« Vive la République! »

Voici la deuxième proclamation :

« Citoyens,

« Dans les révolutions, les uns viennent pour le bien, d'autres pour le mal \ tous les honnêtes gens qui verront commettre ]e vol et l'attentat à la pudeur smt priés de punir de mort les coupables.

« LE PEUPLE SOUVEBAIN. »

Le résultat cherché par ces proclamations fut atteint. Depuis le vendredi matin jusqu'au mercredi suivant, Bédarieux, sous la garde du peuplé armé, n'eut aucune espèce d'excès à déplorer. Ce fait remarquable et qui prouve les sentiments honnêtes de l'immense majorité de la population ouvrière de cette ville, démontre combien est petit le nombre de ceux sur lesquels doit peser la responsabilité des actes de vengeance et de représailles, commis dans la nuit du 4 au 5.

Le gendarme Flacon était, si Ton s'en souvient» resté caché chez les Mical. Un citoyen de Bédarieux, M. Mouton, l'apprit et en informa Bonnal en l'engageant à sauver le gendarme. Bonnal s'empressa d'envoyer avec H. Mouton un chef d'insurgés, nommé Pradal, dit Jean-de-Rose, et un peloton d'homme

arpiés. Flacon sortit | Pradal loi dpnqapt un bras, M. Mouton l'autre, et il s^rriva s^ms egpombrp k h Mairie (1),

On enterra ce jour-là les victimes. Gabrol el Eugène Combes furent ensevelis au milieu d'un immense concours de population. On y remarquait presque tous les fabricants.

Les gendarmes» au contraire, furent enterrés presque furtivement.

Le 6, les ouvriers se réunirent pour discy^er quelques questiop^ de salaire.. Il ^pt bon 4^ opnst^tjsr que ces hommes, qpi se crpy^ient vainqueurs, ne sa montrèrent pas bien exigeants dans leurs prétentions. Les tanneurs voulaient gagner dix ou onze franes par semaine, les autres à proportion.

Enfîp, le 10 décembre, le généra) fiostol^fi ^t sqa entrée & Bédarieux avec une imposante colonie d'infanterie, cavalerie, artillerie.

La majeure partie des ouvrier^ avaient (quitté la ville et avaient cherché un refuge dans les forêts qui couvrent ]es soipmels des Cévepijes.

Le département de TH^rault avait été mis en état de siège, par décret du 8 décembre : il y fut appliqué dans toute sa rigueur. Le nombre des arrestations fut supérieur à trois mille. Les colonnes mobiles battirent le pays sans relâche. L'ordre de tuer quippnque essaierait de fuir fut souvent appliqué. IJn détachement 4u 35** de ligne fouillait, le 17, les carrières de Roujan; ûa républicain, nommé Jule;s Cayrol, y fut tué en cher-

(1) DéppûUpn 4^ ^' ^i^a^Q-

chant à échapper à la troupe (1). Le ^2 in R)éfP^ l^ois une colpnne mobile arriva, sur le soir^ ^ Sprviftn, e| cerna la maison d'un propriétaire coxir^vL pqur gps opinions républicaines, 1^. Gambon. Il sauta 4'un^ f@Qêtrp pour fuir vers le jardin. Il iom\)B, mqr( SQ)|^ )p§ coups de fusil (2). A Saint-Thibéry, près de pç^éçaç^ pj) détachement, commandé pafle lieutefiftq) S^rdftn, surprit quelques fugitifs cachés dans upp ferf^p, II3 à'cnftiirent eh chenjise et traversèrent la v\nère THér rault p^r un froid glacial, sous unç grêle de ^^Iles (3).

Plusieurs aussi tombèrent dan^ des riepcon^r^s ignorées au pliUeu des Gévannes.

