LE COMTE, CATHERINE
le comte. Mon Dieu ! votre justice m'éprouve hien cruellement...
Catherine , d part. Ruinés... tons ruinés...
LE comte. Ce pauvre Pascal, que va-t-il devenir... (Arec un peu de colère.) Vous l’avez durement traité, madame...
Catherine. C'est possible... j’ai eu tort...
mais aussi , à qui la faute ?... Pourquoi m’avoir caché ce dépôt?.. .
le comte , s'emportant. Pourquoi?...
pourquoi...
Catherine. Je le sais... vous vous défiez de moi?...
le comte, se levant. Eh bien... eh bien, oui, de tous, de vos neveux!... ou plutétde ma faiblesse, de ma lâcheté qui m'enchaînent aux ordres d'une femme, et inc font trembler devant trois misérables! Oui, je me suis méfié de moi même jusqu’à présent; j'ai été sans énergie devant vous et sans courage devant eux , parce que je n’avais à disputer que le repos de quelques jours qui me restent : mais je me reveille enfin , lorsqu'il s'agit d'accomplir un devoir sacré, quand il s'agit de me rapprocher de ma seule affection dans ce monde ; quand, par vous et par les vôtres, j'ai perdu ma fortune presque entière. Une fortune que je me sais vu contraint de soustraire à des regards avides; one fortune qui était à m >i, bien àmni . que j'aisorliede ma propre maison, peu A peu, houleux ment et eu secret, comme fêtait uu voleur!...
42 MAGASIN THEATRAL
CATHERINE. Ah!... tous ave* fait cela!...
LE comte. Oui , je l’ai fait , parce que je ne me sentais pas le courage de tous dire, faible et lâche que j'étais: Cette fortune n'est nip'iurvous ni pour vos neveux, madame...
Je la garde...
Catherine, froidement. Pour votre fils , n’e-l-ce pas?. .
lecomte. Eh quoi!... vous savez?...
Catherine L'existence de v-tre lils... ce qui vous semb'ait uu mystère impénétrable , ce que vous appeliez votre unique secret!
Mais, monsieur lecomte , cherchez bien, il doit y en avoir d'autres... car, si j’ai bonne méni iire. j'en connais encore un.. .
LE COMTE. Que voulez-vous dire?
Catherine Monsieur de Cia marins, ne vous Souvenez-vous plus du village de Morsang?
LECOMTE. Morsang.... c'est là qu autrefois ma mère... réunissait ses enfaus pendant l’été., c'est là, je m’en souviendrai tuujours, que pendant une longue convalescence où mes yeux affaiblis à la suite d'une blessure grave...
CATHERINE. C’est là qu'à côté de la riche demeure de votre mère , une pauvre jeune fille vivait il y a vingt ans.
lecomte Une j-une fille !
Cath rine. L'houueur et l'espoir de ses parents I Elle était toute la joie de s >n père, un pauvre vieillard aux chev ux blancs. Sa mere, sa buune mère ne pmuonçail son nom qu'avec orgueil... Elle s'appelait Marie Raymond , monsieur le comte.
lecomte. Marie Ravmnnd... Oui , Marie Raymond, qui p'Ssa dan. ma vie comme uo doux rêve et que je ne reconnaîtrais même pas. Mai. d’où savez vous cela , Catherine?
cATHi rine. Ah ! j' s>>is bit il autre cliuse , allez'... Je sais qu'un jour vous êtes venu lui parler d'amour. .. Vnu - lui avez dit des phrases, des m 'ls qu'elle n'avait jamais entendus , la pauvre enfant ! Vous lui avez fait des serments qu'elle ne vous demandait même pas. .. elle était si simple . qu'elle pensai' que son honneur valait le vôtre ! que sa beauté valait vol' fortune! et que sa vertu valait vnt’ nublesse... Tu seras ma femme , Martel que vous lui répétiez toujours... tu seras ina femme! Et elle vous ci o; ait, l'innocente jeune fille!... Elle endormait ses remords avec res mots-là. . Et un jour, où déjà délaissée par voos , à demi folle , elle errait dans votre parc .. en se lépétanl en are , tu seras ma femme , Marie !... elle entend t votre voiz... votre voix qui disait le. mêmes p roies...
non... ce n'étaient fias les mêmes cette foislà ; il y avait un nom de changé; vous disiex, tu seras ma femme... Louise!... Et Louise «'était une duchesse; elle u' vous aimait pas autant, elle!... mais c’était une duchesse!..
Elle n' vous avait sacrifié ni son honneur ni sa vie !.. mais c'était uue duchesse; ce n'était pas la mère de notre enfant, elle I mais c'était une duchesse 1
LE comte. Encore uoe fuis, Catherine, d'où savez-vous cela?
