Db Trou. Ibid
2. « Soudain qu'ils eurent advis ^e la mort des deux frères, la révolte fut générale... » Pasquikh.
3. Nouj croyons inutile d'en reproduire le texte, d'autant qu'il a été imprimé dans les Preuves de Féubien, t. V, p. 449, et réimprimé par
lettres furent adressées par des émissaires spéciaux à quelques cités importantes ', ou à des princes du parti catholique. Le duc de Lorraine, par exemple, fut honoré d'une communication datée du 24 décembre à minuit ^ Dans cette nuit terrible du 24 au 25, la stupeur fut indicible. De Thou affirme que personne ne dormit; les prédicateurs eux-mêmes étaient si étourdis du coup qui venait de frapper la faction, qu'ils ne semblaient pas songer à la vengeance ; les politiques se demandaient avec angoisse comment le roi allait faire face au prochain réveil de la colère publique. Ce calme, précurseur des tempêtes, dura encore pendant la matinée du 25, jour de Noël; toute la population était rassemblée dans les églises. Mais, dans l'aprèsmidi, les prédicateurs commencèrent à déclamer contre les assassins du chef de la Ligue ^, et les meneurs du
H. Mabtin, t. X, p. 118. Toute la circulaire se résume, d'ailleurs, dans les phrases suivantes : « Nous travaillons icy'tant que nous pouvons; nou& nous assurons que vous ne ferez pas moins de vostre côté. G*est à cette fois ou jamais qu'il se faut aider... Autrement nos ennemis sont au-dessus de leurs afTaires. n Rbo. H, 1789, fo 212.
1. C'est ainsi que les échevins de Paris écrivirent à « Messieurs Iqs colonels de la ville de Rhodez » une lettre qui débute ainsi : « Vous avez entendu la tragédie jouée à Blois, tant contre les députez de tout ce royaume que particulièrement à rencontre de ceux qui se seroient opposez vaillamment aux perturbateurs de cet Estât... » Reg. U, 1789, f° 214. Félib., Preuves, t. V, p. 449.
. 2. Voici cette lettre, qui a son intérêt. (Cf. Félib., P/*., t. V, p. 449.)
H MoNSBiGXEun. Vous entendrez par la despéche de monseigneur d'Aumale le mallieureux acte commis en la personne de monseigneur de Guise, ainsi que nous l'avons entendu par deux courriers présentement arrivez. Cette nouvelle nous a réduits en telle perplexité et affliction que nous ne vous en pouvons rien représenter, mais que nous connoissons qu'il ira de la perte ou conservation de nostre religion et de tout ce qui nous est de plus cher en ce monde. Nous aurons recours à Dieu et à tout ce qu'il nous a donné de meilleur, pour de tout nostre cœur embrasser sa querelle et la nostre. En telle querelle, sa divine bonté nous a toujours assistez des princes de vostre nom. Nous nous assurons, de vostre costc; de nous aussi il vous plaira faire estât. De Paris, le 24 décembre, à minuit, 1588. w Reg. /6irf., f» 1.
3. Ce fait est attesté nettement par Palua-Cayet : « Les prédicateurs de la faction des Seize, en leurs prédications qu'ils firent le jour de Noél, incitèrent tellement le peuple à la rébellion que, dez le lendemain, contre le gré de messieurs de la Cour de Parlement, en une assemblée qu'ils firent en l'Hostel de Ville, ils esleurent M. d'Aumalle pour gouverneur de Paris... » Chron,
parti, se voyant absolument maîtres de la situation, résolurent de se mettre en état de rébellion ouverte. Le lendemain après les vêpres, ils assemblèrent leurs partisans à THôtel de Ville et forcèrent le premier président de Harlay et le président Augustin de Thou ^ à se rendre à la séance. Toute discussion sérieuse paraissait impossible, tellement étaient bruyantes les vociférations des factieux , qui cherchaient évidemment à provoquer les magistrats et à faire naître l'occasion de les mettre en pièces. Cependant l'échevin Jean Roland, dont la réputation de violence était bien établie et qui^ peu de temps auparavant, avait été arrêté avec Pierre Belloy par ordre de Henri III, Jean Roland fit signe qu'il voulait parler et réussit à obtenir le silence. Il en profita pour prononcer une harangue dont le but était d'exhorter les assistants à s'unir pour la défense de la religion et de la liberté, et à ne faire qu'un seul corps sous la main d'un chef digne d'assumer une tâche aussi importante. Il conclut en proposant de nommer le duc d'Aumale gouverneur de Paris. Cette motion fut accueillie avec un vif enthousiasme; le peuple, qui avait forcé les portes de l'Hôtel de Ville, poussait d'étourdissantes clameurs, et, conmie il faut des jouets sanglants à ces foules déchaînées, quelques fanatiques portaient déjà la main sur les deux magistrats quand l'intervention du duc d'Aumale les sauva.
