‹ Paris en décembre, 1851Chapitre 35 sur 44 · BASSES-ALPES ET YAUCLUSB · texte numérisé non relu

BASSES-ALPES ET YAUCLUSB

État des esprits dans les Basses-Alpes. — L arrondissement de Forcalquier. — Arrestation manquée.— Insurrection. — Le sous-préfet Paillard. — Son arrestation. — Tentative de meurtre. — Escerlin et Godefroy. — Dangers courus par le sous-préfet. — Escoffier. — Soulèvement général. — Marche des insurgés de Gréoulx. — Insurrection de Sis^ teron. — Insurrection de Riez. — La ville de Digne. — Concentration des insurgés à Malijay. — Les autorités quittent Digne. — Entrée des insurgés. — Le Comité de résistance. — Capitulation de la troupe.

— Essais d'organisation. — Caractère de rinsurrection. — Mouvement de Barcelonnette. — Collision évitée. — Marche du colonel Parson. — Mouvejment concentrique sur les Basses-Alpes. — Les insurgés quittent Digne. -^ Rencontre des Mées. — Retraite du colonel Parson. — Dispersion des insurgés. — Aillaud (de Voix). — Le canton de Saint-Étienne-les-Orgues. — Fin de Tinsurrection. — Un épisode de Tétat de siège. — Insurrection tardive du Vaucluse.

— Marche des insurgés sur Avignon. — Leur dispersion.

Le département des Basses-Alpes est Tun des moins peuplés et des plus pauvres^ de France. Il ne renferme aucune ville importante; son chef-lieu Digne n'a pas six mille âmes, et les sous-préfectures ne sont que de tout petits endroits* Ce pays reculé avait été tout k fait étranger, jusqu'en 1848, aux luttes politiques. L'influence du clergé était prépondérante parmi ces populations simples et religieuses.

Par quel étrange et subit entraînement ce pays se trouva-t-il des plus ardents à accueillir l'idée républi*

caioe? Il ne serait pas facile de l'expliquer d'une façon satisfaisante. Mais à quelques causes qu'on l'attribue, le fait est positif.

Cet état d'opinion n'avait fait que s'accentuer de plus en plus jusqu'en 1851. L'organisation secrète des Montagnards y avait été établie avec une rare perfection. L'un des trois condamnés principaux du fameux complot de Lyon, Longamazino, était de Digne. Il avait eu, sans doute, une grande part à cette organisation. Toutefois, son arrestation n'avait nullement désorganisé le parti. L'ancien maire de Manosque» Buisson, prit la direction supérieure du département. 11 avait tout préparé pour que le parti républicain se levât en masse, à la première éventualité, et l'événement prouva que ses mesures avaient été prises avec la plus grande habileté.

On a raconté que dans une réunion de délégués des sociétés secrètes à Marseille, dans laquelle on ébaucha un plan de lutte pour 1852, Buisson aurait dit : « Nous sommes prêts à marcher au premier signal; on peut compter sur la levée en masse des Basses- Alpes. »

A part quelques communes isolées, le parti démocratique était en immense majorité parmi les ouvriers et les paysans. Partout il avait pour chefs des hooimes de la bourgeoisie, auxquels leur position indépendante et leur éducation supérieure, donnaient un ascendant considérable sur les masses populaires*

Le parti réactionnaire avait à peu près rmoncé à la lutte, et l'administration se trouvait seule en face de ces populations complètement hostiles.

Ail moment du 2 décembre, le préfet des Basses^

Alpes était M. Dunoyer. C'était un homme énergique, très-hostile au parti républicain. Le procureur de la République» M. Prestat, était plus particulièrement en butte à Tanimosité des démocrates. Divers procès politiques, dans lesquels ce magjistrat avait déployé un zèle persécuteur par trop excessif, le faisaient regarder par eux comme leur ennemi acharné.

Le sous-préfet de Forcalquier, M. Paillard, avait excité de non moins vifs ressentiments. Son arrondissement était plus que tout autre travaillé par le parti démocratique. Il renfermait Manosque, la ville de Buisson, et l'influence de ce citoyen y était prépondérante. M. Paillard s'était épuisé en efforts pour arrêter les progrès d'un parti qu'il croyait fatal h la France. Prévoyant même le jour où la lutte se déciderait par les armes, il avait essayé d'organiser à Forcalquier une garde nationale secrète, composée de bourgeois réactionnaires (1).

Les forces militaires, les seules donc sur lesquelles l'autorité pût compter, étaient peu considérables. Il y avait un bataillon d'infanterie à Dignor, une compagnie au fort de la Seyne, une à Entrevaux, une à Sisteron, des gendarmes et des douaniers. '

Les protestations républicaines ont été réprimées dans des départements trois fois plus peuplés que les Basses-Âlpes, avec des forces aussi considérables; mais en présence de l'organnation formidable du parti

(l) C'est M. Paillard qui a révélé ce détail dans le procès Tourniaire au Gonsttl de guerre de Marseille.

démocratique, elles se trouvaient évidemment insuffisantes.

La dépêche annonçant les décrets présidentiels arriva à Digne dans la soirée du 3 décembre. Le préfet Dunbyer s'empressa de les publier en y donnant son adhésion.

Une vive agitation se manifesta aussitôt dans la petite ville de Digne. Mais le chef-lieu n*étaitpas le centre du parti démocratique, et sa faible population y rendait l'agitation insignifiante. Toutefois, le préfet et le procureur firent immédiatement arrêter M. Charles Cotte, avocat, et quatre autres républicains influents. Cette mesure intimida la population. Le jeudi fut calme. Mais le vendredi tous les courriers manquèrent, le samedi de même. Digne était comme bloquée. Le bruit se répandit que toute la campagne était en armes.

Voici ce qui s'était passé.

L'arrondissement de Forcalquier était le vrai centre de l'organisation secrète. C'était de là que devait partir l'impulsion.

Le sous-préfet de Forcalquier avait reçu les dépêches de Paris, et en même temps Tordre de partir immédiatement pour Dunkerque où il était nommé sous-préfet. M. Paillard connaissait l'état des esprits; Une se trompa pas sur TefTet qu'allaient produire ces dépêches. Il crut cependant devoir rester à son poste; il ne partit pas. Il y avait quelque courage à agir ainsi, en présence des dangers que son impopularité allait lui faire infailliblement courir.

Le soir même, assez tard dans la nuit, un agent

secret vint Tavertir que Buisson, Escoffier et quelques autres chefs des plus influents du parli démocratique, étaient réunis en conseil, aux portes de la ville, dans une maison de campagiie.

Le sous-préfet essaya de les faire arrêter; il s'entendit avec le substitut du procureur de laRépublique, Paulmier, et ils se hâtèrent de prendre des mesures dans ce but. Il y avait en ce moment, de passage à Forcalquier, un détachem,ent du 25® de ligne. Le souspréfet et le substitut s'entourèrent de quelques soldats et se portèrent rapidement vers la maison de campagne désignée. Mais les républicains étaient sur leurs gardes. Lorsque les soldats escaladèrent les murs d'enclos, ils purent apercevoir quelques hommes fuyant dans Tobscurité. On entra ; le propriétaire de la maison fut trouvé seul et arrêté. Naturellement, il refusa de donner aucun renseignement sur ce qui s'était passé chez lui.

Dans la journée du jeudi, l'anxiété, l'attente de graves événements avait assombri la petite ville de Forcalquier. On disait déjii que le mouvement avait commencé dans les villages. C'était encore prématuré. 11 y avait, ce jour-là, foire h Mâne, petit bourg de. l'arrondissement. La foule de paysans qui. s'y trouvaient y reçurent le mot d'ordre du soulèvement que le Comité avait fixé au vendredi matin.

