‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 37 sur 314 · Rb6. h · texte numérisé non relu

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renl Tordre d'interrompre pour un jour la circulation des bateaux et d'enchaîner ceux « qu'ilz trouveroient estrc menés par la rivière, sur peine de la vie ». Le 15 mai, il y eut une procession générale de Notre-Dame à la Sainte- Chapelle. « Et en laquelle procession auroit assisté, dit le Registre, le roy, accompagné de la royne et la royne sa mère, monseigneur le duc d*Alençon son frère, le roy de Navarre et plusieurs autres princes, princesses et grands seigneurs et dames. » Tout le corps de Ville ne manqua de suivre la procession; mais ce concours de prières n'eut aucun succès, et Tauteur du larcin se déroba à loutcs les recherches.

D'autres causes ne tardèrent pas à émouvoir la population parisienne. Les escoliers s'attroupaient, et çà et là des rixes éclataient entre eux et tous ces aventuriers italiens qui étaient venus chercher fortune en France, confiants dans la protection de Catherine. Un capitaine, nommé la Vergerie, avait commis l'imprudence de s'écrier en public « qu'il faloit se ranger du côté des escoliers et saccager et •couper la gorge à tous ces bougres d'Italiens et à tous ceux qui les portoient et soustenoient, comme estant •cause de la ruine de France * ». Ces propos coûtèrent cher

1. L'EsTOiLE, t. I, p. 69. Le chroniqueur a conservé plusieurs libelles qui attestent Timpopularité dont jouissaient les Italiens et Catherine leur protectrice :

Bénéfices et dons, estais et pensions,

Sont pour eax sealemenl qui par inventions

De tailles et impôts espoisent notre France.

Surtout ritalien est expert en cet art;

Des imposts qu'il y a, il en a bonne part :

Nous Toyons bien à l'œil qu'ils ruinent la France.

La plupart des poètes anonymes exhortent le peuple à chasser ces hôtes incommodes :

Chassés-les, saccagés, envoies an supplice.

Puisque vous retenés ces inventeurs d'impôts, Poltrons Italiens, le malheur de la France, Pour immortaliser vostre grande vaillance, Que ne les grillés- vous de gros bois et fagots?

au pauvre capitaine. Arrêté, il fut traduit devant une commission, composée de quelques maîtres des requêtes à la dévotion de Catherine et du chancelier de Birague. Ce tribunal, qui siégea à THôtol de Ville, condamna la Vergerie k être pendu et mis en quatre quartiers. La sentence impitoyable fut exécutée le 6 juillet, en présence du roi, bien « qu au dire d'un chacun il n'aprouvast pas cest inique jugement, lequel fust trouvé estrange de beaucoup d'honnestes hommes et scandalisa fort le peuple » '. Quelques jours auparavant, le 3 juillet, le roi et sa mère avaient eu vent d'un complot, resté assez mystérieux et qui avait pour prétexte la question d'un conflit entre les écoliers et les Italiens. Cinq ou six capitaines furent arrêtés pendant la nuit et mis en prison. « Toute la nuit, dit l'Estoile, les dixaines de Paris furent en armes sur le pavé, par le commandement du prévost des marchans et eschevins de ladite ville, faisanst la ronde par tous les quartiers, et y eust grand tumulte. On fist bruit qu'en la maison d'un tapissier de la rue Sainct-Antoine avoient esté trouvées armes pour armer cinq cens hommes. »

Dans ces circonstances, qui accusaient déjà une sourdeirritation des esprits, la municipalité parisienne semble avoir prêté un fidèle concours au roi. La Ville n'avait pas sérieusement à se plaindre du nouveau roi, et les franchises de la cité n'avaient pas encore souffert d'atteinte essentielle. Les élections du 16 août 1574 s'étaient librement accomplies, d'après le cérémonial accoutumé.

Quant à la reine mère, les chansons populaires ne Tépargnaient pn» davantage :

CatiD, dont la puanteur Rend toute la Franco rance* Ou fais nostre estât meilleur, Ou t'en retourne à Florence.

i. lùid.

