Palma-Gatbt, Ibid
2. « U commença la guerre par les bourses, envoiaat fouiller les maisons des roiaux et politiques par les Seize (comme fust la mienne, la première du quartier, fouillée par maistre Pierre Senault et La Rue, mercredi 28* de ce mois, jour des Innocens) et tout plain d'autres, emprisonnés pour avoir de l'argent. » T. in, p. 203. Pasquibe écrit à son fils : « On fait très bon marché des bourses, spécialement de celle des absents; cela s'appelle cinq ou six cens escus pour le moins, pour subvenir aux affaires de la Saincte Union qu'il faut que nos femmes trouvent, sur peine d'espouser une prison. » Livre XIII, lettre IX, p. 379.
3. Les convocations étaient adressées aux u députez des courts souveraines, corps, collèges, chappelles, communaultez ecclésiastiques, quarteniers et huit notables bourgeois de chacun quartier d'icelle ville, encore esmeue et troublée & l'occasion des meurtres et emprisonnement des princes, seigneurs et bourgeois tant de ladite ville que aultres de ce royaume, mesmes du pré vos t des marchans et deux eschevins de ladite Ville, députez en l'assemblée généraUe des Estatz de ce royaume convocqnez en la ville de Blois... » Reo. H, 1789, fo 219. Il est assez curieux de remarquer ({ue les bourgeois notables ne répondirent pas avec empressement à la convocation de la municipalité ligueuse. Sur les 128 mandés, il n'en vint que 35!
fondz notable de denyers d'entrée, et puis après contribuer quelque médiocre somme par mois, tant que la nécessité durera ». L'affectation à donner aux fonds ainsi demandés aux Parisiens devait être double : ils serviraient à solder les gens de guerre « levés pour la manutention de la religion catholique, apostolique et romaine » et, en outre, à ouvrir des ateliers municipaux, destinés au « menu peuple, lequel demeurant oyseux et en nécessité, pourroit s'esmouvoir et se mutiner ». Roland, dans son discours, propose d'employer tous ces pauvres gens à la réparation des fortifications et autres travaux d'édilité *. Quant aux moyens de se procurer des ressources, ils seront d'une grande simplicité. On fera une « levée généralle sur tous les bourgeois, manans et habitans de la ville », et ou les invitera « à contribuer gratieusement et sans crainte pour une sy juste et saincte cause ». Les quêtes seront faites par les curés, accompagnés de quatre bourgeois, ou bien par deux délégués des capitaines et bourgeois do chaque dizaine. Il est aisé de deviner k quel point les bops Parisiens étaient libres de refuser leurs cotisations à des curés si escortés. La Ligue complétait ces procédés de perception gracieuse en recouvrant, dans toute l'étendue de l'élection de Paris, les tailles et subsides arriérés, sur le taux de 1576 ou dans la proportion des deux tiers de l'impôt de Tannée précédente. Toutes ces recettes devaient être centralisées à Paris, entre les mains de l'échevin Roland *.
1. Sous la date du 5 janvier 1589, nous trouvons dans les Registres un mandement ainsi conçu : t On faict assavoir à tous pauvres, manouvriers, mercenaires et gens de peyne vallides qui vouldront estre employez aux asteliiers de ladite ville et du boys de Vincennes, qu*ils ayent à se trouver et présenter samedy, une heure de relevée, au parc des Toumelles, pour Gstre receuz et enrôliez ausditz asteliiers, et estre eonduictz où il sera ordonné, esquelz asteliiers ilz seront payez raisonnablement, en se garnjssant de outilz propres à remuer et porter la terre. » Rbg. H, 1188, fo 230.
2. « 5 janvier 1589. Il est ordonné que les deniers qui ont esté receuz par les paroisses seront remis ès-mains de monsieur Telleu Rolland, commis et députté à faire la recepte et despence de Tarmée qu'il convient
Avec de l'argent on fait la guerre, et le roi n'est pas si riche que la Ligue, mais il a contre Paris des otages précieux, le prévôt des marchands et deux échevins. Pour les lui arracher, THôtel de Ville n'a qu'une arme : la diplomatie! Dès le 28 décembre 1588, la Ville écrit au roi une lettre très respectueuse pour demander la liberté de La Chapelle-Marteau et de ses deux collègues, et elle confie au président Le Maistre la mission de porter cette supplique à Blois ^ Le pauvre homme avait peur et fit son testament avant de partir; mais « le tyran », déjà rassasié de vengeance, ne songeait guère à prendre la vie de l'ambassadeur des Parisiens. Sollicité par les députés du tiers état, dont nous avons dit plus haut les courageuses instances^ bercé aussi de l'illusion d'apaiser Paris à force de mansuétude, Henri III va lui rendre la duchesse de Nemours, mère de Guise l'assassiné, et les échevins Compans et Costeblanche ; quant à Le Maistre, il reviendra avec l'édit du 31 décembre par lequel Henri III s'amnistiait et amnistiait ses ennemis.
