Reg. h., 1787, f
troupe de partisans, « le roy, toute la cour, la Ville de Paris, dit FEstoile, furent merveilleusement troublés * ». L'impopularité du roi rendait effectivement la situation assez difficile. Autour de François d'Alençon, réfugié à Dreux qui faisait partie de son apanage, puis dans le Poitou, s'étaient groupés un assez grand nombre de mécontents et de gentilshommes bien accompagnés, tels que le comte de Yentadour, qui commandait à 300 cavaliers et 1 ,200 hommes de pied, et Henri de la Tour, vicomte de Turenne, neveu de Damville. Les réformés de la Rochelle et de Montauban entretenaient avec d'Alençon des relations étroites, et le prince de Condé venait de traiter avec Jean Casimir, fils de rélecteur palatin, pour faire entrer en France 8,000 reîtres allemands et 6,000 Suisses, sans préjudice des troupes que les protestants du Languedoc pouvaient mettre sur pied afin de seconder Teffort des envahisseurs. Par une étrange contradiction, le pape, sondé par Nicolas Hennéquin du Fay, secrétaire du duc d'Alençon, approuvait et bénissait de loin la révolte du prince. Malgré les fanfaronnades de Henri IH, qui affectait de prédire que son frère allait devenir le valet des protestants, le faible monarque craignait vivement pour sa couronne * et pour sa sûreté. Tandis que le duc de Nevers et M. de Matignon rassemblaient des soldats pour se mettre à la poursuite du prince
1. Claude Haton écrit de son côté : • Par la retraite dudict seigneur duc de la court du roy, les cartes furent meslées d'une estrange façon. Ung chascun de la France ne sçavoit plus à qui il estoit, ne de qui il se desvoit advouer, ou du roy ou de mons. le duc son frère, tant les gens de guerre que Taultrc peuple... Plusieurs compagnies de piod et de cheval laissèrent le roy pour aller au service de son frère; d'autres se niipartirent et se séparoient les ungs des aultres amyablement, chacun donnant leur service à celuy qu'ils aymoient le mieux. » Mémoires, p. 780.
2. Il venait déjà de perdre celle de Pologne. Le 15 juillet 1575, la diète polonaise avait passé un décret de déchéance qui déclarait le royaume vacant comme si le roi était mort. On sait que le Transylvain Etienne Bathory, après de longs démêlés que termina la mort de l'empereur Maximilien, son concurrent (oct. 1576), Unit par se mettre en possession du trône de Pologne, non sans avoir épousé la princesse Anne, dernière descendante des Jagellons.
fugitif, on prit à Paris quelques mesures défensives. Plusieurs points de la banlieue furent fortifiés à la hâte, notamment Saint-Denis, où s'installa Armand Gontaut de Biron. On distribua aussi entre les seigneurs de la cour la défense des villes et places les plus voisines de la capitale ' . Seul le roi de Navarre ne reçut aucune mission militaire, ce qui le mortifia profondément. Quant aux Parisiens, le roi n'eut garde de se priver de leur concours. Après la mise en état des tranchées de la ville et la revue que passèrent les colonels pour vérifier le nombre des bourgeois de chaque dizaine en état de porter les armes, le bureau de la Ville reçut, le 20 septembre, une communication royale qui portait que l'assemblée municipale aurait à délibérer sur les moyens de lever 2,400 hommes de pied, « lesquelz seroient soldés aux despens des bourgeois d'icelle ville ' ». Chaque quartier, aux termes des instructions du roi, devait fournir un nombre d'hommes déterminé, et chaque bourgeois, « selon son pouvoir », était chargé de payer la solde de plusieurs soldats, ou d'un seul, ou même de la moitié ou du quart d'un soldat.
Le 23 septembre, une grande assemblée générale fut convoquée à l'Hôtel de Ville. Elle comprenait, suivant l'usage, à côté des membres du corps de Ville, prévôt des marchands, échevins et conseillers, les quartiniers et douze notables de chaque quartier, les délégués des chapitres et