Le sous-préfet, qui voyait venir l'orage, retint la compagnie du 25® tout le jeudi, mais il ne put obtenir l'ordre nécessaire pour la garder plus longtemps. Elle partit le vendredi matin.

Dans la soirée du jeudi, M. Paillard fit tous ses

efforts pour relever le moral de$ réactionnaires de Forcalquier, et les engagea à s*unir à lui pour résister ii rinsurrection. Ce fut inutile. Le lendemain, une vingtaine se rendirent à la Sous-Préfecture, mais bientôt, effrayés de leur petit nombre, ils se retirèrent un à un, et laissèrent le sous-préfet seul avec lé substitut.

Pendant la nuit, le tocsin avait sonné dans tous les villages de Tarrondî^sement. Une première colonne formée dans la ville de Manosque^ s'était mise en marche sur Forcalquier, conduite par Buisson. Elle se grossissait en chemin de nombreux contingents. AMâne, elle rejoignit un rassemblement nombreux à la tête duquel se trouvaient les citoyens Pascal, ancien instituteur, et Escoffier, de Forcalquier, horloger, excellent républicain, aussi généreux que brave.

 onze heures du matin, le sous-préfet envoya la gendarmerie en reconnaissance sur la route de Manosque; elle ne revint pas. Les républicains l'avaient faite prisonnière.

Vers midi, une avant-garde de cent hommes armés déboucha en bon ordre sur la place.

Le sous-préfet, était seul avec M. Paulmier, comme nous Tavons dit. Il fît barricader la porte de la Sous- Préfecture, se revêtit de son uniforme et se plaça au balcon (1).

Le gros des insurgés débouchait. Ce n'était pas cette foule tumultueuse et désordonnée que nous avons si

(1) Ces détails ont été donnés par M. PaUlard au procès Tourniaire. La conversation qui suit est textuellement extraite de sa déposition.

souvent décrite. On sentait ici Torganisation préparée de longue main. Ces hommes s'avançaient avec ordre, assez bien armés, ^rmés en colonne serrée par sec- ' tiens, ayant chacune leur chef que l'on reconnaissait à un brassard rouge.

Ëscoffier, à cheval, et sabre h la main, commandait:

— Montagnards, halte! cria-t-il en arrivant devant le balcon de la Sous-Préfecture.

Les insurgés s'arrêtèrent et firent face. Alors Escoi&er s'adressant au souspréfet :

— Citoyen, dit-il, la Constitution est violée ; l'insurrection est un devoir sacré pour tous, et vos pouvoirs sont finis.

Le sous-préfet essaya de répliquer :

— Citoyens, on vous trompe. Le Président maintient la République ; il a rétabli le suffrage universel, il fait appel au peuple.

Cette interprétation du Coup d'État qui avait si bien réussi sur la population ouvrière de Paris, n'eut aucun succès à Forcalquier.

Il put k peine achever ces paroles. Une tempête de cris couvrit sa voix :

— A bas ! rendez-vous ! résignez vos pouvoirs. Plusieurs hommes le couchèrent en joue. M. Paillard découvrit sa poitrine, et leur dit :

*- Si vous êtes dés assassins, tirez, si vous l'osez ! Mais Buisson s'était déjà jeté au devant d'eux, et leur avait fait abaisser leurs fusils.

Cependant, Escoffier reprenant la parole, cria :

— Au nom du peuple, je vous somme de descendre. Déjà quelques hommes ébranlaient la porte à coups

de hache. Le sous-préfet avait montré une rare fermeté ; il lui était difficile de faire davantage. Il descendit.

Ëscoffier ordonna de le conduire k la Maison d'arrêt. Un peloton, commandé par un citoyen nommé Escerlin, l'escortait.

Pendant ces incidents, un certain désordre s'était mis parmi les insurgés, la plupart avaient rompu leurs rangs. Lorsque le sous-préfet et son escorte furent à quelque distance, un groupe de mauvais sujets, presque tous de Manosque, se rua sur l'escorte, en criant: Mort à Paillard !

Des coups de sabre furent dirigés contre le souspréfet; l'un des coups fendit son chapeau. Escerlinfit noblement son devoir : il lutta pour défendre le fonctionnaire: Un des coups de sabre dirigés contreM.Paillard, trancha la main du républicain.

Presque à la porte de la prison, un jeune homme de Manosque, âgé de dix-huit ans, nommé Tourniaire, atteignit le sous-préfet de la pointe de son sabre. M. Paillard s'affaissa, presque évanoui, et fut transporté jusqu'à la Maison d'arrêt.

La blessure du sous-préfet, quoique légère, le faisait souffrir beaucoup ; il ne tarda cependant pas à reprendre ses sens(l). Un charron, nommé Godefroid, l'un des plus ardents parmi les insurgés, avait été ému en voyant la triste situation du sous-

(1) Le trait d^Escerlin a été raconté par M. Paillard au procès de Toumiaire ; le sous-préfet ignorait le nom de son protecteur, et c'est par la déposition de M. Niel, huissier à Forcalquier, que nous avons appris qu*il se nommait Escerlin.

préfet, et s'était constitué son protecteur plutôt que son gardien.

M. Paillard semblait désormais en sûreté dans la Maison d'arrêt, lorsqu'une fausse alerte vint, de nouveau, mettre ses jours dans le plus grand danger.

Le bruit se répandit que les soldats du 25®, partis le matin, revenaient pour délivrer le sous-préfet.

.Le cri aux armes ! retentit; les tambours battirent le rappel, et les insurgés se rangèrent, de nouveau, en colonne. EscofSer se mit en tête et prit rapidement la route de Digne pour marcher contre la troupe.

Malheureusement tous les insurgés n'étaient pas partis. Une centaine de traînards peu pressés d'aller au feu, étaient restés à Forcalquier. Ils se ruèrent sur la prison, et voulurent forcer le sous-préfet et le substitut à marcher avec eux à la suite de la colonne. En vain, ce dernier et Godefroid leur exposèrent l'état de faiblesse de M. Paillard; la bande fut sans pitié. Il fallut partir. A grand'peine Godefroid put-il obtenir que les deux prisonniers ne seraient pas attachés. Le sous-préfet blessé ne se traînait que difficilement, ses souffrances étaient extrêmes.

Cependant Godefroid et quelques autres républicains l'entouraient et le défendaient contre toute nouvelle tentative de meurtre. Godefroid avait dit résolument :

— Vous me tuerez avant d'attenter aux jours du sous-pr6fet.

— Tu as beau faire et beau dire, répondaient ces furieux, nous le pendrons, et c'est toi qui tireras^ la corde.

Godefroid, seDiant qu'il ne pourrait peut-être pas empêcher le crime qu'il redoutait, envoya prévenir EscofSer de la cruelle situation de son prisonnier.

À Tembranchement du chemin de Hanosque, Ëscofiîer rejoignit, au galop, le triste cortège. Sa présence suffit pour intimider la bande. Il reprocha à ces hommes leur cruauté, et menaça de tuer de sa main celui qui ferait un geste contre le sous-préfet. Il descendit âe cheval, fit monter à sa place M. Paillard, et raccompagna jusqu'à la ferme la plus voisine. Le souspréfet, à bout de forces, s'évanouit en y arrivant. C'est là que deux hommes de cœur, M. Duval, ingénieur, et M. Devaulx, officier en congé, vinrent rejoindre le sous-préfet pour tenter de le protéger.

Il n'était pas encore hors de danger. Quand Escoffier se fut éloigné, on plaça M. Paillard sur une charrette, et l'on se remit en marche. Les bandes qui l'entouraient chantaient en chœur ;

Braves montagnards, Nous pendrons le Paillard.