Jean Le Charron, président de la Cour des aides, avait été- continué dans ses fonctions de prévôt des marchands *, et Ton avait nommé échevins les sieurs d'Aubray et Guillaume Parfaict, sans que la cour eût soulevé la moindre objection. Il est vrai que le roi n'avait pas encore franchi la frontière française. Mais, au 16 août 1375, il y avait lieu de nonuner deux échevins nouveaux. On présenta le scrutin au roi lui-même, qui reçut la délégation municipale au Louvre. Henri ne modifia nullement les résultats du scrutin et déclara au contraire qu'il entendait respecter les privilèges de la Ville *.

En ce mois d'août 1S73, il y eut une nomination de quartinier qui s'accomplit également dans les formes traditionnelles et sans intervention rovale, mais avec certaines modifications qu'il est intéressant de signaler*. En résumé, on admettait, d'une part, les nominations exceptionnelles par voie de résignation du titulaire en faveur d un tiers, ordinairement parent ou allié du cédant ; et, d'autre part, le choix des quartiniers restait en principe confié à l'élection, le corps électoral étant composé des dizainiers et de quelques notables du quartier. Le 23 août 1565, sir Nicolas Hac, ancien échevin, se présente au bureau do

1. Le Charron était prévôt depuis 1572; on sait que, d'après les traditions, le prévôt des marchands, les échevins et les conseillers de ville, ainsi, du reste, que les officiers municipaux subalternes, étaient nommés pour deux ans, mais pouvaient être réélus trois fois de suite. Voy. Le- BOLX DE LiNCY, p. i54, ouvrage cité.

2. « Le roy, après avoir veu le présent scrutin, a déclaré voulloir conserver les previlleges de ladicte ville, et que, suyrant iceuis, ledict de Brevant, Tun des quatre notaires de la Court de parlement, et Legresie, bourgeois de Paris, qui ont eu la pluralité des voix, demeurent esleus eschevins; et d'iceulx a pris le serment tout à l'instant. » Reg. H, 1787, f» 210. Sur le mécanisme des élections municipales, yoy. notre Hi^t. municipale^ p. 248 et suiv., et- p. 455 et suiv. Pour ne pas tomber dans des répétitions fastidieuses, nous ne mentionnerons désormais que les particularités des élections municipales, en supposant connus les détails déjà fournis relativement aux formes de ces élections et & la composition des assemblées électorales.

3. Sur le mode de nomination des quartiniers, voy. notamment Hist, munie, p. 249, 393 et suiv., 467 et suiv.

la Ville et exhibe une procuration passée la veille pardevant notaire par sire Macé-Bourbon, quartinier de la Ville *, pour résigner son office en faveur de sire Ilac. Ce dernier déclarait en même temps que Bourbon venait de mourir le jour même en son hôtel de la rue Saint-Denis : or on sait que si Tofficier municipal démissionnaire venait à mourir avant la remise de sa procuration au Bureau, la résignation était nulle '. Hac demanda néanmoins à être reçu au serment en invoquant la procuration dont il était porteur. Aucune objection ne fut élevée au sujet de la mort de sire Macé-Bourbon avant la remise de sa procuration; mais, en fait, on considéra la procuration comme nulle, par cela seul que la Ville ordonna que le successeur du défunt serait choisi par les électeurs. En conséquence, les cinquanteniers et dizainiers du quartier de feu Bourbon furent mandés le 31 août. Il leur fut donné lecture des anciennes ordonnances et des extraits des registres de la ville « sur le faict de l'élection d'un quartenier » ; après quoi, on recommanda aux électeurs « de nommer sans aulcune faveur personnaige digne et suffisant pour l'exercer, ayant égard h la calamité du temps et nécessité des affaires ». Les cinquanteniers reçurent ordre, le même jour, d'enjoindre à chaque dizainier « de prendre en sa dixaine quatre notables personnes bien faniez et renommez, qui ne soient mécaniques ne de bas estatz, pour estre les noms des dictes quatre personnes rapportez cloz et scellez au bureau de ladicte Ville, ce jourd'huy quatre heures de relevée, affin d'en eslire par nous deux, suivant l'ordonnance et en la manière accoustumée ' ». La liste de quatre

1. Gonf. Ibid.j p. 249, la note sur le mot quartinier, Noas avons adopté aniformément cette orthographe, qui est celle de Tordonnance de 1450, bien que les registres de la Ville se rapportant à la seconde moitié du xvi* siècle portent presque toujours quartenier,

