irf., fo
3. /dirf., f» 240. Lettre du 12 janvier adressée par le duc d'Aumaie à une ville; lettre du 16 et 17 janvier pour les étapes des troupes catholiques, ^• 249 et 252.
en duel et ne s'étaient réconciliés que sur le terrain, par une sorte de honte que motivait bien 1 enormité de cette haine *. Il n'en était pas moins resté le chef de la faction Caroliney composée des princes lorrains et ainsi nonmiée parce que le duc de Nemours, frère de mère de Mayenne, ainsi que les ducs d'Aumale et d'Ëlbœuf, ses cousins, portaient tous le nom de Charles. Mayenne, on s'en souvient, avait fait prévenir le roi par le colonel Ornano des ambitieuses visées de Guise * : le duc et la duchesse d'Aumale ne s'étaient pas abstenus davantage de dénoncer à Henri III le chef de la Ligue; mais le drame de Blois, en faisant passer Mayenne du second plan au premier, changea brusquement ses dispositions intimes. Sans doute, les excitations violentes de Mme de Montpensier, sa sœur, qui, à la première nouvelle de l'assassinat des Guises, s'était
1. Db Taor, l. X, p. 443. Au surpIuB, presque tous les princes de la maison de Lorraine jalousaient la puissance du duc de Guise, à commencer par le duc de Mercœur, frère de la reine et gouverneur de la Bretagne.
2. Dans une déclaration royale, datée de février 138^, Henri HI explique lui-même comment il a été averti- par Mayenne de se garder du duc de Guise : a Sans nous amuser aux particularités de la vie desdits feu duc de Guise et de son f^ëre, dont la mémoire e^t encore trop fraîche en ce roïaume, principalement entre ceux qui les connoissoient le mieux, pour ne perdre temps à l'écrire, il nous suffira seulement de dire que, peu de jours auparavant sa mort, icelui duc de Mayenne, entr'autres choses, nous manda par un chevalier d'honneur, qu'il nous envoia exprès, que ce n'était pas à son frère de porter des patenôtres au col, mais qu'il falloit avoir une âme et une conscience; que nous prissions bien garde à nous; qu'il falloit que lui-môme duc de Mayenne ou ledit chevalier vinssent pour nous avertir, et que le terme étoit si brief, et que, s*il ne se hâtoit, il étoit bien h craindre qu'il n'arriveroit pas assez à temps. » Déclaration du roi sur Vattentaly félonnie et rébellion du duc de Mayenne, duc et chevalier d'Aumale et ceux qui les assisteront. M^m. ob la Lioce, t. HF, p. 203.
On lit, d'autre part, dans la harangue de d'Aubray [Sat, Ménippée, t. I, p. 138) : tt Aucuns ont voulu dire que vous, M. le lieutenant, estant jaloux de la grandeur et haute fortune de Monsieur votre frère, advertistes le defTunct roy de l'entreprise qu'on faisoit de remmener et l'admonestiez de se hasler d'y prévenir. Si cela est vray, je m'en rapporte À vous ; mais c'est chose tout vulgaire que Madame d'Aumale, vostre cousine, fut à Blois exprez pour découvrir tout le mystère au roy : où elle ne perdit pas ses peines, et dit-on que son mary et elle eussent dès lors fait banqueroute à la Ligue, si on luy eust voulu donner le gouvernement de Picardie et de Boulogne et payer ses dettes. »
rendue en poste auprès de lui, purent contribuer à raffermir dans ses projets de vengeance^ mais Tintérêt, à défaut d'autre motif, l'eût décidé à se ranger au parti ligueur. Aussi les Parisiens le trouvèrent-ils parfaitement préparé, lorsqu'ils lui écrivirent, dès le premier janvier 1589, pour le féliciter d'avoir échappé lui-même aux machinations et le prier de venir à Paris prendre la direction de la guerre sainte *.