Le dévouement de MM. Duval et Devaulx, l'énergie de Godefroid, et une nouvelle intervention d'Escoffier, mirent un terme définitif à ces tristes scènes. M. Paillard fut renvoyé libre et put arriver, quelques jours après, à Avignon (1).

(1) Tous ces détails sont extraits de la déposition de M. Paillard au Conseil de guerre de Marseille. Ajoutons que, sans lui, nous ne connaîtrions pas la vérité sur ces événements. Les journaux du temps les avaient complètement défigurés. Le Mémorial éTÀix annonçait que M. Paillard avait été lâchement assassiné; un témoin très-digne de foi avait vu son cadavre étendu sur la route. Un autre journal attribnait

Dans cette journée du 5, Tinsurrection éclata dans la majeure .partie du département avec un redoutable ensemble. Il n'y eut ni hésitations, ni délibérations. Tout se leva. La bourgeoisie prit la part la plus active à ce mouvement. Avocats, médecins, notaires, commerçants, propriétaires, partirent le fusil sur l'épaule, en tête de chaque bande. Dans les arrondissements de Forcalquier, Digne et Sisteron, il n'y eut guère de famille de paysans qui n'envoyât quelqu'un de ses membres h l'insurrection. Plus de trois mille hommes se réunirent à Forcalquier pour marcher sur la Préfecture. C'est énorme proportionnellement à la faible population de ces cantons.

Un juge du tribunal de Forcalquier, M. Correnson, adhéra à la résistance et se mit h la disposition du Comité républicain. Ce Comité, qui fut laissé à Forcalquier pendant que le gros des colonnes républicaines marchaient sur Digne, était présidé par M. Pascal. Celui-ci déploya une rare énergie pendant les huit jours qui s'écoulèrent avant la réoccupalion de Forcalquier par les troupes.

Sur la rive gauche de la Durance, deux républicains influents, M. Aristide Guibert, avocat, et M. Gustave

sa délivrance & la bravoure de la garde nationale de Forcalquier, etc. C*e8t À M. Paillard lui-même que nous devons de connaître la conduite honorable d^Ësc^liUi de Godefroid «t d'Ëscofâer.

(Note de laprenûère édition.)

— J'ai quelque raison de croire que M. Paillard a un peu trop dramatisé le récit de ses aventures. Toutefois, en l'absence d'autre source de renseignements positifs, je conserve ma première version, extraite de sa déposition.

Jourdan, ancien magistat, partirent de Gréoulx, petit établissement thermal sur la limite des Bouches-du- Rhône, k la tête d'une centaine d'insurgés. Ils entrèrent h Valensolles, chef-lieu du canton, et s'y recrutèrent des contingents des villages voisins. De là, sans perdre de temps, ils remontèrent la grande route de Marseille k Digne. Quand ils traversèrent Oraison, le bourg était endormi, et leurs tambours, réveillant la population, firent accourir en armes une foule d'hommes à demi-vêtus. A la pointe du jour, ils arrivaient auxMées, autre chef-lieu de canton. A chaque embranchement du chemin de nouvelles bandes venaient grossir leur colonne. Lorsqu'ils atteignirent Malijay, elle comptait dix-huit cents hommes.

Un des contingents qui les rejoignirent mérite une mention toute particulière : c'est celui du village de Sainte-Croix. Le chef du mouvement républicain dans cette commune avait été le curé, M. Ghassan (1).

Dans l'arrondissement de Sisteron, un garde général des eaux et forêts, révoqué récemment pour opinions politiques, M. Aillaud (de Voix), quittait le village de Ghâteau-Arnoux h la tête de toute la population valide.

Il désarmait la gendarmerie de Volonne et entrait bientôt a Sisteron.

Une autre bande venue d'un canton voisin du département des Hautes-Alpes, y arrivait en même temps- La population même de la petite ville avait déjà pris

(1) L'abbé Chassan se réfugia en Piémont, où il habitait eDCore il 7 Il quelques années.

les armes h la voix de Tavocat Barneaud. Le souspréfet s'était réfugié dans la citadelle, sous la protection de la garnison qui Toccupait.

Divers journaux ont même raconté que les canons de la citadelle avaient tiré sur la bande dauphinoise^ au moment où elle passait le pont de la Durance.

Le samedi matin, Barneaud et Âillaud (de Voix) quittèrent Sisteron pour marcher sur Digne, laissant à la Mairie une Commission révolutionnaire avec un détachement armé pour bloquer la citadelle.

La partie méridionale du département, celle qui confine le Var, n'était pas restée inactive. Riez, Mézel, Moustiers, s'étaient insurgés. Le docteur Allemand et bon nombre d'autres démocrates, appartenant à la. bourgeoisie, s'étaient mis à la tête des paysans de ces cantons et marchaient aussi sur Digne.

La tentative de meurtre contre M. Paillard fut un fait entièrement isolé; rien de semblable ne se produisit ailleurs. Une modération égale à l'énergie déployée fut le caractère de cet^ insurrection. Ce soulèvement éclatant partout ii la fois, cette marche immédiate, sans hésitation ni tâtonnement, révèle une organisation de longue date et un plan préconçu. Les autres départements n'ont rien vu de semblable.

Qu'on se figure la situatic/n de la ville de Digne, pendant ces deux jours. Adossée aux montagnes qui la séparent du Piémont, elle n'a que deux grandes lignes de communication avec l'intérieur de la France, la grande route de Marseille et celle de Grenoble. Eties étaient coupées l'une et l'autre par les colonnes d'insurgés.

Dans eette absence de nouvelles aotre^qae celles du soulèvement général des campagnes, les^bruits les plus alarmants circulaient. On disait Paris en révolution, Lyon et Marseille insurgés,' tout le IVfidi en feu.

I>es rassemblements se formèrent, le 5, pour demander la mise en liberté des citoyens incarcérés la Teille. Le préfet et le procureur de la République y opposèrent un refus' énergique*. Le lendemain^ samedi, tes réclamations recommencèrent plus vives et plus impérieuses. Le maire d<e Digne, M. Fruchier, insista pour qu*on donnât satisfaction au peuple, seul moyen d'éviter une collision imminente. M. Cotte et ses amis furent mis on liberté. Le peuple manifesta sa joie par de bruyantes acclamations; Il n'y eut cependant aucun désordre. Les émissaires qui arrivaient des- campagnes recommandaient le calme aux habitants de Digne, promettant Tarrlvée prochaine des contingents des cantons.

Le samedi matin, le bataillon d'infanterie de la garnison partit pour occuper 1» position de Malijay. Ce village est situé au confluent de la Durance et de h Bléone qui passe k Digne. C'était un perint stratégique important. Les routes de Marseille, de Forcalquier,de Sisteron à Digne s'y croisent. Les bandes républicaines qui arrivaient par ces directions devaient y faire leur jonction..

Vers les dix heures du matin le chef de bataillon, craignant d'être enveloppé par des forces immensément supérieures, battit en retraite et revint à Digne.

Dans la- journée, les insurgés se concentrèrent à Malijay; ils s'y organisèrent pour continuer la marche

sur le chef-lieu en remontant la vallée de la Bléone. Ils étaient déjà au nombre de sept à huit mille.

Au retour du bataillon, le préfet passa en revue la garde nationale et la troupe pour juger de leurs dispositions. Les soldats paraissaient tristes. La garde nationale, au contraire, était pleine d'animation. Elle poussa des cris enthousiastes de vive la République! vive la Constitution! et d'autres encore plus significatifs.

Dans l'après-midi, elle se réunit de nouveau spontanément sur le pré de Foire au chant de la Marseillaise (1).

La situation était grave.

