‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 236 sur 314 · L'ESTOILB, t. III, p · texte numérisé non relu

L'ESTOILB, t. III, p

2. Voici la lettre de la Ville de Paris au Roi, d'après le Reo. U, 1189, f» 202 : « Au ROY. Sire, Ayans receu cest honneur d'estre advertis par Vostre

Majesté de ce qui s^est passé à l'ouverture de vos Estatz généraulx et de la déclaration que vous avez faicte en rassemblée desdictz Estatz touchant vostre édict de l'Union, nous avons respandu ceste dicte nouvelle par toute vostre ville, au grand plaisir et contentement de voz bons subjectz qui, dès le mesme instant, en ont loué Dieu et vous en ont remercié avec beaucoup d'allégresse, recevant ceste nouvelle, par excès du bien que chacun se promet de ladi«te assemblée de vos Estatz, cspérans que soubz vostre auclhorité Dieu sera pour l'advenir mieux servy et vostre peuple plus soulagé qu'il n'a jamais esté, de quoy chacun a rendu ce jourd'huy plus apparent et public tesmoignage au Te Deum qui a esté chanté fort solennellement en la principalle Église de ladicte ville, auquel ont assisté Messieurs de vostre Parlement, Chambre des Comptes et Court des Aydes, le recteur de l'Université et nous avec eulx, le plus honnorablement qu'il nous a esté possible ; ayant oultrecela Tartillerie esté tirée et feux de joye faicts en la place de Grève et aultres endroictz de ladicte ville, avec peintures et acclamations publicqnes à l'honneur de Vostre Majesté, selon que vous 'avez désiré et ce nous l'avez commandé par voz lectres, ce qui sera

Après ces moments d'effusion, plus ou moins sincère, les trois ordres s'occupèrent de la rédaction de leurs doléances. Le 3 novembre, on procéda à l'ouverture des cahiers, en commençant par celui de Paris. Ce cahier de Paris contenait, entre autres articles, « une requête présentée à la Cour du Parlement de Paris contre M. de Soissons, pour le faire déclarer indigne de la couronne ' ». On sait qu'on lui reprochait son alliance avec le roi de Navarre et sa prétendue complicité dans l'assassinat du duc de Joyeuse. Une discussion s'ouvrit sur la proposition du cahier de Paris. « Quatre gouverneurs adhérèrent à ladite requête, quatre autres opinèrent à ce que ledit article fût communiqué aux Chambres; quatre à ce qu'il fût rayé, avec bonnes raisons, car il avoit juré l'édit d'Union, il avoit eu absolution de Sa Sainteté; il étoit en cour, faisant le catholique, par ainsi il n'y avoit pas raison ; aussi qu'il étoit incivil d'apporter aux Ëtats généraux une requête d'une ville particulière pour être avouée par toute laFrance. » Bernard ajoute que cette opinion était celle de sa province et qu'il déclara lui-même au président de Neuilly que « cet (irticle ne seroit jamais avoué par les autres ordres et que

poursuyvi, Dieu aydant, d'infinis jeûnes el prières, lesquelles se préparent entre cy et ce jour de Toussainctz pour vostre prospérité et supplier uoslre Dieu qu'il vous donne lignée capable de succéder à vostre couronne, à sa gloire et au salut commun de cest Estât et de toute la chrestienneté, en quoy nos prédicateurs font ung très grand et très fldelle debvoir, et, de nostrc part, noua tâchons de tout nostre pouvoir de les seconder et de vous rendre, le service que nous vous debvons pour maintenir vostre ville en l'obéissance et fldellité qu'elle vous doibl; en quoy nous estimons jusques ici n'avoir perdu nostre peine, y estans toutes choses calmes et paisibles soubz vostre auctborité et ung chacun désireux de vous y veoir en prospérité et bonne santé, comme nous espérons de brief et le nous avez promis. Cependant nous continuerons en ce debvoir et attenderons ung commandement pour y obéir d'anssy bonne el ndelle aiTection que nous supplions le Créateur, Sire, tous donner en toute prospérité longue et heureuse vie. De vostre Ville de Paris, en l'hostel public d'icelle, le vingt-troisième jour d'octobre 1588. Voz très humbles, très obeyssans et très ridelles subjectz et serviteurs les ÉcbeTins de vostre Ville de Paris. »

i. Journal de Bernard. Hrr. des Étals f/énérau.r, t. XIV, p. 21.

ce n'étoit qu'à exciter du bruit mal à propos * ». Quaud on alla aux voix, il se trouva que la majorité fut d'avis de rayer l'article du cahier de Paris qui visait le comte de boissons.

