‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 210 sur 314 · Rbg. h, 1789, fo · texte numérisé non relu

Rbg. h, 1789, fo

qui seront toujours prestz pour faire service quand besoing sera * ».

C'était une nécessité de la situation faite aux Guises par leur succès même d'enlever aux gens de robe que le roi avait chargés de commander la. milice municipale, leurs grades et, par suite, leur autorité. La nouvelle municipalité fut chargée de cette besogne. Pendant les quatre premiers jours de juillet, le prévôt des marchands et les éche-

1. Ibid., fo 164. Voy. sur rélection des capitaines les détails curieux que donne Pasquieb, livre XH, lettre IX. Œuvres, t. 11, p. 341. 11 rappelle qu'en 1585 le roi avait mis à la tête de chaque dizaine des capitaines et des lieutenants de son choix, presque tous gens de qualité. S'oici comment les meneurs de la Ligue procédèrent pour désappointer ces orOciers nommés par le roi. Une commission, présidée par le prévôt des marchands et composée de ligueurs fanatiques, notamment Bussy le Clerc, Crucé, Senault, Louchard, Boucher, le curé de Saint-Benoit, fit venir chaque jour à ruôtel de Ville les dizaines comprises dans un quartier, et, comme il y avait seize quartiers, l'opération dura seize jours. Une liste d'officiers préparée d'avance était recommandée aux électeurs, et ces candidatures officielles devenaient définitives u par la voie du Saint-Esprit », c'est-àdire qu'il s'agissait d'une simple ratification. On faisait d'ailleurs voter ensemble toutes les dizaines du quartier, au lieu de faire voler séparément les membres de chaque dizaine au logis de eon dizainier, conformément aux vieux usages. En outre, les électeurs notables, et surtout les membres des compagnies souveraines, s'abstinrent de se rendre aux convocations. Pasquier fit exception et réclama avec énergie le maintien des formes traditionnelles. Il obtint, malgré les menaces de Bussy et de ses acolytes, que les dizaines qui n'avaient pas encore été convoquées, voteraient séparément, mais cela n'empêcha pas la Ligue de faire nommer des taverniers « et autre telle engeance de gens ».

Le Parlement aurait peut-être été en mesure de se mettre à la tête d'une' résistance efficace contre les mesures violentes de la Ligue. La destitution des officiers de la milice lui fournissait un excellent terrain de lutte, d'autant plus qu'un grand nombre de capitaines étaient membres des compagnies souveraines. Le 7 juillet, il y eut au Palais une grande assemblée, à laquelle assistèrent le cardinal de Bourbon et le duc de Guise. « En ceste assemblée, dit l'Estoile, le premier président parla longuement et fortement pour la manutention de vieux capitaines et abolition des nouveaux, et fut bien secondé de plusieurs de ceste compagnie. •• Mais pour briser ces résistances, le duc de Guise n'eut qu'à prier les magistrats « avec beaucoup de soubmission et révérence, qu'ils voulussent encore donner cestui-l& au temps et au publiq... » On comprit à demi-mot : c'était la menace de la justice populaire dont le duc agitait le spectre. Deux jours -après, le peuple vint lui-même au Palais sommer le Parlement d'envoyer au bûcher un protestant, nommé du Beloy, qui se trouvait en prison à la Conciergerie ; les ligueurs criaient qu'en cas de refus « il y avoîC danger que le peuple ne fist justice ». Le Parlement manda le prévôt et les échevins, qui désavouèrent les mutins; mais, comme le dit philosophiquement le chroniqueur, u ce n'estoient que mines et dissimulations ».

vins firent assembler les dizaines pour procéder à la déposition des officiers suspects; « et déposèrent singulièrement, pcrit TEstoile S les gens de robbe longue, nommément ceux qui estoienl officiers du roy, pour ce qu*ils estoient tous hérétiques, à leur dire, et le faisoient ainsi crier et croire à cette sotte populasse parisienne, tellement qu'au lieu d'hommes de qualité et d'honneur qui commandoienl à la Yille, furent establis de petits mercadans et un tas de faquins ligneux, tous bons catholiques, pour ce qu'ils tenoient le parti du duc de Guise et non celui du roi ». Cetravail d'élimination fut assez laborieux, car une ordonnance du 28 juillet qui se trouve dans les Registres de la Ville *, porte que les bourgeois de chaque quartier seront assemblés alternativement à l'Hôtel de Ville pour « procéder à la confirmation ou nouvelle élection des colonels,, capitaines, lieutenans et enseignes, qui presteront serment à la manière accoustumée, sans qu'il tourne à marque ou blasme d'avoir esté changez et destituez ». Le changement des quartiniers s'opéra plus facilement, à cause de leur petit nombre ; la plupart d'entre eux avaient d'ailleurs volontairement cessé de remplir leurs fonctions ^. On les remplaça dans les formes accoustumées *.

\. T. III, p. 167. Le 25 juin, une assemblée de ville convoquée « de l'exprès commandement du duc de Guise » avait sanctionne les mesures d*épuratioa.

