CHAPITRE VI
DÉPÀÎlTEiiBartS DU MIDI
ifÂRSBILLB ET LB ^AB
ÉUi des pilrtià en ProTéillîë. >— Importance politique de Marseille. — li» jc^vrnAe du 4 4 MarêeiUë. ^ Lé Vàr. — Itlsnihreeiion de Cuèrs.
— Meurtre du brifadiep Lambert. — Rèprtesion de ce mouTement.
— Le Luc, la Garde-Freynet et Vidauban. — L'inaurrection au Luc.
— Arrestations atbitirairés. — Là ville de èrignoies. — Inaurrection.
— Le cheMieu.-^ OiiHeUto «iène.— Le Cdmité dit'ectoûf. ^ Marche des insurgés. — La déeeae dé k Liberté. ^ Le génériii Camille Duteil. — Incident à Draguignan. — Lee insurgés k Lorgues. —
— Les légitihiistës de Lorgues. — Scène de la Mairie. — Départ de l'armée démocratique. — Les otages. — Arrivée & Salêrnéé. •— Marche du préfet PasteureaUi — - OccBt>&tioii de Bdgnolee pat le colonel de Sercey. — Découragement des insurgés, — Marche sur Aups. — Position des insui'gôs. — Marche des troupes. — kenconlr© de Toiinohr. — La ttaii dû 9 au iO à Aups. — Plah de Mraite.— Surprise des insurgés. — Affrenëe déroute. '— Lee otageé d^liTrés. ••— M. Andéol de Laval. — Combat à la chapelle d*Aups. — Fuite de Camille Duteil. — L*estafette Martin. — Son exécution. — Qiraud (Ut l'Bspéranôé. — Étrange ftvtdnture. — La quadruplé exécution de Lorgues. — Conclusion.
Nous allons aborder le récit des graves événements qui eurent pour théâtre les départements provençaux.
Gomme à Béziers, & Montpellier, h Ntmes, nous
trouvons ici une population ardente, mobile et prompte
à tous les extrêmes. Singulièrement soumise h Tin-
fluence cléricale, la Provence avait été, jusqu'eil 1830,
'une des terres Classiques du royalisme et de l'ortho-
doxîe catholique. C'est dans la période parlementaire de 1830 à 1848, que se fit, dans les villes et les bourgs de la Provence, ce travail intellectuel, sourd, inappréciable, inconscient, mais profond, qui allait déterminer un si prodigieux revirement d'opinion.
1848 arriva, et, presque subitement, les trois quarts du peuple et de la petite bourgeoisie se jetèrent dans le parti démocratique, avec toute la fougue et toute l'ardeur méridionales.
lik, non plus, on ne connut guère' que deux partis : révolutionnaires et légitimistes. Ces derniers, répandus un peu partout, dominant dans quelques villes, envahirent, à la faveur de la réaction cléricale de 1849 et 1850, toutes les positions oflBcielles. La défense de l'ordre et de la société ne furent pour eux que le prétexte d'une lutte h outrance contre leur ennemi tradîtionneL
La lutte, entre les deux partis, prit un caractère d'exaltation et d'acharnement extrêmes.
Dans le Var et le Vaucluse, surtout, l'exaltation était grave. Dans les Bouches-du-Rhône, l'exaltation était un peu moindre; dans les Basses-Alpes, Timmense majorité acquise au parti révolutionnaire rendait la lutte moins acharnée.
La Société des Montagnards couvrait ces quatre départements de ses ramifications. Les affiliés en étaient innombrables.
Marseille était la vraie capitale de cette partie du
Midi.
Le parti révolutionnaire, surtout, en recevait Tîmpulsion et la direction. Dans le plan des sociétés
secrètes pour la lutte éventuelle de 1852, Marseille devait être la base et le point d'appui de la levée en masse du Midi. Sa population, ses richesses, ses ressources de tout genre, sa belle position stratégique, en faisaient un centre admirablement choisi. Marseille insurgée, les autorités des départements voisins, privées de secours, eussent été impuissantes à se défendre contre un soulèvement dont l'influence de Marseille eût décuplé 1 énergie. L'insurrection républicaine aurait vu accourir des masses de paysans du Var, des Basses- Alpes, de Vaucluse; se joignant par les ponts du Rhône aux insurgés du Gard et de TArdèche, et ayant en tète les rudes montagnards de la Drôme, ils auraient formé un formidable soulèvement (I).
Par contre, Maii^seille restant au pouvoir de l'autorité, les insurrections des départements voisins, n'ayant ni base, ni direction, ni centre, ni lien, devaient promptement succomber. C'est ce qui arriva en décembre.
Marseille était donc le vrai champ de bataille, le seul qui valût la peine d'être disputé. Le pouvoir le comprit et se prépara à le défendre à outrance. Le parti démocratique, ou ne comprit pas, ou ne put pas.
Les incidents de Bordeaux se reproduisirent presque exactement.
Dans aucune autre des grandes villessde France, la nouvelle des décrets présidentiels n'exdta un trouble
(1) C'est ce que ùiiBait remarquer trëfhjustement le colonel de Sercej dans sa déposition devant le Conseil de guerre, an procès d*Aillaud (de Voli).
aussi profond qu'à Marseille. La population ouvrière abandonna ses travaux, et, dès le 3 au soir, sur uirç foule de points, se formaient ces rassemblements sombres et menaçants, qui sont le prélude ordinaire de Tinsurrection. Ce peuple ne semblait attendre poyr commencer les barricades que le sigpal et l'exeipple de ceux qu'il était habitué à considérer comme s^s chefs.
Pendant que les ouvriers exhalaient leur irritation en cris et chants inutiles, tous les hommes influents dii parti démocratique délibéraient. D'après ce qu'on a pu savoir de ces réunions, quelques-uns voulaient Tact tion immédiate, mais la grande majorité était d'avis d'attendre la marche des événements à Paris. Oo décida que Ton attendrait.
On sait ce qui arrive à ceux qui attendent en temps de révolution. Lorsqu'ils appellent après avoir attendu, on leur répond le mot fatidique : Il est trop tard.
Nous dirons toutefois que le secret de l'inaction du parti républicain à Marseille, nous est encore inconnu. N'ayant eu les confidences d'aucun des citoyens infiuents alors daps cette ville, nous ne voyons que la surface des choses. Quoi qu'il en soit, il est ceruin qu'en présence de l'attitude du peuple d'une part, et la faiblesse de la garnison de l'autre^» cett^ inaction nous semble injustifiable.
Cependant, la journée du 4 fut une journée difficile pour l'autorité. Le général Qecquet avait déployé le peu de troupes qu'il avait h sa disposition. Des pièces de canon étaient braquées sur le cours Saint-Louis et des détachements d'infanterie occupaient les points
Stratégiques. Des masses menaçantes d*hommes du peuple se montrèrent, rue Saint-Ferréol, sur la Gannebière, aux abords de la Préfecture. La foule chantait la Marseillaise et criait : Vive la fiépublique! On pouvait se croire au débtjt 4*une insurreqtion foripidable (1).
L'abstention des chefe du parti démocratique;, çontbinée avec les mesures de l'autorité, arrêtèrent, semblet-il, le mouvement prêt à éclater.
De nombreuses arrestations furent opérées dans la nuit du 4 au 5, et bon nombre de démocrates allèr^^t méditer, sous les verrous, sur h sagesse de Texpear tative dans les moments de crise.
Un journalisme, du parti le plus avancé, s'enfuit daqs le Var, où nous le retrouverons.
Les journées du 5 et du 6 furent moins agitéçi^i et le 7, après la nouvelle de la victoire définitive d|i Président dans la capitale, Vautorité put détaphpr des forces contre le Var et les Basses-Alpes. Pquj* MarpçiUe tout était fini.
Bien que rendues impuissantes parla trapquilUté de Marseille, les insurrections de ce^ départe^ients présentaient des incidents curieux et dr^n^atiques que nous allons raconter. ^
(iCs sociétés secrètes couvraient le départeipent du Var. Organisées de longue dat^, elles avaient ey le temps d'enrôler la majeure partie des habitants de^ campagnes. Le parti démocratique }e plus ^v^pcédom^-r nait, à peu près sans conteste, daqs les trois arropdisse-
(1) Voir tous les jounutoz de M«r»eUl# sur cette joutnèe in ^
mentsde Tou'on, de Brignoleset deDraguignan ; très* puissant aussi dans celui de Grasse, il n'y avait pas, cependant, une supériorité aussi marquée. Tout se préparait pour la lutte attendue de 1852.
La grande ville de Toulon, malgré les opinions démocratiques de sa population, ne pouvait inspirer des craintes bien sérieuses,en présence des forces militaires considérables qui y tiennent toujours garnison. Cependant, Tagitation y fut vfve; des rassemblements se formèrent; il fallut que la troupe chargeât ses armes en présence du peuple et fit les sommations d'usage pour dissiper les groupes.
Nous allons décrire rapidement les mouvements qui se produisirent aux environs de Toulon, avant de passer à ce que Ton pourrait appeler la grande insurrection vlu Var.
Nous avons trouvé de nombreux renseignements dans un livre intitulé : Insurrection de décembre 1851 dans le Var, publié à Draguignan en 1863. L'auteur est un légitimiste-clérical exalté, M. H. Maquan, ex-rédacteur de VVnian du Var. Ce livre, qui ne se ressent que trop des haines et des préjugés de l'auteur, n'en est pas moins un document précieux. Nous y renverrons souvent nos lecteurs.
La ville d'Hyères s'insurgea ^le 6. Un vaisseau de guerre croisait sur le littoral pour maintenir les localités de la côte. Il débarqua & Hyëres une compagnie d'infanterie de marine qui rétablit Tordre sans difficulté. La croisière de ce navire produisit un effet considérable, et prévint l'insurrection imminente de \)on nombre de communes fort agitées.
La petite ville de Guers, chef-lieu de canton, située à quelques lieues de Toulon, comptait parmi les plus démocratiques du Var. L'insurrection y éclata le 4, avec une extrême violence. Le maire Barralier, soutenu par les gendarmes, vou' xi défendre l'entrée de la Mairie. Assaillis par la foule, ils furent terrassés et traînés en prison. Le brigadier Lambert, qui avait lutté pour défendre la Mairie, fut entouré par une bande furieuse. Dans le trajet vers la prison, un jeune homme le tua d'un coup de fusil. Le meurtrier, dit M. Maquan, appartenait à uae famille jusque-là irréprochable. A ce fait, le même auteur ajoute le récit de scènes d'horreur qui auraient accompagné le meurtre. Une populace en délire aurait fracassé la tête du brigadier, et dansé autour de son corps une ignoble farandole. Elle se serait ensuite ruée sur diverses maisons et les aurait livrées au pillage.
