Relation de Sainct-Yon
4. Nous pensons que le capitaine du carrefour Saint-Séverin était Crucé, parce que la relation de Sainct-Yon dit un peu plus loin que c'est ledit capitaine (celui de la barricade de Saint-Séverin) qui occupa le petit Châtelet en poursuivant les Suisses. Or Palma-Gayet (Introd, à la Chron. novenaire) écrit ce qui suit : « Crucé, qui conduisoit ceux de l'Université, estoit des plus ardents; des paroles il vint aux elTects, les siens font retirer les gardes du roi et se saisissent du petit Ghastelet. »
Suisses s'enfuient dans la direction du petit Chàtelet; Crucé (ai les siens les poursuivent, tirant « à coup perdu * », et leur tuent cinq hommes. Ils occupent en passant le petit Chàtelet et y laissent une petite garnison de vingt ligueurs qui paradent aussitôt sur la plate-forme et continuent le feu sur les malheureux gardes du roi. Ceux-ci sont refoulés vers le Marché-Neuf *, où se trouvaient déjà entassées d'autres compagnies suisses, et se heurtent aux insurgés, qui débouchaient du pont Saint-Michel, sous la conduite du comte de Brissac, un des plus ardents officiers du duc de Guise. Le comte avait mis la hallebarde à la main '; il haranguait furieusement le peuple, et, prenant à partie le roi, s*écriait : « Il a dit de moi que je n'étais bon ni sur terre ni sur mer; il saura maintenant que j'ai trouvé mon élément et que je suis bon sur un pavé^ ». Ces imprécations contre la personne royale n'étaient pas isolées. Déjà beaucoup songeaient à mettre la main sur Henri III. Un avocat, nommé La Rivière, criait, avec des jurons à épouvanter les Suisses : « Courage, çiessieurs! C'est trop patienter; allons prendre et barricader ce bougre de roy [dans son Louvre " ». Et, de fait, le roi paraissait perdu. Ses soldats fuyaient de toutes parts, criblés de coups d'arquebuses, assommés par les pavés que les femmes et les enfants
i. D'AuBioN^y HiâL uniu., p. 113, coL 1. « Lors chascun voulut monirer qu'il sçavoit tirer et, bien que la pluspart le fissent à coup perdu, toute la ville crut que les royaux estoient enfoncez... »
2. Palma-Gayet rapporte que les Suisses perdirent au Marché-Neuf une vingtaine des leurs et eurent une trentaine de blessés.
3. Histoire de la Journée des Barricades par le Bourgeois de Paris. Le comte Charles U de Cossé-Brissac était le second fils du maréchal de Cossé-Brissac, (|ui avait été gouverneur de Paris en 1562. Charles de Brissac avait d*abord servi dans la marine, et pris part, en 1382, à la malheureuse expédition de Strozzi aux lies Âçores. Il y avait d'ailleurs déployé un grand courage. C'est lui que Mayenne nommera plus tard gouverneur de Paris, et qui ouvrira au roi Henri IV la porte de la capitale. L^Estoile assure que ce fut Brissac qui fit faire les premières barricades rue Saint- Jacques et place Maubert.