2. Reg. h, 1789, t* 182. Voy. aussi Fêlibibn, Preuves, t. V, p. 447.

3. Dans plusieurs quartiers, les bourgeois de la milice refusèrent d'accepter les nouveaux capitaines. C'est ainsi que, le 5 juillet, on dut laisser fermée la porte Saint-Germain, parce que M. Alexandre Legrand, conseiller au Parlement et capitaine de son quartier, avait été destitué par la Ligue, et (fue la dizaine refusait d'accepter son successeur. Ce fut une grosse affaire. Le prévôt des marchands et les échevins furent mandés au Parlement : on consulta la reine mère et le duc de Guise, qui fit venir Legrand, lui demanda « de se déposer lui-même » et lui dit « qu'il estoit contraint d'en endurer lui-mémc et que, la colère des Parisiens estant rassise, iK donneroit ordre à tout ». L'EsTOiLg, t. III, p. 168.

4. Voici le texte du mandement qui ordonne d'élire un quartinier en remplacement de Leconte : « Sur la remontrance du procureur du roy et de la Ville, avons ordonné et ordonnons par la présente qu'il sera procédé A eslection nouvelle d'ung quartenier de ladicte Ville, au lieu dudict Le-

Lorsque la Ligue eut ainsi rempli de ses créatures les cadres de la milice et accaparé les fonctions mumcipales, elle éprouva le besoin de jouer une comédie qui ne trompa personne. Le 13 juillet 1388, Michel Marteau, sieur de La Chapelle, conseUler du roi et maître ordinaire de ses comptes; Nicolas Rolland, général des monnaies; Jehan dt- Compans; François de Costeblanche, sieur de llslc; Robert Desprez et François Brigard, avocat au Parlement ', se présentèrent devant la reine mère, qui était encore à Paris, et lui déclarèrent « qu'ayant esté esleuz depuis le douziesme de mai dernier par l'assemblée générale de» bourgeois de la Ville pour prévost des marchans, eschevins ot procureur de ladicte ville de Paris, au lieu et place des derniers précédens prévost, eschevins et procureur de ladicte Ville, ils auroient accepté et exercé lesdictes charges jusqu'à présent, plus pour le bien du service du roy et seureté de ladicte Ville que pour aultre respect ny considération, lesquelles charges, à présent que les affaires sont plus tranquilles qu'elles n'cstoient lors, ils désireroient volontiers remettre et s'en décharger ès-mains de Sa Majesté, pour y estre pourvcu suivant les privilèges de ladicte Ville, sy elle avoit agréable de les y admettre et recevoir, comme ils l'en ont suplié et suplient très humblement * ». Prenant cette offre de démission pour ce qu'elle valait, Catherine tira cependant parti de la démarche peu sincère des officiers municipaux de la Ligue pour affirmer les droits du roi, et répondit qu'elle allait s'in-

conte absent, selon et suivant la forme prescrite sur les ordonnances de la Ville; et à ces fins sera expédié mandement aux cinqtianteniers dudicl <|uartier. Faict au Bureau d'icelle ville, le quatriesme jour dejuing, l'an 1S88. » Reo., iOid., f 148.

1. On avait fait sur la nouvelle municipalité ligueuse la plaisanterie suivante, que l'Estoilb a conservée : « J'ai vu Rolland qu'on pend en cotte blanche entre la Chapelle et des Prés, » c'est-à-dire au gibet de Montfaucon, qui est entre la Chapelle et les Prés Sainl-GervaLo.

2. Reo. h, 1789, ^ 118. Voy. aussi A«cb. cor., 1" série, t. XI, p. 439.

former <lo sa volonté; en attendant, elle invitait le sieur de La Chapelle et ses collègues à continuer l'exercice de leurs charges et lui fit délivrer par Villequier, gouverneur de Paris, le cachet de la Ville et « ensemble les clefs du Bureau et armoiries ». Il y eut un procès-verbal de cette remise qui fut contresigné* par le secrétaire d'État Brulard et signé par Catherine. Quelques jours après, le 20 juillet, Catherine manda au Louvre La Chapelle-Marteau avec les quatre échevins et leur « fit entendre le roy avoir accepté la démission cy-dessus déclairée, et néantmoings, pour le bon rapport qui a esté faict à Sa Majesté de leurs personnes et aultres considérations, veult qu'ils demeurent èscharges des prévost des marchands, eschevins et procureur de ladicte Ville, pour en continuer l'exercice jusques au jour de la fête de Notre-Dame de my-aoust que Ton contera 1590, en la manière accoustumée ». Après quoi, les cinq ligueurs desquels on avait fait au roi « un bon rapport » prêtèrent le serment ordinaire entre les mains de Catherine *. Le 28 juillet, les nouveaux élus envoyèrent une délégation au roi pour le remercier de sa bienveillance, « luy rendre compte de l'état de la Ville et supplier de très fidèle affection S. M. de ne la priver plus Iontemps de sa présence * ». Mais personne à l'Hôtel de Ville ne pouvait se faire d'illusion sur le résultat de cette démarche.

On comprend que le malheureux roi ne fût nullement disposé à se remettre à la discrétion des Parisiens. Il voulait bien négocier, traiter avec eux, mais à distance. Encore le redoutable réseau des intrigues cléricales menaçait-il d'envelopper la monarchie en fuite et de l'étouffer à jamais. Le travail diplomatique de la municipalité parisienne à cette époque est vraiment extraordinaire, et il ne paraît avoir été

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