Les Seize, qui venaient de faire nonMner un gouverneur de Paris, usurpant ainsi sur les prérogatives du roi,
nôv., chap. I**". Les prédicateurs n^attendirent donc pas le 29 décembre pour rompre le silence, comme le dit M. Gh. Labittb, De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue, p. 43.
1. Oncle de Thistorien Jacques-Auguste de Thou, qui a donné un dramatique récit des insistances faites auprès des deux magistrats parleurs amis pour les décider à ne pas se rendre à THôtel-de-Ville, où l'on pensait qu'ils trouveraient la mort. C'est le président de Thou qui conseilla au premier président de répondre, «omme lui-même, à la convocation menaçante des ligueurs, en disant qu'ils ne trouveraient jamais l'occasion de mourir plus glorieusement. De Thoi*, t. X, p. 488.
PARIS RÉGICIDE 49i
commirent une seconde illégalité en reconstituant la municipalité parisienne par des élections non moins irréguliëres que les précédentes. Une autre assemblée générale * nomma les sieurs Drouart, avocat, Crucé, le fameux procureur au Chàtelet, et de Bordeaux, marchand, pour tenir la place du prévôt des marchands La Chapelle-Marteau, et des eschevins Compans et Costeblanche, qui étaient les prisonniers du roi *. L'Hôtel de Ville affirma immédiatement sa résurrection en adressant force mandements aux officiers municipaux et en se plaçant humblement sous l'autorité des Seize et du duc d'Aumale ', entre les mains duquel les nouveaux élus prêtèrent serment. Dès la date du 28 décembre, on trouve d'ailleurs dans les Registres de la Ville des ordres qui portent cette formule : « De par monseigneur le duc d^Aumalle^ gouverneur de ceste ville de Paris^ et les Prévost des nxarchans et Eschevins de ladicte Ville. » Ainsi s'opère la fusion, jusque-là inconnue, de l'exécutif et du délibérant. L'Hôtel de Ville n'est plus qu'un organe du gouverneur de Paris, agent lui-même des conseils occultes de la Ligue.
Certes, il est difficile de donner une idée nette et précise du nouveau pouvoir qui va dominer Paris, par cela
1. Cette assemblée générale se tint le 5 janvier 1589. Les Registres constatent que les nouveaux élus « vacqueront aux affaires de la Ville pendant la détention du prévost des marchands et deux échevins », mais qu'ils n'auront pas qualité d'échevins et ne porteront robbes de livrée. FtuB., Pr,, t. V, p. 452. Les mandements de convocation, datés du 4 janvier, convoquent les quartiniers « pour eslire et commettre un prévôt des marchands et deux eschevins pendant la rétention de ceulx qui sont absents jusques h leur retour ». Rbo. H, 1789, f» 229.
2. Palma-Gatbt, Chron, nov,^ chap. I. Dialogue du Maheustre et du Manant. Celte source présente une autorité spéciale pour la période qui nous occupe, surtout si, comme on l'a souvent prétendu, le dialogue a pour auteur Téchevin Roland. Cf. Preuves de la Satyre Ménippée, t. 111, p. 367, édit. de Ratisbonne de 1752.
3. Dès le 26 décembre, un mandement du Bureau de la Ville, signé le Prévost des marchands et Eschevins de la Ville de Paris ^ invite les conseillers de la Ville à se rendre le lendemain & la maison commune pour désigner une délégation chargée « d*assister au Conseil qui se tiendra près la personne de monseigneur le duc d^Âumale ». Rbo. H, 1789, f» 214.
49â PARIS ET LA LIGUE
même que le mécanisme en est modifié à toute heure par les circonstances. « Tout le bâtiment des Seize, dit Tauteur anonyme du Dialogue du Maheustre et du Manant j a ressemblé à l'entreprise de la Tour de Babel. » Ce n'est guère qu'en suivant l'ordre chronologique qu'on peut atteindre, h cet égard, la vérité historique. Déjà, nous avons essayé de retracer la genèse, pour ainsi dire, de ce fameux comité des Seize *, qui au fond a toujours compris plusieurs comités. Les événements de Blois lui firent subir une transformation nouvelle. Aussitôt après la nomination du duc d'Aumale en qualité de gouverneur de Paris et la reconstitution de la municipalité parisienne, les meneurs du parti « firent élire par le peuple ' un Conseil général de r Union des catholiques, composé des trois Estats, gens de bien et de créance ^ ». Ce Conseil général ne s'attribuait pas une moins haute mission que celle « d'ordonner des affaires do l'État et recevoir en conférence toutes les provinces et villes catholiques, les députés desquelles avoient séance et voix délibérative audit Conseil ». Un de ses premiers soins fut de décerner au duc de Mayenne, alors en Bourgogne, le titre de lieutenant général de l'État et couronne de France. Mais la composition du Conseil général de rUnion ne semble pas avoir été définitivement fixée avant l'arrivée de Mayenne à Paris; et cette arrivée n'eut lieu que le 12 février 1589. Jusque-là, l'administration de Paris parait avoir été confiée aux échevins, titulaires et provisoires, auxquels le duc d'Aumale adjoignait quatre ou six conseillers de Ville, désignés chaque semaine *.
