‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 251 sur 314 · Ibid., p. 230. Cf. Palma-Gaybt, Chronol, nov.j chap. I · texte numérisé non relu

Ibid., p. 230. Cf. Palma-Gaybt, Chronol, nov.j chap. I

en parlant de la reine mëre, beaucoup de bien et beaucoup de mal, et croi qu'elle en a encores plus fait du dernier .que du premier. Je n'en doute point. Aujourd'hui, messieurs, se présente une difficulté, sçavoir : si l'Église catholique doit prier Dieu pour elle, aiant vescu si mal qu'elle a vescu, avancé et supporté souvent l'hérésie... Sur quoi, je vous dirai, messieurs, que si vous lui voulez donner à l'avanture, par charité, ung Pater et un Ave^ vous le pouvez faire : il lui servira de ce qu'il pourra, sinon il n'y a pas grand intérest. Je le laisse à vostre liberté *. » C'est encore Guincestre qui accusait Henri III d'avoir commerce avec les démons de l'enfer, et, à l'appui de son dire, exhibait en chaire les figurines d'argent doré trouvées au château de Vincennes '. Des moyens aussi grossiers suffisaient auprès du peuple parisien, qui a toujours aimé faire ou briser des idoles. Après un sermon de Guincestre (2 janvier) n'alla-t-il pas à l'église Saint-Paul démolir le mausolée élevé par le roi à la. mémoire de Saint-Mesgrin, de Quélus et de Maugiron? Ne s'amusa-t-il pas une autre fois à lacérer le tableau du couvent des Augustins qui

i. L'EsTOiLB, t. III, p. 233.

2. La Satyre Ménippée fait allusion à ces stupides accusations : « Nos prescheurs et docteurs ont-ils pas presché que le feu roy estoit sorcier et adoroit le diable, au nom duquel il faisoit toutes ses dévotions, et mesoies aucuns ont esté si impudens de montrer en chaire publiquement & leurs auditeurs des effigies faites à pfaisir, qu'ils juroient estre l'idole du diable que le tyran adoroit. » T. I, p. 156. Ces figurines n'étaient pas, d'ailleurs, imaginées & plaisir. Elles venaient réellement de la résidence du roi au bois de Vincennes et consistaient dans « deux satyres d'argent doré, de la hauteur de quatre poulces, tenans chacun en la main gauche et s'appuyant dessus, une forte massue, et de la droite soustenans un vase en crystal pur et bien luisant; eslevez sur une base ronde, godcronnée et soustenue par quatre pieds d'estal.... lis estoient au-devant d'une croix d'or au milieu de laquelle y avoit enchâssé du bois de la vraie croix de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Voy. Les sorceiteries de Henry de Valois et les ablations qu*il faisait au diable dans le bois de Vincennes. Paris, 1589. Arch. cur., t. XII, p. 488, i'o série. En admettant, comme l'auteur du factum, qu*auprès d'un morceau de la vraie croix « deux anges ou simples chandeliers eussent esté plus décens que ces satyres », il ne faut voir dans cette trouvaille qu'une preuve du scepticisme de Henri III et non de ses intelligences avec le diable de ce temps-là.

représentait Henri III instituant l'ordre du Saint-Esprit * ? Mais la partie honnête de la population ne se laissait pas encore séduire par la Ligue et se faisait scrupule d'entrer en rébellion ouverte contre le roi légitime ". Pour rassurer ces consciences délicates, les meneurs de la Ligue imaginèrent un expédient décisif. Le 7 janvier, ils firent présenter à la Faculté de théologie, sous le couvert du prévôt des marchands et des échevins, un mémoire qui posait la question suivante : Les Français pouvaient-ils se considérer comme dégagés du serment de fidélité qu'ils avaient prêté à Henri III? En second lieu, pouvaient-ils prendre les armes contre un roi qui avait violé la foi publique aux États généraux de Blois? Les docteurs de la Faculté, au nombre de soixante, s'assemblèrent, et, après avoir assisté à une messe du Saint-Esprit, ouvrirent la discussion. Jean le Fèvre, doyen de la Sorbonne, Robert Vauvarin, Denis Sorbin, docteurs estimés, soutinrent vainement que l'autorité du roi était inviolable. Leur avis ne put prévaloir contre les déclamations de Guillaume Rose, de Jean Hamilton, du feuillant Bernard, du cordelier Feu-Ardent et du jésuite Gommolet. Tous les prêcheurs, les Boucher, les Prévost, les Aubry, les Pigenat « qui avoient esté les principaux inventeurs de la question, en baillèrent euxmesmes la conclusion le 7 janvier avec quelques jeunes docteurs ^ ». La Sorbonne déclarait le peuple dégagé du serment de fidélité envers Henri de Valois, rayait son nom des prières de l'Église, et permettait à tous de prendre les armes contre lui pour la défense de la religion. Ce décret *

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