La haine de M. Maquan pour ses adversaires politiques, haine qui se traduit dans son livre par des plaisanteries impies et des insultes odieuses, adressées à des milliers de ses compatriotes, en proie aux douleurs de la déportation et deTexil, cette haine, disons-nous, fait de M. Maquan un narrateur suspect. Mais il existe encore une autre raison pour mettre en doute ses allégations. Le meurtrier seul de Lambert a été traduit en Conseil de guerre, et si Ton se souvient de Varrêté dtji cité, renvoyant devant les Conseils de guerre les accusés de crimes ou délits de droit commun commis pendant Tinsurrection, on verra que c'est là une preuve que ce fait fut le seul de cette nature. Il est à regretter que le procès du meurtrier de Lambert
D*ait été reproduit par aucun journal judiciaire. Le doute qui peut subsister encore sur les événetnents de Guers se serait dissipé, et il est probable que le récit de là farandole de Guers se serait trouvé aussi véri* dique que celui de la ronde dansée k Clamecy autour du corps de fiidan.
Les registres et les bureaux des agents des contributions indirectes furent dévastés, entassés dans la rue et brûlés ainsi qu'une partie des effets de la caserne de gendarmerie.
Cependant, le gendarme Cauvin^ échappé des mains des insurgés, était arrivé à Toulon, et avait prévenu l^autorité de ce qui se passait.
Le nouveau préfet du Var, M. Pastoureau, arrivé le jour même, pour prendre possession de son poste, voulut marcher immédiatement sur Guers, L'autorité militaire mit à sa disposition un bataillon du 50^ de ligne, commandé par le colonel îrauers. L'expédition partit à Tetitrée die la nuit. La ville insurgée fut complètement surprise, tlne sentinelle fut enlevée et fusillée de sang-froid, rHôteUde-Ville entouré et la Gommission municipale arrêtée en séance. Quelques coups de feu furent échangés dahs les rues et un grand nombre d'arrestations opérées.
Le lendemain tout était fini. Cet incident resta sansi lien avec les événements du reste du département. Le seul résultat de cette prompte répression fut d'intimider les communes des montagnes voisines, Gollobrières, Pierrefeu, etc., qui commençaient & s'agiter»
A l'endroit où se croisent la grande reute de Marseille à Nice et celle de Draguignan à Toulon, se
trouve la petite ville du Lue. Elle avait embrassé avec une ardeur extrême le parti démocratique. Les légitimifites n'y comptaient que quelques individualités* Sa position centrale avait fait choisir le Luc pour des réunions électorales, des sortes de congrès du parti démocratique, qui lui avaient donné une importance et une animation inaccoutumées.
La Garde-Freynet, gros bourg, situé dans les monts des Maures, non loin de la mer« était dans da semblables dispositions. Centre de Texploitation des forêts de chénes^liéges, la Garde-Freynet renfermait une nombreuse population ouvrière. Un maire^ combattant de Février, réoemment condamné pour cause politique, y avait été Tardent propagateur des idées républicaines*
Yidauban, autre bourg, sur la route de Touloû à Draguignan, plus rapproché que le Luo de ce cheflieu, rivalisait d'ardeur républicaine aveo les deux autres communes.
Dès le 3, l'agitation fut extrême dans ces localités. On n*y attendit aucun avis du Comité direoteur de Draguignan, et l'insurrection y éclata presque eimultanémentk
Au Lue, on discuta toute la nuit sur l'opportunité d'une prise d'armes^ L'ardeur de la populationf qu'il devenait impossible de retenir, entraîna les plus modérés. Une Commission révolutionnaire fut nommée; elle s'installa k la Mairie et se déelara» au nom de la loi, en état de résistance contre le Président de la République. Curieux détail à noter : la Commission dressa procès-verbal de son installation et de sa réso-
lution^ et en fit faire une copie qui fut adressée h M. de Romand, préfet du Yar, dans la forme ordinaire des communications officielles (1).
Des émissaires partirent de toutes parts pour hâter l'insurrection.
Elle avait éclaté à la Garde-Freynet et k Yidauban dans cette même journée du 4. Le jeudi et le vendredi, une foule de villages se levèrent en masse. Mayons, le Ganet, Pignans, Gonfaron, Flassans, etc., envoyèrent au Luc tous leurs hommes valides.
Ces populations provençales, si vives, si théâtrales, . préludaient à la guerre civile avec une étrange gatté.
« Des femmes excitent leurs maris et leurs pères, dit M. Maquan ; il en est, parmi elles, qui se parent comme pour un jour de fête. Leur jeunesse ne semble trouver des sourires que pour réveiller les plus odieuses passions. »
Le désordre était grand. Chacun commandait; ce mouvement, par sa spontanéité même, semblait défier toute direction.
La gendarmerie fut désarmée le 5 au matin, et les gendarmes conduits en prison. Le maire, Gilly, et le directeur de la poste, Amalric, furent arrêtés peu après. La plupart des fonctionnaires ne tardèrent pas à partager leur captivité, le percepteur Gaors, le receveur de l'enregistrement Porre, etc.
A ces arrestations plus ou moins justifiables, s'en ajoutèrent d'autres que Ton ne saurait s'empêcher de blâmer. Plusieurs particuliers, légitimistes pour la
(1) Maquan. — Inswrrection du Var, page 79.
plupart, le vieux comte de Golbert, son neveu et ses domestiques, MM. Einesy, médecin, Blanc, huissier, Giraud, Martel, Désiré, propriétaires, etc., furent saisis et emprisonnés.
C'était mal préluder à la défense légale de la Constitution que de se livrer h des arrestations arbitraires, d'autant plus inexcusables que !es citoyens incarcérés n'avaient fait aucun acte formel d'adhésion au Coup d'État.
De semblables excès se produisirent à la Garde- Freynet.
Une émeute récente y avait fait détacher une brigade de gendarmerie supplémentaire. Onze gendarmes y furent arrêtés le 4 au soir. Le lendemain, MM. Courchet (Charles), ancien juge de paix, Courchet (Désiré), directeur de la poste, et son fils, Tournel, percepteur, Guillabert, négociant, Dubois, îd., Pahnescorce, Voiron, propriétaires-, le garde champêtre, le facteur, étaient également arrêtés et emprisonnés.
Les paysans de Mayons avaient arrêté leur curé.
Ceux de Yidauban se bornèrent à désarmer la gendarmerie.
Le 4, le 5 et le 6, tous les courriers furent interceptés, les dépêches saisies et ouvertes. Les diligences ne purent continuer leur marche, qu'en se munissant de laissez-passer de la Commission révolutionnah*e. Il arriva, à la poste de Marseille, des feuilles régulières du bureau du Luc, signées Boucher, gérant provisoire, au nom du peuple souverain.
Ajoutons que les arrestations racontées plus haut furent les seuls excès qu'on eût à reprocher aux insur-
gés. Aucun meurtre» ni aucun toI ne souiMèrent cette Jacquerie.
ËrignoUes, chef-lieu d'arroQdi88ement« renfermait une population moine prononcée que oelle dent nous venons de parler» mais en majorité républicaine. Les hommes influents du parti démocratique de œtte ville n'avaient voulu, dii-on« avoir aucun rapport avec les sociétés secrètes, et ne paraissaient pas disposés à prendre l'initiative d'une résistance armée*
Le 3, on avait décidé que le parti prendrait une attitude expectante et attendrait Texemple de Marseille. La soirée et la journée du jeudi avaient été assez calmes, lorsqu'arriva, de Marseille» le journaliste dont nous avons dit un mot.
C'était un rédacteur du Peuplés jouissant d*une oertaine popularité. Il s'appelait Camille Duteih
Une nouvelle réunion démocratique, présidée par lui, eut lieu dans la nuit du 4 au 6, au café du Cours. Il proposa avec chaleur llnsurreetion immédiate^ Un démocrate brignolais très-distingué, M. Constant, combattit vivement sa proposition. Duteil entraîna la majorité, et la prise d'armes fut résolue. Il est à noter, qu'aussitôt la résolution prise par la majorité de ses amis, M. Constant n'hésita pas ti soutenir le mouvement aussi énergiquement que possible.
A sept heures du matin» un i*assemblement de sept h huit cents hommes se forma sur le coûts et se rendit à ia Mairie, au chant de laMixreeilMse. Les gardée natiénaux réactionnaires, auxquels divers journaux ont fait rhonneur d'attribuer la répression du iaouvement» ne brillèrent que par leur absence. Les insurgés nommë-
rent une Commission municipale composée dé républicains modérés. La commission déclara rarrôhdissôtnent de Brignoles en état de résistance, et ne prit, du reste, aucune mesure importante. Elle se borna, jusqu'au 8, à maintenir l'ordre qui ne fut troublé par aucufi excès.
Presque tout Tarrôndissement imita l'éitemple du cbef-lieu. Besses et Saint-2acliàriè s'âriûètent le 6. Saint-Maximin fut efivahi par |)lus de cinq cents bomtnes armés, venus des communes de Brue, Sèillon, OUîères; le maire Honorât fut obligé de se démettre de ses fonctionsi Tourvès et Barjols s'insurgèrent aussi. Une colonne venue de Barjols occupa Cotignac, ][)ètite ville, où le parti légitimiste, très-nombreux, dt quelques timides essais de résistance. Une foule de villages prirent part au mouvement.
Ce soulèvement de l'arrondissement de Ërîgûoles aurait pu devenir grave. Un chef intelligent qui aurait réuni les quatre ou cinq mille hommes armés qui S*étaient levés, eût pu, en descendant sur Aubagne, par les gorgés de Saint-Zacharie, menacer Marseille et retenir, dans les Bouches-du-Rhône, les ti'oUpes qui furent détachées contre les départements vblâins. Il ne parait pas que la Commission brigiiolaiàe y ait songé. Quant à Camille Duteil, qui devait prendre le titre pompeux de générai, il ne possédait que peu d'autorité à Brignoles, et, en eût-il eu davantage, il est très-douteux qu'il eût su en user.
Pendant ces deux jours, il s'était passé, au chef-lieu du département, des événements qui devaient avoir une influence grave sur le mouvement;
Dès le 3, un ancien représentant à la Constituante,
^rès-influent dans le pays, se présenUit au parquet et demandait le procureur de la république. Ce magistrat était absent et remplacé par le substitut, M. Niepce. Le représentant, pile d'émotion, lui dit d'une voix émue : 1
« Vous savez, Monsieur, ce qui se passe ; la Constitution est violée... Je viens savoir si le parquet a donné des ordres pour que M. le préfet soit arrêté surle-champ, comme complice du crime de haute trahison, en faisant afficher les proclamations du Président. »
La réponse du substitut dissipa les illusions du trop confiant constituant qui sortit après quelques instants de conversation (1).
La journée du jeudi fut orageuse. L'agitation était devenue de plus en plus vive. La troupe menaça de faire feu, et la gendarmerie chargea au galop pour dissiper les groupes formés sur l'esplanade de la Préfecture.
M. de Romand venait de recevoir la dépêche du Luc, lui signifiant ofiiciellement la résistance de cette ville au Coup d*État. Son irritation était extrême, et il pressa vivement le commandant de la garnison, Mougin, de marcher aussitôt sur Tinsolente commune. Le chef militaire s'y refusa. Il fit comprendre Timprudence qu'on commettrait, en laissant Draguignan dégarni se soulever en l'absQnce de la troupe, et mettre ainsi la colonne entre deux feux.