1. « On dit qae les Seze, des plus séditieux de Paris, geDs de basse con- <UtioD, y ont empiété toute authorité et puissance, que Ton appelle le Conseil de Seze. C'est une vraye anarchie... » Pasqviei, Lettres, livre XIII, 1. IX, p. 319.
2. 11 va sans dire que cette élection par le peuple fut absolument fictive, et que les membres du Conseil général de l'Union n'étaient que les •créatures des comités insurrectionnels.
:). Dialogue, etc., p. 453.
4. C'est ce qui résulte d'un procès- verbal tiré des Registres et qui porte
La force principale • de rorganisaiion nouvelle résidai! d'ailleurs dans les comités de quartiers. « Au mesme temps, Ton establit des conseils particuliers en chacun des seize quartiers, composés chacun de /2^<//* personnes notables, esleues par chacun quartier, en intention de veiller chacun en son quartier sur tout ce qui s y faisoit, et en advertir le prince et les magistratz pour y donner ordre selon les occurrences. Quand le Conseil général fut establi, les Seize, de jour à autre, rapportaient Testât de la ville et des provinces de la Ligue, desquelles ils avoient advertissèment par la praticque qu'ils avoient observée auparavant les Barricades ^ » Ainsi : un gouverneur de Paris, le duc d'Aumale, un Conseil général sur le papier, un Bureau de la Ville, complété par une adjonction de quatre ou six conseillers de Ville qu'un roulement renouvelait chaque semaine, seize quartiniers et seize comités de neuf membres, telle était la composition du gouvernement insurrec-
la date du 27 décembre 1588 : u .... A été advisé el condud que l'on laissera en la liberté de monseigneur le duc d'Aumalle, gouverneur de ladite Tille, et desdictz sieurs eschevins, de appeller par chacune huitaine quatre ou six desdictz sieurs conseillers, qui se rendront assiduz pour assister au Conseil de ladite ville, selon qu*ilz adviseront. » Rbg. H, 1189, ^ 213. Le Bureau de la Ville, ainsi complété, était un rouage nouveau que le procès-verbal du 16 février 1589 qualifie de « Conseil particulier de la Ville ».
1. Dialogue f etc. Db Thou écrit de son côté : « Après s'être donné un gouverneur & leur dévotion, ils avoient mis à la tète des seize quartiers de Paris seize personnes tirées de la lie du peuple, tous gens ruinés ou qui avoient sujet d'appréhender la rigueur de la justice. C'étoient les Seize qui étoient chargés de sonder les dispositions des bourgeois de cette capitale. » T. X, p. 511. Nous croyons que la version du dialogue et celle de l'historien de Thou peuvent aisément se concilier. Chaque quartier avait un comité, et le chef de ce comité était, à coup sûr, le quartinier établi par la Ligue. La délibération du 18 février, sur laquelle nous reviendrons, fait une allusion formelle « au conseil establi en chacun des seize quartiers »,. et, d'autre part, elle se termine par un mandement « aux quarieniers de se trouver au bailliage du palais avec les colonels, capitaines, lieutenans, enseignes, cinquanteniers et dizeniers.... » Félibibn, Pr., t. V, p. 457. Le dialogue lui-même rapporte d'ailleurs tous les noms des Seize : « Le premier desquels est de La Bruyère, en après Crucé, et puis suivent Bussy Le Clerc, le commissaire Louchart, de la Morlière, Senaull, le commissaire de Bart, Drouart, avocat, Alvequin, Emonnot, Jablier, Messier, Pasî^art, colonel, Oudineau, Le Tellier et Morin, procureur au Chastelet. »
tionnel avant TaiTivée de Mayenne. Voyons maintenant ses moyens et ses actes, dans cette sorte d'interrègne démocratique qui laisse le champ libre aux couches inférieures de la faction cléricale.
A en juger par les textes, la municipalité ligueuse, à la tin de 1588 et au commencement de 1589, a déployé une activité extraordinaire. Son premier soin fut d'emprisonner les royalistes fidèles « sans aucune distinction de sexe ny d'aage ^ ». Ce n'était pas un simple système de vexation; c'était ai)ssi une façon ingénieuse de se procurer de l'argent. L'Estoile dit que le duc d'Aumale « commença la guerre par les bourses ' », celles des amis comme celles des ennemis, car le chroniqueur ajoute qu'on adressa « mandement aux curés des paroisses de la ville et des fauxbourgs de lever de chacun de leurs paroissiens le plus de deniers qu'ils pourroient pour les affaires de la guerre et défense de la ville ». Dans une assemblée générale tenue le 31 décembre en la grande salle de l'Hôtel de Ville et présidée par l'échevin Roland ', il fut reconnu « qu'il estoit requis et nécessaire faire quelque