Reg. h, 1787, t
d'expliquer, le plus brièvement possible, comment le clergé de France se trouvait engagé à payer une partie des rentes sur THôtcl de Ville. Jusqu'à la mort de Henri II, on ne connaissait que les rentes dites des aides et gabelles^ parce qu'elles étaient assignées principalement sur les aides et gabelles, les domaines et les recettes générales ou particulières. A Paris, les premières aliénations de rentes, faites par François P', en septembre 1522, étaient garanties par le produit des fermes du bétail à pied fourché et Timpôt du vin vendu au quartier de la Grève. A la fin du règne de Henri II, THôtel de Ville avait déjà 630,000 livres de rentes à servir, déduction faite des rachats opérés en vertu des contrats. Lors de l'avènement de François II, Catherine de Médicis, conseillée par le chancelier de L'Hôpital, entreprit de combler le déficit du Trésor, qui était considérable, mais les trois ordres paraissaient peu disposés aux sacrifices. Aux États généraux d'Orléans, ouverts le 13 décembre 1560 par le jeune roi Charles IX, l'orateur de la noblesse, Jacques de Silli-Rochefort, et celui du tiers état, Jean l'Ange, soutinrent cette thèse que le clergé ne devait posséder aucuns biens temporels et qu'il convenait de lès vendre pour aquittèr les dettes de TËtat, sauf à donner des pensions suffisantes aux ecclésiastiques. Le clergé craignit une spoliation violente, et l'assemblée des prélats, réunie à Poissy, offrit au roi, en vertu de la délibération du 10 septembre 1561, quatre décimes pendant six ans, soit 1,493,885 livres par an. Puis elle donna procuration à deux cardinaux et quatre évêques pour arrêter une convention définitive avec le roi. Ce contrat, qui s'appelle le contrat de Poissy, bien qu'il ait été signé le 21 octobre à Saint-Germain en Laye, obligeait le clergé à payer, pendant six années, 1,600,000 livres par an, pour le rachat des domaines, aides et gabelles du roi, aliénés
dans les provinces, et ce à dater du ^" janvier 1561 jusqu'au 31 décembre 1567.
A l'expiration des six années, le clergé devait remettre Sa Majesté en possession des domaines, aides et gabelles aliénés à l'Hôtel de Ville de Paris, en garantie des deniers s'élevant à plus de 7,500,000 livres. Jusque-là, le clergé payerait chaque année 630,000 livres pour servir au payement des quatre quartiers de rentes. Telle était l'origine de la subvention du clergé *.
De Vigny, pour en revenir à lui, avait un moyen de se soustraire aux conséquences d'une situation qu'il n'avait pas faite : une clause de son contrat avec le clergé lui permettait de se descharger en le déclarant six mois par devant. Il donna donc sa démission de receveur général du clergé pour le mois de mars suivant « sans plus se vouUoir immiscer au faict de ladîcte charge, sinon jusqu'au dernier jour de mars prochain qu'il fera tout debvoir s'aquiter d'icellc, et pareillement de païer les arrérages des rentes jusques andict jour des deniers pour ce destinez, lequel terme de mars passé, n'entend plus ledict de Vigny s'immiscer au faict de ladict receptc du clergé, de laquelle, suivant lesdictz contratz, il se démect et descharge selon que luy est permis de faire. » Le Bureau ne put refuser à de Vigny de lui donner acte de sa déclaration, mais il lui imposa cette condition qu'il payerait les rentes dues par le clergé pour les quartiers.de janvier, février, mars, avril, mai et juin de l'année 1575. En attendant, le revenu temporel fut saisi pour garantir le payement des rentes assignées sur le clergé ".
1. On peut consalter à cet égard, en Ire autres documents curieux : Les Mémoires concernant te contrôlé des rentes.., & Paris, chez P. A. Lemercier, imprimeur ordinaire de la Ville, 1717, 1 vol. in-12.
2. De Vigny, après aroir donné sa démission de receveur général du clergé, n'en resta pas moins receveur de la Ville. On le verra, en 1376» essayer de vendre sa charge.
La pénurie était générale, et Paris aurait pu faire, comme le courtisan dont parle TEstoile, Tépitaphe « de ce grand Diable d'argent » que la guerre avait tué. Pour se procurer des ressources, le roi ou ses agents avaient recours à des expédients variés. En 1S74, le sieur Le Charron, (( soy disant commis du trésorier des parties, casuelles », voulut faire commandement k Lefranc, mesureur de charbon, de payer 30 livres pour la confirmation de son office, sous peine d'être saisi et de voir son office mis en vente. C'était sans doute une façon de tâter le terrain, avant d'appliquer la taxe à tous les offices municipaux. Aussitôt le bureau de la Ville prend feu et proteste énergiquement contre une prétention du fisc qui est « chose directement contraire aux ordonnances et franchises de la Ville * ». Par délibération expresse, il ordonne que défense soit faite à Le Charron et autres d'attenter à la personne et aux biens de Lefranc et des autres officiers de la Ville : car les offices municipaux sont à la pleine disposition du prévôt des marchands et non du roi, « et partant nonsubjetz de prendre confirmation pour raison desdictz offices des roys h leur nouvel advènement ».
Mais si le fisc cherchait à exploiter les Parisiens en l'absence du monarque, ce fut bien autre chose lorsque le roi lui-même arriva dans sa capitale. L'Estoile nous apprend à quels exercices il consacra le carême de l'an 1575. « Le roy séjournant à Paris le long du quaresme de cest an 1575, va tous les jours par les paroices et autres églises de Paris, l'une après l'autre, ouïr le sermon et la messe, et faire ses dévotions. Et cependant exquiert tous moyens de faire argent en toutes sortes que ses ingénieux peuvent pourpenser. De fait, il leva sur toutes les bonnes villes de son roiaume trois millions de livres (outre le million qu'il