Il y avait k Draguignan un Comité directeur du parti
(1) Nous empruntons cette anecdote à M. Maquan. (Voir Insurrection du rar, page 73.)
démocratique, dont le chef était un jeune avocat, M. P. . . Il se montra très-opposé à l'insurrection. Il y eut à ce sujet de violentes discutions. P^psieurs de ceux qui n'auraient pas pris l'initiative du mouvement se croyaient obligés d'honneur de soutenir leurs amis déjà compromis. M. P... ne fut pas de cet avis. Il finit par se retirer en envoyant à l'arrondissement de Grasse et aux cantons nord du département l'avis de ne pas bouger (1).
Cette détermination influa beaucoup sur la marche de l'insurrection. Draguignan ne fut pas sérieusement menacé. L'arrondissement de Grasse ne fut troublé que par un appel aux armes du docteur Provençal, à Gagnes, sur la frontière sarde. Des cantons nord de Draguignan, celui de Fayence s'insurgea seul, malgré le mot d'ordre ; mais ce mouvement ne fut pas sérieux.
Le vendredi, un Comité, composé de chefs subalternes, essaya de remplacer celui que l'abstention de M. P... avait désorganisé. Il ne put y réussir , les hommes qui le composaient étant tout à fkit sans influence.
Ce jour-là, l'émeute devant la Préfecture fut encore plus violente que la veille. L^ foule prenait l'attitude la plus hostile; le clerc d'avoué Brunet(2) criait aux armes ! et la gendarmerie avait beaucoup de peine à disperser les groupes.
C'est en ce moment que la Société de Saint-Martin ,
(1) M. Maquaa raconte aussi ce fait. -— M. P... n'en foi pas moins exilé.
(2) M. Maqnan s'amnse fort de ce Brunet dans son livre. Il lui ^ fait une sorte de renommée héroïHX>mique.
composée 4o cl^ric^ip^ ^i, de légitimistes, ^'orgiuusa en gaFdQ n^Upnale e( ^la> r^qforcer le^ défeaiiaurs de la Préfeotuip^.
Cependant, ]es eolQPnes du I^uc et de la Garde- Freynet avaient décidé, après beaucoup d'bésitatiop et de teppi» perdu» qu'elles marcheraient sur Dragoignaq. Sllea firent leur jonction à Vidauban, au milieu d'un entbou^iafipe et aussi d*HP désprdre extraordinaires.
La colQnQa de la Garde*Freynet avait un aspect redoutable.. {Ille était formée d'ouvriers en Uége, de paysans, bùcheronsi charbonmers et chasseurs des forêts des Maures. Ces hommes ignorants, rudes, intrépides, indépendants, avaient embrassé les idées républicaipes sans trop les comprendre peut-^tre, mais avQc une ardeur exlrâme* Ils formaient le plus solide noyau de Tinsurreetion.
Avee eux marchait une autre colonne venue de Saint-Tropez, Grimaud, Gogolin, Qassin, etc. Elle était commandée par If. Gampdoras, chirurgien à bord du Pingouin^ de la marine de l'État. Le docteur Campdoras avait quitté son navire, recueilli yne quarantaine d'hommes h Saint-Trope? et enlevé les armea qui se trouvaient H la Mairie de Gassin. Lh, il avait été rejoint par trois ou quatre oents hommes venus de Grimaud et Gogolin. Cette colonne était conduite par le citoyen Ferrie? que les insurgés avaient nommé, la veille, maire de Grimaud. M"* Ferrier, belle jeune femme enthousiaste de la liberté, avait suivi son mari. Elle marchait en tête des insurgés portant le drapeau rouge, drapée dans un manteau bleu doublé d*écar-
— ao5 —
laie, la boDuet phrygien sur I^ tête. Lorsqu'elle entra, ainsi vêtue, k Yidaubap, pçtte foule proveaçi^le, amoureuse de tout ce qui est excentrique, pompeux ou tbéfttral, applaudit » outrance la pouvelle dresse delà liberté (J),
Ces rassemblements, qui montaient h près de trois mille bommes, passèrent à Vidauban 1^ nuit du 6 au 7. Cette foule bruyante, mais bien intentionnée, ne commit aucua excës«
Les chefs tinrent conseil et débattirent le projet d*attaque sur Draguignan. Il était un peu tard ppur cette détermination. Le colonel Trauers et ^ préfet Pastoureau quittaient Toulon, cette nuit même, avec quinze compagnies du 60* et trente cavaliers* )l3 pou^ valent arriver à Draguignan le 8, et, les insultés incapables d'enlever la Préfecture gardép par sept cents hommes de ligne et les gardes nationaux volontairesi auraient été pris entre deux feux et infji^UUblement écrasés. Llnsurreetion de l'arrondissement de GrassQ et celle des cantons nord faisant défaut, les républi^ Gains étaient forcés de renoncer à tout projet d'attaque sur le chef-lieu*
Il ne leur restait guère que deux partis raisoBnablen h prendre.
^ Le premier eût été de reveniv en masse au Lue, de s'y vetrancber, et, gr&ae h la force de la position, d'y attendre Tattaque. La colonne de troupes, marchant sans artillerie», n'aurait pu emporter un pareil poste
(1) Les époux Ferrier m sont réfugiés aux États-Unit, oCi M. Ferrier était naguère officier dans l'année fédérale*
pour peu qu'il eût été défendu courageusement, lin échec de la troupe aurait eu pour conséquence d'amener sur Draguignan bloqué toutes les populations insurgées du nord-ouest du département, et, en même temps, de doubler le nombre des insurgés par le soulèvement des alentours de Toulon.
Le deuxième pfarti était de quitter la route de Toulon à Draguignan et de se porter sur- le nord-ouest, vers Salernes, pour y rallier les insurgés de cette contrée et tous ceux de l'arrondissement de Brignoles. On pouvait ainsi, avec un peu de résolution, prolonger la lutte dans ce pays de montagnes et donner ia main aux démocrates des Basses-Âlpes , département qu'on savait en pleine insurrection.
Cette détermination avait cependant de graves inconvénients. Les républicains abandonnaient les cantons foyers de l'insurrection, dégageaient Draguignan, et, par un mouvement oblique qui ressemblait fort à une fuite devant la troupe, risquaient d'ébranler le moral de leurs bandes.
On discutait cette seconde résolution, qui paraissait la plus praticable, lorsqu'arriva de Brignoles, M. Camille Duteil. «
Il arrivait à franc étrier pour prendre le commandement de l'insurrection.
11 était assez connu dans le Var comme journaliste. En arrivant à Vidauban, il se donna comme envoyé par le Comité de Marseille, pour prendre le commandement en chef des forces insurgées.
— Il faut, dit-il, former une véritable armée démocratique.
Et il se proposa pour général.
Les premiers chefs de Tinsurrection crurent avoir trouvé un homme capable et résolu. Ils abdiciuërent leurs prétentions personnelles, et Camille Duteil fut proclamé général en chef de Tarmée démocratique du Var(l).
On raconte dans le pays que quelques heures aprës^ arriva près de Yidauban, une bande d'insurgés venant de Saint-Raphaël, près de Fréjus.
Elle était commandée par un homme de beaucoup
d'esprit, M. H ; On lui apprend que le citoyen
Camille Duteil vient d'être nommé général de l'insurrection.
— Camille Duteil, général! s'écrie M. H ; je
connais l'homme, mes amis; retournons chez nous, c*est tout ce qu'il nous reste à faire.
Et il fait faire demi^tour à sa bande, qui retourne à Saint-Raphaël.
M. H avait raison. Camille Duteil était bien
l'homme du monde le moins propre h diriger une levée en mas^e. Il n'avait rien de ce qui séduit les masses et leur impose l'obéissance. Caractère indécis, passant en un instant de la colère à l'abattement, il était aussi incapable de se faire aimer que de se faire craindre. Il affectait les allures les plus rudes et ne savait pas faire
(1) Dans ma première édition j'ai été par trop sévère pour ce pauvre Camille Duteil, qui n'était pas, m'a-tp-on assuré depuis, un homme sans mérite. J'avais peut-être trop facilement partagé l'impression de beaucoup de ses anciens compagnons de mallieu:r du département du Var« Je supprime donc quelques lignes à son égard, qui sont inutiles au récit.
respecter un de ses ordres. Son incapacité, comme chef militaire» était absolue» s*il faut en juger par le résultat.
Effrayé, ahuri» à la vue des masses tumultueuses qu'il allait avoir à diriger» il n*essaya métne pas de prendre sur elles l'ascendant que lui eussent pfomptement donné un peu de décision et d^énergie. tl suivit ses bandes et ne les dirigea pas. Les cheh qui l'avaient accepté l'eurent bientôt jugé. En moins de vingt-quatre beutes, Camille Buteil était usé.
Son premier acte fut de décider la marche sur Salemes. La détermination était d'autant plus fl&cheuse» que le nouveau général paraissait ainsi se soucier médiocrement d'une rencontre avec la troupe. '
C'est le 7» au matin» qu'il passa en revue son armée. Les insurgés» enchantés de se voir un chef qu'ils croyaient intelligent et capable» saluèrent le général par les plus bruyantes et les plus sincères acclamations. Ce fut avec une régularité toute nouvelle que la petite armée déboucha sur la route de Draguignan, franchit TArgens et arriva aux Arcs, le dimanche matin» à huit heures. Les prisonniers de Luc et de la Garde-Freynet étaient conduits à la suite de la colonne.
Dans cette même matinée» la Préfecture s'attendait k une attaque.
Tout le bataillon de ligne campait à l'intérieur j la Société de Saint-Martin était réunie en armes dans la salle du Conseil général. Un grand nombre de dames avaient cherché asile dans les salons du préfet.
Dans lé milieu de là ûHit du 6 au 7^ un» ftiussa alerte y avait causé le plus affreux tumulte.
-^ Le^ Voilà! les voilà! but al^meii! avait crié quelqu'un.
Les cris perçants des dames et rémotiou uh peu trop vive dé la Société de Saint-Martin^ causèrent un désarroi général, et il fut fort heureux, pour le parti de Tordre, que nul ennemi ne parût.
Les chefs militaires, avertis par cet incident, complétèrent leurs mesures de défense. t>es barricades furent construites par la troupe au débouché de toutes les rues aboutissant à la Préfecture. On ne laissa ouverte que la large avenue de trans» où la cavalerie pouvait se déployer.
La Préfecture elle-même fut transformée en une sorte de forteresse. La grille fut barricadée avec des madriers et des planches recouvertes de matelas. La terrasse et les fenêtres domihées pwc des maisons voisines furent aussi matelassées. Des munitions et des vivres furent entassées à l'intérieur^ de manière à soutenir un siège de quelques jours.
Le dimanche, dans la journée, on apprit, non sans une vive satisfaction, le mouvement oblique des insurgés et leur marche sur Salemes.