Un Conseil de guerre fut tenu. Le préfet proposa, dit-on, de se défendre k outranca, et, au besoin, de se réfugier dans le fort de la Seyne avec la garnison. M. Prestat appuya seul cet avis énergique.

Le major Chevalier, commandant la gnrnîson, ne crut pas pouvoir exposer quelque» centaines de jeunes soldats démoralisés à être attaqués en rase campagne par des milliers d'hommes enrégimentés par les sociétés secrètes et commandés par des chefs que Ton savait énergiques. 11 préférait rester à Digne et se confiner dans la caserne où il se défendrait s'il était nécessaire.

La défense de la Préfecture fut ainsi abandonnée. Le préfet ne crut pas prudent de rester à Digne ; il partît, le soir même, pour le fort de la Seyne, d'où il ne tarda pas à gagner les Hautes-Alpes. Le procureur

(l) Glaneur des Basses^Alpes da 26 décembre.

de la République fit de même et se cacha chez un ami sûr (1),

Dès neuf heures du soir, la ville était livrée k ellemême. Cependant la soirée fut très-calme. Soit que le départ des autorités fut encore ignoré, soit pour tout autre motif, Digne s'endormit comme si rien d'extraordinaire ne se fût passé.

A trois heures du matin, toute la population se réveilla au bruit des tambours et au chant de la Marseillaise. C'étaient les douze à quinze cents hommes de Riez, Houtiers, Mézel, qui entraient par la route du Var.

Ils occupèrent successivement la Mairie, le Palais de Justice, la Préfecture, placèrent des postes partout sans le moindre désordre. Quand le jour se leva, la ville était au pouvoir dés républicains. La matinée Ait employée à préparer des logement» et des vivres à la grande armée de Tinsurrection, qui avait campé à Malijay pendant la nuit du samedi au dimanche,

À dix heures du matin, elle fit son entrée & Digne.

Le spectacle était vraiment extraordinaire. Cette multitude, persuadée que la France entière se levait comme elle, rayonnait d*enthousiasme. Elle s'était pliée aux allures militaires avec cette facilité si remarquable dans la race française. Les hommes de chaque commune formaient une compagnie commandée par un chef reconnaissable à son brassard rouge; les cantons formaient des bataillons ayant chacun leur cooi' mandant et leur drapeau. La blouse bleue avec ia

(1) Glaneur des Basses-Alpes du 26 décembre.

ceinture rouge, le chapeau ou casquette avec la cocarde de même couleur, étaient rhabillement général et donnaient une apparente uniformité & la troupe. L'armement seul était pittoresque et varié. Les vieux mousquets de garde nationale à baïonnette rouillée, les fusils de chasse à deux coups dominaient, parsemés çà et \h de carabines, de fourches et de faux. L'ordre le plus surprenant régnait dans cette petite armée révolutionnaire.

La population de Digne s'était portée en foule k la rencontre des insurgés; elle les salua de ses vivats, émerveillée de ce curieux spectacle. Ils défilèrent et allèrent se ranger sur le pré de Foire, en attendant avec patience qu'on leur assignât des logements.

Les journaux de Paris ont fait un tableau effrayant de cette entrée des insurgés à Digne. — L'ordre y règne.... comme dans une ville prise d'assaut, dit la Patrie. Les meurtres, les viols et le pillage ne sont pas oubliés. Quelque part on représente Buisson» à la Mairie, demandant soixante-dix têtes.

Il est assez curieux et instructif de comparer h cela l'impression des habitants de Digne, pas des démocrates, mais des partisans du Coup d'État. Le rédacteur du Glaneur des Basses-Alpes, écrivant le 26 décembre, au fort de la réaction, racontait cette entrée dans un récit peu bienveillant pour les républicains, et ne pouvait s'empêcher de dire formellement : « L'ordre ne fut pas troublé un seul instant. »

Digne est une très-petite ville, et l'encombrement fut grand. Les édifices publics, puis l'Évêché, le Grand

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Séminaire, reçurent un grand nombre d'insurgés; les autres logèrent ehez les particuliers.

Constatons que ces huit à neuf mille hommes passèrent deux jours à Digne, maîtres absolus de cette ville, et, ni un vol, ni une violence quelconque ne furent commis. Ces Jacques, ces vrais Jacques, — ils étaient presque tous paysans, — se montrèrent scrupuleusement honnêtes.

Les chefs se hâtèrent d'organiser Tinsurrection.

Un Comité central de résistance se constitua sur-lechamp.

Il se composa des citoyens Buisson, de Manosque, président; Charles Cotte, de Digne; Escoffier, de Forcalquier; Aillaud, de Voix; Pierre Alhaud; Aristide Guibert, deCréoulx; Gustave Jourdan ; Barneaud, deSisteron.

Le Comité s'installa à la Sous-Préfecture. Son premier soin fut d'entrer en pourparlers avec le capitaine de gendarmerie et le major Chevalier, commandant le bataillon de garnison.

Les quarante gendarmes concentrés h Digne furent désarmés; le capitaine seul obtint de conserver son épée.

Le major Chevalier conclut une capitulation dont voici les principales conditions. La troupe conserverait ses armes et resterait consignée à la caserne.. Elle s'engageait à vingt jours de neutralité. Les munitions qui se trouvaient à la caserne devaient être partagées, et le commandant devait consigner entre les mains du Comité les fonds appartenant à l'Ëtat, qui y avaient été déposés.

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Il s'agiddait d'une Mmine de quiate mille franes appartenant à la fiedet^ géaérale (1).

Les cbefe du fiiouvemdDt croyaient encore, sinon au triomphe de la KèpnbHque h Paris, du moins à cette levée en masse du Midi, dont Marseille devait être la base. T0utesleufsme9ar.es n'avaient qu'un but: mettre les Ëasses-AJpes ea état ^e fournir leur contingent d'hommes et d'ffl^geni à la lutte terrible qu'ils croyaient engagée. On va voir qu'à ce point de vue, ils continuèrent k agir^vecihaldileté et décisioia.

Les caisses de Ja -Reôettefrénérale, des receveans des coiUitributions indirectes» des receveurs de Tenre- ^istrement» des douanes, etc., furent saisies et transportées à la Préfeotureu

Une circulaire t£at adressée dans chaque commune, prescrivant tes mesures .suivantes :

Un Gomifté de résistance «de trois «nembres devait ^eélD, sur-le-champ , dans chaque chef-lieu de eutou^ et dans chaque commune. Les Comités commua naùx«devaieinl correspondre avec les Goadtés canlo- Baux, dt cenx-<i avec le O^mité central, k Digne* Toutes les mu4Qi£^[Milités étaient dissoutes et les'Gomités avaient jvleins pouvoirs. Tous ks juges de f^dx étaôeikt révoqués ei devaient être remplacés par it peuple au suffrage universel.

Les Gonirtés communaux devaieM veiller au désarmement de toutes les i)iH£ades de gendarmerie nott lencore désarmées. Le d^artement étant comme leii

(1) le GUmeur est le seul journal qui ait fait connaître' les actes du Comité inmirrectionnel de Digne. "Nous lui empruntons bon nombre de 43M dâtaik éaoA aoub mvons \eriS67esactitade.

état de siège, les Comités devaient faire arrêter tous les individus accusés de crimes, meurtres, vols ou pillages ; les faire juger sans délai, et punir de mort les coupables. Ils devaient lever les impôts, amasser des subsistances, faire partir touslesjeunes gens valides qui n'auraient pas encore pris les armes.

Les Comités cantonaux devaient centraliser ces ressources et les diriger sur les points indiqués par le Comité central.

Les Comités communaux devaient, en outre, veiller à la subsistance des familles pauvres, dont les soutiens seraient en armes pour la défense de la République.

