‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 155 sur 314 · L'EsToir.E, I. m, p · texte numérisé non relu

L'EsToir.E, I. m, p

n'eût pas le temps de prendre des mesures décisives. Catherine-Marie de Lorraine, duchesse de Montpensier, essaya d'abord d^obtenir du roi que le duc Guise fût autorisé officiellement à venir à Paris, sous prétextre de lui permettre de se justifier « des faux bruits et calomnies qu'on luy avoit mis sus ». Mais Henri III fit voir clairement par sa réponse à la duchesse qu'il savait à quoi s'en tenir sur le dévouement de son frère à la personne royale. Mme de Montpensier n'avait, d'ailleurs, en faisant cotte démarche, d'autre but que celui d'endormir le roi. Elle tramait, à ce moment même, un nouveau complot contre lui. Sachant que, le 5 mai, Henri devait aller à Vincennes, avec quatre ou cinq valets et un ou deux gentilshommes pour toute escorte, elle avait caché quelques ligueurs résolus et bien armés dans le jardin d'une maison de plaisance appelée Bel-Ebat et située hors de Paris, non loin de la porte Saint-Antoine. Leur consigne était d'arrêter le carrosse du roi à son retour de Vincennes, de massacrer l'escorte et de diriger Henri III vers Soissons, au moyen de relais préparés d'avance. En même temps, on aurait répandu à Paris le bruit que le roi avait été enlevé par les huguenots, afin d'avoir un prétexte pour se Jeter sur les politiques et les sujets fidèles, non seulement dans la capitale, mais dans toutes les villes dévouées à la Ligue. Ce plan pouvait fort bien réussir, car il était d'une exécution facile ; mais Bussy le Clerc en ayant fait confidence à Poulain, le faux ligueur alla immédiatement trouver le roi à Vincennes et le mit au courant de ce qui se tramait contre lui. Henri envoya demander à Paris une forte escorte de cavalerie, qui le reconduisit jusqu'au Louvre *. Dès que les conjurés avaient vu passer les cavaliers allant chercher le roi à

1. De Thou, t X, p. 252. Proc.^verbal de Poulain, p. 319. On ne s'explique guère pourquoi Henri III, averti par Poulain du lieu où l'altendaient les agents de la Ligue, ne les fit pas cueillir au gîte.

Yincenncs, ils avaient quitté à la hâte la maison de Bel- Ébat et s'étaient dispersés.

Certains d'être trahis et redoutant la vengeance du prince, les meneurs du parti dépêchèrent à Soissons Tavocat Brigard, surnommé le « courrier de TUnion », pour mettre en demeure le duc de Guise de venir immédiatement se mettre à la tète des ligueurs de la capitale. Brigard déclara au duc que, s'il temporisait davantage, tous ses serviteurs Tabandonneraient et ne manqueraient pas de révéler au roi les projets de la Ligue ^ Le duc de Guise eut un moment de perplexité terrible. D'une part, ses partisans le menaçaient de l'abandonner et même de le trahir, s'il tardait à donner le signal de l'insurrection, et, d'autre part, le roi lui avait fait transmettre à trois reprises différentes la défense formelle de venir à Paris. Il faut préciser ce point important. En quittant Paris, le 26 avril % pour faire la conduite jusqu'à Saint-Germain à son favori d'Épernon qui allait prendre possession de son gouvernement de Normandie, Henri III avait envoyé une première fois Pompone de Bellièvre à, Soissons, où se trouvaient réunis les princes ligués, pour engager le duc de Guise à ne pas venir à Paris. Il est probable que cette première injonction n'eut pas le caractère impératif que lui attribue Miron, le médecin du roi '. Si l'on en croit de Thou^^l'en-

1. L^EsToiLB rapporte que Brigard u usa de ces mots : que les frères estoient fort desbauchés, mais que sa présence rabhilleroit tdut, et qu'il le pouvoit asseurer sur sa vie et sur son honneur que tout se porteroit bien, s'il venoit ». De Tbou est entièrement d'accord, comme presque toujours d'ailleurs, avec la version de l'Estoile.

2. C'est DB Tuou qui donne ce renseignement précieux, que nous complétons par le passage de l'Estoile qui mentionne, sous la date du 26 avril, le départ de d'Épernon et du roi.

3. Relation de la mort de Messieurs les duc et cardinal de Guise, par le sieur AftVon, médecin du roy Henri III, 1588. Abch. cur., 1'^ série, t. XU, p. 113. « ... Sa Majesté, par le conseil de la reine sa mère, depescha le sieur de Bellièvre pour luy faire très e.rprés commandement de n'entreprendre ce voyage, sur peine de désobéissance. » Mais il est possible que ce passage se rapporte au second voyage de Bellièvre.

voyé du souverain n'aurait essayé de fléchir la résolution du duc que « par des bassesses et des prières indignes de la majesté d'un roi ». Il aurait déclaré au chef de la Ligue que jamais le roi n'avait ajouté foi aux rapports qui présentaient sa conduite sous un mauvais jour; que S. M. ne doutait nullement de sa fidélité, mais qu'elle le priait seulement de différer pendant quelque temps son voyage à la cour, afin de ne pas paraître braver ouvertement ses ordres. Le duc de Guise parut fort étonné de la demande du roi : il fit valoir ses services, qu'on récompensait fort mal, suivant lui, et ajouta que l'honneur lui commandait de protéger les fidèles et bons catholiques qui s'exposaient pour lui. Quand il aurait obtenu pour eux des garanties suffisantes, S. M. recevrait de sa part toute satisfaction; mais si les complices secrets des protestants continuaient leurs intrigues, il prendrait le parti que lui inspirerait son zèle pour la religion et pour la patrie *. C'est avec ces paroles vagues que le duc congédia Bellièvre, qui était de retour à Paris le jeudi S mai. Henri III, on peut le croire, ne fut nullement rassuré par le compte rendu de la mission. Il voulait une réponse catégorique et renvoya Bellièvre à Soissons, avec une recharge, comme dit l'Estoile, par laquelle il commandait au duc « qu'il n'eust à venir à Paris qu'il ne le mandast, et que, s'il y venoit, les affaires estans en Testât qu'elles estoient, pourroient y causer une esmotion de laquelle il l'en tiendroit à jamais aucteur et coulpable de tout le mal qui en adviendroit ». Non content d'avoir ainsi renouvelé ses ordres par Bellièvre, le roi envoya encore M. de La Guiche au duc de Guise pour lui notifier une fois de plus la défense de venir à Paris V Le

Page 1