Pendant cette journée, le préfet et le colonel trauers étaient arrivés au Luc. Ils y avaient couché, et, après avoir laissé une compagnie sur ce point important, ils avaient repris leur marche vers Draguignan.
Une triste scène se passa dans cette ville, le lundi
matin. Nous en empruntons le récit à l'ouvrage de M. Maquan (1).
« Un gendarme avait arrêté, aux abords de la ville, dit un écrivain, an homme qui tenait un sabre caché sous sa blouse.
« C'est, ajoute M. Maquan, un vieillard, vêtu d'une méchante blouse bleue, aux traits ridés par le travail et r&ge, pâlis sous le hàle par un indicible efiroi. »
Le procureur de la République, Bigorie, l'interroge. Il avoue avoir reçu Tordre de partir pour Salemes. Le magistrat ordonne de le conduire en prison.
Sur le passage de ce vieillard, la foule se presse. Ce n'était pas une foule démagogique comme celle qui traînait le brigadier Lambert vers la prison de Cuers, c'était une foule honnête et modérée. £t cette foule pousse des cris de mort contre le vieillard. Le capitaine de gendarmerie survient. On s'empresse autour de lui :
— Il faut le fusiller ! il faut un exemple ! Fusillez-le ! s'écrie-t-on.
Le capitaine Hourlez ne trouve pas d'objection k faire. Cette fusillade sommaire lui parait chose toute naturelle. On s'empare du malheureux vieillard à demi-mort de frayeur; on le place au pied du vieux mur qui longe l'esplanade, et un peloton de gendarmes se dispose à le fusiller sur-le-champ.
Le substitut Niepce s'émeut à ce spectacle, et, songeant aux prisonniers qui sont entre les mains des insurgés, il s'élance vers le préfet, M. de Romand.
(i) Voir Inturreotian du Var, page OG.
~ Grâce, Monsieur le préfet, n'oublions pas les otages de l'insurrection !
— Merci pour votre bonne pensée, répond M. de Romand; et, se retournant vers le capitaine de gendarmerie, il ordonne de surseoir à l'exécution et de conduire le vieillard en prison.
Sans cette circonstance, le meurtre de ce malheureux s'accomplissait.
M. Maquannous apprend que, quelques jours après, ce pauvre homme fut mis en liberté, ayaut été reconnu "^ « entièrement innocent. »
Revenons à la colonne insurrectionnelle que nous avons laissée aux Arcs.
Elle séjourna quelques heures dans cette petite ville. Duteil alla. visiter les prisonniers de l'insurrection. 11 leur adressa quelques bonnes paroles, et exprima Tespoir de les mettre prochainement en liberté.
M. Truc, maire «des Arcs, et M. Régnier, maire de Taradeau, furent arrêtés, mais relâchés bientôt après.
La colonne se reforma bientôt, et, quittant décidément le chemin de Draguignan, s'achemina sur Salernes, en passant par Lôrgues.
Cette dernière ville était, peut-être, la moins démocratique de la Provence. C'est une localité de cinq à six mille âmes, riche et bien située. Elle renfermait, dès cette époque, maison de jésuites, maison de capucins, couvents de religieuses, confréries de pénitents de toutes couleurs, et nombreux clergé. Les débris de l'ancienne noblesse y étaient aussi assez nombreux,
riobefi eit influents. Lorgues^ en ISU* était, un âebantillon fort bien conservé de la petite viUe provençale de iat7.
Il va sans dire que nulle tentative de résistanee au Coup d'Ëtat ne s'était produite dans un pareil milieu. Tout au contraire, les légitimistes de LorgueSt que la ruine des républicains consolait de la déeeption de leurs espérances de restauration, étaient très-bien, disposés ^ soutenir Tautorité.
Ce jaur^li^, toute la population de liorgues jouissait, au sortir d'un sermon de Jubilé* prêché par les oapu-^ oins» d'une de ces belles journées d'hiver, cowma pn n'en voit qu'en Provence, et se pressait sur \fi Cours, lorsque des cris d'alarme retentirent,
Les insurgés commençaient k paraître^ débouchant par le chemin du Plan*
Aux premiers mouvements d'émotion et de frayeur, succédèrent quelques velléités d'organiser la résistance. Le maire convoque te Conseil, les légitimistes s'agitent) on sonne le tocsin, on bat la générale. Des hommes armés accourent de tous côtés et se réunis* sent à la Mairie.
Un détachement, commandé par M. E. de GoqtbaMd» se dirigea vers l'entrée de la ville. M. Maquan, xéà,^- Xqwû^T Union 4u Far, et futur chroniqueur de ces événements* était au nombre de ces gardes nationaux* La vue de la masse des insurgés, qui avançaient asse% rapidement* les intimida proiyptement^ et ils vinrent se ranger devant la Mairie.
Quelques ii^nutea après, parut sur le Goura un jeune homme à ekeval» «a oostmne de spalMs^ U
fendit lafpul§ qui le regardait av^c curiosité. M* Courdouan, maire de Lorgues, M. d'Agao^Bourbon^ conseiller général du çantpa, et M. Gpurdouàn, juge de paix, s'uvaucèrent w devant d^ Te^foçutrique républicain.
Il déclara être Taide de «itmp du gtoéral Camille Duteil, commandant V^rmôe dâmaor^itique duVar.et annonça qu'on eût h préps^rer dQ» vivre* pour sa troupe*
— Avez-vouï wn ordre de route? dit le m^ire,
— Non, répondit le spahis.
— En cç cas, je ne puis parlementer ^veo vous. Retirez-vous.
Ce langage était fier; mm pour ne pa$ devenir ridicule, il demandait h être soutenu.
AI. Maquan ne t$trit pas sur rbéroîame Aet^wlontaires lorguim^. Il faut, cependant, tvouer qu'il ne brilla pa$ en cette oirponstaoee, Sur nue population comptant plus de mille homo^e* v^Udei» deui eenu k peine restaient encore i^ la Mairie» Une de»i-heure eprè», ils étaient réduits h trente*
Le conseiller général et le juge de paix, qui jugeaient mieux la situation, coururent au devant dea in«urgés et demandèrent à parlementer avec Duteil. .
Celui'Ci déclara qu'il avait l'intention de donnera sea bommea un peu de repoe, et qu'il «e bornuit b exiger que des vivres leur fussent distribués ^u¥ frais de U çQininune. Il ne dissiwuU paa que si If a b»biiants de I^orgues refuiaient, ses bon^mea prendraient Aq force ce qu'on ne leur donnerait pa$ de bon gré. H
promit, h ces cooditions, le respect absolu des personnes et des propriétés.
Les deux parlementaires demandèrent quelques moments de délai, pour aller prendre Tavis du Conseil municipal.
Le maire engageait le Conseil à résister aux insurgés. La plupart des conseillers hésitaient.
BfM. Courdouan et d'Agnel-Bourbon revinrent à la hâte vers Duteil, avant même d'avoir obtenu l'assentiment du maire. Il était temps qu'ils apportassent une réponse.
Les insurgés murmuraient de tant de délais. Déjà, Alix Gerffroy, le chef du contingent du Luc, ébranlait ses hommes/sans attendre Tordre de Duteil, pour entrer à Lorgues, de gré ou de force.
— Je ne suis plus maître de mes hommes si vous tardez davantage, dit Duteil aux parlementaires. Entrons en ville, je vous donne ma parole d'honneur qu'aucun excès ne sera commis.
— Puisqu*il en est ainsi, dit le juge de paix, allons. Je prends sur moi la responsabilité de votre entrée dans la ville.
Les insurgés se mirent en marche sans tumulte ni désordre.
Les trente gardes nationaux restés en armes avaient fermé les portes de la Mairie et se tenaient aux fenétrçs.
Les bandes défilèrent sur le Cours. Elles se montrèrent assez convenables, dit M. Maquan, ne se livrant à aucune provocation et ne poussant aucun cri hostile.
Les chefs avaient essayé de leur donner un commencement d'organisation.
Le contingent de chaque bourg formait un bataillon. Le fusil de chasse était l'arme ordinaire. Des détachements armés de haches figuraient les sapeurs en tête de chaque bande. Les mouvements se faisaient avec plus de régularité qu'on n'eût imaginé.
La petite armée se massa sur lé Cours et fit halte. M. Gourdouan, le juge de paix, et M. d'Agnel-Bourbon présidèrent à une grande distribution de pain, de vin et de fromage.
Cependant des émissaires s'introduisaient à chaque instant dans la Mairie, engageant les citoyens de Lorgnes qui s'y trouvaient encore » à cesser ce semblant de résistance qui ne pouvait avoir d'autre résultat que d'irriter les plus exaltés des insurgés.
Tout à coup, vers quatre heures, le tambour retentit au bas du Cours, et une nouvelle bande de quatre à cinq cents hommes défila au chant de la ManeiUaise. C'était le contingent des Arcs qui rejoignait le gros des insurgés. Les rivalités de commune à commune sont fréquentes dans le Yar. Or, il en existait une fort ancienne entre. Lorgnes et les Arcs.
Les gens des Arcs s'indignent en apprenant qu*on n'a pas désarmé les gardes nationaux de Lorgnes; ils se précipitent vers la Mairie, sans se soucier des ordres de Duteil, et se mettent en devoir d'enfoncer la porte. La masse des insurgés les imite et crie avec eux:
— - Rendez-vous !/bas les armes!
Les Lorguians comprireut alors l'imprudenoe de leur manifestation.
lia $e disposaienti & mettre bas les arm69> lorsque la porte enfoncée livra passage h un flot d'assaillapts qui les désarmôrent et les retinreqt prisonniers,
Aucun dos Lorguiens ne fut cependant inaltraité. Les insurgés les conduisirent dsns un café ypisin où ils attendirent le départ, sous la gard^ de quelques hommes armés.
Ces prisonniers étaient : HMt Louis Gourdouan, maire de Lorgnes, Gourdouan, son frère, juge de paix, de Gommandaire, ancien garde-du-corps, Charles de Gasquet, Jules de Gasquet, de Gombaud, Andéol de Laval, Crouet, Boyer, Layet, Perreymont, Gasquet, 0. Ganzin, Vacquier, presque tous propriétaires ou conseillers municipaux, Pelssel, instituteur» et Maquan, rédacteur de VVnion du Yar.
La plupart de ces messieurs étaient d'ardents légitimistes,
La colonne insurrectionnelle stationna peu h Lorgues. Aucun désordre ne fut commis dans cette ville. Quelques insurgés qui voulaient entrer dans l'église pour suspendre Texercice du culte, en ftirent empêchés par ordre de Duteil.
fine somme de 68(1 f)ranos en pièces de cent sols, était restée étalée sur la table du secrétaire de la Mairie. Un groupe d'insurgés entré dans la salle semblait près de oéder k la tentation de piller l'argent de U commune, lopsqu%iB<^ef entra, et, mettant le sabre à la main, signifia qu'il tuerait le premier qui toucherait un écu. M» 4'Agwl-B«ujrbon arriva sur ces
entrefaites. Le chef républicain lui reiQi( c^% argemt en dépôt, le priant de compter. M. d'Agnel-Çoiirbon s'assura qu'il ne manc^uait pas yn centime, et emporta cette somme, qui était destinée h Téclairage de 'la ville (1). /
Duteil aurait voulu camper à Lorgnes, mais les autres chefs s'y opposèrent, craignant une attaque de nuit de la garnison de Draguignan. Il futdéoidé que, malgré la distance et la fatigue des homa\es, on pousserait jusqu'à Salernes.
