‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 145 sur 314 · L'ËSTOiLB, t. ni, p · texte numérisé non relu

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ment, dont le dévouement à la bonne cause inspirait des doutes. Le chevalier d'Aumale s'était déjà rendu à Paris pour se tenir prêt à tout événement. Mais Guise, sans rejeter absolument ces propositions audacieuses, remit a plus tard l'exécution d'une entreprise directe contre le roi et se contenta de dire à Louchart qu'il fallait enrôler le plus d*honames possible sous la bannière de la Ligue et...

attendre.

Henri III, en effet, pouvait encore défendre sa couronne. Établi sur la Loire avec une belle armée, ayant auprès de lui son énergique favori, d'Épernon, il aurait peut-être imposé au peuple sa volonté par une victoire retentissante. Il préféra autoriser le duc de Nevers à offrir 400,000 ducats aux Suisses de l'armée alliée pour acheter leur soumission. Le duc de Guise comprit mieux ce qu'attendaient d'un général catholique l'orgueil national et le fanatisme des masses. Tandis que le roi traitait, il tombait, le 24 novembre, sur les Allemands du baron de Dhona, qui, appréhendant d'être abandonnés par les Suisses, se disposaient, avec le contingent français du brave chef huguenot (^hàtillon, à se frayer de nouveau un cliemin vers la Loire ; il les surprit dans le bourg d' Anneau, entre Chartres et Dourdan, et leur tua environ deux mille hommes. Le vainqueur s'empressa d'envoyer le sieur de la Châtre au roi pour lui présenter neuf drapeaux enlevés à l'ennemi et lui donner les détails de la bataille. Henri eut peine à dissimuler son dépit, car il comprenait toute l'étendue des conséquences que pouvait avoir le succès de la Ligue. Pour avoir l'air de prendre, lui aussi, Tattitude guerrière des membres de l'union, il ordonna quelques escarmouches contre les débris, encore très redoutables, qu'avait pu rallier Dhona, fit un assez grand nombre de prisonniers et put réussir à enlever plusieurs canons. Un résultat plus important fut obtenu par d'Épernon : les Suisses abandonnèrent

définitivement Farinée allemande *. Ce qui en restait, épuisé par les maladies, se dirigeait péniblement vers le Maçonnais par les bois du Morvan. D'Épernon profita de leur découragement pour décider les Allemands à faire leur soumission. Us promirent de ne jamais servir eu France sans la permission de Sa Majesté et s'engagèrent à sortir du royaume enseignes ployées (8 décembre).

Aux yeux des Parisiens, qui était le vainqueur? Le grand Guise, tout seul. Les efforts de Henri III ne servirent qu'à augmenter la popularité du chef de la Ligue. Cependant rien ne fut négligé pour provoquer dans la capitale un enthousiasme de commande, à défaut de manifestations spontanées. Le samedi 28 novembre, M. de Villequier, ayant reçu du roi des lettres annonçant la soumission des Suissesprotestants, donna Tordre au Parlement, àla Chambre des comptes, au corps de Ville, aux généraux de justice, d'assister à un grand Te Deum d^actions de grâces qui fut dit à Notre-Dame, en présence des reines, de Mesdames de Nemours et de Montpensier et d'un peuple immense ; mais TEstoile nous dit que « dans Téglise résonnoient plus les louanges du duc de Guise que celles de Dieu ».

Après la convention pour la retraite des Allemands, qui fut connue à Paris le 14 décembre 1587 et apportée par le fils de M. de Villeroy, nouveau déploiement de réjouissances officielles. La Ville prescrivit de faire des feux de joie dans les différents quartiers afin de célébrer ce qu'on présentait comme une victoire du souverain. Les Registres contiennent rhistorique de la campagne et la version officielle des triomphes de Sa Majesté. Ils rappellent que le roi quitta sa capitale le 12 septembre pour aller fermer aux reîtres

1. D'après TEsloile, le roi donna deux écus à chaque soldai suisse, leur fournit des vivres jusqu'à leur sortie du royaume et leur oclroya pour cinquante mille écus de drap, tant de soie que de laine. Il restait sept ou huit mille Suisses du contingent huguenot : cinq à six mille avaient péri en France par le fer et la maladie, t. III, p. 76.

et aux Allemands « le passaige de la Loire qu*ilz ienaieui pour ouvert, affin de s'aller joindre aveeq le roi de Navarre de ses compaignies estans en Poictou et Limosin et branquêter ' toute la France... » Mais sur leur route ils ont « trouvé en teste sadicte Majesté, qui n'a pareil que soymesme en force, prudence, bon confort et clémence, lequel, d'un cœur généreux et d'une prudence admirable, san» coup férir, du moins avec peu de perte des siens, a rompu leurs desseins et iceulx tous vaincus et mis & vau de route en fuite, de sorte que ce qui en reste , mesmes desdictz estrangers, n'ont pu trouver plus sûr accès pour conserver leur vye que de eulx aller gecter aux pieds de S. M.'.,. » On devine que cet éloge de la clémence royale était peu fait pour toucher les Parisiens, qui reprochaient précisément à Henri III d'avoir conservé la vie aux reitres allemands et assuré leur retraite.

La rentrée du roi dans sa capitale avait été fixée uu 24 décembre. Au jour dit, le corps de Ville fut prié au Te Deum solennel qui devait être dit « pour louer et magnifier Dieu de l'heureux succès et pacifique victoire qu'il luy a pieu donner contre ses ennemis )). Le prévôt des marchands et les échevins allèrent au-devant du roi jusqu'à Bourg-la- Reine et le conduisirent ensuite à Notre-Dame pour entendre le Te Deum ^ Le maître de l'artillerie reçut l'ordre « de

1. Bransqueter {Me'm. de Sully, t. VUI, p. 69), ou branqueter {Lettres de Pasguier, t. III, p. 689), ou branstater (Lettres de Louis XII, t. IV, p. 135), signifie piller, mettre à contribution, La Noue emploie aussi l'expression de bransqueter dans le même sens (Disc, polit, et milit,, p. 749).

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