Le duc rassemble immédiatement des troupes avec le concours de ses officiers, notamment de Chrétien de Savigny de Rosnc, de Roger de Grammont, de Mauléon et d'Esclavoles de Chamois, puis il se mit en marche vers Orléans (qu'il ne fit que traverser, puisqu'il trouva la citadelle évacuée par d'Aumont), et entra à Chartres, le sept février. Malgré l'opposition sourde de Tévêque Nicolas de Thou, Mayenne fut accueilli dans la capitale de la Beaucc avec un grand enthousiasme, et Nicolas de Thou fut contraint par les chanoines et par le peuple de venir recevoir à la cathédrale le chef de la Ligue. Cependant les Parisiens avaient hâte de voir leur prince. Ils lui écrivaient lettres sur lettres pour presser sa marche triomphale à travers la France '.
1. Rbo. h, 1789, fo 223. Cette lettre, d'ailleurs fort curieuse, étant reproduite par Félxbien, Preuves, t. V, p. 451, nous n'en citerons qu'un passage : tt Pour ce que le péril n'est qu'au trop de remise et de langueur, nous vous supplions très humblement, monseigneur, faire estât de cette Ville pour estre du tout & vostre dévotion, et, à ceste cause, y venir en personne, vous offrant nos vies et nos biens, d Puis vient une orgueilleuse affirmation du rôle prépondérant de la capitale : « Considérez que toutes les bonnes villes ayant Tœil sur celle-cy comme la capitale et de laquelle la ruine attireroit après elle celle de tout le reste du royaume, il est besoin surtout, premièrement pourvoir à nostre conservation, estant aisé à juger qu'icy tombera le grand effort; remédiant auquel, aussi le reste se conservera aisément. » La Ville termine par une sorte de menace et par une allusion à l'opinion publique que le duc ne peut mépriser : « Les affaires disposées comme elles sont, s'il se reconnoissoit quelque retardement, pour quelque occasion que ce soit, nous ne pourrions retenir les jugements de tant de personnes qui n'ont mis de longue main par vostre promesse leur espérance tant en personne qu'en vous. »
2. Voici une de ces lettres, datée du 18 janvier 1589 : « Monseigneur,
En attendant, la Sainte-Union entretenait le fanatisme du peuple par maints spectacles émouvants. Tantôt, c'était une exhibition de tableaux à sensation. La municipalité plaçait sur l'arbre de la Saint-Jean « la représentation d'une grande furie qu'ils nommèrent Hérésie, dont elle fut toute bruslée* ». Tantôt c'étaient des processions extraordinaires. « Sur la fin de janvier, dit l'Estoile, les petits enfans, fils et filles de la ville de Paris, commencèrent à faire processions et prières publiques par la ville, allans d'église en autre, en grandes trouppes, marchans deux à deux, portans chandelles de cire ardantes en leurs mains, chantans les letanies, les VII psaumes pénitentiaux et autres psalmes, himnes, oraisons et prières, faites et dictées par les curés de leurs paroisses •. » Tous les jours, ces processions se renouvelaient, et l'on s'habituait à voir passer ces étranges cortèges de femmes en chemise et portant des cierges allumés qu'elles éteignaient sur un mot d'ordre, en s'écriant : « Dieu, éteignez la race des Valois! » Le 14 février, jour du mardi gras, « se firent à Paris de belles et dévotes processions, au lieu des dissolutions et ordures de mascarades et quaresmeprenans qu'on y souloit faire les années précédentes » ». Une troupe de 600 écoliers, dont la plupart
l'ardente aîTection qu'avez toujours montrée avoir à la manutention de nostre religion catholique, apostolique et romaine et nostre commune conservation^ amitié et bonne intelligence, nous ont faict prendre occasion de vous faire mot, oultre nos précédentes, par lequel nous vous prions afTeclionnément de vous acheminer de nostre costc avec voz trouppes, le plus tost quMI vous sera possible, où vous pouvez vous promettre que vous serez très bien receu et respecté... » Rkg. H, 1789, fo 253.