Le départ eut lieu à la tombée de la nuit. Les prisonniers de Lorgnes f\irent réunis à ceux du Luc, de la Garde-Freynet. Quelques-uns étaient en voiture. M. de Gommandalre, prétextant des rhumatismes, obtint d-aller ainsi et en profita pour s'évader pendant la nuit.
Nous avons dit ee que noua pensions des arresr taiions de citoyens inoffbnsifs opérées par les insurgés. Ces réserves faites, nous devons déclarer que la poaitioa des, prisonniers p'étailnuUeiw^At ce que l'on pourrait imi^iner- l^eu? escorte était commandée par un républicain du Luc, homme convaincu et houMqe de oœur, M. P^ Q^^vid^ Les prisonniers ont été uqaoimea dapa leur reconnaissance pour les ^g^rds qu'il leur témoigna. Aucun d'eux n'était attaché) ils mi^r^ chaieutlibrenient» owsant entre eux et avec leurs gtrdiearf et plus d'une fois avec galté.
 Salernes, ils furent conduits d'abord à la Mairie
(1) Voir ïnswrrecUon dtn Var, page 143. Is narrateur, légitimiste, désolé de raconter on £ût honorable pour un de M6 adTersaires, s'efforce de tounMr en comédie ridicule cet acte ai simple de probité.
dans une salle bien chauffée et, bientôt après, transférés à rhôtel Basset.
— Le lendemain, dit M. Maquan, on nous servit un repas somptueux pour la situation.
M. de Gasquet exprima le désir de se confesser; P. David fit aussitôt appeler un prêtre qui put librement communiquer avec tous les prisonniers.
— Ces messieurs du Luc, dit le même narrateur, paraissaient, pour le moins, aussi tranquilles que nous; M. Âmalric, surtout, montrait une gaîté imprudente, peut-être.
Tous les prisonniers avaient pu écrire à leurs familles et les rassurer sur leur sort. Les lettres avaieDt été expédiées par les soins des insurgés.
Ces égards étaient certainement dus à des citoyens arrachés arbitrairement à leurs familles et à leurs travaux. Cependant, nous voudrions bien savoir si les verdets de 1815 traitaient ainsi leurs prisonniers, jacobins ou buonapartistes (1).
La colonne insurgée approchait donc de Salernes. M. Maquan fait un assez curieux tableau de cette ville.
« Un parfait accord régnait entre les pauvres et les riches, les patrons et les ouvriers, les bourgeois et les paysans de Salernes. »
Un grand propriétaire démocrate, un notaire voltairien et un mauvais instituteur, formaient, d'après le
(i) Ces détails sur la situation des otages de Tinsurrection sont puisés dans la brochure de M. Maquan intitulée : TrcHs Jours au pouvoir des insurgés.
pieux écrivain, rinfernal trio qui avait corrompu Salernes.
Il paraît toutefois que « cette population conservait un fond d'honnêteté, d'autant plus remarquable, qu'il se faisait jour k travers une épaisse couche de préjugés démagogiques et révolutionnaires (1). »
La nouvelle du Coup d'État y avait été accueillie de la plus étrange façon.
Ces naïfs républicains crurent que cet événement allait être la cause infaillible de Tavénement de la République démocratique et sociale. Ils protestèrent donc par... une joyeuse farandole.il est vrai que le tambourin et le galoubet traditionnels ne conduisaient pas la danse chère aux Provençaux ; on les avait remplacés par la Marseillaise.
Le dimanche soir, on annonça l'arrivée de l'armée démocratique. Le crieur public fit savoir qu'on eût k faire la soupe et k préparer des logements pour trois mille hommes.
L'enthousiasme qui s'empara de cette population est indescriptible.
Cabriolets, chars k bancs, charrettes, véhicules de toute espèce partirent pour recueillir les traînards. Les ménagères s'empressèrent de préparer le repas, tandis que les hommes couraient k la rencontre.
 onze heures du soir, les insurgés firent une entrée presque triomphale. Les sombres rues resplendissaient de lumières. Les acclamations, les poignées de main,
(1) Imwrreetion du Var^ page 147. — Nous supprimons dans notre citation quelques qualifications diffamatoires que le pieux écrivain adresse au notaire voltairien, proscrit et impuissant à répondre.
les accolades n'en finissaieDt pas. Les liabitants se disîputaient les insurgés pour leur donner la plus cordiale hospitalité. Ce joyeux désordre était 6i grand que Tun des prisonniers put sortir et circuler sur la place sans que nul ne fit attention & lui.
Les gens du Luc et de la Garde racontent eQcor& avec émotion la fraternelle réception de Salernes*
Cependant le préfet et le colonel Trauers quittaient le Luc, le lundi matin, et assez mal informés par les gens du pays, se portaient sur Lorguea où ils croyaient les insurgés en position. Après le départ de ceux-ei, une Commission révolutionnaire s'était installée à la Mairie, soutenue par les rares démocrates de la localité. Il faut bien le dire, cette héroïque population, comme rappelle M. Maquan, n'avait pas eu le facile héroïsme de l'en empêcher. Il fallut les douze cents baïonnettes du colonel Trauers pour y rétablir l'autorité.
Le préfet nomma M. Roux maire de la ville, et M. de Commandaire» récemment évadé des mains des insurgés, commandant de la garde civique qui s'organisa aussitôt.
Apprenant à Lorgnes la marche des insurgea sur Salernes» la colonne de troupes se porta sur Draguignan. Âla hauteur du village de Flayosc^ elle rencontra un détachement républicain^ qui était resté en arrière-garde. Cette bande échangea quelques coups de fusil avec les tirailleurs. Un seul soldat fut blessé.
Le préfet Pastoureau prit aussitôt la direction du département des mains de M. de Romand et pfoc/ftflja l'état de i^iêge.
La Journée du mardi fut consacrée h s'informer de la position réelle des insurgés et à faire reposer les troupes.
Ajoutons que dans cette joUmée du mardi, la vlll* de Lorgues fût de nouveau en proie à la plus affreuse panique. Sur le bruit de la marche d'une bande d'in« surgés revenant de Salernes, la garde civique s'éva* nouit \ le nouveau maire et le nouveau commandant se trouvèrent presque seuls. Toute la population à*en^ fuit et se cacha dans la campagne (1).
Le lundi, Brîgnoles avait été occupée par la troupe. Le colonel de Sercey avait quitté Marseille le dinianche avec un bataillon d'infanterie, deux pièces de canon et quelques hussards. Il devait opérer dans la partie occidentale du Yar et entrer dans les Basses- Alpes, après avoir occupé Brignoles et Barjols.
Les républicains brignolais, après avoir songé à barricader la ville et à la défendre, renoncèrent à leui* projet et partirent emmenant avec eux quinze quintaux de poudre, et armés de flisils de la gardé nationale, prisa la Sous-Préfecture. Ils se dirigèrent sur Salemes.
Cette journée du lundi fut celle où commença la démoralisation des insurgés. Les journaux interceptés leur apprirent, de manière à n'en pouvoir douter, la pacification de Paris Qt la tranquillité de toutes les grandes villes. Ils apprenaient en même temps la marche des troupes envoyées contre eux. Les chefs se méfiant déjà de Duteil, ne cachèrent pas assez ces nou-
(i) IniurréeUùH dit Var* pttge 116.
velles pour qu'il n*en transpirât quelque chose dans la masse.
Cependant, Tarrivée continuelle de nouveaux contingents de tous les points des cantons de Salernes, Gotignac, Barjols, etc., entretenait une animation factice et diminuait les inquiétudes qui commençaient à se faire jour.
A vrai dire, pour les chefs intelligents, tous ces renforts n^étaient guère un motif d'assurance. Les insurgés de ces contrées étaient loin d'avoir Tardeur et les convictions qui animaient les contingents du Luc et de la Garde-Freynet. Pauvres paysans, ne comprenant guère ce qui leur mettait les armes à la main, ils allaient comme enivrés de bruit et de clameurs, peu résolus et sentant déjà le regret d'avoir quitté leurs villages.
P. David» dans un moment d'abandon, disait aux prisonniers : .
— J'aimerais mieux n'avoir que mille hommes bien armés et résolus que toute cette cohue qui nous arrive.
Dans la nuit du lundi au mardi, une fausse alerte eut lieu, les insurgés ne se comportèrent pas trop mal. Le bataillon du Luc sortit avec ardeur et alla bivouaquer sur la montagne.
Le contingent des Arcs et celui de Salernes étaient partis à l'entrée de la nuit pour aller occuper Aups, gros bourg situé à quelques lieues k l'est.
Le mardi arrivèrent les insurgés' brignolais. MM. Giraud et Constant, celui même qui s'était d'abord opposé à la prise d'armes, conduisaient celte
colonne. Leur arrivée ne contribua guère à relever le moral des insurgés. Il était évident qu'ils reculaient devant les troupes envoyées contre eux.
La démoralisation faisait des progrès. Beaucoup d'insurgés comprenaient qu'ils jouaient une partie déjà perdue. Tous, au reste, sentaient qu'ils n'avaient à leur tête qu'un chef sans force et sans talent. Duteil avait achevé d'user le peu d'autorité qui lui restait. Ses menaces continuelles de faire fusiller les insubordonnés, menaces jamais suivies d'effet, lè discréditaient complètement. Il était évident qu'il n'avait aucun plan de conduite, et que sous sa direction, le mouvement était sans but. Comme il arrive toujours en pareil cas, des bruits de trahison circulaient dans cette foule soupçonneuse (1).
Parmi les chefs, il fut question de le déposer. On offrait le commandement au docteur Gampdoras ; mais celui-ci refusa en prétextant sa jeunesse.
Cependant Duteil prit ce jour-là quelques mesures raisonnables. Il fit occuper par Ârambide et son bataillon les hauteurs de Tourtour, excellente position qui barre la route de Draguignan à Aups ; un autre détachement occupa Yillecrose, et le gros des insurgés reçut ordre de se porter sur Aups.
Cette position était meilleure que celle de Salernes. Elle éloignait les insurgés de la route suivie par le colonel de Sercey et permettait en cas d'échec une
(1) La plupart des anciens insurgés du Yar sont encore persuadés que Duteil les a réellement trahis. Nous n*en croyons rien. Duteil était sincèrement républicain; 11 a été incapable, mais non traître.
(Note de la première édition.)
facile l'étroite sur les "Basses- Alpes. Ajotrtons qtfek route d'Abps t Brafgfuigiran ^bonSait en éXtîellctotes positions défendes.