Ces mesures reçurent un commencement d'exécution dans un certain nombre de communes.

Le Comité central décida, en outre, qu'une solde suffisante serait donnée k tous les hommes sous les armes, à charge de veiller eux-mêmes à leur subsistance, et de payer tout ce qu'ils prendraient. Cette solde ne devait cependant être fournie qu'aux citoyens pauvres. Les chefs de commune devaient en dtesser la liste et faire eux-mêmes la distribution. Il y eut deux paiements de faits; mais le registre sur lequelse trouvaient les reçus des chefs de commune fut brûlé lors de l'évacuation de Digne, dans un but facile i comprendre.

La nuit du dimanche au lundi fut fort tranquille, malgré la présence d'une masse d*insurgés supérieure à la population entière de la ville. Le Glaneur en fait la remarque.

De quelque façon qu'on juge la conduite politique des promoteurs de l'insurrection des Basses-Alpes,

on ne peut s'empéoher de reconnaître qu'ils ont quelque sujet d'être fiers d*avoir su agir avec autant d'énergie et de modération à la fois.

Pendant cette même nuit» la petite ville de Barcelonnette avait eu son mouvement insurrectionnel.

Barcelonnette est située dans la haute vallée de la Durance, au pied des grandes Alpes. Petit chef-lieu d'un tout petit arrondissement» elle semblait devoir, par sa position isolée, échapper aux orages de la politique. Il n'en fut rien.

L'ordre du Comité central de résistance de Digne y arriva dans la nuit du dimanche. Les trois républicains influents de l'endroit, Gastinel de Saint-Pons, Pascal Buff, et le libraire André, étaient naturellement désignés pour former le Comité de résistance cantonal. Ils se réunirent dans la nuit, et résolurent d'inaugurer leur entrée en fonctions par l'arrestation immédiate des autorités.

La population de la petite ville était, du reste, tout à fait dévouée au parti démocratique. Â la pointe du jour, trois ou quatre cents hommes armés se réunissaient sur la place et désarmaient, sans coup férir, les gendarmes et les douaniers. Peu après, le souspréfet, le procureur de la République et quelques autres fonctionnaires étaient arrêtés et emprisonnés.

La chose se fit promptement et sans violences; le Comité de résistance s'établit à la Mairie, et Tordre no tarda pas h se rétablir.

Un incident peu connu faillit rendre sanglante cette petite insurrection.

Il y avait, sur la frontière du Piémont, un certain

nombre de villages où n'avait pas pénétré l'esprit révolutioimaire. L'autorité y avait conservé tout soi prestige; la nouvelle de Tarrestatioa du sous-préfet et 4u procureur y souleva les esprits. Quatre-vingts douaniers et deux ou trois cents paysans formés en garde nationale, marchèrent sur Barceloanelte à la délivrance des autorités.

La nouvelle en arriva bientôt à la vîlle républicaine, et y excita la plas vive irritation. La population valide se leva en masse; des dispositions de combat furent prises, et Von se prépara à une lutte acharnée.

Lecuré deBarcelonnette, témoin de ces apprêts de guerre civile, voulut tenter d'arrêter reffusion au sang.

Autorisé par le Comité de résistance, il se rendit au devant des paysans. Il exhorta ces braves gens à ne pas commencer une lutte fratricide et sans résultat possible, puisque les destinées de la France se décidaient ailleurs. Il ne leur cacha pas qu'ils allaient être obligés de livrer un rude combat, s'ils persistaieot dans leur dessein. Les paysans et les douaniers ne firent pas grande difficulté et regagnèrent leurs villages.

Cet incident n'eut pas d'autre suite.

• A Digne, la garde nationale s'était réorganisée dans la matinée du lundi, et avait élu à l'unanimité le citoyen ' Uaumé pour commandant.

Peu après fut présentée au Comité de résistance une adresse d'adhésion signée de trois cent cinquaflte

notables de la ville, dont beaucoup, dit-on, appartenaieat au « grand parti de Tordre j[l}. »

C'est encore dans cette matinée que le Comiié de résistance rendit, à la sollicitation des paysans, un décret abolissant Timpôt des boissons.

L'acte était peu légal, mais il était fort babile, au point de vue révolutionnaire. Pour beaucoup de paysans du Midi, la diminution effectuée de i*impôt du sel et labolition promise de celui des boissons étaient les dçuK grandes raisons qui les attachaient à la République.

Les insurgés se livrèrent h une joie naïve. Des farandoles célébrèrent le décret. L'impôt aboli, il fallait en effacer les traces. Les plus animés voulurent faire un feu de joie avec les registres des droits -réunis. Le Comité de résistance leur en donna la permission.

L'auto-da-fé fut célébré sur le pré de Foire. C'est là le seul incendie allumé par les Jacques.

L'ordre ne fut pas plu$ troublé que la veille.

Un meurtpe avait été commis aux environs de Malijay. Le juge d'instruction fut mandé au Comité de résistance, et invité à commencer Tinformation comme en temps ordinaire.

Cependant le Comité recevait les nouvelles les plus funestes pour la cause républicaine. Il apprenait successivement la pacification complète de Paris et la tranquillité des principales villes de France. Marseille, surtout, sur laquelle les républicains des Basses-Alpes avaient compté, non-seulement n'était pas au pouvoir du peuple, mais ne s'était pas même insurgée.

(1) Glaneur da 26 décembre.

Sur le soir, un avis sûr arriva, annonçant la marche sur Digne du colonel Parson» parti de Marseille, avec le 14« léger.

Cette nouvelle surtout était grave. L'autorité devait être bien rassurée, puisqu'elle détachait de Marseille des troupes contre les départements voisins. Les membres du Comité sentaient leur insurrection réduite à Timpuissance; et, en même temps que la douleur de la République et de la liberté perdues, ils ressentaient, sans doute, le regret d'avoir inutilement exposé la fortune, la liberté et la vie de tant de milliers d'hommes.

Fallait-il continuer la résistance? Il semble que le parti le plus raisonnable était de se dissoudre à l'instant, et de ne pas prolonger une lutte sans but. La majorité du Comité en décida autrement. Plusieurs pensèrent, sans doute, que la défaite du parti démocratique n'était pas assez certaine, et tous sentirent certainement beaucoup de répugnance à paraître céder sur la seule nouvelle d'une troupe envoyée contre eux.

Le Comité décida donc qu'une colonne se porterait & la rencontre du Ol^ léger et lui disputerait le passage.

Une proclamation annonça au peuple qu'une colonne de troupes s'avançant par la route de Marseille, il fallait marcher b sa rencontre.

La masse qui ne savait pas tout, se montra pleine d'ardeur. Les tambours battirent le rappel ; les sections désignées pour marcher se formèrent en bon ordre.

 sept heures du soir, cinq à six mille hommes À' ébranlèrent et partirent^ pleins d'enthousiasme, au

cbant de la Marseillaise. Gustave Jourdan, Buisson, Aillaud (de Voix), Cotte, EscofBer étaient avec eux. Quelques autres membres du Comité étaient restés à Digne avec le reste des insurgés.

Le mouvement du colonel Parson sur Digne n'était pas isolé.

Dès le samedi, le général Hecquet, commandant la division militaire de Marseille, s'était disposé k profiter de la tranquillité qui régnait dans cette grande ville pour étouffer les mouvements de résistance des départements voisins.- Les nouvelles du Var et des Basses-Alpes devenant de plus en plus graves, il résolut de faire marcher, sans retard, sur ces deux foyers d'insurrection.

Le colonel Parson fut envoyé le premier avec un fort bataillon du 14® léger; il avait ordre de pousser jusqu*& Digne, par la route ordinaire qui su itia rive gauche de la Durance.

