L'EsTOiLB, t. IH, p
3. Au commencement de septembre, le roi avait brusquement renvoyé ses ministres : le chancelier de Cheverny, le surintendant des finances Bellièvre, le puissant Viileroy et les secrétaires d'État Pinart et Brùlart. Palma-Catbt {!ntrod. à la chr, nov.) et d'Aubigné (col. 166) attribuent celte détermination du roi aux ordres de la Ligue. Cheverny, Tun des intéressés, avoue dans ses Mémoires (Coll. Michaud, t. X, p. 489) qu'il a cherché en vain les motifs de sa disgrâce; mais il rapporte les explications diverses qui avaient cours et notamment celle-ci : que le roi n'avait plus aucune confiance dans la reine mère, ni par suite dans les membres de son conseil « que ladite dame avoit tous advancez ». C'est aussi le motif que donne db Thou (t. X, p. 369), et ce doit être le vrai. Montholon était le fils d'un ancien garde des sceaux de François 1*'. D'une grande probité, il n'avait aucune habitude de la politique : c'était un protégé du duc de Nevers.
de Montkolon, avocat général au parlement de Paris, prit ensuite la parole pour expliquer les intentions du roi et tracer la peinture des maux du royaume qui se recommandaient à la sollicitude des Ëtats. Puis les orateurs des trois ordres adressèrent au roi les compliments d'usage. Nous ne dirons rien des discours de Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, orateur du clergé, sinon que c'est un clief-d'œuvre de pédantismc et de pathos *. L'allocution du baron de BaufTremont-Senecey, président de la noblesse, fut au contraire simple et brève, mais absolument banale '. La Chapelle-Marteau, prévôt des marchands de Paris, parla lo dernier, au nom du tiers état, et s'exprima en ces termes • : « Sire, ayant plu à Votre Majesté ouvrir son cœur et SOS saintes intentions à son peuple et l'assurer de sa charité vraiment paternelle, vos très humbles, très obéissans et très fidèles sujets du tiers état, louent premièrement Dieu qui a jeté ses yeux de miséricorde sur nous, on l'oxlrémilé de nos afflictions, et après rendent infinies grâces à Votre Majesté, laquelle, reconnaissant sa puissance ordonnée d'en haut, pour régir cette très chrétienne monarchie par toute douceur, a daigné s'incliner à nos très humbles requêtes, ouïr nos griefs et doléances, et montrer
1. On y trouve tous les personnages de Thistoire sainte et de rtiisloire ancienne : David, Daniel, Nabuchodonosor, Cynis, Darius, Artaxerxès, Salomon, etc. En Toici seulement une phrase : « Vive Rex in sempitemum ; vivez roy, vivez éternellement. Vivez ça bas les ans de Nestor, voire ceux de Arganthonius, roy des Gades, qui vescut neuf vingts ans, vivez par représentation et suitte de lignée longue, espèce selon les philosophe? d'une immortalité... » On peut juger du reste par celle tirade pleine d'à propos, adressée à un prince qui passait pour impuissant. — Voy. le discours complet dans le Recueil de pièces originales, etc. Il en existe un tirage à part en 15 feuillets, date de 1588. Bibliothèque de la ville de Paris. n« 18120.
2. On en trouve, dans le même recueil, un tirage à part en trois feuillets, avec ce titre : Remerciement faict au nom. de la noblesse de France par le baron de Senecey. \ Lyon, par Benoist Rigaud, 1588, avec permission.
3. Recueil de pièces originales^ etc., p. 88. (D'après le recueil de Qui net, 2e i>artle, p. 135.) La Cliapelle-Marleau prononça son discours à genoux. (D'AuBiGifï^, liv. H, chap. V, col. 176.)
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un singulier désir de remettre sou peuple en vigueur, auquel certes il ne reste que la parole, encore bien foible et débile. Sire, la bonté et clémence qui est née avec cette majesté que Dieu fait reluire en votre face, nous promet ce que nous avons requis et souhaité avec tant de larmes et de continuelles prières; que Votre Majesté, suivant les vœux qu'il lui a plu d'en faire et l'exemple de ses ancêtres, lesquels elle égale, voire surpasse en toute piété, rétablira notre sainte religion en son entier, par Textirpation de toutes erreurs et hérésies , réglera et remettra tous les ordres, altérés par l'injure du temps, en leur première forme, et donnera soulagement à son pauvre peuple, sans lequel nous pouvons dire avec vérité que nous sommes menacés d'une entière désolation et ruine de tout TÉtat. En quoi, Sire, nous protestons de ne manquer nullement de notre très humble, très iidèle et très dévotieux service et de n'y épargner nos propres vies jusqu'au dernier soupir : ne les pouvant mieux employer que pour Thonneur de celui lequel a répandu son sang pour nous, et duquel nous n'attendons moins qu'en la damnation éternelle (si nous connivons en l'avancement de sa gloire par des considérations de quelque prudence humaine) ou l'immortelle béatitude, si constamment nous persévérons à embrasser sa cause en la foi et créance qu'il nous a laissée, sur laquelle. Sire, est fondée la perdurable fermeté de votre très chrétienne couronne, et sans laquelle elle ne peut en façon quelconque subsister. »
Les chefs de la Ligue étaient sortis furieux de la séance royale, et le cardinal de Guise reprocha durement à son frère « de ne faire jamais les choses qu'à demi * ». Excité par les propos violents du prélat, le duc envoya au roi, dès le lendemain, l'audacieux archevêque de Lyon, après avoir