Le mardi soir, totitels les bandes se portèrent donc surAnps, occopé déjà par les insurgés de^Salernes et une foule de pa'ysaits tt^s communes voisines, le nomtfredes insurgés réunis autour de ^e 'poînt dépassait SIX mflte.
Àû tndment ob<]aiuille'Butéiltnftrchaitfiiur Aups, le ^Sft't et le colotnèl Trauet^ prenaieift la résolution 'd*ocCupiBr cette ville, 'le lendcfmain. M. de Sercey devait atteindre Barjdls ce joUr-Jlà. Les insurgés que 'rôti^tfpposaît'tdujgurt'à Salemies allaient ètreiserrés dans cette ville par le'cdloneil Traiïers è Aups, et le colonel de Sercey à fiarjols. Un tnouvemenft donfcentrique devait les mettre 'entre deux feux îeft le^'écraser ^n&ilIfUlement.
Le mercredi matift, 10 décembre, le préfet Pastoureau et le colonel Trauers ^e 'mirent en marche avec on^e compagnies du'SO* de ligne, cinquante gendarmes ^cheval et vlngt-cin^ cevriliers du train. 'Le jeunecomte de 'Gôlbeti dont <Ie'pere'étalt au nombre des otages du ^uc, s'étah joittt \dloritairement à la^troupe. 'Les chefs de l'expédition ignoi^aient toujours la-présenûe'du gros 'des insurgés à Aups.
*La route que suivit laccrtonne e«t l'Utte des plus •aiflaciles 'de la 'Provence. "Elle parcourt un pays de montagnes coupé de ravins et de défilés. Au pont de Ifloreyès surtout, la'route,'après avoir franchi un profond ravin, est dominée des deux côtés par des escarpements énormes. Une poignée d'hommes résolus
^uraieftt «uffî zpour >y arrêter ua cé^ment. Camille iDutal me •s'était Hfuttement mis ^en :peine de cela. Ârand)ide/qin campait à Tourtour avec dinq ou six cents homme&, ne s'était {las imontcé ^lue ânteltlgent que son cbef. .Sa Irroupe campait précisément en arrière de Jlesoai^emeut et sur le ^point du .plateau le 4plus .facilement abordable.
La colonne expéditionnaire franchit la gorge ,de Floreyès sans titcaver môme un ayant-poste. A Tourtour, même incurie. Cavalerie et infanterie furent sur le plateau avant d'avoir été signalées «par les insurgés. Xa cavalerie.prit Je (galop (pour leur coi^per la retraite sur Âups. Elle y réussit parfaHement. Les bommes ,d'Ârambide «'enfuirent sans avoir tiré un coup de fusil. iLeur déroute fut si rapide que ipas un. bomme ne put se détacher ;pour porter;àAups la nouvelle de l'arrivée des.troupes (1).
La colonne, pleine d'ardeur, poursuivit son chemin et arriva vers dix heures du matin kl kiiomètred'Âups sans autre rencontre que celle d'un insurgé à cheval qui fut pris et fusillé. Nous reviendrons sur cetîncident resté célèbre dans le Var.
A Aups, la nuit s'était .passée parfaitement tranquille. Les prisonniers avaient trouvé à l'hôtel Crouzet une hospitalité empressée. L'arrivée des chefs brignolais, Constant et Giraud, amis personnels de l'un d'eux, avait encore contribué à adoucir leur .position.
L'imagination des chroniqueurs s'est beaucoup exercée sur cette nuit du "9 au 10. Dans un conseil
(t) Voir -le rapport du colonel fFraum« «t ««lui du général XeTail lant.
tenu par les chefs, on aurait décidé le massacre des prisonniers. D'après plusieurs journaux, ils auraient comparu devant ce conseil, et Ton citait même les griefs reprochés à plusieurs d'entre eux.
Enfin, des poulies destinées à servir d'instruments de supplice étaient pendues aux arbres de Tesplanade. L'arrivée de la troupe aurait miraculeusement sauvé les otages de la pendaison.
Nous avons eu à cœur d'éclairair cette question.
Disons d'abord que le fait des poulies est parfaitement exact. Le 8 décembre, il y a tous les ans à Âups une foire, dite la foire du massacre, en souvenir de quelque sanglant épisode des guerres de religion. Tous les ans, ce jour-là, les bouchers font pendre aux arbres de Tesplanade des poulies, auxquelles ils suspendent le bétail égorgé, qu'ils débitent ensuite sur place. Or, ces poulies étaient là lorsque les insurgés entrèrent à Âups, et personne n'avait songé à les enlever (1).
Quant au fait du conseil tenu dans la nuit et de l'ordre du massacre, le récit parait provenir d'un fougueux chef d'insurgés des environs d'Âups, très-connu sous le surnom de Manchot. Le Manchot se vanta d'avoir forcé Duteil, le pistolet sur la gorge, à révoquer l'ordre de meurtre.
Le Manchot mentait. La famille de Gassier, appartenant au parti réactionnaire, dans la maison de laquelle Camille Duteil passa la nuit, a toujours
(1) Les prisonniers les remarquèrent le mardi soir en arrivant. (Voir Trois Jours au pouvoir des insurgés.)
aiSrmé qu'il dormit, cette nuit-là, d'un long et profond sommeil.
Ajoutons que tous les autres chefs, au témoignage de leurs hôtes, ne bougèrent de leurs chambres jusqu'au lendemain.
Quant aux prisonniers, ils ne comparurent devant aucun conseil. Ils passèrent très-bien la nuit à l'hôtel Grouzet, David dormant au milieu d'eux.
Le seul conseil tenu cette nuit-là fut une réunion de quelques individus d'Âups, auxquels le Manchot proposa d'envoyer un émissaire au préfet, pour le prévenir de ce qui se passait (1).
De l'aveu de, M. Maquan, qui y était, et qui n'est pas suspect de partialité pour ses ennemis, la vie des prisonniers n'a pas été menacée. Un seul courait des dangers. C'était lui. Et encore! « — Si nous sommes « vainqueurs, aurait dit un chef, à son hôte, nous « ferons comparaître M. Maquan devant nous, et nous « lui dirons : Vous nous avez traités de pillards et « d'assassins. Eh bien! voyez si nous sommes tels « que vous nous représentez. Nous vous laissons « aller libre, sain et sauf. — Mais si nous som- « mes vaincus, aurait ajouté ce chef, il faut qu'il « meure (2). »
Le mercredi matin, Duteil, averti par un émissaire dp la marche du colonel de Sercey, et ne doutant pas qu'il ne s'avançât contre lui, réunit quelques chefs en
(1) Cette proposition de trahiionàses camarades faite par le Manchot, est affirmée par M. Maqnan ^ans 8«n livre. Insurrection du. Var^ pages 166-167.
20 ^ùr Insurrection du Var, page 176.
conseil, et proposa d'aller prendre position èftns le» Basses-Alpes, derrière le Verdon, qui forme 1» Mttito d«d deoi départemenls. Fepsona» ne fit d^objeeifoiis; cet*s nouvelle rettaîte tùi décidée*
Dans une grande revue passée à bui* héwea, h départ fat annoncé au« insurgés et ap]|râ» avee tribtesse par lia maj'eare partie des paysan*», qai regpeitalent déjà d'être si Vam de l^urs foyers.
Le départ dîevaii avoi^» Keu à^ ttiâii Les insurgés se r^andirent par lia vittle, se muaissani de tou't c^ qtA pa^raîssait nécessaire pour ua^ campa^e d^kiver. Un chef faisait réunir des peHfes, de» pîodies et avtres outils' pouv se retrancket mr te Yerdioiik Bës ouYVières rassemMées wt couvent tvaifailtaieat h eeiir fectionner des blouees.
Pendant ce temps, Dutcit avait, & m qt^ parait^ (iécidéque Id ville d'Aups serait frappée d^sia emprant f&tGê. Une ccmimissioiif, dans toqueûe oa renavqotit Bruact, le clerc d'avoué de Draguigmiii, s'oceupa surle^s»)^ de taxer les principaux propriétaires.
n fttïfeif toutefbî* veiller à ce que la retraite se fit sans surprise. Duteil, ne sofl^eant qu^ te eolonve de Sereey, fit observer la route de Brignoles par la contingent des Arcs postés à Fox-Ampoux el cehii de Salerncs k Banduers. Il poussa lirii-aiéine une recennaissance jusqu^àt SiHan^, et me avaifrt-^rda parfit poifT occupet le pont àa Verdoa. Pendant qa'eii général expérimenté, il prenait toutes ces précautions pour s'éclairer du côté par lequef Feiuieffli ne pouvait venir, il laissait sans un avant-poste la route i^ Braguîgnan.
1VaficpiilUd4.saifsde«le par kk présence ilÈMminâe àTrailfevr, il ft'sml MiUemda^ sos^ h assurée s% coffliEiuiiicatims. avec lui.
Il y a pkiss bien <}ue ie fêi/t puisse paraitlBe« sijigulier dans im pays oiir tes habitudes .militaires sont avâsi répandues qu'en FvaQce> il ft'avaîl pa& use sen^mell» plâeée aux abords d'Aups^ 11 se bonnai a espédier à Arambkie »ne seule estafette a^ec ordre âi& se rc^lieir sur Âups.
A dix heures, k)f9cp2ela treupe ^aît i peittç à ipe demi^lieue d^ dietanœ, les insurgiée restée ik Aups^et dont le HOBi>bre dépassait quatre mille iMimiies, s» massèrent sur Tespiaiiadle pour la revue qui deivait précéder le départ. La Iiassitude^ les. uiéfiaiieeSi, tes. appréhensions, le regret d'aller s'eafoucer dans les montagnes, rendaieftt soifibreet silencieuse cette feule d'ordinaire si bruyante*
L'esplanade d'Âups est one vaste, piromeaade ptoaté^ d'arbres, située uupea en avant de. la villew Uiaparopej! la borde et dooiM les prairiee au pied desupdlesi passe la route de DraguignaA. £Ue s'oiuwe èi Touteai du cèté de Barjok; à l'est oa y péatoe par uoe. wiltej porte, le portail Saint-Sébastien; en arriére^ au flto^d.. esA la ville, la Mairie^ et l'hôtel Ciouzet, yn pe^^ y^rs l'otues^t. La rue^ Saiat-P^crace trayçi?$<ç k viJle ^ d,awâ issjue. sur le^ mQi^t^f^^ pai? le portail ^e3 Aire^
U, n'eûtt ps^ éit^ dÀ^cile de^ défendre cette positiou;. si méi^e^ VesfiAa»n.a^ avy^ilj, ]^ru trop «.çcessU^le», l«^ montacpes qujk dofcdnej^^t la viLle a^ nord o^r^ien^t uuei autre piositiefl^ trèsrforte avec la i;etraUe. assurée sivr les Basses-Alpes.
Mais Duteil sans méfiance s'était bien gardé de faire les moindres dispositions. Il haranguait ses hommes qui, le dos tourné au parapet, Técoutaient avec distraction, lorsqu'un cri s'éleva : Voilà les soldats!
La troupe débouchait à quatre cents pas de l'esplanade par le chemin de Draguignan.
