L'EsTOiLB, t. ni, p
le premier du royaume. Les ligueurs ripostèrent par des chansons, et Mme de Montpensier, protégée par la reine mère, non seulement continua à tenir en haleine par ses largesses les plus violents prédicateurs de Paris, les Boucher, les Prévost, les Guincestre et tant d'autres, mais se garda bien d'obéir à un ordre royal qui lui enjoignait de sortir de la ville. Elle disait partout : Je porte à ma cein* turc les ciseaux « qui donneront la troisième couronne à frère Henri de Valois * ».
La Ligue ne gardait plus aucun ménagement et semblait vouloir pousser le monarque à une résolution désespérée. Non contents de continuer la guerre contre les princes protestants et de chercher à mettre la main sur les places de Sedan et Jametz, après la mort du duc de Bouillon, le duc de Lorraine, le duc de Guise et les principaux chefs de la Ligue avaient ouvert à Nancy, vers la fin de janvier 1588, des conférences qui se prolongèrent jusqu'au milieu de février. Il en sortit une formule de sommation au roi, divisée en articles^ et qui devait acculer Henri HI à une véritable abdication entre les mains des Guises ou à une résistance ouverte ».
1. C'est-À-dire la tonsure : les deux premières couronnes du roi étaienl celles de France et de Pologne. La Ligue avait mis en vers latins la menace de Mme de Montpensier :
Qui dédit ante duoi unam t^ttulit; altéra nutat; Tertia tontorit est faeienda manu.
2. On trouve le texte et le commentaire des Articles de Sancy dans les Mémoires de la Ligue^ t. II, p. 269. De Thod, t. X, p. 236, en a donné aussi une analyse très exacte. Cf. aussi : Palma-Catet, Introduction de la ch^^ ttohgie novenaire^ Coll. Michaud et Poujoulal, p. 43. Voici la substance de ces articles. Ils portaient « que le roi serait sommé de se joindre plus ouvertement et à bon escient à la Ligue, et d*ôler d'entour de soi et des places, états et ofQces importants ceux qui lui seroient nommés... De faire publier le concile de Trente... D'établir la sainte Inquisition, au moins es bonnes villes, qui est le plus propre moien pour se défaire des hérétiques et suspects, pourvu que ces officiers de l'Inquisition soient étrangers ou du moins ne soient natifs des lieux et n*y aient parents ni alliés... D'accorder aux ecclésiastiques de pouvoir racheter à perpétuité les biens ci-dessus aliénés de leurs églises... De fournir la solde des gens de guerre qu'il est nécessaire d'entretenir en Lorraine et es environs pdur
Qui le croirait? en recevant cet ultimatum, Henri III ne s*indigna pas. Quand on lui présenta les Articles de Nancy, il ne parut pas fort éloigné d'y souscrire *. Pure tactique, d'ailleurs, car le roi sentait bien l'amertume de l'insulte, malgré l'indolence de sa nature voluptueuse. Le duc d'Anmaie, à la tête de douze cents arquebusiers et d'un étatmajor de gentilshommes ligueurs, s étant emparé d'Abboville (mars), Henri lui envoya le sieur de Chemcraut pour lui demander l'explication d'une pareille agression, et, sur la réponse insolente du duc, le roi avait dit : « Je vois bien que si je laisse faire ces gens-ci, je ne les aurai pas pour compagnons, mais pour maîtres à la fin. Il est bien temps d'y donner ordre * ». Mais devant Paris frémissant, déjà enrégimenté par les agents ligueurs, devant la menace de Philippe II, qui, au moment de lancer contre l'Angleterre sa grande armada^ veut brusquer en France le déchaînement de la guerre civile, le dernier Valois hésite, comme frappé de vertige. On dirait qu'il vise à précipiter la catastrophe par mille provocations gratuites adressées au peuple. Lorsque le Trésor est à sec et qu'il devient nécessaire, pour se procurer quelques ressources, de décréter une nouvelle crue de la gabelle ', le prodigue monarque consacre des sommes immenses aux funérailles
obvier à une invasion des étrangers voisins. Et, à cette fln, pour continuer toujours la guerre encommencée, faire vendre au plutôt et sans autres !^oIemnités, tous les biens des hérétiques et de ceux qui leur seront associés ». Les ligueurs demandaient encore que les hérétiques convertis ou ceux qui seraient tenus pour tels, depuis l'an 1560, fassent frappés d'une contribution du quart au moins de leur bien, pendant toute la duré£ de la guerre; qu'en outre, les parents ou associés des hérétiques fussent contraints d'acheter leurs biens; qu'enfin on ne fit grâce de la vie & aucun prisonnier ennemi, sinon à ceux qui jureraient d^embrasser le r^tholicisme et de payer comptant la valeur de leurs biens.