2. Voy. Ibid., p. 469, ce qui se passa au décès du quartinier Leprévost le 4 février 1549, et la note de la page 470.

3. En se reporlant aux extraits des registres que nous avons publiés &

notables par dizaine ayant été présentée au Bureau, celuici choisit définitivement deux notables par dizaine, éliminant les deux autres, et les électeurs maintenus furent convoqués pour le lendemain 1*' septembre avec les cinquanteniers et dizainiers du quartier. A dix heures du matin, l'assemblée électorale se réunit dans la grande salle de THôtel de Ville. Après la formalité du serment, que prêtèrent les électeurs suivant les ordonnances de la Ville, sire Nicolas Hac comparut et posa nettement sa candidature « en considération des services qu'il a faictz dès longtemps à cette Ville ». Avant de recueillir les suffrages, les membres du Bureau posèrent au candidat plusieurs questions. « Luy avons demandé, disent les registres, après serment par luy faict, si la poursuitte qu'il en faict est pour luy et en son nom, et sy ce qu'il en faict est poinct pour faire tomber le dict estât ès-mains d'autres personnes. A dict que non. Interrogué quelle aage il a, il a dict estrc aagé de soixante ans ou envyron . — Interrogué s'il pense poinct en sa conscience que son aage le puisse erapeschcr de faire son debvoir au dict estât, s'il estoil esleu, a dict que. non, et espère si bien le faire que nous et le public en auront contentement. » C'est à la suite de ce dialogue que l'on ouvrit le scrutin. Hac fut nommé et prêta serment, sur la réquisition du procureur du roi et de la Ville.

En insistant quelque peu sur cette élection de quartinier, nous avons voulu montrer d'abord en quoi les usages avaient changé depuis François P', relativement au mode

propos de rélection du Buccesseur du quartinier Thomas du Ru, élection qui eut lieu le 5 décembre 1530 (Uist. mxinic,^ 1. 1, p. 395), on ne manquera pas de remarquer que, lors de l'élection dont il s'agit, le bureau ne fil mander par les dizainiers que deux notables de chaque dizaine du quartier intéressé, qui directement désignèrent trois candidats entre lesquels le Bureau fît choix d'un quartinier. Ainsi le mécanisme était plus compliqué en 1575 qu'en 1530.

de nomination d*offîcicrs municipaux investis d*attributions très importantes. De plus, il semble résulter de Tattention particulière donnée par le corps de Ville à l'élection d'un simple quartinier, que la vie municipale avait repris une certaine activité au début du règne de Henri III. Le nouveau prince, en effet, paraissait flatter le vieil attachement de la Ville de Paris pour ses franchises séculaires, car il avait beaucoup de choses à demander aux magistrats municipaux, et, en premier lieu, de l'argent et des soldats.

Pour tenir tète aux factions hostiles, la royauté affectait de compter tout d'abord sur le concours de la milice municipale. L'organisation nouvelle de cette milice, caractérisée par le transport aux capitaines des pouvoirs militaires qui appartenaient autrefois aux quartiniers, était complète dès 1562 ^ bien avant la naissance de la Ligue, et, en 1568, on a déjà créé seize colonels qui deviennent les chefs militaires des quartiers. En quittant Lyon pour aller, h travers le Midi en feu, conduire dans les rues d'Avignon les processions des flagellants, Henri III avait transmis à l'Hôtel de Ville de Paris l'ordre de réviser les cadres de la milice municipale. A la date du 17 novembre 1574, le Bureau mande aux seize colonels d'appeler les capitaines de leurs quartiers, « et de faire ung rooUe de tous les soldats et autres de bonne vueille pour, advenant l'occasion et nécessité, les jetter et mectre aux champs pour le service du Roy et de la dicte Ville '. » L'année suivante, lorsque le duc d'AIençon (maltraité par son frère, qui avait un moment songé à le faire tuer par Henri de Navarre) quitta Paris, le 15 septembre, sur les six heures du soir, et s'en alla en coche à Meudon où l'attendait Guitry avec une petite

1. Voy. HiêU munie, p. 537 à 540, et la note i de la p. 538, qui rectifie Perreur commise sar ce point par Leroux de Lincy.

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