Le colonel Trauers avait eu bientôt pris ses dispositions. La rencontre de Tourtour lui avait apprise ne pas redouter de semblables ennemis.
Quelques compagnies déployées en tirailleurs s'élancèrent de front, remontant les prairies pour entrer sur l'esplanade en escaladant le parapet. Tout le reste de la colonne s'avança rapidement, la cavalerie en tête, pour déboucher par la porte Saint-Sébastien sur la gauche des insurgés.
Cette fbule si diverse de dispositions et de courage, surprise à l'improviste par une attaque si peu attendue, se troubla. Les rangs vacillèrent; la confusion commença. Beaucoup d'hommes étaient sans munitions. Un chef s'élança, un panier de cartouches à la main; il les distribua en exhortant les insurgés à tenir bon par quelques paroles rapides. Ces exhortations produisirent peu d'effet.
Camille Duteil» effaré, descendit de cheval, s'entoura de quelques chefs, et courut au contingent de la Garde-Freynet, le plus solide de tous. Il donna Tordre de prendre par la rue Saint-Pancrace pour gagner les hauteurs. 11 était trop tard pour cette résolution. Le contingent de la Garde-Freynet s'ébranla cependant, en bon ordre, et se dirigea tambour battant vers le portail des Aires.
Ce mouvement de recul produisit un effet désastreux sur les insurgés. Le bruit se répandit comme Téclair parmi la foule encore rangée sur Tesplanade^ que Duteil venait de s'enfuir en criant : Sauve qui peut!
Les tirailleurs commençant le feu du milieu des prairies augmentaient la confusion, lorsque tout à coup, la cavalerie débouchant au galop, par la porte Saint-Sébastien, se rue sur les insurgés. Le contingent du Luc veut tenir bon. Il est sabré. La déroute la plus épouvantable commence. Les paysans éperdus s'enfuient en masse, par la droite, comme un torrent qui s'écoule, vers les chemins de Sillans, Fox, Uchane. La cavalerie s'acharne & leur poursuite.
L'infanterie débouche sur l'esplanade déjà vide et dirige une vive fusillade sur les maisons qu'elle croit garnies de combattants. Quelques fuyards du Luc se rallient aux abords de l'hôtel Grouzet, font volte-face et ripostent. Leur décharge attire sur ce point le gros de l'infanterie qui crible les fenêtres d'une grêle de balles.
C'était là qu'étaient les malheureux otages. Au comble de la joie en voyant la victoire de leurs libérateurs, ils essaient de se faire connaître. Les soldats furieux n'écoutent rien; ils les prennent pour des insurgés et continuent de fusiller les fenêtres de l'hô- . tel. La situation était horrible. M. Pannescorce, l'un des prisonniers de la Garde-Freynet, veut descendre dans la cour. Une balle frappe l'espagnolette de la croisée, ricoche, le frappe dans le flanc et lui fait une blessure mortelle.
MM. de Gasquet et Ândéol de Laval s'élancent au
devant de$ soldats pom: les désaJbuser. GAiian^i les CFibIft&t de cojupSi de Cusil^ IL d^.Çîasguet, tehapp^ h. (^i^txe déchargea Mais Âodëûl deil«avaU.BJfis.toufiim chef d'iasurgéa, est frappé h h<x^ portant de. coup&da feo, de coups de baîonuoette,. a,vec w aiehamQooient l^acbace. Le axalheureio. se d^atau^^ pieds des.solda^s qui ne s'arcêteût que. las de le cribler de balles (!)•
Ce jeuue homme ua succomba pa& ik ses. btes^ sures- Par ua bonheur piiovideutie]^ la fui^eui; d«& soldats ne leur avait pas laissé assurée kjM«a eoups^^ Sa casqu^Ue était percés^ & joui:^ ses. vêtements lacérés^ en to.¥Si sens par les ba)lea> sa craivate. déebÂPée. par les coups de baïonnette^ aanS) q^u'iL eût cependaiit rei^u de blessures mortelles.
Son action ne fut pas inutUe; on se reconnut, et. les otag^^ échappèrent au danger cruel et ioatlendo» d'être massacrés par leurs, libérateurs.
Ces événements s'étaient passés en moiiv^ de teii^ps qu'il n'en faut pouj? les ra^îoater. Au même instant quelques compagnies s'élançaient vers ce portail des Aires, par où venait de sertir le çojxUugent de la Garde-Preynet.
Immédiatement au-dessus, et d.own.aj?t la ville, s'élevait un mamelon planté, d'oliviers et surmonté d'une chapelle. Duteil., Canapdoras, ferriçç et quel.(jues autres chefs s'y étaient arrêtés et faisaient, battre le rappel, espérant y rallier les fuyards.
La troupe déboucha au pas de course par le portail des Aires et fut arrêtée subitement par une yigpu-
(1) Cette expression est de M. BCaquan. fw/mrrectiûn é^ Y^r^
page-iflfZ.
reuse ftisiltede. Surprise tfabord ée^ eeUte i^ésistan^e inattentïue, eRte riposta vivement, le cenAat, trèsHPi# pendant un quart d^lieure, ne dwa pas. Le» iifôurgé» gagnèrent la route des Basses-Âlpes- e<l baVti^nt en» relNravte'saiiS'étPepour&uiyisu H«éftaiea(; h. peiner euiq èi9ixcents> pvesque tous i& k Garèa-fireyiieli. Bsaa ce court engagemeiU^ lai troape acvait eu dausc offiÊieps el qiiiei(iH6ft ^Uûfô bksaés;; un set^L greuAd^ ayait étfrtNiéw
Pendant çk^ua peu de 9ésM9k»tioa parnettait %ux^ gens de la Garde-Freynet de battre en i^atraite. sa^ pertes^ l«â f^iyards q^i eoiuvraientte (tlai^e d'Uckadi^, étaient impitoyablement sabrés par la cavalerie, l^eâ. gendarmes, exaspérés, par le désarmesaeijbt de tant d^ leurs camarades,, ne fedsaient paa de quaçtier^ La contingent du Luc, qui avait déj^ laissé bon aombre de morts ou de blessés sur Tesplanade d,'Aups, perdit encore quelques hommes. Nous pouvons nommer quelques-uns de ces brayes gens, qui tombèrent pour la République et qui étaient dignes de mourir pour une noble cause : Hiçpolyte Maurel, Aymard, Èaborde, Etienne Villeclaire, etc. Un pauvre journalier du Luc, nomm,é Pascal Brun, abandonna son fusil à la vue des gendarmes, et n'en reçut pas moins neuf blessures, auxquelles il a échappé par miracle.
Le nombre des insurgés tués fut, au moins^ de cinquante, et celui des blessés beaucoup plus considérable. On fit k peu i$rès quatre-vingts prisonniers.
La déroute d'Aups fut le coup de mort de l'insurrection. Totttea le» baiules qui tenaient encore la campagne se dispersèrent frappées d'ufie indicible teneur.
La seule bande qui entourait Duteil resta quelques jours en armes. Elle traversa Riez, Estoublon dans les Basses-Alpes, et gagna la frontière du Piémont* non loin d'Entrevaux.
Le préfet et le colonel Trauers résolurent de compléter leur victoire en marchant sur Salernes qu'ils croyaient encore occupée par d'autres bandes.
La troupe se mit en marche après quelques heures de repos. Les otages délivrés la suivaient, et quatrevingts insurgés marchaient derrière, enchaînés, la corde au cou.
Malgré la joie de leur délivrance, les otages ne purent se défendre d'une pénible émotion en voyant ainsi attachés, deux k deux, ces hommes qui n'avaient pas été sans égards pour leur malheur.
— Pourquoi les enchaîner î disaient plusieurs d'entre eux, puisqu'ils ne nous ont pas enchaînés nousmêmes (1)!
Il nous reste à remplir la partie la plus pénible de notre t&che. Nous arrivons aux excès de la répression, aux fusillades sommaires, aux massacres de sangfroid.
On se souvient de cet insurgé arrêté par la troupe h une lieue d'Aups, dans cette matinée du 10. C'était un homme de Barjols nommé Martin, dit Bidouré. Duteil l'avait envoyé vers Arambide, porteur d'une dépêche ainsi conçue :
(i) Maquan. Insurrection du Var, page 127. (Voir, pour le réci de la déroate d'Aups, le rapport du colonel Trauers, celui du général Lievaillant et le livre de M. Maquan.)
« Ordre au colonel Arambide de se porter immédiatement sur Âups avec toute sa troupe.
ff Le général,
« Camille Duteil. »
Martin fut pris par la cavalerie d'avant-garde et conduit devant le préfet. On le fouilla et on le trouva porteur de la dépêche. L'ordre du ministre de la guerre était formel : fusiller tout individu pris les armes à la main. On l'exécuta, et Martin fut laissé pour mort sur la place (1).
A peine la troupe avait-elle achevé de défiler, que Martin, dont les balles n'avaient fait que labourer la peau du crâne, se releva. Il pa,rvint à se traîner vers le château de la Baume qui n!était pas loin de là. Le fermier le recueillit et le soigna. Mais le soir du même jour, le bruit de la défaite d'Aups épouvanta ce paysan, qui courut chez le maire du village, et lui dit quel était l'homme auquel il venait de donner asile. Il est de notre devoir de dire ici que l'honorable M. de la Baume, auquel le peuple attribue, dans le Yar, cette dénonciation, était absent du château et n'y rentra que trois jours après.
Le maire s'empressa d'écrire au préfet pour l'informer que le fusillé était vivant et caché chez le fermier de H. de la Baume.
Martin n'était ni plus ni moins coupable que les
(1) Nous' adoptons ici le récit donné par un grand nombre de journaux qui ont brièvement mentionné Tarreetation et Texécution de Testafette. Nous n'ignorons pas qn*il existe de ce iSait un récit plus circonstancié et qui lui donne un caractère tout particulier. Ce récit, trés-connu dans le Yar et même ailleurs, peut être vrai, mais le défaut absolu de preuves nous oblige & le taire.
milliers d'insurgés qui avaient pris les armes •comme lui. Il semblftit'que ia mort même n'avait pas voulu de cet honnne*
Par ordre de Tautorité, il fut saisi, le vendredi 12 dëcemtre, et conduit à ITiôpital d'Aupis pour être fusillé 3e nouveau, le dimanche suivant.
Le 11 décembre, aitlB.1!Iaquan,lBarfîn, après s'être confesse k M. Bonnet, curé de 'Vérignon, marcha à la mort avec calme, fermeté et résignation.
Martin était un honnête homme, et un iromme de cœur.in[.1$[aquan lùi-mëme laisse échapper ces paroles qui, dans une^ellebouche, sont le plus h^\ éloge du malheureux Tëpul)licain :
« Quel dommuge qu'un pareil homme H'àît pas fait le sacrifice de sa vie pour une meilleure cause (1)1
Nous avons laissé la colonne en mardhe sur Sstlc^rnes. ?armi les quatre-vingts prisonniers qid la ^m-
(i) M. Maqnan ett le seul écrivam qui ait raconté la Beconde exécution dé Hartih. Aucun journdll Se Tépoque n'en. fait -mention. Nous nouB l>orBonfl & résumer son rééit, iMttueoop^liis détaûlé, «ttioos n*y ajoutons aucun Mt nouveau. (Voir Insurrection du For,, pages 189- 100.)
