‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 258 sur 314 · DeTuou, t. X, p · texte numérisé non relu

DeTuou, t. X, p

en face d'une véritable armée, et la citadelle, déjà mal fortifiée, était à moitié ruinée par le canon des ligueurs. En outre, Mayenne se dirigeait vers Orléans, à travers la Champagne, et toute ligne de retraite serait bientôt coupée. Dans cette extrémité, d'Aumont enleva ou détruisit ses canons et, abandonnant la place, se retira en bon ordre sur Beaugency avec ses quelques compagnies suisses et françaises (31 janvier). La nouvelle de la prise d'Orléans parvint à Paris dès le 1" février *, et le même jour, à dix heures du soir, le duc de Nemours ', frère utérin du feu duc de Guise, « par subtil moien, eschappé du chasteau de Blois où il estoit prisonnier, arriva à Paris, où il fust par les Parisiens veu et receu en grande joie, comme estimé, par eux, Tun des princes les plus affectionnés à leur parti ». On cria : « Loué soit Dieu! Voilà encores un de nos bons princes, et des meilleurs, eschappé des griffes du tyran ! ' »

Cet accueil enthousiaste fait à des princes qui, comme le duc de Nemours, n'avaient jamais donné de grandes

1. C'est ce qui résulte d'une lettre écrite par les échevins parisiens à une ville non désignée et que les Registres nous ont conservée. Datée du !*>* février 1589, eue porte que le siège d'Orléans a été levé, que la citadelle a été prise par le chevalier d'Aumale et que le duc de Mayenne est entré à Orléans. Rbo. H, 1789, f» 273. De Tiiou dit, au contraire, que Mayenne n'entra dans Orléans que quelques jours après le départ du maréchal d*Aumont (t. X, p. 521). Eq revanche, le Registre, sous la même date du 1*' février, porte la mention ci-dessous : « Depuis ceste lettre, nous avons eu cest honneur de recevoir en ceste ville monseigneur le duc de Nemours, en très bonne santé, grâces & Dieu eschappé de sa prison. » 11 est probable que ce post-scriptum fut ajouté dans la soirée du 1*' février, puisque l'Estoilb dit formellement que le duc arriva dans Paris u le premier février, sur les dix heures du soir ».

2. Charles-Emmanuel de Savoie, duc de Nemours (1567-1595), était fils de Jacques de Savoie, duc de Nemours, qui, en 1566, avait épousé Anne tf'Este, veuve de François de Guise.

3. L'EsToiLR, t. ni, p. 245. 1)k Thou n'attribue pas la fuite du duc de Nemours à une cause très précise, car il suppose, ce qui va de soi, qu'il corrompit ses gardes ou qu'il trompa leur vigilance. Quant à Mme de Guise, sa mère, elle avait été conduite à Amboise avec les autres prisonniers. Mais le roi la laissa partir, soit par compassion, soit par politique, avant Compans et Costeblanche. De Tbou, iàid., p. 485.

preuves de capacité personnelle, attestait chez les Parisiens le besoin instinctif d'un gouvernement quelconque et d'une direction suivie, en même temps qu'une réaction naturelle contre le désordre. Depuis la fuite du roi, Tétat matériel et moral de la capitale avait laissé beaucoup à désirer.

La municipalité ligueuse n'était ni moins tracassière ni moins inquisitoriale que la municipalité royaliste qu'elle avait remplacée révolutionnairement le 20 mai 1588. Elle soumit les hôteliers à une surveillance étroite et les obligea à venir chaque jour remettre à l'Hôtel de Ville « ung roole de tous ceulx qui arrivoient et logeoient en leurs maisons », en indiquant le jour de leur départ '. Elle chargea les colonels de se livrer à une véritable chasse des vagabonds, de soldats isolés et « aultres personnes sans adveu ' ». Le service des gardes de nuit fut énergiquement réorganisé et des amendes, dont la moitié revenait aux pauvres de l'Hôtel-Dieu, frappèrent les bourgeois qui ne répondaient pas à la convocation des colonels et ne se faisaient pas remplacer '. Ces mesures n'ayant pas encore paru suffisantes; le prévôt des marchands assembla, le 13 octobre 1588, les colonels et les capitaines de la milice municipale, dont les cadres avaient été, comme nous l'avons expliqué, renouvelés tumultuaircment dans les premiers jours de juillet, et cette assemblée militaire élabora un nouveau règlement « touchant le faict des gardes de la nuict, pour le service duroyetseureté delà ville* ». On décida qu'outre les gardes de nuit ordinaires, il y aurait désormais trois rondes supplémentaires « es trois grands quartiers de la

1. Reg. h, 1789, fo 179. Mandement du Bureau en date du 16 juillet 1588.

2. xMandements du 30 août et du {•' septembre 1588. Reg. H, 1789, fo 191.

3. Mandements du 9 septembre 1588, ibid,, f» 193, et du 10 octobre» ibid., fM96.

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