Journal de Bernard, p
2. Plusieurs historiens, notamment Palma-Cayet, affirment que toutes les requêtes des États avaient été délibérées au Conseil du duc de Guise : « ... Mesmes le Roy creut, comme plusieurs ont escrit, qu'il ne se faisoit aucunes remonstrances ny requestes que premièrement elles n*eussent esté résolues en un conseil qui se tenoit au cabinet dudit dite par les principaux de la Ligue, qui avoient avec animosité brigué, chacun en la province d'où ils estoient, pour estre députez aux Estais et qui, dans chaque chambre, pou rsuy voient ce qu'ils avoient conclu au Conseil du duc de Guise n.Introd. à la CkronoL novena ire. V. aussi Pasouieb, lettre XXL Mais, comme Ta fait judicieusement remarquer M. Picot {Hist. des États généraux, t. lU, p. 124), il n'est pas invraisemblable de supposer que le duc de Guise, « charmé au début de voir les députés résister au roi, commençait lui-môme h s'inquiéter de leurs projets ». Db Thou raconte que, dans ce banquet du 28 nov., le président de Neuilly et La Chapelle-Marteau prédirent au duc que le roi attenterait & sa vie en le faisant tomber dans une embûche, et lui conseillèrent de quitter la cour, t. X, p. 468.
Étonné, le duc va immédiatement prévenir Henri III do Tattitude intransigeante des députés. Le roi se résigne à une dernière tentative. Le 30 novembre, il fait appeler au château Bernard et Coussin. Ceux-ci trouvent le prince seul avec Bellegarde, qui lui mettait son ordre et son ceinturon. On ne peut qu'admirer la parfaite humilité du roi qui, après avoir promis « de vivre de toute autre façon qu'il n'avoit fait par le passé », se plaint de sa profonde détresse, comme un fils de famille aux abois. A l'entendre, « il n'avoit plus un sol; c'étoit une honte que, dans son conseil, l'on tirât la langue d'un pied de voir ses nécessaires; ses dépêches demeuroient, faute d'avoir cent écus pour payer ses courriers... » Et comme à la misère du roi les députés opposent la misère du peuple et déclament contre « les belles gens » qui l'exploitent, c'est-à-dire contre les courtisans et les partisans, Henri leur répond avec douceur : « Je vous aime d'ainsi parler ». Mais le roi ne restait si ainaable que pour masquer sa défaite. Le tiers état restait inébranlable et annonçait, le 30, son intention d'aller le lendemain en corps « quérir la résolution du roi » sur les requêtes des États. A grand'peine , on put ajourner au 2 décembre l'effet de cette sommation; mais, ce jour-là, le roi dut essuyer les plaintes et remontrances de M. de Bourges, au nom des trois chambres des États. Ne faire aucune concession eût été périlleux. Henri III s'en tira par une gasconnade. Assis « dans une chaire, accompagné de M. de Guise et de M. de Lyon, tenant le flambeau, il dit : Je vous accorde vos requêtes. Un chacun se mît à crier Vive le royl sans lui donner le temps de parachever. Mais, le bruit fini, il nous dit que c'est à la charge que vous me fassiez fonds et donniez moyens assurés pour l'état de ma maison et fonds de la guerre, suivant votre promesse * ». Les naïfs députés ne prennent pas garde