— Depuis la publication de notre première édition, cet incident a eu uti immense retentissement. C'^est'poii^ cela même quenow avons tenu & reproduire, sans modifications, notre premier récit de la mort de ce Itères modeste, de cet obscur martyr de la République, Ferdinand 'Slartin.
Le temps n*est pas venu où il sera possible de rechercher la vérité vraie, toute la vérité sur œ sanglant épisode. 'Bornons-nous donc & donner acte à lif . le préfet. If . Tastoureau, de ses déclarations publiques. Selon ce fonctionnaire, Martin aurait été, dans ia première ren-» contre, à. demi massacré parles gendarmés, agissant ^aflfr-artlreattpèrieur. Quant à la dernière série du drame, à l*horrible exécution à Ânps, du malheureux blessé, M. Pastoureau proteste qu*il 7 fax eom-
Vaififift 'se trouvait un tisserand du Luc, nommé tîirauS dit l'Espérance. Interrogé au moment de son arresta- *tion parleccflanel Trauers, ceftlïomme avait répondu : — T)eman3ez kUl. de CoTbert si je n'ai pas ïïté, plein d'égards pour lui lorsque nous Tavons arrêté dans son château.
Lorsqu'on décida l'exécution sommaire de deux prisonniers à .Salernes, 'Giraud fut désigné avac^on cooqpagnon de «chaîne, Antoine N...., de ¥eriion {1). Ce dernier était un pauvre homme qui devait ce>choix au hasard, qui l'avait fait attacher k la même corde que Giraud.
Le feudi mallti, lorsque 4a troupe quitta falepnes ^our continuer «on chemin vefs Lorgnes, les deux prisonniers séparés de leurs compagnom demeurèMort h kMairiie.
Teû après, un peloton de gendarmerie les prit et les mena hors ville. Le capitaine de gendarmerie, Hourlez, était le seul officier présent- A quelques centiâines de pas, sur le chemin de Lorgues, la petite troupe s'arrêta près de la chapelle de Sairit-Clàiir. Un gendarme delà l)rigade du Luc, délivré la veille, le
:plétoBMnt étranger. l\ était, près de Toulon en ce moment;. l'autorité militaire d'ailleurs avait pris la direction du département ; la responsabilité de rezécution retoniberalt sur «lie. TeUe est la version de'M.l^astour«an.
(1) Qui ordonna de sang-firoid la mort de ces deux citoyens? M. Pastoureau, qui était présent, serait HAtsti inspiré en 'doimaiit au public quelques eipUcatbns à cet égard. H est impossible qu'il ne sache pas la vérité*
sieur M... (1), reçut ordre d'exécuter lui seul les deux insurgés.
Le gendarme habitait le Luc depuis longtemps, et connaissait bien Giraud. Il s'approcha plus tremblant que le patient :
— Giraud, lui dit-il, pardonne-moi ce que je vais faire. Je suis soldat, je dois obéir.
— Je ne t'en veux pas, répondit Giraud ; seulement, fais vite; ne me fais pas souflfrir longtemps.
Ils échangèrent quelques paroles, et s'embrassèrent même.
M... posa le canon de son pistolet sur Toreille de Giraud, et lâcha la détente. Il tomba.
Une seconde après, un nouveau coup de feu retentit, et Antoine N..., toujours enchaîné, tombait à côté de son compagnon.
Les gendarmes remontèrent à cheval, et regagnèrent au galop la colonne qui les avait devancés sur la route de Lorgnes.
Par un bonheur inattendu, Témotion avait mal assuré la main du gendarme. La balle qui avait frappé Giraud n'avait fait que traverser le haut du cou sans léser aucun organe essentiel à la vie; celle qui avait frappé son compagnon avait déchiré la membrane du tympan et s'était logée dans la mâchoire.
Giraud n'avait pas même perdu connaissance. Il revint à lui le premier, se détacha, et eut la force de revenir^ la nuit suivante, à pied, jusqu'au Luc. Sa
(1) Un sentimeiit de réserve, que Ton comprendra sans peine, nous a c lerminé à ne pas nommer ce gendarme encore vivant et habitant toujoui*s le Val*.
femme le soigna, prit le deuil, fit dire des messes pour le repos de son âme. Elle simula une maladie pour donner à un médecin un prétexte de visites sans éveiller les soupçons de l'autorité.
Giraud, promptement rétabli, se réfugia en Piémont, et la part qu'il avait prise à l'insurrection fut jugée si peu grave, qu'il put rentrer amnistié après moins d'un an d'exil.
Antoine N... guérit aussi, mais resta sourd. Il est mort depuis quelques années (1). ^
C'est de la bouche même de Giraud, aujourd'hui boulanger aux Arcs, que nous tenons les détails circonstanciés que nous venons de donner de cet épisode.
(lyM. Maquan est encore le seul écrivain qui ait raconté cette exécution étrange entre toutes. (Voir Insurrection du Var, page 2(fô.) Il est Trai de dire que le chroniqueur honnête et modéré trouve fort plaisant ce triste incident de guerre civile. Il ne tarit pas en agréables plaisanteries. Il fait une peinture tragi-comique du pauvre Antoine N... courant à travers champs.
— Écoutant toujours et n*entendant jamais rien... Est-il fou? Non, il est sourd.
C'est assez pour Tempôcher d*étre encore séduit par les prédications anarchiques, etc.
Voici pour Giraud :
— La balle s*était montrée intelligente en se logeant^ sans trop Tendommager, dans le larynx, disent les uns, dans l'œsophage, disent les autres. C'est pourtant un peu dur à avaler 1 Et ainsi de suite, pendant une page et demie.
O charité de dévots et modération des modérés!!!
Ajoutons que le récit de M. Maquan ne diffère du ndtre, pour le fond, qu'en un seul point. Cet écrivain dit que les deux prisonniers auraient été jugés par une commission d'officiers. Giraud nous a déclaré de la façon la plus formelle qull n'avait comparu devant aucune commission.
La colonne de troupes arriva bientôt dans la bonne ville de Lorgnes.
Les légitimistes de l'endroit avaient retrouvé tout leur héroïsme, après la défaite des insurgés & Aups. La garde civique ne songea plus à fuir comme elle avait fait la veille encore ; elle se mit en campagne pour arrêter les fuyards.
Un détachement se posta au pont de TÂrgens, et fit quelques prisonniers.
La colonne de troupes ne séjourna pas longtemps & Lorgnes; mais lorsqu'elle achevait de défiler. sur le chemin de Draguignan, que la foule joyeuse fêtait ses otages délivrés» couvrait les soldats d'acclamations et de vivats, la vue d'un triste cortège vint subitement glacer toutes ces effusions.
Cette fois, ce n'était plus deux, mais quatre prisonniers qui allaient mourir. Un gendarme avait, dit-on, cru reconnaître parmi eux ceux qui l'avaient blessé dans Tinsurrection. Il les avait désignés, et avait réclamé l'horrible privilège d'être à lui seul leur exécuteur.
Ils marchaient, attachés ensemble, sous l'escorte de quelques soldats ; le gendarme, un bandeau noir sur l'œil, un fusil double en bandoulière, conduisait le cortège. On dépassa les murs du cimetière, et l'on s'arrêta derrière un massif d'oliviers touffus.
Laissons parler un témoin oculaire (1).
(1) M. Maquan, Insurrectim du V^r, page 127. Il est encore le seul écrivain qui ait raconté ce lugubre épisode passé sous silence par tous les journaux du temps et demeuré célèbre dans le Var. Nous n'ajoutons à son récit que les noms des malheureux fusillés.
«t Au même instant un coup de fusil retentit! ' « Puis un second.
(K Puis un troisième.
a Sept coups de feu retentissent ainsi.
« La foule se précipite...
« Â quelques pas du chemin, dans un champ d'oli- « viers, à côté d'une petite masure, dans une mare « de sang, gisent, la face 'contre terre, quatre cada- « vres, toujours enchaînés, après la mort comme « pendant l'agonie! !I
« Le vicaire de la paroisse et un père jésuite^ dont « nous avions réclamé le ministère, priaient...
<c Le\)lus jeune de ces quatre hommes, âgé de vingt « ans à peine, a péri victime d'une méprise!... »
Ajoutons que ces quatre malheureux étaient Justin Gayol de Vidauban, Goulet des Arcs, Imbert et Aragon du Muy.
Justin Gayol, la victime d'une méprise, avait non pas vingt ans, mais dix-sept (1).
(i) Un étrange passage du livre/ de M. Maqoan sembte supposer que Justin Oayol aurait été Tun des prisonniers arrêtés par les volontaires lorgttiens. L'auteur veut prouver que les gens do pays ont tort de trouver mauvais qu'un innocent ait péri et d'en garder un peu rancune aux Lorguiens qui l'auraient livré. Il débute ainsi :
(( Il était innocent! et c'est vous qui l'avez livré, disent-ils, c'est toute une population qui l'a tué ! »
(( Que son sang retombe sur vous, sur votre ville 0
Et il termine par :
(( Qui* se sert de l'épée, périra par l'épée! »
Voir la note F à l'appendice. (Note de la première édition.)
— yoici encore un affreux épisode sur lequel M. Pastoureau pourrait donner de précieux renseignements. Il était & Lorgnes quand l'ordre de meurcre a été donné; il n'avait pas quitté la troupe, à la tête de laquelle
Nous arrivons au terme de ce chapitre. Quelques mouvements de troupes sur la Garde-Freynet et autres points, achevèrent de rétablir Tordre. Le désarmement, Tarrestation d'une multitude de démocrates et les rigueurs de l'état de siège, amenèrent promptement un calme matériel qui ne fut plus troublé.
La terreur courba le Var. Quant aux déportations et aux exils qui suivirent, s'il faut s'en rapporter k M. Maquan, le chiffre s'en éleva à mille six cent trente et un. Ce nombre est peut-être au-dessous, mais certainement n'est pas au-dessus de la vérité.
il marchait avec le colonel Trauers. Quel est rhomme qui, de sang-froid, deux jours après le combat, a ordonné le massacre de ces quatre jeunes gens» coupables d*avoir défendu les armes à la main la loi fondamentale du pays?
Le véritable meurtrier des quatre martyrs de Lorgnes ne fut pas l*horrible gendarme qui les tua, ce fut celui qui lui donna mission. La justice éternelle demande le nom de cet homme. Nous n*accusons pas M. Pastoureau , nous déclarons en notre ftme et conscience que nous ignorons quel a été son rôle dans cette affaire ; mais ce que nous disons hautement, c'est qu'il y va de Thonneur de M. Pastoureau de prouver qu'il fut étranger à cet horrible drame. Il le fera en nommant le coupable ou les coupables. (Noie de la deuxième édilion.J