En attendant, les ligueurs parisiens ne perdaient pas une minute. A chacun sa tâche : le prêtre et le moine fulmi-
mettre sus pour la de(Tence de la religion catholique, apostolique et romaine. » Rbo. h, 1789, f* 231. Un mandement du Bureau enjoignit aux curés de remettre à Roland l'argent recueilli par eux. S'ils tardent, ils sont menacés. C'est ainsi qu'un mandement du Bureau, en date du 19 janvier, fait savoir au curé de Saint-Médéric que, s'il ne presse pas ses paroissiens d'apporter leur obole & la Ligue, on s'en prendra à lui « par les voyes qui seront ». Rbg. H, 1189, ^ 236. U ne faut pas s'étonner si, comme l'écrivait, le 8 janvier 1589, le duc d'Aumale & un prêtre, « MM. du clergé ont très sainctement consenty la vente d'une parUe de leur temporel, afQn d'en employer les deniers aux fraiz de la guerre contre les héréticqnes. » Ibid,, t* 235« M. Binet, receveur des décimes de la généralité de Paris, centralisait ces pieuses officandes.
1. Rbg. h, 1789, (• 216. Nous ne reproduisons pas le texte de cette lettre, que Félibien a déjà insérée au t. V, Preuves ^ de son Hist, de la V.de Paris ^ p. 450. Tout en réclamant la mise en liberté des députés de Paris aux États généraux, TUÔtei de Ville avait pris une précaution dans l'assemblée générale du 31 décembre 1588. Elle avait révoqué les pouvoirs des députés dont il s'agit et fait homologuer cette révocation par les trois cours souveraines. FiuB., Pr., t. Y, p. 451 •
nent dans les chaires, les Conseils et l'Hôtel de Ville réquisitionnent, encaissent, arment et font de la propagande. Il faut suivre tous ces acteurs; et d'abord les curés, les moines, les théologiens.
Depuis les Barricades et la fuite du roi, Paris est la proie du clergé révolutionnaire. Il s'installe dans la capitale comme en place conquise, occupe toutes les cures, s'installe de force dans toutes les chaires. François Pigenat, un des plus fougueux élèves des Jésuites *, déposséda le curé de Saint-Nicolas des Champs, Legeay, qui passait pour royaliste. Guincestre, autre énergumène dont l'attitude scandalisait les ligueurs un peu civilisés, surtout lorsqu'il suivait les processions tout nud et vestu d'une simple guilbe de toile blanche ', se fit installer avec le même sans-gêne dans la cure de Saint-Gervais. Le curé titulaire, Pierre Chauveau, fut évincé, grâce à des procédés extrêmement ingénieux. A la date du 12 novembre 1588, Chauveau est mandé au Bureau de la Ville, et il apprend « qu'il se prépare quelque émotion au sujet de sa cure ». Le pauvre homme répond en vain qu'on a profité d'une absence qu'il avait dû faire, par suite de maladie, pour « le calomnier d'être hérétique » ; il invoque sans plus de succès les « attestations de ses paroissiens pour justifier sa probité », les ligueurs du Bureau de la Ville ne veulent rien entendre et l'invitent à « se retirer de Paris jusqu'à ce que les choses soient plus calmes, luy faisant connoistre qu'on avoit droict de le luy enjoindre ' ». Il fallut obéir à
1. Il ne faut pas le confondre avec son frère, Odon Pigenat, qui fut provincial des Jésuites après le décès du Père Mathieu et fit partie du conseil des Seize. Voy. Le Duchat, Remarques sur la Satyre Ménippéet t. II, p. 82, et, sur l'installation de Pigenat dans la cure de Saint-Nicolas des Champs, l'Estoilb, t. III, p. 187.
2. Journal des choses advenues à Pans. M. Labittb, dans les Prédicateurs de la Ligue, p. 43, donne bien quelques renseignements biographiques sur Guincestre, mais il ne raconte pas les mésaventures de Pierre Chauveau, son prédécesseur & Saint-Gervais.