On ignorait encore, en ce moment, la prise de la Préfecture par les républicains.

Le colonel de Sercey dut aller par Brignoles et Barjols, opérer contre les démocrates du Var, et entrer ensuite dans les Basses-Âlpes. Le colonel Vinoy dut marcher également sur ce département en traversant celui de Vaucluse. D'autres troupes étaient tenues en réserve.

De son côté, le préfet Dunoyer^ arrivé à Gap, avait pu disposer d'un bataillon; il allait descendre sur Sisteron, et prendre à revers les insurgés.

Ce mouvement^ concentrique ne pouvait manquer d'écraser l'insurrection.

Le colorre! Parson partit, un jour h rarance, sans artillerie, et avec quelques gendarmes pour toute cavalerie, s'enfonça résoîûment dans les Basses- Alpes.

Le lundi soîr, il arriva jusqu'à Oraison. Le mardi matin, il reprit sa marche en avant.

Sa position était un peu aventurée. A plus d'une étape du colonel de Sercey et du bataillon du 21®, qui marchait pour l'appuyer, il aurait pu être écrasé par le gros des insurgés avant d'être secouru. Mais le colonel, plein de mépris pour des bandes sans organisation ni discipline, ne s'inquiétait guère d'une pareille éventualité.

Le mardi, donc, son avant-garde arriva aux Mées, gros bourg h une lieue de Malîjay. et y fut reçue à coups de fusil. Elle se replia rapidement, et le colonel, surpris de l'audace des insurgés, se porta aussitôt vers le bourg.

Les insurgés, comme nous l'avons vu, avaient quitté Digne, la veille au soîr. Cette marche de nuit, par un froid glacial, avait été terrible. L'enthousiasme, qui animait les bandes an départ de Digne, s'était éteint par degrés Les mrauvaises nouvelles circulaient dans les rangs; la réflexion venait, et l'on se disait que les affaires allaient mal, puisqu'on avait pu si tôt envoyer des troupes de Marseille. Beaucoup de paj'ans désertèrent durant la marche, et la colonne arriva bien diminuée à Malijay.

Des feux de bivouac allumés aux abords du village permirent d'achever cette^ nait un* peu moins péniblement. Lorsque le jour se leva, les insurgés, partis-

plus de cinq mille, n'étaient guère que trois mille dAq cents ou quatre mille hommes. Il est Trai que ceux-là étaient les plus résolus et les mieux di^osés»

Malijay est un point important; on ayait songé d*abord à y attendre la troupe. Que]iqu'iin signala comme excellente la position des Mées, siivée, une lieue plus en avant, siur la route do Marseille. OaaUa ro€cuper*.

La gi'ande route avant d'arriver aux Mées est serrée entre la Durance et des hauteurs esearpées. Elle forme ainsi une sorte de défilé fermé par le bourg et difficile à forcer s'il est défendu avec quelque résolu- ^ tion.

C'est là que se^ posta la petite armée insurrectionnelle. Une partie occupa fortement le bourg; le reste prit position sur les hauteurs dominant la route* Le garde général des eaux et forêts, Aillaud (de Voix)» semble avoir dirigé ces- dispositions des insurgés.

Le colonel Parson ne les supposant pas capables de tenir contre la ligne, ordonna l'attaque.

Les premiers détachements républicains se replièrent après quelques coups de feu ; mais la troupe parvenue à l'entrée du défilé, se trouva en présence d'obstacles insurmontables- Le colonel Parson consentit à parlementer. Plusieurs membres du Comité de résistance vinrent à lui et proposèrent une suspension d'armes. A la suite d'une discussion sur laquelle nous n'avons que peu de détails, les parlementaireBfurent saisis et conduits prisonniers à la q^ueue de la colonne.

La troupe recommença, sinon k attaquer, du moins à tàter la position des républicains. Ceux-ci firent la meilleure contenance.

Une compagnie d*infanterie s'engagea dans un sentier qui conduisait au-dessus des crêtes occupées par les insurgés. Le succès de ce mouvement allait permettre une attaque vigoureuse sur le bourg.

La compagnie, assaillie à Timproviste dans un chemin creux, fut surprise, rompue et dispersée, laissant le capitaine, le sous-lieutenant et une vingtaine de soldats entre les mains des républicains. Ces prisonniers, conduits au bourg des Mées, furent un instant menacés.

Quelques furieux se jetèrent sur les deux officiers et menacèrent de les fusiller. Aillaud (de Yolx) les arracha de leurs mains et les préserva de toute violence (1).

Cet échec compromettait la petite colonne de troupes. Le colonel Parson ne s'obstina pas à enlever une position aussi forte et bien défendue, il relâcha les parlementaires arrêtés et battit en retraite. II rétrograda, le soir même, jusqu'à Vinon sur le Verdon, petite ville du Var à la limite des trois départements des Basses*Alpes, Bouches-du-Rhône et Var.

Les pertes étaient de part et d'autre de quelques hommes tués et blessés.

Les soldats avaient déployé leur bravoure ordinaire. On raconte que l'un d'eux, les deux poignets percés d'une balle, ne voulut pas abandonner son arme et eut

(i) C'est le capitaine fait prisonnier qui a déposé de oe fait au procès d*AiUaud (de Voix) devant le Conseil de guerre de Marseille.

la force de rejoindre ses camarades en serrant son fusil contre sa poitrine avec ses bras mutilés.

On dit aussi que parmi les républicains, la compagnie de Sisteron, commandée par le citoyen Férédoux, déploya beaucoup de résolution.

C'est dans la soirée qui suivit cette affaire que les républicains décidèrent la cessation de la résistance.

L'inutilité de la prolongation de la lutte était désormais évidente. Les chefs connaissaient là marche de forces nouvelles dirigées contre eux ; ceux qui avaient voulu combattre pouvaient être satisfaits; s'ils se dispersaient, c'était après un succès et non après une déroute. Tous se séparèrent donc pour regagner leurs foyers ou pour se soustraire aux poursuites inévitables de Tautorité victorieuse (1).

Âillaud (de Yolx), seul, ne consentit pas à poser les armes. Il s'entoura de quelques centaines d'hommes armés, traversa la Durance et se dirigea vers les montagnes de l'arrondissement de Forcalquier.

Les membres du Comité restés à Digne quittèrent

(1) Voici comment toas let journaax, y compris le Moniteur ^ me>> tionnent le combat des Mées : Le lieatenant-colonel Parson a rencontré les insurgés anx Mées. Après un combat de quelqnes instants, ils se sont enfuis dans toutes les directions. — Après bien des recherches, nous avons trouvé dans le Courrier de Marsetlle une mention de 1 affaire, courte mais exacte, et enfin quelques détails plus précis dans la déposition du colonel de Sercey au procès d*Ailtaud. Faute de documents, nous avons dû nous borner à donner un lécit ^rai, quant à Tcnsemble, mais qui demanderait à Mre complété.

(Note de la première édUion)

— J*ai modifié ce premier récit, où s'étaient glissées quelques inexactitudes.

cette Tille de leur côté, en congédiant les insurgés qui y étaient encore demeurés.

Ce jour-là, 10 décembre, le préfet Dunoyer entrait à 8isteroa sans résistance avec le bataillon qu'il amenait de Gap. Le Comité de résistance de Sisteron ne s'enfuit pas et fut arrêté h l*H6tel-de-ViIle. M. Dunoyer séjourna h Sisteron le 11, et arriva, le lendemain, k Digne.

Tout y était rentré dans le calme le plus absolu.