CATHERINE. Un mois après, on célébrait nne noce bien brillante I la vôtre , monsieur lecomte!... et le même jonr, à la même heure, en même temps que voua étiez à genoux à prier devant l’autel, Marie aussi était à genoux , en train de prier ; elle priait au bord d'une rivière, et elle disait ; Mon Dieu! puisque je vais mourir, pardonnez à celui qui me tue!
le comte. Et c’est moi, moi qui ai causé celte mort! Ah! Catherine, quels souvenirs avez-vous rappelés?
Catherine. El c' n’est pas le seul malheur que vous ayez à voos reprocher! Vous aviez apporté la hume daus de famille, et chez nous autres, pauvres gens qui n avons que l'honneur pour nous aider à vivre, chez nous autrrs la hume moissonne vite, allez! Marie avait vu mourir son père et sa mère ; chacun s’était éloigné d’elle avec horreur, et un jour vint où la réprobation fut si grande, où l'insulte fut si grossière , que le mari de sa sœur se battit puur elle... et le lendemain , il se trouvait dans le village trois enfants sans ressources , trois orphelins , auxquels vous aviez tout enlevé, et qui avaient bien le droit de vous demander du pain. C’est pour (a , monsieur le comte, que je les ai amenés daus votre maison... j’ai voulu qu'ils y demeurent, j’ai voulu que vot' furtuoedevienne la leur; je vous les ai imposés, en nT disant que tout ce que vous feriez pour eux ça n'serait pas une aumône, mais une réparation!...
i.E Comte Eux!... les neveux de .Marie !...
mais vous les appelez aussi vos neveux, vous, Catherine?...
Catherine. Catherine!... Ehl je le sais, monsieur, depuis votre lâche abandon, mes traits se font effacés de votre souveuir.. . Je suis Marie Raymond ! ..
LECOMTE. Marie! loi, Marie, que j’ai rendue si malheureuse , et qui as voulu mourir! Où! pardon ne-moi , pardonne-moi!
Catherine. Le ciel n’a pas accepté le sacrifice de cette vie maudite ! vt il m'a frappée dans mon eufant. Ah! je l'ai cherché bien longtemps ! je l'ai bien longtemps pleuré :... il était mort , mort par la faute de -a mère ; voilà pourquoi en entrant dans cette demeure, je me suis cachée sous ou faux nom... car si je vous avais dit: C'est moi, je suis Marie Raymoud... vous m'auriez demandé ; Marie, qu'as-tu fait de mon fils?
le comte. Je t'aurais dit: Marie, tu me pardonneras mon crime et tes souffrances
passées... car l’enfant qne to as tant pleuré, je l’ai sauvé, moi , et je pois te le ren Ire...
Catherine. Me le rendre!... se peut-il, grand Dieu 1
le comte. Et to l'as to déjà... et ton cœur a été prévenu en sa faveur, et tu t’es sentie prête à l’aimer.
Catherine. I.uil... Frédéric!...
LE COMTE. C'est ton fils!...
Catherine. Mon fils!... Et cette lettre!
non ! no» , ce n’est pas mon fils 1
LE Comte, lui prenant les mains. C’est ton Gis, te dis-je , recueilli il y a vingt ans par Pascal. . .
Catherine, arec horreur et te débattant.
Mais non . non!... laissez -moi ! laissez moi!
LE COMTE . lui serrant lonjourt let maint.
Mais caline-toi donc, mais écoute-moi donc, Marie, c'est ion fils dont j'ai soigné l'enfance, tou fils que j’ai Cil élever, tou fils...
CATHERINE. Mon fils qiel'on tue, enten-
dez-vous! mon fils que l’on tue en ce moment...
ie comte. Mon fils que l'on tue!... Oh!
tu es en délire.
CATHERINE , s» dégageant. Mais laissezmni donc polir !... je ne sois pas folie!... tenez! li-ez! lisez I...
EU* lui d»nn«U lettre. Le Comte Ht, arrive an patsage où l'on annonce le meurtre de son enfant, et pousse un cri étouffa.
Catherine. Oh ! je le sauverai I le comte. Ah ! et dans deuz heures il sera mort ! ... Frédéric!... mon enfant I... mon.. ■
Il tombe.
Catherine , pnuttant un cri. Oh I je le sauverai: mon Dieu!... lui ici... et Ifi bas... (Ktle tanne tiolcmmenlet revient au Comte.
Let dimctiiqucs tant entrée et l'empresient autour du 6'omte.) Oh ! mon enfaull mon enfant d'abord I
Elle sort avec précipitation.