Les députés de Paris se trouvèrent intimement mêlés aux discussions et aux conférences qui eurent lieu dans le •courant de novembre, à propos du chapitre des finances. Bien que les gens du roi eussent reçu Tordre de soumettre -aux États tous les comptes et tous les documents de nature à faciliter leur enquête, il ne fut pas difficile de constater •que le plus grand désordre régnait dans l'administration •des finances. L'évêque du Maine et le président de Neuilly signalèrent directement au roi ces graves lacunes de la •comptabilité publique, et, dans la séance tenue par le tiers état le 21 novembre, Neuilly déclara que le roi avait envoyé ■en poste à Paris pour « prendre mémoire en la Chambre ■des Comptes ». Sans se laisser détourner de leur but par les préoccupations extérieures que venait de provoquer l'audacieuse conquête du marquisat de Saluées par le duc •de Savoie Charles-Emmanuel (fin oct., début de novembre), 4e tiers état soumettait aux deux autres ordres un projet de réduction des tailles. Le 23 novembre, l'union de tous les •députés était faite sur ce point et le texte même de la requête se trouvait déjà rédigé quand arriva un gentilhomme de la reine mère pour mander le prévôt des marchands et le président de Neuilly. Voici comment le procès-verbal <\u tiers rend compte de l'entrevue, à cette même date du :23 novembre : « M. le président de NuUy a fait rapport que M. le prévôt des marchands et lui avoient été mandés par la reine, mère du roi, pour parler à S. M., laquelle lui avoit dit que le roi étoit duement averti de la requête que les députés avoient présentée à S. M. pour le rabais des

i. Journal de Bernard,

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prit la parole à son tour el fit un tableau poignant de la misère publique, laissant entendre même que cette misère pouvait porter les sujets au désespoir et leur faire perdre le respect de l'autorité royale.

On s'attendait à un accès de rage, à l'un de ces emportements furieux qui sauvent ou perdent les princes poussés ï\ bout. Henri III répondit avec plus d'onction que jamais. A l'entendre, il n'avait convoqué les États que pour travailler au soulagement de son peuple et « il avoit Tàme trop bonne pour devenir tyran * ». Il se bornait à demander qu'on lui permit d'entretenir sa maison et de soutenir la guerre. Au surplus, il ferait en sorte de contenter les députés avant leur départ.

Malgré son calme apparent, le roi ne prenait pas aisément son parti de l'attitude hautaine des Ëtats, et il descendit aux démarches les plus humiliantes pour essayer de fléchir les représentants de la nation. Le 26 novembre, il manda La Chapelle-Marteau et le président de Neuilly, puis leur déclara qu'il se contenterait de trois millions d*or « pour l'entretènement de son État » et consentait à laisser le reste « en telles mains que les provinces aviseroient, sauf que les trésoriers en eussent le maniement ' ». A ces confidences officieuses, Henri mêlait de vives récriminations contre les exigences des députés, d'amères protestations contre le refus de voter les tailles. Le lendemain 27, à l'issue de la messe, car c'était un dimanche, le roi fait dire à Bernard, l'orateur du tiers, et au sieur Coussin, échevin et député de Dijon , de venir le trouver à une heure « en la salle de la reine-mère ». Après avoir déjeuné chez M. de Lux, ils se rendirent au château. M. de Marie les introduisit auprès du roi, qui conférait déjà avec Tarche-

1. D*aprèB Bernard» le roi aurait dit « qu*il ne vouloit écorcher ses sujets ». T. XV du Recueil des EU gén., p. 58.

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