Les colonels Parson et de Sercey avaient opéré leur jonction, le 11 ; ils remontèrent lentement la Durance avec quinze cents hommes d'infanterie, des hussards et du canon. Us arrivèrent h Digne le 13.

Manosque avait été occupée, le 10, par un bataillon du 21®. Le colonel Vinoy venant d'Avignon, déboucha sur Forcalquier, le 12. De là, cet officier se dirigea rapidement à la poursuite d'Âillaud (de Voix), pour détruire le dernier rassemblement armé.

Aillaud avait passé la nuit du 12 & Fontienne; le 13, il était & Saint'Ètienne-les-Orgues, au pied des montagnes de Lure.

La petite ville de 8aint-Étienne-les-0rgues était passée, en quelques jours, par d'émouvantes péripéties. La Patrie et beaucoup d'autres journaux après cette feuille, ayant raconté que le canton de Saiot- Ëtienne avait été saccagé, la ville pillée, les dames de qwlques notables principaux^ violées, etc., il n'est pas inutile d'entrer dans quelques détails.

Nous empruntons le fond de notre récit au Glaneur des Basses 'Alpes du 26 décembre, qui reproduit la

lettre d'hall réactionnaire de l'endroit, témoin oculaire des faits.

Le dimanche, 7 décembre, le bruit se répandit dans le bourg que la troupe et les autorités avaient réoccupé Forcalquîer. Le fait était faux ; mais la nouvelle suffit pour relever le courage du « parti de l'ordre » qui était en majorité dans le bourg. Quelques heures après, une estafette insurgée arriva de Forcalquier, apportant une proclamation du Comité de résistance de cette ville qu'il se mît en devoir d'afficher*

Le maire de Saint-Étienne> M. Tardieu, alla droit L cet homme, et demanda de quel droit il affichait un placard séditieux.

L'insurgé répondît qu'il avait reçu ordre de le faire.

— Eh bien! moi, j'ai ordre de le déchirer, repartit le maire.

Et, joignant l'action h la parole, îl lacéra la proclamation.

L'insurgé remonta à cheval et s'éloigna en disant que M. Tardieu et les réactionnaires de Salnt-Étienne se repentiraient bientôt de cette audace.

Le soir même, on apprit la fausseté de la nouvelle du rétablissement de l'ordre à Forcalquier, et l'on trembla iau souvenir de la menace faite par l'insurgé. Le départ de presque tous les démocrates de la contrée pour Digne aurait bien rendu la résistance facile, mais nul n'osa même y songer.

Le lendemain, un détachement d'insurgés armés,^ envoyés par Pascal, le jg^ésident du Comité de Forcalquier, arriva à Saint-Étienne. Le chef se rendit à Id Mairie et fit publier à son de trompe l'ordre à tous les*

habitants de venir remettre leurs armes et munitions, sous les peines les plus sévères. On obéit.

Gela fait, le même chef prononça la révocation du maire et installa pour le remplacer une GomroissioD révolutionnaire composée de quelques démocrates de l'endroit.

Pendant que cela se passait à la Hairiet deux individus de Saint-Étienne, les nommés Gendron et Cbaavin, dit le Glaneur^ ennemis personnels du maire, trouvant Toccasion propice, entrèrent chez H. Tardieu, et se livrèrent à la dévastation la plus complète. Glaces, meubles, pendules, vêtements, tout fut brisé. sali ou lacéré.

Le chef insurgé, averti aussitôt de ces excès, aecourut avec ses hommes. Les deux coupables, pris sur le fait, furent arrêtés, enchaînés et conduits à la prison de Forcalquier. Le chef du détachement républicain, en partant, avait annoncé qu'ils seraient fusillés le lendemain, ce qui n'eut pas lieu» fort heureusement, du reste*

Deux jours se passèrent fort tranquilles. Le mardi. le bruit se répandit que Tinsurrection était défaite et la ville de Digne évacuée. Le « parti de Tordre » releva la tète.

On reprit les fusils déposés à la Mairie, oo s'organisa en garde civique, on fit des patrouilles, on arrêta même quelques hommes revenant des Hées.

Le 12, au soir, nouvelle et affreuse panique. Aills«^ (de Voix) approchait, disait-on, avec une bande exaspérée et avide de tirer une éclatante vengeance de c^ exploits réactionnaires. •

Un insurgé de sa troupe arriva, en efiTet, et somma la municipalité de se rendre à discrétion. La garde civique remit ses armes & la Mwrie, et chacun attendit en tremblant.

Le 13, au matin, Aillaud entra avec trois à quatre cents hommes. Il passa vingt-quatre heures à Saint- Étienne-les-Orgues, et,.dit le Gloneur des Ba$$et-Alpu: « Par une protection visible du ciel, il ne commit aucun excès ni aucunes représailles et se borna à. exiger des vivres et du bois qui lui furent fournis abondamment. « . . , j Tel est l'exact récit des pillages et des viols de Saint-Étienne-les-Orgues.

Le 14, au matin, le colonel Vinoy arriva lila tête d'un millier d'hommes de toutes armes. Aillaud s'était jeté dans la montagne de Lure avec ses derniers compagnons.

Trois républicains, deux étrangers au bourg et un de Saint-Étienne, furent faits prisonniers et fusUléa 3ur-le-champ. Ce dernier se nommait Gaubert dit Béguin. Deux autres avaient été massacrés de même, de sang-froid, entre Fontienne et Saint-Etienne (1). Nous regrettons vivement de ne pas connaître les noms de «5S obscures victimes de la cause républicaine. , „ .

Une colonne mobile fouilla la montagne. Trois républicains furent encore fusillés. Aillaud (de Voix), servi par sa connaissance des lieux, et par une audace et une agilité surprenantes, échappa à toutes les pour-

H) GloMur (lu 26 décembre.

saites. Ub jour, la lieiUenant Franck et son détachemeit le surprirent; il écbapj^ mus leurs ccMips de ftiaîl. Un autre jov. aerré de près par les volUgeuis du 64«» il franchit, dit-on, un précipice devant lequel ATinràtèreiàt stupé&its les plus agiles des soldats.

Dans le courant de janvier, AiUaud (de Yolx), aband«nn6 de ses derniers cojn|»ajg^onSj traqué conuDe WÊt béte fettve, «basse par la neige^ posa enfin son fusil. U se déguisa» se procura un faux passe-port sous là «om de Lue, traversa toute la Provence, et fut arrêté à Marseille, au moment de s^embarquer ^ur rétraaiger. 11 fut traduit devant un Conseil de guerre et condamné à la déportation. Il est mort ï Oayenne.Le malfaeureux népuUioain laissait» nous a-tHon dit, «ae veuve et six. enfants.

Le IS décemiire» Bareelonnette» la dernier poiaide France insurgé, fut occupé par le préfet Dunoyer & la lète de quelques compagnies d'infiuittf ie«

La grande insurrection des Basses-Alpes 'était finie. Il n'y a!vait plus qu'à réorganiser le pays.

Ce ne fat pas sans peine qu'on reconstitua les xauiûcipatttés.

k F^BToaiqaier, M. Bavojiz» avocat de Jlacseille, «nroyé coum soua*f)réfet pnovisoire, trouva les plus grandes difficultés. Personne ne voulait accepter de foietioDs publsquns.

On savoir par lai rédt tm(ptmitéa;u Mémorial XÀix éb ipaette façon, au jaaôis 4»rîginale, H. de Serce; reconstitua la nMtnioipaliié de Cbâl^auiAxnoux, le village qu^habitait AiUaud (de Voix).

« La colonne de M. de Sercey arrive à la commune

de Ghftteau-Arnoin:. Le commaïadaiit demande le maire. On lui répond qu'il est parti avec touft iee hommes valides du village rejoindre les imurgés. Il demande Tadjoint, les conseillers municipaux. Ils étaient tous également partis. Il fallait pourtant au elief de Texpédition une administration quelconque pour délivrer des billets de logement et préparer dee vivres à la troupe.