Le général Rostolan le disait, le 28 décembre, dans ui^e proclamation adressée aux ouvriers dp Bédiarieu^ }

< Bn prolongeant iMir fuite, vos aneieas compagnoiis aggra* y/sat eacore leur pos^ip^; d^ijà quelq^eeru^^ opt M friippé? 4^ iport pour avoir désobéi ^mx aomn»atioQ3 qui l^ujp étetiept faites de se rendre »

Noua ne nous étendrons pas davantage aur les violences de la répression* Il noua auffira de dire que le département de THérault eut le privilège de fournir le plus fort contingent à la déportatiop. L9 chiffre 6xact est inconnu, mais à coup sûr if dépasse dauiL mille proserits.

Nous terminerons c% chapitre en mentiofinaat les mMvements de résistanee qui se produtsirent dans le département du 6ar4-

(1) J^ifrmU4e$ JEMUls d«i ^6 déeettè^

(3) Momtfiur, e^tnit du /qumal de Peséna$,

Ces mouvements, qui paraissaient sérieux à leur début, s'apaisèrent cependant sans effusion de sang.

N'ayant pu nous procurer des renseignements particuliers sur les événements du Gard, nous nous bornons à résumer les relations fournies par les journaux du temps.

Les sociétés secrètes de Nîmes essayèrent un mouvement sur la ville même. On sait que dans ce pays, les questions religieuses se sont presque toujours mêlées aux questions politiques. De même que le parti légitimiste avait presque tous ses adhérents dans les populations catholiques, de même le parti démocratique recrutait la majorité des siens parmi les protestants. L'insurrection éclata donc, surtout dans les localités où dominaient ces derniers. Le 4, le mouvement insurrectionnel commença à Yauvert, Godognan, Langlade, etc., dans la Yaunage, à Boucoiran, Ners, Parignargues, Fons, etc., dans la Gardonnenque. Toutes ces communes fournirent des contingents qui marchèrent sur Nîmes dans la nuit du 4 au 5.

Quelques groupes se montrèrent en même temps sur divers points de la ville. Mais Tautorité avait pris ses mesures. Le 25^ de ligne et la majeure partie de la garde nationale étaient sous les armes occupant tous les points stratégiques. Deux escadrons de hussards partis de Lunel arrivaient pour prendre les- insurgés à dos. Des reconnaissances poussées aux environs de la ville constatèrent la présence des insurgés à peu de distance. Cependant ceux-ci, informés des préparatifs sérieux de défense qui venaient d'être faits, se

replièrent et regagnèrent leurs communes sans combat.

Le lendemain au soir, une tentative d'attaque sur la ville d'Uzès se termina d'une façon analogue.

M. de Dampmartin, maire d'Uzès, averti de la marche des insurgés, organisa la défense, de concert avec MM. Orilhaud, sous-préfet, Laurens, procureur de la République, de la Bruguière, colonel de la garde nationale, et le major Espitalier, commandant le bataillon de dépôt du 8® léger. Une bonne partie de la garde nationale se réunit à la Mairie et la garnison se tint prête à marcher.

Les bandes insurgées venues de deux points principaux du canton de Saint- Ghaptes, Lussan et Saint- Laurani-la-Varnède, avaient fait leur jonction à Larnac, à une lieue d'Uzès.

Apprenant par leurs émissaires les dispositions de défense de Tautorité, elles se retirèrent et ne tardèrent pas k se disperser.

Un mouvement très-considérable éclata également dans l'arrondissement d'Alais. Saint-Jean-du-Gard, Gaujac, Boisset, Miolet, Ribaute, Ânduze, Lédignan, Bagard et d'autres communes, se mirent en insurrection. A Quissac, près du Vigan, la gendarmerie fut désarmée. Quelques mouvements de troupes suffirent au rétablissement de l'ordre.

Aucun excès ne signala cette grande Jacquerie du département du Gard. Le château d'Alayrac, près de Saint-Jean-du-Gard, avait été pillé, racontèrent tous les journaux. Le propriétaire écrivit au Courrier du

Gard pour dife qu'il n'avait pas méine vu les iosurgés (1).

Le dôpurtémenl fui mis en étM de diége pkt décret du 8 décembre; il eut à sou&ir comme les autres de cette situation; il fournit aussi un contingent notable à la proscription.

(i) Courrier du Gard du 14 décembre.

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