« M. de Sercey avise un habitant sur la place, d'une tournure assez convenable.

« — Approchez, lui dit-il, je vous nomme maire.

« — < Monsieur le colonel, vous me faites beaucoup d'honneur; mais (Jans les temps où nous vivons, je ne TOUX pas d'un emploi aussi périlleux.

« Un second, puis un troisième indigène de Château-Amoux, refusent pareillement, et s'excusent en faisant valoir les mêmes motife.

« M. de Sercey n'y tient plus ; il fait avancer quati^ hommes et un caporal.

« — Allez à la Mairie, enfoncez les portes, installez Monsieur, dit-il, en désignant le dernier récalcitrant, sur le fauteuil de maire ; s'il fait la moindre résistance, qu'il soit fusillé à l'instant.

« Le pauvre maire malgré lui dut s'exécuter en présence d'arguments aussi irrésistibles. Un arrêté de nomination fut aussi vite improvisé qu'un magistrat municipal. On lui fabriqua un adjoint et un Conseil municipal par le même procédé expéditif et militaire.

« Et voilà comme quoi la commune de Ghâteau'* Amoux est dotée d'une municipalité qui ne pactisera plus avec les ennemis de Tordre. » \

L'état de siège fut appliqué avec toute sa rigueur. Le nombre des arrestations fut immense et celui des condamnés k la déportation approcha de mille, chiffre énorme pour un département aussi peu peuplé. Le désarmement de la population fut exécuté de la façon la plus complète (1). La terreur fit son œuvre, comme dans le Var. Dans certaines communes, les bras manquèrent pour les travaux des champs. La déportation et l'exil avaient littéralement dépeuplé ces villages.

Le colonel Fririon, commandant de .rétat de siège, publia divers arrêtés analogues à ceux que nous avons déjà cités ailleurs.

Une circulaire déclara complices de l'insurrection ceux qui donneraient asile aux insurgés fugitifs ou leur fourniraient des secours en vivres ou en argent. Une autre annonça la mise sous séquestre des biens de tous les insurgés fugitifs qui ne se rendraient pas dans le délai de dix jours. Une autre encore arrêta que des garnisaires occuperaient les maisons et seraient nourris aux frais des fugitifs, jusqu'au moment oii ils se seraient constitués prisonniers.

L'ordre se rétablit donc, et la tranquillité fut bientôt complète. Le vote du 20 décembre fut encore jplus remarquable dans les Basses-Alpes qu'ailleurs. Il n'y eut pas même sept cents suffrages négatifs, et les abstentions ne furent guère plus nombreuses qu'à Tordinaire.

(1) Le maniement des fonds provenant de la vente de fusils pris aux habitants des Basses-Alpes, amena une affaire criminelle dans laquelle le colonel de Sercey, dont nous avons parlé souvent, fut oondamnè k Vempriaonnement pour concussion.

Nous allons terminer ce chapitre par le récit rapide des troubles qui agitèrent le département de Vaucluse (1).

Ge département, longtemps célèbre par son exaltation royaliste et catholique, était, en 1851, Tun des plus ardents pour la cause démocratique. Cependant, bien que les passions y fussent vives et lés idées exaltées, il ne s'y produisit qu'une tardive insurrection qui semble avoir été le contre-coup de celle des

Ainsi, Avignon resta calme pendant les cinq premiers jours qui suivirent les événements. Orange fut fort agitée, mais ne s'insurgea pas. Un rassemblement entra, le 4, k la Mairie, et essaya d'envahir la Sous- Préfecture; il fut dispersé sans peine par une charge du 11* dragons.

Les nouvelles reçues de P^ris, Lyon et Marseille paraissaient avoir assuré la tranquillité, lorsque i'iusurrection éclata, le dimaoche 7 décembre, à Apt, sous-préfecture limitrophe des Basses- Alpes.

Une petite bande venue de Forcalquier, dit le général d'Antist dans son rapport, entra à Apt dans la journée du dimanche, s'empara des autorités et de la gendarmerie. Le tocsin sonna : tous les villages voisins se levèrent en masse. Le soir, il y avait plus de deux mille insurgés réunis.

Les chefs résolurent de marcher immédiatement sur Avignon. La distance est grande d'Apt à Avignon;

(1) Ce récit est maUienreusemeiit incomplet. Je n*fti eu d'aatret soareee d'infonnatione que le maigre rapport du général d'Antiat et qualquei relationa des journaux du temps.

- ssoc'estledépartementdeyawluse à traTerserdanssalongueur. ns ft6 mirent en marcUe. Le lendemain, la général d'Antist, prévenu de ce mouvement, envoyE contre les insurgés une petite eoloniie de trois compagnies de ligne et de cinquante hussards. Cette colonne avait dépassé Lisle, chef-lieu de canton, à quelques lieues à Test d*Avignoii, lorsqu'elle se trouva en présence des insurgés.

Leur nombre avait énormément grossi. Le tocsÎA sonnait dans tous les villages des montagnes du Liaberon, petite chaîne parallèle à la Dunance. Des bandes armées accouraient de toutes parts. La colonne eût élé compromise en essayant d'arrêter un pareil débor^ dcment. Elle se replia sur Avignon.

Les insurgés entrèrent à Lisle triomphant de leor facile victoire.

La garde nationale de cette petite «viile arait fait mine de s'armer pour la défense de l'autorité; les insurgés s'emparèrent de jses fusils et de son drapeau.

La colonne de troupes en retraite tomba au miliev de groupes épars d'Avignonnais qui quittaient la ville pour rejoindre les insurgés. On échangea quelques coups de feu, et la troupe fit un eeriaia nombre d'ar<> restations.

Les insurgés avaient couché à Lisle. Le lendatnata, la plupart des chefs, découragés par les nouvelles qu'Us recevaient de tous côtés, comprirent l'iaiitilité de leur tardive insurrection, et ordonaërant la retraite.

Quelques bandes restèrent cependant aux environs de Lisle. Le général d*Antist résolut de les enlever. Le 10, après midi, un détacheD[ieot de cioquaAte £ui-

tassins partit en omnibus pour Carpentras, suivi d'un escadron de hussards. Le commandant de France dirigeait celte petite expéditioB.

Il s'établit à Carpentras, comme pour y passer la nuit.

 onze heures du soir, il partit pour Lisle, où un millier d'insurgés étaient encore dans la journée. Lorsqu'il arriva, ce rassemblement avait quitté la ville depuis deux heures. Apprenant alors qu'une autre bajaide se trouvait vers Cavaillon, le commandant résolut d'aller la surprendre. Il mardia toute la nuit, fit en route deux ou trois prisonniers qui furent fusillés fiur-Ie-champ.  la pointe du jonr^ il toiaba à l'improvisÉe sur une bande qui fut surprise et dispersée sans grande résistance.

Le mercredi, le colonel Yinoy partit avec un fort bataillon du &4^, deux escadrons de hussards, et vingtcinq gendarmes. Il rétablit les autorités èiApt,elentra dans Les Basses- Alpes où aous l'wons vu poursuivant Aillaud (de Voix) (1).

Le département de Vaucluse fut mis en état de siège. On y £t un nombre eonsÂdéraUe d'arrestations; un homme £ut toé k doorthezon en essayant de luir devant kl troupe (2). Vaucluse fournît aittfii son conlingent k la déportation et k l'exil . Le chiffre exaet est inooniiu, oiaia il dut être considérable.

(i) Kapport du général d*AnÛ8t.

(2) Courrier de .

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